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FEUILLETS DHÔTELLIENS

  • CHRONIQUES DE POURPRE 736 : KR'TNT ! 736 : JESSE HECTOR / HAMMERSMITH GORILLAS / STRAINS / SHARP PINS / GEORGE HARRISON / JAKE CALYPSO AND BUBBA FEATHERS / NORA BROWN AND STEPHANIE COLEMAN / MÖBIUS

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 736

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    14 / 05 / 2026

     

    JESSE HECTOR / HAMMERSMITH GORILLAS

    STRAINS / SHARP PINS / GEORGE HARRISON  

     JAKE CALYPSO & BUBBA FEATHERS

    NORA BROWN & STEPHANIE COLEMAN

    MÖBIUS

     

     

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    The One-offs

     - Gare aux Gorillas

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             C’est en 1976 que la 45 tours-mania est revenue. Humant l’air du temps, le mec de Melody installa un petit bac de 45 tours un peu à l’écart. T’avais une poignée de singles, fraîchement arrivés de Londres, notamment les Siffs : «New Rose» & co. Tu ramassais tout, si t’arrivais au bon moment. Il y avait d’autres amateurs. Et puis un jour, on est tombé sur le single des Hammersmith Gorillas. Existait-il une relation avec l’«Hammersmith Guerilla» qui se trouve sur le deuxième album de Third World War ? Mystère et boule de gomme. En tous les cas, la pochette t’avait tapé dans l’œil. La coupe du bassiste ! Les rouflaquettes et le fute en tartan du chanteur ! Wouahhh ! T’es vite rentré au bercail pour écouter ça, et bhaaammm, t’en as pris plein la barbe, les Gorillas avaient encore monté d’un cran la violence du solo de Dave Davies. Ça relevait du prodige surnaturel. Dix ans après Dave Davies, les Gorillas rallumaient la sainte-barbe et tout explosait dans un vertige d’ultimate sonic boom ! Ces mecs t’affolaient les compteurs, ils te remettaient les pendules à l’heure ! On repartait pour un tour, dix ans après la vague des mighty British blasters.

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             T’avais déjà pas mal de 45 tours préférés, mais celui-là luttait pour la première place. Et plus tu l’écoutais, plus tu sentais qu’il rivalisait avec la perfection de «Bird Doggin’».

             Les infos sont arrivées après. Via la presse anglaise que tu dévorais chaque semaine : New Musical Express, Sounds et le Melody Maker. Le mec des Hammersmith Gorillas s’appelait Jesse Hector, il apparut en grand dans le Melody Maker, avec des déclarations outrancières du style : «Je suis l’avenir du rock !» Pas de problème ! En plus, ça tombait très bien, car à l’époque, on nourrissait une belle obsession pour ce que les journalistes anglais appelaient le proto-punk. On avait déjà déterré les deux Third World War d’occase à Londres, les deux premiers Broughton chez Rock On, un Downliners Sect sur Columbia, le premier Stack Waddy sur Dandelion, et le premier Fontana des Pretties. On avait vu les Pink Fairies au Marquee et rapatrié leurs trois albums, on était dingue du «Master Of The Universe» d’Hawkwind sur Space Ritual, et à tout ça on rajoutait le pendant américain, avec le «CIA Man» des Fugs, le «Dirty Water» des Standells, le «Zig Zag Wanderer» de Captain Beefheart, sans oublier les Remains et le premier Shadows Of Knight dont le snarl faisait alors figure de modèle. Et puis le «Maudit Journal» et «Où Va-t-elle» de Ronnie Bird.

             Le nom de Jesse Hector se retrouva au centre d’un petit réseau relationnel. Jesse Hector n’intéressait que des gens très pointus. Le premier fut Jean-Yves qui, au retour du premier  Festival Punk de Mont-de-Marsan, ne jurait plus que par «Jesse Hector et sa Strato vert bouteille.» C’est Marc Z qui avait donc amené les mighty Gorillas en France. Le Professor me raconta qu’un jour où il était allé faire des emplettes à l’Open Market, il avait vu les Gorillas sortir de la cave qui servait de local de répète. Et quand Marc Z accepta de participer au Petit Abécédaire de la Crampologie, il proposa pour l’ouverture de son chapitre (la lettre Z) une photo de lui avec Jesse Hector, prise à Londres le mois précédent. Le boss de Dig It Gildas fut lui aussi un inconditionnel de Jesse Hector, au point de le faire jouer à Toulouse et de créer un petit label nommé Zombie Dance pour sortir un single de Jesse Hector & The Gatecrashers, «In My Soul», avec deux titres des Space Beatnicks en B-side. Dedicated follower of the Jesse fashion. 

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             Philippe et Damien sont des amis de Jean-Yves. Il n’était donc pas surprenant que Philippe, installé à Londres, devînt le manager de Jesse Hector. C’est lui qui signe les liners d’une belle compile Big Beat, Gorilla Got Me. Au bas de ce texte remarquable, il remercie Jean-Yves (& Gérald, un autre crack caennais). Lorsque Caroline Catz tourna un docu consacré à Jesse (A Message To The World), Philippe organisa dans un bar du bas de la rue Boyer une projection à laquelle assistèrent une poignée de fans. Quand à la fin les gens applaudirent, Jesse lança : «Thank you people». En l’approchant après la projection, on sentait clairement que cet homme avait l’étoffe d’une superstar, mais hélas, le destin en avait décidé autrement. Et puis voilà Damien, qui fut sans doute le plus inconditionnel de tous. Il nous fit un jour cadeau d’un single, le «Keep It Moving» de Jesse Hector & The Gatecrashers. Voilà c’est ce genre de mec : il t’offre un single de Jesse Hector ! Alors pour lui rendre la pareille, il a eu pour ses 62 ans une copie en parfait état du «Really Got Me» sur Penny Farthing. C’est une façon comme une autre de boucler la boucle.       

             Message de Philippe hier : Jesse Hector vient de casser sa pipe en bois. Fin d’une époque. Le vide qu’il laisse est infini. Il fut l’une des plus pures incarnations du rock.

    Signé : Cazengler, Gorillette du Mans

    Jesse Hector. Disparu le 6 mai 2026

    Hammersmith Gorillas. You Really Got Me/Leavin’ ‘Ome. Penny Farthing 1974

     

     

    Wizards & True Stars

     - Gare aux Gorillas

     (Part Three)

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             Quoi de plus culte en Angleterre que Jesse Hector et ses mighty Hammersmith Gorillas ? Jesse Hector vient tout juste de casser sa pipe en bois. Aussi allons-nous lui rendre un dernier hommage. Voici ‘Hectorminator’, un conte macabre tiré des Cent Contes Rock.

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             — Quelle merveilleuse journée ! s’exclame Spot en ouvrant la fenêtre. Un soleil radieux fait étinceler les toits de Londres.

             — Rox, réveille-toi et habille-toi ! J’appelle un cab et on file à la foire du rock !

             Dix minutes plus tard, Spot et Rox s’engouffrent dans un taxi.

             — Hyde Park, sir !

             Spot et Rox se pelotonnent au fond de la banquette. Ils se tiennent la main. Le taxi traverse la ville. Spot se tourne vers Rox :

             — Londres est une ville si petite pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour !

             Les abords d’Hyde Park sont noirs de monde. Le regard fixé sur la marée humaine, Rox murmure :

             — On se croirait sur le boulevard du Crime, n’est-ce pas, Spot ?

    Spot opine du chef.

             Des gens de toutes conditions, de toutes races, de tous âges et de toutes tailles se pressent en masse vers les guichets d’entrée. Quelle cohue ! Une atmosphère de fête règne sur ce monstrueux capharnaüm. Des odeurs d’oignons et de saucisses frites chatouillent déjà les appétits. Les voleurs à la tire s’en donnent à cœur joie. Tous les aigrefins, tous les baladins, tous les aveugles et les coquillards des faubourgs se sont donné rendez-vous à Hyde Park. Les échos musicaux des grandes baraques de foire se mêlent aux jacasseries de la foule.

             Perché sur un perron en bois vermoulu, un patron de baraque au visage rouge comme une tomate fait la retape. Il déballe son boniment d’une voix de stentor :

             — Entrez donc,  bonnes gens, pour seulement un shilling,vous verrez la femme-serpent Ivy Poison et l’homme lézard Lux Interior copuler dans un aquarium géant peuplé d’araignées vénéneuses ! Entrez bonnes gens ! Vous ne reverrez pas un spectacle pareil de sitôt ! Croyez-moi !

             Les badauds s’attroupent à l’entrée. Enchaîné près du bateleur, un pygmée bat un air primitif sur un gros tambour.

             Spot se tourne vers Rox.

             — On y va ?

             — Non, ça pourrait me données des idées...

             Sans plus de manières, Rox palpe la braguette de Spot.

             — Rox, allons faire un tour de train fantôme...Tu m’y tailleras une petite pipe...

             Rox ne répond pas. Elle fend déjà la foule.

             Pour avancer, il faut se frayer un chemin à coups d’épaules. Spot et Rox s’arrêtent dix mètres plus loin, devant une autre baraque. Le bateleur s’agite pour retenir les badauds. Le bonhomme danse devant un écran où éclatent les taches colorées d’un light-show psychédélique. Il porte un chapeau-clac vissé sur une tignasse bouclée, des grosses lunettes ovales à verres orange, une tunique à fleurs et un collier de dents de requin.

             — Entrez, bonnes gens, entrez donc ! Venez admirer Lord Byron et sa Telecaster, j’ai nommé l’inénarrable, l’incoercible, l’implacable, l’irremplaçable Syd Barrett !

             La foule s’agglutine au guichet.

             Spot et Rox poursuivent leur chemin. Ils savent que la foire du rock réserve d’autres surprises.

             — Ah, voilà le train fantôme ! s’écrie Spot d’une voix chantante.

             On entend déjà les hurlements des visiteurs et les plaintes des fantômes. Gesticulant sur une estrade bringuebalante, un individu coiffé d’un très haut chapeau tendu de peau de léopard harangue la foule.

             — Oh ! Rox ! Voici Screamin’ Lord Sutch ! Viens ! Entrons...

             — Non, regarde plutôt là-bas...

             Un peu plus loin, une immense baraque semble voler la vedette à Lord Sutch. Spot et Rox se frayent un chemin jusqu’à l’entrée du bastringue. Quelle surprise ! La façade est creuse. On y a aménagé une grotte en plastique. Un personnage grimé en homme des cavernes fait la retape. Il porte une peau de bête et des tatouages préhistoriques.

             — Grrrrrrrr, n’ayez crainte, ladies and gentlemen, je ne vous mangerai pas, hé hé hé. Vous voulez voir une vraie légende du rock ?

             La foule beugle :

             — C’est qui ta légende, cro-magnon ?

             L’incroyable bateleur roule des yeux :

             — Grrrrrrrr....Pour un shilling, vous entrerez dans une grotte légendaire... Venez admirer Reg Presley ! Pour un shilling seulement, vous le verrez tordre des barres de fer et avaler des bâtons de Trogglodynamite !

             Spot presse le bras de Rox :

             — Entrons Rox, j’adore les Troggs !

             — Non, Spot, j’ai une sainte horreur des machos... Et puis ce rabatteur m’indispose... Il sent le fromage... Allons voir ailleurs !

             Elle lance un petit clin d’oeil à Spot.

             Au loin, se forme un attroupement gigantesque.

             — Vite, allons voir !

             Spot et Rox se frayent un passage jusqu’à l’attroupement. Les badauds s’entassent devant une grosse baraque croulante. Le fronton s’orne d’une enseigne peinte en grosses lettres rouges : «THE GREATEST ROCK’N’ROLL SHOW, EVER». Ils approchent de l’estrade où éructe un personnage attractif. Âgé d’une bonne vingtaine d’années, l’homme arpente les planches comme un animal en cage. Une raie partage ses cheveux blonds et remonte jusqu’au sommet du crâne où trône une petite couronne d’épis. Deux énormes rouflaquettes d’un poil beaucoup plus sombre lui dévorent les joues. L’homme a suffisamment de prestance pour évoquer un corsaire du roi d’Angleterre. Il porte un maillot à manches longues décoré d’un voilier, un pantalon de tartan écossais aux couleurs criardes et ces godasses deux tons qu’on chausse pour jouer au cricket. Il hurle comme s’il affrontait une tempête au Cap Horn :

             — Venez découvrir l’antre du puissant Kong ! Moi, Jesse Hector, réceptacle de la Magie Spéciale, je vous garantis un spectacle unique au monde !

             La foule l’acclame. Jesse bombe le torse.

             Spot sent un frisson le traverser. Il se rapproche de Rox et lui pince une fesse :

             — Alors, on entre ?

             Rox sourit.

             La foule se presse au guichet. Le portier ne parvient pas à endiguer le flot des curieux. Des centaines de mains brandissent des billets de banque. Spot et Rox jouent des coudes pour avancer. Par miracle, ils réussissent à entrer. Un rideau masque la scène. Un roulement de tambour annonce le début du spectacle. Le brouhaha s’éteint aussitôt. Le rideau s’ouvre.

             Jesse Hector se tient dressé au centre de la scène. Il est enchaîné. D’énormes bracelets lui enserrent le cou, les poignets et les chevilles. Il brandit une Stratocaster couleur vert bouteille. On peut lire «Hammersmith Gorillas » peint en grosses lettres sur le mur du fond.

             À droite de Jesse Hector se tient un bassiste coiffé comme une poupée barbie. Il campe sa jambe droite en avant et jette son épaule gauche vers l’arrière. Derrière eux, un batteur se cabre sur ses fûts, prêt à intervenir.

             Jesse Hector pousse d’énormes grognements, puis il hurle :

             — You Really Got Me !

             Dès le premier accord, les Hammersmith Gorillas font exploser le standard des Kinks. Sauvagerie, punkitude, brutalité, c’est une véritable éruption ! Jesse Hector concasse les paroles et secoue ses chaînes. La foule s’agite. Des gens dansent le pogo. À la fin du couplet, Jesse Hector plaque un accord et lâche un avertissement :

             — Look out !

             Il saute en l’air et arrache ses chaînes. Il retombe lourdement sur le sol pour attaquer un solo d’une violence extrême.

             La structure de la baraque craque de partout. L’agitation provoque des remous dans le public trop nombreux. Des vagues de gens s’écrasent contre les poteaux de soutènement. Sur scène, Jesse Hector fait des bonds de deux mètres en plaquant ses deux accords. La foule bascule dans l’hystérie collective.

             Hagard, Jesse se penche vers la foule en délire et miaule :

             — Here we go !

             Il s’élance et réussit un saut périlleux arrière. Il enchaîne un nouveau solo dévastateur, se roule sur les planches et hurle des Look Out ! que reprend la foule en chœur. C’est le moment que choisit une poutre pour tomber sur le public. Puis tout le toit s’effondre. Spot ressent un choc terrible sur le crâne. Il tombe sur les genoux et tente désespérément de conserver ses esprits. Il sent un liquide chaud lui couler dans le cou. Il y porte la main... Du sang. Autour de lui, la panique se répand. Il cherche Rox. Il finit par apercevoir son visage enfoui sous un tas de corps emmêlés. Elle lui adresse un ultime regard chargé d’effroi.

    Signé : Cazengler, Hectare 

    Jesse Hector. Disparu le 6 mai 2026

     

     

    L’avenir du rock

    - Ils Strains pas en chemin

             Mardi soir, rue de Rome. L’avenir du rock reçoit ses amis pour le rendez-vous hebdomadaire du Cercle de Pouets Disparus. L’idée ce mardi est de briser la routine : puisque les Pouets Disparus sont de fiers gaillards et de redoutables polémistes, des chantres sanguins et de rudes forgeurs de sonnets, l’avenir du rock leur impose un thème contraire à leur nature, le spleen de Paris. Jean Mort-aux-Rats est le premier à s’élever contre cette idée qu’il trouve saugrenue, puisque déjà exploitée par Charles Baudelaire. Stuart Perrill-en-la-Demeure vole au secours de l’avenir du rock et déclare d’une voix claire qu’il est bon de se plonger de temps à autres dans les égouts de l’âme humaine, et pour illustrer son propos, il ouvre la fenêtre du salon et se perche au-dessus du vide, assurant la compagnie qu’il ne tient pas tant que ça à la vie et que de chuter de trois étages serait pour lui une fin plus digne que celle occasionnée par les termites du vieillissement, idée, qui ajoute-t-il en s’étranglant de dégoût, le répugne. Il perd soudain l’équilibre et tombe miraculeusement du bon côté. Les Pouets Disparus ovationnent cette prouesse littéraire. Galvanisé par l’exploit de son ami, Gustave Kah-Kahn bondit hors de son siège pour s’avouer rongé par des mélancolies et des tumeurs cérébrales, et dressé comme un tribun au perchoir du Palais Bourbon, il clame :

             — Soyons tous nervaliens ! Allons tous nous prendre à des réverbères !

             — Ouaisssssssss !, font les autres, unanimes...

             — Mais il nous faudrait des cordes, lance Paimpol Roux d’une voix affreusement triste...

             Étourdi par la virtuosité de ses collègues, Tristan Corbillard prend la parole d’une voix chancelante :

             — Retrouvons notre calme, mes amis... Si nous nous pendons tous, qui écrira notre prochains recueil de vers ? Y avez-vous songé un seul instant ? Contentons-vous de communier en cultivant cette divine disposition que nos confrères d’outre-Manche nomment le stress...

             En bon opportuniste, l’avenir du rock glisse sa petite saillie :

             — Au stress, je préfère mille fois, que dis-je, cent mille fois les Strains ! 

             — Ohhhhhhhh !, font les autres, éberlués...

     

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             C’est une copine qui te file l’info le soir des Cosmic Psychos : elle fait jouer les Strains à Montreuil. Les Strains ? Bif baf bof. Tu sais pas qui c’est. Elle t’explique. Detroit. Bon d’accord. Faut pas rater ça. Pas la moindre seconde d’hésitation. Bizarrement, le concert de Rouen est gratuit. Cadeau du Fury.

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             Des groupes de cet acabit, t’en as déjà vu beaucoup trop. On compare les Strains aux Hellacopters. Tu crains un peu les redites et les clichés. Mais bon, ils sont là, alors autant en profiter. Le contact se fait via la petite guitariste Gretta Smak. Elle a un sens du contact extraordinaire. Petite et couverte de tatouages, elle n’en finit plus d’être contente. Contente d’être au Fury, contente de causer avec des Français, contente d’être dans les Strains, contente du rock’n’roll, contente du Detroit sound, contente d’être contente. Elle rigole dès qu’on lui dit un truc. Fantastique bonne humeur ! On

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     devrait tous en prendre de la graine. C’est pas possible d’être aussi content ! Et puis tu vois les autres, le petit bassman Kellen Mutter qui va aussi accompagner Frank Meyer en première partie, Al King, the locomotive man, le roi du Detroit beurre qui bat aussi pour Frank Meyer, et puis un clone de Dregen, Jamy Holliday, avec ses cheveux noirs de jais et ses mèches blanches, ses dents en moins et ses tattooos, sa haute maigreur et son air de vampire gothique, et puis le chef de meute, Paul Grace Smith, deux mètres de haut, coiffé d’une casquette panthère, encore un vétéran de toutes les guerres. Un mec capable de changer une corde sur sa SG blanche en restant au micro pour finir son couplet. Alors dès qu’elle est sur scène, Gretta Smak éclate de joie, littéralement,

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    elle gratte sa petite Fender Mustang rouge et saute partout. Elle est encore plus expressive que Steve Diggle. Elle le bat à la course en matière de joie de jouer. Alors le concert va être à son image, fantastique, bienvenu, tu vas avoir ta dose de Detroit Sound, pas de problème, ça rocke le boat et ça tangue tout ce que ça peut, c’est un son à trois guitares, donc ça blaste à gogo, ça blaste dans le bliss, ça buzze dans les basses, ça brise du bois et ça booste dans les brancards. Si tu veux voir un gros concert de crack-boom, cours voir les Strains. 

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             Tu perdras pas ton temps à écouter les deux albums des Strains. T’en gagneras pas non plus, mais ça tu t’en fous. T’es pas là pour ça. Le premier Strains sans titre

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    date de 2022. Paul Grace Smith drive l’affaire, mais il est accompagné par une autre équipe, pas celle qu’on a vu au Fury. Bon, bref, ça descend tout de suite dans la rue avec «New World Order», c’est très enflammé, ça sent bon le cramé. Ils n’inventent rien. Ils brûlent les poubelles. Paul Grace Smith arrose toujours le même jardin. Son fonds de commerce est l’high energy rock’n’roll. «Disaster» te tombe dessus comme une falaise de marbre qui s’écroule. Paul Grace Smith adore gueuler dans la tempête. «The Last Time» n’est pas celui des Stones. Cap sur la ville en feu. La clameur du riff est magnifique. Ils n’en finissent plus de saturer la clameur - I got nothing left to give/ Don’t you break my heart - Tout aussi saturé de clameur, voilà «Living In Your Past», traversé par un killer solo pernicieux. Avec «Bottom Of The Ocean», les Strains déversent de l’heavyness dans l’océan. Ils dépassent les bornes du jeu des Mille Bornes. «Rat Queen» est très detroitisé. Ça monte vite en température. Les Strains proposent un rock solide à tout épreuve. Puis ils jettent «Blacked Out Again» dans le mur.

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             On retrouve tout le set du Fury sur Queen Death. T’es aux taquets dès «Hard On You». t’es noyé dans la clameur, ils ne te laissent pas le choix. «Depression» ? Ça joue vite, c’est énorme, plombé, ça joue à outrance, ça tape dans le dur et ça coule partout. Pur Detroit Sound avec «How Low» et c’est relancé aux chœurs. Ils savent faire monter un cut en puissance. «I Like It Rough» est fabuleux de cocote et de gut, Paul Grace Smith claque bien son like it rough. Ils noient «Hell Of A Ride» dans le son. T’es flabbergasted par les dynamiques incroyables et la densité extrême, et t’as tout le power du Detroit Sound. Elle court elle court la banlieue avec «Back It Up», ça fulmine au max, ça blaste dans les brancards. Encore un blast avec les chœurs des Dolls : «Queen Death». On se régale de leur fabuleux dévolu. Ces gens-là ne se ménagent pas. Zéro répit. «No Fucking Way» prend feu et explose. Ils sonnent comme des cracks, alors t’en veux encore. Ils finissent à 100 à l’heure avec «Lifetime», en mode Detroit destroy oh boy. C’est leur vitesse de croisière, just for you ! C’est carrément stoogy dans l’esprit. Ils finissent sur le riff de River Deep Mountain High. Gretta chante le couplet de la mort. T’en veux encore.

    Signé : Cazengler, toujours un Strain de retard

    Strains. Le Fury Défendu. Rouen (76). 27 avril 2026

    Strains. Strains. No Solution Records 2022

    Strains. Queen Death. Dead Beat Records 2026

     

    L’avenir du rock

     - (Sharp) Pins Up

     (Part Two)

             Malgré son air con et sa vue basse, l’avenir du rock reste extrêmement productif dans le désert. Il adore divertir les erreurs qu’il y croise. Pour ça, il se déguise avec les moyens du bord. Un exemple : l’autre jour, il a dépouillé la charogne d’un vautour et s’est bricolé une fausse barbe de duvet noir. Pour la coller, il a chié un petit étron verdâtre et s’est tartiné le visage. Essayez et vous verrez que ça tient. Puis il est parti en titubant, brandissant une bouteille à panse ronde trouvée derrière un rocher. Il savait qu’il allait croiser Lawrence d’Arabie qui passe sa vie à zigzaguer dans le désert pour les besoins de sa légende.

             Ah le voilà enfin ! L’avenir du rock reconnaît le petit nuage de sable, à l’horizon. Il avance dans sa direction et se met à hurler : «Mille millions de mille milliards de mille sabords !». La voix porte loin dans le désert. Lawrence d’Arabie s’arrête à quelques mètres :

             — Que faites-vous ici, Capitaine Haddock ?

             — Bachibouzouk ! Moule à gaufres ! Ectoplasme !

             Lawrence d’Arabie éclate de rire :

             — My God, vous êtes encore plus con que l’avenir du rock ! Il talonne le flanc de son dromadaire et repart vers l’Est.

             Un autre exemple. Un jour l’avenir du rock tombe sur la carcasse incendiée d’un véhicule militaire. Les cadavres carbonisés sont encore à bord. Un pneu éventré lui donne une idée. Il en arrache un gros lambeau et parvient à se confectionner un chapeau melon. Puis il déboutonne la vareuse carbonisée de l’un des passagers pour s’en faire un veston. Il arrache enfin la colonne de direction du véhicule pour s’en faire une canne. Il découpe avec ses dents un bout de chair carbonisée sur le visage du chauffeur et se le colle avec de la salive pour se faire une petite moustache carrée. Et il repart clopin clopant en se dandinant. Un peu plus tard, il voit cet abruti de Stanley descendre une dune. L’avenir du rock avance en se dandinant de plus belle et  en faisant tourner sa canne.  Stanley écarquille les yeux. Il n’en revient pas !

             — My God, est-ce bien vous, Charlie Chaplin ?

             — Pas du tout, old chap ! Charlie Sharp Pin !

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             L’avenir du rock ferait n’importe quoi pour chanter les louanges de ses chouchous.

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             Le Balloon Balloon Balloon des Sharp Pins serait-il le meilleur album de l’année 2026 ? La réponse est comme d’habitude dans la question. Album dément parce que «Popafangout», et l’énormité du son, basses lourdes, écho max et les coups de douze Ricken te scient la calebasse. Et ça continue avec «I Don’t Have The Heart» et l’heavy riff te cloue à la porte de l’église, c’est saturé de classe électrique, c’est la pop des Byrds à la puissance 1000. Parce qu’«All The Prefabs», c’est tout l’éclat du Brill. Parce que «Fall In Love Again», pop joyeuse et cinglante à la fois. Parce qu’«(In A While) You’ll Be Mine», éclaboussé d’écume des jours, c’est le «Revolution» des Beatles en pire, avec tout le fracas des coups de douze Ricken. Parce que «Takes So Long», aussi dense qu’un hit des Who ! Il pleut des coups de Ricken comme vache qui pisse. Parce que «Stop To Say Hello», hit pop puissant et mélodique. Kai Slater semble aussi réinventer la modernité avec «I Don’t Adore You», traversé en plein cœur par un killer solo de disto demented. Modernité encore avec «Ex-Priest/ In A Hole Of A Home» : il désosse la pop pour mieux la sublimer. Cet album t’enivre. Il rend hommage à Brian Wilson avec «(I Wanna) Be Your Girl», puis aux Beatles avec «Gonna Learn To Crawl». Tu crois entendre John Lennon.

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             Dans Shindig!, Jon Mojo Mills reflashe sur Sharp Pins ! Kai Slater explique qu’il veut faire avec son nouvel album de la psychedelic music without the modern notion. Il parle de l’early psyché de 1966 - I wanted it to sound like a Nugetts/Peebles bootleg or a Joe Meek recording - Et paf ! Au moins les choses sont claires ! C’est un enregistrement primitif - I’m definitively still following my Beatles/Who/Kinks/Jam/TVPs/Squire worship, as well as Barrett and early British Psychedelia, plus its revival with the Soft Boys and the Painsley Underground-ers, and all the garage comps that got me into rock’n’roll originally - Il explique qu’il gratte une Vox 12-string, mais aussi une Johnny Thunders Les Paul. Zéro faute de goût : le gars Kai a tout bon.

    Signé : Cazengler, Sharpie

    Sharp Pins. Balloon Balloon Balloon. K Perenial 2025

    Jon Mojo Mills : Youth revolution now ! Shindig! # 167 - September 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le roi George

    (Part Two)

     

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             Et si George Harrison était l’homme le plus drôle d’Angleterre ? C’est une hypothèse qu’alimente le big book de Graeme Thompson, George Harrison: Behind The Locked Door. Big parce que 400 pages dans un corps 12 soigneusement interligné, ce qui veut dire en clair que si tu décides de l’attaquer, t’es pas sorti de l’auberge. Même avec l’habitude des gros pavés - les Joyce et les Dosto qui n’en finissent plus - tu dois t’armer de pugnacité et donner du temps au temps. La lecture d’un pavé, ça se mérite. En plus, tu connais l’histoire - grosso-modo - donc tu sais d’avance que t’auras pas de surprise. Thompson sait bien que ses lecteurs sont des Beatlemaniaques avertis, alors, pour bien les ferrer, il met le paquet sur l’humour ravageur du roi George, et là, tu grimpes vite fait au paradis des plaisirs littéraires. D’ailleurs, la couve de ce funny big book donne le ton : on y retrouve l’image d’All Things Must Pass, le roi George entouré de ses quatre nains de jardin, mais cette fois, il s’abrite sous un parapluie. C’est du pur Monty Python ! Cet humour anglais auquel nous autres Français n’avons jamais eu accès.

