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CHRONIQUES DE POURPRE 735 : KR'TNT ! 735 :LOOSE GRAVEL / REVEREND BEAT-MAN / LUCINDA WILLIAMS / KOMBYNAT ROBOTRON / MAVIS STAPLES / JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT / UNCLE GOOBER / DORIAN PIMPERNEL / GURTHWORM

KR’TNT !

KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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LIVRAISON 735

A ROCKLIT PRODUCTION

SINCE 2009

FB : KR’TNT KR’TNT

07 / 05 / 2026

 

LOOSE GRAVEL / REVEREND BEAT-MAN

LUCINDA WILLIAMS / KOMBYNAT ROBOTRON   

MAVIS STAPLES

JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT

UNCLE GOOBER / DORIAN PIMPERNEL

GURTHWORM

 

 

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http://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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Livraisons 318 – 729 sur :

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The One-offs - Gravel voice

 

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         On flashait pas mal sur les Groovies à l’époque, ceux de Roy Loney (certainement pas ceux d’après), et notamment sur ce Sneakers qu’on avait ramené de l’Open Market comme un trophée, parce qu’on avait lu dans Who Put The Bomp! que les Groovies étaient des punks. En vérité, ils ne sonnaient pas comme des punks, tout au moins pas comme les Shadows Of Knight. Pourquoi ? Parce qu’ils swinguaient. «My Yada» et «Golden Clouds» étaient de véritables miracles de swing-out Frisco beat, mais t’avais tout de même le raw de Roy, et ça suffisait à étancher provisoirement ta soif de proto-punk. Il te faudra attendre «Teenage Head» pour entendre du vrai raw de Frisco Bay.

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Avec ça, le Roy est devenu un roi du raw, et tu lui as prêté allégeance tout le temps qu’il est resté l’âme de Groovies. Après son départ, les Groovies sont devenus n’importe quoi. Il fallait se lever de bonne heure pour continuer de respecter Cyril Jordan. Roy Loney était un fan et un collectionneur de rockab, ce qui faisait la différence avec Jordan qui préférait la pop.

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         Les Groovies bon d’accord, mais à côté, t’avais des clients nettement plus sérieux : Loose Gravel. Pour situer les échelles de grandeur, Loose Gravel sont des géants et les Groovies des nains. Tout au moins dans l’impact que ces deux groupes ont eu sur les cervelles à cette époque. Il vaudrait mieux dire : sur les rares cervelles, car les fans des Groovies ne couraient pas les rues et ceux de Loose Gravel encore moins. On devait être une poignée en France : ceux qui avaient lu une brève chronique dans Who Put The Bomp!, et qui avaient commandé le 45 tours à l’adresse indiquée en bas du texte. T’envoyais ton blé et t’attendais, sans trop y croire. Il a fini par débarquer dans ta boîte aux lettres et là, tu peux dire que ta vie, qui avait commencé à changer, s’est mise à changer encore plus brutalement. Ce choc sismique faisait suite à celui occasionné par l’arrivée de «The Final Solution», le single magique de Pere Ubu. Mais là t’avais quelque chose d’encore plus weird, d’encore plus dangereux, simplement dans le son et dans le ton de la voix, t’entrais dans le mystère d’un gang d’outlaws, tu les voyais sur la petite photo de la pochette, ces mecs-là n’avaient pas l’air de rigoler, t’avais ce son ultra-délinquant, cette voix de mec qu’en a buté des tonnes, et cet incroyable raw de gratte. Jean-Yves était de passage à l’époque et on écoutait «Fisco Band» ‘en boucle’, comme on dit quand on ne sait pas quoi dire. On ne pouvait pas se lasser de ces coups de slides enroulés à la Elmore James, et t’avais cette voix rauque d’Achab qui t’harponnait à coups d’if you aim to rocking/ And rolling too, tu ne te méfiais pas de ce gentil mid-tempo, mais c’était du punk avant l’heure, sous des airs sympa, we’re the Frisco band in your town, aw comme ces mecs étaient bons, et Mike Wilhelm passait de grands coups de slide rageurs, et il retombait à la suite sur des accords des Stones qui corsaient l’affaire, et ça repartait avec le faux calme du couplet chant, alors Wilhelm redevenait presque sympa, mais sa voix rauque trahissait un vécu, et quand on arrivait au bout du cut, on le remettait au début, on ne chantait même pas avec eux, on les écoutait, fascinés. La simplicité de la structure nous épatait. Mike Wilhelm donnait à travers son Frisco Band une belle leçon : tu peux casser la baraque sans écraser ton champignon, il suffit juste de passer deux ou trois coups de slide rageurs et de chanter comme si t’étais recherché par les flics. Il y avait quelque chose d’exotique dans cette incroyable dégelée royale. Cette année-là, les trois outsiders de Loose Gravel sont devenus des héros, comme le sont devenus à la même époque les outsiders de Pere Ubu et des Hammersmith Gorillas. Tous ces groupes soufflaient bien sur la braise, condition de survie du rock depuis Elvis 54. La braise. L’esprit de modernité. Le rock spirit. Même s’il existe de très grands albums de rock, c’est dans les 45 tours que réside le rock spirit dans sa forme la plus pure. En deux minutes, «Frisco Band» te dit tout ce que tu dois savoir sur le rock, comme le fit en son temps Elvis avec «That’s Alright». Et tu peux ressortir «Frisco Band» de l’étagère, comme je viens de le faire, et tu verras que ça n’a pas pris une seule ride. L’impact est exactement le même. T’as pris un coup de vieux, mais pas «Frisco Band». C’est pour ça qu’il faut continuer de rapatrier des 45 tours. C’est là que ça se joue.

