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chroniques de pourpre 2 - Page 6

  • CHRONIQUES DE POURPRE 735 : KR'TNT ! 735 :LOOSE GRAVEL / REVEREND BEAT-MAN / LUCINDA WILLIAMS / KOMBYNAT ROBOTRON / MAVIS STAPLES / JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT / UNCLE GOOBER / DORIAN PIMPERNEL / GURTHWORM

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 735

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    07 / 05 / 2026

     

    LOOSE GRAVEL / REVEREND BEAT-MAN

    LUCINDA WILLIAMS / KOMBYNAT ROBOTRON   

    MAVIS STAPLES

    JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT

    UNCLE GOOBER / DORIAN PIMPERNEL

    GURTHWORM

     

     

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    The One-offs - Gravel voice

     

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             On flashait pas mal sur les Groovies à l’époque, ceux de Roy Loney (certainement pas ceux d’après), et notamment sur ce Sneakers qu’on avait ramené de l’Open Market comme un trophée, parce qu’on avait lu dans Who Put The Bomp! que les Groovies étaient des punks. En vérité, ils ne sonnaient pas comme des punks, tout au moins pas comme les Shadows Of Knight. Pourquoi ? Parce qu’ils swinguaient. «My Yada» et «Golden Clouds» étaient de véritables miracles de swing-out Frisco beat, mais t’avais tout de même le raw de Roy, et ça suffisait à étancher provisoirement ta soif de proto-punk. Il te faudra attendre «Teenage Head» pour entendre du vrai raw de Frisco Bay.

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    Avec ça, le Roy est devenu un roi du raw, et tu lui as prêté allégeance tout le temps qu’il est resté l’âme de Groovies. Après son départ, les Groovies sont devenus n’importe quoi. Il fallait se lever de bonne heure pour continuer de respecter Cyril Jordan. Roy Loney était un fan et un collectionneur de rockab, ce qui faisait la différence avec Jordan qui préférait la pop.

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             Les Groovies bon d’accord, mais à côté, t’avais des clients nettement plus sérieux : Loose Gravel. Pour situer les échelles de grandeur, Loose Gravel sont des géants et les Groovies des nains. Tout au moins dans l’impact que ces deux groupes ont eu sur les cervelles à cette époque. Il vaudrait mieux dire : sur les rares cervelles, car les fans des Groovies ne couraient pas les rues et ceux de Loose Gravel encore moins. On devait être une poignée en France : ceux qui avaient lu une brève chronique dans Who Put The Bomp!, et qui avaient commandé le 45 tours à l’adresse indiquée en bas du texte. T’envoyais ton blé et t’attendais, sans trop y croire. Il a fini par débarquer dans ta boîte aux lettres et là, tu peux dire que ta vie, qui avait commencé à changer, s’est mise à changer encore plus brutalement. Ce choc sismique faisait suite à celui occasionné par l’arrivée de «The Final Solution», le single magique de Pere Ubu. Mais là t’avais quelque chose d’encore plus weird, d’encore plus dangereux, simplement dans le son et dans le ton de la voix, t’entrais dans le mystère d’un gang d’outlaws, tu les voyais sur la petite photo de la pochette, ces mecs-là n’avaient pas l’air de rigoler, t’avais ce son ultra-délinquant, cette voix de mec qu’en a buté des tonnes, et cet incroyable raw de gratte. Jean-Yves était de passage à l’époque et on écoutait «Fisco Band» ‘en boucle’, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. On ne pouvait pas se lasser de ces coups de slides enroulés à la Elmore James, et t’avais cette voix rauque d’Achab qui t’harponnait à coups d’if you aim to rocking/ And rolling too, tu ne te méfiais pas de ce gentil mid-tempo, mais c’était du punk avant l’heure, sous des airs sympa, we’re the Frisco band in your town, aw comme ces mecs étaient bons, et Mike Wilhelm passait de grands coups de slide rageurs, et il retombait à la suite sur des accords des Stones qui corsaient l’affaire, et ça repartait avec le faux calme du couplet chant, alors Wilhelm redevenait presque sympa, mais sa voix rauque trahissait un vécu, et quand on arrivait au bout du cut, on le remettait au début, on ne chantait même pas avec eux, on les écoutait, fascinés. La simplicité de la structure nous épatait. Mike Wilhelm donnait à travers son Frisco Band une belle leçon : tu peux casser la baraque sans écraser ton champignon, il suffit juste de passer deux ou trois coups de slide rageurs et de chanter comme si t’étais recherché par les flics. Il y avait quelque chose d’exotique dans cette incroyable dégelée royale. Cette année-là, les trois outsiders de Loose Gravel sont devenus des héros, comme le sont devenus à la même époque les outsiders de Pere Ubu et des Hammersmith Gorillas. Tous ces groupes soufflaient bien sur la braise, condition de survie du rock depuis Elvis 54. La braise. L’esprit de modernité. Le rock spirit. Même s’il existe de très grands albums de rock, c’est dans les 45 tours que réside le rock spirit dans sa forme la plus pure. En deux minutes, «Frisco Band» te dit tout ce que tu dois savoir sur le rock, comme le fit en son temps Elvis avec «That’s Alright». Et tu peux ressortir «Frisco Band» de l’étagère, comme je viens de le faire, et tu verras que ça n’a pas pris une seule ride. L’impact est exactement le même. T’as pris un coup de vieux, mais pas «Frisco Band». C’est pour ça qu’il faut continuer de rapatrier des 45 tours. C’est là que ça se joue.

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             Comme chacun sait, les destins de Loose Gravel et des Groovies se sont mêlés. Un certain Chris Wilson est devenu à une époque le chanteur de Loose Gravel, avant de devenir celui des Groovies. Faut-il parler de Chris Wilson ? Certainement pas. Aucun intérêt. Les Groovies ont aussi fini par embaucher Mike Wilhelm. On s’est toujours demandé ce qu’il était venu faire dans cette galère, car les Groovies n’avaient plus aucun intérêt. Et Mike Wilhelm se situe tout de même à un autre niveau. Jean-Yves qui connaissait d’incroyables détails me raconta un jour que Mike Wilhelm s’était rendu au Texas en moto pour rencontrer Mance Liscomb et lui demander de lui montrer les accords qu’il avait inventés sur sa vieille gratte toute pourrie. 

     Signé : Cazengler, Loose Graveleux

    Loose Gravel. Frisco Band. Not On Label 1975

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    L’avenir du rock

      - Monsters Class/The Beat-Man way

     (Part Five)

             Face caméra, Bernard Pavot présente son invité :

             — Chères téléspectatrices, chers téléspectateurs, nous recevons ce soir encore l’avenir du rock !

             Le public réuni dans l’auditorium de la Maison de la Radio applaudit frénétiquement.

             Bernard Pavot tire une longue bouffée sur sa pipe et d’un ton éminemment cordial, il commence à titiller son invité :

             — Quelle est pour vous l’incarnation de la modernité pornographique ?

             — The Beat Goes On.

             Ovation du public. Bernard Pavot attend patiemment le retour au calme pour poser une deuxième question : 

             — Quelle est pour vous la meilleure illustration de l’universalisme hérité de la scolastique de Saint-Thomas d’Aquin ?

             — Beat On The Brat With A Baseball Bat.

             — Vous ne mégotez pas sur vos opinions, avenir du rock ! Vous référez-vous à l’esthétique de la formule ou à son essence philosophique ?

             — A Little Beat Me A Little Beat You...

             Nouvelle ovation. Les salves se succèdent. Bernard Pavot en profite pour vider sa pipe dans le cendrier, toc toc toc, et la bourrer de nouveau. Il sait qu’il a le temps.

             Le calme revenu, il reprend :

             — Imaginez que vous décidassiez d’écrire un manifeste politique à vocation révolutionnaire. Quel titre choisiriez-vous ?

             — Sex Beat !

             — Et quel homme serait selon vous le plus apte à recevoir l’investiture suprême lors de nos prochaines élections ?

             — Beat-Man !

     

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             L’avenir du rock n’a aucune hésitation. Et quand tu vois Beat-Man sur scène, t’as toi aussi aucune hésitation. Beat-Man c’est le roi du rodéo, the king of trash, le no-way back man, la pompe humaine, le trash-boom hue de fouette cocher, l’heartbeat-man organique, le jiver intergalactique, le chef des indiens, l’abbé de la Croix Jugulante, le mercyless pas en laisse, le pilonneur des Lilas, le Bibi Fricoteur, Mandrake le Magichien, le grand crack qui croque, le bonheur des damnés, l’empêcheur de tourner en rond, le beurre en broche, la main d’Orlac, un Nietzsche sans moustache, un

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    corseur d’affaires, un écraseur de champignon, le maître à pulser, le singulier du pluriel, l’hurleur d’Hurlevent, le meilleur ami de la mort, le dernier des Mohicans, l’enfileur de perles, l’ami des bêtes que nous sommes, le Tarzan des Jeunes, la boule de feu follet, le bigorneur de Big Horn, Beat-Man est complètement universel, complètement dans ton oreille, complètement dévolu à sa tâche, il fout le feu partout, il tonne comme un dieu grec, il avale la pampa, il riff-raffe comme un démon, il dévore le rock tout cru, Beat-Man c’est le p’tit Quinquin punk, l’œuf du serpent, Beat-Man c’est Saturne, le grand méchant loup, le lutin trash, le couteau suisse du rock, l’homme d’un monde, le meilleur des révérends, le plus puissant seigneur des annales, le plus évolué des Cingloïdes, le plus barré des sidérateurs, Beat-Man c’est encore l’absolue nécessité,

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    l’insoutenable légitimité de l’être, l’innommable objet de ton désir, en une heure, il va réussir son coup le plus fumant : réinventer le trash-punk blues, aidé en cela par une petite superstar nommée Milan Slick. Ils sont capables tous les deux de recréer le big bang originel. Ils reprennent tout à zéro et réinventent la vie. Voilà pourquoi Beat-Man est un artiste tellement vital. Chaque fois que tu le revois sur scène, t’es émerveillé. 

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    Signé : Cazengler, con comme une bite, man !

    Reverend Beat-Man & Milan Slick. Le Fury Défendu. Rouen (76) 20 avril 2026

      

     

    Wizards & True Stars

     - Lucinda la lucide

     (Part One)

     

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             Dans son chapô pour le Mojo Interview, Ady Fyfe présente l’alt-country queen Lucinda Williams comme «une héritière de poets, preachers and Southern radicals, country-folk prodigy, songwriters’ songwriter, stroke survivor.» 72 balais, la mémère !

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             Elle se souvient d’avoir été très jeune influencée par le «Colours» de Donovan. On apprend aussi que son père était un fan d’Hank Williams et qu’il l’avait rencontré. Son père fréquentait aussi quelques écrivains, et pas des moindres : Flannery O’Connor et Charles Bukowski. Pour le reste, rien. Que dalle. Pas de substance. Tu peux relire l’interview une deuxième fois, tu ne ramèneras rien de plus. T’as des gens qui n’ont rien à dire d’intéressant. En ce qui concerne Lucinda, tout est dans les disks. 

             Depuis 2020, elle enregistre des Tributes : c’est la série Lu’s Jukebox qui compte maintenant sept volumes, et pas des moindres, comme on va le voir.

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             Évoquons pour commencer le moins sexy des sept, le vol 4, Funny How Times Slips Away - A Night Of 60’s Country Classics. Bon, elle est parfaite dans son rôle d’alt-country queen, d’heavy country chick, mais si la country c’est patacam/patacam, alors t’es mal barré. T’en as rien à cirer de Buck Owens et de Loretta Lynn. Sa voix sauve ‘Lucinda la country chick’ sur «Night Life», elle scintille dans son round midnite. Elle tape l’«I Want To Go With You» d’Hank Cochran en mode languide, et on tombe forcément en pâmoison devant le fantastique «Gentle On My Mind» de John Harford que popularisa Glen Campbell. C’est pas loin de ce que faisait Fred Neil. Lucinda y injecte toute sa niaque extraordinaire, et tu dis bravo ! Puis elle tape une brillante cover du classique rockab d’Hank Snow, «I’m Movin’ On», jadis porté aux nues par l’irréprochable Johnny Horton. Fabuleux shake de shook ! Dommage que tout le Tribute ne soit pas de ce niveau. Lucinda Williams est capable de pondre des bombes atomiques. Cot cot !  

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             C’est avec Lucinda Williams Sings The Beatles From Abbey Road qu’elle ouvre en grand les portes du paradis. Dès «Don’t Let Me Down», elle jette toute sa niaque dans la Beatlemania. T’en prends plein la barbe. C’est fabuleux de musicalité, les mecs derrière jouent à la vie à la mort de la Beatlemania. Lu remonte aux sources avec «Can’t Buy Me Love», elle tape au cœur du mythe à coups de diamond ring et ça monte encore d’un sacré cran avec «Rain», elle le prend à coups de larynx américain et ça explose le mythe. Mais c’est quand elle tape dans le White Album qu’elle dépasse toutes les bornes de la grandeur immémoriale, d’abord avec «While My Guitar Gently Weeps», elle lui rentre dedans de plein fouet, elle te le traîne dans sa boue divine d’I don’t know whyyyyy/ Nobody told you, le mec qui fait l’Harrison s’appelle Doug Pettibone et elle revient au divin muddy d’I don’t know how. C’est l’un des moments les plus heureux de ta vie. La Beatlemania recoule de plus belle dans tes veines. Elle tape encore dans le While Album avec «Yer Blues», elle s’y jette à corps perdu, elle refait le wanna die de John Lennon et tu te prosternes jusqu’à terre devant ce prodige. Troisième cut du White Album : «I’m So Tired». Elle replonge dans la mystique de John Lennon et le fait avec toute la ramasse dont elle est capable. T’as deux voix qui te parlent aujourd’hui : celle de Lucinda Williams et celle de Chrissie Hynde, parce qu’elles sont l’essence de la féminité rock’n’roll. Lu revient au Roi George avec «Something». Elle l’épouse de toutes ses forces. Puis elle passe à l’imbattable «With A Little Help From My Friends», imbattable mais  trop cousu, car détruit par le génie interprétatif de Joe Cocker. Elle n’aurait pas dû s’y aventurer, elle le tape pourtant bien heavy avec des grosses guitares, et c’est finalement démoli à coups de poux. Elle finit avec McCartney et «The Long & Winding Road». C’est pas le même son, elle est plus lisse au chant, mais elle rend hommage. Quel fantastique album ! T’es frappé par l’aplomb de cette vétérante de toutes les guerres. Elle semble dominer la Beatlemania, elle pulse son raw avec une grandiloquence purement américaine, et ça fonctionne. Elle ramène une vieille vigueur dans la Beatlemania et lui redonne du rose aux joues.

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             Avec Have Yourself A Rockin Little Christmas, Lu fait un Tribute à Christmas. Comme dans ses autres Tributes, elle trie sur le volet et t’es vite frappé par la qualité des Christmas songs. Elle tape son «Blue Christmas Lights» en mode heavy Magic Band. Mais c’est avec l’«If We Make It Through December» de Merle Hagard qu’elle rafle les suffrages, c’est un heavy gloom de délice, elle le descend merveilleusement, elle caresse son vieux Merle. Avec «I’ve Got My Love To Keep Me Warm», elle va chercher le vieux Dean Martin. Elle tape dans le swing de l’American Songbook. Elle passe au funk de Sir Mack Rice avec «Santa Claus Wants Some Lovin’», soutenue par les poux terrific de Stuart Mathis. C’est un hit d’Albert King, alors Mathis fait l’Albert King. Lu a donc le son et les poux. Elle bouffe tout crus le «Please Come Home For Christmas» puis le «Little Red Rooster», et elle explose à la suite toutes les expectitudes avec une cover du «Merry Christmas (I Don’t Want To Fight Tonight)» des Ramones. Lu est dessus, elle fait du big biz de yeah yeah yeah, t’as toute la Ramona intacte avec l’implacabilité des choses.

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             T’atteins des sommets avec You Are Cordially Invited - A Tribute To The Rolling Stones. Bien sûr, elle choisit pas mal de mauvais cuts des Stones («No Expectations», «Play With Fire», «Times Wait For No One»), mais quand elle tape sa version de «Street Fighting Man», elle y va au everywhere ! Elle est marrante. Son fighting in the street boy est plus américain et Steve Mackey fait bien les retours de manivelle. Ils tapent «The Last Time» en mode jumpy, mais c’est pas assez électrique. Première incartade. Steve Mackey claque un bassmatic demented sur «Get Off Of My Cloud» et c’est avec «Paint It Black» que ça monte vraiment en température. Quel harsh de Stonesy ! Elle n’a jamais été aussi Stoned qu’avec ce See a red door and I want to plaint it black. Et derrière, le Mackey fait un festival. Cette version relève du pur génie interprétatif. Elle enfonce Marianne Faithfull. C’est Lu la Stoned chick ! Elle plonge plus loin dans «Dead Flowers» avec délectation. Elle fond sa voix dans ce classique flamboyant. Elle en fait de l’heavy country rock et fracasse bien son queen of the underground. On entend bien Stuart Mathis sur «You Gotta Move», il riffe sec dans le groove. Elle tape plus loin le «Sway» qu’elle fait aussi en duo avec Chrissie Hynde sur Duets Special. Elle prend le «Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker)» de haut et se jette toute entière dans la Stonsey. Le coup de génie de l’album est sa cover d’«(I Can’t Get No) Satisfaction». C’est amené à la fuzz et à la basse pouet-pouet et elle attaque au can’t get no. Ils tapent ça au tatapoum des enfers et Lu vibre de tout son vieux corps. C’est magnifique de When I watch my TV, elle ergote au oh no no hey hey hey. Là, t’as tout. Ils se vautrent sur le «Sympathy For The Devil», trop funky, et elle se rattrape avec «You Can’t Always Get What You Want», elle développe toute l’ampleur avec des grattes américaines, elle le monte, bien sûr, mais sans le gospel choir de la version originale. Il faut dire que le bassman Steve Mackey dévore tous les cuts les uns après les autres. Il percute bien la Stonesy, mieux que ne le fit Bill Wyman en son temps.

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             Elle tape dans le dur avec Southern Soul (From Memphis To Muscle Shoals & More). Dans le dur de Barbara Lynn avec «You’ll Lose A Good Thing» - Caus’ if you should lose me/ You’ll lose a good thing - Fabuleuse cover. Dans le dur de Bobbie Gentry avec l’ineffable «Ode To Billie Joe»,   Lu prend Bobbie de haut, elle fait peut-être un peu trop autorité. Dans le dur d’Ann Peebles avec «I Can’t Stand The Rain». Lu groove ce vieux hit magique que Don Bryant composa pour Ann, sa femme. Lu le tape à la retardée. Dans le dur de Dorothy Moore avec la Beautiful Song «Misty Blue», et son fil mélodique parfait. Dans le dur de Dan Penn avec «It Tears Me Up», elle éclate le Penn au Sénégal, elle en fait un chamboule tout, elle le punche comme une black. Dans le dur de Tony Joe White avec «Rainy Night In Georgia», elle se frotte bien au cactus de Tony Joe. Puis elle se vautre avec le «Take Me To The River» d’Al Green, elle en fait de l’heavy rock blanc et c’est pas dans l’esprit du cut. Globalement, elle chante d’une voix qui fait autorité, en battant bien les syllabes. Voix unique, accents d’acier, elle casse bien les angles au chant, comme s’il lui restait peu de temps à vivre.

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             Elle rend un bel hommage à Dylan avec Bob’s Back Pages: A Night Of Bob Dylan Songs. Premier shoot dans la veine dylanesque avec «It Takes A Lot To Laugh It Takes A Train To Cry». Heavy Lu ! C’est travaillé à la dure, ça chevrote dans les brancards, elle tape ça à la pure heavyness et derrière, ça gratte des poux terribles. Elle est très américaine, elle chante à la voix pleine. Ses gratteurs s’en donnent à cœur joie. Mais pas mal de cuts passent à la trappe. C’est trop US. Elle chante «Man Of Peace» comme une sale punk. Elle est très mère-tape-dur sur ce boogie down. Elle retrouve enfin la veine mélodique avec «Not Dark Yet». «Blind Wille McTell» est pompé sur l’«House Of The Rising Sun». Lu ne fait pas les bons choix. On crève un peu d’ennui. Elle opère enfin le grand retour à l’âge d’or avec «Queen Jane Approximatively». C’est le Dylan royal, le mélodiquement pur, l’électrique définitif, et t’as un fin limier qui part en vadrouille de la touille. Et tu retrouves cette magie dylanesque imparable. Et puis t’as encore de l’heavy Dylanex avec «Idiot Wind». Elle est dessus. T’as le souffle éternel.

    Signé : Cazengler, Lucindagobert (qu’a mis sa culotte à l’envers)

    Lucinda Williams. Southern Soul (From Memphis To Muscle Shoals & More) (Vol. 2) Highway 20 Records 2021

    Lucinda Williams. Bob’s Back Pages: A Night Of Bob Dylan Songs (Vol. 3) Highway 20 Records 2021 

    Lucinda Williams. Funny How Times Slips Away. A Night Of 60’s Country Classics (Vol. 4) Highway 20 Records 2021

    Lucinda Williams. Have Yourself A Rockin Little Christmas (Vol. 5) Highway 20 Records 2021

    Lucinda Williams. You Are Cordially Invited - A Tribute To The Rolling Stones (Vol. 6) Highway 20 Records 2020

    Lucinda Williams. Sings The Beatles From Abbey Road (Vol. 7) Highway 20 Records 2024    

    Andy Fife : The Mojo Interview. Mojo # 385 - December 2025

     

     

    L’avenir du rock

     - Les combines de Kombynat

             L’avenir du rock croyait être peinard. Raté ! Boule et Bill déboulent. C’est devenu systématique. Que ce soit dans le désert ou dans les montagnes du Colorado, ils vont s’arranger pour  débouler. C’est comme un jeu. Tu ne t’attends pas à les voir et pouf, ils surgissent comme des diables hors d’une boîte. L’avenir du rock ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer. Même s’il se planque chez lui, ces deux débiles parviennent à s’introduire subrepticement.

             — Alors avenir du froc, t’es pas content de nous voir chez toi ?

             — Vous n’avez tout de même pas forcé la baie vitrée d’en bas ?

             — On s’est pas gênés, avenir du troc, on l’a estourbie au pied de biche, ta baie vitrée, ah ah ah !

             — T’as pas un coup à boire, avenir du croque ?

             Ils se dirigent vers le frigo.

             — Mate-moi ça Bill, y boit des bouteilles de Duvel, l’avenir du fric !   

             — Y les boit en juif, y nous en offrirait-y un coup, ce rat ?

             — Servez-vous, faites comme chez vous. Je redescends car j’ai du boulot.

             L’avenir du rock s’installe devant ses ordis. Cinq minutes plus tard, Boule et Bill déboulent. Chacun d’eux brandit un litre de Duvel. Ils te sifflent ça au goulot. Glou-glou-glou.

             — Qui tu fous, avenir du broc, avec tes putains d’ordis ?

             — Je tape une chronique...

             — ‘Gad’ moi ça Boule ! Y fait son intello d’mes couilles...

             — Y’se prend pour quoi, non mais t’as vu sa gueule de pimbêche ?

             — ‘Gad ! ‘Gad ! Y fait sa mijaurée ! Ahhhh la gueuuuuuule !

             — Y magouille ses petites combines...

             — Pas des combines, bande d’abrutis, des Kombynat !

     

             On peut dire que l’avenir du rock sait remettre les pendules à l’heure.

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             Quand on voit arriver les trois Kombynat sur scène, on retient son souffle. Voilà en effet trois gaillards hauts de plus de deux mètres, tous en shorts, avec des jambes longues comme des jours sans rhum. La bassman porte même un petit calbut et des jarretières en cuir sur des bas résille. Teutonic ! Et encore plus teutonic quand ils mettent leur Silver Machine en route. Ils sortent un son qui traverse le temps et l’espace, ça percute le mur du son, babooom ! Ça clashe dans les atomes, diable comme ces barbares jouent bien et comme ils jouent fort ! Ils n’ont aucune pitié ni pour les canards boiteux ni pour les tympans. Leur slogan pourrait être «Planquez vos abattis !». Ça vroome dans les brancards, ça touille dans la fournaise, ça démolit les blindages, ils sortent un magma sonique qui à certains moments rappelle la stoogerie, eh oui, c’est dire s’ils sont bons. Ça flaggerbaste à tire-larigot, pas un seul moment de répit, ils donnent leur pleine mesure qui est celle des grands power trios, le grand blond gratte

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    sa SG blanche et twistant ses rotules, et le bassman en petit calbut de cuir percute les cordes de sa Flying blanche avec un à-propos qui laisse rêveur. Que peut-on dire de plus ? Énorme concert, même si perdu dans la nuit des concerts. Qui se soucie de Kombynat Robotron aujourd’hui ? Certainement pas les Rouennais. Pas grand monde dans la cave. On a remarqué au fil du temps que plus les groupes étaient bons, moins il y avait de monde. C’est tout de même très révélateur d’un état d’esprit. Et à côté de ça, toute la daube subventionnée du 106 affiche complet. T’en perds ton latin. Pourquoi les gens ne s’intéressent pas aux bons groupes ? Inutile de perdre son temps à se poser la question. De toute façon, c’est cuit aux patates. On est dans un autre monde, le monde haïssable des fucking smartphones et des vidéos qu’on mate sur YouTube plutôt que d’aller voir les groupes en chair en os - Non mais t’as vu c’qui passe/ J’veux l’feuilleton à la place - Désolé les gars, le rock ça se passe sur scène. Ça s’est toujours passé sur scène.

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             Les Kombynat ont une discographie délirante. Prudence ! On en ramasse deux au merch, - 270°, qui date de 2021, et le p’tit dernier, AANK, qui date de l’an passé. T’auras pas l’onslaught du concert dans ton salon, mais c’est pas grave.

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             Pas de chant sur - 270°, t’as trois cuts bien hypno en A et une longue jam un peu barbante en B. Pas de problème pour les combinards de Kombynat, ça trace. La Silver Machine file tout droit à travers l’espace. Ces trois mecs adorent foncer tout droit. Encore un album qu’il va falloir revendre.

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             AANK est nettement plus convaincant. Tu retrouves la dynamique du trio sur scène dès «Staub» : la riffalama et le bassmatic dévorant. Ça voyage sacrément bien dans l’espace. Ils ont un son ultra-dynamique. «Morast» bascule dans la Mad Psychedelia. Ils n’hésitent pas à se jeter dans les abîmes. Le bassmatic reste bien teutonique. Et en B, tu verras «Ikarus» basculer dans la stoogerie. Ces trois barbares sont des spécialistes du voyage dans l’espace. Ils sont les rois de la Silver Machine. «Unbehagen» se distingue par un chant noyé d’écho, un peu lointain. Le bassmatic dévore le foie du cut. On a là un authentique power trio. Et puis voilà le fracassant «Finstermis», gratté à la cocote sévère, bien lancé au kraut de bique et mené droit en enfer.

    Signé : Cazengler, Kombynard

    Kombynat Robotron. Le Trois Pièces. Rouen (76). 22 avril 2026

    Kombynat Robotron. - 270°. Tonzonen Records 2021

    Kombynat Robotron. AANK. Fuzz Club Records 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Mavis serre la vis

    (Part Five)

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             Si on veut faire le tour de la famille Staples, il faut prendre le temps d’écouter l’album solo de Pops paru en 1987 et dont la pochette est ornée d’un beau sourire d’homme noir, le sien. On est désarçonné d’entrée par les machines, mais il revient à la

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    funky motion avec « This Is Real » qu’il chante heureusement au feeling pur. Il réussit à envoûter malgré les machines. Les choses sérieuses se passent en B avec un retour au blues intitulé « Trying Times ». Pops reste attaché à ses racines. Il joue le blues tradi à l’ancienne. Autre merveille stupéfiante : « Southern Style » digne de tous les grands classiques enregistrés à Muscle Shoals. Il chante à la glotte douce, ah il faut entendre cette voix couler sur le beat comme du miel. Pops envoûta autant que Tony Joe White.

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             On trouve un autre album de Pops dans le commerce, Peace To The Neighborhood qui vaut largement le détour. Bonnie Raitt produit l’excellent « World In Motion ». Willie Mitchell produit aussi quelques cuts dont l’inestimable « Love Is A Precious Thing ». Pops descend au long de l’heavy groove avec sa voix à l’agonie. C’est d’une qualité extraordinaire. Willie Mitchell produit aussi « America », mais cette fois, c’est un peu trop orchestré, même un peu trop puissant et trop cuivré pour un homme aussi sensible. Ry Cooder produit l’excellent « Down In Mississippi (Where I Come From) ». On replonge au plus profond de la vieille mythologie. Pops nous fait l’amitié de jouer un vieux coup de blues primitif à la sauce gospel. On retombe aussi sur son vieux classique de gospel batch, « This May Be The last Time ». Pops lance : I say this may ! et les filles lui répondent. Quelle dynamique ! Il revient inlassablement à son vieux fonds de commerce avec « Pray On My Child ». Pops reste bel et bien le maître de l’église suspendue, celle qui swingue au vent divin, et ça swingue tant qu’il finit par se déchaîner. Pour la première fois de sa vie, il devient complètement dingue. Il termine en revenant au bord du fleuve avec Ry Cooder et « I Shall Not Be Moved ». On saluera la mémoire de Pops jusqu’à la fin des temps.