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             Les plans comiques commencent de bonne heure chez le jeune George. Christmas 1959, il a 16 ans et son père lui offre un jeu de tournevis, car bien sûr, il pense que son fils va devenir électricien. Le jeune George regarde sa demi-sœur Irene et lui dit : «Does he want me to stick at this? I think he does.» La formulation est hilarante. Un Anglais qualifierait cet humour de dry. À sec.

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             Ado, le roi George se pointe au lycée avec une dégaine de punk en herbe : «Harrison did his bit. He was a ratty-looking kid, a flash Ted with sticky-out ears, a baby face, and an impressively precarious quiff slicked back with vaseline into what was described as «a fuckin’ turban» by Arthur Kelly.»  Et Bramwell de rajouter : «He was a semi-juvenile delinquent; in his lunchtime!».

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             Un peu plus tard, les quatre Beatles sont à Hambourg (avec Stu Sutcliffe) et ils dorment dans des lits superposés installés dans un cagibi : «Harrison lost his virginity in a bunk bed in an airless room with the other band members within touching distance. If they weren’t watching, then they were acutely aware of what was going on, and applauded when he had finished.» C’est du pur jus d’Harrison. On reste à Hambourg pour cette autre anecdote qui tue les mouches. Comme tout le monde, le roi George prend des amphètes, mais ceux-ci ont un effet curieux sur sa cervelle délicate : «Harrison, ‘frothing at the mouth’ would sometimes stay awake for days after taking Preludin and Dexedrine. Lying in bed, he would ‘start hallucinating and getting a bit weird.’ Presumably it was on one of this jittery morning-afters that he strangled Roy Young half to death.» On imagine la tête réjouie de Thompson au moment où il tape ces mots sur son clavier. T’en rigoles pour lui. Même le choix des adverbes est monty-pythonien : «presumably» ! C’est l’anecdote la plus drôle qui ait jamais été rapportée sur Hambourg.

             Le roi George se forge vite une personnalité à part : moins rentre-dedans que Lennon, moins cocky-cockette que McCartney, moins dodelinant que Ringo, il se distingue, nous dit Thompson, «with his dark eyes, lop-sided grin, vaguely vampiric teeth, dry wit and youthful soulfulness.» Thompson est un fabuleux portraitiste. Tous les mots qu’il choisit sont jouissifs.

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             Quand George Martin rencontre les Beatles pour la première fois, il commence par tenter de les mettre à l’aise et leur dit : «Let me know if there’s anything you don’t like» et le roi George lui sort aussi sec : «Well I don’t like your tie for a start.» Il faut entendre ça avec l’accent de Liverpool qui est un peu gras, mais moins que l’accent écossais. Et puis le succès arrive très vite, et quand le roi George revient séjourner chez ses parents, il doit circuler dans les pièces à quatre pattes pour ne pas être aperçu de la rue. Son père finira par mettre des volets sur le bow window. Tout reste férocement drôle chez le roi George. Un peu plus tard, alors qu’il est marié avec Pattie Boyd, il laisse la fenêtre de la chambre ouverte pour que ses chats Rupert et Corky puissent entrer et sortir, mais une nuit, George et Boyd se réveillent car ils entendent des bruits bizarres sous leur lit : effectivement ! Ils découvrent «two girls hiding under their bed.» Des fans ! La pire calamité du XXe siècle. Dans Chronicles, Dylan en parle comme d’un traumatisme.

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             Thompson épingle encore le roi George au temps de Sgt. Pepper’s : «Fitted up in Sgt. Pepper’s vibrant satin suit, Harrison’s face in photographs is frequently a picture; he wears the same look of wounded dignity as a dog forced to wear a dress.» Thompson l’épingle encore dans Magical Mystery Tour filmé en partie in Devon & Cornwall, mais aussi à Londres - His inscrutable expression as he sits in Paul’s Raymond’s Revue Bar watching a striptease act makes his thoughts hard to discern, but it was certainly a long way from levitation yogis - Car oui, le roi George est déjà entré en spiritualité orientale. Il va d’ailleurs développer ça très sérieusement, et durant les early seventies, nous dit Thompson, «he would ping-pong back and forth between the sacred and the profane, going slightly further in either direction each time. The inhabitants at Friar Park would tiptoe aound asking, ‘has he got his hands in the bean bag or the coke bag?’ says O’Dell.»

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             Le roi George adore aussi le gros bordel. L’O’Dell rappelle qu’il n’était pas forcément très discret quand il flirtait avec les femmes des autres : «Like with Ronnie Wood’s wife, he was very blatant about that, he would flirt with her right in front of Pattie. To complicate matters further, Boyd embarked on a brief fling with Wood.» Même les histoires de cul sont hilarantes avec le roi George. Il se tape encore Maureen, la femme de Ringo. Au jour de l’an, il dit à Pattie : «Let’s have divorce this year.» Et en janvier 1974, il déclare à Ringo, en présence de Pattie et Maureen : «I’m in love with your wife.» - Starr was distraught, muttering ‘nothing is real, nothing is real». Lennon later described it as ‘incest’ - T’es forcément écroulé de rire en lisant tout ça. Et c’est pas fini : Clapton raconte que le roi George le prend un soir à part pour lui demander de coucher avec sa femme Pattie, «so that he could sleep with her sister Paula.» Tout ça n’est que du pur Monty Python.

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             Tout le monde sait que Clapton a fini par barboter Pattie Boyd, mais il est bon de rappeler ce que le roi George, dans son immense mansuétude, lui a dit pour le mettre à l’aise : «If you want her, take her. She’s yours.» Et Thomson d’ajouter : «There was after all a lot of swapping going on, and it seemed to go against the spirit of the times to care too much.» Thompson devient diabolique. Il profite de la moindre occasion pour glisser des réparties fabuleusement drôles. Tout cela n’empêchera pas le Clapton de culpabiliser. Harrison : «Eric had the problem. Everytime I’d go and see him, he’d be really hung up about it, and I was saying, ‘Fuck it, man. Don’t be apologising,’ and he didn’t believe me. I was saying ‘I don’t care.’» Pour la petite histoire, Clapton et Pattie vont se marier, puis ils vont divorcer en 1988, parce que Clapton avait commencé à faire des gosses à droite et à gauche (Pattie Boyd ne pouvait pas en avoir), il eut notamment une fille avec Lory Del Santo que le roi George va bien sûr prendre un malin plaisir à baiser. Elle sentit d’ailleurs chez le roi George l’ombre d’un ressentiment envers Clapton : «It could have started as a payback day

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             L’autre personnage central du big book, c’est Friar Park, à Henley-On-Thames, 40 miles west of London - A 120-room late Vitorian oddity - Tout est très spécial dans cette baraque qui correspond tellement au roi George : «All the light switches were monk’s faces, activated by clicking the nose; the walls were orned with puns, aphorisms, axims and proverbs, several of which found their way into Harrison’s conversation and eventually his songs. Every new corner seemed to reveal some new whismsical delight, but there was a dark, shadowy intrigue to the place as well. Friar Park was, in many ways, the ultimate expression of Harrison’s worldview. How could he not love it?».

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             Au tout début des Quarry Men, Lennon ne voulait pas du jeune George. Trop jeune. On est en 1958 et George a 15 ans. C’est McCartney qui insiste pour le garder. John Lennon est déjà très impressionnant, il baise des gonzesses, il boit et il se bat, «and very much his own man: agressive, charismatic ans unpredictable.» Quand le jeune George fait des compliments à Lennon sur sa copine Cynthia, ça donne un truc du genre : «I think Cyn’s great, but there’s one thing wrong. She’s got teeth like a horse.» Pur jus d’Harrison. Le gros atout du jeune George, c’est qu’il sait accorder une guitare. Bramwell : «John had no idea, he tuned it like a banjo.» Mais au fond, George préfère rester un supporting artist. Il voit bien que John et Paul «were instigators, leading men.» Il a 17 ans quand il devient «a full-time musician» - Nine-to-five never came back into my thinking - Sa première guitare électrique est une sunburst Futurama III, une copie de Strato fabriquée en Tchécoslovaquie.

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    (à Hambourg)

             Entre 1960 et 1962, ils jouent à Hambourg. C’est là qu’ils deviennent les Beatles. Ils nouent des liens avec Astrid Kirshnerr et Klaus Voormann, des fans de l’existentialisme sartrien, en connexion avec Juliette Greco, Man Ray et Cocteau. Les coiffures viennent de là : «forward-brushed Parisian cuts». Lennon lit alors énormément, il écrit des tas de chansons, mais aussi des poèmes et des pièces de théâtre. Ils jouent un moment avec les pseudos : McCartney opte pour ‘Paul Ramon’, Sutcliffe pour ‘Stuart de Stael’, George pour ‘Carl Harrison’, en hommage à Carl Perkins, et Lennon reste John Lennon.   

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             Ils reviennent en héros à Liverpool. Harrison : «We went down a bomb.» Sam Leach : «Even the Teddy boys stopped fighting.» Pour remplacer Sutcliffe qui est resté à Hambourg, il faut que l’un d’eux se dévoue pour jouer de la basse. John et George, pas question. C’est McCartney qui se dévoue. En 1961, Harrison range sa Futurama et se paye une Duo Jet Gretsch de 1957 pour 75 £. Il explique que les Beatles ont développé leurs harmonies vocales en adoration pour les Shirelles et les Ronettes. Pendant une tournée américaine, at the Fenton Music Store de Mount Vernon, George se paye «a fireglo red Rickenbaker 425» pour 400 $. Il achète aussi quelques albums, dont le Green Onions de Booker T & The MGs et quelques albums de Bobby Bland. Puis il va se payer une autre Ricken, une douze, pour 900 $.

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             Quelque part dans le torrent du book, McGuinn révèle un détail qui va faire plaisir à Damie Chad : «The first thing both George and I ever learned was the riff from Gene Vincent’s ‘Woman Love’».

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             L’autre grande force de ce big book, c’est bien sûr l’évocation de la Beatlemania. Thompson commence par résumer Brian Epstein en deux lignes : «Epstein was well-off, well-heeled and almost terminally bored. He detected something intangible in The Beatles which sparked his interest.» Epstein devient leur manager en 1962. Encore une fois, c’est fabuleusement écrit.

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             Les Beatles explosent littéralement - The Beatles were operating at a level far beyond the standards demanded of pop ephemera - Thompson parle d’un «Hard Day’s Night bristled with exuberance, confidence, (cockiness actually - and with good reason) and a sense of uncomplicated accomplishment - Il parle même de «most imperious of all imperial phases» et il a raison. Hormis Dylan, personne n’a jamais égalé l’ampleur artistique des Beatles. D’ailleurs, en 1964, les Beatles écoutent The Freewheelin’ Bob Dylan dans leurs chambres du George V à Paris. Mais en même temps, la Beatlemania devient un cauchemar pour le roi George - a horror story... awful... manic... crazy, a nightmare - Thompson revient longuement sur ce phénomène unique dans l’histoire de la culture moderne. En 1965, le roi George refuse de continuer à tourner. Mais ils font une dernière tournée mondiale en 1966 et c’est la folie. C’est entre 1964 et 1966 qu’ils atteignent leur pic avec Rubber Soul et Revolver. Sur Rubber Soul, George a deux compos, «Think For Yourself» et «If I needed Someone» - the generally accepted as George Harrison’s best composition to date - En 1964, il se paye un ranch-style bungalow à Claremont Drive in Esher pour 20 000 £. Quand Pattie Boyd épouse le roi George, les fans la prennent pour cible : en 1965, devant l’Hammersmith Odeon, des gamines jalouses la frappent et lui crachent dessus. Quand ils tournent en Australie, Lennon raconte que les Beatles se retrouvent en plein Satyricon. Tout le monde partouze. Ils jouent leur dernier concert en août 1966 au Candlestick Park de San Francisco. 25 000 personnes qui hurlent. Sur le trajet du retour vers Los Angles, le roi George dit aux autres : «Well that’s it, I’m not a Beatle anymore.» C’est là qu’ils décident tous les quatre d’arrêter les frais. George a tort et il a raison. Le groupe va continuer d’exister.

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             Le roi George va très peu participer à l’enregistrement de Sgt. Pepper. Ça ne l’intéresse pas du tout : «It became an assembly process - just little parts and then overdubbing - and for me it became a bit tiring and a bit boring.» Puis les Beatles vont aux Indes chez le Maharashi. George et John arrivent les premiers. Ils sont les seuls à voir l’intérêt d’une quête spirituelle, surtout depuis qu’ils ont commencé à tripper sous acide. McCartney ne s’est mis à l’acide qu’un an plus tard, mais il préfère rester en dehors de tout ça. Quant à Ringo, il s’est pointé aux Indes avec une valise pleine de baked beans et une autre pleine de réticences. En plus des quatre Beatles, le Maharashi accueillait à Rishikesh Mike Love, Donovan, Mia Farrow et sa frangine Prudence («Dear Prudence»), Joe Massot et le flûtiste Paul Horn - This was dropping out, Sixties pop star style - C’est aussi à Rishikesh que les quatre Beatles, extrêmement décontractés, ont commencé à composer une vingtaine de cuts qu’on va retrouver sur le White Album. Ils s’inspirent aussi de la simplicité de John Westley Harding qui vient de sortir. À cette occasion, le roi George compose «Sour Milk Sea» et «While My Guitar Gently Weeps». Mais le rêve ne dure qu’un temps. Ringo est le premier à quitter l’Inde, suivi de McCartney. John et George restent pour méditer.

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             En mai 1968, le roi George accueille ses trois amis chez lui à Esher pour enregistrer les démos des cuts qu’ils ont composés à Rishikesh. Ce seront les fameuses Esher demos dont on a déjà parlé ici, et donc les cuts qu’on va trouver sur le White Album, l’un des joyaux de la couronne. Le jeune assistant de George Martin, Chris Thomas (21 ans), sera l’ingé-son et le producteur du White Album. Comme chacun sait, c’est lui qui va aussi produire Nevermind The Bollocks. La présence de Yoko amène de la tension. Elle reste assise près de John et lui murmure des trucs dans l’oreille. Se sentant déconsidéré, Ringo quitte le groupe. Mais il revient.

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             Les Beatles vont crever. George et Paul ne s’aiment pas trop. George ne peut pas schmoquer Yoko - George could not stand to be in the same room as her. She was interfering with everything - with John, with the Beatles - Un jour, Lennon dit à McCartney : «You’re not annoying me. You don’t annoy me any more.» - It was the language of a dead mariage transposed in a dying band - Puis George et John finissent par clasher. George annonce qu’il quitte le groupe et Lennon lui dit : «When?». «Now!». Alors Yoko Ono devient provisoirement la quatrième Beatle et s’en va hurler dans le micro. En avril 1970, McCartney annonce dans la presse qu’il quitte les Beatles - Harrison was long gone in body and soul.

             Ted Templeman évoque des confidences que lui aurait faites le roi George et qu’il ne peut révéler, mais il en révèle une quand même : pour George, le jour où Lennon a amené Yoko en studio, ce fut la fin des Beatles.

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             Le roi George attaque sa carrière solo avec All Things Must Pass. Il s’entoure de Badfinger, Billy Preston, Ringo, Frampton, Klaus Voormann, Alan White, Ginger Baker, Tony Ashton, Dave Mason, Bobby Keys & Jim Price, Gary Wright et Gary Brooker. Totor produit. Le roi George apprécie «the sheer, over-the-top power and eccentricity of the sound.» C’est selon Bobby Keys le mariage de deux personnalités opposées - Phil was energetic and nervous, and George was laid-back and let-it-come-easy - Le roi George sourit en permanence, alors que Totor semble possédé. On lui interdit de ramener son flingot en studio, alors ça l’énerve. Mais c’est lui qui produit «My Sweet Lord» - It was a wonder created in real time. The multidinous backing vocals and slide guitar were overdubbed. Everything else is live - On qualifie alors la prod de Totor de wagnérienne, «the music of mountain tops and vast horizons». Avec All Things Must Pass, le roi George est monté si haut «that he couldn’t reach it again.» Bobby Whitlock : «He didn’t have to make another record.» Seule ombre au tableau : on reproche au roi George d’avoir pompé l’«He’s So Fine» des Chiffons pour «My Sweet Lord». Le roi George répond que ce n’est pas exactement la même mélodie. Mais il y aura un procès. Le roi George va très mal le vivre : «It’s difficult to just start writing again after you’ve been through that. Even now when I put the radio on, every tune I hear sounds like something else.» 

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             Chaque fois que tu ressors All Things Must Pass de l’étagère, t’es frappé par la magie d’«I’d Have You Anytime», frappé par l’océanique du son, frappé par l’ampleur biologique du Totor Sound. Et dès les premières mesures de «My Sweet Lord», t’as l’enchantement, la profondeur de champ, les notes magiques et des chœurs qui font Hallelujah. Et ça se développe à coups d’I really want to see you Lord. Totor et le roi George t’offrent tout simplement la grandeur du monde. Encore un hit fantastique avec «Wah Wah». C’est Totorisé à l’extrême. Puis le roi George sombre dans la mélancolie avec «Isn’t It A Pity», mais une mélancolie visitée par des poux enchantés. Totor aménage des résonances et t’as une fin de cut grandiose. Encore de la fière allure en B avec «What Is Life», c’est plus pop, mais avec un fantastique développement de basse et de tambourins. On reste dans l’enchantement déterminant avec «If Nor For You». Diable, comme les poux du roi George sont beaux ! La qualité baisse un peu en B, il faut attendre «Awaiting On You All» pour renouer avec toute la Totorisation du monde. Ah quelle prod et quelle fantastique énergie de la pop ! En D, on se prosterne devant «Hear My Lord». le roi George élève la mélancolie Totorisée au rang d’art majeur. Les accents mélodiques t’harponnent. Totor a mis le bassmatic de Klaus Voorman en avant du mix. En E, il fait écouter le «Thanks For The Pepperoni» attaqué à la Chucky Chuckah. Diable comme ça joue et comme ils sont furieux !

             Le roi George passe comme chacun sait par une grande phase transcendentale, il se lève avec le soleil et passe la journée à méditer. Un jour, il décide de descendre en bagnole au Portugal, il ne parle ni le français, ni l’espagnol ni le portugais, mais ça n’est pas grave - You know, once you get chanting, then things happen transcendentally - Le roi George chante pendant des jours et même pendant des semaines, dit Klaus Voormann.

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    (Featurin' George Harrison  slide guitar)

             Parmi les habitués de Friar Park, on compte Legs Larry Smith, Jon Lord, Joe Brown, Mike Moran, Herbie Flowers, Gary Moore, Alvin Lee, Mick Ralphs et Dave Edmunds. Le roi George a gardé des goûts très classiques.

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             Son deuxième album solo sera Living In A Material World. Il l’enregistre au FPSHOT (Friar Park Studios Henley-On-Thames). Il fait venir Totor, mais Totor n’est jamais là. Le roi George est obligé d’aller le déloger de sa chambre d’hôtel. Alors Totor siffle 18 cherry brandies et se pointe. Finalement, George est obligé de produire seul - George was an accomplished producer but certainly not in Phil’s league - Totor produit néanmoins «Try Some Buy Some», un cut rescapé des Ronnie Spector sessions en 1971. Pas de Wall Of Sound sur cet album, juste Klaus Voormann, deux mecs au beurre (Jim Keltner et Ringo), plus Nicky Hopkins et Gary Wright. Le roi George gratte des coups d’acou en open tuning, «creating some of the finest work of his career.» En note de bas de page, Thompson indique que Bowie va reprendre «Try Some Buy Some» en 2003 sur Reality, en hommage au roi George, après sa disparition. 

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             Quand t’ouvres le gatefold de Living In A Material World, tu vois le roi George et ses amis attablés au beau milieu de l’immense parc de Friar Park. Vu l’allure de la table et du roi, on pense bien sûr au dernier repas du Christ. Au fond, on aperçoit une limousine et son chauffeur debout, et à gauche, une nurse avec une poussette. C’est en B que tu croises la piste de l’un des plus beaux hits du roi George, «Try Some Buy Some», qu’a aussi enregistré Ronnie Spector. C’est l’hit interplanétaire par excellence. C’est l’un des fils d’Ariane de la Beatlamania. Pas surprenant que Bowie l’ait adoré. Totor produit alors ça devient surnaturel, grandiose, porté par de gigantesques nappes de violons. On trouve l’autre hit du Material World en ouverture de balda, «Give Me Love (Give Me Peace On Earth)» : pure gelée royale, le roi George atteint son zénith et les poux s’écroulent comme une cascade de diamants. On se régale encore du joyeux «Don’t let Me Wait Too Long», il y a va à l’how I miss you.

             À suivre...

    Signé : Cazengler, Georges Harissa

    George Harrison. All Things Must Pass. Apple Records 1970

    George Harrison. Living In A Material World. Apple Records 1973

    Graeme Thompson. George Harrison: Behind The Locked Door. Omnibus Press 2016

     

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    AROUND THE SHACK RECORDS PRESENTS

    JAKE CALYPSO & BUBBA FEATHERS

    TRIBUTE TO CHARLIE FEATHERS

    (ATSRCD10 / 2025)

    Bubba Feathers : lead guitar /  Jake Calypso : vocal, guitar / Stéphane Bihan : upright bass / Robert Polk : drums.

             Enregistré au studio Sun, Memphis, 09 / 10 /2025.

    Avec les Hot Chikens Hervé Loison a déjà rendu hommage à Gene Vincent, Little Richard, Johnny Burnette et Buddy Holly. N’oublions pas non plus ces soirées spéciales consacrées à Elvis. Nous avons en cette liste une bonne partie de la phalange des pionniers du rock largement reconnus et encensés par tous ceux qui aiment le rock’n’roll. Ce sont-là des tributes rendus à des idoles confirmées, le nouveau tribute à Charlie Feathers nous agrée d’autant plus qu’il s’agit d’un artiste émérite que le succès n’a pas couronné. Comment ne pas être surpris en se rendant sur discogs de s’apercevoir que si son premier 45 tours est sorti en 1955, son premier album date de 1974 ! Tout un symbole. Il est vrai que dans les années qui suivirent sortirent des albums souvent  concoctés par des amateurs fortement concernés qui se sont efforcés de tirer son œuvre de l’ombre.

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    L’on peut s’interroger sur le phénomène d’occultation qui a frappé Charlie Feather. Certes il n’est pas le seul. Des centaines de chanteurs et de musiciens qui furent reconnus en leur temps, qui eurent même un succès éclatant, sont aujourd’hui oubliés. L’oubli recouvre peu à peu leur mémoire. Dans son livre Lost Highway, Peter Guralnick, le titre résume à lui seul le thème de son ouvrage, son sous-titre Sur les routes du Rockabilly, du Blues & de la Country Music nous paraît encore plus explicite. Il s’applique à merveille à Charlie Feather  qui bénéficie d’un chapitre à part entière. Le book est paru en 1979, les années fastes du rockabilly, ne sont plus qu’un invraisemblable souvenir. A tel point que Guralnick éprouve le besoin d’aller à la rencontre de ces légendes. En voie d’effacement.

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    C’est à Memphis que Guralnick rencontra Charlie Feathers. Le titre du chapitre : Le dernier des rockabillies, sonne un peu comme le dernier survivant d’une époque révolue. Tout cela n’empêche pas Nicolas que le Rockabilly n’est pas mort. Charlie Feather prend la parole. Peut-être dit-il moins qu’il ne dit. Mais si l’on met de l’ordre dans ses propos l’on peut saisir la logique des événements. C’est Junior Kimbrough, un métayer noir, à l’époque un inconnu, il ne fera son chemin que bien plus tard, qui lui apprend la guitare et lui assure qu’il est fait pour chanter le blues. Feathers est plutôt branché Bill Monroe et bluegrass. Mais il avoue être incapable de jouer cette musique. En fait il n’aime pas le country. D’ailleurs, d’après lui, ceux qui jouaient le mieux le bluegrass ce sont les noirs. Sont bien plus violents que les blancs dans leur approche. Feathers arrive chez Sun avant Presley. Il se targe non pas d’avoir tout appris à Sam Phillips, mais presque. Phillips n’est pas chaud pour sortir des disques de Feathers. Il lui reproche de sonner trop rhythm’n’blues… Il n’avait peut-être pas tort Phillips. Plus tard, raconte-t-il, les gens du métier, dont Sam, lui conseillent de se mettre au country. Il a une voix idéale pour. Oui mais lui il n’aime pas le country. Sur un coup de tête, il quitte Sun, est-ce une erreur… Toujours est-il qu’il n’a jamais percé.

    Tous ces éléments Guralnick les raconte bien mieux que moi. J’en tire une conclusion personnelle : lorsque l’on écoute les rockabillies les plus sauvages de Charlie Feathers, il est sûr que ce sont d’extraordinaires pépites du genre. Des monstruosités. De redoutables capharnaüms, si on y prête une oreille attentive, l’on est abasourdi par l’incroyable grouillance sonique, ça court, ça bouillonne, ça se heurte, ça se rambarde de tous les côtés, mais Feathers tient l’attelage d’un vocal de fer. Une profusion insolente et une rythmique imparable. Pour résumer, voici un rockabilly qui dégage des relents de festivités noires… Certes Sam Phillips cherchait des blancs qui chantent aussi bien que les noirs, mais pas plus noir que blanc. En un sens Charlie Feathers était en avance sur son temps. Ce soir-là sur scène il est accompagné d’un guitariste qui se nomme Bubba. Feathers. Son fils.

    Stéphane Bihan : upright bass / Bubba Feathers : lead guitar / Jake Calypso : vocals, guitar / Rodney Polk : drums.

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    Sur la couve Jake Calypso et Bubba Feathers en frères d’armes, derrière eux en sous-impression, le portrait tutélaire de Charlie Feathers jeune et souriant donne l’impression de les surveiller depuis le paradis des rockers.

    That certain female : étrange impression, cette interprétation permet de redécouvrir et de mieux comprendre l’original de Charlie, le thème en est simple le gars cherche sa femme fatale, qu’il ne trouve pas, le morceau est donc erratique, ça barjote un peu dans sa tête, mais cette version plus resserrée, est davantage jouissive en le sens où les différentes saccades désespérées de l’original sont ici comme calquées sur les diverses séquences d’une consommation érotique. Very hot. Bottle to the baby : paroles foutraques à double et triple sens, prennent un pied terrible tous ensemble à donner le biberon, guitare incisive de Bubba à petites giclées, Jake se pourlèche les babines de ses bégaiements insistants, la section rythmique veille à ce que l’administration de la chose soit bien faite. One hand loose : comme par un fait exprès un enregistrement de chez King Records, c’est fou ce que l’on peut faire (ou pas) avec une main, en tous cas Jake prend son pied, module son vocal comme le loup de Tex Avery, Bubba vous pond un petit solo à damner les seins des demoiselles, z’ont le son qui gronde et qui vous emporte. Stutterin’ Cindy : pas étonnant  que Jake ait choisi ce morceau, c’est à croire que Charlie Feathers l’ait écrite pour lui, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le vocal rockabilly, ne le cherchez pas ailleurs, Bubba vous envoie de ces rafales de guitare à décorner les long horns tandis que Jake vous minaude la minoterie vocalique de bien belle manière. L’est dans son élément, l’aboutissement de son travail depuis des années. That certain female : la brièveté du rockabilly est un des ses traits fondamentaux, frapper vite et fort, se retirer au moment de la plénitude atteinte. Cette extended version du premier  titre n’est pas aussi étendue que l’on pourrait l’accroire, Jake déblatère mais n’oublie pas de se taire, pesé, enveloppé, vous repartez tout sourire avec ce beau morceau de barbaque saignante.

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             Cette revisitation de l’œuvre de Charlie Featherss est une parfaite réussite. Nos quatre zigotrocks sont en même temps très près de l’esprit feathersien et en même temps un peu à côté, ils ne l’imitent pas, ils ne copient pas, ils le prolongent.

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             Ces quatre morceaux, sont également réunis  sur un 45 tours, tout ce qu’il y a de plus vinylique, suscitent envie de réécouter Charlie Feathers. Sur le CD, Jake  Calypso devance votre souhait à vous offrant douze titres du dernier des rockabillies à écouter. Vous ne serez plus étonnés de savoir que nombre d’amateurs éclairés  classent  Charlie en pole position rockab..