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         Comme chacun sait, les destins de Loose Gravel et des Groovies se sont mêlés. Un certain Chris Wilson est devenu à une époque le chanteur de Loose Gravel, avant de devenir celui des Groovies. Faut-il parler de Chris Wilson ? Certainement pas. Aucun intérêt. Les Groovies ont aussi fini par embaucher Mike Wilhelm. On s’est toujours demandé ce qu’il était venu faire dans cette galère, car les Groovies n’avaient plus aucun intérêt. Et Mike Wilhelm se situe tout de même à un autre niveau. Jean-Yves qui connaissait d’incroyables détails me raconta un jour que Mike Wilhelm s’était rendu au Texas en moto pour rencontrer Mance Liscomb et lui demander de lui montrer les accords qu’il avait inventés sur sa vieille gratte toute pourrie. 

 Signé : Cazengler, Loose Graveleux

Loose Gravel. Frisco Band. Not On Label 1975

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L’avenir du rock

  - Monsters Class/The Beat-Man way

 (Part Five)

         Face caméra, Bernard Pavot présente son invité :

         — Chères téléspectatrices, chers téléspectateurs, nous recevons ce soir encore l’avenir du rock !

         Le public réuni dans l’auditorium de la Maison de la Radio applaudit frénétiquement.

         Bernard Pavot tire une longue bouffée sur sa pipe et d’un ton éminemment cordial, il commence à titiller son invité :

         — Quelle est pour vous l’incarnation de la modernité pornographique ?

         — The Beat Goes On.

         Ovation du public. Bernard Pavot attend patiemment le retour au calme pour poser une deuxième question : 

         — Quelle est pour vous la meilleure illustration de l’universalisme hérité de la scolastique de Saint-Thomas d’Aquin ?

         — Beat On The Brat With A Baseball Bat.

         — Vous ne mégotez pas sur vos opinions, avenir du rock ! Vous référez-vous à l’esthétique de la formule ou à son essence philosophique ?

         — A Little Beat Me A Little Beat You...

         Nouvelle ovation. Les salves se succèdent. Bernard Pavot en profite pour vider sa pipe dans le cendrier, toc toc toc, et la bourrer de nouveau. Il sait qu’il a le temps.

         Le calme revenu, il reprend :

         — Imaginez que vous décidassiez d’écrire un manifeste politique à vocation révolutionnaire. Quel titre choisiriez-vous ?

         — Sex Beat !

         — Et quel homme serait selon vous le plus apte à recevoir l’investiture suprême lors de nos prochaines élections ?

         — Beat-Man !

 

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         L’avenir du rock n’a aucune hésitation. Et quand tu vois Beat-Man sur scène, t’as toi aussi aucune hésitation. Beat-Man c’est le roi du rodéo, the king of trash, le no-way back man, la pompe humaine, le trash-boom hue de fouette cocher, l’heartbeat-man organique, le jiver intergalactique, le chef des indiens, l’abbé de la Croix Jugulante, le mercyless pas en laisse, le pilonneur des Lilas, le Bibi Fricoteur, Mandrake le Magichien, le grand crack qui croque, le bonheur des damnés, l’empêcheur de tourner en rond, le beurre en broche, la main d’Orlac, un Nietzsche sans moustache, un

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corseur d’affaires, un écraseur de champignon, le maître à pulser, le singulier du pluriel, l’hurleur d’Hurlevent, le meilleur ami de la mort, le dernier des Mohicans, l’enfileur de perles, l’ami des bêtes que nous sommes, le Tarzan des Jeunes, la boule de feu follet, le bigorneur de Big Horn, Beat-Man est complètement universel, complètement dans ton oreille, complètement dévolu à sa tâche, il fout le feu partout, il tonne comme un dieu grec, il avale la pampa, il riff-raffe comme un démon, il dévore le rock tout cru, Beat-Man c’est le p’tit Quinquin punk, l’œuf du serpent, Beat-Man c’est Saturne, le grand méchant loup, le lutin trash, le couteau suisse du rock, l’homme d’un monde, le meilleur des révérends, le plus puissant seigneur des annales, le plus évolué des Cingloïdes, le plus barré des sidérateurs, Beat-Man c’est encore l’absolue nécessité,

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l’insoutenable légitimité de l’être, l’innommable objet de ton désir, en une heure, il va réussir son coup le plus fumant : réinventer le trash-punk blues, aidé en cela par une petite superstar nommée Milan Slick. Ils sont capables tous les deux de recréer le big bang originel. Ils reprennent tout à zéro et réinventent la vie. Voilà pourquoi Beat-Man est un artiste tellement vital. Chaque fois que tu le revois sur scène, t’es émerveillé. 

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Signé : Cazengler, con comme une bite, man !

Reverend Beat-Man & Milan Slick. Le Fury Défendu. Rouen (76) 20 avril 2026

  

 

Wizards & True Stars

 - Lucinda la lucide

 (Part One)

 

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         Dans son chapô pour le Mojo Interview, Ady Fyfe présente l’alt-country queen Lucinda Williams comme «une héritière de poets, preachers and Southern radicals, country-folk prodigy, songwriters’ songwriter, stroke survivor.» 72 balais, la mémère !