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             Et puis, en mourant, Pops tendit une cassette à Mavis et lui dit, dans un dernier râle, « Don’t lose this ! » C’est le titre de l’album de Pops Staples qui vient de paraître. Et dans un merveilleux petit texte de présentation, Mavis dit : « Here are the songs of my hero, Pops Staples. ». Apparemment, c’est reconstitué en studio avec l’équipe habituelle. Pops attaque avec « Somebody Was Watching », un vieux gospel enraciné dans le blues. On trouve sur ce disque un mélange capiteux de blues et de gospel. « No News Is Good News » est un cut embarqué au beat tribal, c’est cousu mais bon. Pops nous softe ça à coups d’accords douceâtres et de yeahs suggestifs. Yvonne et Cleotha sont là. On entend Mavis chanter sur « Love Of My Life ». Cet album posthume de Pops est en fait un album de Mavis. Car elle est partout. On la retrouve avec ses sœurs sur « Friendship », en compagnie de Tweedy. Pops chante avec l’énergie d’un moribond, eeehhhh, il se reprend de justesse, juste avant de mettre un pied dans la tombe. Mavis le rattrape à temps. Pops attaque « Nobody’s Fault But Mine » tout seul à la gratte. Ouf, il peut respirer un peu. Il joue ça à la primitive avec de l’électricité dans l’écho. Puis il susurre « The Lady’s Letter », un vieux groove de blues. Les filles le reprennent et on renoue avec la magie des Staple Singers. Il faut entendre le vieux Pops descendre ses syllabes ! Et les filles sont toujours aussi explosives. Sur « Better Home », Mavis accompagne son père. C’est absolument magnifique, et Pops balance ses arpèges en réverb. Ils tapent ensuite leur vieux « Will The Circle Be Unbroken » et toute la famille se réunit pour pulser les chœurs magiques. Ils terminent avec une reprise de Dylan, « Gotta Serve Somebody ».

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             Vient de paraître un docu magique signé Jessica Edwards : Mavis ! C’est incroyable comme cette femme de 75 ans peut être pleine de vie - I’m seventy-five, I don’t really feel old - Yvonne est encore en vie. Elles ne sont plus que deux. Les autres Staples Singers ont disparu. Mavis raconte le Chicago de son enfance, ils habitaient tous dans la même rue, Sam Cooke, James Butler, Johnnie Taylor, au temps ou Chicago était la capitale du gospel. On voit bien sûr de copieux extraits des Staples en noir et blanc. Mavis ado chantait déjà d’une voix grave - For years we were playing gospel, but Pops was playing the blues on his guitar - On voit Sharon Jones et Al Bell témoigner. Joli choix de témoins ! Mavis rappelle qu’elle est the living witness du combat pour l’émancipation, avec toutes ces chansons pour la liberté. « Why Am I Treadted So Bad » était la chanson favorite du bon Doctor King. Sur scène, Mavis est toujours aussi explosive - Made up my mind and I want to arise ! I won’t turn around ! I just refuse to turn around ! All the way until Doctor King’s dream has been realized - Elle veut que le fameux rêve de Martin Luther King devienne réalité et elle continue de se battre pour ça. Wow ! Quelle passionaria ! Et elle ajoute : Pops was a visionary artist ! Effectivement, c’est lui qui repère l’engagement de Dylan - Listen to what that kid sings - Mavis raconte ensuite l’explosion des Staples avec leur troisième album sur Stax, Respect Yourself. On les voit chanter à Wattstax et dans The Last Waltz, avec Robbie Robertson. Elle parle aussi de sa carrière solo, mais sans insister de trop : Steve Cropper puis Prince font leur apparition. Les moments les plus remuants de ce docu sont ceux où elle parle de Pops. Elle se met à chialer, en écoutant l’album posthume. Et comme Gandhi, elle n’a qu’un seul message : Just bring love and music to the people.

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             Et puisqu’on parle du loup, il faut voir et revoir Wattstax, l’un des plus beaux docus consacrés à la Soul. Ce festival légendaire fut organisé par Al Bell dans un stade de Los Angeles en 1972. On ne voit pas un seul blanc dans les gradins. 100 000 blackos font leur Woodstock ! On assiste à un prêche spectaculaire de Jesse Jackson - I AM somebody ! I may be poor but I AM somebody ! I’m black, beautiful, proud ! I must be respected ! - Fantastique ! Toute l’énergie des combats pour les droits civiques est de retour. On voit à la suite l’extrait d’un prêche du Doctor King ! On l’a oublié, mais à l’époque, ces blackos militaient pour un truc de base : le respect de leur dignité - My eyes have seen the glory of the coming of the Lord ! - Et paf, on tombe directement sur les Staples. Les voilà sur scène pour « Respect Yourself ». Pops porte du blanc, comme Dieu, et il prend le premier couplet. Mavis prend le deuxième. Wow, pas de grooveuse plus fabuleuse que Mavis, il faut la voir s’adresser aux 100 000 blackos avec tout le chien de sa chienne. Le gros défaut de ce docu est qu’aucune chanson n’est complète. Les cuts sont comme qui dirait castrés. On voit des sets absolument dévastateurs, comme ceux des Bar-Keys et d’Albert King, tous odieusement tronqués. Little Milton est filmé hors scène, avec ses diamants, et Johnnie Taylor allume le stade en faisant son James Brown. Et paf, voilà l’entertainer number one, the real king of Memphis, Rufus Thomas, en bermuda rose et en bottes blanches. Soul man exceptionnel, il fait danser le stade. Les blackos descendent sur la pelouse et Rufus leur demande de regagner les gradins, car il ne faut pas abîmer la pelouse des blancs. Funky Chicken on the field ! C’est Isaac Hayes qui boucle cet énorme événement avec une version faramineuse de « Shaft ». Il arrive couvert de chaînes, comme le fut son ancêtre au fond d’une soute, mais ses chaînes sont en or. Fuck the slavery !

    Signé : Cazengler, Mavicelard

    Pops Staples. ST. A&M Records 1987

    Pops Staples. Peace To The neighborhood. Point Blank 1992

    Pops Staples. Don’t Lose This. Anti- 2015

    Mavis ! Jessica Edwards. DVD 2015

    Wattstax. DVD 2001

     

    *

             Je monte dans la teuf-teuf, la portière refermée quelques gouttelettes maigrelettes s’écrasent sur le pare-brise, si c’est tout ce que le grand architecte a fabriqué pour m’empêcher de voir Jake Calypso And His Red Hot, il  se met le doigt dans l’œil dans l’œil jusqu’à la clavicule. La Teuf-Teuf démarre en trombe et laisse l’orage loin derrière. C’est au retour que le grand manitou a décidé de me faire payer ma désobéissance. La nuit a perdu sa noirceur, le ciel est orange, zébré d’éclairs, le tonnerre gronde, à mi-parcours la route se transforme en rivière, la teuf-teuf et moi rigolons de toutes nos forces. Si c’est avec ce déluge que le despote de l’univers compte nous punir, il a tort. Nous avons déjà vu pire. Tiens, pas plus tard que trois quart d’heures, le concert de Jake Calypso And His Red Hot !

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             C’était l’affluence des grands soirs pour le concert. J’ai eu du mal à me frayer un chemin jusqu’à la scène juste pour vérifier si tout était en place. Soulagé, j’entrevis la batterie de Thierry Sellier. Facile à reconnaître, toujours aussi minimale : caisse claire, grosse caisse, une cymbale, un charleston. C’est tout, même pas une cowbelll. Remarquez qu’elle ne lui aurait en rien été utile puisqu’il n’emmène jamais une vache avec lui. Cessons de plaisanter, l’heure est grave, le concert commence.

    TROYES / 01 – 05 – 2025

    3B

    JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT

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    (Photo : Bruno Dufossé Szczpaniack)

             Silence ! Drapé dans sa vaste veste orange, sanglé dans sa guitare, Hervé Loison vous a l’attitude hiératique d’un empereur romain, s’apprêtant à déclencher la foudre. En quelques mots il présente le programme de la soirée, trois sets de quarante minutes. Il précise, nous aurons Jake Calypso, mais aussi les Hot Chikens, les Corals, les Nut Jumpers… une  triomphale titulalure aussi longue que celle d’un maître de Rome. 

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             Down Town to Memphis ! En quelques secondes nous voici propulsés ailleurs. Lunettes rectangulaires, contebrasse brune à la caisse aussi étroite qu’un cercueil, heureusement que l’accentué creux des hanches ajoute une note féminine à cette forme sépulchrale, Ben B Driver ne se met guère en avant. Ne joue pas au slappeur fou, reste droit, immobile, mais ses mains parlent pour lui. Jamais vous n’entendrez une moiteur aussi moelleuse, aussi flexible, aussi ouatée que ses caresses cordiques prodiguent. Un son velouté, satiné, soyeux, une coulée d’eau limpide dans le feu ardent de ce quatuor diabolique. Une touche féline, pas de bruit, une souplesse insensée, un fauve à  pas feutrés, une morsure qui ne cause aucun mal et pourtant une mort sûre. Attention c’est une formation. Au sens strict du mot. Quatre éléments mais un ensemble dont aucune pièce n’est dissociable. La contrebasse de Ben, c’est le ciment qui réunit et retient l’apport des trois autres. Sans cette liance continuelle, les apports de ses trois compagnons ne seraient que les membra disjecta d’une recherche fondatrice, celle de retrouver la cohérence originelle et mythificatrice du rock’n’roll au premiers jour de sa naissance, qui n’a jamais eu lieu.  Le projet de Jake Calypso est bien celui d’une création non ex nihilo mais surtout d’appropriation d’un style de musique que chacun se doit de retrouver tel qu’il le pense avoir été. Le Red Hot colle à son rêve. Qui transparaît dans le filigrane de cette recherche exacerbée d’une approche synthétique et novatrice.

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             Deux guitares. Hervé et Christophe Gillet. Hervé c’est l’alizé qui souffle régulièrement, qui gonfle continument dans les voiles et drosse le navire droit devant vers le naufrage. Mais cela ne suffit pas. Rien de plus ennuyant que la monotonie. Une traversée sans tempête, équivaut à une rose sans parfum. Sont tous les deux aux aguets, Gillet toujours sur le qui-vive, prêt à intervenir, l’est déjà auprès de Loison dès que celui-ci a besoin d’une tempête. De sa guitare gicle alors une tonitruance redondante, le voilier se transforme en frégate de combat, dans la salle c’est le délire, un pas en arrière et Christophe conduit maintenant d’une main experte un aircraft qui vole au-

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    dessus des eaux, Loison accélère son grattage jusqu’à ce qu’une corde casse, elle crisse et crie quand il la tire à la manière d’un oiseau auquel vous arrachez une aile, la salle exulte et rit. Les rockers, serions-nous des gens cruels.

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             N’oublions pas Thierry Sellier. L’est tout fond, derrière le rideau des trois autres. Parfois il cale son jeu sur celui de Ben, souvent il explose, il monte au créneau, bim, bam, boum, n’en jetez plus, il pulvérise le tempo, il frappe dur, une poigne de fer, toujours en mesure, toujours en démesure. Il joue au lait qui déborde sur le feu, à la grenade de désencerclement qui vous éclate dans les oreilles. C’est alors qu’il sourit de

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    Duduche + Thierry

    cette mine goguenarde de garnement qui vous a bien eus. L’air de rien, il pousse les autres dans le dos, ne les prend pas au dépourvu car ils donnent l’impression d’aimer ce genre de traitement.

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    Duduche + Hervé

             Evidemment c’est du rockabilly. Qu’est-ce que le rockabilly, une musique qui accélère sans trêve pour aussitôt freiner tout aussi rapidement. Un ballon de baudruche qui enfle énormément et qui disparaît sans préavis. L’est crevé. Mais encore en vie. Ressuscite aussitôt, gonflé à bloc, dégonflé à mort. Tout en haut. Tout en bas. Par-dessus. En-dessous. La cime et puis l’abîme. Sans cesse renouvelés.  Mais que serait le rockabilly sans le chanteur. Pas grand-chose.

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             C’est là qu’intervient Hervé Loison. Il chante. Mais à sa manière. L’a tout, le rythme et les intonations. Ces dernières les plus importantes. Mais il rajoute sa manière à lui. Unique. Il connaît les paroles. Il rajoute les onomatopées. Pas n’importe lesquelles. Les siennes. Au bout d’un moment il balance les lyrics et il émet son propre vocal. Qui n’appartient qu’à lui. Il a trouvé les syllabes primordiales, celles qu’il répète, des espèces de mantras magiques, qui viennent de loin, de son expérience personnelle, peut-être lointainement inspirées des hollers personnels que poussaient les esclaves noirs dans les champs de coton, un cri d’affirmation de soi, de contact et de ralliement des autres. Il compose, il écrit ses propres morceaux, en partie son premier round, il reprend les morceaux des autres, Elvis, Edie, Gene, Vince, en partie le deuxième round. Mais quelque chose d’incoercible se met en place, une force qui

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    l’étreint, l’amuse et le met en joie. Une espèce de folie douce, de possession, communicatives, bientôt la salle entière l’imite et chante avec lui, il a sorti son harmonica, mais le troisième set déraille complètement, l’on ira plus avant que le blues, nous voici partis en une espèce de bacchanale gospellique inimitable, un gumbo exotique, une invention loisonique, perché sur une chaise, tombé à terre, il nous entraîne en une sarabande phonique extravagante, tout y passe, des fragments rockab, des descentes bluezy, jusqu’à Douce France de mon Enfance, retour au pays natal de l’origine, marmonnements indistincts, What’d I say, vieux negro-spirituals, … dix fois il voudra arrêter, il ne veut pas, il ne peut pas, ce n’est pas nos objurgations, nos cris de désespoir, qui le ramènent sur le devant de la scène, l’est en proie à une transe quasi-extatique, il ne veut pas s’arrêter, il ne peut pas, ces moments privilégiés de communion sont si rares, si beaux que chaque seconde de plus arrachée au néant de l’existence est comme une éternité accomplie…

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    Jake Calypso and His Red Hot. Vraiment très chauds ! Au-delà des limites traditionnelles !

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    Merci à Béatrice la patronne pour cette soirée exceptionnelle.

    Damie Chad.

     ( Photos : Duduche et Christophe Banjac)

    *

    Inutile de le cacher j’aime les choses bizzaroïdes. Mais cette fois-ci, le   groupe me paraît doublement étrange. Premièrement parce qu’il est étrange, deuxièmement parce qu’il est illogique. Sursum corda, parce qu’ils font référence à un de mes groupes préférés.

    PROOF OF CONCEPT

    UNCLE GOOBER

    (Bandcamp / Février 2026)

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    Je reconnais qu’ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour la pochette. Précisons qu’ils présentent ce premier opus comme une démo. Si par hasard ils reprennent leur projet, nous espérons qu’ils éviteront d’étaler leurs grosses lettres rondes sur un support moins conventionnel que ces ramages de tapisserie qui recouvraient les murs des salles à manger de nos grands-mères dans les années soixante-dix… Même s’il est vrai que tous les goûts se valent, personne ne vous interdit d’améliorer votre sens esthétique. 

     Heureusement pour eux  que le titre de l’album m’a séduit, un soupçon d’aristotélisme ne nuit jamais, cela vous pose et vous confère un peu de sagesse, certes imméritée, mais nécessaire pour accroître votre ascendant sur vos amis. Le titre de l’album est un contrepoids idéal, nous ne connaissons pas cet Oncle Goober, nous hésitons entre le savant loufoque, néanmoins astucieux, et l’imbécile de service prêt à gober les pires inepties… Le mot goober désigne dans la moitié Sud des Etats-Unis une personne naïve dont le cerveau équivaut à une cacahuète.

    Le groupe s’est formé en 2025. Proviennent du Colorado. Exactement de Colorado Springs, deuxième ville de l’état après Denver. Quelle raison obscure me pousse à chroniquer de temps en temps des formations issues de cet état… Sont deux : Drew Smith : basse / Layne G Willinghan : guitares, vocal, synthétiseur.

     

    Thomas the Doubter : Thomas le Sceptique ! on se croirait en train de lire Vies, Doctrines et Sentences des Philosophes Illustres de Diogène Laerce ! Ne connaissent pas la subtilité, ni celle de la musique, ni celle de la pensée. Contrairement à ce que cette première assertion pourrait laisser entendre, ce n’est pas du tout mauvais. Ne sont que deux mais savent se servir de leurs instruments, la batterie est faite pour taper et tapoter alors elle tripote et percute le son sans se cacher, la guitare ronronne et gémit comme une chatte en chaleur qui longuement appelle le mâle, quant à la basse elle fait tout pour ne pas se faire oublier. Font si bien leur boulot qu’ils économisent sur le vocal, pas trop au début, pas trop au milieu, pas trop à la fin. Par contre vous l’entendez, dès que Lyne ouvre sa boîte à résonnance, vous êtes servi. Descartes a dit : je doute donc je pense, je pense donc que je suis. Des quatre moments du raisonnement ils ne se préoccupent que du dernier : ils existent cela leur suffit. Tout ce qui précède est superfétatoire. Vous ne comprenez pas, ils vous ont mis une vidéo, paysages printaniers ou enneigés, deux chiens courent tout leur soul, ils galopent, se poursuivent, s’amusent, les maîtres ne sont jamais loin mais, fi des personnages pensants, vous jetterez votre dévolu sur les animaux folâtres. Pour les paroles, ils adoptent un ton plus sérieux, vous racontent en huit lignes que l’univers vous a donné la vie, qu’il n’y a pas à douter de cela ni à se perdre dans sa tête. Touchez le réel de vos mains et le doute s’évanouira. Pour résumer d’incurables optimistes. Entre nous soit dit sont plutôt sur un trip épicurien que sceptique. Slow travel : vagues de basse, c’est bien la mer que vous entendez, la batterie tapote sur le pot à confiture qui contient votre cervelle, oui cette mer c’est un symbole des éternités que vous avez déjà vécues, refaites le voyage depuis le début, tout est déjà dans votre tête, connectez-vous avec ce que vous avez déjà été, le voyage est beaucoup plus long que lent, le vocal vous interpelle, vous êtes des Dieux puisque l’éternité est enfermée en vous, il ne baragouine pas des mantras incompréhensibles il proclame haut et fort la seule vérité, vous n’êtes constitué que de poussières d’étoiles, vous êtes tout ce qui est, ne craignez pas de mourir, le cycle recommencera à votre naissance,  mais n’oubliez pas qu’un jour l’Humanité aura disparu, pressez-vous de vivre. Si l’esprit est immortel l’homme est mortel. Questions instrus c’est peu les montagnes russes, ils ne vous font pas de cadeau, plus haut vous volerez, plus dure sera la chute. Z’appuient fort là où ça fait mal, sur la fin ils donnent toute la gomme. Normal, sont en train de nous décrire la fin du monde. Le pire moment de l’ouroboros. De l’épicurisme translation vers le stoïcisme. Grass Amalgarmation : semonces battériales, mouvances de basses, splendeurs riffiques, pas de paroles, ce n’est pas qu’après l’apocalypse précédente il n’y ait plus rien à dire, c’est que les choses essentielles se passent dans le silence, tout ce qui a été détruit se mélange, le monde se reconstruit, le cercle recommence, l’ouroboros ne se mord plus la queue il renaît de lui-même, un nouveau cycle commence, la guitare vous perce les oreilles, il faut vous réveiller vous renaissez à la vie, victoire ! Le morceau est parti sur sa lancée, il a atteint l’équilibre de son élan. The awareness of Eternity (Psychedelic Sper Ape) : bulles de sons, plus de chant, juste une voix qui parle. Dernier stade. Nous quittons l’Eternel Retour des choses et des individus pour accéder à ce qu’il faut bien nommer, le stade supérieur ; nous ont bien eus, se sont moqués de nous, se sont présentés comme des sceptiques, et nous voici en plein mysticisme, pour un peu on confondrait l’effulgence du vocal avec le ‘’aum’’ thibétain, nous ne sommes plus des dieux, nous sommes la dernière couronne, celle des élus, nous sommes devenus la conscience de l’éternité, en quelque sorte la preuve que Dieu existe. Plus rien à ajouter. Silence. Les instrus y vont mollo, la voix nous parle, Dieu ne me cherche plus, il m’a trouvé, le synthé émet des bruits bizarres comme s’il voulait nous distraire de la parole divine, la guitare survient en courant, la batterie tape tant qu’elle peut. Le son s’envole comme une fusée interplanétaire, un peu comme les passagers du Titanic qui chantaient plus près de toi mon Dieu pour oublier le pétrin dans lequel ils étaient… Au fait Uncle Gobber, ne serait-ce pas Dieu lui-même ? Mississippi Queen : donc la reprise de Mountain, une version lente, au vocal qui joue au grand écho de la montagne. Ce n’est pas mal du tout. Mais que veulent-ils nous signifier : Qu’au lieu de se lancer dans les chaînes abruptes et décevantes de la pensée, qu’au lieu de tourner en rond dans sa tête, qu’au lieu de se branler au sperme de l’intelligence, qu’au lieu de traquer la preuve du concept suprême, ne vaudrait-il pas mieux s’écouter un bon petit rock’n’roll de derrière les fagots...

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             Notre Uncle Gobber à l’air si bébête ne serait-il pas plus malin qu’il ne le paraîtrait… Ne se moquerait-il pas de Dieu, et peut-être même de nous ! Ce qui est foutrement rock’n’roll !

    Damie Chad.

     

    *

    Viennent de sortir en cette fin d’avril 2026 un deuxième album  douze années après le premier. Par pur esprit de contradiction, ou par amour des origines, pourquoi serions-nous certains de nos motivations, nous nous contenterons de chroniquer leurs deux premiers singles parus en 2013. Tous deux font d’ailleurs partie de leur premier album Allombon en 2014. Z’ont aussi fait paraître en 2007 un mini-album : Hollandia.

    THE MECHANICAL EARDRUM

    DORIAN PIMPERNEL

    (Mars 2013 / Tona Serena Records)

             Ne nous trompons pas, Dorian Pimpernel est bien le nom du groupe. En quelque sorte l’avatar de ses cinq membres à savoir :  Jérémie Orsel : vocals, guitars / Johan Girard: keyboards (rhodes, wurlitzer piano, vox continental, rocksichord), analogue, wavetable and frequency modulation synthesisers, variophon, persephone, bass guitar, occasional vocals / Laurent Talon : bass guitar. / Benjamin Esdraffo : keyboards / Hadrien Grange : drums and percussion.

             La liste instrumentale est des plus éloquentes : une prédilection pour les instruments qui eurent leur heure de gloire dans les années soixante, puis les synthés nés dans les seventies peu à peu métamorphosés en joujoux électroniques… Emblématique de cette panoplie le Perséphone, à capteurs et commandes numériques qui produisent un son purement analogique, ‘’clavier’’ un peu à l’image de la Déesse immortelle intercesseure entre le monde du dessus et le monde du dessous, puisqu’il allie les techniques de maintenant à celles d’aujourd’hui.

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             La couve de John Eriksson n’a-t-elle pas voulu par l’emploi de formes géométriques simples et de mouvances concentriques reprendre cette idée de l’alliance de la rigidité technologique abstraite avec les intermittences fluctuantes des émotions humaines ?

             Qui est Dorian Pimpernel ? Automatiquement nous pensons au portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et à Pimprenelle (et Nicolas) personnages de l’émission-culte de la TV française :  Bonne nuit les petits. Etymologiquement parlant Dorian signifie Don de dieu et Pimpernel  désigne en langue anglaise le mouron rouge dont les oiseaux sont friands. Toutefois dans certaines expressions ‘’mouron’’  signifie aussi ‘’soucis’’. Bref toujours la sensation d’une dissociation, d’une contradiction, d’une antithèse entre deux éléments, l’un chargé d’une connotation méliorative et l’autre péjorative. Faut-il en conclure que notre Dorian Pimpernel serait un être partagé, pour employer un terme baudelairien, entre deux postulations. Non pas Dieu et le Diable mais entre l’Homme et l’homme. Entre son propre macrocosme et son propre microcosme.

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    The mechanical Eardrum : un ensemble de petits bruits, font un peu penser aux sons qu’émettent bien des appareils informatiques de notre modernité, par exemple ces machines stéthoscopiques qui analysent les battements de votre corps, qui ensuite traduisent sur une feuille de papier vos palpitations plus ou moins irrégulières en petits traits séparé,  pour vous ils ne signifient pas grand-chose mais le praticien les déchiffre avec une facilité confondante  comme s’il était en train de lire une notice de machine à laver en anglais. C’est d’ailleurs le sujet même du morceau, appliqué non pas à la médecine mais à la musique. Ce qui paraît tout à fait normal pour une formation musicale de savoir lire et ‘’parler’’ la musique. La musique non pas conçue comme une succession sonore, mais comme un langage qui résonne sur notre tympan et que nous traduisons en sons, à  l’instar d’une aiguille de phonographe qui recueille dans le sillon d’un disque les éléments codés  que le tourne-disque vous restitue sous forme de musique. Ce premier morceau nous dit beaucoup sur ce groupe, des intellectuels qui ne cèdent pas en sybarites au simple plaisir de l’écoute d’une mélodie qui parle à leur âme, mais qui s’interrogent sur le phénomène de la transmission  de réception d’un langage quelconque. Des jeunes gens modernes qui ont perdu l’innocence de la sensation et qui se décriraient plutôt comme des machines d’analyse descriptive de ce qu’ils captent du monde autour d’eux. Le chant émis d’une voix creuse n’incite pas à la joie, un peu trop désincarné, presque inhumain, pour que vous puissiez en quelque sorte intimer à votre corps de jouir sans entraves.

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    Teorema : dès les premières notes vous pensez Beatles, le chant vous y incite, la fragilité sonore du background encore plus. Un peu comme si les quatre de Liverpool vous donnaient à écouter une démo concoctée chez l’un ou l’autre sur le synthétiseur rudimentaire qu’il aurait emprunté à son gamin. Beaucoup plus musical que le morceau précédent mais beaucoup plus inquiétant. L’’on penserait que selon le titre ils allaient nous pondre une analyse mathématique sur la notion de langage. S’intéressent non pas seulement au contenu d’un théorème précis mais à l’aspect formel du théorème, au fait que normalement dans un théorème toutes les parties de l’ensemble sont partie intégrante d’un tout indubitable, pensez par exemple à la façon dont fonctionne L’Ethique de Spinoza, mais Dorian Pimprenel ne tente pas de nous donner leur vision à eux du Monde. Se contente d’une partie beaucoup plus modeste de l’univers, une seule personne, et c’est tout. Fait semblant de se regarder dans un miroir et de ne pas se reconnaître. Enlevez le miroir, le gars s’interroge sur lui en s’objectivant au maximum, en se comparant à lui-même, en se subjectivant à outrance.  Terrible abîme entre soi et soi, d’autant plus terrible qu’il est exactement le même entre soi et un autre. Ne sommes-nous pas l’autre de nous-même.

             Dorian Pimpernel est plus près de la pop que du rock. Se pose tout de même une question essentielle : pourquoi y a-t-il la pop et non pas rien. Ce qui les oblige à aborder leurs morceaux d’une façon singulière. Un peu à la manière de Perséphone, les deux côtés en même temps.

    Damie Chad.

     

    *

             La couve n’est pas particulièrement ragoûtante, je l’admets, pas non plus un chef-d’œuvre esthétique, mais elle m’a interpellé, de prime abord ne serait-ce pas la représentation du serpent qui se mord la queue, nous voici donc reparti sur le grand-huit métaphysique, attention, n’y a pas un serpent, y en a deux ! Voilà qui demande d’y regarder à deux fois. Mon intérêt ouroborique va-t-il me faire tourner en bourrique…

    GURTHWORM

    Le groupe provient de Charlotte la plus grande ville de la Caroline du Nord. Deuxième centre bancaire des Etats-Unis, juste après New York… Pas l’aspect le plus jouissif des USA, passons… à ce jour ils n’ont sorti que deux EP’s que nous allons nous faire un plaisir d’écouter.

    Jared Nuzzo : guitar, vocal /   Greg Philbeck : guitar /  Matthew Pascale :  bass / Steve Poe : drums.

    SCOLECIPHOBIA

    (Bandcamp / Août 2023)

    Bande de scolopendres, si vous ignorez ce que signifie la scoléciphobie c’est que n’éprouvez pas une peur irraisonnée en apercevant un ver de terre se trémousser gentiment sur la pelouse de votre jardin. Au cas où vous mettriez en doute mes connaissances zoologiques, l’examen attentif de la pochette vous aidera désormais à professer une confiance absolue en mes assertions.