    Bonus Traks : Charlie Feathers selection by Jake Calypso :

             Un choix personnel. Nous le respectons. Pas question pour nous de pinailler, comment à la place de tel titre, n’aurait-il pas mieux valu pour telle ou telle raison proposer celui-ci…

    Milkcow blues : tout le monde de Robert Johson à Aerosmith a chanté ce morceau créé par Kokomo Arnold. Bonne idée une fois que l’on a lu le book de Guralnick. Charlie nous en donne une version rustique, rythmée sans surprise, seule l’intro est originale, bien sûr il joue sur les intonations de sa voix, une batterie un peu ennuyante, agréable à écouter mais pas inoubliable. Fraulein : (Rien à voir avec la chanson d’Eddy Mitchell au titre similaire, l’original est de Bobby Helms). Après le côté blues, le versant country. Rockabilly et country ont toujours entretenu des rapports incestueux. Pour beaucoup de rockabilly men, le country a servi de base arrière les années creuses… N’ai jamais apprécié ce morceau, Charlie fait le job. Rien à lui reprocher, rien à encenser. Frankie and Johnny : un morceau qui vient de loin, l’air daterait de 1830 (au moins), ce qui est sûr c’est que dans la bonne ville de Saint-Louis Frankie Baxter à bien tué par jalousie son amant en 1899. Charlie l’a enregistré en 1956 chez Sun. Un régal, Charlie nous conte une histoire, la guitare sert de décor, la voix de Charlie crée le suspense. Un véritable film musical. Corrine Corrina : enregistrée pour la première fois en 1928 par Bo Carter, elle a connu de multiples adaptations, bonne fille Corrina se plie à tout : blues, jazz, country, rock’n’roll, folk, cajun… Charlie l’enregistre aussi pour Sun. Charlie y va sur la pointe des gencives, il boppe légèrement, il essaie, il réussit, c’est après être parti de Sun qu’il amènera ce style à une perfection inégalable ; Coackroach : ( c’est en écrivant le mot que je m’aperçois qu’il est très proche de Cucaracha, et que tous deux signifient cafard) très bel instrumental, la guitare sonore de Charlie, qui se contente d’éructer et de pousser des soupirs de contentement, serait-ce un rapport  explicatif mais en espagnol cucaracha désigne aussi une cigarette de marijuana. Why don’t you : méfiance, ce genre de titre sent le slow, surprise, hop on plonge en plein bop, Charlie peaufine son bop, ce n’est pas encore la grande dégelée, c’est léger comme une cavalcade de poulains en goguette, ça passe dans le gosier comme un vin fruité, on en reprend quelques verres. Can’t hardly stand it : encore un Record King 56, monstrueuse sonorité et ce vocal qui rampe comme un chat insatisfait sur un toit brûlant, le pauvre Charlie n’y tient plus mais nous on aimerait qu’il reste sur sa faim toute la nuit, ce n’est que nous soyons cruels, mais ces hoquets sur la faim du morceau, ils sont terriblement jouissifs. Tongue tied jill : un de mes morceaux

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    préférés de Charlie, ce n’est pas par hasard que Jake l’ait choisi, quelle maîtrise, quelle aisance et quelle claque, elle ne sait pas trop ce qu’elle veut, oui mais Charlie il voulait simplement inscrire un hit définitif. Wild wild party : aux innocents la bouche pleine. Une surboum déjantée certes mais Charlie vous raconte cela comme s’il était en train de lécher une glace à la fraise, un vocal ébouriffant, il minaude, il s’amuse, il prend son temps, vous êtes suspendu à ses lèvres, un morceau à déguster à la petite cuillère, mais un chaudron de fausse innocence et d’excitation. Gone gone gone : je ne sais pas comment était Carl Perkins quand il a écrit ce morceau, en tout cas il était bien parti, remarquons que Charlie devait être sous emprise de l’esprit du rockabilly, quel festival, chante comme s’il était six à lui tout seul, le vocal part de tous les côtés, même la guitare boppe à mort, le genre de tintamarre dont vous risquez de ne pas en  sortir vivant. Si vous pensez que vous vous en êtes tiré sain et sauf, vous vous trompez. Hu huh honey : commence tout doux, surtout ne sautez pas la piste, tout dans le vocal, la grande démonstration, tous les articles en magasin sont passés en revue, tout ce qu’il faut faire et tout ce qu’il ne faudrait pas faire. Bottle to the baby : un dernier pour la route. Doit avoir mis un steak haché dans le biberon. Du grand art. Inoubliable.

             L’a pas établi sa sélection au hasard, le frère Jake, ne dites pas qu’il a réservé les meilleurs morceaux pour la fin, ce qui serait vrai et totalement faux. Avec ces douze morceaux il a cherché à tracer les limites du rockabilly, son origine et comment il s’est bâti, petit à petit, comment chacun a transformé les rudiments de base, comment il les a pliés à sa guise et adaptés à sa manière. Sont toute une génération à avoir œuvré à cette création collective. Ce qui est sûr c’est que Charlie Feathers en est un des maillons les plus représentatifs.

    Damie Chad.

            

     

    *

    Parfois il vaut mieux commencer par le début, du moins un semblant de commencement même si cela ne correspond pas à l’itinéraire du chemin emprunté.

    HARES ON THE MOUNTAIN

    BAND IN A BOX   

    MILES OF MUSIC

    Rhodhes IslandLake Winnipesaukee NH

    (Island CampJuin 2019)

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             A première vue pour la montagne vous repasserez, par contre les lièvres ça pullule. Sur la scène. Au moins une dizaine. Top départ, l’on se croirait dans un orchestre symphonique, faut dire qu’avec contrebasse, violon , violoncelle plus deux ou trois claviers sur le côté, question couleur orchestrale ils peuvent faire illusion, d’autant plus qu’ils y vont tout doux, si doux qu’ils s’arrêtent, la caméra se focalise sur une gamine, autour d’elle doivent avoir au minimum trois fois son âge, des adultes, alors la fillette, on la sent seulette, tout juste si elle ose effleurer ses cordes, elle est la seule à jouer, elle semble hésiter, prend son courage à deux mains, elle se rapproche du micro, petite fille avec petite voix, son timbre s’affirme, les adultes consentent çà l’accompagner, légèrement, petit à petit tous ensemble, elle se sent rassurée, ils ne la lâcheront pas, ils sont là, ils l’entourent, ils la soutiennent, elle a la partie la plus difficile à assurer, le morceau s’achève. Silence retentissant. On la plaint, on a envie de l’embrasser pour l’encourager, un cri ‘’ Encor !’’ suivi d’applaudissements, les musiciens enthousiastes perdent leur statut d’adulte. La caméra travelingue sur les spectateurs, la salle est petite – ressemble un peu à nos Mille-Clubs pompidouliens – le public  frappe des mains, à peine une quarantaine. L’mage s’estompe pour laisser place aux noms des musiciens :

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    Zacharia Hickman : basse / Chris Critter Eldridge : guitare / Charlie Rose : pedal steel / Isa Burke : fiddle / Christopher Pappas : keyboards / Val Thompson : violoncelle / Trey Boudreaux : drums / Bat Clapham : organ.

             En tête de la liste : vocal et banjo : NORA BROWN.

    Miles of music organise régulièrement des rencontres encore amateurs de musique traditionnelles qui désirent progresser, s’entraider, s’encourager, apprendre, peut-être même devenir professionnels.

             Pour la petite histoire, Hares on the Mountain est une chanson née en Angleterre dans le Somerset, retranscrite vraisemblablement au dix-neuvième siècle, comme tant d’autres elle s’est  répandue au Canada et aux Etats Unis. Il en existe bien des versions différentes… Les paroles proposent une version bien délurée de la sexualité… Nos ancêtres professaient parfois des idées peu traditionnelles…

             Sur sa chaîne YT Nora Brown a stocké plus de cent cinquante de ses apparitions publiques. Elle n’a que six ans lorsque  Schlomo Pestcoe lui donne ses premières leçons d’ukulélé. Schlomo est un vétéran de la scène folk new yorkaise qui va l’initier aussi à la guitare, au violon, à la mandoline et au banjo… On la voit grandir au fil des années. L’écoute de ces vidéos se révèle être un magnifique parcours dans le répertoire traditionnel américain. De toutes ses vidéos nous mentionnerons que Rye Whiskey into Litlle Birdie, enregistré en 2018, à Lexington dans le Kentucky.  Une démonstration, au

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    sortir de l’enfance, la voix est encore verte, le jeu de ses doigts déjà affirmé mais encore un peu mécanique. L’on sent une volonté farouche, une virtuose en herbe vigoureuse, son chemin est déjà tracé dans sa tête.

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             C’est en allant sur Western AF que voici quelques jours j’ai pour la première fois découvert Nora Brown. Une vidéo pas très longue. Deux morceaux en quatre minutes. Sans concession. Ce n’est plus une petite fille, une jeune femme, dépasse tout juste la vingtaine. Concentrée, fermée au monde, toute son attention accordée à son banjo. Vous n’entendrez que lui, le dernier morceau est comme par hasard un pur instrumental, le premier intitulé Bertie’s Mae Chilly Winds est un  hommage à Bertie Mae  Dickens (1902 -1994), né en Virginie mais ayant vécu toute sa vie dans le Kentucky, dans le bourg d’Eunice, il fait partie de ses agglomérations qui ne sont rattachées à aucune municipalité. Autrement dit, si je comprends bien, un trou perdu de chez perdu. Elle est issue d’une famille de musiciens, Caudill est son nom de jeune fille, son père et ses trois frères furent des banjoïstes et des fidllelistes renommés. Elle-même jouait du banjo, il subsiste quelques documents audio dans une poignée de centres folkloriques plus ou moins privés. Je n’ai réussi à trouver que deux vidéos sur YT peut-être quelques autres sont dissimulées sur Les 1700 vidéos de la chaîne Whitetop Music. La seconde est pratiquement identique. Droite et sèche comme un I.

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    Vieille grand-mère, elle eut dix enfants, l’on sent la poigne de fer sous le gant de velours. Sur la seconde vidéo Sugar Hill, elle est accompagnée par Alice Gerrard, née en 1934. L’on ne voit que la volute de son violon. Nora Brown a étudié avec Alice Gerrard. L’on ne comprend rien à cette musique si l’on ne tient pas compte qu’elle est avant tout une musique de transmission même si beaucoup la considèrent comme une tradition figée en elle-même. Très souvent au bas des vidéos de Nora Brown est spécifiée la mention : ‘’ learned from’’ ici : Brat Leftwich. Aune fioriture, la caméra se rapproche souvent des doigts de Nora, parfois la caisse du banjo, son visage  ne vous sourit pas, les yeux fermés, elle suit le fantôme de quelque chose qui remonte à beaucoup plus loin qu’elle et dont elle est la servante. Les notes s’égrènent comme des grains de maïs qui résonnent sur le fond d’une cuvette de fer blanc, parfois ils tombent un par un en se suivant, sur l’instrumental en fait la continuation du premier, elle murmure quelques mots sur la première partie, une berceuse pour un bébé, un geste ancestral que la modernité a oublié, mais sur la fin c’est une forte pluie qui s’abat sur le sol asséché d’un champ de maïs.

             Normalement j’aurais dû me pencher sur un des quatre albums enregistrés par Nora Brown, mais en accord avec la philosophie de cette musique, j’ai décidé de faire l’école buissonnière, puisque tout est filiation, compagnonnage, rencontre, et amitié j’ai fixé ma préférence sur une vidéo ou Nora Brown chante et joue en compagnie de Stephanie Coleman.

    TINY DESK CONCERT

    NORA BROWN & STEPHANIE COLEMAN

    (NPR / 24 - 10 - 2023)

             Pas étonnant que Nora et Stephanie se soient rencontrées. Deux générations différentes mais qui se suivent de près. Une dizaine d’années à peine les sépare. Des profils similaires. Stephanie provient de Chicago. Son père qui est lui-même violoniste lui enseigne les rudiments dès l’âge de huit ans. Elle baigne dans un milieu folk. Elle est vite repérée à l’âge de douze ans elle est en quelque sorte prise en main, et côtoie les meilleurs violonistes. Elle suit des études musicales, ce qui l’emmène à  visiter pour des reportages documentaires les plus vieux musiciens de Virginie et de Caroline. Elle produira aussi pour NRP des émissions sur les figures légendaires du folk et du bluegrass à commencer par Woody Guthrie et Bill Monroe. 

             Elle sera appelée à se joindre au groupe, uniquement féminin, Uncle Earl, elle participera en 2007 au très bizarre l’album Waterloo, TN (Tennessee) dans lequel  notre susceptibilité nationale se portera sur des titres comme Buonaparte, espèce d’irrespectueuse comptine de cour de récréation… Cerise sur le gâteau : producteur de cet opus : Robert Plant. Le cercle se referme, aurions-nous envie d’écrire. N’avions-nous pas déjà rencontré sur disque et sur scène  l’ancien chanteur de Led Zeppelin en compagnie d’Alison Kraus, une des figures majeures du bluegrass…

             Le décor de l’émission ne nous est pas inconnu. Nous avons déjà vu des émissions enregistrées dans le studio Tiny Desk Concert diffusé par la NPR.   La National Public Radio est le principal réseau de radiodiffusion non commercial et de service public des États-Unis. Ce n’est pas tout à fait un service public à la française. C’est une radio de droit privé, diffusée un peu partout, gratuite pour le public, alimentée par des contributeurs indépendants. Par les jours qui courent elle ne doit pas être encouragée par l’administration trumpiste. NPR est notoirement classée à gauche, disons démocrate pour être au plus proche de la terminologie ricaine.

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    Across the Rocky Mountain / The Old Blue Bonnet : les voici toutes deux dans le fouillis savamment organisé du minuscule bureau. Nora est affublée d’une casquette turquoise qui jure quelque peu avec tout le reste. Le morceau est de Roscoe Holcomb (1911 -1981), il fut un modèle pour Bob Dylan. Ouvrier, mineur, musicien (banjo, harmonica, guitare,) compositeur, interprète, maître d’un répertoire qui mariait autant les traditionnels blancs que le blues noir. Deux filles un micro.  Nora concentrée, légèrement en avant sur son banjo, les rares fois où elle lève la tête, l’on a la chance d’admirer  passes yeux bleus, fiddle en main Stephanie se tient droite, souvent elle sourit, Nora a pris le chant, elle ne l’accapare, parfois c’est Stéphanie qui prend le relais mais le plus beau, le moins rude, car entendez-vous le banjo crépite et martèle, c’est lorsque les voix se rejoignent ou que l’une chante et que l’autre fredonne, il est inutile de demander pourquoi elle ont choisi ce morceau, une chanson féministe, la jeune fille aux doigts de poupée et aux joues roses s’en vient sur le champs de bataille chercher son fiancé parmi les cadavre, elle le trouve, le prend dans ses bras pour l’amener chez le médecin qui le soignera, la fin du morceau est sublime, le fiddle vole comme un aigle et depuis la terre le banjo court sans se faire distancer… Nora prend la parole et explique qu’elles ont mélangé le morceau de Roscoe avec les harmonies de The Old Blue Bonnet, une vieille chanson anglaise.  Toutes deux avouent qu’elles connaissent Across the rocky Mountain depuis leur enfance mais que c’est en décidant de la jouer pour cette soirée qu’elles ont pris conscience des paroles… Elles ont changé d’instrument et s’apprête à interpréter une vieil air de Virginie : Lady of the lake : un pur instrumental, c’est fou comme elles ont l’air sérieuses quand elles jouent, se prennent-elles dans leur imagination pour la lady du lac, comment s’imaginent-elles, ou alors sont-elles seulement obnubilées par la musique qu’elles produisent, les traits de feu du fiddle, cette fois Stepanie se penche elle aussi sur elle-même comme si elle se mirait dans l’eau du lac arthurien, quant à Nora regarde-telle les cercles concentriques que font le clapotis de ses notes dans la profondeur des eaux mortes. Arrêt brutal. Applaudissement. La magie miroitante des ondes est brisée.  Copper keettle : ce morceau, comme le précédent qui lui donné son titre, sont tous deux sur un EP quatre titres paru fin juillet 2023 qu’elles ont enregistré ensemble. Avant de le débuter Stephanie explique  que Lady of the lake est de Parley Parsons (1902 - 1984) musicien

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    virginien qui a été un des derniers à jouer la musique des Appalaches de la manière même dont elle était jouée dans le pays où elle était née. Certes ajoutent-elles, grâce à YT le public peut avoir quelque idée de la manière dont on jouait cette ancienne musique, mais le mieux est encore de se rendre au Clifftop autrement nommé The Apallachian String Band Music Festival en Virginie de l’Ouest, il suffit d’arriver d’écouter ou de se mettre à jouer. Objet de discorde, Cooper Kettle est-il un morceau anonyme venu d’on ne sait trop où, ou un morceau de Albert Frank Beddoe composé autour des années cinquante. Si vous pensez que ce morceau vous plonge  dans un cossu intérieur de Nouvelle-Angleterre autour d’une bouilloire en cuivre en train d’infuser le thé du five o’clock, vous faites fausse route, le texte évoque la sereine et nocturne confection du whisky de contrebande, le fameux moonshine. Ne confondez pas bouilloire et alambic. Nora a troqué son banjo contre sa guitare. Le morceau a été repris par presque tout le monde.  Ce n’est pas un morceau facile. Je ne parle pas de difficulté musicale. Qu’est-ce que cette chanson, est-elle joyeuse ou nostalgique, difficile de se tenir sur cette ligne de crête, c’est peut-être Dylan qui embrasse le mieux les deux versants de la montagne, il réussit ce tour de force avec une inattendue et sublime orchestration, nos deux artistes optent pour la ballade mélancolique, juste un léger sourire une fois achevée, comme si elles voulaient cacher le regret des temps de l’innocence perdue.

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    Damie Chad.

     

    *

             En ce mois de mai 2026 le groupe a sorti un disque. Par ce mot je ne désigne pas un objet, disons un album numérique. Je ne le chroniquerai pas. Il me semble un peu raté – ceci est purement subjectif – et me paraît un peu long – cette impression est aussi subjective que l’avis précédent, ce qui n’empêche pas ce jugement d’être aussi teinté d’objectivité. Que voulez-vous l’adage est connu : l’éternité c’est un peu long, surtout sur la fin. Certainement, mais comment voulez-vous traduire l’éternité avec des sonorités instrumentales puisées dans notre monde non-éternel. Ne m’accusez pas d’aller un peu vite, qu’est-ce qui me prouve que notre monde n’est pas éternel. Je n’en sais rien puisque je me dois  de reconnaître que moi-même je ne suis pas  éternel. Quand bien même le serais-je, je n’en ai aucune conscience et suis incapable de le prouver.  Toutefois, me suis-je dit, le nom de ce groupe démontre à l’excès que la notion d’éternité le titille un max. J’ai réfléchi, pour être éternel, je me dois d’avoir un plan d’ancrage dans l’éternité, je situe ce débat à un niveau purement théorique, or un groupe qui existe depuis une vingtaine d’années a dû lui aussi se mettre en quête d’un point d’ancrage théorique dans l’éternité… En farfouillant dans leur discographie, je l’ai trouvé, assez facilement en plus, je n’ai pas eu à chercher longtemps, juste leur disque précédent. Paru voici déjà quatre ans. Je ne vous ferai pas languir, ni une seconde, ni une éternité de plus. Hâtons-nous de l’écouter.

    OMEGA

    MöBIUS

    (Analog Freaks Records/ Mai 2022)

    Möbius est à mettre en relation avec Arthur Ferdinand Moëbius mathématicien allemand né en 1790 et mort en 1868. Il a beaucoup travaillé sur la géométrie (dans l’espace) et la théorie des Nombres… Il est resté célèbre pour son invention de  ce que l’on nomme le ruban de Möbius. Pour vous entraider à entrevoir la ‘’chose’’ voici la pochette d’un de leur précédent opus titré Paths of Nothingness  paru en juin 2010. Ces sentiers du néant proposent une interprétation bien nihiliste, différente de celle que sous-entend celle d’Omega.

    Notre mathématicien n’en n’est pas l’inventeur, ce terme est normalement usité pour désigner les personnes qui trouvent un trésor, il a mis en évidence l’existence de ce phénomène objectal, un merveilleux trésor conceptuel symbolique qui s’avère être pour les esprits perdus et/ou poétiques la clef qui ouvre la porte de l’éternité. Clef que vous pouvez tenir dans votre main comme une clef de voiture ou d’appartement. Encore vous faut-il parvenir à trouver la voiture ou l’appartement qui corresponde…

    Le titre de l’album est une allusion à la célèbre formule du Christ : ‘’ Je suis l’alpha et l’oméga’’. La première lettre de l’alphabet grec symbolise le commencement et l’oméga terminal : la fin. Rechercher le commencement du monde s’avère difficile. Par contre l’appropriation de la fin est beaucoup plus facile. Il vous suffit de ramener l’univers en son entier à votre adorable et égotiste personne. Lorsque vous passez l’arme à gauche, ou pour employer une expression chère à notre Cat Zengler, lorsque vous cassez votre pipe en bois, vous accédez sans effort translatif à l’éternité de la mort. Une autre manière d’être vivant, si vous réfléchissez un peu. N’oubliez pas que l’éternité n’est pas autre chose que l’existence de l’être, ou de l’être de l’existence.

    Pour les esprits lents et retors, le groupe vous offre quelques lignes d’explications supplémentaires : ‘’ Soit vous mourrez, soit vous ressusciterez. Allumez la flamme qui guidera votre voyage vers l'éternité.’’ Tout dépend de vous, de votre volonté : soit vous mourez, soit vous ressuscitez. Au moment de votre trépas soit vous jetez un dernier regard en arrière sur votre vie, soit vous jetez un regard en avant sur votre vie qui recommence. Dans l’éternité  votre mort est éternelle, et votre vie aussi est éternelle. 

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    Ne voyez aucune allusion érotique dans le dessin de la pochette. Ils ont repris la représentation antique du dieu Eon, qui symbolise l’éternité. Pourquoi lui ont-ils coupé la tête : peut-être pour vous dire de ne pas trop vous prendre la tête, pourquoi lui ont-ils laissé son zizi : sans doute pour que réalisiez la force vitale de l’éternité qui donne vie à la vie et à la mort. L’une et l’autre n’étant que la fameuse et unique face du ruban de Möbius…

    Daniel : guitars, bass /  Fokular : drums / Marie Fiserova : vocals.

    Tous trois viennent de Slovaquie.

    Omega : départ en trombe, vous avez l’impression que ça ne s’arrêtera jamais, vous avez raison la batterie démarre à fond de train, attention baisse de tension, signe que peut-être l’on aborde la torsade du ruban qui nous permet de changer de plan tout en restant sue le même. Le son s’enfonce sur lui-même tout en se dispatchant, la séquence que l’on aborde rythmiquement parfaitement balancée paraît infinie, attention amoindrissement sonore, repasserait-on sur la courbure diagonalique, si le rythme ralentit est-ce parce que l’on stagne à petits pas dans notre mort, une guitare bourdonne comme si elle voulait nous pousser malgré nous. Grincements noisiques, this is the end, apparemment nous préférons rester dans le paysage de nous-même que nous connaissons le mieux.  Naveky Nasratý : ( le morceau est  l’origine un original du groupe Beton. Voir sur Bancamp) :   grandes rafales de guitares de cymbales, sifflements, hurlements, les lyrics sont d’une simplicité absolue : ‘’ Il montre toujours les dents, Toujours en colère, Il serre toujours les poings’’ le morceau ressemble bien à une illustration phonique du texte. L’on a du mal à établir un rapport, s’il y en a un, avec le morceau précédent, ce qui n’empêche pas que l’on aurait préféré que ce soit celui-ci qui ait été choisi pour illustrer le concept omégatique, car plus percutant, explosif, davantage à la hauteur d’une représentation sonique de l’éternité.

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    Dans l’ensemble l’auditeur risque de rester sur sa faim… Il est sûr qu’exprimer l’idée de la  totalité avec des sons partiels est une gageure difficile à soutenir.  Saluons l’intention.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 735 : KR'TNT ! 735 :LOOSE GRAVEL / REVEREND BEAT-MAN / LUCINDA WILLIAMS / KOMBYNAT ROBOTRON / MAVIS STAPLES / JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT / UNCLE GOOBER / DORIAN PIMPERNEL / GURTHWORM

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 735

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    07 / 05 / 2026

     

    LOOSE GRAVEL / REVEREND BEAT-MAN

    LUCINDA WILLIAMS / KOMBYNAT ROBOTRON   

    MAVIS STAPLES

    JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT

    UNCLE GOOBER / DORIAN PIMPERNEL

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    The One-offs - Gravel voice

     

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             On flashait pas mal sur les Groovies à l’époque, ceux de Roy Loney (certainement pas ceux d’après), et notamment sur ce Sneakers qu’on avait ramené de l’Open Market comme un trophée, parce qu’on avait lu dans Who Put The Bomp! que les Groovies étaient des punks. En vérité, ils ne sonnaient pas comme des punks, tout au moins pas comme les Shadows Of Knight. Pourquoi ? Parce qu’ils swinguaient. «My Yada» et «Golden Clouds» étaient de véritables miracles de swing-out Frisco beat, mais t’avais tout de même le raw de Roy, et ça suffisait à étancher provisoirement ta soif de proto-punk. Il te faudra attendre «Teenage Head» pour entendre du vrai raw de Frisco Bay.

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    Avec ça, le Roy est devenu un roi du raw, et tu lui as prêté allégeance tout le temps qu’il est resté l’âme de Groovies. Après son départ, les Groovies sont devenus n’importe quoi. Il fallait se lever de bonne heure pour continuer de respecter Cyril Jordan. Roy Loney était un fan et un collectionneur de rockab, ce qui faisait la différence avec Jordan qui préférait la pop.

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             Les Groovies bon d’accord, mais à côté, t’avais des clients nettement plus sérieux : Loose Gravel. Pour situer les échelles de grandeur, Loose Gravel sont des géants et les Groovies des nains. Tout au moins dans l’impact que ces deux groupes ont eu sur les cervelles à cette époque. Il vaudrait mieux dire : sur les rares cervelles, car les fans des Groovies ne couraient pas les rues et ceux de Loose Gravel encore moins. On devait être une poignée en France : ceux qui avaient lu une brève chronique dans Who Put The Bomp!, et qui avaient commandé le 45 tours à l’adresse indiquée en bas du texte. T’envoyais ton blé et t’attendais, sans trop y croire. Il a fini par débarquer dans ta boîte aux lettres et là, tu peux dire que ta vie, qui avait commencé à changer, s’est mise à changer encore plus brutalement. Ce choc sismique faisait suite à celui occasionné par l’arrivée de «The Final Solution», le single magique de Pere Ubu. Mais là t’avais quelque chose d’encore plus weird, d’encore plus dangereux, simplement dans le son et dans le ton de la voix, t’entrais dans le mystère d’un gang d’outlaws, tu les voyais sur la petite photo de la pochette, ces mecs-là n’avaient pas l’air de rigoler, t’avais ce son ultra-délinquant, cette voix de mec qu’en a buté des tonnes, et cet incroyable raw de gratte. Jean-Yves était de passage à l’époque et on écoutait «Fisco Band» ‘en boucle’, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. On ne pouvait pas se lasser de ces coups de slides enroulés à la Elmore James, et t’avais cette voix rauque d’Achab qui t’harponnait à coups d’if you aim to rocking/ And rolling too, tu ne te méfiais pas de ce gentil mid-tempo, mais c’était du punk avant l’heure, sous des airs sympa, we’re the Frisco band in your town, aw comme ces mecs étaient bons, et Mike Wilhelm passait de grands coups de slide rageurs, et il retombait à la suite sur des accords des Stones qui corsaient l’affaire, et ça repartait avec le faux calme du couplet chant, alors Wilhelm redevenait presque sympa, mais sa voix rauque trahissait un vécu, et quand on arrivait au bout du cut, on le remettait au début, on ne chantait même pas avec eux, on les écoutait, fascinés. La simplicité de la structure nous épatait. Mike Wilhelm donnait à travers son Frisco Band une belle leçon : tu peux casser la baraque sans écraser ton champignon, il suffit juste de passer deux ou trois coups de slide rageurs et de chanter comme si t’étais recherché par les flics. Il y avait quelque chose d’exotique dans cette incroyable dégelée royale. Cette année-là, les trois outsiders de Loose Gravel sont devenus des héros, comme le sont devenus à la même époque les outsiders de Pere Ubu et des Hammersmith Gorillas. Tous ces groupes soufflaient bien sur la braise, condition de survie du rock depuis Elvis 54. La braise. L’esprit de modernité. Le rock spirit. Même s’il existe de très grands albums de rock, c’est dans les 45 tours que réside le rock spirit dans sa forme la plus pure. En deux minutes, «Frisco Band» te dit tout ce que tu dois savoir sur le rock, comme le fit en son temps Elvis avec «That’s Alright». Et tu peux ressortir «Frisco Band» de l’étagère, comme je viens de le faire, et tu verras que ça n’a pas pris une seule ride. L’impact est exactement le même. T’as pris un coup de vieux, mais pas «Frisco Band». C’est pour ça qu’il faut continuer de rapatrier des 45 tours. C’est là que ça se joue.