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         Elle se souvient d’avoir été très jeune influencée par le «Colours» de Donovan. On apprend aussi que son père était un fan d’Hank Williams et qu’il l’avait rencontré. Son père fréquentait aussi quelques écrivains, et pas des moindres : Flannery O’Connor et Charles Bukowski. Pour le reste, rien. Que dalle. Pas de substance. Tu peux relire l’interview une deuxième fois, tu ne ramèneras rien de plus. T’as des gens qui n’ont rien à dire d’intéressant. En ce qui concerne Lucinda, tout est dans les disks. 

         Depuis 2020, elle enregistre des Tributes : c’est la série Lu’s Jukebox qui compte maintenant sept volumes, et pas des moindres, comme on va le voir.

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         Évoquons pour commencer le moins sexy des sept, le vol 4, Funny How Times Slips Away - A Night Of 60’s Country Classics. Bon, elle est parfaite dans son rôle d’alt-country queen, d’heavy country chick, mais si la country c’est patacam/patacam, alors t’es mal barré. T’en as rien à cirer de Buck Owens et de Loretta Lynn. Sa voix sauve ‘Lucinda la country chick’ sur «Night Life», elle scintille dans son round midnite. Elle tape l’«I Want To Go With You» d’Hank Cochran en mode languide, et on tombe forcément en pâmoison devant le fantastique «Gentle On My Mind» de John Harford que popularisa Glen Campbell. C’est pas loin de ce que faisait Fred Neil. Lucinda y injecte toute sa niaque extraordinaire, et tu dis bravo ! Puis elle tape une brillante cover du classique rockab d’Hank Snow, «I’m Movin’ On», jadis porté aux nues par l’irréprochable Johnny Horton. Fabuleux shake de shook ! Dommage que tout le Tribute ne soit pas de ce niveau. Lucinda Williams est capable de pondre des bombes atomiques. Cot cot !  

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         C’est avec Lucinda Williams Sings The Beatles From Abbey Road qu’elle ouvre en grand les portes du paradis. Dès «Don’t Let Me Down», elle jette toute sa niaque dans la Beatlemania. T’en prends plein la barbe. C’est fabuleux de musicalité, les mecs derrière jouent à la vie à la mort de la Beatlemania. Lu remonte aux sources avec «Can’t Buy Me Love», elle tape au cœur du mythe à coups de diamond ring et ça monte encore d’un sacré cran avec «Rain», elle le prend à coups de larynx américain et ça explose le mythe. Mais c’est quand elle tape dans le White Album qu’elle dépasse toutes les bornes de la grandeur immémoriale, d’abord avec «While My Guitar Gently Weeps», elle lui rentre dedans de plein fouet, elle te le traîne dans sa boue divine d’I don’t know whyyyyy/ Nobody told you, le mec qui fait l’Harrison s’appelle Doug Pettibone et elle revient au divin muddy d’I don’t know how. C’est l’un des moments les plus heureux de ta vie. La Beatlemania recoule de plus belle dans tes veines. Elle tape encore dans le While Album avec «Yer Blues», elle s’y jette à corps perdu, elle refait le wanna die de John Lennon et tu te prosternes jusqu’à terre devant ce prodige. Troisième cut du White Album : «I’m So Tired». Elle replonge dans la mystique de John Lennon et le fait avec toute la ramasse dont elle est capable. T’as deux voix qui te parlent aujourd’hui : celle de Lucinda Williams et celle de Chrissie Hynde, parce qu’elles sont l’essence de la féminité rock’n’roll. Lu revient au Roi George avec «Something». Elle l’épouse de toutes ses forces. Puis elle passe à l’imbattable «With A Little Help From My Friends», imbattable mais  trop cousu, car détruit par le génie interprétatif de Joe Cocker. Elle n’aurait pas dû s’y aventurer, elle le tape pourtant bien heavy avec des grosses guitares, et c’est finalement démoli à coups de poux. Elle finit avec McCartney et «The Long & Winding Road». C’est pas le même son, elle est plus lisse au chant, mais elle rend hommage. Quel fantastique album ! T’es frappé par l’aplomb de cette vétérante de toutes les guerres. Elle semble dominer la Beatlemania, elle pulse son raw avec une grandiloquence purement américaine, et ça fonctionne. Elle ramène une vieille vigueur dans la Beatlemania et lui redonne du rose aux joues.

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         Avec Have Yourself A Rockin Little Christmas, Lu fait un Tribute à Christmas. Comme dans ses autres Tributes, elle trie sur le volet et t’es vite frappé par la qualité des Christmas songs. Elle tape son «Blue Christmas Lights» en mode heavy Magic Band. Mais c’est avec l’«If We Make It Through December» de Merle Hagard qu’elle rafle les suffrages, c’est un heavy gloom de délice, elle le descend merveilleusement, elle caresse son vieux Merle. Avec «I’ve Got My Love To Keep Me Warm», elle va chercher le vieux Dean Martin. Elle tape dans le swing de l’American Songbook. Elle passe au funk de Sir Mack Rice avec «Santa Claus Wants Some Lovin’», soutenue par les poux terrific de Stuart Mathis. C’est un hit d’Albert King, alors Mathis fait l’Albert King. Lu a donc le son et les poux. Elle bouffe tout crus le «Please Come Home For Christmas» puis le «Little Red Rooster», et elle explose à la suite toutes les expectitudes avec une cover du «Merry Christmas (I Don’t Want To Fight Tonight)» des Ramones. Lu est dessus, elle fait du big biz de yeah yeah yeah, t’as toute la Ramona intacte avec l’implacabilité des choses.