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    Gurth to the earth : un métal de bonne facture, ils n’ont pas trouvé la recette pour forger l’orichalque, mais ça se tient bien, pas du hard FM donc l’ensemble s’écoute sans problème, l’on ne vire jamais dans le noise qui décapsule le cerveau, ni dans le growl aux dents ainsi grinçantes que les canines d’un tigre altéré de sang, non le problème, c’est la situation décrite dans les lyrics. C’est simple, imaginez que vous reposez doucement dans votre tombe. Peut-être même attendez-vous la fin du monde, cet instant béni où la terre vous recrachera à sa surface. Avec un peu de chance vous renaîtrez à la vie une nouvelle fois. Hélas, vous oubliez un détail, tous ces vers qui ont décidé de se servir de votre corps comme d’un restaurant quatre étoiles. Ce n'est pas comme quand preniez votre mine dégoûtée numéro quatre, lorsque vous apercevez un gros ver de terre grassouillet tout gluant se prélasser sur votre gazon, c’est maintenant à l’instant de la dévoration que vous comprenez l’horreur profonde de la scoléciphobie. Jusqu’où va-t-elle se nicher ! The plunge : au cas où vous n’auriez pas saisi la situation, ce deuxième morceau vous apporte quelques éléments complémentaires, vous n’êtes même plus mort, vous êtes au stade de la charogne visqueuse, vous avez perdu votre visage, ne vous font pas cadeau au niveau sonore, doivent entasser des cadavres sur le vôtre, placés dans des cercueils de fer blanc, le vocal articule à la manière d’un boa réticulé qui enroulé autour de vous, il ouvre la gueule au-dessus de votre tête pour vous avaler vivant, devant l’horreur de la situation le groupe se calme, la basse froufroute comme si elle possédait des cordes de soie, la guitare minaude, notre cadavre n’est pas mécontent de lui, il se sent libre,  dans un solo plaintif la six-cordes compatit certes, mais les musicos ne peuvent plus se contenir, alors c’est reparti à tout berlingot, vous ne pouvez plus qu’espérer que la terre s’entrouvre sous l’effet de la poussée des plaques tectoniques afin que vous ayez une chance de vous reconstituer et de recommencer à zéro. Déjà que socialement parlant vous avez été un zéro absolu… Vous ne pourrez plus plonger plus bas… The introverti : ça dézingue bien, c’est parti pour les retrouvailles, difficile à supporter,  elle sent la charogne, relisez Baudelaire, elle est prête à tout, ce qui est dommage c’est qu’après le grand chambardement tectonique il a du mal à se réhabituer, ne rêve plus que de trouver un trou à sa taille pour ne plus être dérangé, lui qui avait peur d’être manduqué  par les vers, espèrerait donc  devenir un ver de terre, destin lamentable mais acceptable parce que musicalement c’est un régal, sont en forme, très classique le style, très old shool, mais de la niaque à revendre, peut-être qu’ils sont méchants et que sournoisement ils appuient fort pour se moquer du pauvre introverti ! Solace in the dirt : riffs grinçants, prennent leur temps pour accoucher de la morale de l’histoire, chantent lentement mais à plusieurs, la basse se fait discrète, pas besoin d’en rajouter, sont proches du blues, point trop car il ne faut point exagérer, alors ils accélèrent, pour notre plaisir, aussi pour passer le temps peut-être, le gars ne regrette rien, alors ils jettent du charbon dans la locomotive, il pleut, ça le lave un peu, l’est temps que le morceau se termine, le voyage aussi, l’est sorti d’un trou pour entrer dans un autre trou, il se sent libre, cette fois il est vraiment mort. Jusqu’à la prochaine fois.

             J’ai peur que vous n’ayez pas compris l’histoire. Moi non plus. Ne le dites pas. L’on se moquerait de moi.

    CIRCUMFERENCE

    (Bandcamp / Avril 2006)

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             C’est la couverture au double-zéro qui additionné à lui-même fait huit. Nos lombrics aux gros yeux ont un air plus sympathique que les loustics de tout-à-l’heure qui entre deux lames de verre devaient subir un examen au microscope. Pour écouter ce deuxième opus, il est sûrement préférable de penser que le précédent était à comprendre métaphoriquement. La vie humaine ne serait-elle pas aussi triste et désagréable que celle des vers de terre, voire d’un ver solitaire, qui pataugerait dans notre existence de merde au fond d’un intestin. Notre orgueil en prend un sacré coup, que pouvons-nous y faire…

    Worm moon : pas tout à fait une lune de miel, mais au moins ne sommes-nous pas seuls dans ce premier morceau. Une intro berceuse, nous sommes bien au chaud près de l’autre. Tout est bien qui finit mal. La peur nous habite, au-dehors dans la nuit et en nous le loup rôde et se réveille, que voulez-vous le désir est un loup pour l’homme, c’est peut-être pour cela que le vocal adopte un ton mélodramatique et les instrus battent le fer tant qu’il est chaud, brusquement il se transforme en couronne d’épines, en crocs sanglants qui déchirent les chairs. Bonheur animal. Du ver de terre l’on est passé au loup des steppes. Idolize : comme des coups d’épée et des martèlements de chevaux de combat, après les feux de l’amour, voici les feux de la guerre, n’est-ce pas la même chose, ne se rue-t-on sur le corps des autres… grand dévoiement : c’est le roi, c’est le prince que l’on aime, qu’on vénère, qu’on idolâtre. Le vocal comme une assomption de l’évidence, un solo de guitare noir comme la mort, cette gloire guerrière est le chemin qui mène à Dieu… Question maîtrise instrumentale, ils ont progressé, le vocal est devenu plus flexible, il a gagné en ampleur. Dying age : l’époque de gloire s’est transformée en âge sombre, la vie a suivi son cours, les Dieux sont morts et les démons s’emparent des âmes de l’homme, spirale involutive, la batterie assène les évidences, les cymbales s’affolent, le vocal scande le surgissement de la désintégration qui se rue sur nous, vous voici entraîné vers la déchéance, la mort, et la destruction.… Smoke of renewal : rien n’est perdu ! une nouvelle religion est née, emphase et très vite cavalcade heurtée, le nouvel âge vous apporte le bonheur, une manipulation de plus, vous n’avez jamais connu une telle appétence de vivre, tout vous semble beau et vous sentez monter en vous une puissance incroyable. D’ailleurs les instruments s’en donnent à cœur joie et vous emportent en une tarentelle diabolique. Une folie totalement maîtrisée. Gray beard : une camionnette qui a du mal à démarrer, pas de panique elle filoche à toute vitesse, quelle vie exaltante de blanc chevalier, on se croirait aux temps du Roi Arthur, les âmes manipulées pensent qu’elles vont transformer ce monde de taille et d’estoc en âge d’or, ça bataille dur contre toutes les injustices, chacun vit le film qu’il se fabrique, apparemment tout est magnifique, un véritable générique de fin heureuse,.. N’en disent pas plus. A nous de penser au titre de l’album, circonférence, nous avons juste fait un tour, nous sommes revenus à la case départ, nous sommes le loup qui courait dans notre tête pour fuir la peur et se jeter sur sa proie.

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             Gurthworm ne professe pas une très bonne opinion, ni de l’Humanité, ni des individus. Gurthworm ne fait pas de morale. Comprenne qui voudra. Ce deuxième album est à méditer. Sont comme ces médecins qui vous prescrivent le médoc ad hoc, mais qui ne vous donnent pas le nom de la maladie. Puisque vous êtes la maladie.

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 734 : KR'TNT ! 734 : SHAMROCKS / COSMIC PSYCHOS / BODY HORROR / MATTHEWS SWEET & SUSANNA HOFFS / MAVIS STAPLES / KASSI VALAZZA / MEMORANDUM

     KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 734

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    30 / 04 / 2026

     

     

    SHAMROCKS / COSMIC PSYCHOS

    BODY HORROR 

    MATTHEWS SWEET & SUSANNA HOFFS

    MAVIS STAPPLES

    KASSI VALAZZA / MEMORANDUM   

     

     

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    The One-offs

     - Et les Shamrocks pompaient

     

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             Parmi tous les cuts qu’on adorait gratter sur une gratte, l’un des chouchous est resté le «Cadillac» des Shamrocks. Tu peux le gratter en petite cocote et guetter le moment de lâcher le fameux My baby drew up in a brand new/.../ Cadillac, il faut bien détacher le Cadillac pour faire claque le tchCa ! Faut presque le cracher. TchCa ! Et c’est là que tu fermes les yeux et que tu commences à le cocoter avec les épaules. Tu répètes ta petite phrase en montant d’un ton dans l’exaspération, tu grattes ta cocote plus sèchement, tu bats les cordes et tu reprends ta voix de fiotte atrabilaire pour moduler au mieux le she ain’t never, tu respires, ever ever, respiration, et tu lâches le comin’ back en claquant le tchco d’une manière aussi ordurière que possible. Au bout de ces trois phrases, t’es déjà en transe. C’est l’apanage des grands cuts. Dès le premier tour, t’es inféodé à vie.

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             Alors tu repars pour le second tour et tu fais gaffe de bien éteindre le babeh de Baby/ baby  baby please, et comme t’es un gros con de Français, tu fais comme les Suédois des Shamrocks, tu passes le please en pliiiiiiise, c’est pas grave, ça donne un p’tit côté exotique. Puis t’arrives avec ton Can’t you see/ I’m on my bended knees, tu fais gaffe de bien avaler le k de knees pour que ça fasse bien anglais, et tu te prépares à donner le coup de grâce en descendant d’un ton dans ta voix de fiotte pour placer au mieux My heart’sss cold/ I fink it’s gonna freeze, tu pinces bien le f de fink et là t’atteins des sommets de véracité proto-punky. À tel point que t’as du mal à cacher ta fierté. T’es vraiment sûr que ta mouture colle bien à la réalité. Bon, tu laisses tomber le solo, de toute façon t’as jamais su les jouer et ça ne t’intéresse pas d’apprendre à les jouer. T’as juste trouvé les licks d’Ivy quand on devait faire El Cramped à trois, faute de guitariste, ils n’étaient pas compliqués, et tu pouvais les gratter sur la basse fuzz, pas de problème, ça passait comme une lettre à la poste, puis quand Karim est arrivé, on jouait les licks en double, ce qui amenait encore de la profondeur à ces cuts géniaux que sont «Garbage Man» et «Ultra Twist».

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             C’est la fin du solo et tu reprends la cocote de Cadillac, avec encore plus de déhanché dans les épaules, tu grattes ta cocote plus lourde, plus sourde, sur une seule corde, t’as pas besoin de ramener tout le bordel, et t’amorces avec un beau Well my baby drew up..., fuck comme ça sonne bien ! Ce cut est idéal pour faire monter la sève, et tu enchaînes avec un beau Ouaissss my babeh drew up... t’écrase bien le babeh dans l’œuf, tu recraches bien ta tchCadillac, tu la prends entre la langue et le palais en jetant l’épaule droite à l’arrière, et tu chies doucement le she ain’t nevah, petit blanc sec, nevah, blanc sec, tchComing back ! Et tu lances l’hallali à coup d’I said babe babe babe pliiiiiiiiise !, tu la supplies au can’t you see I’m on my bended nees, tu prends le my heart’ssss cold de l’intérieur du menton pour lui donner une profondeur caverneuse et tu finis en faisant friser le freeze d’I fink it’s fonna freezzzzze. Ah tu peux être fier de toi ! T’as piqué ta petite crise. Le plus marrant dans toute cette histoire, c’est que tu la piques environ une fois par an depuis cinquante ans. Ça te prend chaque fois comme une envie de pisser, alors tu sors le 45 tours de la caisse et ta gratte, ou ta basse, ça dépend de l’humeur.

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             Parlons-en du 45 tours ! C’est au Monop qu’on avait barboté l’EP français sur Polydor. On les voit tous les quatre sous un parapluie. À l’époque, on considérait cet EP comme l’EP parfait. Aucun souvenir des trois autres cuts. C’est même probable qu’on ne les ait jamais écoutés. C’est le sort réservé aux grands EPs : t’écoutais l’hit et le reste, basta. Puis évidemment un gros malin s’est cru autorisé à faire main basse sur une partie de cette collection patiemment accumulée à peu de frais. L’EP des Shamrocks a disparu, avec d’autres perles comme le tribute des Who pour les Stones («The Last Time»). Suis tombé un peu plus tard sur une copie de «Cadillac», mais

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    c’était l’horrible pochette verte en papier. Jusqu’au jour où le copain Albert, qui tenait boutique en ville, sortit de derrière son comptoir l’EP des Shamrocks flambant neuf. Voyant que je devenais subitement nerveux, il me le céda, moyennant un p’tit billet. L’objet n’est pas rare, on peut le choper aujourd’hui sur Discogs pour un billet de quinze, mais pour les ceusses qui ont grandi avec, le Cadillac des Shamrocks reste l’un des joyaux de la couronne.

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             Il existe une autre version mythique de «Cadilac» : celle de Vince Taylor qui est plus rapide, plus sauvage et qui s’appelle «Brand New Cadillac». À l’origine un Parlophone de 1959 devenu intouchable et heureusement réédité en 1976 par Ted Carroll sur Chiswick : deuxième Chiswick single. Ted Carroll déclarait alors que «Brand New Cadillac» était le meilleur single rock de l’histoire du rock, et il avait diablement raison.

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    Signé : Cazengler, Shame rock

    Shamrocks. Cadillac. International Polydor Production 1966

     

     

    L’avenir du rock

     - Cosmic Trip

    (Part Three)

             Dans le désert, il faut savoir se préparer à tout. L’avenir du rock croit avoir du métier depuis qu’il erre en long et en large, mais il doit bien admettre qu’en certaines occasions, il n’est encore qu’un enfant de chœur. Voici pourquoi.

             C’est un jour comme les autres, bien brûlant et assez peinard côté interactions sociales. Il croise habituellement des erreurs classiques qui comme lui poursuivent leur petit bonhomme de chemin sans créer de troubles sociaux. Se dessine au loin une silhouette. Elle ondule dans l’air brûlant et approche. Avant même d’avoir engagé la conversation, l’avenir du rock sent d’instinct qu’il va y avoir un problème. Vêtu de noir, sec comme un olivier, l’inconnu affiche une gueule d’empeigne. Pour faire baisser la tension, l’avenir du rock lève son chapeau et s’exclame gaiement :

             — Bonjour monsieur Courbet !

             L’inconnu se crispe et fusille l’avenir du rock du regard :

             — Rrrrrrrahhhhhhhhhh ! Psycho !

             C’est quoi ce bordel, se demande l’avenir du rock. Il est complètement taré ce Sonic là...

             — Vous n’aimez pas Courbet ? C’est pourtant un naturaliste intéressant...

             — Rrrrrrrahhhhhhhhhh ! Psycho !

             L’avenir du rock se dit qu’il va falloir mettre la pédale douce, car ce dingue est capable de lui sauter dessus.

             — Je pensais vous être agréable en évoquant cette délicieuse toile printanière dont la lumière n’est pas sans rappeler celle de ce brave désert, n’est-il pas vrai ?

             — Rrrrrrrahhhhhhhhhh ! Psycho !

             Bien que très abîmé intellectuellement, l’avenir du rock comprend qu’il ne tirera rien de plus de cet individu. Aussi décide-t-il de jouer le tout pour le tout en le snobant :

             — Coco t’es complètement dépassé avec ton Psycho ! Passe donc à la suite avec les Cosmic Psychos !

     

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             Le dernier Cosmic en date s’appelle I Really Like Beer. C’est un épouvantable passage obligé, une vraie merveille de trash-Cosmic. C’est John McKeering, aka Mad Macka, qui vole le show avec ses incendies à répétition. Dès «I Like Beer», t’es au sommet du genre Cosmic. Ce digue de Mad Macka gratte du Williamson sur le pire des beats endiablés. Et ça repart à la volée avec «10 Can Trip». Ils n’en démordent pas.

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    Ross Knight tient lui aussi la dragée haute du Punk’s Not Dead. Le Mad claque encore son kilo de killer dans «This Could Be The Best Beer Of My Life». C’est la cavalcade de la fin du monde, la pire de toutes. Seuls les Cosmic sont aujourd’hui capables de balancer une telle dégelée. Suprême attaque encore avec «Fly In My Shed», tout est monté au max, surtout la disto de ce dingue de Mad. Il arrose toute la plaine. Et paf, le Ross attaque «Do It Again» - I shoudah not rockah anymoh - mais il y retourne et l’autre dingue de Mad claque son solo d’exaction terminale. Sur «15 Footer», il est encore pire que Ron Asheton. Tous les cuts sont embrasés, avec des solos qui transpercent les blindages. Il se pourrait bien que cet album des Pyschos soit déjà un classique. Ils tapent du pur proto-punk avec «Don’t Feed Me Jelly», mais du proto dézingué à la tronçonneuse du Mad. T’as la disto la plus crade du monde. Et cet album faramineux se termine avec «I Really Really Really Like Beer», un rockalama qu’on croirait chanté par Lemmy, mais Ross Knight enfonce le clou de la Beer. C’est Lemmy avec le power des Cosmic Elephants, c’est d’une violence sonique inégalée, avec le Mad en filigrane permanent, il joue tout le saint-frusquin terminal, ça donne un rock d’apothéose définitive, ces deux mecs sacrent le printemps de Stravinsky Krakatoa et l’expurgent dans la stratosphère. Ils jouent à en crever, ils finiront par faire une overdose de beer.

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             Et sur scène, c’est encore pire. Même cirque qu’au Petit Bain en juin de l’an passé, mais avec un nouveau batteur et les cuts du nouvel album. Le Mad s’est rasé la barbe et il gratte une Les Paul noire. Et pouf, ça démarre à l’ancienne avec «Pub» tiré de Go The Hack et «Nice Day To Go To The Pub» tiré de Glorious Bastards. Autant le dire tout de suite : c’est explosif ! Ils te rentrent dedans ! Les Cosmic ratiboisent tout, ils incarnent à la perfection le mythe du power trio et ils ont les compos. Tout est arraché du sol, tout est cramé jusqu’à la racine, le vieux Ross crache sa chique et gratte ses cordes avec la main droite à l’envers. Comment fait-il pour tenir une heure entière à ce rythme ? Dieu seul le sait. Une vraie fournaise ! Bon d’accord, il a une bonne constitution, on disait la même chose de Lemmy, mais quand même. T’as

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    quarante ans de garage-punk et de conso gargantuesque de bière, alors ça tire forcément sur la paillasse. En attendant, les Cosmic foncent dans la plaine, tout est carré, en feu, dévastateur, héroïque, en place, puissant, lourd de sens, ça t’onslaughte et ça te flabbergaste, ça t’awsome et ça te mayhemme, ça t’ouille-ouille-ouille et ça t’octopousse dans les orties, ça te coupe véritablement la chique de voir ces deux vieux vétérans de toutes les guerres allumer la gueule d’un set, bien épaulés par leur nouveau batteur qui est un peu le roi des mimiques. Ils tapent l’effarant «Rip ‘N’ Dig» et le morceau titre de Go The Hack. Il faut dire que leurs deux premiers albums sont des modèles du genre. Le vieux Ross demande s’il y a des couples heureux dans la salle et il les prévient en rigolant que ça turn to shit, et pouf, «Toothbrush» ! Ils te roulent dessus avec le bulldozer du nouvel album, «Don’t Feed Me Jelly», «10 Can Trip» et bien sûr le morceau titre, «I Really Like Beer», et pour finir, ils replongent dans les deux premier albums avec «Lost Cause» et le très moqueur «David Lee Roth». Te voilà une fois de plus ébahi. T’adore ça.

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    Signé : Cazengler, Cosmic troupier

    Cosmic Psychos. Le Fury Défendu. Rouen (76). 18 avril 2026

    Cosmic Psychos. I Really Like Beer. Subway Records 2025

     

     

    Horror boréale

     

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             Certains concerts jouent un rôle particulier : ce sont les concerts déstabilisateurs. Ceux qui te contraignent à changer de cap. T’as un certain âge et certains goûts, et tu pars beaucoup moins à l’aventure. C’est une erreur. Avec sa culture du clash des machines, Body Horror te donne un avant-goût d’une scène anglaise que tu ne connais pas, l’House-transgénique, la pire dégelée de freakout orgasmique qu’ait jamais wharehousé l’Angleterre, un post-punk explosif monté sur un beat de cœur d’acier. Ces

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    quatre mecs sont des London devils, et celui du centre s’appelle Gethyn Thomas, un petit bonhomme qui est en fait une boule de nerfs, un mec capable de se désarticuler en plein élan, et tu régales à le voir sauter partout avec sa guitare. C’est l’un des plus spectaculaires Marsupilamis de l’histoire du rock anglais. Il s’est teint la moitié des cheveux en blond et dans sa façon de parler aux gens et à ses copains, il semble sortir tout droit d’un roman de Dickens. Fascinant kiddie boy ! Leur son est balayé par des vents indus dignes d’un David Lynch sous amphètes. On ne peut comparer Body Horror à aucun autre groupe, car leurs tempêtes de freakout sont ultra-violentes ! Au début du set, tu te dis que tu vas aller boire une bière vite fait au bar, mais tu restes et à la fin du set, t’en veux encore. Ils t’ont retourné comme une crêpe. T’es même prêt à retourner les voir la semaine prochaine, s’ils passent dans le coin. Par contre, pas de disk. C’est aussi bien. Aucun disk ne peut contenir l’ultra-violence de leurs attaques. C’est un groupe à voir sur scène.   

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    Signé : Cazengler, Boudin Horror

    Body Horror. Le 106. Rouen (76). 8 avril 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - Sweet jam (Part One)

    — Dites-nous, avenir du rock, qui chouchoutez-vous ces temps-ci ?

             — Sweet !

             — Ah, les fiers glamsters du Ballroom Blitz ?

             — Non Sweet !

             — Sweet Soul Music ?

             — Non Sweet !

             — Sweet Inspirations ?

             — Non Sweet !

             — Là, vous commencez sérieusement à nous fatiguer, avenir du rock. S’agit-il de Sweet Little Sixteen ?

             — Non Sweet !

             — Sweet Jane ?

             — Non Sweet !

             — Sweet dans les idées ?

             — Non Sweet !

             — Sweet au prochain numéro ?

             — Non Sweet !

             — Tout de Sweet ou jamais ?

             — Autant vous prévenir tout de suite : vous en aurez marre avant moi. Sweet !

     

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             Eh oui, l’avenir du rock n’a jamais eu autant de Sweet dans les idées qu’avec Matthew Sweet. Les trois volumes de covers qu’ont enregistrés Matthew Sweet & Susanna Hoffs sont, disons-le franchement, un modèle du genre. Les covers bien foutues constituent l’un des accès les plus directs au paradis. Et si leur cover du «Warmth Of The Sun» figure sur la compile Do It Again! The Songs Of Brian Wilson, ce n’est pas un hasard, my sweet Balthasar.

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             On la retrouve sur Under The Covers Vol. 1, un Shout! Factory de 2006 qui est aussi une vraie caverne d’Ali-Baba. C’est même la première cover que t’écoutes quand tu chopes cette caverne d’Ali-Baba. Avec «The Warmth Of The Sun», t’es dans la magie maximale, Sweet o my Sweet fait le Beach, c’est exceptionnel d’élévation, t’es dans l’inaccessible étoile. Ali-Baba encore avec deux covers de Neil Young, «Cinnamon Girl» (We both love Neil to the extreme - Big beat, Richard Lloyd is on fire, ça explose de power) et «Everybody Knows This Is Nowhere» (downhome kick assness, ils tapent ça aussi au heavy beat avec des harmonies vocales de rêve). Ce mec Sweet o my Sweet est un magicien, il sait faire l’Anglais, comme le montre sa cover de «The Kids Are Alright». Il fait les Who mieux que les Who - I don’t mind - En plein dans l’œil du cyclope ! Tout est claqué largement au-dessus du niveau. Rick Menck de Velvet Crush bat le beurre partout. Si tu veux écouter des albums de covers, c’est là : les trois volumes d’Under The Covers. T’as quinze cuts et tous sont magiques, sans exception. Même quand ils tapent dans un Left Banke dont on n’a rien à foutre («She May Call You Up Tonight»), ou le «Run To Me» des Bee Gees. Dommage qu’ils n’aient pas tapé dans «I Started A Joke» ou «Massachusetts». Ah les goûts et les couleurs ! Toujours la même histoire ! Par contre ils tapent encore dans le mille magique avec le badah badadah des Mamas & The Papas. Cover de «Monday Monday» plus vraie que nature - So good/ So good to me - Hommage aux Beatles avec «Your Bird Can Sing». C’est littéralement claqué d’éclat Beatlemaniaque. Sweet o my Sweet y gratte les poux du diable. Ils restent chez les géants avec «It’s All Over Now Baby Blue». T’as Van Dyke Parks à l’orgue. Dans les liners, on lit ça : «Bob. Sid wants to be you. Susie wants to be with you. Enough said.» Sid c’est Sweet, et Susie, Susanna. Cover stellaire en plein dans l’œil dylanesque. Ils tapent plus loin dans Love avec «Alone Again Or» - We love Love - Alors ils l’entreprennent à l’espagnolade dénaturée. Ils grattent à deux : Ivan Julian et Greg Leisz. T’en reviens pas d’entendre ça. Ils tapent aussi une cover du «Different Drum» de Michael Nesmith. Hit californien fondamental. C’est même stupéfiant d’éclat. Susanna chante. Elle tape la cover de Linda machin au temps des Stone Poneys, mais c’est la version de Nez qu’il faut écouter. Et puis voilà encore un hommage suprême : «Sunday Morning». T’entends encore Ivan Julian et Greg Leisz. Susanna fait sa Lou. Cover miraculeusement parfaite.

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             Ali-Baba encore avec Under The Covers Vol. 2. Tiens on va commencer par les deux covers de Todd Rundgren, «Hello It’s Me» et «Couldn’t I Just Tell You». Sweet o my Sweet le dit clairement dans ses liners : «Todd is God Ok!».  Il rentre dans le chou du Todd avec une facilité déconcertante. Susanna fait rôtir la merguez de «Couldn’t I Just Tell You» en enfer. C’est une chef d’œuvre de fondue pop. Ils duettent comme des cakes. Autre hommage déterminant : le «Back Of A Car» d’Alex Chilton. Sweet o my Sweet retrouve le secret des arpèges du diable - Is this another song about sex?, se demande-t-il - Susanna se tape le «Willin’» de Little Feat. Et lui se tape l’«Here Comes My Girl» de Tom Petty, c’est de bonne guerre, after all, la descente d’organe d’Here comes my girl est exceptionnelle. Sweet o my Sweet est un transformateur. Il transforme la pop du p’tit Petty en Or du Rhin. Il sonne comme le roi George dans le «Bell Bottom Blues» de Derek & The Dominos. Pur génie sonique. Et son «All The Young Dudes» est bien plus arrosé que celui de Mott. Un certain Peter Phillips y fait l’Ariel Bender. Cette mouture se situe bien au-delà de la puissance. Sweet o my Sweet explose le plafond de verre. Susanna fait sa Carly Simon avec une somptueuse mouture d’«You’re So Vain». Elle est dessus, chaude et chaleureuse, et ils duettent encore une fois comme des cakes. Susanna chante comme un oriflamme. Ils tapent aussi dans le Dead avec une mirifique cover de «Sugar Magnolia». Fabuleuse allure, avec de la pedal steel. Puis ils tapent dans les Raspeberries avec «Go All The Way» - THE Eric Carmen, nous dit Sweet o my Sweet dans ses liners du diable. Pure magie ! C’est un hymne. Avec «Gimme Some Truth», Sweet o my Sweet se fond dans le génie de John Lennon de toutes ses forces. C’est wild de pénétration. Il mêle sa bave à celle de Lennon et ça donne une cover historique, écrasante. Ça monte encore d’un cran avec «Maggie May». Susanna fait sa Rod. Pur genius de back at school. T’es ravagé de frissons et de stole my heart/ But I love you anyway. Ils terminent avec l’«Everything I Own» de David Gates, forcément un hit énorme, puis le «Beware Of Darkness» du roi George - Our favorite Beatle - avec Dhani Harrison dans le studio - Watch out now - Pur jur royal. C’est un album d’une qualité éperdue. 

