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FEUILLETS DHÔTELLIENS - Page 8

  • AU HASARD DHÔTELLIEN ( 4 ) LES RUES DANS L'AURORE.

    AU HASARD DHÔTELLIEN ( 4 )

    ...LECTURES, RELECTURES, ACQUISITIONS, PARUTIONS...

    2020

    Nous nous devons de saluer les éditions Le Sceau du Tabellion qui en six mois dont presque trois de confinement viennent de publier deux romans d'André Dhôtel, les deux plus épais, qui dépassent les quatre cents pages, il peut paraître incongru de juger un livre à son épaisseur, mais quand on sait qu'en près de quatre-vingt ans Gallimard n'avait pas eu le courage littéraire de se risquer à une réédition l'on ne peut que féliciter Alain Chassagneux de pourvoir à ce manquement honteux.

    LES RUES DANS L'AURORE

    ANDRE DHÔTEL

    ( Editions Le sceau du tabellion / Octobre 2020 )

    L'ouvrage est sous-titré Les aventures de Georges Leban. Ainsi se nomme notre jeune héros. Pas si jeune que cela puisque à la fin du volume il frise la quarantaine. Nous le suivons de près, un gamin d'une dizaine d'années que nous voyons grandir chapitre après chapitre. S'il est le personnage principal du livre en est-il le sujet essentiel ? Certes pour employer une métaphore cinématographique la caméra ne le quitte jamais, mais il importe de se méfier de Dhôtel. Un romancier qui use d'une arme redoutable, celle de la simplicité. Un gars serviable qui de lui-même déroule pour vous éviter de vous fatiguer le fil chronologique de l'intrigue, vous n'avez qu'à suivre. A part qu'au bout de cinquante pages vous vous retrouvez ligoté en plein milieu d'une pelote des plus embrouillées... A vous de découvrir la sortie du labyrinthe. Beaucoup de lecteurs parviennent assez rapidement à l'air libre, sont généralement assez satisfaits de leurs pérégrinations et referment le livre convaincus de l'avoir exploré dans ses moindre recoins. Ils ont tort, puisqu'ils n'ont en aucune de leurs pérégrinations rencontré le minotaure.

    Il est des ficelles plus grosses que d'autres. Autant l'affirmer en toute franchise, même si l'un des protagonistes principaux finit par devenir député il serait totalement infondé de penser que ce roman serait politique. Certains entendront finasser, non le pouvoir politique n'appartient pas aux décideurs démocratiquement élus, encore moins aux électeur, c'est-là enfoncer une porte ouverte, mais à ceux qui possèdent l'argent. Cette définition paraît s'approcher de la réalité romanesque. Ne sommes-nous pas confrontés à un redoutable ''quarteron'' d'hommes d'affaires qui agissent au mieux de leurs intérêts se livrant à une longue partie de poker menteur, prêts à tous les coups fourrés pour distancer leurs ennemis et leurs alliés...

    Elevons le débat. Non pas au niveau philosophique, nous n'irons pas plus loin que les basses marches d'une sociologie de bas étage. Le roman débute en 1905, et se termine dans les années quarante, en ces premières années du vingtième siècle le capitalisme étend les ramifications de son déploiement. Sociologiquement parlant, les pions que l'on pousse sont encore en grande partie d'origine agricole, l'on achète des champs, des surfaces. Non pas pour les cultiver, pour les rentabiliser. Nous ne sommes pas encore au stade de l'agriculture industrielle, il s'agit de construire des immeubles de rapport. L'on avance sous le masque de la philanthropie, les ouvriers ont droit de vivre dans des conditions qui répondent aux normes de la modernité hygiénique, que n'inventerait-on pas, pour le terme échu, faire payer les pauvres.

    Dhôtel en profite pour bazarder ses propres visées utopiques. L'embryon de société pré-hippie qu'il avait exploré une dizaine d'années auparavant dans David il n'y croit plus. A la fin de Les rues dans l'aurore, les couches populaires ont encore la possibilité de garder leur mode de vie, beaucoup plus libre, beaucoup moins corsetée que cette imitation d'un comportement pseudo-bourgeois que l'on tente, l'air de rien, de leur imposer, mais pour combien de temps !