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         T’atteins des sommets avec You Are Cordially Invited - A Tribute To The Rolling Stones. Bien sûr, elle choisit pas mal de mauvais cuts des Stones («No Expectations», «Play With Fire», «Times Wait For No One»), mais quand elle tape sa version de «Street Fighting Man», elle y va au everywhere ! Elle est marrante. Son fighting in the street boy est plus américain et Steve Mackey fait bien les retours de manivelle. Ils tapent «The Last Time» en mode jumpy, mais c’est pas assez électrique. Première incartade. Steve Mackey claque un bassmatic demented sur «Get Off Of My Cloud» et c’est avec «Paint It Black» que ça monte vraiment en température. Quel harsh de Stonesy ! Elle n’a jamais été aussi Stoned qu’avec ce See a red door and I want to plaint it black. Et derrière, le Mackey fait un festival. Cette version relève du pur génie interprétatif. Elle enfonce Marianne Faithfull. C’est Lu la Stoned chick ! Elle plonge plus loin dans «Dead Flowers» avec délectation. Elle fond sa voix dans ce classique flamboyant. Elle en fait de l’heavy country rock et fracasse bien son queen of the underground. On entend bien Stuart Mathis sur «You Gotta Move», il riffe sec dans le groove. Elle tape plus loin le «Sway» qu’elle fait aussi en duo avec Chrissie Hynde sur Duets Special. Elle prend le «Doo Doo Doo Doo (Heartbreaker)» de haut et se jette toute entière dans la Stonsey. Le coup de génie de l’album est sa cover d’«(I Can’t Get No) Satisfaction». C’est amené à la fuzz et à la basse pouet-pouet et elle attaque au can’t get no. Ils tapent ça au tatapoum des enfers et Lu vibre de tout son vieux corps. C’est magnifique de When I watch my TV, elle ergote au oh no no hey hey hey. Là, t’as tout. Ils se vautrent sur le «Sympathy For The Devil», trop funky, et elle se rattrape avec «You Can’t Always Get What You Want», elle développe toute l’ampleur avec des grattes américaines, elle le monte, bien sûr, mais sans le gospel choir de la version originale. Il faut dire que le bassman Steve Mackey dévore tous les cuts les uns après les autres. Il percute bien la Stonesy, mieux que ne le fit Bill Wyman en son temps.

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         Elle tape dans le dur avec Southern Soul (From Memphis To Muscle Shoals & More). Dans le dur de Barbara Lynn avec «You’ll Lose A Good Thing» - Caus’ if you should lose me/ You’ll lose a good thing - Fabuleuse cover. Dans le dur de Bobbie Gentry avec l’ineffable «Ode To Billie Joe»,   Lu prend Bobbie de haut, elle fait peut-être un peu trop autorité. Dans le dur d’Ann Peebles avec «I Can’t Stand The Rain». Lu groove ce vieux hit magique que Don Bryant composa pour Ann, sa femme. Lu le tape à la retardée. Dans le dur de Dorothy Moore avec la Beautiful Song «Misty Blue», et son fil mélodique parfait. Dans le dur de Dan Penn avec «It Tears Me Up», elle éclate le Penn au Sénégal, elle en fait un chamboule tout, elle le punche comme une black. Dans le dur de Tony Joe White avec «Rainy Night In Georgia», elle se frotte bien au cactus de Tony Joe. Puis elle se vautre avec le «Take Me To The River» d’Al Green, elle en fait de l’heavy rock blanc et c’est pas dans l’esprit du cut. Globalement, elle chante d’une voix qui fait autorité, en battant bien les syllabes. Voix unique, accents d’acier, elle casse bien les angles au chant, comme s’il lui restait peu de temps à vivre.

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         Elle rend un bel hommage à Dylan avec Bob’s Back Pages: A Night Of Bob Dylan Songs. Premier shoot dans la veine dylanesque avec «It Takes A Lot To Laugh It Takes A Train To Cry». Heavy Lu ! C’est travaillé à la dure, ça chevrote dans les brancards, elle tape ça à la pure heavyness et derrière, ça gratte des poux terribles. Elle est très américaine, elle chante à la voix pleine. Ses gratteurs s’en donnent à cœur joie. Mais pas mal de cuts passent à la trappe. C’est trop US. Elle chante «Man Of Peace» comme une sale punk. Elle est très mère-tape-dur sur ce boogie down. Elle retrouve enfin la veine mélodique avec «Not Dark Yet». «Blind Wille McTell» est pompé sur l’«House Of The Rising Sun». Lu ne fait pas les bons choix. On crève un peu d’ennui. Elle opère enfin le grand retour à l’âge d’or avec «Queen Jane Approximatively». C’est le Dylan royal, le mélodiquement pur, l’électrique définitif, et t’as un fin limier qui part en vadrouille de la touille. Et tu retrouves cette magie dylanesque imparable. Et puis t’as encore de l’heavy Dylanex avec «Idiot Wind». Elle est dessus. T’as le souffle éternel.