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             Under The Covers Vol. 3 est nettement moins Ali-Baba. C’est même une petite arnaque. Tu ne sauves qu’une seule cover, celle du «Kid» des Pretenders. Susanna fait sa Chrissie et elle colle bien au papier. T’entends une bassline de rêve : il s’appelle Dennis Taylor. Ça groove dans la couenne du mythe. C’est même presque meilleur que l’original. Rick Menck te bat ça sec et Susanna fait bien son sucre, woo-ohh ! À l’extrême rigueur, tu sauves aussi la cover du «Girl’s Talk» de Dave Edmunds, mais la qualité des choix baisse nettement. C’est bien qu’ils rendent hommage à Dave Edmunds, mais c’est une compo de Costello. Susanna s’y colle, elle est royale sur ce coup-là. T’as la féminité US bien balancée. Avec ce volume 3, Sweet o my Sweet tape en fait dans le ventre mou du rock US avec REM, les Go Go’s, Tom Petty. Ça pue le rock FM. Il préfère taper un obscur débris des Db’s plutôt que d’attaquer un Dwight Twilley Band. Cette grosse power pop est sympa (le mot qu’on sort quand on ne sait pas quoi dire), mais ça n’arrivera jamais à la cheville de Todd ou d’Eric Carmen. Sweet o my Sweet et Susanna gaspillent de la salive sur des cuts médiocres («Free Fallin’» de Tom Petty, «The Bulrushes» des Bongos, et le plus insupportable, «Our Lips Are Sealed» des Go Go’s). Ils continuent à s’enliser en tapant dans les Smith («How Soon Is Now») Déjà, les Smith c’est pas terrible, alors une cover, t’imagines le désastre. Encore pire : «More Than This» de Roxy. Elle fait sa Bryan Ferry, c’est une catastrophe. Ils tapent dans la pire époque de Ferry Roxy, l’époque putassière. Leur cover du «Towers Of London» d’XTC peine à jouir. Déjà, le cut n’avait rien dans la culotte, alors t’imagine le bobine de la cover. Puis ils tapent une cover du «Killing Moon» d’Echo & the Bunnymen. Ils trouvent ça beau. Quelle dégringolade ! On est passé du sommet (Brian Wilson, Todd Rundgren) aux bas-fonds. Ainsi va la vie.

    Signé : Cazengler, Matthew Suie

    Matthew Sweet & Susanna Hoffs. Under The Covers Vol. 1. Shout! Factory 2006

    Matthew Sweet & Susanna Hoffs. Under The Covers Vol. 2. Shout! Factory 2009

    Matthew Sweet & Susanna Hoffs. Under The Covers Vol. 3. Shout! Factory 2013

     

    Wizards & True Stars

     - Mavis serre la vis

    (Part Four)

     

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             Mavis attaque sa carrière solo en 1969 avec Mavis Staples. Elle porte une étoile

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    argentée sur le front. Elle attaque avec « Until I Met You », une belle Soul de Broadway. Une basse à tête chercheuse la suit fidèlement. Il s’agit bien évidemment de David Hood. Retour au Stax Sound avec « Sweet Things You Do ». Steve Cropper veille au grain. Mavis tape dans le dur avec « You’re Driving Me (To The Arms Of A Stranger) ». Bassman Hood ergote derrière. Mavis règne sans partage. Elle tape dans le « Security » de Solomon Burke. Cette merveilleuse garce titille ses syllabes. Elle tape aussi dans le « Son Of A Preacher Man » d’Aretha. Attention, voilà « Chained » ! - Hey hey hey babe come back home - Mavis lance l’assaut. Crop gratte ça à la vie à la mort.

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             Un an plus tard, sort son deuxième album solo Only For The Lonely. Sur la pochette, on ne voit que son œil maquillé. Il faut attendre le slow fatal « Since I Fell For You » pour retrouver la grande Mavis, celle des balladifs élégiaques. Pure merveille d’élévation casuistique. Elle démarre ensuite « What Happened To The Real Me » en bas de la côte et  remonte frapper à coups redoublés aux portes d’airain. Édifiant ! On dirait du Jacques Brel ! Elle campe sur ses positions avec « Don’t Change Me Now » et nous régale d’un slowy slowah trompeté. Retour à la Soul de basse ronde avec « That’s The Way Love Is ». Le riff avance tout seul en dansant sur ses pieds et il devient tout bonnement le groove le plus joyeux et le plus libre du monde.

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             En 1977, Mavis chante sur la BO d’un film qui s’intitule A Piece of The Action. L’ouverture du bal se fait avec « Chocolate City », une belle édulcoration funkoïde. C’est l’âge d’or du funk seventies. « Orientation » est un énorme jerk de cave. C’est même un jerk de cave de punk, là où tous les délinquants dansent jusqu’à l’aube dans la fumée et le chaos des coups de reins. C’est le jerk des origines, le beat des profondeurs. Par contre, le morceau titre de l’album est un groove bien élevé. Mavis sait tenir sa boutique, même avec des violons dans l’air. Elle nous sort le meilleur groove de satin blanc.

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             Elle se retrouve en 1979 à Muscle Shoals avec Jerry Wexler pour enregistrer Oh What A Feeling. Ça commence par de la diskö, mais une belle diskö, celle des jours heureux. Puis elle revient au boogie avec « Let Love Come Between Us ». On sent la grosse équipe derrière Mavis, David Hood et toute la bande. Il faut attendre la B et « If I Can’t Have You » pour renouer avec le bon groove de Muscle Shoals - Han Han - Mavis le pousse pour qu’il avance. C’est le groove tendancieux par excellence, gratté sur deux notes en demi-teinte.

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             La pochette de Time Waits For No One n’inspire pas confiance, même si Mavis y est particulièrement séduisante. Raison pour laquelle cet album s’est retrouvé dans les bacs à soldes. Prince qui a produit l’album voulait absolument Mavis, comme Sly Stone avant lui. Prince était alors le roi du monde et on ne pouvait rien lui refuser. Quand elle le rencontra, elle craqua. Il était trop beau. Prince avoua qu’il était fasciné par elle. Ils firent donc cet album. Au dos de la pochette, Mavis se fend d’un texte terrible à propos de son père : « I’ve been very fortunate to have the world’s eldest teenager for a dad. ». On croit entendre de la diskö, mais non, c’est le funk de Prince. Sur « Interesting », il bat le beurre. Il nous emmène sur la planète funk.  « Come Home » est un groove à la Womack. Les choses prennent une tournure encore plus sérieuse avec « Jaguar », pur Prince, gros beat funky, joliment troussé et bien bâti. Le son de Prince reste très original et ne se mélange pas au petit peuple. Prince aura tenté de moderniser le funk. On tombe sur « Train » en  B, monté sur un beau beat. Mavis n’a plus qu’à se laisser porter. C’est cuivré, bien ficelé et radieux. On tombe ensuite sur un merveilleux hommage aux vieux héros de la Soul, « The Old Songs » - Learning how to do the chachacha/ Back when Sam Cooke was hot/ Twisting the night away - Impressionnant, sensible et en plein dans le mille. 

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             Que trouve-t-on sur The Voice paru en 1993 ? Quelques énormités, bien sûr. À commencer par « House In Order » qui sonne comme un hit de Sly Stone. Monté sur un beat rentre-dedans. On retrouve le grand rumble de Sly, celui de « Dance To The Music ». On appelle ça un rouleau compresseur - Hear me tell the two of you to go to HE double L/ And if you’re feeling froggy leap ! - Mavis nous fait avec « You Will Be Moved » le coup du cut qui explose au troisième tour. On tombe plus loin sur un groove extraordinaire, « The Undertaker », qu’elle prend par les cornes - Mercy ! Calling mercy ! - Elle chante avec le même harsh que James Brown - Don’t go with the crack/ You might never come back - Elle met en garde, elle essaye de sauver le peuple noir - Mercy mercy - Elle refait sa James Brown avec « Melody Cool ». Solo de trompette à la Miles Davis. Tout est absolument dément sur cet album. Encore un groove des enfers avec « Kain’t Turn Back » qu’elle chante en mode hip hop new-yorkais. Elle reste à la pointe du combat. C’est dingue comme les blacks savent faire des disques !

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             Nouvel album en 1994 : Mavis Staples. « Failing In Love », sonne comme un gros groove bien martelé. Elle le met aussitôt en extension. Elle sait forer un tunnel sous le Mont Blanc. Puis elle tape dans un funk de zone B intitulé « Show Me ». C’est excellent car monté à chaud, frappé à l’enclume. Elle y va ! Mavis écartèle les Ravaillacs, elle bouscule les barricades. Elle gargouille tellement d’énergie que son funk fait du sur-place.  Encore un shoot de funk universaliste avec « It Only Happened ». Elle frise le Marvin. On sent que le gospel remonte en elle. Puis elle nous fait le coup de la diskö de la mortadelle avec « Holding On To Your Love  . Elle explose la pauvre diskö et du coup, ça devient un hit énorme. Derrière elle, les mecs jouent comme des diables. Un vrai carnage ! Même chose pour « So What You Started », joué à la vie à la mort. 

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             Elle enregistre Have A Little Faith en 2004. Elle rend une nouvelle fois hommage à son père avec « Pops Recipe », et derrière elle, ça roule en mode funky-booty - Respect ! Humanity ! Oh Pops ! Talk about a recipe ! - On n’en finira plus de danser avec les Staples. Mavis ramène toute l’énergie du gospel dans «  A Dying Man’s Plea ». On observe sa photo sur la pochette tout en l’écoutant chanter et on admire sa beauté, son regard prenant. Attention à « I Wanna Thank You », car c’est un  groove rampant. Mavis perpétue la tradition du Staples Sound, une Soul lumineuses. Coup de génie encore avec « I Still Believe In You ». Mavis shake le shook mieux que personne. Elle règne sur la planète funk. Elle prend « At The End Of The Day » au bas de l’intimisme. « There’s A Devil On The Loose » sonne comme une petite java superbe et tentaculaire. Et on retrouve cette tendance au corporatisme qui caractérisait si bien les Staples avec « In Times Like These », un balladif ambitieux qu’elle embarque au paeadis - Everybody ! Everybody ! - et ça explose ! 

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             En 2007, elle sort We’ll Never Turn Back. Sur les douze titres, sept sont des hits. La fête commence avec « Down To Mississippi », une compo de JB Lenoir. Ry Cooder l’accompagne. Mavis injecte toute la grandeur du gospel dans son cut - Down in Mississippi where I was born/ Where I come from - Elle sublime les témoignages - All the old ladies started up in there - Et Ry gratte sa mandoline. « Eyes On The Prize » est monté sur un beat tribal et elle revient au fleuve des origines avec « In The Mississippi River ». Elle no-no-no-note au long cours et nous plonge dans le génie du groove. On sent le ressac du fleuve. Mavis revient au gospel avec  « On My Way » - I asked my sister come go with me/ I’m on my way -  L’art ancien par excellence. Avec « 99 And 1/2 », elle monte au front sur un beat étrange. Ry fait un drôle de cirque que Mavis développe comme un hit des sixties - Freedom now ! - C’est embarqué à la transe. Le petit riff chinois de Ry court toujours. Dans « My Own Eyes », elle raconte son enfance - I was just a little girl - et rend hommage a son Pops - Keep together with your brothers & sisters/ Alright Pops ! - Elle revient à l’énergie du gospel pour chanter « Turn Me Around ». Et avec le morceau titre, elle affirme qu’elle ne retournera jamais sa veste.

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             Ah, il existe un album live de Mavis, Hope At The Hideout paru en 2008 où on retrouve une version énorme de « This Little Light Of Mine ». Elle y chauffe le gospel et tape dans la transe pure. Elle reprend aussi le vieux hit des Buffalo Spingfield, « For What It’s Worth » - Stop that sound everybody was going down - Avec « Eyes On The Prize », elle sert à son public un heavy blues au gras double. C’est là qu’on découvre ce fabuleux guitariste : Rick Holmstrom. Yvonne Staple chante dans les chœurs. C’est énorme ! Mavis reste dans l’heavy blues pour « Down In Mississippi » - where I was born - mais avec « Waiting For My Child », elle en fait trop. Elle reprend sa respiration comme une grosse baleine essoufflée. C’est intolérable de la part d’une Soul Sister. Repends ton souffle discrètement, camarade ! On a aussi une version de « Freedom Highway » jouée groove des Staples. Fabuleuse section rythmique ! Mavis la prend au chant musclé et dans les chœurs, il y a tout le gospel du monde. Rick Holmstrom gratte ses accords en réverb. Elle présente plus loin « Will The Circle Be Unbroken » - The very first song that Pops taught us - Dans le salon, Sister Cleo, Yvonne, brother Pervis and me, and the rest is history !

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             Jeff Tweedy tombe sous le charme de Mavis et produit en 2010 You Are Not Alone. Encore un big album, un de plus. Elle attaque en mode gospel avec « Don’t Knock », et un mec slappe une stand-up derrière. Les chœurs lâchent des oh yeah rapides. Mavis connaît bien le système. Elle a fait ça tout sa vie. Avec « Downward Road », elle ressort un vieux coucou de Pops pour inventer le gospel garage. Elle en fait du gospel bound for glory, elle chante devant comme lancée au galop, en vraie Mavis, la petite reine des Staples, elle sort son meilleur timbre fêlé et toute sa niaque de gamine. Elle est complètement démente, elle en rajoute toujours, elle gueule et ça barde ! Elle chante ensuite « In Christ There Is No East No West » en mode country-rock éclairé. C’est Tweedy qui arrange, et ça reste étrangement neutre. Il faut attendre « I Belong To The Band » du Reverend Gary Davis pour renouer avec le beat de Gévaudan. Elle relance l’assaut. Elle revient sans cesse à son vieux gospel - Hallejuhah ! Hallejuhaha ! - Elle lui botte le booty. Pur jus de r’n’b primitif au parfum de gospel. Tu veux danser à l’église ? Alors vas voir Mavis. Le « Last Train » d’Allen Toussaint est joué aux baguettes, elle choo-choote et rassemble tous les trains en gare. Ça bascule dans la Stonesy. On se croirait dans « Gimme Shelter » ! « Only The Lord Knows » sonne comme du gospel éléphantesque. Jeff Tweedy gratte ça sur sa gratte ultra-saturée et jette dans le gospel un peu de diablerie. Il gratte même carrément en fuzz. Sa purée fume dans l’église. Ils chantent « We’re Gonna Make It » à deux et c’est beaucoup trop rock dans l’approche. Mavis sonne comme une pute du rock. On sent les limites de ce genre de collaboration. Tweedy est moins respectueux que Ry Cooder qui associait Mavis à ses ré-arrangements de chants traditionnels. Ce n’est pas le cas de Tweedy qui de toute façon cherche un son trop rock qui n’a plus rien à voir avec le monde magique des Staples.

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             Mavis dédie son album One True Vine à sa sœur Cleotha - In loving memory of my sister Cleotha « Cleedi » Staples - Jeff Tweedy produit à nouveau l’album. Mavis attaque avec un gospel pur, « Holy Ghost » et elle enfonce son coin dans la porte de Dieu. Elle frise la démence de douce surtension. Elle tape dans le « Can You Get For That » de George Clinton, épaulée par des grattes et un gros beat des enfers. Mavis va chercher le gospel au plus profond d’elle-même. Denny Gerrard fait le baryton derrière Mavis. Il fait des renvois à la manière d’Ike. Toutes les énergies du peuple noir sont là. Puis Tweedy lui fait chanter du Nick Lowe. Ça n’a strictement aucun intérêt. On revient au gospel avec « What Are They Doing In Heaven Today ». Mavis joue bien sa carte et déverse ses vieilles bondieuseries. Mais Tweedy s’arroge encore tout le tremblement des arrangements. C’est horrible ! Quelle prétention ! Ce mec est incapable de s’effacer devant Mavis. Même chose pour « Sow Good Seeds » - Everybody/ On the mountain/ In the valley - Tweedy tape encore dans le domaine public. Mais pour qui se prend-il ? En chantant le gospel avec Mavis, s’achète-t-il une bonne conduite ? Besoin de crédibilité ? Retour au r’n’b avec « Like The Things About Me ». Ouf on respire. C’est du Pops. Du vrai gospel batch et Mavis reprend espoir, on la retrouve pure et dure. Mais Tweedy lui fait chanter d’autres cochonneries, alors on sort fâché de cet album.

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             Don’t Change Me Now pourrait bien être la compile du diable. C’est sorti sur Ace en 1988 et ça recouvre trois décennies de chaud bouillant mavissien. Ouverture des festivités avec « Ready For The Heartbreak », un groove de gros popotin à la Aretha. Elle l’embarque directement au paradis des jukes avec une aisance terrifiante. C’est du gros bougé des bras, on jerke d’évidence. Mavis sait driver le jive de juke, pas de problème, elle sait mener le jeu. Encore du haut de gamme avec « Sweet Thing You Do ». Il faut se faire à cette idée : Mavis ne sait pas faire autre chose que du haut de gamme. Elle jerke le r’n’b mieux que toutes les autres, elle a ça dans la peau. En écoutant « You’re Driving Me (To The Arms Of A Stranger) », on réalise qu’elle est capable de transformer le plus mièvre des balladifs en caverne d’Ali-Baba. Quelle poigne ! Tout repose sur son souffle et son énergie. Encore de la pure jute de juke avec « The Chokin’ Kind ». Jerk de première main. Te voilà au paradis des jukes. Encore du brut avec « A House Is Not A Home ». Mavis fait comme les autres, elle tape dans le brut. Elle décolle facilement, Attention, il ne faut pas la prendre pour une blanche ! Elle sait négocier un virage à 200 à l’heure et accélérer au bon moment. Elle sait surtout développer une puissance expressive teintée de génie gospellique. Et voilà qu’elle tape dans « Security ». On a tout, les trompettes et les funky guitars. Ce standard d’Otis déjà repris par Solomon Burke, les Saints et Doctor Feelgood n’a plus de secret pour personne. Mavis s’en sort évidemment avec tous les honneurs - Ouuuh baby - Elle shooke le shake du cut comme il faut. Attention avec « Pick Up The Pieces » ! Elle lui saute à la gorge, le mord et ne le lâche pas. C’est un groove de r’n’b complètement dément - I don’t wanna lose you baby - Arrange-toi avec ça - Gotta look to pick up the pieces baby - Là, on est dans l’intelligence du r’n’b. « Chains Of Love » est un blues nocturne dément - I’m your prisoner/ Tell me what you’re gonna do - Mavis tape un peu plus loin dans un beau cut de Brook Benton, « Endlessly ». Elle l’anime avec toute l’énergie du gospel. Elle ramène toute sa science dans la compo de Brook et elle l’élève. Ça devient un hymne. Mavis le monte étape par étape, avec une aisance insolente. Elle pulvérise Broadway, sa façon de balancer oh my love en dit long sur l’ampleur de son génie. Mavis sait donner du temps au temps d’un cut. Elle donne la pleine mesure de son génie. Des petits chœurs féminins lui viennent en aide - Oh my soul - Démence d’attaque pour « You’re The Fool », elle tape ça d’un ton terrible. C’est du très gros niveau, elle se fêle la voix et bat tous les records de charme incendiaire. Encore une merveille absolue avec « Since I Fell For You », beau et terriblement lent, un slow maléfique, un absolu de beauté, c’est même le slow ultime, indicible et inspiré, d’une grandeur extravagante et Mavis se dresse dans le crépuscule comme une géante. Avec « What Happened To The Real Me », elle fait tout simplement trembler le monde, tellement elle chante d’autorité. Et puis elle rejoint Bobby et Marvin au paradis du groove en chantant « It Makes Me Wanna Cry ». Voilà encore une merveille à la fois élégante et explosive, du pur génie.  Elle dispose du génie le plus volatile, le plus absolu, le plus humain - It makes me wanna cry sometimes.

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             Toujours avec Tweedy dans les parages, Mavis enregistre Your Good Fortune, un EP quatre titres bien sanglé. Le morceau titre sonne comme un groove insistant plein d’écho. Elle passe au groove plus léger avec « Fight ». Elle pulse avec l’élégance d’une reine de Nubie et s’arrange d’un groove aux consonances étranges, digne de ceux du p’tit Bobby. Sacrée Mavis, elle renoue avec le jive du fleuve que lui enseigna jadis Pops. Voilà encore un cut terrible, ramassé aux grosses nappes d’orchestration. Aw Lord have mercy on my soul, clame-t-elle dans « See That My Grave Is Kept Clean ».

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             Livin’ On A High Note paraît en 2016. Tweedy est dégagé et Mavis revient à un son pur r’n’b. Ouf ! Elle attaque avec un « Take Us Back » merveilleusement groovy et un son de rêve. C’est admirable de blackitude. Elle chante « If It’s A Light » avec la passion de Saint-Mathieu, elle se situe dans la cuisine de l’élévation apostolique. On retrouve enfin cette prodigieuse surdouée de la Soul. Elle revient aux basslines bien grasses et au groove de base avec « Action » et élève encore le débat avec « High Note », un mid-tempo d’envolée prévisible, chanté avec la puissance pénultième des années staplées, tout le feeling du gospel se fond dans le groove de la pop black et ça devient énorme. Ça sonne comme un hit planétaire. Chose curieuse, on pense aussi aux Stones. Elle enfile les cuts comme des perles de r’n’b, « Don’t Cry » qu’elle chante du menton et « Tomorrow » cuivré comme au temps de Stax. On a aussi un « One Love » gratté à la sourde par M. Ward et Mavis retrouve ses marques avec « Jesus Lay Down Beside Me », accompagnée par Rick Holmstrom.  Voilà les deux hommes clés : M Ward et Rick Holmstrom.

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             Manque de pot, Tweddy revient sur If All I Was Was Black. On lit même son nom sur la pochette. Alors on prie pour la mémoire de Pops. Et ce qu’on redoutait se produit : Tweedy sort un son beaucoup trop blanc pour Mavis. Mavis serait-elle domestiquée par ces blancs affamés de reconnaissance ? Quelle horreur ! Avec « Little Bit », on se croirait chez les Back Keys. Mavis ramène sa hargne, et les filles envoient des chœurs dignes de ceux qu’on entendait au fond des soutes des négriers. Il n’est pas certain que Tweedy rende service à Mavis avec un tel parti-pris sonique. Mavis reprend du poil de la bête avec le morceau titre, une sorte de r’n’b joyeux, gonna love. Elle tape là au cœur du jerk de juke, elle le sublime à coups de réflexes sixties. Elle reprend toutes les étapes du jerk, and it’s time ! Elle porte le flambeau, mais un horrible solo vient ruiner ses efforts. Avec les cuts suivants, la pauvre Mavis se voit contrainte de chanter du rock de blancs et ça pose un sacré problème. Comme si Tweedy n’avait rien compris. Mavis chante une sorte de mauvais rock FM. L’album prend une tournure tragique. On prie pour qu’elle s’en sorte. Le problème, c’est qu’elle chante les compos de Tweedy. C’est une véritable arnaque. Tout est mauvais, mal foutu, la voix géniale de Mavis ne colle pas avec ce pâté de foie. Ça se dégrade encore avec « Peaceful Dream ». Tweedy embarque Mavis dans un blues pompé. Comment ce blanc ose-t-il signer un pompage de vieux nègres des champs ? On patauge dans l’horreur. Mavis co-signe « No Time For Cryin » et un faible espoir se met à luire. Car voilà un heavy r’n’b solide et bienvenu - We’ve got work to do - Mavis revient à son cher militantisme - No time for tears - mais les guitares blanches bouffent le cut. Il faudrait celle de Pops, ici. Ce son est une injure à la grandeur du peuple noir. Mavis leur arrache le cut des mains et tisonne son so much work to do, alors cet imbécile de Tweedy ramène des guitares du Velvet qui n’ont strictement rien à voir. Quel gâchis ! Elle tente de sauver l’album avec « Build A Bridge » et renoue avec l’over the mountain d’antan. Tweedy ose co-signer le gospel « We Got High », et avec « Try Harder », ils reviennent au rock blanc. On ne comprend pas que Mavis se soit prêtée à ça. Il est arrivé la même aventure à Bettye LaVette qui se plaignait qu’on la fît chanter du rock de blancs. Et puis avec « All Over Again », Tweedy se prend pour Skip James. C’est l’horreur ! Cette concoction ne sent pas bon. Ça manque totalement de crédibilité. Tweedy tente de se faire passer pour ce qu’il n’est pas, pour un virtuose de cabane branlante, mais pour ça, il faut avoir travaillé toute sa vie pour des nèfles. Tweedy est tout le contraire de cette culture, il est une sorte de carpetbagger claptonien. Il s’accapare des choses qui ne lui appartiennent pas. Quelle honte !

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             Mavis revient dans l’actu de 2019 à trois reprises : un Live In London, puis un We Get By produit par Ben Harper (et ça change tout) et enfin un concert inespéré à Paris. Le Live In London vaut son pesant d’or. La foule claque des mains, ça veut dire ce que ça veut dire. Mavis impose un sacré pathos de deep history sur le monde moderne. Elle crochète son « Love & Trust » à la vieille arrache de Chicago. On la voit travailler ses cuts sous le boisseau, elle fait du Wolf avec « Who Told You That » et Rick Holmstrom joue si sec ! Hank you ! Elle fait un duo d’enfer avec un nommé Donny Gerrard dans « Slippey People ». Mavis est déchaînée, ils shakent à deux tout le shook du monde. La température monte violemment avec « Take Us Back ». Mavis ne fait que la Soul extraordinaire. Elle jette toutes ses forces dans la bataille. Elle atteint au génie avec « No Time For Cryin’ ». Elle retrouve sa fantastique énergie primitive. Le public stompe le beat - No time for tears/ We’ve got work to do - C’est l’appel au réveil, le grand message de Pops. Message d’autant plus beau qu’il est politique. Elle monte la transe au maximum -  All over the world/ It’s a mean old world we’re living in - On reste dans le génie interprétatif avec « Can You Get To That ». Mavis nous habitue au confort de l’heavy doom. À sa façon, elle démonte la gueule du groove. Quel sens du punch ! Donny Gerrard fait le wanna know de baryton. Puis Mavis se coule sous la peau du groove pour interpréter « Let’s Do It Again ». Elle devient littéralement magique, sometimes it rains, elle groove à gogo - Let’s do it in the morning/ Sweet lovin’ - Le baryton vient caresser le groove entre les cuisses et ça devient spectaculaire. Elle explose la salle. À la fin, elle se marre - I feel like a butter finger - C’est une reine et la salle explose. Elle rend hommage à Curtis Mayfield avec une sweet cover de « Dedicated». Elle sait de quoi elle parle. Elle monte là-haut sur la montagne comme Aretha dans «We’re Gonna Make It », mais en plus guttural. Elle devient folle à la fin du set avec « Happy Birthday » et « Touch A Hand » -  Make some noise ! - Elle allume comme une dingue. Make some noise ! Trop tard. Personne ne peut plus rien pour elle.

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             Brad Cook produit Sad And Beautiful World. Elle attaque son «Chicago» à la grosse tension, avec le sorcier Rick Holmstrom sur sa lead guitar. Mavis a du monde derrière elle : Brad Cook on bass, MJ Lenderman (le mec de Wednesday) et Bonnie Raitt dans les backings. «Beautiful Strangers» sonne incroyablement bien - Oh my Lawd carry me home - Elle ramène son vieux gospel. Elle plonge aussi dans l’r’n’b avec «Human Mind» - Gawd bless the human mind - Ça pourrait presque sonner comme une Beautiful Song. Mavis a gardé sa niaque de jeune blackette, comme le montre «Godspeed». Elle a du free et du banjo. Et ça repart au prêche-pour-des-prunes avec «We Got To Have Peace». La paix n’est pas de ce monde. Mavis livre des combats d’arrière-garde. Elle fait de la Deep Soul avec «Satisfied Mind» et du classic Staples Singers avec «Everybody needs Love». On tourne en rond.  

    Signé : Cazengler, Mavicelard

    Mavis Staples. Mavis Staples. Volt 1969

    Mavis Staples. Only For The Lonely. Volt 1970

    Mavis Staples. A Piece Of The Action. Curtom 1977

    Mavis Staples. Oh What A Feeling. Warner Bros Records 1979

    Mavis Staples. Time Waits For No One. Paisley Park 1989

    Mavis Staples. The Voice. Paisley Park 1993

    Mavis Staples. Mavis Staples. HDH Records 1994

    Mavis Staples. Have A Little Faith. Alligator Records 2004

    Mavis Staples. We’ll Never Turn Back. Anti- 2007

    Mavis Staples. Live. Hope At The Hideout. Anti- 2008

    Mavis Staples. You Are Not Alone. Anti- 2010

    Mavis Staples. One True Vine. Anti- 2013

    Mavis Staples. Your Good Fortune. Anti- 2015

    Mavis Staples. Don’t Change Me Now. Ace 1988

    Mavis Staples. Livin’ On A High Note. Anti- 2016

    Mavis Staples. If All I Was Was Black. Anti- 2017

    Mavis Staples. Live In London. Anti- 2019

    Mavis Staples. Sad And Beautiful World. Anti- 2025

     

    *

             Ça me turlupinait depuis un moment. Depuis le 22 janvier 2026 exactement puisque vous voulez tout savoir. Dans la livraison 720 des Chroniques de pourpre, j’avais rédigé quelques pages, élogieuses, sur Kassi Valazza. Des vidéos enregistrées en public. Oui mais un regret me taraudait, elle a déjà sorti quatre albums et un quatre-titres, le dernier est sorti en mai 2025, mais c’est le précédent sorti en 2023  qui m’attirait. Sans l’avoir écouté.