    A lire les paragraphes précédents l'on en conclut que Dhôtel a écrit le roman de la désillusion de la première moitié de son siècle. C'est d'ailleurs en ces moments de découragement que le Narrateur – car il y a un Narrateur - pointe le bout de son nez. Qui se souvient encore de Georges Leban, les rares témoins interrogés gardent tout au plus quelques vagues souvenirs d'un passé pas du tout lointain. Mais que voulez-vous si le soleil se lève chaque matin au bout des rues, les hommes disparaissent très vite des mémoires de leurs pairs. Et puis que connaît-on réellement d'un individu comme ce sacré menteur de George Leban ? Nous ne lisons pas une étude psychologique mais un roman de Dhôtel.

    Faut donc se rabattre sur la profonde nature du roman dhôtellien. Tout roman dhôtellien est un roman d'amour. Qu'on se le dise. Que l'on s'en convainque. A part que tout n'est pas si simple. Certes vous avez un jeune garçon et une jeune fille. Les circonstances les sépareront. Jusque-là le roman suit l'archétype dhôtellien. Une stupide querelle de pré-adolescents les écarte l'un de l'autre. Quelques tentatives de réunion échouent. Dhôtel a cassé sa belle machine qui marche à tous les coups. Romancier est maître chez lui, en deus ex machina qui se respecte il fournit une nouvelle jeune fille à notre héros. Vont-ils se marier et faire des enfants comme dans les contes de fées ? Le suspense est à son comble. Le sort s'acharne sur le pauvre Georges. Notre fiancée est d'une santé fragile. Elle meurt.

    Compatissons au malheur de Georges. Il le supporte stoïquement. Il ne l'oublie pas, mais il persévère à vivre. Dhôtel n'aime pas les fins douloureuses, sur quarante romans, vous en avez trente-neuf et demi qui se terminent bien. C'est du moins ainsi qu'on le lit. Pour celui-ci, Dhôtel tire de son chapeau de romancier une petite sœur de la disparue avec qui il fera sa vie. Et sa mort.

    Fermez le livre. Rentrez chez vous. Ne réfléchissez pas trop. Vous risqueriez de mal dormir. Super Dhôtel vous réserve dans les dernières pages un rebondissement adrénalinique. Nos amoureux se tuent en voiture. Ouf, non c'est une fausse nouvelle ! Ils périront beaucoup plus tard en un accident d'avion. Près de quarante ans après Dhôtel utilisera le même procédé dans Je ne suis pas d'ici. Cela nous incite à proposer une autre lecture. L'histoire d'Orphée. Ce n'est pas une vipère qui tue l'Eurydice de Georges mais une méchante maladie. La petite sœur n'existe pas. C'est ( l'âme de ) sa fiancée funèbre qui revient le chercher. Et l'emmène dans le royaume des morts. Peut-être cela explique-t-il que toux ceux qui l'ont connu ont du mal à se souvenir de ses dernières années... Lisez Les Rues dans l'aurore en ayant cette interprétation en tête, certains passages de grande lisibilité s'obscurciront... Soumettre l'ensemble des romans d'André Dhôtel à une lecture dans cette optique se révèlera très instructif...

    Pourquoi Dhôtel s'est-il contenté d'une rédaction si cryptique ? Ne voulait-il pas effaroucher son lectorat ? Ne s'est-il aperçu de ses sentes ombreuses qui zigzaguent dans ses romans qu'au bout de quelques années, ce qui expliquerait la densité particulière du dernier tiers de son œuvre ? Nous proposerons une autre hypothèse. Professeur de philosophie, notamment lecteur des pré-socratiques, André Dhôtel vécut sa vie en chrétien fervent et serein. L'incarnation amoureuse ne lui fut jamais problématique mais l'expression de la dés-incarnation finale de toute existence humaine le taraudait au plus profond de son être. Ses romans sont à lire en tant que théoriciennes menées expérimentales de l'idée de retour. Même pas éternel.

    André Murcie. ( Octobre 2020 )

  • AU HASARD DHÔTELLIEN ( 3 ) L'HOMME DE LA SCIERIE.

    AU HASARD DHÔTELLIEN ( 3 )

    ...LECTURES, RELECTURES, ACQUISITIONS, PARUTIONS...

    2020

    André Dhôtel, un véritable inactuel au sens nietzschéen du mot, et voici qu'une toute jeune maison d'éditions Sous le sceau du tabellion s'apprête ce mois-ci à publier Les rues dans l'aurore, alors qu'elle vient de sortir L'homme de la scierie. Deux gros romans que les éditeurs avaient volontairement laissés de côté depuis soixante-dix années ! Ce Tabellion a un courage de lion, ou un amour aventureux de la littérature ! Nous en reparlerons une autre fois.