Signé : Cazengler, Lucindagobert (qu’a mis sa culotte à l’envers)

Lucinda Williams. Southern Soul (From Memphis To Muscle Shoals & More) (Vol. 2) Highway 20 Records 2021

Lucinda Williams. Bob’s Back Pages: A Night Of Bob Dylan Songs (Vol. 3) Highway 20 Records 2021 

Lucinda Williams. Funny How Times Slips Away. A Night Of 60’s Country Classics (Vol. 4) Highway 20 Records 2021

Lucinda Williams. Have Yourself A Rockin Little Christmas (Vol. 5) Highway 20 Records 2021

Lucinda Williams. You Are Cordially Invited - A Tribute To The Rolling Stones (Vol. 6) Highway 20 Records 2020

Lucinda Williams. Sings The Beatles From Abbey Road (Vol. 7) Highway 20 Records 2024    

Andy Fife : The Mojo Interview. Mojo # 385 - December 2025

 

 

L’avenir du rock

 - Les combines de Kombynat

         L’avenir du rock croyait être peinard. Raté ! Boule et Bill déboulent. C’est devenu systématique. Que ce soit dans le désert ou dans les montagnes du Colorado, ils vont s’arranger pour  débouler. C’est comme un jeu. Tu ne t’attends pas à les voir et pouf, ils surgissent comme des diables hors d’une boîte. L’avenir du rock ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer. Même s’il se planque chez lui, ces deux débiles parviennent à s’introduire subrepticement.

         — Alors avenir du froc, t’es pas content de nous voir chez toi ?

         — Vous n’avez tout de même pas forcé la baie vitrée d’en bas ?

         — On s’est pas gênés, avenir du troc, on l’a estourbie au pied de biche, ta baie vitrée, ah ah ah !

         — T’as pas un coup à boire, avenir du croque ?

         Ils se dirigent vers le frigo.

         — Mate-moi ça Bill, y boit des bouteilles de Duvel, l’avenir du fric !   

         — Y les boit en juif, y nous en offrirait-y un coup, ce rat ?

         — Servez-vous, faites comme chez vous. Je redescends car j’ai du boulot.

         L’avenir du rock s’installe devant ses ordis. Cinq minutes plus tard, Boule et Bill déboulent. Chacun d’eux brandit un litre de Duvel. Ils te sifflent ça au goulot. Glou-glou-glou.

         — Qui tu fous, avenir du broc, avec tes putains d’ordis ?

         — Je tape une chronique...

         — ‘Gad’ moi ça Boule ! Y fait son intello d’mes couilles...

         — Y’se prend pour quoi, non mais t’as vu sa gueule de pimbêche ?

         — ‘Gad ! ‘Gad ! Y fait sa mijaurée ! Ahhhh la gueuuuuuule !

         — Y magouille ses petites combines...

         — Pas des combines, bande d’abrutis, des Kombynat !

 

         On peut dire que l’avenir du rock sait remettre les pendules à l’heure.

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         Quand on voit arriver les trois Kombynat sur scène, on retient son souffle. Voilà en effet trois gaillards hauts de plus de deux mètres, tous en shorts, avec des jambes longues comme des jours sans rhum. La bassman porte même un petit calbut et des jarretières en cuir sur des bas résille. Teutonic ! Et encore plus teutonic quand ils mettent leur Silver Machine en route. Ils sortent un son qui traverse le temps et l’espace, ça percute le mur du son, babooom ! Ça clashe dans les atomes, diable comme ces barbares jouent bien et comme ils jouent fort ! Ils n’ont aucune pitié ni pour les canards boiteux ni pour les tympans. Leur slogan pourrait être «Planquez vos abattis !». Ça vroome dans les brancards, ça touille dans la fournaise, ça démolit les blindages, ils sortent un magma sonique qui à certains moments rappelle la stoogerie, eh oui, c’est dire s’ils sont bons. Ça flaggerbaste à tire-larigot, pas un seul moment de répit, ils donnent leur pleine mesure qui est celle des grands power trios, le grand blond gratte

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sa SG blanche et twistant ses rotules, et le bassman en petit calbut de cuir percute les cordes de sa Flying blanche avec un à-propos qui laisse rêveur. Que peut-on dire de plus ? Énorme concert, même si perdu dans la nuit des concerts. Qui se soucie de Kombynat Robotron aujourd’hui ? Certainement pas les Rouennais. Pas grand monde dans la cave. On a remarqué au fil du temps que plus les groupes étaient bons, moins il y avait de monde. C’est tout de même très révélateur d’un état d’esprit. Et à côté de ça, toute la daube subventionnée du 106 affiche complet. T’en perds ton latin. Pourquoi les gens ne s’intéressent pas aux bons groupes ? Inutile de perdre son temps à se poser la question. De toute façon, c’est cuit aux patates. On est dans un autre monde, le monde haïssable des fucking smartphones et des vidéos qu’on mate sur YouTube plutôt que d’aller voir les groupes en chair en os - Non mais t’as vu c’qui passe/ J’veux l’feuilleton à la place - Désolé les gars, le rock ça se passe sur scène. Ça s’est toujours passé sur scène.

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         Les Kombynat ont une discographie délirante. Prudence ! On en ramasse deux au merch, - 270°, qui date de 2021, et le p’tit dernier, AANK, qui date de l’an passé. T’auras pas l’onslaught du concert dans ton salon, mais c’est pas grave.

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         Pas de chant sur - 270°, t’as trois cuts bien hypno en A et une longue jam un peu barbante en B. Pas de problème pour les combinards de Kombynat, ça trace. La Silver Machine file tout droit à travers l’espace. Ces trois mecs adorent foncer tout droit. Encore un album qu’il va falloir revendre.