    KASSI

    VALAZZA

    KNOWS

    NOTHING

    (Full ad Gravy Records / Mai 2023)

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    Une belle pochette. Difficile de faire davantage country–idyllique, pleine nature, au premier plan une jeune femme assise au milieu d’un champ d’herbe folles et de fleur sauvages, presque une image médiévale de belle Dame, mais pas sans mercy, avec une guitare. L’on n’est pas au paradis, mais presque, dans une certaine Amérique fantasmée en cliché d’Epinal.

    Soyons franc, ce qui m’a intrigué c’est le titre, Kassi Vaza knows nothing, socratique en diable. Que veut-elle dire, qu’elle ne connaît rien, qu’elle ne sait rien… Difficile de la croire. Et pourquoi ces yeux fermés. Certes si vous refusez de voir le monde, vous ne pouvez rien apprendre. Ou alors c’est que vous apercevez, des choses, des ombres, qui   sont invisibles à la plupart d’entre nous.

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    Jay Cobb Anderson : guitare et basse électriques / Tyler Thompson : drums / Sydney Nash : organ, piano, cornet, guitare acoustique 12 cordes, basses / Lewi Longmire : piano, basse électrique, fiddle, pedal steel guitar, trompette, vocal / Taylor Kingman : vocals, basse électrique, guitare électrique, pedal steel guitar, guitare acoustique /  Kassi Valazza : vocal, guitare acoustique, guitare acoustique guitare 12 cordes.  

    Room in the city : pas de fausse route, pléthore instrumentale, for sure, mais si vous imaginez les envolées lyriques d’un orchestre philharmonico-folk, vous êtes dans le faux. Taisez-vous et tendez l’oreille, ce n’est pas le genre de la maison Valazza. Kassi pose sa voix, c’est quasi tout. De temps en temps un instrument essaie de se faire entendre, ici par exemple la pedal steel, je ne voudrais pas jouer le méchant, mais ils ne seraient pas là, l’on ne s’en apercevrait pas, car Kassy pose sa voix et cela suffit. Ce n’est pas qu’elle en fait trop, c’est que l’on a l’impression qu’elle en fait le moins possible, pas une seule fioriture, pas de montée abrupte dans les aigus, pas de descente folle dans les graves, une route plane, mais chaque mot posé juste à sa place et à la place juste. Le pire c’est qu’elle pose des mots simples. Nul besoin d’être agrégé d’anglais pour comprendre, toutefois attention, l’écriture est elliptique, à chaque couplet le décor change, mais elle ne le dit pas, vous comprenez ainsi pourquoi elle chante les yeux fermés, tout se passe dans sa tête, Kassi fait semblant de chanter, elle pense à haute voix. C’est un peu le mystère de la chambre jaune cher aux lecteurs de Gaston Leroux, où est-elle au juste, dans la chambre ou dehors dans la présence du passé, ou dans l’absence de la réalité. En bonne américaine, dans sa voiture, mais conduit-elle pour retrouver son passé ou s’en éloigner, en tout cas, ce qui est certain, elle évoque le ciel bleu, vous ne le voyez pas, pourtant vous êtes en train de vous enfoncer dans le blues de l’existence. Rapture : vous avez une espèce de cliquet qui résonne toutes les trois secondes, sans doute pour que vous ne relâchiez point votre attention, elle conte, sans se presser, close en elle-même, parle-t-elle d’avant, de maintenant, d’après ou plutôt de déjà, c’est un peu comme si vous suciez un gros bonbon de cyanure, une espèce de médicament long playing comme il est écrit sur les boîtes pour indiquer que leur effet durera durant vingt-quatre heures, prenez garde, celui-ci vous empoisonnera toute votre vie, peut-être parce que vous regrettez de l’avoir pris, ou refuser de l’avaler. Les rêves qui vous ravissent sont aussi dangereux que ceux que vous ne menez pas à terme. La route qui mène les moutons à l’abattoir est aussi belle que celle qui les ramène à la bergerie. Nos existences nous tuent lentement, mais sommes-nous vraiment pressés. Corners : Kassi semble davantage

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    présente dans son chant que dans les deux morceaux précédents, le rythme, ce mot est trop fort, le tangage légèrement accentué, ce n’est pas un hasard, elle se dévoile un peu plus, elle vous traîne dans les coins les plus sombres de son cerveau, dans les chambres obscures que d’habitude l’on cache, elle parle de son intimité, de son rapport difficile aux hommes, de ses contradictions, elle aime mais elle est incapable de rester aux côtés de celui qu’elle a choisi, il lui faut partir, il n’est peut-être pas parfait, elle aussi tout de même possède un gros défaut, celui de ne pas  être heureuse même à un-demi millimètre du bonheur. Qui ne saurait être fou comme le proclame Jean Giono. Watching planes go by : elle a un peu trop parlé d’elle-même dans le morceau précédent alors elle parle de Michael, les instrus en profitent pour faire les beaux, et ils sont diantrement bons, un festival de sonorités, mais Michael blessé aux pieds s’ennuie, il regarde les avions passer, que d’ennui les instruments font naufrage, le monde court à vau-l’eau, tout semble perdu… très belles images poétiques de galions naufragés, alors Kassi s’empare de la roue du vocal, elle raconte l’impossible, la basse fait la roue, courage elle revient, elle court vers toi Mickael… sans doute un de ces récits phantasmatiques que l’on se raconte lorsque la vie ne nous satisfait pas, l’on se donne le beau rôle, l’on sauve l’’Humanité en sauvant un seul être humain, mais l’on n’y croit guère, puisque l’on ne s’est pas sauvé soi-même… Splendide.  Song for a season : cette fois les instruments fondent en larmes, de toutes les musiques du monde la country est celle qui sait le mieux pleurer, quittons ces oiseuses généralités, une chanson d’amour pour employer une expression galvaudée, une chanson d’incertitude, l’on doute de soi, l’on doute de l’autre, ce que qu’Heisenberg a théorisé en Principe pour la mesure des atomes peut aussi s’appliquer pour les cœurs humains. Maintenant Kassi doute surtout d’elle-même. Elle refait sans foi le même puzzle, il lui manque toujours une pièce : celle qui la représente. Ecoutez le bruissement de la trompette qui annonce le pire. Long way from home : les Amerloques toujours sur les routes, celles de Kassi sont surtout intérieures, elle rumine, le morceau avance lentement, elle règle ses comptes, elle refait le film, le même scénario, mais l’ordre du montage change la donne, elle aimerait être encore plus cruelle, elle a beau bouleverser l’ordre des séquences, elle tourne en rond comme un loup dans sa cage. Il n’en sortira pas. Il n’est pas dans la cage, la cage est en elle. Canyon lines : une chanson pour sortir de soi, le portrait d’une femme, quel

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    hasard, chronique des gens aussi malheureux qu’elle, les instrus sur la pointe des pieds, peut-être parce qu’ils n’en savent rien, rappelez-vous le titre de l’album, même au plus profond de soi que sait-on de soi-même, quant à la connaissance des autres, n’en sait-on pas encore moins. Un portrait, chaque note comme un pointillé noisique du dessin, quant à la voix elle ne tient pas le crayon, elle se contente de regarder. Les canyons alignés les à la suite des autres ne sont-ils pas comme des lignes de vers qui fuient dans la même direction mais qui ne se rejoignent jamais. Smile : on ne vous la fait plus, vous vous attendez encore à une chanson triste, vous avez raison. Toutefois je dirais plutôt désabusée. Si vous ne me croyez pas regardez la vidéo, elle a une large entaille rouge sur le visage, de grosses lèvres rutilantes de clown, les musicos non plus ne font pas les rigolos, ils ne sont pas fadas ils vous jouent le country pas fade du tout, mais en mode fado à la saudade portugaise. Il est parti. Elle était bien avec lui. N’a pas fait d’efforts pour le retenir. Chacun son chemin. Le sien est de solitude et de non- accomplissement. Welcome song : frôlements de guitare, Kassi chante l’incomplétude de son âme, cette impossibilité d’ouvrir une porte, de s’ouvrir à l’autre, la voix lasse vous enlace, l’idée ne vous viendrait pas de la plaindre, d’ailleurs quelques étincelles de guitares vous donnent raison, elle est la prisonnière de son propre cercle, comme Pénélope quand elle détruit dans sa nuit ce qu’elle construit le jour, c’est pour rester seule, mais elle n’attend pas le retour d’Ulysse qu’elle a laissé partir. Elle règne dans le cercle de son manquement à vivre hors d’elle-même. Wildageeses : une reprise de Michael Hurley, activiste folk, compositeur, fanzineur, dessinateur né en 1941, mort en avril 2025, faut écouter sa version parue en 2009, toute de nonchalance pour agreste et la comparer avec le drame absolu qu’en fait Kassi Valazza. Certes l’on retrouve le balancement agréable de l’original, mais elle ne nous rabat pas les oreilles de la leçon écologique du patriarche Hurley qui nous susurre qu’il faut laisser les oies sauvages en liberté, non elle se présente comme l’oie apprivoisée qui s’est enfuie pour rejoindre la vie sauvage… ne tentez pas de la retenir, c’est sa nature qui la pousse à partir, à ne pas rester dans le nid douillet qui voudrait l’accueillir.

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             Rien d’exceptionnel dans cet album, aucune luxuriance, aucun appel du pied, aucune flagornerie, Kassi Valazza ne triche pas. Sa voix sans effet de glotte, son instrumentation peu encombrante, ce qu’elle raconte n’est en rien singulier, des millions d’êtres humains partagent de semblables non-interactions avec eux-mêmes et les autres… Rien de flashant, pourtant l’ensemble est fascinant, porteur d’une authenticité hallucinante. Pensez au Sphinx la nouvelle d’Edgar Poe, il suffit de regarder un insecte de près pour apercevoir un monstre. Autrement dit une chose qui ressemble à ce que vous portez au plus profond de vous.

             Née en Arizona, basée à Portland dans l’Oregon, son nom est souvent associé à celui de Joni Mitchell, de Sandy Dennis, de Karen Dalton…  

    Damie Chad.

     

     

    *

             De nombreux groupes de rock français, tous genres confondus, s’expriment en anglais, cette amorce ne désire soulever aucune oiseuse discussion. Chacun agit à sa guise. Je ne pose aucune pétition de principe envers un groupe français qui chanterait en serbo-croate. Maintenant j’avoue que parmi mes farfouillements dans les nouveautés – parfois elles m’emmènent à des exhumations de plusieurs décennies – lorsqu’il s’avère qu’une formation est issue de douce France, est-ce un atavisme pavlovnien auto-conscientisé, même si à première vue elle ne me dit rien qui vaille, je me fais un devoir de tendre une oreille vers l’opus proposé. Mais en le cas précis qui nous préoccupe si le blaze du groupe aurait pu être adopté par n’importe quel combo de n’importe quelle nationalité, les trois mots du titre de l’album, m’ont salement titillé le cervelet. J’étais sûr de tenir une bonne piste. Je n’ai pas été déçu. En plus ‘’ils’’ ne sont même pas français ! Attention c’est une longue histoire.

    ENROBEE, POUR TOUJOURS

    MEMORANDUM

    (Bandcamp / Avril 2026)

             Je ne savais rien de ce que j’allais trouver, mais il y avait cette virgule. Il aurait été écrit ‘’Enrobée depuis toujours’’ j’eusse fait la moue. Comment ne pas penser au chef-d’œuvre d’Alexandre Mathis : Maryan Lamour dans le Béton, énorme roman de 680 pages, qui clôt le vingtième siècle - celui qui commence par Marcel Proust, continue par Louis-Ferdinand Céline, culmine et se calcine en Jean Parvuleco – paru en, ceci ne saurait être un hasard, 1999. Quittons le roman, cette virgule nous fait indubitablement basculer sur les parois vertigineuses de la poésie.

             Partons du principe que nous considérons au bas mot la poésie comme l’effusion lyrique d’un ‘’ je’’ aventuré dans le chaos de son propre moi et du monde. Facile de déterminer le nom de ce ‘’je’’ dans la liste des membres de Memorandum. Nous faisons tout de suite une croix sur : Eetu Hernesmaa : keyboards, orchestration / pour nous focaliser sur : Alice Simard : all composition, vocals, guitars, lyrics and orchestration.

             Memorandum n’est qu’une des multiples implications d’Alice Simard. Je ne saurais résister à en donner la liste, dont je ne me porte pas garant de son exhaustivité : Aerodermatis, Blossom, Chiliasm, Codex Crudelitas, Coffret de Bijoux, Crasse intraveineuse, Decarnata, Eveniath, Filesharemaiden, In nake, she mended, Luminiesce, Lunam Niveis, Onchocerciasis Esophagogastroduodenumscopy, Plaguelin, Quantum Oscillations, R’luhh, Rorigore, Shiny Mawile, The Unsightly Deep, Tunicam Frondibus, Turpitude, v0000 0000000000, Vitrified Entity, Vomitarium, Zapomnienie… J’invite le lecteur à se laisser bercer par l’entassement de tous ces mots, mine de rien nous sommes au seuil et au cœur du mystère phénoménal de l’écriture poétique, quand la puissance magique du vocable, sa vibration élocutoire, influe sur le sens du mot, ne dit-on pas que la force de la gravité inflige à l’espace sa courbure. Comme si une chose ne pouvait être qu’elle-même mais en tant que la propre conséquence qu’elle exerce sur elle-même. Nous sommes au point répulsif de rencontre  zénithal et nadirien de la musique et de la poésie.

             Je reviendrai plus loin sur la couve due à Carrion Blossom.

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    Entourée de mes poèmes de douleur, je m’oublie : l’on est surpris, où est-elle, où est la douleur, dernière question cruciale où sont les poèmes, tout au plus une ligne ‘’ exilée de ma propre demeure par moi-même je suis désolée entourée de me poèmes de douleur je m'oublie ’’, il suffit de comprendre de remettre les évènements auxquels nous nous ne sommes pas conviés à leur place, le titre n’est pas une annonce de ce qui est en train d’avoir lieu, mais l’expression du lieu une fois que ce qui a eu lieu a déjà eu lieu, c’est un peu comme si je vous racontais un conte qui commencerait par ‘’il était une fois’’ et si vous attendez la suite c’est que vous n’avez pas compris que l’histoire a déjà eu lieu et qu’il ne sert à rien de la raconter, car vous n’y pouvez rien, elle est déjà terminée, rien ne sert d’épiloguer stupidement voire de se lancer dans d’infinies glossolalies qui n’apporteront rien. Il n’y a donc rien, s’exclameront les esprits positifs, si à la toute fin, elle vous susurre le minimum de ce qu’elle peut dire, cette ligne et demie en italique que je vous ai charitablement retranscrite en  début du commentaire de morceau. J’emploie ce mot de commentaire en référence à Alphonse de Lamartine qui a jugé bon de refaire paraître ses Méditations Poétiques, chacune des pièces étant suivie d’un commentaire en prose. Car si Lamartine adjoignit à ses vers  quelques lignes de prose, ici Alice Simard enferme ses fragments poétiques dans un coffret précieux, non pas de santal à la manière de Charles Cros, mais de musique. Parlons donc de cette musique, ce qui est relativement stupide car à l’encontre du poème la musique ne dit rien, elle évoque ce qui a eu lieu sans nous révéler ce qui a eu lieu. Généralement l’on se retranche derrière une formule toute faite, toute creuse, l’on dit sans oublier le trémolo grandiloquent dans la voix : la musique n’est-elle pas l’art de l’Indicible… D’ailleurs n’y a-t-il pas un peu de grandiloquence dans le début de ce mouvement, ces chœurs grondant, cette lenteur abbatiale et ces espèces de glapissements de guivre alanguie, tout un décorum, une atmosphère, le décor du chagrin, des coulées de piano pour nous dire que le temps inexorable avance alors que l’on reste figé dans une présence qui n’existe plus qu’en nous, nous nageons en plénitude funérale, en une espèce de doom dominant, l’on pense à Chopin et au chatoiement strial du pinceau vert herbé d’Ophélie, le tableau de John Everett Millais, une musique que l’on écoute pas puisqu’elle ne raconte rien, mais qui se contemple. Enrobée, pour toujours : pièce centrale du triptyque, qui a donné son titre à l’album. Non pas la même musique, mais la musique même, plus lourde, une chappe de plomb lyrique, avec un pianoti dont les notes s’immiscent davantage en vous, car c’est lorsque l’on referme son propre cercueil de chagrin sur soi-même que les yeux s’attardent sur le dernier rayon de lune, une des manières de ne pas s’ensevelir en soi, la musique vrille, se tasse sur elle-même, se cloportise, se tait, avant de s’éveiller au soleil des autres, que l’on pourrait aussi appeler le soleil des morts, ou plutôt des mortes, beauté de cet orgue funéraire, un keyboard qui se saborde, car l’on n’échappe pas à son époque, même lorsque l’on se retranche en soi-même, Alice Simard en tant qu’être féminin, en tant qu’incertitude féminine qui se rassure, en reliant sa souffrance à celle de toutes les femmes, une guitare s’alanguit en long solo solitaire,   proclame de par son silence l’évidence féministe : ‘’observant les femmes autour de moi, la souffrance est partagée, plastifiées pour toujours en tristesse’’. Il est vrai que notre unicité n’est jamais totalement unique. Les cieux éteints : le titre ne laisse présager rien de bon, la batterie avance à pas lourds et à cymbales déclinantes, les chœurs reviennent peut-être pour soulager la solitude de ce cœur qui s’éteint. Troisième pièce du triptyque. Nous avons eu deux premières pièces endeuillées, en ce stade ultime il ne reste plus que la mort. L’on s’y dirige, non pas sans bruit car l’amplification orchestrale fait le gros dos comme la grenouille qui se voulait plus grosse que le bœuf, que croyez-vous qui arriva, elle en creva, donc plus de musique. Ne reste plus que quelques clinquements battériaux et une corde de basse qui s’éternise en elle-même, manière de prolonger le chagrin comme l’on rajoute des rallonges à la table en espérant que les invités qui ne sont pas venus reviendront, ce qui ne manque pas d’arriver en une espèce de cohue musicale, qui se calme, les chœurs, de fait un growl intumescent, lancent un dernier appel, qu’ils s’adressent à eux-mêmes ou à personne, épouvantable un hurlement, que se passe-t-il, en quoi un chagrin d’amour peut-il se métamorphoser, en lui-même ou en quelque chose de plus grand que lui, incompréhensible à lui-même. Car le néant ne serait-il pas l’autre nom d’une certaine plénitude qui n’est autre que l’unicité du tout… longeant l'éternelle rivière de mon amour, les cieux s'éteignent mes mains deviennent des étoiles et je ne me reconnais plus…       

             Je n’aime pas spécialement le style de Carrion Blossom. Que je stigmatise en moi-même de l’appellation ‘’ nouveau japonais enfantin’’. Mais ce jugement m’appartient, je ne demande à personne de le partager.  Selon moi une nouvelle manière de réintégrer le mythe de la princesse allégorique de soi-même que portent nombre de petites filles, en les images d’une lubricité du désir féminin assumée en le meurtre du prince charmant. Une fois que le Dieu est mort, l’Homme tous sexes confondus se retrouve seul. Et ne sais plus trop quoi faire de l’autre en quelque sorte surnuméraire.

             Cet opus est de toute merveille. Normal quand on s’appelle Alice. M’a donné envie d’en savoir davantage.

    L’ISOLEMENT DISTINCT

    (Bandcamp / 01 – 01 – 2025)

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             Lorsque j’ai aperçu la pochette, sans avoir vraiment visualisé ce qu’elle représentait, s’est imposée à moi la sensation d’une coquille d’œuf, plus ou moins fracassée, il n’en est rien, de fait un bâtiment en ruine. Peut-être un corps de logis reste-t-il encore squattable, sinon un paysage paisible, au premier plan coule une rivière. Nous ne savons rien de ce qui a emmené à l’écroulement de ce qui fut autrefois un château. Nul besoin d’ouvrir un livre d’histoire féodale. Cette enceinte seigneuriale n’est que le symbole de l’état d’une âme humaine. De cette fragilité dont nous sommes constitués.

             Evidemment quand on pense aux luxuriances rouges de la pochette précédente l’on pourrait penser que celle-ci correspondrait à la seconde étape, à l’œuvre au blanc du parcours alchimique. Cette hypothèse est-elle validable. En tout cas, il nous faut être prudent, alchimique ou pas, nos chroniques inversent le processus de création. Un peu comme si l’on rembobinait une bobine de film et que nous serions en train d’avoir des éclats de ce qui a eu lieu, avant que le lieu ne soit plus que sa propre béance indéchiffrable.

             Nous retrouvons exactement la même formation qu’au volet pour nous précédent, postérieur selon la progression des artistes.

    Alice Simard: composition, lyrics, vocal, guitars et orchestration /
    Eetu Hernesmaa: orchestration, performance, keyboard, drums, bass, Mixage, mastering / The Popu : flûte sur Fées.

             Avant de nous mettre à l’écoute de l’opus, peut-être serait-il bon de nous demander en quoi un isolement serait-il distinct, à moins qu’il ne faille comprendre distinctif. S’agit-il de s’isoler des autres pour n’être plus semblable à la grande agglutination des individus communs, ou peut-être veut-on sous-entendre que lorsque l’on s’isole de soi-même, l’on se distingue de soi-même en le sens où l’on se sépare de ce que l’on est. Je ne les avais pas encore déchiffrés, mais de visu la longueur des titres m’a fait sourire. Non pas parce que ce serait un simple procédé comique, mais parce que j’ai pensé au roman de Laurence Sterne judicieusement nommé : Vie et Opinions de Tristram Shandy qui parle de tout et de n’importe quoi et si peu de la vie et des opinions du sieur Tristram Chandy… comme si Laurence Sterne s’était livré à une dissociation du roman formel avec le contenu du roman lui-même, soit à une dissociation de Laurence Sterne avec lui-même en se dissociant lui-même de Tristram Shandy. Bouffonneries littéraires contrepèteront les esprits rationnels qui n’auraient aucun rapport avec les trois volets de Memorandum, ce qui nous permet de rappeler qu’un mémorandum sert à se remémorer quelque chose qui n’est plus que par son absence, et pour faire un lien direct, Tristram qui signifie tumulte s’est mué en tristesse dans le roman de chevalerie Tritan et Iseult.  Or  Enrobée, pour toujours   nous conte bien d’une extrême désolation, exprimée selon un tumulte musical.  Le titre du premier morceau ne pourra que conforter cette lecture.

             Puisque nous avons déjà fait référence à Alphonse de Lamartine, nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que l’un des poèmes les plus célèbres de notre poëte se nomme : L’isolement.

    Le décès inévitable de ma volonté d'être d'un masque nécrotique et inaltérable (je ressens les épines affreuses de l'oracle me transperçant le cœur rosacé) : vrilles torsadées d’orgue rouillé, lenteur exaspérante, le vocal comme issu d’une corne de licorne exsangue, une guitare se la joue à l’espagnole pour souligner que l’on n’est pas loin de la mise à mort. La seule chose qui peut mourir n’est-ce pas la volonté de soi-même à vouloir être soi-même, lorsque vous perdez l’infatuation de jouer le rôle que vous vous étiez imparti, il ne reste plus qu’à verser des larmes sur votre viduité. Lorsque l’on n’arrive au bout de soi-même ne prenons-nous pas conscience qu’au bout du bout, il ne reste que le bout qui se confond avec le lieu dans lequel on a été et dans lequel on n’est plus. ‘’Détestation de la cage humaine dégoutante, nécrotique et inaltérable, je gémis de mon catafalque mental. J'arracherais mon esprit. Absence de but et de réflexion, j'exècre mon crâne jusqu'à mes jambes. M'effondrant de pitoyables larmes. Dans l’enrobé de soi-même l’on subsiste toujours lorsque l’on n’y est plus. Les immenses portes crachent d'une haine sordide envers mes tentatives innombrables d'alléger ma détresse exécrable : comme un tintement de clef sur l’airain des portes des Enfers, qui ne veulent pas s’ouvrir, à force de vouloir mourir à soi-même, il serait donc impossible de mourir tout bonnement, comme tout un chacun, comme n’importe quel mortel, mais n’en suis-je pas digne pour m’être un peu trop dissociée de ma mortalité constitutionnelle, me voici condamnée à vivre hors de ces Enfers… ‘’ Pronfondément seule et sale, les portes géantes sont dégoutées de moi. Suite à nombreux essais pathétiques de me prostituer aux demandes des barrières ultimes, je cède à la mélancholie souillée de regrets.’’ … pauvre Eurydice expulsée du lieu de son repos pour l’éternité, je me suis si profondément éloignée de moi-même, à l’image d’une prostituée qui se donne à tout un chacun, ou simplement à un seul Autre, sortir de soi pour entrer dans la mort, ne serait-ce pas trop facile, certaines âmes d’exception ne doivent-elles pas subir l’annihilation de leur présence dans le seul fait de leur propre volonté à ne plus être dans le lieu unique de leur présence. Fées : gouttelettes de rosée, instrumental, claquettes rebondissantes, qui sont ces fées qui tout compte fées malgré leur talons de cristal ne s’en déplacent pas moins en une atmosphère sonique grandiloquente, qui ne tarde pas à s’apaiser car peut-être n’ont-elles pas besoin de bruit, encore qu’elles en rajoutent une couche, car les idées idéennes que l’on porte dans notre tête parfois se cognent aux entournures, dès lors elles saignent et sont dures à transporter, pesantes comme des armoires normandes qui n’ont pas leur place dans le deux-pièces-cuisine de notre esprit, trop exigu pour leur beauté irradiante. Ne vaudrait-il pas mieux qu’elles s’enfuissent sur leurs talons de verre, un peu comme un rêve qui s’évanouit. Dans mon nid de crasse, d'une méditation empoisonnée, je rêve d'un encombrement de cramoisi (les lames de mon esprit me font lamenter, dans mon faux abri de nocivité) : les idées parties, restent les pensées. Sachez faire la différence. Surtout que maintenant les pensées roulent dans votre tête, elles tournent sur elles-mêmes, et elles tournent en rond, vous êtes un Sisyphe débarrassé de son dur labeur, elles se déplacent toute seule, vous les aider un tout petit peu en répétant, en psalmodiant toujours la même phrase, la zique vous nique, elle se fait belle chatoyance, chaque instrument fait de son mieux, une joie malsaine, un lion qui rugit dans l’arène faute de victimes à dévorer, la victime c’est vous, éclopé de vos pensées de douleurs, une sarabande effroyable, la batterie mène le bal de la folie, les pierres s’amoncèlent sur vous, comme si elles construisaient votre hypogée, votre tombeau de pierre, tout s’arrête l’orgue vous joue un petit refrain, pardon une queue de requiem. Dans votre tombeau, certes mais vous savez au moins où vous êtes puisque vous parcourez le chemin à l’envers. Ne l’oubliez pas, vous êtes dans l’Enrobée, pour toujours… dans mon nid de crasse, mes pensées m'envahissent sans invitation…

    MENHIRS… AFFRES

    ( Bandcamp / 27 – 06 – 2021)

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    Les Menhirs appellent la pierre. Il y en a bien quelques-uns disséminés dans la couve signée par Maria Rask Grau, mais elle a employé l’aquarelle, son imprécision, sa fluidité, son inconstance, peut-être a-t-elle préféré évoquer le donjon noir des affres dans lesquelles l’individu se confine solitairement en ses souffrances, une vaste demeure bourgeoise, par les ouvertures closes on peut y entrevoir de vieilles scènes fantomatiques, peut-être d’enfance…

    Il est vrai que cette couve n’est pas étrangère à l’esthétique du jeu-vidéo : Middle-earthtm shadow of mordor inspiré de l’univers de Tolkien, la référence au second livre du Seigneur des Anneaux intitulé Les deux tours est explicite. Nous ne nous engagerons pas plus avant en cette direction.