    L'HOMME DE LA SCIERIE

    ANDRE DHÔTEL

    ( Editions Le sceau du tabellion / Mai 2020 )

    Deuxième fois que nous lisons ce livre qui n'est pas un de nos préférés de la production dhôtellienne. Nous invitons le lecteur à se reporter à la première chronique que nous lui avions consacrée en juin 2019 dans notre Suite Dhôtellienne. Notre regard, quant à la signification que nous accordons de la geste littéraire d'André Dhôtel, grâce à la lecture de nombre de ses productions lues systématiquement pour rédiger notre Suite, s'est quelque peu modifié. Nous n'évoquerons ici que ces nouvelles réflexions qui guident désormais notre deuxième parcours dans le labyrinthe dhôtellien.

    S'il est un fil rouge qui guide notre attention, il vaudrait mieux parler d'une pelote embrouillée de couleur noire, c'est la mort. Nous la trouvons dès le titre du premier chapitre. Mort le 14 juin. Le lecteur le plus inattentionné n'hésitera pas à nous détromper, certes Henri Chalfour a reçu un sale coup sur la tête, mais il n'est pas mort. Aura du mal à reprendre ses idées mais la vie continue. Pour sûr, une fois qu'il aura renoué les fils ( à pêche ) de son passé existentiel, il continuera à vivre, pratiquement comme si de rien n'était. Terrible cette expression. Mais si juste ! La vie d'Henri Chalfour n'est guère enviable, abrutie de travail, et peu heureuse, séparée après de brèves rencontres de la femme qu'il aime, victime d'un chantage odieux pour un crime qu'il n'a pas commis... De quoi désespérer.

    Ce qui n'est pas son cas. Il accepte les coups du sort avec une philosophie que l'on déclarerait stoïcienne s'il n'était pas un homme humble dépourvu de toute culture humaniste. La vie est dure mais le monde est grand et la nature est belle, pour qui sait le voir. Pourquoi se plaindre ! Le pire c'est que l'enchaînement des évènements lui donne raison, que reste-t-il d'un drame qui fracasse votre existence, trente ans après. A peu près rien. Les choses vont leurs cours, s'arrangent pour ainsi dire d'elles-mêmes, les jours heureux et les jours de malheur s'estompent dans un passé lointain. Dhôtel et Chalfour le répètent à plusieurs reprises, si Henri n'avait pas survécu à sa bagarre, l'univers en aurait-il été changé, et même mieux, les tensions qui agitaient la trame de l'ensemble des personnages de l'histoire dramatique que le roman nous conte ne se seraient-elles pas résolues pour autant...

    Poussons une porte pour explorer ce que certains nomment le fantastique merveilleux - l'adjectif tragique serait mieux venu - de Dhôtel, n'y a-t-il pas ces deux amants d'Eléonore, Darmont et Duffard aux troubles consonances qui périront tragiquement, chacun à leur manière, mais ne faut-il pas être fous pour tomber amoureux d'une fille nommée Eléomort.... Mais revenons à notre paragraphe précédent. Que Chalfour ait été tué ou pas, cela ne changerait rien à l'économie du roman. Permettons-nous une hypothèse d'école digne de la casuistique jésuistique, et si Chalfour était vraiment mort dans le roman. Que cela signifierait-il ?

    Remarquons qu'il n'y aurait pas une seule ligne du roman à changer. La description de Chalfour dans la cave où il se réveille nous y invite. N'est-il pas dans sa tombe de pierre et de terre symbolisée par les pommes de terre qui permettent de remonter le germe ombilical de notre mise au monde originelle. Il y restera plusieurs jours entrecoupés de longues périodes d'évanouissement et de sommeil. Peuplées d'un fouillis de pensées des plus entremêlées, toutes en rapport avec son existence et ses proches. Sa pseudo-résurrection ne serait-elle pas alors la mise en ordre d'un récit imaginaire, une espèce de suprême auto-consolation, un scénario de réparation existentielle envoyée par le cerveau pour éliminer les angoisses de l'agonie.... Un rêve nervalien qui ouvre les portes d'ivoire et de corne. Eléonore en Aurélia inatteignable détentrice des clefs de la mort.