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         AANK est nettement plus convaincant. Tu retrouves la dynamique du trio sur scène dès «Staub» : la riffalama et le bassmatic dévorant. Ça voyage sacrément bien dans l’espace. Ils ont un son ultra-dynamique. «Morast» bascule dans la Mad Psychedelia. Ils n’hésitent pas à se jeter dans les abîmes. Le bassmatic reste bien teutonique. Et en B, tu verras «Ikarus» basculer dans la stoogerie. Ces trois barbares sont des spécialistes du voyage dans l’espace. Ils sont les rois de la Silver Machine. «Unbehagen» se distingue par un chant noyé d’écho, un peu lointain. Le bassmatic dévore le foie du cut. On a là un authentique power trio. Et puis voilà le fracassant «Finstermis», gratté à la cocote sévère, bien lancé au kraut de bique et mené droit en enfer.

Signé : Cazengler, Kombynard

Kombynat Robotron. Le Trois Pièces. Rouen (76). 22 avril 2026

Kombynat Robotron. - 270°. Tonzonen Records 2021

Kombynat Robotron. AANK. Fuzz Club Records 2025

Concert Braincrushing

 

 

Wizards & True Stars

 - Mavis serre la vis

(Part Five)

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         Si on veut faire le tour de la famille Staples, il faut prendre le temps d’écouter l’album solo de Pops paru en 1987 et dont la pochette est ornée d’un beau sourire d’homme noir, le sien. On est désarçonné d’entrée par les machines, mais il revient à la

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funky motion avec « This Is Real » qu’il chante heureusement au feeling pur. Il réussit à envoûter malgré les machines. Les choses sérieuses se passent en B avec un retour au blues intitulé « Trying Times ». Pops reste attaché à ses racines. Il joue le blues tradi à l’ancienne. Autre merveille stupéfiante : « Southern Style » digne de tous les grands classiques enregistrés à Muscle Shoals. Il chante à la glotte douce, ah il faut entendre cette voix couler sur le beat comme du miel. Pops envoûta autant que Tony Joe White.

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         On trouve un autre album de Pops dans le commerce, Peace To The Neighborhood qui vaut largement le détour. Bonnie Raitt produit l’excellent « World In Motion ». Willie Mitchell produit aussi quelques cuts dont l’inestimable « Love Is A Precious Thing ». Pops descend au long de l’heavy groove avec sa voix à l’agonie. C’est d’une qualité extraordinaire. Willie Mitchell produit aussi « America », mais cette fois, c’est un peu trop orchestré, même un peu trop puissant et trop cuivré pour un homme aussi sensible. Ry Cooder produit l’excellent « Down In Mississippi (Where I Come From) ». On replonge au plus profond de la vieille mythologie. Pops nous fait l’amitié de jouer un vieux coup de blues primitif à la sauce gospel. On retombe aussi sur son vieux classique de gospel batch, « This May Be The last Time ». Pops lance : I say this may ! et les filles lui répondent. Quelle dynamique ! Il revient inlassablement à son vieux fonds de commerce avec « Pray On My Child ». Pops reste bel et bien le maître de l’église suspendue, celle qui swingue au vent divin, et ça swingue tant qu’il finit par se déchaîner. Pour la première fois de sa vie, il devient complètement dingue. Il termine en revenant au bord du fleuve avec Ry Cooder et « I Shall Not Be Moved ». On saluera la mémoire de Pops jusqu’à la fin des temps.

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         Et puis, en mourant, Pops tendit une cassette à Mavis et lui dit, dans un dernier râle, « Don’t lose this ! » C’est le titre de l’album de Pops Staples qui vient de paraître. Et dans un merveilleux petit texte de présentation, Mavis dit : « Here are the songs of my hero, Pops Staples. ». Apparemment, c’est reconstitué en studio avec l’équipe habituelle. Pops attaque avec « Somebody Was Watching », un vieux gospel enraciné dans le blues. On trouve sur ce disque un mélange capiteux de blues et de gospel. « No News Is Good News » est un cut embarqué au beat tribal, c’est cousu mais bon. Pops nous softe ça à coups d’accords douceâtres et de yeahs suggestifs. Yvonne et Cleotha sont là. On entend Mavis chanter sur « Love Of My Life ». Cet album posthume de Pops est en fait un album de Mavis. Car elle est partout. On la retrouve avec ses sœurs sur « Friendship », en compagnie de Tweedy. Pops chante avec l’énergie d’un moribond, eeehhhh, il se reprend de justesse, juste avant de mettre un pied dans la tombe. Mavis le rattrape à temps. Pops attaque « Nobody’s Fault But Mine » tout seul à la gratte. Ouf, il peut respirer un peu. Il joue ça à la primitive avec de l’électricité dans l’écho. Puis il susurre « The Lady’s Letter », un vieux groove de blues. Les filles le reprennent et on renoue avec la magie des Staple Singers. Il faut entendre le vieux Pops descendre ses syllabes ! Et les filles sont toujours aussi explosives. Sur « Better Home », Mavis accompagne son père. C’est absolument magnifique, et Pops balance ses arpèges en réverb. Ils tapent ensuite leur vieux « Will The Circle Be Unbroken » et toute la famille se réunit pour pulser les chœurs magiques. Ils terminent avec une reprise de Dylan, « Gotta Serve Somebody ».