    L’inexplicable pigment de la voûte céleste (Décrit d'un contexte nihiliste et privé de vue) :  nous voici donc à l’origine de ce qui a eu lieu le growl comme grognement tellurique primal, d’un loup solitaire retranché en ses blessures,  l’orchestration prend son temps, ne sommes-nous pas au commencement, où ce que l’on veut nous faire accroire comme début d’une chose qui existe déjà depuis des siècles, d’ailleurs tout se calme, reste quelques poignées de notes parsemées, comme si leur rareté essayait d’évoquer le bleu du ciel, encore est-il regardé depuis le bas, depuis l’incarnation matricielle, ici tout est symbole, opérativité alchimique, la bande-son se traîne, finit par se brouiller avant de grogner encore dans sa tanière mentale, néanmoins aucune révélation, la bête a beau hurler, la guitare venir la renforcer, une seule solution, se recueillir devant les lyrics et tenter de percer la luminosité de leur mystère : ’’ Incapable de vision, se débarrassant d'une exuvie mercurielle, l'entité frivole, mais vive, rôde l'éther. Les tours enveloppées de fleurs, représentant l'absence d'éternité et d'aide céleste. Le ciel est doté d'une couleur inexplicable. Le ciel est doté d'une couleur inexplicable. Le ciel est doté d'une couleur inexplicable. Travail de longue patience, de longue sapience. Entrevoir le désir d’une mue. Ne plus être soi, abandonner sa bêtise superficielle, accomplir la fusion des quatre éléments avec sa passivité féminine, tout dépend de l’opératrice, pour devenir, acquérir l’éther suprême, l’endosser, se revêtir de la tunique de Nessus et ne plus ressentir ses propres  faiblesses. Se souvenir que si l’athanor, lieu de la métamorphose, signifie tour, une étymologique issue de la langue des oiseaux nous permet de comprendre que cette tour qui s’élève vers le ciel est le symbole de ce que l’on se doit d’atteindre l’or de ce qui est a-thana, hors de la mort, immortel. Mais il est difficile de se hausser jusqu’au haut du ciel, si tu ne viens pas au ciel, le ciel tombera sur toi. Excellente relecture de la nouvelle : La couleur tombée du ciel de Lovecraft. Ce sur quoi nous ne parvenons pas malgré tous nos efforts à étendre notre emprise, nous essayons de nous excuser de cet échec en disant que notre impuissance est de l’ordre de l’inexplicable. ...Et les piliers de moi-même m'érodent : un moteur qui tousse avant de repartir, la louve growle de plus belle, elle grogne contre l’os de l’inexplicable qui refuse de se laisser briser. Elle enrage, elle essaie encore, les grincements deviennent-ils plus lourds, plus violents, pour celer, occulter son échec, une guitare klaxonne sur deux temps comme un gyrophare des pompiers qui se pressent en vain vers le lieu accidentel de l’échec, ils n’y parviendront jamais, que pourraient-ils faire de plus, demi-tour le bruit de bus de la camionnette des derniers secours inutiles s’estompe dans le lointain. Fraction de silence. Ultime et désespérant essai.  Ambiance dramatique, l’on rajoute du son, en vain, la musique boite comme une boîte à musique  à jouer sa ritournelle, la louve peu résiliente growle, le tempo se traîne, le temps aussi puisque l’on n’a pas réussi à l’abolir. Fuite sonique sans précédent, la mer du désir de sa propre volonté se retire. Loin, très loin. La louve growle encore, elle entre et se couche en sa tanière, en la propre cage de son impuissance, bourdonnement de mouche géante qui s’acharne sur un cadavre, non l’immortalité n’a pas triomphé mais la mort non plus, on remballe à coup de pelles sur le pot les débris avec lesquels l’on se hâte de bâtir une ultime barrière de protection, une gangue de sauvegarde. Devant les immortels monolithes, la réflection de l'être résonne comme de nombreux carillons. Tellement neutres qu'ils évoquent l'angoisse, une transe. L'absence de discernement se rends apparent, la teinture absconse se montre énormément tumultueuse. Le rythme turbulent, perpétuel des cieux m'enveloppe d'une fine couche de mercure. Incessant... Ce qui devait apporter joie, signification d’Iseult, s’ouvre et se termine dans un grand enrobage de tristesse. Tristan. Avec en plus permutation des sexes et des rôles.

             Cet album est à comprendre comme la mise en mots et en musique d’un tumulte tragique. Nous encourageons le lecteur à reparcourir ce chemin que nous avons effectué à reculons, à le reprendre à l’endroit. Peut-être serez-vous ainsi en cet endroit si tragique plus près du drame et du lieu.

             Memorandum nous offre avant tout une œuvre poétique. Qui résonne d’échos multiples. Nous n’avons pris le temps que d’en susciter quelques-uns. Par exemple les lyrics de ce premier volet de l’œuvre  sont à lire en ouvrant L’Azur de Stéphane Mallarmé. Contrairement à ce pensent les gens, une montagne n’offre que quatre faces nord.

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             Alice Simard est canadienne. Québec.  Mais elle est beaucoup plus que cela. Poëte.

    Damie Chad.

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 733 : KR'TNT ! 733 : WEIRD OMEN / SQUARES +THUNDERCRACK / NICK WHEELDON / FIFTH DIMENSION / STAPLE SINGERS / JACKSON AND THE JANKS / DOUBLEPLUSUNGOOD / CUT THE ARCHITECT'S HAND

     

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 733

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    23 / 04 / 2026

     

    WEIRD OMEN  

     SQUARES + THUNDERCRACK  

    NICK WHEELDON / FIFTH DIMENSION

    STAPLE SINGERS

    JACKSON AND THE JANKS 

    DOUBLEPLUSUNGOOD 

    CUT THE ARCHITECT'S HAND

     

    SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

    http://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

     

    Sur Chroniques de Pourpre : livraisons 318 – 729

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

     

     

    The One-offs

    - Et spiritus sancti, Omen

             Binic 2019. On a déjà raconté l’histoire, mais on va la re-raconter. L’histoire du single de Weird Omen («A Place I Want To Know/Girls Are Dancing On The Highway») est directement liée au souvenir de Gildas, aussi est-ce l’occasion de saluer sa mémoire (Hello Gildas). 

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             Cette année-là, la tête d’affiche binicoise s’appelle Sleaford Mods. Difficile d’en parler, vu qu’on n’est pas allés voir le concert. Dans les parages, t’avais aussi Misty White et Margaret de Mr Airplane Man. Rien que du beau monde. Comment s’est-on débrouillés avec Gildas ? Toujours est-il qu’on a vu zéro concert. On était trop occupés à circuler, à papoter, à boire des bières et sniffer du spee-spee-speed. Du coup, Binic 2019 est resté le meilleur cru. On déambulait tous les deux comme sur un nuage, Gildas me présentait des gens, puis on retournait au petit appart communautaire partager des rails avec d’autres mecs. On se sentait extraordinairement bien, tous les rapports avec les gens étaient fluides.

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             Gildas indique à un moment qu’il a rendez-vous avec une gonzesse pour une interview à la terrasse du Narval. Pouf, on y va. C’est Cox, qu’on reverra plus tard et qui fait un fanzine. Comme Gildas. On est au paradis des fanzinards.

             Cette journée est un véritable tour de manège enchanté. On entend les échos des concerts, mais à aucun moment ne nous vient l’idée d’aller voir les groupes. On n’est pas là pour ça. On est là pour traverser la ville de long en large, boire des bières et se faire des rails. Tout est miraculeusement merveilleux. On est comme des poissons dans l’eau. On a une vision claire du panorama. Misty traîne dans les parages. Elle cherche une piaule pour dormir, mais Gildas lui dit sèchement d’aller dormir au camping. Par contre, il file une piaule à Margaret, sans doute avec une idée derrière la tête. Mais elle est accompagnée. Tout cela est assez confus, mais on se régale de la confusion. Il faut l’entendre au sens hendrixien. Et la nuit tombe sur Binic, on déambule toujours. Le souvenir d’un ciel mauve est assez précis. Te voilà dans un rêve devenu réalité. Te voilà dans l’entre-deux mondes. On déambule en faisant des bulles. On remonte quasiment chaque demi-heure à l’appart, puis on redescend se fondre dans le mellow des flux. Il doit être minuit quand on croise Margaret sur la petite place vers le fond de Binic. Elle porte des lunettes noires, et bien sûr, ça t’inspire une sortie du genre  : «You shoudn’t wear black shades when you’ve got such beautiful eyes.» Elle ne le prend pas très bien, car elle croit que c’est un coup de drague, alors que pas du tout. Margaret a les plus beaux yeux du monde, alors quel gâchis. Elle repart en virée et on la reverra plus tard à l’appart. Puis arrive un grand mec coiffé d’un petit chapeau. Gildas fait les présentations : Fred, de Weird Omen. Connais pas encore Weird Omen. Mais le nom est enregistré. Fred sort de sa besace un 45 tours. Tiens c’est pour toi. Cadeau.

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             On verra Weird Omen plusieurs fois, à Rouen, mais aussi à Paris, chaque fois que ça a été possible. D’abord à Petit Bain, où ils étaient en tête d’affiche, puis à la Maro, en première partie de Jon Spencer. Et Weird Omen occupe, avec les Cowboys From Outerspace, une place de choix dans le petit panthéon personnel. C’est un groupe qu’il faut absolument aller voir sur scène, car ils touillent la meilleure des braises, celle de l’avant-garde. Ils sont tellement à la pointe qu’on doit se pincer chaque fois pour admettre que ce groupe existe. Si t’as vibré avec le Velvet et Captain Beefheart, alors Weird Omen tape exactement dans la même modernité de ton, de son et de wild-as-fuck. 

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             Ce single est précieux non seulement pour le souvenir de Gildas et de Binic 2019 auquel il reste attaché, mais aussi parce que c’est un objet rock d’une absolue perfection. Fred disait ce soir-là que la pochette était sérigraphiée à la main, et qu’il s’agissait d’un tirage extrêmement limité (90 ex). Et pour corser l’affaire, les deux cuts sont explosifs. «A Place I Want To Know» se met aussitôt en place, c’est battu à la diable, bien explosé du beurre et t’as cette clameur inexorable de la corne du brune, c’est-à-dire Fred. La corne remonte bien dans le flow, et ça double au beurre, alors boum badaboum, ça t’explose en pleine gueule. Comme au temps de «Sister Ray». Même impact. De l’autre côté, t’as «Girls Are Dancing On The Highway», c’est fabuleusement bien amené, comme tout Weird Omen, c’est même un brin Velvet dans l’insistance et terriblement inspiré, avec le guitar lick de Max la Menace, et ça monte doucement en puissance. Ils sont vraiment inexorables ! Ils emportent tout sur leur passage. C’est d’essence divine et profanatrice en même temps, le chant arrive sur le tard, et ça bat à la double triplette de Belleville avec des relents toxiques de corne de brume. Ce son unique plonge ses racines dans ta pauvre cervelle ébranlée, et ça repart aux clameurs définitives. Ces démons crucifient le beat sous tes yeux.

    Signé : Cazengler, Weird hymen

    Weird Omen. A Place I Want To Know/Girls Are Dancing On The Highway. Dirty Water Records 2019

     

     

    L’avenir du rock

     - The kids are all Squares 

             Errer c’est un métier. Voilà la conclusion à laquelle arrive l’avenir du rock au terme de tant d’années à errer dans le désert. Il pratique son métier chaque jour du matin au soir. Il se perfectionne. Sans vouloir se vanter, il sent qu’il devient expert. Il s’interroge en permanence, car il aimerait bien savoir s’il prend goût à l’errance. En tous les cas, il est sûr d’une chose : il n’en souffre ni physiquement ni moralement. Mais de là à en tirer du plaisir, certainement pas ! Faut pas déconner. Passé un certain degré d’errance, la notion de plaisir n’a tout simplement plus de sens. L’avenir du rock pourrait même affirmer que la notion de plaisir est l’épitome de la superficialité. Il s’est déjà débarrassé des notions de temps et d’espace. S’il y avait des orties, il pourrait se vanter d’avoir jeté le matérialisme aux orties. Il s’est aussi débarrassé des sentiments et des sensations, à quoi bon trimballer tout ce bordel qui ne sert à rien ? Il se sent plus léger, et même complètement libre. Le souvenir de l’idée de plaisir le fait bien marrer. Perdu dans ses réflexions, l’avenir du rock avance, et soudain, il oblique à 90°, puis il repart droit devant lui.

             Perché sur son dromadaire, Lawrence d’Arabie l’observe à distance. Il savait que l’avenir du rock ne tournait pas rond, mais de le voir tourner à angle droit au milieu de nulle part ne fait que corroborer le diagnostic. Lawrence d’Arabie pousse un yah !, et son dromadaire file en direction de l’avenir du rock, tagada tagada. Il arrive à hauteur de l’avenir du rock :

             — Salam alikoum, avenir du rock !

             — Wa alaykum assalam, Lawrence d’Arabic !

             — Ça va bien ? La santé ? La famille ?

             — Ben oui, pourquoi ?

             — Je t’ai vu tourner à angle droit, avenir du rock, aussi me suis-je inquiété pour la santé de ta cervelle...

             — Elle va très bien ma cervelle. Occupe-toi de la tienne, Lawrence d’Arabite !

             — Mais pourquoi tourner comme ça à angle droit ?

             — Pour changer. J’en ai marre de tourner en rond. Maintenant, je tourne en carré.

             — Pourquoi en carré ?

             — En hommage aux Squares !

     

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             On t’avait prévenu : «Les Squares, c’est vachement bien !» C’est même plus que vachement bien. T’as trois mecs de Nancy qui font danser la Java, avec une aisance et un son qui t’en bouchent un coin. T’as beau dire que t’as tout vu, t’as rien vu. Ces Squares te remettent les pendules au carré, ils te remontent les bretelles du rock, ils claquent des cuts qui comptent pas pour du beurre, tout est bien, t’en finis plus de te goinfrer et de te regoinfrer. All killer no filler, comme on dit en Angleterre. Ils tapent

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    dans tout ce qui est bien, on sent les influences anglaises et américaines, le mec sur sa gratte rouge joue comme un diable et assure comme une bête au chant. Ah tu peux dire que ça déboule dans les virages ! Le bassman n’en finit plus de sauter en l’air. T’en reviens pas d’être passé à côté d’un groupe aussi bon. On voyait les pochettes des Squares, avec la typo Crypt, dans les bacs garage chez Born Bad, mais on était trop occupé à piocher dans les groupes anglais et américains. Ça a toujours été très compliqué de prendre les groupes français au sérieux, et là t’as une nouvelle fois la preuve que c’était une erreur, car les Squares amènent un jus inspiré par d’autres bien sûr, mais leur prestance est originale. Leur dégelée est royale. Ils savent débouler sans crier gare. Le talent, ça ne trompe pas. Ils développent une énergie brute, leurs dynamiques sont authentiques et, petite cerise sur le gâtö, ils ont des hits, notamment ce «Can’t Get Round Love» qu’ils tapaient au soundcheck et qui, vers la fin de set, n’en finit plus de te bluffer, car le mec va chercher ça très haut dans les harmonies vocales de la meilleure power-pop qui soit ici-bas, et tu prends aussitôt ta carte au parti. T’étais déjà convaincu, mais là, c’est le déclencheur. C’est la Squarification.

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             Malheureusement, l’hit en question n’est pas encore sur un album. Ça va venir, en principe, un double album chez Dangerhouse. En attendant, tu peux toujours écouter les vieux Squares. Alors tu vas farfouiner sur Discogs et tu tombes sur le pot-aux-roses : la suite des Squares, c’est Thundercrack, et là, bien sûr tout s’éclaire. À l’époque, t’avais flashé comme une bête de Gévaudan sur les deux Tundercrack sortis sur Estrus, deux jolies petites bombes atomiques, et tu ne comprenais pas comment un Français pouvait être aussi bon. C’est le même mec, Nick Normal, à l’époque avec la gratte rectangulaire de Bo Diddley et maintenant avec sa gratte rouge. Et là tout s’éclaire.

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             Le conseil qu’il faut donner aux ceusses qui vont écouter Own Shit Home, c’est d’attacher leur ceinture. C’est l’un des très grands albums de garage moderne. Nick Normal y fait un festival et tape dans toutes les variantes du meilleur garage-punk anglo-américain, avec une insolence qui fait de lui un novateur. Il réinvente le proto-punk avec «Suck Me Dry» : c’est le son des Downliners en pire, t’as le riff de Really Got Me avec le raw des Sonics, il pousse le bouchon au yeah yeah yeah. Imparable ! Il screame sa chique à la déglingue fondamentale, et t’as le solo qui bringuebale ! Extrême proto genius ! Il réinvente le blast avec «Never Say Goodbye». Épouvantable ! Wouaahhhh ! Il y va le Nick ! Et ça continue de grouiller de puces avec «Come & See My Friends». Là, t’as l’Estrus direct, en pleine poire. C’est saturé de wild-as-fuck. Et ils développent ! Ils déroulent ! Et ça explose ! Le «99» qui suit est encore pire. T’as le bassmatic du diable. Ils dégagent tout sur leur passage. Ça explose encore avec «I Wanna Be The One». Ces mecs n’en finissent plus d’exceller. Nick Normal shoute sa chique à outrance, à coups de wanna be the one. C’est fulminant ! Killer solo flash démesuré dans l’urgence de l’écho du diable, t’en reviens pas d’entendre une telle dégelée. Tu croyais que c’était réservé aux Américains. Nouvelle pluie d’acier avec «Shake Your Hips». T’as tout le son du monde ! Ils attaquent «I Do It Right» à 200 à l’heure, Nick Normal chante au raw et passe un solo de clairette éclairée. Il adore entraîner ses cuts en enfer. Et nous aussi. Encore des dynamiques infernales sur «Kill A Rich Man». Ils t’envoient au tapis, cut après cut.

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             Leur deuxième album s’appelle The Crack. Attention aux yeux ! Planquez vos abattis ! Nick Normal et ses deux compères te fracassent le crâne d’entrée de jeu avec «Cheap Cosmectics», ça te rentre dedans, The Crack te démolit la gueule, t’as le proto nancéen. Construction parfaite. Et ils repartent de plus belle avec en mode very heavy boogie avec «Big Fat Lady», ils te contrebalancent ça d’outrance, aw aw aw, c’est carré, rien ne dépasse. Puis t’as les pires accords de gras double sur «Ex 125». Quel son, my son ! Nick Normal te chante «Get My Money Back» au scream ultime. Puis il s’en va gratter «Mature Woman» sous le boisseau d’argent, ces mecs ne ratent aucune occasion de t’émerveiller et Nick Normal rebascule dans l’insanité. C’est Jay Automatic qui prend le lead sur «Fighting Weight». ça dépasse tout ce qu’on peut imaginer, ils tapent ça à la folie. C’est les Cramps à Hiroshima. Tout explose, incroyable mélange de violence extrême et de riffs des Cramps.

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             Alors après, tu plonges dans la lagon carré des Squares. Leur premier album Trapped In A Square est paru en 1991 sur Hangman, le label de Wild Billy Childish. Dès «He’s Back», tu vois que Nick Normal est le roi du killer solo flash tordu et malveillant. Puis il s’en va gratter «Come Back» sur les accords de «Louie Louie», - Come back/ Into my arms - et comme Wild Billy Whildish, il lance son killer solo flash avec un grand whaouuuuuhhh ! Ils tapent en plein dans les Seeds avec «Sweet Chains» et passent en mode heavy gaga gluant avec «Doctor A Demon». C’est du Blue Cheer garagisé. En B, ils repassent aux Seeds avec «No Excuse». C’est même pire : ils se la jouent proto. Et au bout de la B, Nick Normal gratte les accords de Really Gor Me pour lancer «You Can’t Destroy My Love». C’est exactement le Really Got Me des Kinks, avec le waoooouuuh et le killer solo.

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             Comme ils sont fans de Wild Billy Childish et de la Medway scene, les Squares tapent à la suite un Tribute To The Medway Scene.  Fantastique hommage à l’album de Jack Ketch avec «Brimfull Of Hate» : c’est de l’harsh gaga sauvage bien raw to the bone ! Puis ils tapent l’«I’ve Got Everything Indeed» des Mighty Caesars et Nick Normal en profite pour claquer l’un des pires killer solos flash de l’histoire de l’humanité. Ils tapent une version straight ahead du «Just Like You» des Milkshakes, puis une version plus poppy mais solide du «Whenever I’m Gone» des Prisoners. Pour boucler leur balda, ils basculent dans les extrêmes avec une cover du «Jealousey» des Delmonas. Pas grand chose d’intéressant en B, d’autant qu’il manque un cut.  

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             Paru aussi sur Hangman, Curse Of The Squares pourrait bien être leur meilleur album. Première dégelée royale avec «You Ain’t Square», très Childishien de sa chienne. Nick Normal gratte ensuite les accords des Kinks pour lancer «Reasons», c’est bien raw, chanté au déjeté de menton, yaooohhh ! Nick Normal sait chanter comme un sauvage. Retour au protozozo avec «I Wish I Was A Girl». Quelle violence ! Puis t’as cet «He’s Down» carrément craché dans le mur de briques ! En B, ils font du garage moderne avec «Makin’ Love», puis ils se payent une grosse déboulade de type Buzzcocks avec «In My Street», hey ! Et pour couronner ce festin royal, ils rendent hommage aux Pretties avec «Kitty The Schemer» : c’est le son des early Pretties avec le bassmatic rond et furax de John Stax. Bravo !

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             Leur dernier album s’appelle Squarification et date de 1996. C’est un bon album car t’as du wild gaga in tow avec «Learn That Law». Nick Normal connaît la loi du proto. Ses hey hey hey sont d’une pureté absolue. C’est le batteur qui vole le show sur «Ain’t No Shame» : un vrai délire de beurre descendant ! Et quand on écoute «Can’t Stand It», on se croit sur un album de Schooley au temps des Hard Feelings ! Leur «Got More Hate» renvoie directement à Johnny Moped. Et puis voilà le coup de génie protozozo : «Baby». Nick Normal est un spécialiste, il tape au cœur du mythe proto-punk. Tout sur cet album est claqué à la comme-il-se-doit. On flashe aussi sur un «Life Ain’t No Fun» bien dense et chargé à bloc. Ils regagnent la sortie avec «Kick Me Out», un big dancing binaire avec des chœurs qui font kick me out. Le balancement est superbe.

    Signé : Cazengler, square qu’est pas carré

    Squares. La Java. Paris XIe. 13 mars 2026

    Squares. Trapped In A Square. Hangman Records 1991 

    Squares. Tribute To The Medway Scene. Dig! Records 1993  

    Squares. Curse Of The Squares. Hangman Records 1993

    Squares. Squarification. Get Hip Recordings 1996 

    Thundercrack. Own Shit Home. Estrus Records 1998

    Thundercrack. The Crack. Estrus Records 2002

     

     

    L’avenir du rock

     - Wheeldon du ciel

     (Part Three)

             En tant qu’erreur patenté, l’avenir du rock s’attendait à tout sauf à ça : croiser Boule et Bill en plein cœur du désert !

             — Quesse que vous foutez là tous les deux ? Pourriez pas me foutre un peu la paix ?

             — On s’ennuyait de toi, avenir du rock. Tes petites conneries nous manquaient...

             — Boule a raison ! On est addicts de ton érudition... On est en manque. Tu pourrais pas nous réinventer la roue ?

             — La wheel, si tu préfères !

             L’avenir du rock est excédé :

             — C’est vraiment pas l’moment ni le lieu !

             — Allez avenir du froc, sois sympa...

             — Tiens on va t’donner un p’tit coup d’main. Explique-nous le wheel de Wheel The Circle Be Unbroken...

             — Pffff... C’est pas wheel, mais will !

             Boule s’extasie :

             — T’as vu ce con, Bill ? Y chipote... C’est pas wheel c’est wheel, gna-gna-gna...

             — Y l’était déjà con comme une bite, mais ça a empiré... Le cagnard lui a cramé la carlingue...

             — Fais pas cette gueule-là, avenir du troc. C’était pour rire. Allez, explique-nous Wheelson Pickett...

             — Pfffff... C’est pas wheel mais wil !

             Boule et Bill sont pliés de rire. Ils en pleurent ! Ils répètent en chœur :

             — C’est pas wheel mais wheel ! Ha ha ha !

             Ils mettent un bon moment à se calmer. Puis ça repart :

             — Allez avenir du broc, sois sympa, explique-nous Nick Wheeldon...

             — Quoi ? Vous connaissez Nick Wheeldon ?

             L’avenir du rock est émerveillé. Pour la première fois depuis des lustres et des lustres, il retrouve sa croyance en l’avenir du genre l’humain.

     

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             Si tu veux voir un concert de rock parfait, alors hâte-toi d’aller voir jouer Nick Wheeldon. Il propose un set de chansons parfaites, il tape dans une pop d’une telle élégance qu’on croit parfois entendre des échos de George Harrison et de John Lennon. Ou encore des échos de «So You Say You Lost Your Baby» qu’on peut entendre sur Gene Clark With The Godsin Brothers. Voilà, les mots sont lâchés. Nick

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    Wheeldon navigue à ce niveau d’excellence. Il reste concentré sur ses couplets, penché sur son micro, il gratte ses coups d’acou, et pour briser la monotonie de son jeu, il s’en va danser la gigue sur les envolées instrumentales. Chaque cut est profondément inspiré, intensément interprété, sans aucune fioriture. Une seule et unique constante : la qualité. Peu d’artistes savent ainsi s’effacer au profit de leurs chansons. À ce niveau d’austérité, de qualité compositale et de no sell-out, on pense bien sûr à Gene Clark, mais aussi au puissant Billy Childish de l’époque William Loveday Intention. Nick

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    Wheeldon est l’anti-m’as-tu-vu par excellence, un alchimiste qui aurait trouvé son Grand Œuvre sans l’avoir cherché, un mec persuadé que la beauté du monde se trouve dans les chansons, mais encore une fois, il reste dans une extraordinaire modestie de ton et de comportement. Nick Wheeldon est une authentique superstar de l’underground, au sens où le sont Wild Billy Childish, Peter Perrett, Lawrence et Kim Salmon, des gens qui ne se préoccupent que de la qualité de leurs compos. Il ne va rien se passer sur scène, et pourtant tu ne le quittes pas des yeux. Il travaille ses mélodies et les pousse parfois dans les orties, et la fermeté de cette constante qualitative finit par fasciner.

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             The Living Paintings sont assez nombreux sur scène. Dans son coin, Luc Martin bassmatique comme un crack, avec un son bien sec. Derrière Nick Wheeldon, Stéphane Jach amène sur son violon des colorations country qui illuminent le brouet de ce big band bien intentionné. Nico Brusq bat un bon beurre, et face à Nick, t’as un certain Paul Trigoulet qui veille à rocker le boat de temps en temps. Ils célèbrent la parution du nouvel album Tadpoles. On voit la voix de Nick planer au dessus de l’océan dans «You Can’t Have It All» - Am I free now - S’ensuit le balladif de la dérive céleste, «Sleeping Dogs», il y va au smooth & mellow d’I’m going down/ Down deeper than the ocean. T’entends des échos du Roi George dans le morceau titre. Le smooth du chant est purement harrisonien et le violon amène une belle country flavor. En B, tu vas te régaler d’«Hilda & Jesus» bien chargé de Bonnie & Clyde et de Laurel & Hardy et au bout de la B, «Summer Frey» va t’envoyer au tapis, car monté sur un petit bassmatic de jazz frénétique et ça groove, amigo, jusqu’au moment o% le sax free de Laurent Rigaut entre en lice et te voilà catapulté dans les étoiles.

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             Coup de pot : Gift vient d’être réédité, alors tu le ramasses en même temps que Tadpoles. Dès «No One’s Never», t’es frappé par la similitude avec le son de Gene Clark sur No Other. C’est joliment dégingandé. Il passe en mode dylanesque avec «Hail & Tunder», mais avec une sacrée pureté intentionnelle et un elephant in my room. En B, «Tip Toe By Danger» sonne comme un summum mélancolique, et il repasse en mode dylanesque pour «I Stole The Night», mais il le fait avec une effarante aisance. Typical Wheeldon.

    Signé : Cazengler, Wheeldinde

    Nick Wheeldon. Le Chinois. Montreuil (93). 10 avril 2026

    Nick Wheeldon. Gift. Le Pop Club Records 2022

    Nick Wheeldon & The Living Paintings. Tadpoles. Le Pop Club Records 2026

     

     

    Wizards & True Stars

    - Bienvenue dans la Cinquième Dimenson

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             Quand on cause de Soul avec les copains, on en revient toujours aux mêmes vieux coucous : Stax et Motown. Mais t’as aussi Chicago qui naviguait au même niveau, avec Carl Davis. À New York, t’avais Atlantic, et en Californie, t’avais les inventeurs dirons-nous de la Sunshine Soul et de la sweet psychedelic Soul, les mighty Fifth Dimension. Ah on peut dire qu’ils nous auront fait rêver, ces gens-là. T’y trouvais deux reines de Nubie, Marilyn McCoo et Florence LaRue, et trois cracks du boom-hue, Billy Davis Jr., Ronald Townson et le co-fondateur Lamonte McLemore, l’un des rares black dandys de la West Coast. Et comme Lamonte McLemore vient tout juste de casser sa pipe en bois, nous allons lui rendre hommage.

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             Les Fifth sont surtout connus pour avoir fait trois albums avec Jimmy Webb : Up Up And Away et The Magic Garden en 1967 et plus tard en 1975, Earthbound. L’alliage Fifth/Jimmy Webb est l’un des plus réussis de l’histoire de la pop américaine. Rarement un groupe a aussi bien porté son nom. Bienvenue dans la Cinquième Dimension.