    Replongeons-nous dans les méandres du roman. Que le personnage d'Eléonore et l'ensemble de sa famille aient imaginativement marqué l'esprit des deux frères Chalfour, paraît logique : ce qu'il y a d'embêtant avec les pauvres c'est qu'ils pensent toujours aux riches... Phantasme social de domination indélébile. Maintenant que les Joras, châtelains de leur état, aient été quasiment obnubilés par les Chalfour comme le conte le roman, la vraisemblance ne s'y prête guère. Que Chalfour aimante l'ensemble des comparses du roman, que chacun pense qu'il détiendrait des informations de premier ordre alors qu'il est celui qui en connaît le moins, nous pose question. Toute l'intrigue romanesque ne serait-elle pas une reconstruction du réel opérée par Chalfour pour se donner l'impression d'être, ou d'avoir été, le centre du monde.

    Notre homme de la scierie entre quatre planches risque d'attirer chez nombre de fervents dhôtelliens quelques incompréhensions. Nous prenons le pari que Dhôtel était moins fleur bleue – parfaite expression pour un amateur de floraisons - qu'on ne l'avance et qu'il susurre dans les oreilles de ses lecteurs des histoires beaucoup moins innocentes que celles qu'il semble nous donner à lire.

    Très symptomatiquement Partick Reumaux finit sa préface par une phrase, un leitmotiv pour qui sait entendre, du roman : '' le marchand de chevaux est au fond du fleuve''.

    André Murcie. ( Octobre 2020. )

  • AU HASARD DHÔTELLIEN ( 2 ) LE GRAND RÊVE DES FLORAISONS.

    AU HASARD DHÔTELLIEN ( 2 )

    ...LECTURES, RELECTURES, ACQUISITIONS, PARUTIONS...

    2018

    ANDRE DHÔTHEL

    LE GRAND Rêve DES FLORAISONS

    ( Collection De Natura Rerum )

    ( Klincksieck / Mars 2018 )

    Les nouvelles parutions de Dhôtel sont à fêter ! Celle-ci en son principe un peu moins que les autres puisqu'elle participe du pot-pourri – genre végétal par excellence - chapitres issus de La Chronique Fabuleuse et de La Rhétorique ( non moins ) Fabuleuse auxquels ont été adjoints des textes éparpillés en différentes revues. Attardons-nous sur André Dhôtel promeneur, le remarquable article de Jean Grosjean, il aurait fait une excellente préface, loin de se contenter de présenter les rapports de Dhôtel et de la Nature, l'auteur de La Lueur des Jours utilise la méthode anamorphosale qu'emprunte par exemple l'incertain héros de Les Voyages Fantastiques de Julien Grainebois. Il ne se change pas en arbre mais son style épouse le phrasé si particulier de Dhôtel à tel point que le lecteur distrait se demandera quelle surprenante infatuation égotiste aurait poussé son romancier préféré à parler de lui-même à la troisième personne.

    Les fleurs ne sont qu'un prétexte. Dhôtel les aime pour leur beauté certes, mais cela ne regarde que lui et n'est pas plus intéressant que si je vous faisais part de mon amour immodéré pour les sardines à l'huile. Dhôtel voit une fleur et immédiatement il voit l'absente de tous bouquets. Non ce n'est pas la rose idéale de Monsieur Platon. La réponse est beaucoup plus mystérieuse : l'Homme, qui n'est pas là. Vous, moi, nous, tous. Dhôtel délaisse la sagesse socratique et s'en va batifoler dans les jardins de l'antique et primale sophistique. Commence doucement pour ne pas nous perdre. Nous parle de nos rêves. L'est un peu comme Nabokov qui tenait Freud pour le plus grand des auteurs comiques, il ne confond pas le rêve avec les résidus psychiques de nos angoisses – caca, pipi, bobo – il tire la chasse dessus et ne s'en préoccupe plus. Nos rêves ne nous appartiennent pas. Sont tissés d'atomes plus subtils, regroupés en essaims, qui voyagent en une dimension astrale que nos sens n'appréhendent guère mais qui parfois se glissent dans la corolle de notre cerveau endormi... Les rêves viennent d'ailleurs, les grecs disaient qu'ils étaient envoyés par les Dieux. Ne nous étendons guère sur cette manière de voir, Homère, Nerval et Henri Bosco nous en ont déjà longuement parlé...