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             Comme chacun sait, les destins de Loose Gravel et des Groovies se sont mêlés. Un certain Chris Wilson est devenu à une époque le chanteur de Loose Gravel, avant de devenir celui des Groovies. Faut-il parler de Chris Wilson ? Certainement pas. Aucun intérêt. Les Groovies ont aussi fini par embaucher Mike Wilhelm. On s’est toujours demandé ce qu’il était venu faire dans cette galère, car les Groovies n’avaient plus aucun intérêt. Et Mike Wilhelm se situe tout de même à un autre niveau. Jean-Yves qui connaissait d’incroyables détails me raconta un jour que Mike Wilhelm s’était rendu au Texas en moto pour rencontrer Mance Liscomb et lui demander de lui montrer les accords qu’il avait inventés sur sa vieille gratte toute pourrie. 

     Signé : Cazengler, Loose Graveleux

    Loose Gravel. Frisco Band. Not On Label 1975

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    L’avenir du rock

      - Monsters Class/The Beat-Man way

     (Part Five)

             Face caméra, Bernard Pavot présente son invité :

             — Chères téléspectatrices, chers téléspectateurs, nous recevons ce soir encore l’avenir du rock !

             Le public réuni dans l’auditorium de la Maison de la Radio applaudit frénétiquement.

             Bernard Pavot tire une longue bouffée sur sa pipe et d’un ton éminemment cordial, il commence à titiller son invité :

             — Quelle est pour vous l’incarnation de la modernité pornographique ?

             — The Beat Goes On.

             Ovation du public. Bernard Pavot attend patiemment le retour au calme pour poser une deuxième question : 

             — Quelle est pour vous la meilleure illustration de l’universalisme hérité de la scolastique de Saint-Thomas d’Aquin ?

             — Beat On The Brat With A Baseball Bat.

             — Vous ne mégotez pas sur vos opinions, avenir du rock ! Vous référez-vous à l’esthétique de la formule ou à son essence philosophique ?

             — A Little Beat Me A Little Beat You...

             Nouvelle ovation. Les salves se succèdent. Bernard Pavot en profite pour vider sa pipe dans le cendrier, toc toc toc, et la bourrer de nouveau. Il sait qu’il a le temps.

             Le calme revenu, il reprend :

             — Imaginez que vous décidassiez d’écrire un manifeste politique à vocation révolutionnaire. Quel titre choisiriez-vous ?

             — Sex Beat !

             — Et quel homme serait selon vous le plus apte à recevoir l’investiture suprême lors de nos prochaines élections ?

             — Beat-Man !

     

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             L’avenir du rock n’a aucune hésitation. Et quand tu vois Beat-Man sur scène, t’as toi aussi aucune hésitation. Beat-Man c’est le roi du rodéo, the king of trash, le no-way back man, la pompe humaine, le trash-boom hue de fouette cocher, l’heartbeat-man organique, le jiver intergalactique, le chef des indiens, l’abbé de la Croix Jugulante, le mercyless pas en laisse, le pilonneur des Lilas, le Bibi Fricoteur, Mandrake le Magichien, le grand crack qui croque, le bonheur des damnés, l’empêcheur de tourner en rond, le beurre en broche, la main d’Orlac, un Nietzsche sans moustache, un

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    corseur d’affaires, un écraseur de champignon, le maître à pulser, le singulier du pluriel, l’hurleur d’Hurlevent, le meilleur ami de la mort, le dernier des Mohicans, l’enfileur de perles, l’ami des bêtes que nous sommes, le Tarzan des Jeunes, la boule de feu follet, le bigorneur de Big Horn, Beat-Man est complètement universel, complètement dans ton oreille, complètement dévolu à sa tâche, il fout le feu partout, il tonne comme un dieu grec, il avale la pampa, il riff-raffe comme un démon, il dévore le rock tout cru, Beat-Man c’est le p’tit Quinquin punk, l’œuf du serpent, Beat-Man c’est Saturne, le grand méchant loup, le lutin trash, le couteau suisse du rock, l’homme d’un monde, le meilleur des révérends, le plus puissant seigneur des annales, le plus évolué des Cingloïdes, le plus barré des sidérateurs, Beat-Man c’est encore l’absolue nécessité,

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    l’insoutenable légitimité de l’être, l’innommable objet de ton désir, en une heure, il va réussir son coup le plus fumant : réinventer le trash-punk blues, aidé en cela par une petite superstar nommée Milan Slick. Ils sont capables tous les deux de recréer le big bang originel. Ils reprennent tout à zéro et réinventent la vie. Voilà pourquoi Beat-Man est un artiste tellement vital. Chaque fois que tu le revois sur scène, t’es émerveillé. 

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    Signé : Cazengler, con comme une bite, man !

    Reverend Beat-Man & Milan Slick. Le Fury Défendu. Rouen (76) 20 avril 2026

      

     

    Wizards & True Stars

     - Lucinda la lucide

     (Part One)

     

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             Dans son chapô pour le Mojo Interview, Ady Fyfe présente l’alt-country queen Lucinda Williams comme «une héritière de poets, preachers and Southern radicals, country-folk prodigy, songwriters’ songwriter, stroke survivor.» 72 balais, la mémère !

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             Elle se souvient d’avoir été très jeune influencée par le «Colours» de Donovan. On apprend aussi que son père était un fan d’Hank Williams et qu’il l’avait rencontré. Son père fréquentait aussi quelques écrivains, et pas des moindres : Flannery O’Connor et Charles Bukowski. Pour le reste, rien. Que dalle. Pas de substance. Tu peux relire l’interview une deuxième fois, tu ne ramèneras rien de plus. T’as des gens qui n’ont rien à dire d’intéressant. En ce qui concerne Lucinda, tout est dans les disks. 

             Depuis 2020, elle enregistre des Tributes : c’est la série Lu’s Jukebox qui compte maintenant sept volumes, et pas des moindres, comme on va le voir.

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             Évoquons pour commencer le moins sexy des sept, le vol 4, Funny How Times Slips Away - A Night Of 60’s Country Classics. Bon, elle est parfaite dans son rôle d’alt-country queen, d’heavy country chick, mais si la country c’est patacam/patacam, alors t’es mal barré. T’en as rien à cirer de Buck Owens et de Loretta Lynn. Sa voix sauve ‘Lucinda la country chick’ sur «Night Life», elle scintille dans son round midnite. Elle tape l’«I Want To Go With You» d’Hank Cochran en mode languide, et on tombe forcément en pâmoison devant le fantastique «Gentle On My Mind» de John Harford que popularisa Glen Campbell. C’est pas loin de ce que faisait Fred Neil. Lucinda y injecte toute sa niaque extraordinaire, et tu dis bravo ! Puis elle tape une brillante cover du classique rockab d’Hank Snow, «I’m Movin’ On», jadis porté aux nues par l’irréprochable Johnny Horton. Fabuleux shake de shook ! Dommage que tout le Tribute ne soit pas de ce niveau. Lucinda Williams est capable de pondre des bombes atomiques. Cot cot !  

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             C’est avec Lucinda Williams Sings The Beatles From Abbey Road qu’elle ouvre en grand les portes du paradis. Dès «Don’t Let Me Down», elle jette toute sa niaque dans la Beatlemania. T’en prends plein la barbe. C’est fabuleux de musicalité, les mecs derrière jouent à la vie à la mort de la Beatlemania. Lu remonte aux sources avec «Can’t Buy Me Love», elle tape au cœur du mythe à coups de diamond ring et ça monte encore d’un sacré cran avec «Rain», elle le prend à coups de larynx américain et ça explose le mythe. Mais c’est quand elle tape dans le White Album qu’elle dépasse toutes les bornes de la grandeur immémoriale, d’abord avec «While My Guitar Gently Weeps», elle lui rentre dedans de plein fouet, elle te le traîne dans sa boue divine d’I don’t know whyyyyy/ Nobody told you, le mec qui fait l’Harrison s’appelle Doug Pettibone et elle revient au divin muddy d’I don’t know how. C’est l’un des moments les plus heureux de ta vie. La Beatlemania recoule de plus belle dans tes veines. Elle tape encore dans le While Album avec «Yer Blues», elle s’y jette à corps perdu, elle refait le wanna die de John Lennon et tu te prosternes jusqu’à terre devant ce prodige. Troisième cut du White Album : «I’m So Tired». Elle replonge dans la mystique de John Lennon et le fait avec toute la ramasse dont elle est capable. T’as deux voix qui te parlent aujourd’hui : celle de Lucinda Williams et celle de Chrissie Hynde, parce qu’elles sont l’essence de la féminité rock’n’roll. Lu revient au Roi George avec «Something». Elle l’épouse de toutes ses forces. Puis elle passe à l’imbattable «With A Little Help From My Friends», imbattable mais  trop cousu, car détruit par le génie interprétatif de Joe Cocker. Elle n’aurait pas dû s’y aventurer, elle le tape pourtant bien heavy avec des grosses guitares, et c’est finalement démoli à coups de poux. Elle finit avec McCartney et «The Long & Winding Road». C’est pas le même son, elle est plus lisse au chant, mais elle rend hommage. Quel fantastique album ! T’es frappé par l’aplomb de cette vétérante de toutes les guerres. Elle semble dominer la Beatlemania, elle pulse son raw avec une grandiloquence purement américaine, et ça fonctionne. Elle ramène une vieille vigueur dans la Beatlemania et lui redonne du rose aux joues.

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             Avec Have Yourself A Rockin Little Christmas, Lu fait un Tribute à Christmas. Comme dans ses autres Tributes, elle trie sur le volet et t’es vite frappé par la qualité des Christmas songs. Elle tape son «Blue Christmas Lights» en mode heavy Magic Band. Mais c’est avec l’«If We Make It Through December» de Merle Hagard qu’elle rafle les suffrages, c’est un heavy gloom de délice, elle le descend merveilleusement, elle caresse son vieux Merle. Avec «I’ve Got My Love To Keep Me Warm», elle va chercher le vieux Dean Martin. Elle tape dans le swing de l’American Songbook. Elle passe au funk de Sir Mack Rice avec «Santa Claus Wants Some Lovin’», soutenue par les poux terrific de Stuart Mathis. C’est un hit d’Albert King, alors Mathis fait l’Albert King. Lu a donc le son et les poux. Elle bouffe tout crus le «Please Come Home For Christmas» puis le «Little Red Rooster», et elle explose à la suite toutes les expectitudes avec une cover du «Merry Christmas (I Don’t Want To Fight Tonight)» des Ramones. Lu est dessus, elle fait du big biz de yeah yeah yeah, t’as toute la Ramona intacte avec l’implacabilité des choses.

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             T’atteins des sommets avec You Are Cordially Invited - A Tribute To The Rolling Stones. Bien sûr, elle choisit pas mal de mauvais cuts des Stones («No Expectations», «Play With Fire», «Times Wait For No One»), mais quand elle tape sa version de «Street Fighting Man», elle y va au everywhere ! Elle est marrante. Son fighting in the street boy est plus américain et Steve Mackey fait bien les retours de manivelle. Ils tapent «The Last Time» en mode jumpy, mais c’est pas assez électrique. Première incartade. Steve Mackey claque un bassmatic demented sur «Get Off Of My Cloud» et c’est avec «Paint It Black» que ça monte vraiment en température. Quel harsh de Stonesy ! Elle n’a jamais été aussi Stoned qu’avec ce See a red door and I want to plaint it black. Et derrière, le Mackey fait un festival. Cette version relève du pur génie interprétatif. Elle enfonce Marianne Faithfull. C’est Lu la Stoned chick ! Elle plonge plus loin dans «Dead Flowers» avec délectation. Elle fond sa voix dans ce classique flamboyant. Elle en fait de l’heavy country rock et fracasse bien son queen of the underground. On entend bien Stuart Mathis sur «You Gotta Move», il riffe sec dans le groove. Elle tape plus loin le «Sway» qu’elle fait aussi en duo avec Chrissie Hynde sur Duets Special. Elle prend le «Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker)» de haut et se jette toute entière dans la Stonsey. Le coup de génie de l’album est sa cover d’«(I Can’t Get No) Satisfaction». C’est amené à la fuzz et à la basse pouet-pouet et elle attaque au can’t get no. Ils tapent ça au tatapoum des enfers et Lu vibre de tout son vieux corps. C’est magnifique de When I watch my TV, elle ergote au oh no no hey hey hey. Là, t’as tout. Ils se vautrent sur le «Sympathy For The Devil», trop funky, et elle se rattrape avec «You Can’t Always Get What You Want», elle développe toute l’ampleur avec des grattes américaines, elle le monte, bien sûr, mais sans le gospel choir de la version originale. Il faut dire que le bassman Steve Mackey dévore tous les cuts les uns après les autres. Il percute bien la Stonesy, mieux que ne le fit Bill Wyman en son temps.

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             Elle tape dans le dur avec Southern Soul (From Memphis To Muscle Shoals & More). Dans le dur de Barbara Lynn avec «You’ll Lose A Good Thing» - Caus’ if you should lose me/ You’ll lose a good thing - Fabuleuse cover. Dans le dur de Bobbie Gentry avec l’ineffable «Ode To Billie Joe»,   Lu prend Bobbie de haut, elle fait peut-être un peu trop autorité. Dans le dur d’Ann Peebles avec «I Can’t Stand The Rain». Lu groove ce vieux hit magique que Don Bryant composa pour Ann, sa femme. Lu le tape à la retardée. Dans le dur de Dorothy Moore avec la Beautiful Song «Misty Blue», et son fil mélodique parfait. Dans le dur de Dan Penn avec «It Tears Me Up», elle éclate le Penn au Sénégal, elle en fait un chamboule tout, elle le punche comme une black. Dans le dur de Tony Joe White avec «Rainy Night In Georgia», elle se frotte bien au cactus de Tony Joe. Puis elle se vautre avec le «Take Me To The River» d’Al Green, elle en fait de l’heavy rock blanc et c’est pas dans l’esprit du cut. Globalement, elle chante d’une voix qui fait autorité, en battant bien les syllabes. Voix unique, accents d’acier, elle casse bien les angles au chant, comme s’il lui restait peu de temps à vivre.

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             Elle rend un bel hommage à Dylan avec Bob’s Back Pages: A Night Of Bob Dylan Songs. Premier shoot dans la veine dylanesque avec «It Takes A Lot To Laugh It Takes A Train To Cry». Heavy Lu ! C’est travaillé à la dure, ça chevrote dans les brancards, elle tape ça à la pure heavyness et derrière, ça gratte des poux terribles. Elle est très américaine, elle chante à la voix pleine. Ses gratteurs s’en donnent à cœur joie. Mais pas mal de cuts passent à la trappe. C’est trop US. Elle chante «Man Of Peace» comme une sale punk. Elle est très mère-tape-dur sur ce boogie down. Elle retrouve enfin la veine mélodique avec «Not Dark Yet». «Blind Wille McTell» est pompé sur l’«House Of The Rising Sun». Lu ne fait pas les bons choix. On crève un peu d’ennui. Elle opère enfin le grand retour à l’âge d’or avec «Queen Jane Approximatively». C’est le Dylan royal, le mélodiquement pur, l’électrique définitif, et t’as un fin limier qui part en vadrouille de la touille. Et tu retrouves cette magie dylanesque imparable. Et puis t’as encore de l’heavy Dylanex avec «Idiot Wind». Elle est dessus. T’as le souffle éternel.

    Signé : Cazengler, Lucindagobert (qu’a mis sa culotte à l’envers)

    Lucinda Williams. Southern Soul (From Memphis To Muscle Shoals & More) (Vol. 2) Highway 20 Records 2021

    Lucinda Williams. Bob’s Back Pages: A Night Of Bob Dylan Songs (Vol. 3) Highway 20 Records 2021 

    Lucinda Williams. Funny How Times Slips Away. A Night Of 60’s Country Classics (Vol. 4) Highway 20 Records 2021

    Lucinda Williams. Have Yourself A Rockin Little Christmas (Vol. 5) Highway 20 Records 2021

    Lucinda Williams. You Are Cordially Invited - A Tribute To The Rolling Stones (Vol. 6) Highway 20 Records 2020

    Lucinda Williams. Sings The Beatles From Abbey Road (Vol. 7) Highway 20 Records 2024    

    Andy Fife : The Mojo Interview. Mojo # 385 - December 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - Les combines de Kombynat

             L’avenir du rock croyait être peinard. Raté ! Boule et Bill déboulent. C’est devenu systématique. Que ce soit dans le désert ou dans les montagnes du Colorado, ils vont s’arranger pour  débouler. C’est comme un jeu. Tu ne t’attends pas à les voir et pouf, ils surgissent comme des diables hors d’une boîte. L’avenir du rock ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer. Même s’il se planque chez lui, ces deux débiles parviennent à s’introduire subrepticement.

             — Alors avenir du froc, t’es pas content de nous voir chez toi ?

             — Vous n’avez tout de même pas forcé la baie vitrée d’en bas ?

             — On s’est pas gênés, avenir du troc, on l’a estourbie au pied de biche, ta baie vitrée, ah ah ah !

             — T’as pas un coup à boire, avenir du croque ?

             Ils se dirigent vers le frigo.

             — Mate-moi ça Bill, y boit des bouteilles de Duvel, l’avenir du fric !   

             — Y les boit en juif, y nous en offrirait-y un coup, ce rat ?

             — Servez-vous, faites comme chez vous. Je redescends car j’ai du boulot.

             L’avenir du rock s’installe devant ses ordis. Cinq minutes plus tard, Boule et Bill déboulent. Chacun d’eux brandit un litre de Duvel. Ils te sifflent ça au goulot. Glou-glou-glou.

             — Qui tu fous, avenir du broc, avec tes putains d’ordis ?

             — Je tape une chronique...

             — ‘Gad’ moi ça Boule ! Y fait son intello d’mes couilles...

             — Y’se prend pour quoi, non mais t’as vu sa gueule de pimbêche ?

             — ‘Gad ! ‘Gad ! Y fait sa mijaurée ! Ahhhh la gueuuuuuule !

             — Y magouille ses petites combines...

             — Pas des combines, bande d’abrutis, des Kombynat !

     

             On peut dire que l’avenir du rock sait remettre les pendules à l’heure.

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             Quand on voit arriver les trois Kombynat sur scène, on retient son souffle. Voilà en effet trois gaillards hauts de plus de deux mètres, tous en shorts, avec des jambes longues comme des jours sans rhum. La bassman porte même un petit calbut et des jarretières en cuir sur des bas résille. Teutonic ! Et encore plus teutonic quand ils mettent leur Silver Machine en route. Ils sortent un son qui traverse le temps et l’espace, ça percute le mur du son, babooom ! Ça clashe dans les atomes, diable comme ces barbares jouent bien et comme ils jouent fort ! Ils n’ont aucune pitié ni pour les canards boiteux ni pour les tympans. Leur slogan pourrait être «Planquez vos abattis !». Ça vroome dans les brancards, ça touille dans la fournaise, ça démolit les blindages, ils sortent un magma sonique qui à certains moments rappelle la stoogerie, eh oui, c’est dire s’ils sont bons. Ça flaggerbaste à tire-larigot, pas un seul moment de répit, ils donnent leur pleine mesure qui est celle des grands power trios, le grand blond gratte

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    sa SG blanche et twistant ses rotules, et le bassman en petit calbut de cuir percute les cordes de sa Flying blanche avec un à-propos qui laisse rêveur. Que peut-on dire de plus ? Énorme concert, même si perdu dans la nuit des concerts. Qui se soucie de Kombynat Robotron aujourd’hui ? Certainement pas les Rouennais. Pas grand monde dans la cave. On a remarqué au fil du temps que plus les groupes étaient bons, moins il y avait de monde. C’est tout de même très révélateur d’un état d’esprit. Et à côté de ça, toute la daube subventionnée du 106 affiche complet. T’en perds ton latin. Pourquoi les gens ne s’intéressent pas aux bons groupes ? Inutile de perdre son temps à se poser la question. De toute façon, c’est cuit aux patates. On est dans un autre monde, le monde haïssable des fucking smartphones et des vidéos qu’on mate sur YouTube plutôt que d’aller voir les groupes en chair en os - Non mais t’as vu c’qui passe/ J’veux l’feuilleton à la place - Désolé les gars, le rock ça se passe sur scène. Ça s’est toujours passé sur scène.

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             Les Kombynat ont une discographie délirante. Prudence ! On en ramasse deux au merch, - 270°, qui date de 2021, et le p’tit dernier, AANK, qui date de l’an passé. T’auras pas l’onslaught du concert dans ton salon, mais c’est pas grave.

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             Pas de chant sur - 270°, t’as trois cuts bien hypno en A et une longue jam un peu barbante en B. Pas de problème pour les combinards de Kombynat, ça trace. La Silver Machine file tout droit à travers l’espace. Ces trois mecs adorent foncer tout droit. Encore un album qu’il va falloir revendre.

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             AANK est nettement plus convaincant. Tu retrouves la dynamique du trio sur scène dès «Staub» : la riffalama et le bassmatic dévorant. Ça voyage sacrément bien dans l’espace. Ils ont un son ultra-dynamique. «Morast» bascule dans la Mad Psychedelia. Ils n’hésitent pas à se jeter dans les abîmes. Le bassmatic reste bien teutonique. Et en B, tu verras «Ikarus» basculer dans la stoogerie. Ces trois barbares sont des spécialistes du voyage dans l’espace. Ils sont les rois de la Silver Machine. «Unbehagen» se distingue par un chant noyé d’écho, un peu lointain. Le bassmatic dévore le foie du cut. On a là un authentique power trio. Et puis voilà le fracassant «Finstermis», gratté à la cocote sévère, bien lancé au kraut de bique et mené droit en enfer.

    Signé : Cazengler, Kombynard

    Kombynat Robotron. Le Trois Pièces. Rouen (76). 22 avril 2026

    Kombynat Robotron. - 270°. Tonzonen Records 2021

    Kombynat Robotron. AANK. Fuzz Club Records 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Mavis serre la vis

    (Part Five)

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             Si on veut faire le tour de la famille Staples, il faut prendre le temps d’écouter l’album solo de Pops paru en 1987 et dont la pochette est ornée d’un beau sourire d’homme noir, le sien. On est désarçonné d’entrée par les machines, mais il revient à la

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    funky motion avec « This Is Real » qu’il chante heureusement au feeling pur. Il réussit à envoûter malgré les machines. Les choses sérieuses se passent en B avec un retour au blues intitulé « Trying Times ». Pops reste attaché à ses racines. Il joue le blues tradi à l’ancienne. Autre merveille stupéfiante : « Southern Style » digne de tous les grands classiques enregistrés à Muscle Shoals. Il chante à la glotte douce, ah il faut entendre cette voix couler sur le beat comme du miel. Pops envoûta autant que Tony Joe White.

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             On trouve un autre album de Pops dans le commerce, Peace To The Neighborhood qui vaut largement le détour. Bonnie Raitt produit l’excellent « World In Motion ». Willie Mitchell produit aussi quelques cuts dont l’inestimable « Love Is A Precious Thing ». Pops descend au long de l’heavy groove avec sa voix à l’agonie. C’est d’une qualité extraordinaire. Willie Mitchell produit aussi « America », mais cette fois, c’est un peu trop orchestré, même un peu trop puissant et trop cuivré pour un homme aussi sensible. Ry Cooder produit l’excellent « Down In Mississippi (Where I Come From) ». On replonge au plus profond de la vieille mythologie. Pops nous fait l’amitié de jouer un vieux coup de blues primitif à la sauce gospel. On retombe aussi sur son vieux classique de gospel batch, « This May Be The last Time ». Pops lance : I say this may ! et les filles lui répondent. Quelle dynamique ! Il revient inlassablement à son vieux fonds de commerce avec « Pray On My Child ». Pops reste bel et bien le maître de l’église suspendue, celle qui swingue au vent divin, et ça swingue tant qu’il finit par se déchaîner. Pour la première fois de sa vie, il devient complètement dingue. Il termine en revenant au bord du fleuve avec Ry Cooder et « I Shall Not Be Moved ». On saluera la mémoire de Pops jusqu’à la fin des temps.

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             Et puis, en mourant, Pops tendit une cassette à Mavis et lui dit, dans un dernier râle, « Don’t lose this ! » C’est le titre de l’album de Pops Staples qui vient de paraître. Et dans un merveilleux petit texte de présentation, Mavis dit : « Here are the songs of my hero, Pops Staples. ». Apparemment, c’est reconstitué en studio avec l’équipe habituelle. Pops attaque avec « Somebody Was Watching », un vieux gospel enraciné dans le blues. On trouve sur ce disque un mélange capiteux de blues et de gospel. « No News Is Good News » est un cut embarqué au beat tribal, c’est cousu mais bon. Pops nous softe ça à coups d’accords douceâtres et de yeahs suggestifs. Yvonne et Cleotha sont là. On entend Mavis chanter sur « Love Of My Life ». Cet album posthume de Pops est en fait un album de Mavis. Car elle est partout. On la retrouve avec ses sœurs sur « Friendship », en compagnie de Tweedy. Pops chante avec l’énergie d’un moribond, eeehhhh, il se reprend de justesse, juste avant de mettre un pied dans la tombe. Mavis le rattrape à temps. Pops attaque « Nobody’s Fault But Mine » tout seul à la gratte. Ouf, il peut respirer un peu. Il joue ça à la primitive avec de l’électricité dans l’écho. Puis il susurre « The Lady’s Letter », un vieux groove de blues. Les filles le reprennent et on renoue avec la magie des Staple Singers. Il faut entendre le vieux Pops descendre ses syllabes ! Et les filles sont toujours aussi explosives. Sur « Better Home », Mavis accompagne son père. C’est absolument magnifique, et Pops balance ses arpèges en réverb. Ils tapent ensuite leur vieux « Will The Circle Be Unbroken » et toute la famille se réunit pour pulser les chœurs magiques. Ils terminent avec une reprise de Dylan, « Gotta Serve Somebody ».

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             Vient de paraître un docu magique signé Jessica Edwards : Mavis ! C’est incroyable comme cette femme de 75 ans peut être pleine de vie - I’m seventy-five, I don’t really feel old - Yvonne est encore en vie. Elles ne sont plus que deux. Les autres Staples Singers ont disparu. Mavis raconte le Chicago de son enfance, ils habitaient tous dans la même rue, Sam Cooke, James Butler, Johnnie Taylor, au temps ou Chicago était la capitale du gospel. On voit bien sûr de copieux extraits des Staples en noir et blanc. Mavis ado chantait déjà d’une voix grave - For years we were playing gospel, but Pops was playing the blues on his guitar - On voit Sharon Jones et Al Bell témoigner. Joli choix de témoins ! Mavis rappelle qu’elle est the living witness du combat pour l’émancipation, avec toutes ces chansons pour la liberté. « Why Am I Treadted So Bad » était la chanson favorite du bon Doctor King. Sur scène, Mavis est toujours aussi explosive - Made up my mind and I want to arise ! I won’t turn around ! I just refuse to turn around ! All the way until Doctor King’s dream has been realized - Elle veut que le fameux rêve de Martin Luther King devienne réalité et elle continue de se battre pour ça. Wow ! Quelle passionaria ! Et elle ajoute : Pops was a visionary artist ! Effectivement, c’est lui qui repère l’engagement de Dylan - Listen to what that kid sings - Mavis raconte ensuite l’explosion des Staples avec leur troisième album sur Stax, Respect Yourself. On les voit chanter à Wattstax et dans The Last Waltz, avec Robbie Robertson. Elle parle aussi de sa carrière solo, mais sans insister de trop : Steve Cropper puis Prince font leur apparition. Les moments les plus remuants de ce docu sont ceux où elle parle de Pops. Elle se met à chialer, en écoutant l’album posthume. Et comme Gandhi, elle n’a qu’un seul message : Just bring love and music to the people.