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             Dès le morceau titre qui fait l’ouverture du bal d’Up Up And Away, on sent le souffle d’une véritable pop d’azur marmoréen, cinq voix black s’unissent dans l’unisson non pas du saucisson, mais l’unisson du Webb System. Ils sonnent un peu comme les Mamas & The Papas dont ils reprennent toutes les ficelles, les montées harmoniques à plusieurs voix, le beat moderne et les petits airs de flûte coquins. Ils s’appuient sur du solide puisque c’est le petit Jimmy Webb qui compose. Quand on écoute «Another Day Another Heartache», on croit entendre les Mamas, C’est une pop de Soul définitive signée Sloan. Plus loin, les Fifth tapent dans la pop sur-vitaminée pour «California My Way», une pop pleine de sursauts et de bouquets d’harmonies vocales, mais c’est en B que se trouvent les choses sérieuses. À commencer par «Go When You Wanna Go» que Florence et Marilyn éclairent de l’intérieur, puis «Never Gonna Be The Same», pur jus de Webb System. Ça violonne jusqu’à l’horizon. Les filles n’en finissent plus de monter à l’harmonie. Encore du Webb System avec «Rosecrans Boulevard», mélodie glorieuse - The way she drives her little car on Sunset Boulevard - C’est un mini-MacArthur Park avec de violents embryons mélodiques. Encore de la pop grandiose avec «Poor Side of Town» qui pourrait passer pour du gospel moderne. Si on aime les ciels dégagés, on est servi. Finalement, c’est Willie Hutch qui amène le plus gros hit de l’album, «Learn Her To Fly», l’extrême onction de la sunshine Soul. Il sait rocker une pop de blacks, c’est d’une élégance suprême. Willie Hutch fait partie avec Van McCoy et Sam Dees des géants du black songwriting.

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             Comme ils savent que Jimmy cot cot Webb est la poule aux œufs d’or, les Fifth collaborent de nouveau avec lui pour l’album The Magic Garden, chef-d’œuvre absolu de pop californienne. Johnny Rivers qui a signé les Dimension paye Jimmy Webb pour pondre des œufs d’or. Alors il pond, cot cot. Le morceau titre y frise le Disneyland, tellement c’est sunshiny. Par contre, «Summer’s Daughter» sonne comme un hit définitif, du genre à te couper la chique. Ça flirte avec le Burt, baby. Tout y explosé de lumière, éclaté de splendeur arrangée. Ça grouille d’instrumentations bariolées, les chœurs semblent rayonner dans l’azur immaculé. Et ça n’en finit plus de grimper dans les degrés de la perfection. C’est non seulement digne de Burt, mais aussi de Brian Wilson. «Carpet Man» sonne comme de l’heavy pop et cette version est autrement plus éclatante que celle de Johnny Rivers. Ces diables de Billy Davis Jr et de Marilyn McCoo cavalent leur pop ventre à terre, et c’est littéralement explosé à coups d’harmonies vocales. Ils battent tous les records d’unisson du saucisson. Ça réjouit le cœur d’entendre des œufs d’or pareils. Qui pourrait se lasser de tout cet or ? Jimmy cot cot Webb et les Fifth sont imparables. Le Carpet Man te met carpette. Les clap-hands sont saturés d’écho et un solo de sitar arrive comme la cerise sur le gâtö. Franchement, que peut-on attendre de plus d’un œuf ? Billy Davis Jr se taille la part du lion dans «Requiem 8:20 Latham» et on repart au pays de la pop enchantée avec «The Girl’s Song». Du très grand art, encore une fois. Marilyn McCoo she does it right. Ça poppe jusqu’à l’oss de l’ass. Ils savent malaxer un bulbe rachidien. Leur art bascule dans quelque chose d’infiniment spirituel. En tous les cas, c’est une pop qui incite à la rêverie et qui rend heureux. Et puis voilà «The Worst That Could Happen» chanté au sommet du Broadway Sound System. Billy Davis Jr chante de toutes ses forces. Il est le seigneur des annales, il explose tout. Les violons ne font que l’exciter et il ah-ouhte au sommet du lard fumant. Tiens, encore un heavy hit pop avec «Paper Cup». Rien d’aussi frais et rose que cette pop qu’ils dotent d’un final dément. Cet album est l’un des plus grands disques de Soul d’Amérique.

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             Huit ans plus tard, Jimmy cot cot Webb rebosse avec les Fifth sur Earthbound. On y trouve une belle version du «Moonlight Mile» des Stones. On peut parler de petit miracle alchimique : comment faire basculer la Stonesy dans l’océanique webby et l’entraîner vers le gospel ? Demandez aux Fifth, ils savent. Avec «Don’t Stop For Nothing», ils se recentrent sur la funky motion, sur une rythmique digne des Famous Flames. Ils tapent aussi dans les Beatles avec une reprise d’«I’ve Got A Feeling». C’est chanté à la force du poignet et très Soul, avec des chœurs somptueux. Ils restent dans l’excellence de la Soul avec un «Magic In My Life» exceptionnel de légèreté. Le grand art mélodique de Jimmy cot cot Webb éclate une fois de plus au grand jour. Encore de la belle Soul d’élan vital en B avec «Lean On Me Always», monté sur un merveilleux contrefort d’harmonies vocales. Ces gens-là ne rencontrent pas le moindre obstacle, ils savent vraiment naviguer dans l’azur marmoréen. S’ensuit une autre pièce de Soul aérienne intitulée «Speaking With My Heart». Ils règnent sur l’empire des sens, vous savez, celui qui s’étend jusqu’à l’horizon.

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             Comme Jimmy cot cot Webb n’est plus disponible, les Fifth se tournent vers Laura Nyro pour enregistrer en 1968 Stoned Soul Picnic. Laura leur va comme un gant, mais l’album manque atrocement d’hits. Bon d’accord, la pop de Laura est très colorée, et aussi élaborée que celle du p’tit Jimmy, mais ça n’explose pas. Le morceau titre reste un slow groove impressionnant, ces groovers superbes que sont les Fifth épousent cette heavy Soul new-yorkaise pour le meilleur et pour le pire. Ils se jettent dans un simili Wall, c’est orchestré à outrance. Ils ouvrent la B avec le très beau «California Soul» signé Ashford & Simpson. Ça leur va comme un gant. «Broken Wing Bird» reste lettre morte. Pour que la Sunshine pop fonctionne, il faut des mélodies imparables, ce qui n’est pas le cas ici. «Good News» sonne comme un vieux groove de discothèque californienne. On entend les semelles frottées sur le parquet ciré. Ils terminent avec du Webb System, «The Eleventh Song», un joli shuffle d’orgue ensoleillé. Ils sourient tous les cinq de cinq fois leurs trente-deux dents.

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             The Age Of Aquarius paraît en 1969. Aquarius, ça vieillit très mal. C’est le swing de «Wedding Bell Blues» qui sauve l’album. Les Fifth chantent ça au mieux du love you so de Laura Nyro. Encore une fantastique partie d’harmonies vocales avec «The Hideaway». C’est monstrueusement sunshiny. Leurs exploits échappent à la Soul et à la pop, ils créent leur monde. Encore un cut écrasant de splendeur harmonique : «Workin’ On A Good Thing». C’est sans égal sur le marché. Leur quête de lumière les ramène dans les parages de Michel Legrand avec «The Winds Of Heaven» et le slight return de «Let The Sunshine In» dégouline de feeling, ça screame sur une belle bassline.

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             Avec Portrait paru en 1970, les Fifth mettent la pédale douce. Ils sont toujours accompagnés par un Wrecking Crew à base d’Hal et d’Osborne et tapent dans les grosses signatures, comme Neil Sedaka avec «Puppet Man», mais il faut attendre la reprise du mighty «Feelin’ Alright» de Dave Mason pour voir la pâte lever. C’est Billy Davis qui nous claque ça et il en fait une version pour le moins spectaculaire. Frissons garantis. Ça monte comme chez les Edwin Hawkins Singers. En B, ils retapent dans Laura Nyro avec la good time music de «Save The Country» et font du jazz à la Michel Legrand avec «Dimension 5ive», pah la bah pah la bah ! Disons qu’ils entrent avec cet album dans leur période classique.

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             Ils font paraître un double Live en 1971. On s’y régale de quelques covers, notamment le «Stoney End» de Laura Nyro, dans le Laura Nyro Medley. Florence chante le lead et Marilyn reprend le lead pour «Wedding Bell Blues». C’est là qu’on mesure la grandeur de ces deux Soul Sisters. On trouve en A un autre medley, le Love Medley, avec du Burt, du Lennon/McCartney et du Jimmy cot cot Webb. En B, Ron Townsen tape encore dans Laura Nuro avec «Eli’s Coming», et Hal Blaine fait décoller le cut au jazz bound. On voit aussi ce démon de Billy Davis shaker sa Soul dans «Shake Your Tambourine», look it here ! On trouve un Jimmy Webb medley en C qui se termine avec une courte approche de «MacArthur Park» et en D, Billy rend un hommage percutant à Sly avec «I Want To Take You Higher». C’est assez bien foutu car Hal Blaine et Joe Osborne montent bien les œufs en neige.

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             Malgré sa superbe pochette, Love’s Lines, Angles and Rhymes n’est pas l’un des meilleurs albums des Fifth. Ils démarrent sur le «Time & Love» de Laura Nyro, joli shoot de good time music, mais encore une fois, ce n’est pas un hit. Marilyn vise le haut vol avec le morceau titre, elle cherche le swing au chat perché, elle est très sculpturale, d’une nature généreuse, elle a le chien d’une jazzeuse, mais ce n’est pas un hit. Ils font monter «Via Tirado» comme une marée d’exotica, c’est puissant et savamment orchestré, mais ce n’est pas un hit. En B, Billy Davis ramène sa puissance coutumière pour tenter d’arracher «Light Sings» du sol, mais malgré cette puissance digne des walkyries, ce n’est pas un hit. Alors Florence ressort un cut de Laura Nyro, «He’s A Runner», elle en fait un cocktail délicat et subtil, elle chante au filet de voix, elle restitue toute la magie de Laura Nyro, mais ce n’est pas un hit. Billy et Marilyn bouclent avec «Every Night», un groove de Soul somptueux, doux et raw à la fois, mais encore une fois, ce n’est pas...

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             Sur Individually And Collectively paru en 1972, c’est Ron Townson qui vole le show avec «Band Odf Gold». Eh oui, il chante comme un ange, alors tu fonds. Il chante au filet de voix lumineux et nous berce l’âme de langueurs monotones. Billy Davis claque l’heavy funk d’«Half Moon». Il fait son Soul scorcher et un nommé Dennis Budimir passe un wild solo flash. Et que font les filles pendant ce temps ? Marilyn allume «(Last Night) I Didn’t Get To Sleep At All» d’une voix de rêve, pas trop grasse, un peu ferme, sans excès. Les Fifth reviennent au groove de jazz à la Michel Legrand avec «Sky & Sea». Et en B, Marilyn emmène «If I Could Reach You» dans la stratosphère. Elle a du répondant, c’est indiscutable, ses interventions sont toujours couronnées de succès. Marilyn et Florence terminent cet album éminemment intéressant avec le «Black Patch» de Laura Nyro. Elles servent royalement cette bonne vieille good time music. 

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              C’est Marilyn qui ouvre le bal de Living Together Growing Together avec une compo d’Harry Nilsson, «Open Your Window», un groove de belle haleine. Merveilleuse McLoo. Elle chante ça à la pointe de la glotte. Puis les Fifth font du velours de l’estomac avec «Ashes To Ashes». En fait les Fith campent bien leurs personnages : Marilyn la lumineuse (dans «Changed»), Bill Davis le puissant Soul Brother (dans «The Riverwitch»), ils ont chacun leur registre. Billy joue encore son rôle de puissant Soul Brother à la perfection dans «There’s Nothing Like Music», il est plein d’élan, plein de jus. Tout est comme on s’en doute bien orchestré, c’est Bones Howe qui veille au grain. Ron Townson prend le lead sur «What Do I Need To Be Me», un mélopif bien languide et massivement violonné.  Florence se tape un coup de Burt avec «Let Me Be Lonely», on la sent très hargneuse, très impliquée.

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             Dernier album Bell en 1974 avec Soul And Inspiration. Le morceau titre est signé Mann & Weil, c’est donc du Brill. Puis ils tapent dans l’«Harlem» de Bill Withers, grosse tension urbaine, les blacks savent jerker la couenne d’un deep groove, pas de problème, ne vous inquiétez pas pour eux. Billy Davis fracasse littéralement «My Song», en parfait Soul Brother de just come along. Il revient en B se fondre merveilleusement dans «Somebody Warm Like Me». Comme Al Green, il est le roi des fondus enchaînés. Il sait aussi larmoyer prodigieusement. Florence La Rue qui n’est pas à la rue se montre suave avec «Salty Years», et comme sa copine Marilyn, elle peut aller chanter par-dessus les toits. Elle est aussi goulue que sa consœur, mais pas aussi charnelle. 

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             En 1978, les Fith débarquent sur Motown avec Star Dancing. La pochette montre qu’ils passent à autre chose. Ils s’habillent diskö, alors adios Sunshine Pop. L’album est résolument diskoïdal, c’est le son putassier d’époque, même si c’est Motown. «Hold Me» reste ancré dans la diskö, mais ça jazze un peu dans la java. Les Fifth tentent de conserver leur originalité. Ils reviennent à une hard edgy Soul de type Tempts avec «You Are The Most Important Person In Your Life». C’est cuivré à la main lourde, avec du big bassmatic, du répondant de Fifth et des pointes de colère à la Aretha. En B, ils brouillent un peu les pistes avec le groove rampant de «Star Dancing» et font une espèce de Soul de Broadway avec «You’re My Lifetime Opera». Dernier spasme avec «Slippin’ Into Something New», une sorte de retour aux Tempts. Assez Motown dans l’esprit, et doté d’une belle ampleur. 

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             Dernier album en 1978 avec High On Sunshine. La pochette nous les montre tous les cinq en décapotable, mais il ne reste plus que Florence et Lamonte McLemore. Les trois autres sont des nouveaux. Par contre, James Jamerson et Wah Wah Watson sont dans le studio, alors attention aux yeux ! Eh oui, ça ne rate pas, Jamerson fait un numéro stupéfiant dans «Everybody’s Got To Give It Up», un hit signé Ashford & Simpson. C’est une pop de Brill, avec un Jamerson en vadrouille. Il bat la campagne et le producteur a l’intelligence de le mettre en haut du mix. La B s’achève sur «Children Of Tomorrow», un soft groove monté encore une fois sur un bassmatic voyageur, c’est un bonheur indescriptible que d’entendre jouer James Jamerson. Il sort des licks de Shaft. Le «Sway» qui ouvre le bal de B n’est pas celui des Stones mais un diskö funk d’exotica bien ronflant, traversé par des éclairs de trompettes, ça roule ma poule, ça groove chez les Fifth, ou ce qu’il en reste. Incroyable qualité de la prod, avec cette basse à fleur de peau. L’album est excellent, plein d’énergie et plein de son. Avec «Can’t Get You Out Of My Mind», les Fifth respectent leurs canons et restent dans leur pré carré de belle soft Soul. L’honneur de refermer la marche revient à Florence avec «You’re My Star». Elle a su préserver sa vieille niaque d’antan, elle force terriblement, elle chante over the rainbow et se montre encore plus extravertie qu’avant.

    Signé : Cazengler, zéro dimension

    Lamonte McLemore. Disparu le 3 février 2026

    Fifth Dimension. Up Up And Away. Soul City 1967   

    Fifth Dimension. The Magic Garden. Soul City 1967    

    Fifth Dimension. Stoned Soul Picnic. Soul City 1968

    Fifth Dimension. The Age of Aquarius. Soul City 1969

    Fifth Dimension. Portrait. Bell Records 1970

    Fifth Dimension. Live. Bell Records 1971

    Fifth Dimension. Love’s Lines, Angles and Rhymes. Bell Records 1971

    Fifth Dimension. Individually And Collectively. Bell Records 1972

    Fifth Dimension. Living Together Growing Together. Bell Records 1973

    Fifth Dimension. Soul And Inspiration. Bell Records 1974

    Fifth Dimension. Earthbound. ABC Records 1975 

    Fifth Dimension. Star Dancing. Motown 1978

    Fifth Dimension. High On Sunshine. Motown 1978

     

     

    Wizards & True Stars

    - Mavis serre la vis

    (Part Three)

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             Be What You Are est l’autre immense classique des Staple Singers. On retrouve le collectivisme lumineux du gospel - Be what you are my friend - et ça commence à chauffer avec « If You’re Ready ». Quelle énergie ! Pour une race entière, celle du peuple noir, les Staple Singers ont dû incarner l’espoir. Ils savent faire décoller du sol

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    l’esprit d’un chant universaliste. Peu de chansons inspirent un tel sentiment de grandeur humaniste. Même chose pour « Touch A Hand Make A Friend », où, en plus de l’énergie du gospel se profile une petite mélodie élégiaque. Pops et ses filles savent embarquer un équipage. Il y a chez eux la volonté de puissance qu’on trouvait chez les Edwin Hawkins Singers. Par contre, « Drawn Yourself » sent la Bobbie Gentry au pont de la Garonne. Encore un pur Mack Rice avec l’extraordinaire « I Ain’t Raising No Sand », magnifique et puissant, chanté au front de l’unisson. Avec « Bridges Instead Of Walls », une fantastique machine de groove se met en route, on est à Muscle Shoals, alors ça joue. Le beat est beau, pur et grandiose. Mavis l’amène en douceur et en profondeur. Il y a du génie dans cette chanson et dans cette façon de chanter la Soul. La puissance du gospel sous-tend l’intemporalité des choses, ne l’oublions pas. Encore un hit signé Mack Rice avec « That’s What Friends Are For ». Voilà l’équation gagnante : Sir Mack Rice & the Staple Singers à Muscle Shoals. La bassline est une véritable preuve de l’existence d’un dieu des bassmen. 

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             Encore un fantastique album : City In The Sky. Pops et les filles n’arrêtent plus de faire swinguer les studios. Avec le morceau titre, on retrouve ce r’n’b solide et pas pressé, bien posé sur son mid-tempo et les petites poussées de fièvre délicieuses qui font la grandeur du genre. Avec « Washington We’re Watching You », ils passent en mode groove funko-politique un brin shafty et même très Temptatif, avec un fantastique jeu de charley derrière - Whashington we’re watching you/ What the hell you’re gonna do - Mack Rice signe « Something Ain’t Right », pure merveille ! Pops entre par le côté du jive. On retrouve le mélange irrésistible des chœurs de sisters et du chant effilé de Pops. Il entre dans la ronde comme dans du beurre. La fête se poursuit en B avec « My Main Man », joué aux Caraïbes sur un beat coconut. C’est un cocktail capiteux d’énergie et d’intelligence musicologique. Les Staple brillent de mille feux. Puis on va aller jerker avec « There Is A God », mené à la trique, pressé, goûteux, bien battu et chanté à la ramasse, mais vite fait. Derrière, le roi du speed picking gratte des licks de dingue ! Pops ! Encore une compo signée Mack Rice/Eddie Floyd, « If It Ain’t One Thing It’s Another ». Pops l’embarque à l’accent Womack. Pur génie vocal de laid-back plaintif dégénéré. Il marie sa voix à celle de Mavis. Toujours du Mack Rice pour « Who Made The Man », fantastique jive de juke et ils bouclent leur petite affaire avec « Getting Too Big For Your Britches » une fois encore signé Mack Rice. Pops l’embarque directement au paradis du groove. Il sait jerker le jive, by jove ! Derrière, c’est secoué au sableur. Avec Ike, Pops est l’un des grands sorciers du sableur : pur génie productiviste. 

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             Let’s Do It Again est la BO d’un film. Elle sort l’année suivante et ça démarre très fort avec le morceau titre, une puissante pièce de Soul. C’est softé par la prod de Curtis Mayfield. Une fois encore, les Staple se montrent dignes de Marvin et de Bobby. Il souffle sur ce groove un petit air paradisiaque qui nous rappelle, ô combien, l’été des jours heureux. Avec « Funky Love », Pops envoie la sauce - Hey baby what you try to do to me - C’est tortillé dans le meilleur groove de Soul de tous les temps et les frissons accourent au rendez-vous - If you treat me right we can keep it tight ! You funky love ! - Les Staple font aussi une belle version de « New Orleans » doucement wahtée.

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             Dans Pass It On, ils tapent des cuts de Curtis Mayfield, comme « Sweeter Than The Sweet », dopée aux percus et chantée aux anges. C’est le paradis de la Soul. Mavis s’ébroue dans l’écume des jours. Elle emmène sa famille vers le ciel. « Take Your Own Time » est une pièce de Soul-funk assez bien ficelée. Les Staple visent la stupeur. Le funk danse la java sous la boule à miroirs. Tout le monde porte un costume blanc. Belle pièce de groove romantique : « Love Me Love Me Love Me ». Mavis tape aussi dans le groove des jours heureux avec « Take This Love Of Mine », resplendissant de santé élégiaque. Ces gens-là font tout avec une intensité hors du commun. Black is beautiful. C’est tellement vrai. 

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             Family Tree paru en 1977 est un bel album de Mavis. Même si ça démarre un peu diskö avec le morceau titre, on accroche rapidement car on a là de la beauté pure. Mavis sait sauver un pauvre cut destiné aux abîmes - Over my family tree I’m sitting - Avec « See A Little Further », elle tape dans le sacré bon funky business. Voilà une énormité digne des jukes de Philly. En B, ça part avec le petit r’n’b d’« Hang Loose ». On sent les vétérantes de toutes les guerres. Tout ce qu’on faire, c’est s’extasier. Pops mène le bal au meilleur doux du doux. On a encore une belle pièce de groove de funk avec « Colour Me Higher », idéal pour Mavis. Elle l’explose, au propre comme au figuré ! Derrière, les petites guitares funky jouent de loin en loin. Final fantastique avec « Boogie For The Blues ». Les filles font un carton et Pops se tape un sacré couplet ! Pops et Mavis : c’est certainement le meilleur duo du monde.

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             Jerry Wexler réussit à produire l’album Unlock Your Mind en 1978. Bien sûr, la scène se déroule à Muscle Shoals. David Hood et Eddie Hinton font partie des chanceux qui jouent sur cet album fabuleux. Pur jus de r’n’b avec « Don’t Burn Me ». Groove de haut rang, sans honte ni remords. « Love Being Your Fool » sonne comme un hit expiatoire. La section rythmique est un modèle du genre. Soul pop d’essence divine. David Hood fait brouter ses notes de basse. C’est le parfait exemple du classique r’n’bique chanté, troussé, bassmatiqué, swingué et embarqué - Cleo the poo ! - Mavis ramène bien sa fraise. Autre classique infernal : « Showdown », trop bien joué. Ça dépasse les bornes. Pops et ses filles abusent de notre candeur. Encore un groove parfait avec le morceau titre, avec le petit côté prêcheur des Staple. En B, on trouvera un édifiant clin d’œil à Elvis avec une reprise de « Mystery Train ». Il fallait oser.  

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             Le morceau titre qui ouvre l’album Brand New Day paru en 1980 est un fantastique classique de Soul. Pulsation méthodique. Pops vient faire quelques passades de voix chaude - oh oh yeah - Il injecte de sacrées doses de Soul dans le brunch. Mavis enchaîne avec un « Child » qu’elle chante avec une douceur suprême. Plus loin, Pops prend « He » au feeling pur. Il s’appuie sur le fameux groove rampant des Staple Singers. Mavis entre au deuxième couplet - When we heard He/ People calling and He set my soul on fire - Par contre, la reprise du « Garden Party » de Ricky Nelson est foireuse. En B, Mavis s’en donne à cœur joie avec « I Believe In Music » et ils passent ensuite aux choses sérieuses avec un énorme « Which Way Did I Go » signé Mack Rice, alors on ne plaisante plus. Les Staple sont dessus et Pops mène le bal. Il nous propose tout simplement la meilleure Soul du Deep South. Même chose avec « You’ve Got To Make An Effort ». Toujours Mack Rice et ce beat tintinnabulant qui avance cahin-caha. C’est l’alliance des grands chefs du peuple noir, le modèle staplique absolu. La voix de Pops sur le beat de Rice, voilà la combinaison gagnante. C’est à la fois puissant et vainqueur - You’ve got to make an effort/ To be another man !

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             Hold On To Your Dream vire diskö-funk. L’époque veut ça, mais les Staple s’en sortent miraculeusement bien. Ils tapent « Ride In On Out » au groove funky. C’est enregistré chez Allen Toussaint à la Nouvelle Orleans et on retrouve George Porter Jr à la basse. On a là un mélange de soft Soul à la Staple et de funk des Meters. « Message In Our Musique » est même carrément diskö. Ils s’amusent bien et se fondent dans le moule des modes d’époque. Mavis mène bien la danse. Elle en fait de la diskö magique, un rêve pour les nostalgiques des boîtes de nuit de la grande époque. Ils attaquent la B avec « Stupid Louie », un énorme groove de funk et Pops entre dans la danse, alors attention aux yeux. On tombe plus loin sur un autre cut de funky strut d’obédience porterienne, « Show Off The Real You ». Magnifique allure ! Mavis pilote le projet. L’hit du disque se tapit en fin de face : « Love Came Knocking ». Encore un puissant groove de funk bien tempéré. C’est leur vitesse de croisière, le smooth mêlé au beat bien marqué. Les Staple Singers sont des artistes complets, ils savent manier la Soul et le funk. Mavis est l’une des plus grandes Soul Sisters d’Amérique et derrière elle, les frangines amènent des chœurs de gospel.

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             This Time Around paru en 1981 et réédité par Ace en 2013 n’est pas à proprement parler un véritable album. C’est plutôt une collection de rogatons tirés des sessions d’enregistrement des grands albums Stax comme Staple Swingers. On y trouve trois belles preuves de l’existence d’un dieu Staple, à commencer par « Live In Love », un heavy groove familial. Ils sont littéralement monstrueux de groovytude. On se sent tout de suite chez Stax. Le son ! C’est à tomber. C’est staxé jusqu’à l’oss de l’ass. Avec ceux de Marvin et du p’tit Bobby, on a là l’un des meilleurs grooves de la planète. Restons dans le groove magique avec « I Got To Be Myself ». Cette fois, c’est sonné des cloches de cuivre et Mavis l’embarque au sommet de la montagne. On sent la puissance, la vraie. C’est brut de fonderie et monté sur un drive de basse irrépressible. Troisième bombe de ce disque : « If It Wasn’t For A Woman », un balladif que Pops gratte par derrière, et ça décolle avec les violons. Ce cut s’aménage son espace tout seul et Mavis l’établit dans l’univers. On atteint une sorte de démesure des amplitudes. Les violons dévorent le groove. Mavis tient la dragée haute aux orchestrations dans « A Child’s Life », une merveilleuse pièce de Soul violonnée. 

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             Nouvel album des Staple en 1984 : Turning Point. On sent que Pops a pris un coup de vieux car l’album démarre avec de la diskö. « Slippery People » sonne aussi diskö mais quand Pops entre dans le groove, ça change tout. Il transforme ça en Soul diskö. Pops sait déclencher les hostilités. Groove popotin. Pur Pops. Il sait na-nater et relancer la vieille machine avec sa petite voix insidieuse. L’hit de l’album c’est « Right Decision », un fabuleux groove funky. Pops y va seul. Avec sa petite voix de pâté sucré qui n’a l’air de rien, Pops allume un vrai brasier. Et Mavis arrive au second couplet. Derrière, ça gratte sec au funk - Mama cry-ah - Extraordinaire leçon de funk.

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             L’album titré The Staple Singers flirte toujours avec la diskö. Sur la pochette, on voit Pops et ses trois filles sourire de manière radieuse. Ils reprennent le « Life During Wartime » de David Byrne. C’est monté sur un diskö beat solide - There ain’t no party, there ain’t no disco/ There ain’t no fooling around - Et Pops prend le dernier couplet en faisant swinguer les mots à sa façon - I got some groceries, some peanut butter - On retrouve cet énorme beat dans « Nobody Can Make It On Their Own », superbe mélange de smooth et de groove diskö. Pops entre dans les couplets comme dans du beurre. Les Staple ont toujours su cultiver cette prescience du beat. Il faut saluer le génie de Pops qui a toujours su ramener la Soul dans l’essence du beat, qu’il soit Stax ou diskö. En B, Pops fait un malheur avec « Start Walking ». Véritable coup de génie - Now I’m walking/ Walking like Moses through the land of promise/ Hand in hand with Jesus - Stupéfiant ! Pops navigue au même niveau que les deux Bobby, Bobby Bland et Bobby Womack. C’est l’un des rois du groove, l’absolu groover du paradis.