    Ce genre de discours peut sembler plus difficile à tenir à propos des fleurs, d'abord elles ne marchent pas et leurs présences obstinées sont des moins évanescentes. Pourtant les fleurs se déplacent, les abeilles, le vent, les oiseaux aident à leur éparpillement. Par cette évocation de la propagation des graines nous semblons être revenus à la tangibilité scientifique de nos vieilles leçons de choses. Vous n'y êtes pas encore, l'apparence des choses ne résout en rien leur mystère. Pourtant dans le livre on a fait appel aux merveilleuses illustrations de Vanessa Damianthe, et à Paul Berthet, naturaliste patenté, qui photos à l'appui, vous aide à comprendre ces phénomènes de dissémination.

    Vaudrait mieux parvenir à percer leur logique. C'est fou de voir comment systématiquement, dès que l'on a chassé Platon de la pelouse c'est Aristote qui se radine. Un peu en pure perte. Car le monde végétal n'a pas de logique. Du moins pas la nôtre. Dhôtel nous l'explique longuement, je vous laisse le plaisir de vous perdre dans les bosquets virgiliens de son argumentation. Le monde n'est pas une République, une et indivisible. L'est formé de tranches parallèles qui s'emboîtent et s'imbriquent les unes dans les autres mais qui ne s'interpénètrent pas et s'ignorent souverainement. Un ensemble de fragments qui vous donnent l'illusion de représenter un beau dessin. C'est bien là le problème, car si le monde est votre représentation, il n'est peut-être pas votre volonté. Vous ne savez pas qui ou quoi vous côtoyez. Apprenez à lire les signes. Même s'ils n'ont pas été disposés à votre intention. Ne demandez pas par qui, mais pourquoi. Cela vous évitera de chercher un responsable.

    Mêlez-vous de vos affaires. De vos amours par exemple. Le grand sujet des romans de Dhôtel. Nous n'en sommes pas si loin que cela avec ces maudits végétaux. Jamais vous n'arriverez à remettre à votre amie le bouquet de fleurs que vous n'avez pas cueilli pour elle, même si vous le tenez très fort dans votre main. C'est que le temps se fragmente autant que la distance que la flèche du cruel Zénon se devrait de parcourir. Tout cela pour comprendre pourquoi les amoureux de Dhôtel ont un mal fou à se rejoindre. Oui je sais, presque toujours à la fin de l'histoire le miracle se produit, mais en tant que romancier Dhôtel ne tient pas à décourager ses lecteurs. Par contre, il se sent beaucoup plus libre quand il endosse en amateur le rôle de naturaliste, cela lui permet de nous faire part d'une vision beaucoup plus sombre et énigmatique de l'univers. Le retour à soi-même, et à l'autre – en tant qu'espèce ou individuel - est toujours solitaire. ( 05 / 04 / 2018 ).

    Le reste du volume est constitué de plusieurs textes de Dhôtel ayant trait à la nature. Les deux premiers sont issus de La Chronique fabuleuse, sans doute vaut-il mieux les lire dans cet ouvrage, toutefois leur cueillaison permet de les appréhender non pas en simples nouvelles isolées de leur ensemble mais de les goûter selon limpidité de leur écriture qui confine au poème en prose. Les Considérations théoriques sur les promenades semblent s'enfuir sur plusieurs chemins de traverse, toutefois nous ne citerons que cette étrange remarque, nous ne marchons point vers l'au-delà, mais nous marchons dans l'au-delà. Sans le savoir. Car si le monde des fleurs côtoie celui des hommes, celui des hommes déborde celui des Dieux. Une des très rares pages de Dhôtel où deux mondes s'interpénètrent par porosité capillaire, le contraire du clignotement d'un éclat de lumière. Les six autres textes sont à lire à titre de curiosité. Au sens fort de ce terme. Des réflexions toute benoîtes sur lesquelles il vaut mieux ne pas trop s'attarder car alors elles se transforment en redoutables paradoxes. Dhôtel ne pose pas le problème, il évoque le mystère. Ne le résout jamais. Le mystère est-il seulement mystérieux. De merveilleux objets de rêve, à méditer.

    Vous reste encore à admirer les illustrations de Vanessa Damianthe qui transfigurent ce délicat opuscule en véritable livre d'art. Les esprits moins enclins aux songeries dhôtelliennes se rassureront en fin de volume en étudiant la série de photos qui suivent la postface de Paul Berthet. Ils risquent d'être déçus, l'objectivale représentation des leurres naturels n'en sont pas moins aimantées de beauté et de poésie...

    André Murcie. ( 2018 )