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             Et puisqu’on parle du loup, il faut voir et revoir Wattstax, l’un des plus beaux docus consacrés à la Soul. Ce festival légendaire fut organisé par Al Bell dans un stade de Los Angeles en 1972. On ne voit pas un seul blanc dans les gradins. 100 000 blackos font leur Woodstock ! On assiste à un prêche spectaculaire de Jesse Jackson - I AM somebody ! I may be poor but I AM somebody ! I’m black, beautiful, proud ! I must be respected ! - Fantastique ! Toute l’énergie des combats pour les droits civiques est de retour. On voit à la suite l’extrait d’un prêche du Doctor King ! On l’a oublié, mais à l’époque, ces blackos militaient pour un truc de base : le respect de leur dignité - My eyes have seen the glory of the coming of the Lord ! - Et paf, on tombe directement sur les Staples. Les voilà sur scène pour « Respect Yourself ». Pops porte du blanc, comme Dieu, et il prend le premier couplet. Mavis prend le deuxième. Wow, pas de grooveuse plus fabuleuse que Mavis, il faut la voir s’adresser aux 100 000 blackos avec tout le chien de sa chienne. Le gros défaut de ce docu est qu’aucune chanson n’est complète. Les cuts sont comme qui dirait castrés. On voit des sets absolument dévastateurs, comme ceux des Bar-Keys et d’Albert King, tous odieusement tronqués. Little Milton est filmé hors scène, avec ses diamants, et Johnnie Taylor allume le stade en faisant son James Brown. Et paf, voilà l’entertainer number one, the real king of Memphis, Rufus Thomas, en bermuda rose et en bottes blanches. Soul man exceptionnel, il fait danser le stade. Les blackos descendent sur la pelouse et Rufus leur demande de regagner les gradins, car il ne faut pas abîmer la pelouse des blancs. Funky Chicken on the field ! C’est Isaac Hayes qui boucle cet énorme événement avec une version faramineuse de « Shaft ». Il arrive couvert de chaînes, comme le fut son ancêtre au fond d’une soute, mais ses chaînes sont en or. Fuck the slavery !

    Signé : Cazengler, Mavicelard

    Pops Staples. ST. A&M Records 1987

    Pops Staples. Peace To The neighborhood. Point Blank 1992

    Pops Staples. Don’t Lose This. Anti- 2015

    Mavis ! Jessica Edwards. DVD 2015

    Wattstax. DVD 2001

     

    *

             Je monte dans la teuf-teuf, la portière refermée quelques gouttelettes maigrelettes s’écrasent sur le pare-brise, si c’est tout ce que le grand architecte a fabriqué pour m’empêcher de voir Jake Calypso And His Red Hot, il  se met le doigt dans l’œil dans l’œil jusqu’à la clavicule. La Teuf-Teuf démarre en trombe et laisse l’orage loin derrière. C’est au retour que le grand manitou a décidé de me faire payer ma désobéissance. La nuit a perdu sa noirceur, le ciel est orange, zébré d’éclairs, le tonnerre gronde, à mi-parcours la route se transforme en rivière, la teuf-teuf et moi rigolons de toutes nos forces. Si c’est avec ce déluge que le despote de l’univers compte nous punir, il a tort. Nous avons déjà vu pire. Tiens, pas plus tard que trois quart d’heures, le concert de Jake Calypso And His Red Hot !

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             C’était l’affluence des grands soirs pour le concert. J’ai eu du mal à me frayer un chemin jusqu’à la scène juste pour vérifier si tout était en place. Soulagé, j’entrevis la batterie de Thierry Sellier. Facile à reconnaître, toujours aussi minimale : caisse claire, grosse caisse, une cymbale, un charleston. C’est tout, même pas une cowbelll. Remarquez qu’elle ne lui aurait en rien été utile puisqu’il n’emmène jamais une vache avec lui. Cessons de plaisanter, l’heure est grave, le concert commence.

    TROYES / 01 – 05 – 2025

    3B

    JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT

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    (Photo : Bruno Dufossé Szczpaniack)

             Silence ! Drapé dans sa vaste veste orange, sanglé dans sa guitare, Hervé Loison vous a l’attitude hiératique d’un empereur romain, s’apprêtant à déclencher la foudre. En quelques mots il présente le programme de la soirée, trois sets de quarante minutes. Il précise, nous aurons Jake Calypso, mais aussi les Hot Chikens, les Corals, les Nut Jumpers… une  triomphale titulalure aussi longue que celle d’un maître de Rome. 

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             Down Town to Memphis ! En quelques secondes nous voici propulsés ailleurs. Lunettes rectangulaires, contebrasse brune à la caisse aussi étroite qu’un cercueil, heureusement que l’accentué creux des hanches ajoute une note féminine à cette forme sépulchrale, Ben B Driver ne se met guère en avant. Ne joue pas au slappeur fou, reste droit, immobile, mais ses mains parlent pour lui. Jamais vous n’entendrez une moiteur aussi moelleuse, aussi flexible, aussi ouatée que ses caresses cordiques prodiguent. Un son velouté, satiné, soyeux, une coulée d’eau limpide dans le feu ardent de ce quatuor diabolique. Une touche féline, pas de bruit, une souplesse insensée, un fauve à  pas feutrés, une morsure qui ne cause aucun mal et pourtant une mort sûre. Attention c’est une formation. Au sens strict du mot. Quatre éléments mais un ensemble dont aucune pièce n’est dissociable. La contrebasse de Ben, c’est le ciment qui réunit et retient l’apport des trois autres. Sans cette liance continuelle, les apports de ses trois compagnons ne seraient que les membra disjecta d’une recherche fondatrice, celle de retrouver la cohérence originelle et mythificatrice du rock’n’roll au premiers jour de sa naissance, qui n’a jamais eu lieu.  Le projet de Jake Calypso est bien celui d’une création non ex nihilo mais surtout d’appropriation d’un style de musique que chacun se doit de retrouver tel qu’il le pense avoir été. Le Red Hot colle à son rêve. Qui transparaît dans le filigrane de cette recherche exacerbée d’une approche synthétique et novatrice.

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             Deux guitares. Hervé et Christophe Gillet. Hervé c’est l’alizé qui souffle régulièrement, qui gonfle continument dans les voiles et drosse le navire droit devant vers le naufrage. Mais cela ne suffit pas. Rien de plus ennuyant que la monotonie. Une traversée sans tempête, équivaut à une rose sans parfum. Sont tous les deux aux aguets, Gillet toujours sur le qui-vive, prêt à intervenir, l’est déjà auprès de Loison dès que celui-ci a besoin d’une tempête. De sa guitare gicle alors une tonitruance redondante, le voilier se transforme en frégate de combat, dans la salle c’est le délire, un pas en arrière et Christophe conduit maintenant d’une main experte un aircraft qui vole au-

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    dessus des eaux, Loison accélère son grattage jusqu’à ce qu’une corde casse, elle crisse et crie quand il la tire à la manière d’un oiseau auquel vous arrachez une aile, la salle exulte et rit. Les rockers, serions-nous des gens cruels.

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             N’oublions pas Thierry Sellier. L’est tout fond, derrière le rideau des trois autres. Parfois il cale son jeu sur celui de Ben, souvent il explose, il monte au créneau, bim, bam, boum, n’en jetez plus, il pulvérise le tempo, il frappe dur, une poigne de fer, toujours en mesure, toujours en démesure. Il joue au lait qui déborde sur le feu, à la grenade de désencerclement qui vous éclate dans les oreilles. C’est alors qu’il sourit de

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    Duduche + Thierry

    cette mine goguenarde de garnement qui vous a bien eus. L’air de rien, il pousse les autres dans le dos, ne les prend pas au dépourvu car ils donnent l’impression d’aimer ce genre de traitement.

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    Duduche + Hervé

             Evidemment c’est du rockabilly. Qu’est-ce que le rockabilly, une musique qui accélère sans trêve pour aussitôt freiner tout aussi rapidement. Un ballon de baudruche qui enfle énormément et qui disparaît sans préavis. L’est crevé. Mais encore en vie. Ressuscite aussitôt, gonflé à bloc, dégonflé à mort. Tout en haut. Tout en bas. Par-dessus. En-dessous. La cime et puis l’abîme. Sans cesse renouvelés.  Mais que serait le rockabilly sans le chanteur. Pas grand-chose.

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             C’est là qu’intervient Hervé Loison. Il chante. Mais à sa manière. L’a tout, le rythme et les intonations. Ces dernières les plus importantes. Mais il rajoute sa manière à lui. Unique. Il connaît les paroles. Il rajoute les onomatopées. Pas n’importe lesquelles. Les siennes. Au bout d’un moment il balance les lyrics et il émet son propre vocal. Qui n’appartient qu’à lui. Il a trouvé les syllabes primordiales, celles qu’il répète, des espèces de mantras magiques, qui viennent de loin, de son expérience personnelle, peut-être lointainement inspirées des hollers personnels que poussaient les esclaves noirs dans les champs de coton, un cri d’affirmation de soi, de contact et de ralliement des autres. Il compose, il écrit ses propres morceaux, en partie son premier round, il reprend les morceaux des autres, Elvis, Edie, Gene, Vince, en partie le deuxième round. Mais quelque chose d’incoercible se met en place, une force qui

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    l’étreint, l’amuse et le met en joie. Une espèce de folie douce, de possession, communicatives, bientôt la salle entière l’imite et chante avec lui, il a sorti son harmonica, mais le troisième set déraille complètement, l’on ira plus avant que le blues, nous voici partis en une espèce de bacchanale gospellique inimitable, un gumbo exotique, une invention loisonique, perché sur une chaise, tombé à terre, il nous entraîne en une sarabande phonique extravagante, tout y passe, des fragments rockab, des descentes bluezy, jusqu’à Douce France de mon Enfance, retour au pays natal de l’origine, marmonnements indistincts, What’d I say, vieux negro-spirituals, … dix fois il voudra arrêter, il ne veut pas, il ne peut pas, ce n’est pas nos objurgations, nos cris de désespoir, qui le ramènent sur le devant de la scène, l’est en proie à une transe quasi-extatique, il ne veut pas s’arrêter, il ne peut pas, ces moments privilégiés de communion sont si rares, si beaux que chaque seconde de plus arrachée au néant de l’existence est comme une éternité accomplie…

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    Jake Calypso and His Red Hot. Vraiment très chauds ! Au-delà des limites traditionnelles !

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    Merci à Béatrice la patronne pour cette soirée exceptionnelle.

    Damie Chad.

     ( Photos : Duduche et Christophe Banjac)

    *

    Inutile de le cacher j’aime les choses bizzaroïdes. Mais cette fois-ci, le   groupe me paraît doublement étrange. Premièrement parce qu’il est étrange, deuxièmement parce qu’il est illogique. Sursum corda, parce qu’ils font référence à un de mes groupes préférés.

    PROOF OF CONCEPT

    UNCLE GOOBER

    (Bandcamp / Février 2026)

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    Je reconnais qu’ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour la pochette. Précisons qu’ils présentent ce premier opus comme une démo. Si par hasard ils reprennent leur projet, nous espérons qu’ils éviteront d’étaler leurs grosses lettres rondes sur un support moins conventionnel que ces ramages de tapisserie qui recouvraient les murs des salles à manger de nos grands-mères dans les années soixante-dix… Même s’il est vrai que tous les goûts se valent, personne ne vous interdit d’améliorer votre sens esthétique. 

     Heureusement pour eux  que le titre de l’album m’a séduit, un soupçon d’aristotélisme ne nuit jamais, cela vous pose et vous confère un peu de sagesse, certes imméritée, mais nécessaire pour accroître votre ascendant sur vos amis. Le titre de l’album est un contrepoids idéal, nous ne connaissons pas cet Oncle Goober, nous hésitons entre le savant loufoque, néanmoins astucieux, et l’imbécile de service prêt à gober les pires inepties… Le mot goober désigne dans la moitié Sud des Etats-Unis une personne naïve dont le cerveau équivaut à une cacahuète.

    Le groupe s’est formé en 2025. Proviennent du Colorado. Exactement de Colorado Springs, deuxième ville de l’état après Denver. Quelle raison obscure me pousse à chroniquer de temps en temps des formations issues de cet état… Sont deux : Drew Smith : basse / Layne G Willinghan : guitares, vocal, synthétiseur.

     

    Thomas the Doubter : Thomas le Sceptique ! on se croirait en train de lire Vies, Doctrines et Sentences des Philosophes Illustres de Diogène Laerce ! Ne connaissent pas la subtilité, ni celle de la musique, ni celle de la pensée. Contrairement à ce que cette première assertion pourrait laisser entendre, ce n’est pas du tout mauvais. Ne sont que deux mais savent se servir de leurs instruments, la batterie est faite pour taper et tapoter alors elle tripote et percute le son sans se cacher, la guitare ronronne et gémit comme une chatte en chaleur qui longuement appelle le mâle, quant à la basse elle fait tout pour ne pas se faire oublier. Font si bien leur boulot qu’ils économisent sur le vocal, pas trop au début, pas trop au milieu, pas trop à la fin. Par contre vous l’entendez, dès que Lyne ouvre sa boîte à résonnance, vous êtes servi. Descartes a dit : je doute donc je pense, je pense donc que je suis. Des quatre moments du raisonnement ils ne se préoccupent que du dernier : ils existent cela leur suffit. Tout ce qui précède est superfétatoire. Vous ne comprenez pas, ils vous ont mis une vidéo, paysages printaniers ou enneigés, deux chiens courent tout leur soul, ils galopent, se poursuivent, s’amusent, les maîtres ne sont jamais loin mais, fi des personnages pensants, vous jetterez votre dévolu sur les animaux folâtres. Pour les paroles, ils adoptent un ton plus sérieux, vous racontent en huit lignes que l’univers vous a donné la vie, qu’il n’y a pas à douter de cela ni à se perdre dans sa tête. Touchez le réel de vos mains et le doute s’évanouira. Pour résumer d’incurables optimistes. Entre nous soit dit sont plutôt sur un trip épicurien que sceptique. Slow travel : vagues de basse, c’est bien la mer que vous entendez, la batterie tapote sur le pot à confiture qui contient votre cervelle, oui cette mer c’est un symbole des éternités que vous avez déjà vécues, refaites le voyage depuis le début, tout est déjà dans votre tête, connectez-vous avec ce que vous avez déjà été, le voyage est beaucoup plus long que lent, le vocal vous interpelle, vous êtes des Dieux puisque l’éternité est enfermée en vous, il ne baragouine pas des mantras incompréhensibles il proclame haut et fort la seule vérité, vous n’êtes constitué que de poussières d’étoiles, vous êtes tout ce qui est, ne craignez pas de mourir, le cycle recommencera à votre naissance,  mais n’oubliez pas qu’un jour l’Humanité aura disparu, pressez-vous de vivre. Si l’esprit est immortel l’homme est mortel. Questions instrus c’est peu les montagnes russes, ils ne vous font pas de cadeau, plus haut vous volerez, plus dure sera la chute. Z’appuient fort là où ça fait mal, sur la fin ils donnent toute la gomme. Normal, sont en train de nous décrire la fin du monde. Le pire moment de l’ouroboros. De l’épicurisme translation vers le stoïcisme. Grass Amalgarmation : semonces battériales, mouvances de basses, splendeurs riffiques, pas de paroles, ce n’est pas qu’après l’apocalypse précédente il n’y ait plus rien à dire, c’est que les choses essentielles se passent dans le silence, tout ce qui a été détruit se mélange, le monde se reconstruit, le cercle recommence, l’ouroboros ne se mord plus la queue il renaît de lui-même, un nouveau cycle commence, la guitare vous perce les oreilles, il faut vous réveiller vous renaissez à la vie, victoire ! Le morceau est parti sur sa lancée, il a atteint l’équilibre de son élan. The awareness of Eternity (Psychedelic Sper Ape) : bulles de sons, plus de chant, juste une voix qui parle. Dernier stade. Nous quittons l’Eternel Retour des choses et des individus pour accéder à ce qu’il faut bien nommer, le stade supérieur ; nous ont bien eus, se sont moqués de nous, se sont présentés comme des sceptiques, et nous voici en plein mysticisme, pour un peu on confondrait l’effulgence du vocal avec le ‘’aum’’ thibétain, nous ne sommes plus des dieux, nous sommes la dernière couronne, celle des élus, nous sommes devenus la conscience de l’éternité, en quelque sorte la preuve que Dieu existe. Plus rien à ajouter. Silence. Les instrus y vont mollo, la voix nous parle, Dieu ne me cherche plus, il m’a trouvé, le synthé émet des bruits bizarres comme s’il voulait nous distraire de la parole divine, la guitare survient en courant, la batterie tape tant qu’elle peut. Le son s’envole comme une fusée interplanétaire, un peu comme les passagers du Titanic qui chantaient plus près de toi mon Dieu pour oublier le pétrin dans lequel ils étaient… Au fait Uncle Gobber, ne serait-ce pas Dieu lui-même ? Mississippi Queen : donc la reprise de Mountain, une version lente, au vocal qui joue au grand écho de la montagne. Ce n’est pas mal du tout. Mais que veulent-ils nous signifier : Qu’au lieu de se lancer dans les chaînes abruptes et décevantes de la pensée, qu’au lieu de tourner en rond dans sa tête, qu’au lieu de se branler au sperme de l’intelligence, qu’au lieu de traquer la preuve du concept suprême, ne vaudrait-il pas mieux s’écouter un bon petit rock’n’roll de derrière les fagots...

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             Notre Uncle Gobber à l’air si bébête ne serait-il pas plus malin qu’il ne le paraîtrait… Ne se moquerait-il pas de Dieu, et peut-être même de nous ! Ce qui est foutrement rock’n’roll !

    Damie Chad.

     

    *

    Viennent de sortir en cette fin d’avril 2026 un deuxième album  douze années après le premier. Par pur esprit de contradiction, ou par amour des origines, pourquoi serions-nous certains de nos motivations, nous nous contenterons de chroniquer leurs deux premiers singles parus en 2013. Tous deux font d’ailleurs partie de leur premier album Allombon en 2014. Z’ont aussi fait paraître en 2007 un mini-album : Hollandia.

    THE MECHANICAL EARDRUM

    DORIAN PIMPERNEL

    (Mars 2013 / Tona Serena Records)

             Ne nous trompons pas, Dorian Pimpernel est bien le nom du groupe. En quelque sorte l’avatar de ses cinq membres à savoir :  Jérémie Orsel : vocals, guitars / Johan Girard: keyboards (rhodes, wurlitzer piano, vox continental, rocksichord), analogue, wavetable and frequency modulation synthesisers, variophon, persephone, bass guitar, occasional vocals / Laurent Talon : bass guitar. / Benjamin Esdraffo : keyboards / Hadrien Grange : drums and percussion.

             La liste instrumentale est des plus éloquentes : une prédilection pour les instruments qui eurent leur heure de gloire dans les années soixante, puis les synthés nés dans les seventies peu à peu métamorphosés en joujoux électroniques… Emblématique de cette panoplie le Perséphone, à capteurs et commandes numériques qui produisent un son purement analogique, ‘’clavier’’ un peu à l’image de la Déesse immortelle intercesseure entre le monde du dessus et le monde du dessous, puisqu’il allie les techniques de maintenant à celles d’aujourd’hui.

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             La couve de John Eriksson n’a-t-elle pas voulu par l’emploi de formes géométriques simples et de mouvances concentriques reprendre cette idée de l’alliance de la rigidité technologique abstraite avec les intermittences fluctuantes des émotions humaines ?

             Qui est Dorian Pimpernel ? Automatiquement nous pensons au portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et à Pimprenelle (et Nicolas) personnages de l’émission-culte de la TV française :  Bonne nuit les petits. Etymologiquement parlant Dorian signifie Don de dieu et Pimpernel  désigne en langue anglaise le mouron rouge dont les oiseaux sont friands. Toutefois dans certaines expressions ‘’mouron’’  signifie aussi ‘’soucis’’. Bref toujours la sensation d’une dissociation, d’une contradiction, d’une antithèse entre deux éléments, l’un chargé d’une connotation méliorative et l’autre péjorative. Faut-il en conclure que notre Dorian Pimpernel serait un être partagé, pour employer un terme baudelairien, entre deux postulations. Non pas Dieu et le Diable mais entre l’Homme et l’homme. Entre son propre macrocosme et son propre microcosme.

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    The mechanical Eardrum : un ensemble de petits bruits, font un peu penser aux sons qu’émettent bien des appareils informatiques de notre modernité, par exemple ces machines stéthoscopiques qui analysent les battements de votre corps, qui ensuite traduisent sur une feuille de papier vos palpitations plus ou moins irrégulières en petits traits séparé,  pour vous ils ne signifient pas grand-chose mais le praticien les déchiffre avec une facilité confondante  comme s’il était en train de lire une notice de machine à laver en anglais. C’est d’ailleurs le sujet même du morceau, appliqué non pas à la médecine mais à la musique. Ce qui paraît tout à fait normal pour une formation musicale de savoir lire et ‘’parler’’ la musique. La musique non pas conçue comme une succession sonore, mais comme un langage qui résonne sur notre tympan et que nous traduisons en sons, à  l’instar d’une aiguille de phonographe qui recueille dans le sillon d’un disque les éléments codés  que le tourne-disque vous restitue sous forme de musique. Ce premier morceau nous dit beaucoup sur ce groupe, des intellectuels qui ne cèdent pas en sybarites au simple plaisir de l’écoute d’une mélodie qui parle à leur âme, mais qui s’interrogent sur le phénomène de la transmission  de réception d’un langage quelconque. Des jeunes gens modernes qui ont perdu l’innocence de la sensation et qui se décriraient plutôt comme des machines d’analyse descriptive de ce qu’ils captent du monde autour d’eux. Le chant émis d’une voix creuse n’incite pas à la joie, un peu trop désincarné, presque inhumain, pour que vous puissiez en quelque sorte intimer à votre corps de jouir sans entraves.

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    Teorema : dès les premières notes vous pensez Beatles, le chant vous y incite, la fragilité sonore du background encore plus. Un peu comme si les quatre de Liverpool vous donnaient à écouter une démo concoctée chez l’un ou l’autre sur le synthétiseur rudimentaire qu’il aurait emprunté à son gamin. Beaucoup plus musical que le morceau précédent mais beaucoup plus inquiétant. L’’on penserait que selon le titre ils allaient nous pondre une analyse mathématique sur la notion de langage. S’intéressent non pas seulement au contenu d’un théorème précis mais à l’aspect formel du théorème, au fait que normalement dans un théorème toutes les parties de l’ensemble sont partie intégrante d’un tout indubitable, pensez par exemple à la façon dont fonctionne L’Ethique de Spinoza, mais Dorian Pimprenel ne tente pas de nous donner leur vision à eux du Monde. Se contente d’une partie beaucoup plus modeste de l’univers, une seule personne, et c’est tout. Fait semblant de se regarder dans un miroir et de ne pas se reconnaître. Enlevez le miroir, le gars s’interroge sur lui en s’objectivant au maximum, en se comparant à lui-même, en se subjectivant à outrance.  Terrible abîme entre soi et soi, d’autant plus terrible qu’il est exactement le même entre soi et un autre. Ne sommes-nous pas l’autre de nous-même.

             Dorian Pimpernel est plus près de la pop que du rock. Se pose tout de même une question essentielle : pourquoi y a-t-il la pop et non pas rien. Ce qui les oblige à aborder leurs morceaux d’une façon singulière. Un peu à la manière de Perséphone, les deux côtés en même temps.

    Damie Chad.

     

    *

             La couve n’est pas particulièrement ragoûtante, je l’admets, pas non plus un chef-d’œuvre esthétique, mais elle m’a interpellé, de prime abord ne serait-ce pas la représentation du serpent qui se mord la queue, nous voici donc reparti sur le grand-huit métaphysique, attention, n’y a pas un serpent, y en a deux ! Voilà qui demande d’y regarder à deux fois. Mon intérêt ouroborique va-t-il me faire tourner en bourrique…

    GURTHWORM

    Le groupe provient de Charlotte la plus grande ville de la Caroline du Nord. Deuxième centre bancaire des Etats-Unis, juste après New York… Pas l’aspect le plus jouissif des USA, passons… à ce jour ils n’ont sorti que deux EP’s que nous allons nous faire un plaisir d’écouter.

    Jared Nuzzo : guitar, vocal /   Greg Philbeck : guitar /  Matthew Pascale :  bass / Steve Poe : drums.

    SCOLECIPHOBIA

    (Bandcamp / Août 2023)

    Bande de scolopendres, si vous ignorez ce que signifie la scoléciphobie c’est que n’éprouvez pas une peur irraisonnée en apercevant un ver de terre se trémousser gentiment sur la pelouse de votre jardin. Au cas où vous mettriez en doute mes connaissances zoologiques, l’examen attentif de la pochette vous aidera désormais à professer une confiance absolue en mes assertions.

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    Gurth to the earth : un métal de bonne facture, ils n’ont pas trouvé la recette pour forger l’orichalque, mais ça se tient bien, pas du hard FM donc l’ensemble s’écoute sans problème, l’on ne vire jamais dans le noise qui décapsule le cerveau, ni dans le growl aux dents ainsi grinçantes que les canines d’un tigre altéré de sang, non le problème, c’est la situation décrite dans les lyrics. C’est simple, imaginez que vous reposez doucement dans votre tombe. Peut-être même attendez-vous la fin du monde, cet instant béni où la terre vous recrachera à sa surface. Avec un peu de chance vous renaîtrez à la vie une nouvelle fois. Hélas, vous oubliez un détail, tous ces vers qui ont décidé de se servir de votre corps comme d’un restaurant quatre étoiles. Ce n'est pas comme quand preniez votre mine dégoûtée numéro quatre, lorsque vous apercevez un gros ver de terre grassouillet tout gluant se prélasser sur votre gazon, c’est maintenant à l’instant de la dévoration que vous comprenez l’horreur profonde de la scoléciphobie. Jusqu’où va-t-elle se nicher ! The plunge : au cas où vous n’auriez pas saisi la situation, ce deuxième morceau vous apporte quelques éléments complémentaires, vous n’êtes même plus mort, vous êtes au stade de la charogne visqueuse, vous avez perdu votre visage, ne vous font pas cadeau au niveau sonore, doivent entasser des cadavres sur le vôtre, placés dans des cercueils de fer blanc, le vocal articule à la manière d’un boa réticulé qui enroulé autour de vous, il ouvre la gueule au-dessus de votre tête pour vous avaler vivant, devant l’horreur de la situation le groupe se calme, la basse froufroute comme si elle possédait des cordes de soie, la guitare minaude, notre cadavre n’est pas mécontent de lui, il se sent libre,  dans un solo plaintif la six-cordes compatit certes, mais les musicos ne peuvent plus se contenir, alors c’est reparti à tout berlingot, vous ne pouvez plus qu’espérer que la terre s’entrouvre sous l’effet de la poussée des plaques tectoniques afin que vous ayez une chance de vous reconstituer et de recommencer à zéro. Déjà que socialement parlant vous avez été un zéro absolu… Vous ne pourrez plus plonger plus bas… The introverti : ça dézingue bien, c’est parti pour les retrouvailles, difficile à supporter,  elle sent la charogne, relisez Baudelaire, elle est prête à tout, ce qui est dommage c’est qu’après le grand chambardement tectonique il a du mal à se réhabituer, ne rêve plus que de trouver un trou à sa taille pour ne plus être dérangé, lui qui avait peur d’être manduqué  par les vers, espèrerait donc  devenir un ver de terre, destin lamentable mais acceptable parce que musicalement c’est un régal, sont en forme, très classique le style, très old shool, mais de la niaque à revendre, peut-être qu’ils sont méchants et que sournoisement ils appuient fort pour se moquer du pauvre introverti ! Solace in the dirt : riffs grinçants, prennent leur temps pour accoucher de la morale de l’histoire, chantent lentement mais à plusieurs, la basse se fait discrète, pas besoin d’en rajouter, sont proches du blues, point trop car il ne faut point exagérer, alors ils accélèrent, pour notre plaisir, aussi pour passer le temps peut-être, le gars ne regrette rien, alors ils jettent du charbon dans la locomotive, il pleut, ça le lave un peu, l’est temps que le morceau se termine, le voyage aussi, l’est sorti d’un trou pour entrer dans un autre trou, il se sent libre, cette fois il est vraiment mort. Jusqu’à la prochaine fois.

             J’ai peur que vous n’ayez pas compris l’histoire. Moi non plus. Ne le dites pas. L’on se moquerait de moi.