    Signé : Cazengler, Mavicelard

    Staple Singers. Be What You Are. Stax 1973

    Staple Singers. City In The Sky. Stax 1974

    Staple Singers. Let’s Do It Again. Curtom 1975

    Staple Singers. Pass It On. Warner Bros Records 1975

    Staple Singers. Family Tree. Warner Bros Records 1977

    Staple Singers. Unlock Your Mind. Warner Bros Records 1978

    Staple Singers. Brand New Day. Stax 1980

    Staple Singers. Hold On To Your Dream. 20th Century Fox records 1981

    Staple Singers. This Time Around. Stax 1981

    Staple Singers. Turning Point. Private I Records 1984

    Staple Singers. The Staple Singers. Private I Records 1985

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    Greg Knot. I’ll Take You There. Mavis Staples, The Staple Singers, And The Music That Shaped The Civil Right Era. Scribner 2014

     

    *

    Je viens d’entendre une superbe ballade sur le Missouri. Je vaque dans l’appart mais mon esprit vogue au travers des plaines du Missouri, à mes côtés sur son appalooza elle ne sourit pas à moitié, des yeux je cherche un coin tranquille où nous pourrions desseller nos montures et nous étendre dans l’herbe chaude, ce n’était qu’un rêve, brisé comme il se doit, mais ce n’est pas le fait qu’il soit perdu à jamais qui me désole, c’est que je suis assailli par un bruit étrange, que se passe-t-il, je suis sur Werstern AF, mon ordinateur est-il en train de rendre l’âme, je n’ai jamais entendu un son de cette nature, faut que j’aille voir, ah ma bonne dame, tout va mal jusqu’au country qui n’est plus ce qu’il était, oh mon bon monsieur pas plus tard que hier soir… Bref, je suis allé voir d’où provenait cette étrange sonorité…

    JACKSON AND THE JANKS

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    Il y a tout ce à quoi on s’attend, et quelques bizarreries, ou caprices du destin, auxquels on ne s’attend pas. Je ne voudrais pas passer pour un cador, mais quand vous dites country ou folk, je sais à peu près ce que je vais entendre. Bon d’accord, j’admets que le gars il a une voix particulière, comment dire un peu tassée sur elle-même, pas grave, pas basse, singulière pour employer un mot qui ne veut pas dire grand-chose, une guitare toute simple, ce n’est pas Hendrix, mais les notes tombent comme elles doivent tomber, le rythme est assez lent, c’est le gars qui joue, remarquez qu’avec la voix qu’il a, il n’a pas besoin de se faire remarquer autrement, pour le moment  nous sommes dans l’ordre normal des choses, oui à côté il y a le bruit qui a attiré mon oreille, la gauche, c’est à ce moment que l’ampleur du désastre me saute aux yeux, l’est accompagné par deux autres mecs, qui d’ailleurs font tout pour ne pas se faire repérer, se cachent derrière leurs instrus, passons sur Izaak Mills et son sax max mais Ryan Weisheit en tient un beaucoup plus gros, son embouchure semble vouloir avaler le monde dans l’entonnoir béant de sa gueule largement ouverte, bref deux saxo funèbres, qui semblent vous accompagner directement au cimetière. Le pire c’est

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    quand ils s’attaquent au deuxième morceau, un instrumental, un peu plus lent, un peu plus funèbre, le Jackson joue légèrement plus fort, très légèrement, pas vraiment un truc pour réveiller les morts, plutôt pour les endormir.

    Pas vraiment joyeux je vous l’accorde, en plus ils osent nommer ce dernier morceau Walking on a smile… mais un charme indéfinissable, qui s’agrippe à vous, qui vous séduit, vous appelle, bref vous voulez en savoir davantage alors vous cherchez.

    Pas évident de trouver, vous trouvez mais ça part dans tous les sens faut remettre les morceaux du puzzle dans l’ordre.

    Jackson Lynch, l’était un enfant quand il est arrivé d’Irlande à New York, l’a appris le violon et la guitare, s’est intéressé au folk et est devenu chanteur de rue à la Nouvelle Orléans. C’est-là qu’il a décidé de former les Janks. Il existe de nombreuses vidéos qui permettent de suivre les Janks sur plusieurs années. Le groupe se définit comme un rock and roll and rhythm and blues garage gospel band. 2023, sort leur premier album sobrement intitulé Jackson and the Janks. C’est en juin 2025 que paraît leur opus sophomorus que nous écoutons :

    WRITE IT DOWN

    (Jalopy Records)

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    Belle pochette, originale, découpage et collage qui mettent en valeur Jackson Lynch, une belle gueule, la couleur n’est pas sans évoquer les photos sépia du dix-neuvième siècle, serait-ce pour signifier l’intemporalité d’une musique qui s’estime redevable et réceptacle de tous les genres qui l’ont précédée et dont elle revendiquerait l’héritage.

    Jackson Lynch : vocal, guitare, piano / Sam Dorres : drums, vocal / Craig Flory : saxophone basse et ténor / Matt Bell : Steel guitar.

    Pour les morceaux 4 et 8 : Jackson Lynch : vocal, guitare / Willie Martinez : drums / Ryan Weisheit : saxophone basse /  Izaak Mills : baryton et ténor saxophones  / John Cushing : trombone.

    The kick : ça clopine gentiment, l’on se croirait dans la bande-son d’un vieux film, une espèce de stride à la Jerry Roll Morton, mais au ralenti cahotant avec un sax qui cancane gentiment, z’avez envie de danser, le vocal ne vous lâche pas, vous pousse malgré vous à taper du pied sur le dance-floor, vous encourage, vous rassure, une bimbeloterie boitillante pour vous amuser, comme au bon vieux temps. Un seul problème, les paroles ne seraient-elles pas à double-sens, elles semblent vous émoustiller, mais n’y aurait-il pas entre les mots ce zeste de moquerie et comme un effluve de cruauté, indistincte si l’on n’y prend pas garde, mais qui vous colle à la peau dès que vous l’avez repéré. Beats me : c’est le premier morceau joué sur la vidéo AF, instinctivement j’avais pensé à Dylan, poussé sans doute par l’ambiance funèbre des cuivres, cette version paraît plus légère, mais au milieu vous avez ces glapissements de la laps qui ne sont pas là pour vous rendre heureux, la voix est plus claire, en contrepartie les paroles plus accessibles dévoilent une tristesse infinie. Sur la vidéo il vous semble qu’il les a écrites faute de mieux pour vous inciter sinon à la révolte du moins à une saine colère, mais là elles trahissent un désespoir profond et une impuissance sans fin devant la nature mortelle des choses de la vie. Windowsill : une berceuse, pour sûr les ronflements du sax sont inquiétants, pourtant la voix épouse un timbre féminin, la steel ne met pas la pédale douce, rien n’est parfait dans ce monde, il se couche auprès d’elle, elle va trop mal, à l’intérieur d’elle-même, il n’a pas envie de faire l’amour, juste la guerre pour détruire le monde qui va si mal. I don’t give any : attention ça tonitrue, la section des cuivres, ce n’est pas Muscle Shoals, mais ça déménage sec, ça brinqueballe à tous les diables, le Jackson est obligé de trompéter son vocal, les autres se lancent dans un joli capharnaüm, du coup il se tait, normal il s’en fiche, au morceau précédent il s’inquiétait pour la copine, l’était prêt à refaire le monde, là il s’en fout, si tu veux comme-ci ce sera bien, si tu veux comme cela ce ne sera pas mal non plus, n’a plus envie de se battre, ça n’en vaut pas la peine. Ne croit plus. En lui-même et au monde. Riding on a smile : un instrumental pour ouvrir la face B

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    du ce vinyl au format 33 Tours que vous écoutez en 45 : c’est bien le sourire que l’on n’espérait plus en ce monde si décevant, le son est un peu voilé, car la désolation arrive si vite qu’il ne faut surtout pas la réveiller.  Lament : on l’avait oublié c’est un groupe de rock’n’roll, enfin avec des sonorités slow-sixties et la voix qui monte haut, c’est vrai qu’ils se revendiquent aussi du gospel, relisez le titre, lorsque vous pensez que le morceau se finit, les instrus explosent en un immense charivari, un tintouin de tous les diables, parce que le Dieu d’amour n’est pas au paradis. N’est pas non plus sur terre d’ailleurs. Let’s leave here : cette deuxième  face s’avère plus entraînante que la première, ça sautille gentiment, enfin n’essayez pas de suivre les paroles de notre joyeux chansonnier ni le miel sucré de la steel, contentez-vous de lever les gambettes gentiment sur le rythme, vous êtes dans une espèce de pseudo-fable écologique, la tarte à la crème, que dis-je le marronnier sans feuille ni écorce de l’opposition ville-campagne,  we gotta get out of this place chantaient les Animals, mais là ce sont des êtres humains, la force vitale des bêtes leur manque, faisons semblant d’espérer qu’ils se tireront delà au plus vite. Il existe tant de manières de partir… Do wha you want to do : retour à la grosse fanfare, ce n’est pas non plus la grande parade du cirque qui traverse la ville pour rameuter les gamins. Nous n’aurons pas droit à l’énorme explosion tintamarresque de leur première apparition, c’est Jackson qui jette de l’eau sur le feu. Un seau rempli à ras-bord. Une séparation, un échec. Reconnaît ses torts pour mieux rejeter la faute sur l’autre. Pas de tristesse. Pas de joie. C’est la vie. On n’y peut rien.  Ainsi marche le monde.  Débrouille-toi. Fais ce que tu veux. Aucune importance. Je m’en balance. Le monde aussi. Je n’y peux rien.

             Tire bien son épingle du jeu Jackson Lynch. Comment fait-il avec Ses Janks pour vous tenir en haleine. Il nous offre une musique somme toute minimaliste, que l’on pourrait qualifier de vieillotte, mais il ne nous cause pas du bon vieux temps d’autrefois, seulement de notre présent si mortifère et désabusé. Auquel on a fini par s’habituer…

             Je ne m’attendais pas à trouver un truc de ce genre sur Western AF. Mais où le ranger. Quelle étiquette leur coller. Les Janks ne rentrent pas facilement dans une boîte. Ne ressemblent à personne. Difficile de les inscrire dans une catégorie précise. Quant au  numéro de janvier dernier d’Uncut qui leur a consacré une notule, il  les a prudemment enroulés et enrôlés dans la rubrique Bon Temps Rouler dévolues  aux artistes de la Nouvelle Orléans. Le magazine parle d’Honky sax, bien trouvé et font le rapprochement avec The White Stripes ce qui me paraît moins évident mais pas nécessairement stupide. Des flonflons, des flocons de cyanure que vous vous avalez sans y prendre garde. Des inclassables. Tout compte fait des outlaws.

    Damie Chad.

     

    *

    Il existe plusieurs sortes d’êtres humains. Les plus nombreux sont stables. Vous les rencontrez un jour, vous les perdez de vue. Dix ans plus tard, vingt ans après comme dirait Alexandre Dumas, vous les croisez une nouvelle fois. Ils n’ont pas changé. Vous les retrouvez tels quels. Ils sont restés fidèles à eux-mêmes. Vous êtes contents pour eux, ils ne se sont pas reniés, ils n’ont rien trahi. En vérité comme dirait Jésus, vous êtes contents pour vous. Vous avez l’impression rassurante qu’autour de votre petite personne le monde s’est bien gardé de vous décevoir.

              Je suis désolé, mais dans les lignes qui viennent, vous serez confrontés à ce que les chimistes désignent sous l’appellation d’éléments instables. Le francium s’avère être l’élément le plus instable du tableau de Mendeleïev.  C’est vraisemblablement pour cela que le groupe individuel que nous allons écouter possède un nom à consonances (toute relatives) françaises.

    LOATHSOME CHRIST

    DOUBLEPLUSUNGOOD

    (Bandcamp / Avril 2026)

             Le groupe se réclame de Carollton, un patelin de vingt milliers d’habitants situé au nord-ouest de la Georgie très près de l’Alabama, peut-être pas l’endroit idéal des USA. Nous délaissons illico la leçon de géographie pour suivre le cours d’histoire.

             Nous sommes en 2002, ils sont quatre : Erick Dunlap est à la guitare / Patrick Lowe officie à la basse / Paul Warren est tapi derrière ses fûts / Eric Crowe tient aussi une guitare.

             Répètent jour et nuit, nous en doutons puisqu’au bout de trois ans ils parviennent à enregistrer une cassette. Apparemment de deux titres puisque quelque temps  plus tard Dunlap et Crowe enregistreront  un troisième morceau. Ils sont alors dans un groupe au nom charmant : Her Name was Death.  Vingt ans s’écoulent, durant lesquels ils participent à des expériences musicales diverses. Or voici que, comme l’écrivit l’auteur des Trois Mousquetaires, vingt ans après Eric Crowe exhume ce matériel oublié qu’il nomme d’abord Lonesome Christ. Il retravaille les bandes, voici le bébé. Un poupon pénible au possible qui passe ses nuits et ses jours à hurler… Il est à craindre que nombre de nos lecteurs n’éprouvassent l’envie de lui tirer froidement une balle dans la tête.

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    Wrath of the lamb : étrange ce bruit, une espèce de sonnerie spiralée qui n’en finit pas de tourner sur elle-même, vous n’en avez jamais entendu d’identique, normal faudrait que vous soyez quelques minutes avant la fin du monde pour que l’entendiez vraiment, en voici une simulation, plutôt un avant-goût, au cas où vous n’avez pas encore compris, le vocal vous explique tout, le projet final, la fin du monde, bruit de ferraille surmontée d’un glapissement monstrueux, le genre de hideur que vous n’auriez jamais voulu entendre, vous n’auriez jamais cru qu’un agneau fort en colère puisse bêler ainsi, soyons franc ce n’est pas une quelconque bestiole innocente que l’on serait en train d’égorger dans le coin sombre d’un abattoir sordide, juste le contraire, vous êtes le cheptel destiné à périr d’une façon atroce, quant à l’agneau c’est l’ange de l’Apocalypse, l’archange supérieur, n’ayons pas peur des mots, le christ d’amour en personne, l’agneau pascal en chair et en os qui s’en vient œuvrer à sa vengeance, pour un mort, toute l’humanité entière, ne chichite pas sur les moyens, le grand exterminateur  à la robe sanglante, un peu de sirène pour vous permettre de regretter d’être ce que vous êtes, vous avez la batterie qui tamponne les crânes méthodiquement sans se presser, à la fin des temps il prend tout son temps, il a tout son temps, l’ignoble lance-flamme du vocal revient vous brûler les tympans,  si vous n’avez jamais lu le dernier livre de la Bible, voici la version audio, quelle lecture, vous y croyez, vous tremblez de peur, ne vous perdez pas dans une audition esthétique, réfléchissez, la fin du morceau pose la seule question qui vaille la peine. Qui survivra à une telle horreur. Respirez, la machine sonore ralentit, la boucherie se termine. Loathsome Christ : grincements, escadrille de bombardiers au-dessus de votre ville, j’ai le regret de vous avertir que vous êtes morts, oui sur ce coup-là le Christ a été vraiment odieux non pas de vous avoir tué c’est ce qui pouvait arriver de mieux, c’est que la mort n’est pas le grand repos que vous attendiez, la voix sépulchrale ne crie plus, elle chuchote à votre oreille, la guitare est asthmatique, la batterie avance à la vitesse d’un escargot malade, de fait vous ne savez même pas si vous êtes quelque part, même pas au fin-fond d’un abîme, vous êtes un outre vide de sens, vous n’êtes plus comme vous avez été, vous essayez de vous raccrocher à des sentiments humains, mais le désespoir et l’euphorie se ressemblent étrangement, l’est sûr que les choses sans consistance ne sont que des insignifiances sans conséquence, au mieux vous êtes une sensation indistincte au pire un semblant de pensée qui vous rassure de n’avoir rien à penser sinon à nous-mêmes qui ne sommes rien, nous nous raccrochons à ce que nous avons été et que nous ne sommes plus, mais est-il possible de penser le non-être sans être, ou alors c’est que le non-être n’est autre chose que l’immortalité que nous ne sommes pas, la voix expire lentement, elle agonise, tout en se maintenant sans fin, ne sommes-nous pas empêtré dans une existence  qui nous nous demeure étrangère, mais peut-être sommes-nous le résultat de ce que nous avons mérité par le simple fait d’avoir été. Tapotements, ils sont sympathiques, ils nous refont passer les bombardiers du début dans lesquels nous tournons infiniment en rond autour de nous-mêmes. Warren’s dead : on comprend qu’ils aient tardé avant de composer la suite.  Paul Warren est-il mort entre temps… quand on sait que l’étymologie de Warren signifie ‘’gardien du jardin’’ l’on se dit qu’après le livre de l’Apocalypse nous revenons au livre de la Genèse… oui mais il s’agit d’un autre Warren, Harley Warren l’ami de Randolph Carter qui dans la nouvelle de Lovecraft entre dans un antique tombeau pour ne jamais en ressortir… Si vous n’avez jamais lu le Statement of Randolph Carter de l’écrivain de Providence  vous avez le choix, soit vous lisez le texte, soit vous en écoutez la lecture effectuée par Eric Crowe, attention un riff industriel et répétitif recouvre la voix, une mise en scène phonique  qui tend à rendre la conversation téléphonique entre Harley et Randolf, l’un au fond d’une crypte maudite et l’autre au bord de la tombe…

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             Musicalement ce troisième morceau est moins fort que les deux précédents qui se suffisent à eux-mêmes. Eric Crowe veut-il signifier que le l’apocalypse christique n’est qu’un épisode parmi tant d’autres des manifestations kaotiques de la puissance des Anciens Dieux… Nous invite-t-il à une relecture de l’Apocalypse en suggérant que le retour des Anciens Dieux serait à mettre en relation avec Satan enfermé selon le texte biblique pendant mille ans au fond d’un puits sans fond… Une interprétation peu orthodoxe et dogmatique des écrits judéo-chrétiens…

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             Question subsidiaire, la lecture pas très audible est-elle à mettre en relation avec celle de la bande-son de L’Essence des Chocs de La Muerte film de Michel Laguna qui dans les années quatre-vingt officia dans le groupe Belge La Muerte, et qui réalisa le film : Doubleplusungood.

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             Quand on sait que dans ce film  un certain Dago Cassandra décide de tuer les douze bâtards de Lucifer, projet qu’il essaie de mener à bien (ou plutôt à mal), un fabuleux prétexte à des séquences d’une grande violence. Qui se terminent par des citations de la Bible… L’on comprend d’où Eric Crowe a sorti le nom de son groupe. Doubleplusungood est sorti en 2018. Le genre de films culte dont les festivals raffolent. Une espèce de chef-d’œuvre gore métaphysique. Très rock dans son esprit tout en étant en même temps une exploration citatrice et incitatrice d’une certaine histoire du septième art selon ses déploiements les plus inquiétants.  

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             Rappelons que le mot doubleplusungood peut  s’entendre de deux manières : double + un good = double + un bon ou  double +ungood = double + très mauvais. En raccourci : c’est doublement bon ou c’est doublement mauvais. Ce terme est emprunté à la novlangue usitée par les instances dirigeantes de l’Humanité dans le roman 1984 de George Orwell. L’Etat institue le langage de la double-pensée qui permet selon les situations de qualifier ou disqualifier une idée ou une notion abstraite.

    Double-sens, double-mot, tout ce qui concourt à la manipulation des masses. Ainsi dans cet opus, l’Apocalypse - n’oublions pas que ce mot issu du grec signifie Révélation - qui est censée prédire  selon la vulgate chrétienne, comment notre pauvre Humanité sera débarrassée de la présence du Mal, s’avère de fait plonger l’âme humaine dans une déréliction encore plus profonde que quand les forces du mal triomphaient sur la terre…

    Nous faisons confiance à nos lecteurs pour déjouer la phraséologie politicienne déployée sur nos ondes pour se livrer à une dés-interprétation systématique du discours étatique seriné à satiété…

    Nous terminons par un regard sur la couve de l’opus : qu’est-ce ?  Une femme désolée en attente d’une quelconque rédemption, un cadavre, ou tout simplement une effigie de la Mort. Est-elle bonne ou mauvaise. C’est à vous d’en décider.

    Damie Chad.

     

    *

    Viennent de sortit un album, leur nom m’a plu, je m’apprêtais à le chroniquer lorsque j’ai aperçu le titre d’un de leur précédent opus, séduisant, mais quand la couverture est apparue dans mon champ de vision j’ai craqué pour elle, trop belle, trop évocatrice, j’ai donc opté pour cet opus paru voici déjà cinq années, ne perdons pas de temps.

      THE ETERNITY BOX

    CUT THE ARCHITECT’S HAND

    (Bancamp / Janvier 2022)

             Drôle de nom pour un groupe. Hors de tout contexte maçonnique, ce mystérieux architecte ne peut être que le Grand ordonnateur de Univers dont il est nécessaire de couper la main car elle pourrait vous pousser à agir contre votre propre volonté.  Or en tant qu’homme libre vous tenez à régir vous-même votre destin. Comme c’est bien dit en si peu de mots.

             Cette brièveté est d’ailleurs une de leurs spécialités, les textes sont courts, presque sibyllins, c’est à vous d’écouter et d’entendre ce qu’ils ne disent pas expressément. Les termes sont simples, ce qui n’empêche pas une certaine densité poétique.

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    La couve est de Nathan Tersteeg  artiste et tatoueur amateur de la ligne claire. Deux images se sont superposées en ma tête, l’une visuelle, le souvenir de la couverture du Livre de poche les Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe et l’autre poétique : les vers de Gabriele d’Annunzio relatifs à son expédition à Fiume que je cite de mémoire  Nous étions trente sur deux navires et le trente-et-unième qui tenait la barre, était la Mort.

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    Nathan Tersteeg, tout comme les trois membres du groupe, est de Richmond. En Virginie. Notons que la ville de Richmond possède un musée Edgar Poe. Il n’y a pas de hasard, seulement des signes noirs à interpréter.

    Le titre m’a séduit ma petite tête avait compris Boîte d’éternité. Que l’on puisse mettre l’éternité dans une boîte, l’oublier dans un coin ou l’envoyer par la poste à un ami que l’on n’aime pas, m’a semblé une bonne idée, un peu farfelue, un peu surprenante, un tantinet inquiétante. Mon correcteur neuronal a coupé court à mes rêveries, mais non Damie, ce n’est pas une boîte dans laquelle est enfermée l’éternité c’est la boîte qui est éternelle. Tu confonds le contenant avec le contenu. J’eusse bien rétorqué, j’aurais bien continué la conversation  fort inopinément  mon correcteur neuronal a coupé le contact. Le combat cessant faute d’adversaire, je me suis promis de rouvrir le débat un peu plus tard.

    Greg Branch: basse, vocal / Tim Madison: guitare, vocal / Bryan Conner : drums, vocal.

    Contempt as a weapon : attention la métaphore peut tuer le rêve, la couve et un harpon, vous pensez être partis pour une nouvelle poursuite de la grande baleine  blanche, d’autant plus que ça turbine salement, un vocal de grande tempête quand le capitaine hurle et que vous comprenez que la mort rôde. Un sacré voyage. D’ailleurs ça accélère, la maudite Moby Dick se rue sur votre coque de noix. Splash ! Splash ! Splash ! elle se sert de sa queue comme d’un battoir. Pas du tout. Abandonnez vos voyages extraordinaires à la Jules Verne. C’est encore pire que le Voyage Autour de ma Chambre de Xavier de Maistre. Vous tournez en rond dans votre bocal. Non vous n’êtes pas un poisson rouge, z’êtes simplement dans la tête de notre héros, pas un as du Kung Fu, la joue piteusement, se cache sous le voile du mépris. Une manière de cacher face au monde son désarroi et sa faiblesse. Juste le chagrin d’une séparation. Mais vous pouvez interpréter la situation autrement. A la Mallarmé. Vous avez tiré les dés du destin, pas le bon numéro, ne vous reste plus qu’à attendre la mort. En effet une fois que vous serez mort vous êtes bien conscient que votre existence n’aura eu aucune influence sur la marche du monde. Effet nul. Constat accablant, d’ailleurs le morceau s’arrête sur un dernier hurlement tranché net. Ce n’est pas pour rien que le morceau suivant s’intitule : Come to naught : (Se rendre au néant) : faut pas croire qu’ils écrivent n’importe quoi ou au hasard ce qui leur passe par la tête :  d’ailleurs pour ce morceau, ils vous filent une petite explication de texte, l’est vrai que les lyrics sont un peu (beaucoup) elliptiques : ‘’ L'histoire tourne autour de la perte de tout ce que l'on connaît. Une vie bouleversée. Parfois en bien, parfois en mal. Mais on en ressort plus sage. Nous espérons que vous l'apprécierez.’’ Pas étonnant qu’il y ait du sang, très rouge et métaphorique, dans les paroles, ce coup-ci c’est Bryan le drummer épileptique qui manie le battoir, Tim vous déglingue sa guitare fort joliment, et le vocal vous tombe dessus comme si vous étiez un immondice qu’un coup de balai envoie se balader dans une bouche d’égout. Comme on vous a expliqué que ça finissait bien, vous n’hésitez pas à le remettre deux ou trois fois. Délectation phonique. The custom of the sea : là, c’est beaucoup plus trouble, vous vous croyez dans la chansonnette ‘’ Il était un petit navire qui n’avait ja-jamais na-naviguer’’. Ce n'est pas que ça se termine mal. Rien qu’à la fureur instrumentale et au chant des matelots un peu surexcités, vous n’êtes pas surpris que le petit mousse soit mangé. D’ailleurs la guitare fulmine méchamment. Le pire ce n’est pas que le pauvre enfant accepte son sort sans cris, ni pleurs, un peu comme si on lui proposait une partie de billes. Vous avez compris, que ce n’est pas une histoire inventée, voire une histoire vraie, le problème, c’est toujours le même, c’est la métaphore. Elle y va fort. Que veut-elle nous dire. Qu’en tant êtres humains nous acceptons de mourir aussi benoîtement, aussi tranquillement que le petit mousse. Que nous trouvons cela naturel. Nous pouvons faire la révolution pour changer de gouvernement, mais nous sommes incapables de fournir le moindre effort pour refuser la mort. Puisqu’elle est inéluctable. Le morceau ne dure pas trois minutes, et ils vous permettent de méditer sur la condition humaine. Sont comme la métaphore, ils sont forts. Four penny coffin : instrumental brontosaure, lequel des trois est au vocal, je ne sais pas mais il produit le guttural vacarme qui voici longtemps devait sortir des gosiers des T-rex, sont pédagogues, au cas où vous n’aurez pas compris, les instrus font la danse du ventre, ils vous répètent la leçon philosophique, ils utilisent la métaphore du cercueil de quatre sous. Ne réclament pas davantage de confort. Cela leur convient parfaitement. Placidité du petit mousse. Comme tout le monde. Pas plus ni moins que les autres. La mort n’est-elle une sorte de royauté absolue. Burial hook : drôle de Capitaine Crochet, vous avez l’impression que ça casse du bois et que ça craque dans la nature, en plus il y a le mort dans le cercueil qui cause alors qu’on le descend dans la fosse. N’en veut pas au croquemort, encore la métaphore qui tue, c’est le cas de le dire, amis ne pensez plus à ceux qui sont morts, que vous aimiez peut-être, oubliez-moi, ne pensez pas à moi, mon histoire est terminée. Il est inutile de la continuer puisque je suis plus là pour continuer à endosser mon rôle dans ta tête. The funeral that follows : là c’est beaucoup plus trouble. Qui parle-là ? Musique grandiloquente et vocal exacerbé. Ici c’est la métaphore qui meurt. C’est elle que l’on enterrera. Parce que voyez-vous, le pire ce n’est pas de crever tout seul  au fond du trou. C’est de savoir qu’une funéraille(s) est toujours suivie d’une autre funéraille(s). Quelque part il y a un truc qui funédéraille. Qui parle au juste. Celui qui est mort dont les regrets s’exhalent de la tombe, ou celui qui reste auprès de la tombe, ou celui quelque part qui est en train de trépasser. De qui sont ces regrets que le vent disperse.

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             Z’en disent pas plus. Même pas une dernière petite métaphore pour vous rendre plus forts. Z’ont causé d’amour, de perte, de meurtre et de mort. Pas plus ni moins. Remarquez ce n’est déjà pas mal. C’est même beaucoup. Beaucoup trop, susurreront les âmes timorées. Sans aucun trémolo. N’en font pas des tonnes. Ce qui est marrant c’est que lorsque l’on voit ces trois grands gaillards sur la photo, l’on ne s’attend pas à ça. Un look de bûcherons. Je n’en sais rien, c’est l’arbre derrière sur la photo qui me pousse à cette hypothèse. Ben non, ce ne sont pas des êtres frustes et violents. Pas de sombres brutes, le sourire narquois dissimulé sur leurs lèvres  nous interdit de penser cela. Ce sont des esprits subtils. Ecrivent peu, mais vous synthétisent la vie humaine en quelques mots. Savent dire l’inaudible.

             C’est à nous de savoir l’entendre.

             Sont très forts.

    Damie Chad.