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         Vient de paraître un docu magique signé Jessica Edwards : Mavis ! C’est incroyable comme cette femme de 75 ans peut être pleine de vie - I’m seventy-five, I don’t really feel old - Yvonne est encore en vie. Elles ne sont plus que deux. Les autres Staples Singers ont disparu. Mavis raconte le Chicago de son enfance, ils habitaient tous dans la même rue, Sam Cooke, James Butler, Johnnie Taylor, au temps ou Chicago était la capitale du gospel. On voit bien sûr de copieux extraits des Staples en noir et blanc. Mavis ado chantait déjà d’une voix grave - For years we were playing gospel, but Pops was playing the blues on his guitar - On voit Sharon Jones et Al Bell témoigner. Joli choix de témoins ! Mavis rappelle qu’elle est the living witness du combat pour l’émancipation, avec toutes ces chansons pour la liberté. « Why Am I Treadted So Bad » était la chanson favorite du bon Doctor King. Sur scène, Mavis est toujours aussi explosive - Made up my mind and I want to arise ! I won’t turn around ! I just refuse to turn around ! All the way until Doctor King’s dream has been realized - Elle veut que le fameux rêve de Martin Luther King devienne réalité et elle continue de se battre pour ça. Wow ! Quelle passionaria ! Et elle ajoute : Pops was a visionary artist ! Effectivement, c’est lui qui repère l’engagement de Dylan - Listen to what that kid sings - Mavis raconte ensuite l’explosion des Staples avec leur troisième album sur Stax, Respect Yourself. On les voit chanter à Wattstax et dans The Last Waltz, avec Robbie Robertson. Elle parle aussi de sa carrière solo, mais sans insister de trop : Steve Cropper puis Prince font leur apparition. Les moments les plus remuants de ce docu sont ceux où elle parle de Pops. Elle se met à chialer, en écoutant l’album posthume. Et comme Gandhi, elle n’a qu’un seul message : Just bring love and music to the people.

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         Et puisqu’on parle du loup, il faut voir et revoir Wattstax, l’un des plus beaux docus consacrés à la Soul. Ce festival légendaire fut organisé par Al Bell dans un stade de Los Angeles en 1972. On ne voit pas un seul blanc dans les gradins. 100 000 blackos font leur Woodstock ! On assiste à un prêche spectaculaire de Jesse Jackson - I AM somebody ! I may be poor but I AM somebody ! I’m black, beautiful, proud ! I must be respected ! - Fantastique ! Toute l’énergie des combats pour les droits civiques est de retour. On voit à la suite l’extrait d’un prêche du Doctor King ! On l’a oublié, mais à l’époque, ces blackos militaient pour un truc de base : le respect de leur dignité - My eyes have seen the glory of the coming of the Lord ! - Et paf, on tombe directement sur les Staples. Les voilà sur scène pour « Respect Yourself ». Pops porte du blanc, comme Dieu, et il prend le premier couplet. Mavis prend le deuxième. Wow, pas de grooveuse plus fabuleuse que Mavis, il faut la voir s’adresser aux 100 000 blackos avec tout le chien de sa chienne. Le gros défaut de ce docu est qu’aucune chanson n’est complète. Les cuts sont comme qui dirait castrés. On voit des sets absolument dévastateurs, comme ceux des Bar-Keys et d’Albert King, tous odieusement tronqués. Little Milton est filmé hors scène, avec ses diamants, et Johnnie Taylor allume le stade en faisant son James Brown. Et paf, voilà l’entertainer number one, the real king of Memphis, Rufus Thomas, en bermuda rose et en bottes blanches. Soul man exceptionnel, il fait danser le stade. Les blackos descendent sur la pelouse et Rufus leur demande de regagner les gradins, car il ne faut pas abîmer la pelouse des blancs. Funky Chicken on the field ! C’est Isaac Hayes qui boucle cet énorme événement avec une version faramineuse de « Shaft ». Il arrive couvert de chaînes, comme le fut son ancêtre au fond d’une soute, mais ses chaînes sont en or. Fuck the slavery !

Signé : Cazengler, Mavicelard

Pops Staples. ST. A&M Records 1987

Pops Staples. Peace To The neighborhood. Point Blank 1992

Pops Staples. Don’t Lose This. Anti- 2015

Mavis ! Jessica Edwards. DVD 2015

Wattstax. DVD 2001

 

*

         Je monte dans la teuf-teuf, la portière refermée quelques gouttelettes maigrelettes s’écrasent sur le pare-brise, si c’est tout ce que le grand architecte a fabriqué pour m’empêcher de voir Jake Calypso And His Red Hot, il  se met le doigt dans l’œil dans l’œil jusqu’à la clavicule. La Teuf-Teuf démarre en trombe et laisse l’orage loin derrière. C’est au retour que le grand manitou a décidé de me faire payer ma désobéissance. La nuit a perdu sa noirceur, le ciel est orange, zébré d’éclairs, le tonnerre gronde, à mi-parcours la route se transforme en rivière, la teuf-teuf et moi rigolons de toutes nos forces. Si c’est avec ce déluge que le despote de l’univers compte nous punir, il a tort. Nous avons déjà vu pire. Tiens, pas plus tard que trois quart d’heures, le concert de Jake Calypso And His Red Hot !

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         C’était l’affluence des grands soirs pour le concert. J’ai eu du mal à me frayer un chemin jusqu’à la scène juste pour vérifier si tout était en place. Soulagé, j’entrevis la batterie de Thierry Sellier. Facile à reconnaître, toujours aussi minimale : caisse claire, grosse caisse, une cymbale, un charleston. C’est tout, même pas une cowbelll. Remarquez qu’elle ne lui aurait en rien été utile puisqu’il n’emmène jamais une vache avec lui. Cessons de plaisanter, l’heure est grave, le concert commence.