    CIRCUMFERENCE

    (Bandcamp / Avril 2006)

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             C’est la couverture au double-zéro qui additionné à lui-même fait huit. Nos lombrics aux gros yeux ont un air plus sympathique que les loustics de tout-à-l’heure qui entre deux lames de verre devaient subir un examen au microscope. Pour écouter ce deuxième opus, il est sûrement préférable de penser que le précédent était à comprendre métaphoriquement. La vie humaine ne serait-elle pas aussi triste et désagréable que celle des vers de terre, voire d’un ver solitaire, qui pataugerait dans notre existence de merde au fond d’un intestin. Notre orgueil en prend un sacré coup, que pouvons-nous y faire…

    Worm moon : pas tout à fait une lune de miel, mais au moins ne sommes-nous pas seuls dans ce premier morceau. Une intro berceuse, nous sommes bien au chaud près de l’autre. Tout est bien qui finit mal. La peur nous habite, au-dehors dans la nuit et en nous le loup rôde et se réveille, que voulez-vous le désir est un loup pour l’homme, c’est peut-être pour cela que le vocal adopte un ton mélodramatique et les instrus battent le fer tant qu’il est chaud, brusquement il se transforme en couronne d’épines, en crocs sanglants qui déchirent les chairs. Bonheur animal. Du ver de terre l’on est passé au loup des steppes. Idolize : comme des coups d’épée et des martèlements de chevaux de combat, après les feux de l’amour, voici les feux de la guerre, n’est-ce pas la même chose, ne se rue-t-on sur le corps des autres… grand dévoiement : c’est le roi, c’est le prince que l’on aime, qu’on vénère, qu’on idolâtre. Le vocal comme une assomption de l’évidence, un solo de guitare noir comme la mort, cette gloire guerrière est le chemin qui mène à Dieu… Question maîtrise instrumentale, ils ont progressé, le vocal est devenu plus flexible, il a gagné en ampleur. Dying age : l’époque de gloire s’est transformée en âge sombre, la vie a suivi son cours, les Dieux sont morts et les démons s’emparent des âmes de l’homme, spirale involutive, la batterie assène les évidences, les cymbales s’affolent, le vocal scande le surgissement de la désintégration qui se rue sur nous, vous voici entraîné vers la déchéance, la mort, et la destruction.… Smoke of renewal : rien n’est perdu ! une nouvelle religion est née, emphase et très vite cavalcade heurtée, le nouvel âge vous apporte le bonheur, une manipulation de plus, vous n’avez jamais connu une telle appétence de vivre, tout vous semble beau et vous sentez monter en vous une puissance incroyable. D’ailleurs les instruments s’en donnent à cœur joie et vous emportent en une tarentelle diabolique. Une folie totalement maîtrisée. Gray beard : une camionnette qui a du mal à démarrer, pas de panique elle filoche à toute vitesse, quelle vie exaltante de blanc chevalier, on se croirait aux temps du Roi Arthur, les âmes manipulées pensent qu’elles vont transformer ce monde de taille et d’estoc en âge d’or, ça bataille dur contre toutes les injustices, chacun vit le film qu’il se fabrique, apparemment tout est magnifique, un véritable générique de fin heureuse,.. N’en disent pas plus. A nous de penser au titre de l’album, circonférence, nous avons juste fait un tour, nous sommes revenus à la case départ, nous sommes le loup qui courait dans notre tête pour fuir la peur et se jeter sur sa proie.

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             Gurthworm ne professe pas une très bonne opinion, ni de l’Humanité, ni des individus. Gurthworm ne fait pas de morale. Comprenne qui voudra. Ce deuxième album est à méditer. Sont comme ces médecins qui vous prescrivent le médoc ad hoc, mais qui ne vous donnent pas le nom de la maladie. Puisque vous êtes la maladie.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 734 : KR'TNT ! 734 : SHAMROCKS / COSMIC PSYCHOS / BODY HORROR / MATTHEWS SWEET & SUSANNA HOFFS / MAVIS STAPLES / KASSI VALAZZA / MEMORANDUM

     KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 734

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    30 / 04 / 2026

     

     

    SHAMROCKS / COSMIC PSYCHOS

    BODY HORROR 

    MATTHEWS SWEET & SUSANNA HOFFS

    MAVIS STAPPLES

    KASSI VALAZZA / MEMORANDUM   

     

     

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    The One-offs

     - Et les Shamrocks pompaient

     

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             Parmi tous les cuts qu’on adorait gratter sur une gratte, l’un des chouchous est resté le «Cadillac» des Shamrocks. Tu peux le gratter en petite cocote et guetter le moment de lâcher le fameux My baby drew up in a brand new/.../ Cadillac, il faut bien détacher le Cadillac pour faire claque le tchCa ! Faut presque le cracher. TchCa ! Et c’est là que tu fermes les yeux et que tu commences à le cocoter avec les épaules. Tu répètes ta petite phrase en montant d’un ton dans l’exaspération, tu grattes ta cocote plus sèchement, tu bats les cordes et tu reprends ta voix de fiotte atrabilaire pour moduler au mieux le she ain’t never, tu respires, ever ever, respiration, et tu lâches le comin’ back en claquant le tchco d’une manière aussi ordurière que possible. Au bout de ces trois phrases, t’es déjà en transe. C’est l’apanage des grands cuts. Dès le premier tour, t’es inféodé à vie.

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             Alors tu repars pour le second tour et tu fais gaffe de bien éteindre le babeh de Baby/ baby  baby please, et comme t’es un gros con de Français, tu fais comme les Suédois des Shamrocks, tu passes le please en pliiiiiiise, c’est pas grave, ça donne un p’tit côté exotique. Puis t’arrives avec ton Can’t you see/ I’m on my bended knees, tu fais gaffe de bien avaler le k de knees pour que ça fasse bien anglais, et tu te prépares à donner le coup de grâce en descendant d’un ton dans ta voix de fiotte pour placer au mieux My heart’sss cold/ I fink it’s gonna freeze, tu pinces bien le f de fink et là t’atteins des sommets de véracité proto-punky. À tel point que t’as du mal à cacher ta fierté. T’es vraiment sûr que ta mouture colle bien à la réalité. Bon, tu laisses tomber le solo, de toute façon t’as jamais su les jouer et ça ne t’intéresse pas d’apprendre à les jouer. T’as juste trouvé les licks d’Ivy quand on devait faire El Cramped à trois, faute de guitariste, ils n’étaient pas compliqués, et tu pouvais les gratter sur la basse fuzz, pas de problème, ça passait comme une lettre à la poste, puis quand Karim est arrivé, on jouait les licks en double, ce qui amenait encore de la profondeur à ces cuts géniaux que sont «Garbage Man» et «Ultra Twist».

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             C’est la fin du solo et tu reprends la cocote de Cadillac, avec encore plus de déhanché dans les épaules, tu grattes ta cocote plus lourde, plus sourde, sur une seule corde, t’as pas besoin de ramener tout le bordel, et t’amorces avec un beau Well my baby drew up..., fuck comme ça sonne bien ! Ce cut est idéal pour faire monter la sève, et tu enchaînes avec un beau Ouaissss my babeh drew up... t’écrase bien le babeh dans l’œuf, tu recraches bien ta tchCadillac, tu la prends entre la langue et le palais en jetant l’épaule droite à l’arrière, et tu chies doucement le she ain’t nevah, petit blanc sec, nevah, blanc sec, tchComing back ! Et tu lances l’hallali à coup d’I said babe babe babe pliiiiiiiiise !, tu la supplies au can’t you see I’m on my bended nees, tu prends le my heart’ssss cold de l’intérieur du menton pour lui donner une profondeur caverneuse et tu finis en faisant friser le freeze d’I fink it’s fonna freezzzzze. Ah tu peux être fier de toi ! T’as piqué ta petite crise. Le plus marrant dans toute cette histoire, c’est que tu la piques environ une fois par an depuis cinquante ans. Ça te prend chaque fois comme une envie de pisser, alors tu sors le 45 tours de la caisse et ta gratte, ou ta basse, ça dépend de l’humeur.

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             Parlons-en du 45 tours ! C’est au Monop qu’on avait barboté l’EP français sur Polydor. On les voit tous les quatre sous un parapluie. À l’époque, on considérait cet EP comme l’EP parfait. Aucun souvenir des trois autres cuts. C’est même probable qu’on ne les ait jamais écoutés. C’est le sort réservé aux grands EPs : t’écoutais l’hit et le reste, basta. Puis évidemment un gros malin s’est cru autorisé à faire main basse sur une partie de cette collection patiemment accumulée à peu de frais. L’EP des Shamrocks a disparu, avec d’autres perles comme le tribute des Who pour les Stones («The Last Time»). Suis tombé un peu plus tard sur une copie de «Cadillac», mais

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    c’était l’horrible pochette verte en papier. Jusqu’au jour où le copain Albert, qui tenait boutique en ville, sortit de derrière son comptoir l’EP des Shamrocks flambant neuf. Voyant que je devenais subitement nerveux, il me le céda, moyennant un p’tit billet. L’objet n’est pas rare, on peut le choper aujourd’hui sur Discogs pour un billet de quinze, mais pour les ceusses qui ont grandi avec, le Cadillac des Shamrocks reste l’un des joyaux de la couronne.

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             Il existe une autre version mythique de «Cadilac» : celle de Vince Taylor qui est plus rapide, plus sauvage et qui s’appelle «Brand New Cadillac». À l’origine un Parlophone de 1959 devenu intouchable et heureusement réédité en 1976 par Ted Carroll sur Chiswick : deuxième Chiswick single. Ted Carroll déclarait alors que «Brand New Cadillac» était le meilleur single rock de l’histoire du rock, et il avait diablement raison.

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    Signé : Cazengler, Shame rock

    Shamrocks. Cadillac. International Polydor Production 1966

     

     

    L’avenir du rock

     - Cosmic Trip

    (Part Three)

             Dans le désert, il faut savoir se préparer à tout. L’avenir du rock croit avoir du métier depuis qu’il erre en long et en large, mais il doit bien admettre qu’en certaines occasions, il n’est encore qu’un enfant de chœur. Voici pourquoi.

             C’est un jour comme les autres, bien brûlant et assez peinard côté interactions sociales. Il croise habituellement des erreurs classiques qui comme lui poursuivent leur petit bonhomme de chemin sans créer de troubles sociaux. Se dessine au loin une silhouette. Elle ondule dans l’air brûlant et approche. Avant même d’avoir engagé la conversation, l’avenir du rock sent d’instinct qu’il va y avoir un problème. Vêtu de noir, sec comme un olivier, l’inconnu affiche une gueule d’empeigne. Pour faire baisser la tension, l’avenir du rock lève son chapeau et s’exclame gaiement :

             — Bonjour monsieur Courbet !

             L’inconnu se crispe et fusille l’avenir du rock du regard :

             — Rrrrrrrahhhhhhhhhh ! Psycho !

             C’est quoi ce bordel, se demande l’avenir du rock. Il est complètement taré ce Sonic là...

             — Vous n’aimez pas Courbet ? C’est pourtant un naturaliste intéressant...

             — Rrrrrrrahhhhhhhhhh ! Psycho !

             L’avenir du rock se dit qu’il va falloir mettre la pédale douce, car ce dingue est capable de lui sauter dessus.

             — Je pensais vous être agréable en évoquant cette délicieuse toile printanière dont la lumière n’est pas sans rappeler celle de ce brave désert, n’est-il pas vrai ?

             — Rrrrrrrahhhhhhhhhh ! Psycho !

             Bien que très abîmé intellectuellement, l’avenir du rock comprend qu’il ne tirera rien de plus de cet individu. Aussi décide-t-il de jouer le tout pour le tout en le snobant :

             — Coco t’es complètement dépassé avec ton Psycho ! Passe donc à la suite avec les Cosmic Psychos !

     

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             Le dernier Cosmic en date s’appelle I Really Like Beer. C’est un épouvantable passage obligé, une vraie merveille de trash-Cosmic. C’est John McKeering, aka Mad Macka, qui vole le show avec ses incendies à répétition. Dès «I Like Beer», t’es au sommet du genre Cosmic. Ce digue de Mad Macka gratte du Williamson sur le pire des beats endiablés. Et ça repart à la volée avec «10 Can Trip». Ils n’en démordent pas.

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    Ross Knight tient lui aussi la dragée haute du Punk’s Not Dead. Le Mad claque encore son kilo de killer dans «This Could Be The Best Beer Of My Life». C’est la cavalcade de la fin du monde, la pire de toutes. Seuls les Cosmic sont aujourd’hui capables de balancer une telle dégelée. Suprême attaque encore avec «Fly In My Shed», tout est monté au max, surtout la disto de ce dingue de Mad. Il arrose toute la plaine. Et paf, le Ross attaque «Do It Again» - I shoudah not rockah anymoh - mais il y retourne et l’autre dingue de Mad claque son solo d’exaction terminale. Sur «15 Footer», il est encore pire que Ron Asheton. Tous les cuts sont embrasés, avec des solos qui transpercent les blindages. Il se pourrait bien que cet album des Pyschos soit déjà un classique. Ils tapent du pur proto-punk avec «Don’t Feed Me Jelly», mais du proto dézingué à la tronçonneuse du Mad. T’as la disto la plus crade du monde. Et cet album faramineux se termine avec «I Really Really Really Like Beer», un rockalama qu’on croirait chanté par Lemmy, mais Ross Knight enfonce le clou de la Beer. C’est Lemmy avec le power des Cosmic Elephants, c’est d’une violence sonique inégalée, avec le Mad en filigrane permanent, il joue tout le saint-frusquin terminal, ça donne un rock d’apothéose définitive, ces deux mecs sacrent le printemps de Stravinsky Krakatoa et l’expurgent dans la stratosphère. Ils jouent à en crever, ils finiront par faire une overdose de beer.

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             Et sur scène, c’est encore pire. Même cirque qu’au Petit Bain en juin de l’an passé, mais avec un nouveau batteur et les cuts du nouvel album. Le Mad s’est rasé la barbe et il gratte une Les Paul noire. Et pouf, ça démarre à l’ancienne avec «Pub» tiré de Go The Hack et «Nice Day To Go To The Pub» tiré de Glorious Bastards. Autant le dire tout de suite : c’est explosif ! Ils te rentrent dedans ! Les Cosmic ratiboisent tout, ils incarnent à la perfection le mythe du power trio et ils ont les compos. Tout est arraché du sol, tout est cramé jusqu’à la racine, le vieux Ross crache sa chique et gratte ses cordes avec la main droite à l’envers. Comment fait-il pour tenir une heure entière à ce rythme ? Dieu seul le sait. Une vraie fournaise ! Bon d’accord, il a une bonne constitution, on disait la même chose de Lemmy, mais quand même. T’as

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    quarante ans de garage-punk et de conso gargantuesque de bière, alors ça tire forcément sur la paillasse. En attendant, les Cosmic foncent dans la plaine, tout est carré, en feu, dévastateur, héroïque, en place, puissant, lourd de sens, ça t’onslaughte et ça te flabbergaste, ça t’awsome et ça te mayhemme, ça t’ouille-ouille-ouille et ça t’octopousse dans les orties, ça te coupe véritablement la chique de voir ces deux vieux vétérans de toutes les guerres allumer la gueule d’un set, bien épaulés par leur nouveau batteur qui est un peu le roi des mimiques. Ils tapent l’effarant «Rip ‘N’ Dig» et le morceau titre de Go The Hack. Il faut dire que leurs deux premiers albums sont des modèles du genre. Le vieux Ross demande s’il y a des couples heureux dans la salle et il les prévient en rigolant que ça turn to shit, et pouf, «Toothbrush» ! Ils te roulent dessus avec le bulldozer du nouvel album, «Don’t Feed Me Jelly», «10 Can Trip» et bien sûr le morceau titre, «I Really Like Beer», et pour finir, ils replongent dans les deux premier albums avec «Lost Cause» et le très moqueur «David Lee Roth». Te voilà une fois de plus ébahi. T’adore ça.

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    Signé : Cazengler, Cosmic troupier

    Cosmic Psychos. Le Fury Défendu. Rouen (76). 18 avril 2026

    Cosmic Psychos. I Really Like Beer. Subway Records 2025

     

     

    Horror boréale

     

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             Certains concerts jouent un rôle particulier : ce sont les concerts déstabilisateurs. Ceux qui te contraignent à changer de cap. T’as un certain âge et certains goûts, et tu pars beaucoup moins à l’aventure. C’est une erreur. Avec sa culture du clash des machines, Body Horror te donne un avant-goût d’une scène anglaise que tu ne connais pas, l’House-transgénique, la pire dégelée de freakout orgasmique qu’ait jamais wharehousé l’Angleterre, un post-punk explosif monté sur un beat de cœur d’acier. Ces

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    quatre mecs sont des London devils, et celui du centre s’appelle Gethyn Thomas, un petit bonhomme qui est en fait une boule de nerfs, un mec capable de se désarticuler en plein élan, et tu régales à le voir sauter partout avec sa guitare. C’est l’un des plus spectaculaires Marsupilamis de l’histoire du rock anglais. Il s’est teint la moitié des cheveux en blond et dans sa façon de parler aux gens et à ses copains, il semble sortir tout droit d’un roman de Dickens. Fascinant kiddie boy ! Leur son est balayé par des vents indus dignes d’un David Lynch sous amphètes. On ne peut comparer Body Horror à aucun autre groupe, car leurs tempêtes de freakout sont ultra-violentes ! Au début du set, tu te dis que tu vas aller boire une bière vite fait au bar, mais tu restes et à la fin du set, t’en veux encore. Ils t’ont retourné comme une crêpe. T’es même prêt à retourner les voir la semaine prochaine, s’ils passent dans le coin. Par contre, pas de disk. C’est aussi bien. Aucun disk ne peut contenir l’ultra-violence de leurs attaques. C’est un groupe à voir sur scène.   

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    Signé : Cazengler, Boudin Horror

    Body Horror. Le 106. Rouen (76). 8 avril 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - Sweet jam (Part One)

    — Dites-nous, avenir du rock, qui chouchoutez-vous ces temps-ci ?

             — Sweet !

             — Ah, les fiers glamsters du Ballroom Blitz ?

             — Non Sweet !

             — Sweet Soul Music ?

             — Non Sweet !

             — Sweet Inspirations ?

             — Non Sweet !

             — Là, vous commencez sérieusement à nous fatiguer, avenir du rock. S’agit-il de Sweet Little Sixteen ?

             — Non Sweet !

             — Sweet Jane ?

             — Non Sweet !

             — Sweet dans les idées ?

             — Non Sweet !

             — Sweet au prochain numéro ?

             — Non Sweet !

             — Tout de Sweet ou jamais ?

             — Autant vous prévenir tout de suite : vous en aurez marre avant moi. Sweet !

     

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             Eh oui, l’avenir du rock n’a jamais eu autant de Sweet dans les idées qu’avec Matthew Sweet. Les trois volumes de covers qu’ont enregistrés Matthew Sweet & Susanna Hoffs sont, disons-le franchement, un modèle du genre. Les covers bien foutues constituent l’un des accès les plus directs au paradis. Et si leur cover du «Warmth Of The Sun» figure sur la compile Do It Again! The Songs Of Brian Wilson, ce n’est pas un hasard, my sweet Balthasar.

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             On la retrouve sur Under The Covers Vol. 1, un Shout! Factory de 2006 qui est aussi une vraie caverne d’Ali-Baba. C’est même la première cover que t’écoutes quand tu chopes cette caverne d’Ali-Baba. Avec «The Warmth Of The Sun», t’es dans la magie maximale, Sweet o my Sweet fait le Beach, c’est exceptionnel d’élévation, t’es dans l’inaccessible étoile. Ali-Baba encore avec deux covers de Neil Young, «Cinnamon Girl» (We both love Neil to the extreme - Big beat, Richard Lloyd is on fire, ça explose de power) et «Everybody Knows This Is Nowhere» (downhome kick assness, ils tapent ça aussi au heavy beat avec des harmonies vocales de rêve). Ce mec Sweet o my Sweet est un magicien, il sait faire l’Anglais, comme le montre sa cover de «The Kids Are Alright». Il fait les Who mieux que les Who - I don’t mind - En plein dans l’œil du cyclope ! Tout est claqué largement au-dessus du niveau. Rick Menck de Velvet Crush bat le beurre partout. Si tu veux écouter des albums de covers, c’est là : les trois volumes d’Under The Covers. T’as quinze cuts et tous sont magiques, sans exception. Même quand ils tapent dans un Left Banke dont on n’a rien à foutre («She May Call You Up Tonight»), ou le «Run To Me» des Bee Gees. Dommage qu’ils n’aient pas tapé dans «I Started A Joke» ou «Massachusetts». Ah les goûts et les couleurs ! Toujours la même histoire ! Par contre ils tapent encore dans le mille magique avec le badah badadah des Mamas & The Papas. Cover de «Monday Monday» plus vraie que nature - So good/ So good to me - Hommage aux Beatles avec «Your Bird Can Sing». C’est littéralement claqué d’éclat Beatlemaniaque. Sweet o my Sweet y gratte les poux du diable. Ils restent chez les géants avec «It’s All Over Now Baby Blue». T’as Van Dyke Parks à l’orgue. Dans les liners, on lit ça : «Bob. Sid wants to be you. Susie wants to be with you. Enough said.» Sid c’est Sweet, et Susie, Susanna. Cover stellaire en plein dans l’œil dylanesque. Ils tapent plus loin dans Love avec «Alone Again Or» - We love Love - Alors ils l’entreprennent à l’espagnolade dénaturée. Ils grattent à deux : Ivan Julian et Greg Leisz. T’en reviens pas d’entendre ça. Ils tapent aussi une cover du «Different Drum» de Michael Nesmith. Hit californien fondamental. C’est même stupéfiant d’éclat. Susanna chante. Elle tape la cover de Linda machin au temps des Stone Poneys, mais c’est la version de Nez qu’il faut écouter. Et puis voilà encore un hommage suprême : «Sunday Morning». T’entends encore Ivan Julian et Greg Leisz. Susanna fait sa Lou. Cover miraculeusement parfaite.

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             Ali-Baba encore avec Under The Covers Vol. 2. Tiens on va commencer par les deux covers de Todd Rundgren, «Hello It’s Me» et «Couldn’t I Just Tell You». Sweet o my Sweet le dit clairement dans ses liners : «Todd is God Ok!».  Il rentre dans le chou du Todd avec une facilité déconcertante. Susanna fait rôtir la merguez de «Couldn’t I Just Tell You» en enfer. C’est une chef d’œuvre de fondue pop. Ils duettent comme des cakes. Autre hommage déterminant : le «Back Of A Car» d’Alex Chilton. Sweet o my Sweet retrouve le secret des arpèges du diable - Is this another song about sex?, se demande-t-il - Susanna se tape le «Willin’» de Little Feat. Et lui se tape l’«Here Comes My Girl» de Tom Petty, c’est de bonne guerre, after all, la descente d’organe d’Here comes my girl est exceptionnelle. Sweet o my Sweet est un transformateur. Il transforme la pop du p’tit Petty en Or du Rhin. Il sonne comme le roi George dans le «Bell Bottom Blues» de Derek & The Dominos. Pur génie sonique. Et son «All The Young Dudes» est bien plus arrosé que celui de Mott. Un certain Peter Phillips y fait l’Ariel Bender. Cette mouture se situe bien au-delà de la puissance. Sweet o my Sweet explose le plafond de verre. Susanna fait sa Carly Simon avec une somptueuse mouture d’«You’re So Vain». Elle est dessus, chaude et chaleureuse, et ils duettent encore une fois comme des cakes. Susanna chante comme un oriflamme. Ils tapent aussi dans le Dead avec une mirifique cover de «Sugar Magnolia». Fabuleuse allure, avec de la pedal steel. Puis ils tapent dans les Raspeberries avec «Go All The Way» - THE Eric Carmen, nous dit Sweet o my Sweet dans ses liners du diable. Pure magie ! C’est un hymne. Avec «Gimme Some Truth», Sweet o my Sweet se fond dans le génie de John Lennon de toutes ses forces. C’est wild de pénétration. Il mêle sa bave à celle de Lennon et ça donne une cover historique, écrasante. Ça monte encore d’un cran avec «Maggie May». Susanna fait sa Rod. Pur genius de back at school. T’es ravagé de frissons et de stole my heart/ But I love you anyway. Ils terminent avec l’«Everything I Own» de David Gates, forcément un hit énorme, puis le «Beware Of Darkness» du roi George - Our favorite Beatle - avec Dhani Harrison dans le studio - Watch out now - Pur jur royal. C’est un album d’une qualité éperdue. 

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             Under The Covers Vol. 3 est nettement moins Ali-Baba. C’est même une petite arnaque. Tu ne sauves qu’une seule cover, celle du «Kid» des Pretenders. Susanna fait sa Chrissie et elle colle bien au papier. T’entends une bassline de rêve : il s’appelle Dennis Taylor. Ça groove dans la couenne du mythe. C’est même presque meilleur que l’original. Rick Menck te bat ça sec et Susanna fait bien son sucre, woo-ohh ! À l’extrême rigueur, tu sauves aussi la cover du «Girl’s Talk» de Dave Edmunds, mais la qualité des choix baisse nettement. C’est bien qu’ils rendent hommage à Dave Edmunds, mais c’est une compo de Costello. Susanna s’y colle, elle est royale sur ce coup-là. T’as la féminité US bien balancée. Avec ce volume 3, Sweet o my Sweet tape en fait dans le ventre mou du rock US avec REM, les Go Go’s, Tom Petty. Ça pue le rock FM. Il préfère taper un obscur débris des Db’s plutôt que d’attaquer un Dwight Twilley Band. Cette grosse power pop est sympa (le mot qu’on sort quand on ne sait pas quoi dire), mais ça n’arrivera jamais à la cheville de Todd ou d’Eric Carmen. Sweet o my Sweet et Susanna gaspillent de la salive sur des cuts médiocres («Free Fallin’» de Tom Petty, «The Bulrushes» des Bongos, et le plus insupportable, «Our Lips Are Sealed» des Go Go’s). Ils continuent à s’enliser en tapant dans les Smith («How Soon Is Now») Déjà, les Smith c’est pas terrible, alors une cover, t’imagines le désastre. Encore pire : «More Than This» de Roxy. Elle fait sa Bryan Ferry, c’est une catastrophe. Ils tapent dans la pire époque de Ferry Roxy, l’époque putassière. Leur cover du «Towers Of London» d’XTC peine à jouir. Déjà, le cut n’avait rien dans la culotte, alors t’imagine le bobine de la cover. Puis ils tapent une cover du «Killing Moon» d’Echo & the Bunnymen. Ils trouvent ça beau. Quelle dégringolade ! On est passé du sommet (Brian Wilson, Todd Rundgren) aux bas-fonds. Ainsi va la vie.

    Signé : Cazengler, Matthew Suie

    Matthew Sweet & Susanna Hoffs. Under The Covers Vol. 1. Shout! Factory 2006

    Matthew Sweet & Susanna Hoffs. Under The Covers Vol. 2. Shout! Factory 2009

    Matthew Sweet & Susanna Hoffs. Under The Covers Vol. 3. Shout! Factory 2013

     

    Wizards & True Stars

     - Mavis serre la vis

    (Part Four)

     

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             Mavis attaque sa carrière solo en 1969 avec Mavis Staples. Elle porte une étoile

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    argentée sur le front. Elle attaque avec « Until I Met You », une belle Soul de Broadway. Une basse à tête chercheuse la suit fidèlement. Il s’agit bien évidemment de David Hood. Retour au Stax Sound avec « Sweet Things You Do ». Steve Cropper veille au grain. Mavis tape dans le dur avec « You’re Driving Me (To The Arms Of A Stranger) ». Bassman Hood ergote derrière. Mavis règne sans partage. Elle tape dans le « Security » de Solomon Burke. Cette merveilleuse garce titille ses syllabes. Elle tape aussi dans le « Son Of A Preacher Man » d’Aretha. Attention, voilà « Chained » ! - Hey hey hey babe come back home - Mavis lance l’assaut. Crop gratte ça à la vie à la mort.

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             Un an plus tard, sort son deuxième album solo Only For The Lonely. Sur la pochette, on ne voit que son œil maquillé. Il faut attendre le slow fatal « Since I Fell For You » pour retrouver la grande Mavis, celle des balladifs élégiaques. Pure merveille d’élévation casuistique. Elle démarre ensuite « What Happened To The Real Me » en bas de la côte et  remonte frapper à coups redoublés aux portes d’airain. Édifiant ! On dirait du Jacques Brel ! Elle campe sur ses positions avec « Don’t Change Me Now » et nous régale d’un slowy slowah trompeté. Retour à la Soul de basse ronde avec « That’s The Way Love Is ». Le riff avance tout seul en dansant sur ses pieds et il devient tout bonnement le groove le plus joyeux et le plus libre du monde.

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             En 1977, Mavis chante sur la BO d’un film qui s’intitule A Piece of The Action. L’ouverture du bal se fait avec « Chocolate City », une belle édulcoration funkoïde. C’est l’âge d’or du funk seventies. « Orientation » est un énorme jerk de cave. C’est même un jerk de cave de punk, là où tous les délinquants dansent jusqu’à l’aube dans la fumée et le chaos des coups de reins. C’est le jerk des origines, le beat des profondeurs. Par contre, le morceau titre de l’album est un groove bien élevé. Mavis sait tenir sa boutique, même avec des violons dans l’air. Elle nous sort le meilleur groove de satin blanc.

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             Elle se retrouve en 1979 à Muscle Shoals avec Jerry Wexler pour enregistrer Oh What A Feeling. Ça commence par de la diskö, mais une belle diskö, celle des jours heureux. Puis elle revient au boogie avec « Let Love Come Between Us ». On sent la grosse équipe derrière Mavis, David Hood et toute la bande. Il faut attendre la B et « If I Can’t Have You » pour renouer avec le bon groove de Muscle Shoals - Han Han - Mavis le pousse pour qu’il avance. C’est le groove tendancieux par excellence, gratté sur deux notes en demi-teinte.

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             La pochette de Time Waits For No One n’inspire pas confiance, même si Mavis y est particulièrement séduisante. Raison pour laquelle cet album s’est retrouvé dans les bacs à soldes. Prince qui a produit l’album voulait absolument Mavis, comme Sly Stone avant lui. Prince était alors le roi du monde et on ne pouvait rien lui refuser. Quand elle le rencontra, elle craqua. Il était trop beau. Prince avoua qu’il était fasciné par elle. Ils firent donc cet album. Au dos de la pochette, Mavis se fend d’un texte terrible à propos de son père : « I’ve been very fortunate to have the world’s eldest teenager for a dad. ». On croit entendre de la diskö, mais non, c’est le funk de Prince. Sur « Interesting », il bat le beurre. Il nous emmène sur la planète funk.  « Come Home » est un groove à la Womack. Les choses prennent une tournure encore plus sérieuse avec « Jaguar », pur Prince, gros beat funky, joliment troussé et bien bâti. Le son de Prince reste très original et ne se mélange pas au petit peuple. Prince aura tenté de moderniser le funk. On tombe sur « Train » en  B, monté sur un beau beat. Mavis n’a plus qu’à se laisser porter. C’est cuivré, bien ficelé et radieux. On tombe ensuite sur un merveilleux hommage aux vieux héros de la Soul, « The Old Songs » - Learning how to do the chachacha/ Back when Sam Cooke was hot/ Twisting the night away - Impressionnant, sensible et en plein dans le mille. 

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             Que trouve-t-on sur The Voice paru en 1993 ? Quelques énormités, bien sûr. À commencer par « House In Order » qui sonne comme un hit de Sly Stone. Monté sur un beat rentre-dedans. On retrouve le grand rumble de Sly, celui de « Dance To The Music ». On appelle ça un rouleau compresseur - Hear me tell the two of you to go to HE double L/ And if you’re feeling froggy leap ! - Mavis nous fait avec « You Will Be Moved » le coup du cut qui explose au troisième tour. On tombe plus loin sur un groove extraordinaire, « The Undertaker », qu’elle prend par les cornes - Mercy ! Calling mercy ! - Elle chante avec le même harsh que James Brown - Don’t go with the crack/ You might never come back - Elle met en garde, elle essaye de sauver le peuple noir - Mercy mercy - Elle refait sa James Brown avec « Melody Cool ». Solo de trompette à la Miles Davis. Tout est absolument dément sur cet album. Encore un groove des enfers avec « Kain’t Turn Back » qu’elle chante en mode hip hop new-yorkais. Elle reste à la pointe du combat. C’est dingue comme les blacks savent faire des disques !

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             Nouvel album en 1994 : Mavis Staples. « Failing In Love », sonne comme un gros groove bien martelé. Elle le met aussitôt en extension. Elle sait forer un tunnel sous le Mont Blanc. Puis elle tape dans un funk de zone B intitulé « Show Me ». C’est excellent car monté à chaud, frappé à l’enclume. Elle y va ! Mavis écartèle les Ravaillacs, elle bouscule les barricades. Elle gargouille tellement d’énergie que son funk fait du sur-place.  Encore un shoot de funk universaliste avec « It Only Happened ». Elle frise le Marvin. On sent que le gospel remonte en elle. Puis elle nous fait le coup de la diskö de la mortadelle avec « Holding On To Your Love  . Elle explose la pauvre diskö et du coup, ça devient un hit énorme. Derrière elle, les mecs jouent comme des diables. Un vrai carnage ! Même chose pour « So What You Started », joué à la vie à la mort. 

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             Elle enregistre Have A Little Faith en 2004. Elle rend une nouvelle fois hommage à son père avec « Pops Recipe », et derrière elle, ça roule en mode funky-booty - Respect ! Humanity ! Oh Pops ! Talk about a recipe ! - On n’en finira plus de danser avec les Staples. Mavis ramène toute l’énergie du gospel dans «  A Dying Man’s Plea ». On observe sa photo sur la pochette tout en l’écoutant chanter et on admire sa beauté, son regard prenant. Attention à « I Wanna Thank You », car c’est un  groove rampant. Mavis perpétue la tradition du Staples Sound, une Soul lumineuses. Coup de génie encore avec « I Still Believe In You ». Mavis shake le shook mieux que personne. Elle règne sur la planète funk. Elle prend « At The End Of The Day » au bas de l’intimisme. « There’s A Devil On The Loose » sonne comme une petite java superbe et tentaculaire. Et on retrouve cette tendance au corporatisme qui caractérisait si bien les Staples avec « In Times Like These », un balladif ambitieux qu’elle embarque au paeadis - Everybody ! Everybody ! - et ça explose ! 

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             En 2007, elle sort We’ll Never Turn Back. Sur les douze titres, sept sont des hits. La fête commence avec « Down To Mississippi », une compo de JB Lenoir. Ry Cooder l’accompagne. Mavis injecte toute la grandeur du gospel dans son cut - Down in Mississippi where I was born/ Where I come from - Elle sublime les témoignages - All the old ladies started up in there - Et Ry gratte sa mandoline. « Eyes On The Prize » est monté sur un beat tribal et elle revient au fleuve des origines avec « In The Mississippi River ». Elle no-no-no-note au long cours et nous plonge dans le génie du groove. On sent le ressac du fleuve. Mavis revient au gospel avec  « On My Way » - I asked my sister come go with me/ I’m on my way -  L’art ancien par excellence. Avec « 99 And 1/2 », elle monte au front sur un beat étrange. Ry fait un drôle de cirque que Mavis développe comme un hit des sixties - Freedom now ! - C’est embarqué à la transe. Le petit riff chinois de Ry court toujours. Dans « My Own Eyes », elle raconte son enfance - I was just a little girl - et rend hommage a son Pops - Keep together with your brothers & sisters/ Alright Pops ! - Elle revient à l’énergie du gospel pour chanter « Turn Me Around ». Et avec le morceau titre, elle affirme qu’elle ne retournera jamais sa veste.

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             Ah, il existe un album live de Mavis, Hope At The Hideout paru en 2008 où on retrouve une version énorme de « This Little Light Of Mine ». Elle y chauffe le gospel et tape dans la transe pure. Elle reprend aussi le vieux hit des Buffalo Spingfield, « For What It’s Worth » - Stop that sound everybody was going down - Avec « Eyes On The Prize », elle sert à son public un heavy blues au gras double. C’est là qu’on découvre ce fabuleux guitariste : Rick Holmstrom. Yvonne Staple chante dans les chœurs. C’est énorme ! Mavis reste dans l’heavy blues pour « Down In Mississippi » - where I was born - mais avec « Waiting For My Child », elle en fait trop. Elle reprend sa respiration comme une grosse baleine essoufflée. C’est intolérable de la part d’une Soul Sister. Repends ton souffle discrètement, camarade ! On a aussi une version de « Freedom Highway » jouée groove des Staples. Fabuleuse section rythmique ! Mavis la prend au chant musclé et dans les chœurs, il y a tout le gospel du monde. Rick Holmstrom gratte ses accords en réverb. Elle présente plus loin « Will The Circle Be Unbroken » - The very first song that Pops taught us - Dans le salon, Sister Cleo, Yvonne, brother Pervis and me, and the rest is history !

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             Jeff Tweedy tombe sous le charme de Mavis et produit en 2010 You Are Not Alone. Encore un big album, un de plus. Elle attaque en mode gospel avec « Don’t Knock », et un mec slappe une stand-up derrière. Les chœurs lâchent des oh yeah rapides. Mavis connaît bien le système. Elle a fait ça tout sa vie. Avec « Downward Road », elle ressort un vieux coucou de Pops pour inventer le gospel garage. Elle en fait du gospel bound for glory, elle chante devant comme lancée au galop, en vraie Mavis, la petite reine des Staples, elle sort son meilleur timbre fêlé et toute sa niaque de gamine. Elle est complètement démente, elle en rajoute toujours, elle gueule et ça barde ! Elle chante ensuite « In Christ There Is No East No West » en mode country-rock éclairé. C’est Tweedy qui arrange, et ça reste étrangement neutre. Il faut attendre « I Belong To The Band » du Reverend Gary Davis pour renouer avec le beat de Gévaudan. Elle relance l’assaut. Elle revient sans cesse à son vieux gospel - Hallejuhah ! Hallejuhaha ! - Elle lui botte le booty. Pur jus de r’n’b primitif au parfum de gospel. Tu veux danser à l’église ? Alors vas voir Mavis. Le « Last Train » d’Allen Toussaint est joué aux baguettes, elle choo-choote et rassemble tous les trains en gare. Ça bascule dans la Stonesy. On se croirait dans « Gimme Shelter » ! « Only The Lord Knows » sonne comme du gospel éléphantesque. Jeff Tweedy gratte ça sur sa gratte ultra-saturée et jette dans le gospel un peu de diablerie. Il gratte même carrément en fuzz. Sa purée fume dans l’église. Ils chantent « We’re Gonna Make It » à deux et c’est beaucoup trop rock dans l’approche. Mavis sonne comme une pute du rock. On sent les limites de ce genre de collaboration. Tweedy est moins respectueux que Ry Cooder qui associait Mavis à ses ré-arrangements de chants traditionnels. Ce n’est pas le cas de Tweedy qui de toute façon cherche un son trop rock qui n’a plus rien à voir avec le monde magique des Staples.

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             Mavis dédie son album One True Vine à sa sœur Cleotha - In loving memory of my sister Cleotha « Cleedi » Staples - Jeff Tweedy produit à nouveau l’album. Mavis attaque avec un gospel pur, « Holy Ghost » et elle enfonce son coin dans la porte de Dieu. Elle frise la démence de douce surtension. Elle tape dans le « Can You Get For That » de George Clinton, épaulée par des grattes et un gros beat des enfers. Mavis va chercher le gospel au plus profond d’elle-même. Denny Gerrard fait le baryton derrière Mavis. Il fait des renvois à la manière d’Ike. Toutes les énergies du peuple noir sont là. Puis Tweedy lui fait chanter du Nick Lowe. Ça n’a strictement aucun intérêt. On revient au gospel avec « What Are They Doing In Heaven Today ». Mavis joue bien sa carte et déverse ses vieilles bondieuseries. Mais Tweedy s’arroge encore tout le tremblement des arrangements. C’est horrible ! Quelle prétention ! Ce mec est incapable de s’effacer devant Mavis. Même chose pour « Sow Good Seeds » - Everybody/ On the mountain/ In the valley - Tweedy tape encore dans le domaine public. Mais pour qui se prend-il ? En chantant le gospel avec Mavis, s’achète-t-il une bonne conduite ? Besoin de crédibilité ? Retour au r’n’b avec « Like The Things About Me ». Ouf on respire. C’est du Pops. Du vrai gospel batch et Mavis reprend espoir, on la retrouve pure et dure. Mais Tweedy lui fait chanter d’autres cochonneries, alors on sort fâché de cet album.

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             Don’t Change Me Now pourrait bien être la compile du diable. C’est sorti sur Ace en 1988 et ça recouvre trois décennies de chaud bouillant mavissien. Ouverture des festivités avec « Ready For The Heartbreak », un groove de gros popotin à la Aretha. Elle l’embarque directement au paradis des jukes avec une aisance terrifiante. C’est du gros bougé des bras, on jerke d’évidence. Mavis sait driver le jive de juke, pas de problème, elle sait mener le jeu. Encore du haut de gamme avec « Sweet Thing You Do ». Il faut se faire à cette idée : Mavis ne sait pas faire autre chose que du haut de gamme. Elle jerke le r’n’b mieux que toutes les autres, elle a ça dans la peau. En écoutant « You’re Driving Me (To The Arms Of A Stranger) », on réalise qu’elle est capable de transformer le plus mièvre des balladifs en caverne d’Ali-Baba. Quelle poigne ! Tout repose sur son souffle et son énergie. Encore de la pure jute de juke avec « The Chokin’ Kind ». Jerk de première main. Te voilà au paradis des jukes. Encore du brut avec « A House Is Not A Home ». Mavis fait comme les autres, elle tape dans le brut. Elle décolle facilement, Attention, il ne faut pas la prendre pour une blanche ! Elle sait négocier un virage à 200 à l’heure et accélérer au bon moment. Elle sait surtout développer une puissance expressive teintée de génie gospellique. Et voilà qu’elle tape dans « Security ». On a tout, les trompettes et les funky guitars. Ce standard d’Otis déjà repris par Solomon Burke, les Saints et Doctor Feelgood n’a plus de secret pour personne. Mavis s’en sort évidemment avec tous les honneurs - Ouuuh baby - Elle shooke le shake du cut comme il faut. Attention avec « Pick Up The Pieces » ! Elle lui saute à la gorge, le mord et ne le lâche pas. C’est un groove de r’n’b complètement dément - I don’t wanna lose you baby - Arrange-toi avec ça - Gotta look to pick up the pieces baby - Là, on est dans l’intelligence du r’n’b. « Chains Of Love » est un blues nocturne dément - I’m your prisoner/ Tell me what you’re gonna do - Mavis tape un peu plus loin dans un beau cut de Brook Benton, « Endlessly ». Elle l’anime avec toute l’énergie du gospel. Elle ramène toute sa science dans la compo de Brook et elle l’élève. Ça devient un hymne. Mavis le monte étape par étape, avec une aisance insolente. Elle pulvérise Broadway, sa façon de balancer oh my love en dit long sur l’ampleur de son génie. Mavis sait donner du temps au temps d’un cut. Elle donne la pleine mesure de son génie. Des petits chœurs féminins lui viennent en aide - Oh my soul - Démence d’attaque pour « You’re The Fool », elle tape ça d’un ton terrible. C’est du très gros niveau, elle se fêle la voix et bat tous les records de charme incendiaire. Encore une merveille absolue avec « Since I Fell For You », beau et terriblement lent, un slow maléfique, un absolu de beauté, c’est même le slow ultime, indicible et inspiré, d’une grandeur extravagante et Mavis se dresse dans le crépuscule comme une géante. Avec « What Happened To The Real Me », elle fait tout simplement trembler le monde, tellement elle chante d’autorité. Et puis elle rejoint Bobby et Marvin au paradis du groove en chantant « It Makes Me Wanna Cry ». Voilà encore une merveille à la fois élégante et explosive, du pur génie.  Elle dispose du génie le plus volatile, le plus absolu, le plus humain - It makes me wanna cry sometimes.

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             Toujours avec Tweedy dans les parages, Mavis enregistre Your Good Fortune, un EP quatre titres bien sanglé. Le morceau titre sonne comme un groove insistant plein d’écho. Elle passe au groove plus léger avec « Fight ». Elle pulse avec l’élégance d’une reine de Nubie et s’arrange d’un groove aux consonances étranges, digne de ceux du p’tit Bobby. Sacrée Mavis, elle renoue avec le jive du fleuve que lui enseigna jadis Pops. Voilà encore un cut terrible, ramassé aux grosses nappes d’orchestration. Aw Lord have mercy on my soul, clame-t-elle dans « See That My Grave Is Kept Clean ».

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             Livin’ On A High Note paraît en 2016. Tweedy est dégagé et Mavis revient à un son pur r’n’b. Ouf ! Elle attaque avec un « Take Us Back » merveilleusement groovy et un son de rêve. C’est admirable de blackitude. Elle chante « If It’s A Light » avec la passion de Saint-Mathieu, elle se situe dans la cuisine de l’élévation apostolique. On retrouve enfin cette prodigieuse surdouée de la Soul. Elle revient aux basslines bien grasses et au groove de base avec « Action » et élève encore le débat avec « High Note », un mid-tempo d’envolée prévisible, chanté avec la puissance pénultième des années staplées, tout le feeling du gospel se fond dans le groove de la pop black et ça devient énorme. Ça sonne comme un hit planétaire. Chose curieuse, on pense aussi aux Stones. Elle enfile les cuts comme des perles de r’n’b, « Don’t Cry » qu’elle chante du menton et « Tomorrow » cuivré comme au temps de Stax. On a aussi un « One Love » gratté à la sourde par M. Ward et Mavis retrouve ses marques avec « Jesus Lay Down Beside Me », accompagnée par Rick Holmstrom.  Voilà les deux hommes clés : M Ward et Rick Holmstrom.

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             Manque de pot, Tweddy revient sur If All I Was Was Black. On lit même son nom sur la pochette. Alors on prie pour la mémoire de Pops. Et ce qu’on redoutait se produit : Tweedy sort un son beaucoup trop blanc pour Mavis. Mavis serait-elle domestiquée par ces blancs affamés de reconnaissance ? Quelle horreur ! Avec « Little Bit », on se croirait chez les Back Keys. Mavis ramène sa hargne, et les filles envoient des chœurs dignes de ceux qu’on entendait au fond des soutes des négriers. Il n’est pas certain que Tweedy rende service à Mavis avec un tel parti-pris sonique. Mavis reprend du poil de la bête avec le morceau titre, une sorte de r’n’b joyeux, gonna love. Elle tape là au cœur du jerk de juke, elle le sublime à coups de réflexes sixties. Elle reprend toutes les étapes du jerk, and it’s time ! Elle porte le flambeau, mais un horrible solo vient ruiner ses efforts. Avec les cuts suivants, la pauvre Mavis se voit contrainte de chanter du rock de blancs et ça pose un sacré problème. Comme si Tweedy n’avait rien compris. Mavis chante une sorte de mauvais rock FM. L’album prend une tournure tragique. On prie pour qu’elle s’en sorte. Le problème, c’est qu’elle chante les compos de Tweedy. C’est une véritable arnaque. Tout est mauvais, mal foutu, la voix géniale de Mavis ne colle pas avec ce pâté de foie. Ça se dégrade encore avec « Peaceful Dream ». Tweedy embarque Mavis dans un blues pompé. Comment ce blanc ose-t-il signer un pompage de vieux nègres des champs ? On patauge dans l’horreur. Mavis co-signe « No Time For Cryin » et un faible espoir se met à luire. Car voilà un heavy r’n’b solide et bienvenu - We’ve got work to do - Mavis revient à son cher militantisme - No time for tears - mais les guitares blanches bouffent le cut. Il faudrait celle de Pops, ici. Ce son est une injure à la grandeur du peuple noir. Mavis leur arrache le cut des mains et tisonne son so much work to do, alors cet imbécile de Tweedy ramène des guitares du Velvet qui n’ont strictement rien à voir. Quel gâchis ! Elle tente de sauver l’album avec « Build A Bridge » et renoue avec l’over the mountain d’antan. Tweedy ose co-signer le gospel « We Got High », et avec « Try Harder », ils reviennent au rock blanc. On ne comprend pas que Mavis se soit prêtée à ça. Il est arrivé la même aventure à Bettye LaVette qui se plaignait qu’on la fît chanter du rock de blancs. Et puis avec « All Over Again », Tweedy se prend pour Skip James. C’est l’horreur ! Cette concoction ne sent pas bon. Ça manque totalement de crédibilité. Tweedy tente de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, pour un virtuose de cabane branlante, mais pour ça, il faut avoir travaillé toute sa vie pour des nèfles. Tweedy est tout le contraire de cette culture, il est une sorte de carpetbagger claptonien. Il s’accapare des choses qui ne lui appartiennent pas. Quelle honte !

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             Mavis revient dans l’actu de 2019 à trois reprises : un Live In London, puis un We Get By produit par Ben Harper (et ça change tout) et enfin un concert inespéré à Paris. Le Live In London vaut son pesant d’or. La foule claque des mains, ça veut dire ce que ça veut dire. Mavis impose un sacré pathos de deep history sur le monde moderne. Elle crochète son « Love & Trust » à la vieille arrache de Chicago. On la voit travailler ses cuts sous le boisseau, elle fait du Wolf avec « Who Told You That » et Rick Holmstrom joue si sec ! Hank you ! Elle fait un duo d’enfer avec un nommé Donny Gerrard dans « Slippey People ». Mavis est déchaînée, ils shakent à deux tout le shook du monde. La température monte violemment avec « Take Us Back ». Mavis ne fait que la Soul extraordinaire. Elle jette toutes ses forces dans la bataille. Elle atteint au génie avec « No Time For Cryin’ ». Elle retrouve sa fantastique énergie primitive. Le public stompe le beat - No time for tears/ We’ve got work to do - C’est l’appel au réveil, le grand message de Pops. Message d’autant plus beau qu’il est politique. Elle monte la transe au maximum -  All over the world/ It’s a mean old world we’re living in - On reste dans le génie interprétatif avec « Can You Get To That ». Mavis nous habitue au confort de l’heavy doom. À sa façon, elle démonte la gueule du groove. Quel sens du punch ! Donny Gerrard fait le wanna know de baryton. Puis Mavis se coule sous la peau du groove pour interpréter « Let’s Do It Again ». Elle devient littéralement magique, sometimes it rains, elle groove à gogo - Let’s do it in the morning/ Sweet lovin’ - Le baryton vient caresser le groove entre les cuisses et ça devient spectaculaire. Elle explose la salle. À la fin, elle se marre - I feel like a butter finger - C’est une reine et la salle explose. Elle rend hommage à Curtis Mayfield avec une sweet cover de « Dedicated». Elle sait de quoi elle parle. Elle monte là-haut sur la montagne comme Aretha dans «We’re Gonna Make It », mais en plus guttural. Elle devient folle à la fin du set avec « Happy Birthday » et « Touch A Hand » -  Make some noise ! - Elle allume comme une dingue. Make some noise ! Trop tard. Personne ne peut plus rien pour elle.

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             Brad Cook produit Sad And Beautiful World. Elle attaque son «Chicago» à la grosse tension, avec le sorcier Rick Holmstrom sur sa lead guitar. Mavis a du monde derrière elle : Brad Cook on bass, MJ Lenderman (le mec de Wednesday) et Bonnie Raitt dans les backings. «Beautiful Strangers» sonne incroyablement bien - Oh my Lawd carry me home - Elle ramène son vieux gospel. Elle plonge aussi dans l’r’n’b avec «Human Mind» - Gawd bless the human mind - Ça pourrait presque sonner comme une Beautiful Song. Mavis a gardé sa niaque de jeune blackette, comme le montre «Godspeed». Elle a du free et du banjo. Et ça repart au prêche-pour-des-prunes avec «We Got To Have Peace». La paix n’est pas de ce monde. Mavis livre des combats d’arrière-garde. Elle fait de la Deep Soul avec «Satisfied Mind» et du classic Staples Singers avec «Everybody needs Love». On tourne en rond.  

    Signé : Cazengler, Mavicelard

    Mavis Staples. Mavis Staples. Volt 1969

    Mavis Staples. Only For The Lonely. Volt 1970

    Mavis Staples. A Piece Of The Action. Curtom 1977

    Mavis Staples. Oh What A Feeling. Warner Bros Records 1979

    Mavis Staples. Time Waits For No One. Paisley Park 1989

    Mavis Staples. The Voice. Paisley Park 1993

    Mavis Staples. Mavis Staples. HDH Records 1994

    Mavis Staples. Have A Little Faith. Alligator Records 2004

    Mavis Staples. We’ll Never Turn Back. Anti- 2007

    Mavis Staples. Live. Hope At The Hideout. Anti- 2008

    Mavis Staples. You Are Not Alone. Anti- 2010

    Mavis Staples. One True Vine. Anti- 2013

    Mavis Staples. Your Good Fortune. Anti- 2015

    Mavis Staples. Don’t Change Me Now. Ace 1988

    Mavis Staples. Livin’ On A High Note. Anti- 2016

    Mavis Staples. If All I Was Was Black. Anti- 2017

    Mavis Staples. Live In London. Anti- 2019

    Mavis Staples. Sad And Beautiful World. Anti- 2025

     

    *

             Ça me turlupinait depuis un moment. Depuis le 22 janvier 2026 exactement puisque vous voulez tout savoir. Dans la livraison 720 des Chroniques de pourpre, j’avais rédigé quelques pages, élogieuses, sur Kassi Valazza. Des vidéos enregistrées en public. Oui mais un regret me taraudait, elle a déjà sorti quatre albums et un quatre-titres, le dernier est sorti en mai 2025, mais c’est le précédent sorti en 2023  qui m’attirait. Sans l’avoir écouté.

    KASSI

    VALAZZA

    KNOWS

    NOTHING

    (Full ad Gravy Records / Mai 2023)

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    Une belle pochette. Difficile de faire davantage country–idyllique, pleine nature, au premier plan une jeune femme assise au milieu d’un champ d’herbe folles et de fleur sauvages, presque une image médiévale de belle Dame, mais pas sans mercy, avec une guitare. L’on n’est pas au paradis, mais presque, dans une certaine Amérique fantasmée en cliché d’Epinal.

    Soyons franc, ce qui m’a intrigué c’est le titre, Kassi Vaza knows nothing, socratique en diable. Que veut-elle dire, qu’elle ne connaît rien, qu’elle ne sait rien… Difficile de la croire. Et pourquoi ces yeux fermés. Certes si vous refusez de voir le monde, vous ne pouvez rien apprendre. Ou alors c’est que vous apercevez, des choses, des ombres, qui   sont invisibles à la plupart d’entre nous.

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    Jay Cobb Anderson : guitare et basse électriques / Tyler Thompson : drums / Sydney Nash : organ, piano, cornet, guitare acoustique 12 cordes, basses / Lewi Longmire : piano, basse électrique, fiddle, pedal steel guitar, trompette, vocal / Taylor Kingman : vocals, basse électrique, guitare électrique, pedal steel guitar, guitare acoustique /  Kassi Valazza : vocal, guitare acoustique, guitare acoustique guitare 12 cordes.  

    Room in the city : pas de fausse route, pléthore instrumentale, for sure, mais si vous imaginez les envolées lyriques d’un orchestre philharmonico-folk, vous êtes dans le faux. Taisez-vous et tendez l’oreille, ce n’est pas le genre de la maison Valazza. Kassi pose sa voix, c’est quasi tout. De temps en temps un instrument essaie de se faire entendre, ici par exemple la pedal steel, je ne voudrais pas jouer le méchant, mais ils ne seraient pas là, l’on ne s’en apercevrait pas, car Kassy pose sa voix et cela suffit. Ce n’est pas qu’elle en fait trop, c’est que l’on a l’impression qu’elle en fait le moins possible, pas une seule fioriture, pas de montée abrupte dans les aigus, pas de descente folle dans les graves, une route plane, mais chaque mot posé juste à sa place et à la place juste. Le pire c’est qu’elle pose des mots simples. Nul besoin d’être agrégé d’anglais pour comprendre, toutefois attention, l’écriture est elliptique, à chaque couplet le décor change, mais elle ne le dit pas, vous comprenez ainsi pourquoi elle chante les yeux fermés, tout se passe dans sa tête, Kassi fait semblant de chanter, elle pense à haute voix. C’est un peu le mystère de la chambre jaune cher aux lecteurs de Gaston Leroux, où est-elle au juste, dans la chambre ou dehors dans la présence du passé, ou dans l’absence de la réalité. En bonne américaine, dans sa voiture, mais conduit-elle pour retrouver son passé ou s’en éloigner, en tout cas, ce qui est certain, elle évoque le ciel bleu, vous ne le voyez pas, pourtant vous êtes en train de vous enfoncer dans le blues de l’existence. Rapture : vous avez une espèce de cliquet qui résonne toutes les trois secondes, sans doute pour que vous ne relâchiez point votre attention, elle conte, sans se presser, close en elle-même, parle-t-elle d’avant, de maintenant, d’après ou plutôt de déjà, c’est un peu comme si vous suciez un gros bonbon de cyanure, une espèce de médicament long playing comme il est écrit sur les boîtes pour indiquer que leur effet durera durant vingt-quatre heures, prenez garde, celui-ci vous empoisonnera toute votre vie, peut-être parce que vous regrettez de l’avoir pris, ou refuser de l’avaler. Les rêves qui vous ravissent sont aussi dangereux que ceux que vous ne menez pas à terme. La route qui mène les moutons à l’abattoir est aussi belle que celle qui les ramène à la bergerie. Nos existences nous tuent lentement, mais sommes-nous vraiment pressés. Corners : Kassi semble davantage

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    présente dans son chant que dans les deux morceaux précédents, le rythme, ce mot est trop fort, le tangage légèrement accentué, ce n’est pas un hasard, elle se dévoile un peu plus, elle vous traîne dans les coins les plus sombres de son cerveau, dans les chambres obscures que d’habitude l’on cache, elle parle de son intimité, de son rapport difficile aux hommes, de ses contradictions, elle aime mais elle est incapable de rester aux côtés de celui qu’elle a choisi, il lui faut partir, il n’est peut-être pas parfait, elle aussi tout de même possède un gros défaut, celui de ne pas  être heureuse même à un-demi millimètre du bonheur. Qui ne saurait être fou comme le proclame Jean Giono. Watching planes go by : elle a un peu trop parlé d’elle-même dans le morceau précédent alors elle parle de Michael, les instrus en profitent pour faire les beaux, et ils sont diantrement bons, un festival de sonorités, mais Michael blessé aux pieds s’ennuie, il regarde les avions passer, que d’ennui les instruments font naufrage, le monde court à vau-l’eau, tout semble perdu… très belles images poétiques de galions naufragés, alors Kassi s’empare de la roue du vocal, elle raconte l’impossible, la basse fait la roue, courage elle revient, elle court vers toi Mickael… sans doute un de ces récits phantasmatiques que l’on se raconte lorsque la vie ne nous satisfait pas, l’on se donne le beau rôle, l’on sauve l’’Humanité en sauvant un seul être humain, mais l’on n’y croit guère, puisque l’on ne s’est pas sauvé soi-même… Splendide.  Song for a season : cette fois les instruments fondent en larmes, de toutes les musiques du monde la country est celle qui sait le mieux pleurer, quittons ces oiseuses généralités, une chanson d’amour pour employer une expression galvaudée, une chanson d’incertitude, l’on doute de soi, l’on doute de l’autre, ce que qu’Heisenberg a théorisé en Principe pour la mesure des atomes peut aussi s’appliquer pour les cœurs humains. Maintenant Kassi doute surtout d’elle-même. Elle refait sans foi le même puzzle, il lui manque toujours une pièce : celle qui la représente. Ecoutez le bruissement de la trompette qui annonce le pire. Long way from home : les Amerloques toujours sur les routes, celles de Kassi sont surtout intérieures, elle rumine, le morceau avance lentement, elle règle ses comptes, elle refait le film, le même scénario, mais l’ordre du montage change la donne, elle aimerait être encore plus cruelle, elle a beau bouleverser l’ordre des séquences, elle tourne en rond comme un loup dans sa cage. Il n’en sortira pas. Il n’est pas dans la cage, la cage est en elle. Canyon lines : une chanson pour sortir de soi, le portrait d’une femme, quel

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    hasard, chronique des gens aussi malheureux qu’elle, les instrus sur la pointe des pieds, peut-être parce qu’ils n’en savent rien, rappelez-vous le titre de l’album, même au plus profond de soi que sait-on de soi-même, quant à la connaissance des autres, n’en sait-on pas encore moins. Un portrait, chaque note comme un pointillé noisique du dessin, quant à la voix elle ne tient pas le crayon, elle se contente de regarder. Les canyons alignés les à la suite des autres ne sont-ils pas comme des lignes de vers qui fuient dans la même direction mais qui ne se rejoignent jamais. Smile : on ne vous la fait plus, vous vous attendez encore à une chanson triste, vous avez raison. Toutefois je dirais plutôt désabusée. Si vous ne me croyez pas regardez la vidéo, elle a une large entaille rouge sur le visage, de grosses lèvres rutilantes de clown, les musicos non plus ne font pas les rigolos, ils ne sont pas fadas ils vous jouent le country pas fade du tout, mais en mode fado à la saudade portugaise. Il est parti. Elle était bien avec lui. N’a pas fait d’efforts pour le retenir. Chacun son chemin. Le sien est de solitude et de non- accomplissement. Welcome song : frôlements de guitare, Kassi chante l’incomplétude de son âme, cette impossibilité d’ouvrir une porte, de s’ouvrir à l’autre, la voix lasse vous enlace, l’idée ne vous viendrait pas de la plaindre, d’ailleurs quelques étincelles de guitares vous donnent raison, elle est la prisonnière de son propre cercle, comme Pénélope quand elle détruit dans sa nuit ce qu’elle construit le jour, c’est pour rester seule, mais elle n’attend pas le retour d’Ulysse qu’elle a laissé partir. Elle règne dans le cercle de son manquement à vivre hors d’elle-même. Wildageeses : une reprise de Michael Hurley, activiste folk, compositeur, fanzineur, dessinateur né en 1941, mort en avril 2025, faut écouter sa version parue en 2009, toute de nonchalance pour agreste et la comparer avec le drame absolu qu’en fait Kassi Valazza. Certes l’on retrouve le balancement agréable de l’original, mais elle ne nous rabat pas les oreilles de la leçon écologique du patriarche Hurley qui nous susurre qu’il faut laisser les oies sauvages en liberté, non elle se présente comme l’oie apprivoisée qui s’est enfuie pour rejoindre la vie sauvage… ne tentez pas de la retenir, c’est sa nature qui la pousse à partir, à ne pas rester dans le nid douillet qui voudrait l’accueillir.

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             Rien d’exceptionnel dans cet album, aucune luxuriance, aucun appel du pied, aucune flagornerie, Kassi Valazza ne triche pas. Sa voix sans effet de glotte, son instrumentation peu encombrante, ce qu’elle raconte n’est en rien singulier, des millions d’êtres humains partagent de semblables non-interactions avec eux-mêmes et les autres… Rien de flashant, pourtant l’ensemble est fascinant, porteur d’une authenticité hallucinante. Pensez au Sphinx la nouvelle d’Edgar Poe, il suffit de regarder un insecte de près pour apercevoir un monstre. Autrement dit une chose qui ressemble à ce que vous portez au plus profond de vous.

             Née en Arizona, basée à Portland dans l’Oregon, son nom est souvent associé à celui de Joni Mitchell, de Sandy Dennis, de Karen Dalton…  

    Damie Chad.

     

     

    *

             De nombreux groupes de rock français, tous genres confondus, s’expriment en anglais, cette amorce ne désire soulever aucune oiseuse discussion. Chacun agit à sa guise. Je ne pose aucune pétition de principe envers un groupe français qui chanterait en serbo-croate. Maintenant j’avoue que parmi mes farfouillements dans les nouveautés – parfois elles m’emmènent à des exhumations de plusieurs décennies – lorsqu’il s’avère qu’une formation est issue de douce France, est-ce un atavisme pavlovnien auto-conscientisé, même si à première vue elle ne me dit rien qui vaille, je me fais un devoir de tendre une oreille vers l’opus proposé. Mais en le cas précis qui nous préoccupe si le blaze du groupe aurait pu être adopté par n’importe quel combo de n’importe quelle nationalité, les trois mots du titre de l’album, m’ont salement titillé le cervelet. J’étais sûr de tenir une bonne piste. Je n’ai pas été déçu. En plus ‘’ils’’ ne sont même pas français ! Attention c’est une longue histoire.

    ENROBEE, POUR TOUJOURS

    MEMORANDUM

    (Bandcamp / Avril 2026)

             Je ne savais rien de ce que j’allais trouver, mais il y avait cette virgule. Il aurait été écrit ‘’Enrobée depuis toujours’’ j’eusse fait la moue. Comment ne pas penser au chef-d’œuvre d’Alexandre Mathis : Maryan Lamour dans le Béton, énorme roman de 680 pages, qui clôt le vingtième siècle - celui qui commence par Marcel Proust, continue par Louis-Ferdinand Céline, culmine et se calcine en Jean Parvuleco – paru en, ceci ne saurait être un hasard, 1999. Quittons le roman, cette virgule nous fait indubitablement basculer sur les parois vertigineuses de la poésie.

             Partons du principe que nous considérons au bas mot la poésie comme l’effusion lyrique d’un ‘’ je’’ aventuré dans le chaos de son propre moi et du monde. Facile de déterminer le nom de ce ‘’je’’ dans la liste des membres de Memorandum. Nous faisons tout de suite une croix sur : Eetu Hernesmaa : keyboards, orchestration / pour nous focaliser sur : Alice Simard : all composition, vocals, guitars, lyrics and orchestration.

             Memorandum n’est qu’une des multiples implications d’Alice Simard. Je ne saurais résister à en donner la liste, dont je ne me porte pas garant de son exhaustivité : Aerodermatis, Blossom, Chiliasm, Codex Crudelitas, Coffret de Bijoux, Crasse intraveineuse, Decarnata, Eveniath, Filesharemaiden, In nake, she mended, Luminiesce, Lunam Niveis, Onchocerciasis Esophagogastroduodenumscopy, Plaguelin, Quantum Oscillations, R’luhh, Rorigore, Shiny Mawile, The Unsightly Deep, Tunicam Frondibus, Turpitude, v0000 0000000000, Vitrified Entity, Vomitarium, Zapomnienie… J’invite le lecteur à se laisser bercer par l’entassement de tous ces mots, mine de rien nous sommes au seuil et au cœur du mystère phénoménal de l’écriture poétique, quand la puissance magique du vocable, sa vibration élocutoire, influe sur le sens du mot, ne dit-on pas que la force de la gravité inflige à l’espace sa courbure. Comme si une chose ne pouvait être qu’elle-même mais en tant que la propre conséquence qu’elle exerce sur elle-même. Nous sommes au point répulsif de rencontre  zénithal et nadirien de la musique et de la poésie.

             Je reviendrai plus loin sur la couve due à Carrion Blossom.

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    Entourée de mes poèmes de douleur, je m’oublie : l’on est surpris, où est-elle, où est la douleur, dernière question cruciale où sont les poèmes, tout au plus une ligne ‘’ exilée de ma propre demeure par moi-même je suis désolée entourée de me poèmes de douleur je m'oublie ’’, il suffit de comprendre de remettre les évènements auxquels nous nous ne sommes pas conviés à leur place, le titre n’est pas une annonce de ce qui est en train d’avoir lieu, mais l’expression du lieu une fois que ce qui a eu lieu a déjà eu lieu, c’est un peu comme si je vous racontais un conte qui commencerait par ‘’il était une fois’’ et si vous attendez la suite c’est que vous n’avez pas compris que l’histoire a déjà eu lieu et qu’il ne sert à rien de la raconter, car vous n’y pouvez rien, elle est déjà terminée, rien ne sert d’épiloguer stupidement voire de se lancer dans d’infinies glossolalies qui n’apporteront rien. Il n’y a donc rien, s’exclameront les esprits positifs, si à la toute fin, elle vous susurre le minimum de ce qu’elle peut dire, cette ligne et demie en italique que je vous ai charitablement retranscrite en  début du commentaire de morceau. J’emploie ce mot de commentaire en référence à Alphonse de Lamartine qui a jugé bon de refaire paraître ses Méditations Poétiques, chacune des pièces étant suivie d’un commentaire en prose. Car si Lamartine adjoignit à ses vers  quelques lignes de prose, ici Alice Simard enferme ses fragments poétiques dans un coffret précieux, non pas de santal à la manière de Charles Cros, mais de musique. Parlons donc de cette musique, ce qui est relativement stupide car à l’encontre du poème la musique ne dit rien, elle évoque ce qui a eu lieu sans nous révéler ce qui a eu lieu. Généralement l’on se retranche derrière une formule toute faite, toute creuse, l’on dit sans oublier le trémolo grandiloquent dans la voix : la musique n’est-elle pas l’art de l’Indicible… D’ailleurs n’y a-t-il pas un peu de grandiloquence dans le début de ce mouvement, ces chœurs grondant, cette lenteur abbatiale et ces espèces de glapissements de guivre alanguie, tout un décorum, une atmosphère, le décor du chagrin, des coulées de piano pour nous dire que le temps inexorable avance alors que l’on reste figé dans une présence qui n’existe plus qu’en nous, nous nageons en plénitude funérale, en une espèce de doom dominant, l’on pense à Chopin et au chatoiement strial du pinceau vert herbé d’Ophélie, le tableau de John Everett Millais, une musique que l’on écoute pas puisqu’elle ne raconte rien, mais qui se contemple. Enrobée, pour toujours : pièce centrale du triptyque, qui a donné son titre à l’album. Non pas la même musique, mais la musique même, plus lourde, une chappe de plomb lyrique, avec un pianoti dont les notes s’immiscent davantage en vous, car c’est lorsque l’on referme son propre cercueil de chagrin sur soi-même que les yeux s’attardent sur le dernier rayon de lune, une des manières de ne pas s’ensevelir en soi, la musique vrille, se tasse sur elle-même, se cloportise, se tait, avant de s’éveiller au soleil des autres, que l’on pourrait aussi appeler le soleil des morts, ou plutôt des mortes, beauté de cet orgue funéraire, un keyboard qui se saborde, car l’on n’échappe pas à son époque, même lorsque l’on se retranche en soi-même, Alice Simard en tant qu’être féminin, en tant qu’incertitude féminine qui se rassure, en reliant sa souffrance à celle de toutes les femmes, une guitare s’alanguit en long solo solitaire,   proclame de par son silence l’évidence féministe : ‘’observant les femmes autour de moi, la souffrance est partagée, plastifiées pour toujours en tristesse’’. Il est vrai que notre unicité n’est jamais totalement unique. Les cieux éteints : le titre ne laisse présager rien de bon, la batterie avance à pas lourds et à cymbales déclinantes, les chœurs reviennent peut-être pour soulager la solitude de ce cœur qui s’éteint. Troisième pièce du triptyque. Nous avons eu deux premières pièces endeuillées, en ce stade ultime il ne reste plus que la mort. L’on s’y dirige, non pas sans bruit car l’amplification orchestrale fait le gros dos comme la grenouille qui se voulait plus grosse que le bœuf, que croyez-vous qui arriva, elle en creva, donc plus de musique. Ne reste plus que quelques clinquements battériaux et une corde de basse qui s’éternise en elle-même, manière de prolonger le chagrin comme l’on rajoute des rallonges à la table en espérant que les invités qui ne sont pas venus reviendront, ce qui ne manque pas d’arriver en une espèce de cohue musicale, qui se calme, les chœurs, de fait un growl intumescent, lancent un dernier appel, qu’ils s’adressent à eux-mêmes ou à personne, épouvantable un hurlement, que se passe-t-il, en quoi un chagrin d’amour peut-il se métamorphoser, en lui-même ou en quelque chose de plus grand que lui, incompréhensible à lui-même. Car le néant ne serait-il pas l’autre nom d’une certaine plénitude qui n’est autre que l’unicité du tout… longeant l'éternelle rivière de mon amour, les cieux s'éteignent mes mains deviennent des étoiles et je ne me reconnais plus…       

             Je n’aime pas spécialement le style de Carrion Blossom. Que je stigmatise en moi-même de l’appellation ‘’ nouveau japonais enfantin’’. Mais ce jugement m’appartient, je ne demande à personne de le partager.  Selon moi une nouvelle manière de réintégrer le mythe de la princesse allégorique de soi-même que portent nombre de petites filles, en les images d’une lubricité du désir féminin assumée en le meurtre du prince charmant. Une fois que le Dieu est mort, l’Homme tous sexes confondus se retrouve seul. Et ne sais plus trop quoi faire de l’autre en quelque sorte surnuméraire.

             Cet opus est de toute merveille. Normal quand on s’appelle Alice. M’a donné envie d’en savoir davantage.

    L’ISOLEMENT DISTINCT

    (Bandcamp / 01 – 01 – 2025)

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             Lorsque j’ai aperçu la pochette, sans avoir vraiment visualisé ce qu’elle représentait, s’est imposée à moi la sensation d’une coquille d’œuf, plus ou moins fracassée, il n’en est rien, de fait un bâtiment en ruine. Peut-être un corps de logis reste-t-il encore squattable, sinon un paysage paisible, au premier plan coule une rivière. Nous ne savons rien de ce qui a emmené à l’écroulement de ce qui fut autrefois un château. Nul besoin d’ouvrir un livre d’histoire féodale. Cette enceinte seigneuriale n’est que le symbole de l’état d’une âme humaine. De cette fragilité dont nous sommes constitués.

             Evidemment quand on pense aux luxuriances rouges de la pochette précédente l’on pourrait penser que celle-ci correspondrait à la seconde étape, à l’œuvre au blanc du parcours alchimique. Cette hypothèse est-elle validable. En tout cas, il nous faut être prudent, alchimique ou pas, nos chroniques inversent le processus de création. Un peu comme si l’on rembobinait une bobine de film et que nous serions en train d’avoir des éclats de ce qui a eu lieu, avant que le lieu ne soit plus que sa propre béance indéchiffrable.

             Nous retrouvons exactement la même formation qu’au volet pour nous précédent, postérieur selon la progression des artistes.

    Alice Simard: composition, lyrics, vocal, guitars et orchestration /
    Eetu Hernesmaa: orchestration, performance, keyboard, drums, bass, Mixage, mastering / The Popu : flûte sur Fées.

             Avant de nous mettre à l’écoute de l’opus, peut-être serait-il bon de nous demander en quoi un isolement serait-il distinct, à moins qu’il ne faille comprendre distinctif. S’agit-il de s’isoler des autres pour n’être plus semblable à la grande agglutination des individus communs, ou peut-être veut-on sous-entendre que lorsque l’on s’isole de soi-même, l’on se distingue de soi-même en le sens où l’on se sépare de ce que l’on est. Je ne les avais pas encore déchiffrés, mais de visu la longueur des titres m’a fait sourire. Non pas parce que ce serait un simple procédé comique, mais parce que j’ai pensé au roman de Laurence Sterne judicieusement nommé : Vie et Opinions de Tristram Shandy qui parle de tout et de n’importe quoi et si peu de la vie et des opinions du sieur Tristram Chandy… comme si Laurence Sterne s’était livré à une dissociation du roman formel avec le contenu du roman lui-même, soit à une dissociation de Laurence Sterne avec lui-même en se dissociant lui-même de Tristram Shandy. Bouffonneries littéraires contrepèteront les esprits rationnels qui n’auraient aucun rapport avec les trois volets de Memorandum, ce qui nous permet de rappeler qu’un mémorandum sert à se remémorer quelque chose qui n’est plus que par son absence, et pour faire un lien direct, Tristram qui signifie tumulte s’est mué en tristesse dans le roman de chevalerie Tritan et Iseult.  Or  Enrobée, pour toujours   nous conte bien d’une extrême désolation, exprimée selon un tumulte musical.  Le titre du premier morceau ne pourra que conforter cette lecture.

             Puisque nous avons déjà fait référence à Alphonse de Lamartine, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que l’un des poèmes les plus célèbres de notre poëte se nomme : L’isolement.

    Le décès inévitable de ma volonté d'être d'un masque nécrotique et inaltérable (je ressens les épines affreuses de l'oracle me transperçant le cœur rosacé) : vrilles torsadées d’orgue rouillé, lenteur exaspérante, le vocal comme issu d’une corne de licorne exsangue, une guitare se la joue à l’espagnole pour souligner que l’on n’est pas loin de la mise à mort. La seule chose qui peut mourir n’est-ce pas la volonté de soi-même à vouloir être soi-même, lorsque vous perdez l’infatuation de jouer le rôle que vous vous étiez imparti, il ne reste plus qu’à verser des larmes sur votre viduité. Lorsque l’on n’arrive au bout de soi-même ne prenons-nous pas conscience qu’au bout du bout, il ne reste que le bout qui se confond avec le lieu dans lequel on a été et dans lequel on n’est plus. ‘’Détestation de la cage humaine dégoutante, nécrotique et inaltérable, je gémis de mon catafalque mental. J'arracherais mon esprit. Absence de but et de réflexion, j'exècre mon crâne jusqu'à mes jambes. M'effondrant de pitoyables larmes. Dans l’enrobé de soi-même l’on subsiste toujours lorsque l’on n’y est plus. Les immenses portes crachent d'une haine sordide envers mes tentatives innombrables d'alléger ma détresse exécrable : comme un tintement de clef sur l’airain des portes des Enfers, qui ne veulent pas s’ouvrir, à force de vouloir mourir à soi-même, il serait donc impossible de mourir tout bonnement, comme tout un chacun, comme n’importe quel mortel, mais n’en suis-je pas digne pour m’être un peu trop dissociée de ma mortalité constitutionnelle, me voici condamnée à vivre hors de ces Enfers… ‘’ Pronfondément seule et sale, les portes géantes sont dégoutées de moi. Suite à nombreux essais pathétiques de me prostituer aux demandes des barrières ultimes, je cède à la mélancholie souillée de regrets.’’ … pauvre Eurydice expulsée du lieu de son repos pour l’éternité, je me suis si profondément éloignée de moi-même, à l’image d’une prostituée qui se donne à tout un chacun, ou simplement à un seul Autre, sortir de soi pour entrer dans la mort, ne serait-ce pas trop facile, certaines âmes d’exception ne doivent-elles pas subir l’annihilation de leur présence dans le seul fait de leur propre volonté à ne plus être dans le lieu unique de leur présence. Fées : gouttelettes de rosée, instrumental, claquettes rebondissantes, qui sont ces fées qui tout compte fées malgré leur talons de cristal ne s’en déplacent pas moins en une atmosphère sonique grandiloquente, qui ne tarde pas à s’apaiser car peut-être n’ont-elles pas besoin de bruit, encore qu’elles en rajoutent une couche, car les idées idéennes que l’on porte dans notre tête parfois se cognent aux entournures, dès lors elles saignent et sont dures à transporter, pesantes comme des armoires normandes qui n’ont pas leur place dans le deux-pièces-cuisine de notre esprit, trop exigu pour leur beauté irradiante. Ne vaudrait-il pas mieux qu’elles s’enfuissent sur leurs talons de verre, un peu comme un rêve qui s’évanouit. Dans mon nid de crasse, d'une méditation empoisonnée, je rêve d'un encombrement de cramoisi (les lames de mon esprit me font lamenter, dans mon faux abri de nocivité) : les idées parties, restent les pensées. Sachez faire la différence. Surtout que maintenant les pensées roulent dans votre tête, elles tournent sur elles-mêmes, et elles tournent en rond, vous êtes un Sisyphe débarrassé de son dur labeur, elles se déplacent toute seule, vous les aider un tout petit peu en répétant, en psalmodiant toujours la même phrase, la zique vous nique, elle se fait belle chatoyance, chaque instrument fait de son mieux, une joie malsaine, un lion qui rugit dans l’arène faute de victimes à dévorer, la victime c’est vous, éclopé de vos pensées de douleurs, une sarabande effroyable, la batterie mène le bal de la folie, les pierres s’amoncèlent sur vous, comme si elles construisaient votre hypogée, votre tombeau de pierre, tout s’arrête l’orgue vous joue un petit refrain, pardon une queue de requiem. Dans votre tombeau, certes mais vous savez au moins où vous êtes puisque vous parcourez le chemin à l’envers. Ne l’oubliez pas, vous êtes dans l’Enrobée, pour toujours… dans mon nid de crasse, mes pensées m'envahissent sans invitation…

    MENHIRS… AFFRES

    ( Bandcamp / 27 – 06 – 2021)

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    Les Menhirs appellent la pierre. Il y en a bien quelques-uns disséminés dans la couve signée par Maria Rask Grau, mais elle a employé l’aquarelle, son imprécision, sa fluidité, son inconstance, peut-être a-t-elle préféré évoquer le donjon noir des affres dans lesquelles l’individu se confine solitairement en ses souffrances, une vaste demeure bourgeoise, par les ouvertures closes on peut y entrevoir de vieilles scènes fantomatiques, peut-être d’enfance…

    Il est vrai que cette couve n’est pas étrangère à l’esthétique du jeu-vidéo : Middle-earthtm shadow of mordor inspiré de l’univers de Tolkien, la référence au second livre du Seigneur des Anneaux intitulé Les deux tours est explicite. Nous ne nous engagerons pas plus avant en cette direction.

    L’inexplicable pigment de la voûte céleste (Décrit d'un contexte nihiliste et privé de vue) :  nous voici donc à l’origine de ce qui a eu lieu le growl comme grognement tellurique primal, d’un loup solitaire retranché en ses blessures,  l’orchestration prend son temps, ne sommes-nous pas au commencement, où ce que l’on veut nous faire accroire comme début d’une chose qui existe déjà depuis des siècles, d’ailleurs tout se calme, reste quelques poignées de notes parsemées, comme si leur rareté essayait d’évoquer le bleu du ciel, encore est-il regardé depuis le bas, depuis l’incarnation matricielle, ici tout est symbole, opérativité alchimique, la bande-son se traîne, finit par se brouiller avant de grogner encore dans sa tanière mentale, néanmoins aucune révélation, la bête a beau hurler, la guitare venir la renforcer, une seule solution, se recueillir devant les lyrics et tenter de percer la luminosité de leur mystère : ’’ Incapable de vision, se débarrassant d'une exuvie mercurielle, l'entité frivole, mais vive, rôde l'éther. Les tours enveloppées de fleurs, représentant l'absence d'éternité et d'aide céleste. Le ciel est doté d'une couleur inexplicable. Le ciel est doté d'une couleur inexplicable. Le ciel est doté d'une couleur inexplicable. Travail de longue patience, de longue sapience. Entrevoir le désir d’une mue. Ne plus être soi, abandonner sa bêtise superficielle, accomplir la fusion des quatre éléments avec sa passivité féminine, tout dépend de l’opératrice, pour devenir, acquérir l’éther suprême, l’endosser, se revêtir de la tunique de Nessus et ne plus ressentir ses propres  faiblesses. Se souvenir que si l’athanor, lieu de la métamorphose, signifie tour, une étymologique issue de la langue des oiseaux nous permet de comprendre que cette tour qui s’élève vers le ciel est le symbole de ce que l’on se doit d’atteindre l’or de ce qui est a-thana, hors de la mort, immortel. Mais il est difficile de se hausser jusqu’au haut du ciel, si tu ne viens pas au ciel, le ciel tombera sur toi. Excellente relecture de la nouvelle : La couleur tombée du ciel de Lovecraft. Ce sur quoi nous ne parvenons pas malgré tous nos efforts à étendre notre emprise, nous essayons de nous excuser de cet échec en disant que notre impuissance est de l’ordre de l’inexplicable. ...Et les piliers de moi-même m'érodent : un moteur qui tousse avant de repartir, la louve growle de plus belle, elle grogne contre l’os de l’inexplicable qui refuse de se laisser briser. Elle enrage, elle essaie encore, les grincements deviennent-ils plus lourds, plus violents, pour celer, occulter son échec, une guitare klaxonne sur deux temps comme un gyrophare des pompiers qui se pressent en vain vers le lieu accidentel de l’échec, ils n’y parviendront jamais, que pourraient-ils faire de plus, demi-tour le bruit de bus de la camionnette des derniers secours inutiles s’estompe dans le lointain. Fraction de silence. Ultime et désespérant essai.  Ambiance dramatique, l’on rajoute du son, en vain, la musique boite comme une boîte à musique  à jouer sa ritournelle, la louve peu résiliente growle, le tempo se traîne, le temps aussi puisque l’on n’a pas réussi à l’abolir. Fuite sonique sans précédent, la mer du désir de sa propre volonté se retire. Loin, très loin. La louve growle encore, elle entre et se couche en sa tanière, en la propre cage de son impuissance, bourdonnement de mouche géante qui s’acharne sur un cadavre, non l’immortalité n’a pas triomphé mais la mort non plus, on remballe à coup de pelles sur le pot les débris avec lesquels l’on se hâte de bâtir une ultime barrière de protection, une gangue de sauvegarde. Devant les immortels monolithes, la réflection de l'être résonne comme de nombreux carillons. Tellement neutres qu'ils évoquent l'angoisse, une transe. L'absence de discernement se rends apparent, la teinture absconse se montre énormément tumultueuse. Le rythme turbulent, perpétuel des cieux m'enveloppe d'une fine couche de mercure. Incessant... Ce qui devait apporter joie, signification d’Iseult, s’ouvre et se termine dans un grand enrobage de tristesse. Tristan. Avec en plus permutation des sexes et des rôles.

             Cet album est à comprendre comme la mise en mots et en musique d’un tumulte tragique. Nous encourageons le lecteur à reparcourir ce chemin que nous avons effectué à reculons, à le reprendre à l’endroit. Peut-être serez-vous ainsi en cet endroit si tragique plus près du drame et du lieu.

             Memorandum nous offre avant tout une œuvre poétique. Qui résonne d’échos multiples. Nous n’avons pris le temps que d’en susciter quelques-uns. Par exemple les lyrics de ce premier volet de l’œuvre  sont à lire en ouvrant L’Azur de Stéphane Mallarmé. Contrairement à ce pensent les gens, une montagne n’offre que quatre faces nord.

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             Alice Simard est canadienne. Québec.  Mais elle est beaucoup plus que cela. Poëte.

    Damie Chad.