TROYES / 01 – 05 – 2025

3B

JAKE CALYPSO AND HIS RED HOT

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(Photo : Bruno Dufossé Szczpaniack)

         Silence ! Drapé dans sa vaste veste orange, sanglé dans sa guitare, Hervé Loison vous a l’attitude hiératique d’un empereur romain, s’apprêtant à déclencher la foudre. En quelques mots il présente le programme de la soirée, trois sets de quarante minutes. Il précise, nous aurons Jake Calypso, mais aussi les Hot Chikens, les Corals, les Nut Jumpers… une  triomphale titulalure aussi longue que celle d’un maître de Rome. 

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         Down Town to Memphis ! En quelques secondes nous voici propulsés ailleurs. Lunettes rectangulaires, contebrasse brune à la caisse aussi étroite qu’un cercueil, heureusement que l’accentué creux des hanches ajoute une note féminine à cette forme sépulchrale, Ben B Driver ne se met guère en avant. Ne joue pas au slappeur fou, reste droit, immobile, mais ses mains parlent pour lui. Jamais vous n’entendrez une moiteur aussi moelleuse, aussi flexible, aussi ouatée que ses caresses cordiques prodiguent. Un son velouté, satiné, soyeux, une coulée d’eau limpide dans le feu ardent de ce quatuor diabolique. Une touche féline, pas de bruit, une souplesse insensée, un fauve à  pas feutrés, une morsure qui ne cause aucun mal et pourtant une mort sûre. Attention c’est une formation. Au sens strict du mot. Quatre éléments mais un ensemble dont aucune pièce n’est dissociable. La contrebasse de Ben, c’est le ciment qui réunit et retient l’apport des trois autres. Sans cette liance continuelle, les apports de ses trois compagnons ne seraient que les membra disjecta d’une recherche fondatrice, celle de retrouver la cohérence originelle et mythificatrice du rock’n’roll au premiers jour de sa naissance, qui n’a jamais eu lieu.  Le projet de Jake Calypso est bien celui d’une création non ex nihilo mais surtout d’appropriation d’un style de musique que chacun se doit de retrouver tel qu’il le pense avoir été. Le Red Hot colle à son rêve. Qui transparaît dans le filigrane de cette recherche exacerbée d’une approche synthétique et novatrice.

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         Deux guitares. Hervé et Christophe Gillet. Hervé c’est l’alizé qui souffle régulièrement, qui gonfle continument dans les voiles et drosse le navire droit devant vers le naufrage. Mais cela ne suffit pas. Rien de plus ennuyant que la monotonie. Une traversée sans tempête, équivaut à une rose sans parfum. Sont tous les deux aux aguets, Gillet toujours sur le qui-vive, prêt à intervenir, l’est déjà auprès de Loison dès que celui-ci a besoin d’une tempête. De sa guitare gicle alors une tonitruance redondante, le voilier se transforme en frégate de combat, dans la salle c’est le délire, un pas en arrière et Christophe conduit maintenant d’une main experte un aircraft qui vole au-

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dessus des eaux, Loison accélère son grattage jusqu’à ce qu’une corde casse, elle crisse et crie quand il la tire à la manière d’un oiseau auquel vous arrachez une aile, la salle exulte et rit. Les rockers, serions-nous des gens cruels.

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         N’oublions pas Thierry Sellier. L’est tout fond, derrière le rideau des trois autres. Parfois il cale son jeu sur celui de Ben, souvent il explose, il monte au créneau, bim, bam, boum, n’en jetez plus, il pulvérise le tempo, il frappe dur, une poigne de fer, toujours en mesure, toujours en démesure. Il joue au lait qui déborde sur le feu, à la grenade de désencerclement qui vous éclate dans les oreilles. C’est alors qu’il sourit de

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Duduche + Thierry

cette mine goguenarde de garnement qui vous a bien eus. L’air de rien, il pousse les autres dans le dos, ne les prend pas au dépourvu car ils donnent l’impression d’aimer ce genre de traitement.

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Duduche + Hervé

         Evidemment c’est du rockabilly. Qu’est-ce que le rockabilly, une musique qui accélère sans trêve pour aussitôt freiner tout aussi rapidement. Un ballon de baudruche qui enfle énormément et qui disparaît sans préavis. L’est crevé. Mais encore en vie. Ressuscite aussitôt, gonflé à bloc, dégonflé à mort. Tout en haut. Tout en bas. Par-dessus. En-dessous. La cime et puis l’abîme. Sans cesse renouvelés.  Mais que serait le rockabilly sans le chanteur. Pas grand-chose.

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         C’est là qu’intervient Hervé Loison. Il chante. Mais à sa manière. L’a tout, le rythme et les intonations. Ces dernières les plus importantes. Mais il rajoute sa manière à lui. Unique. Il connaît les paroles. Il rajoute les onomatopées. Pas n’importe lesquelles. Les siennes. Au bout d’un moment il balance les lyrics et il émet son propre vocal. Qui n’appartient qu’à lui. Il a trouvé les syllabes primordiales, celles qu’il répète, des espèces de mantras magiques, qui viennent de loin, de son expérience personnelle, peut-être lointainement inspirées des hollers personnels que poussaient les esclaves noirs dans les champs de coton, un cri d’affirmation de soi, de contact et de ralliement des autres. Il compose, il écrit ses propres morceaux, en partie son premier round, il reprend les morceaux des autres, Elvis, Edie, Gene, Vince, en partie le deuxième round. Mais quelque chose d’incoercible se met en place, une force qui

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l’étreint, l’amuse et le met en joie. Une espèce de folie douce, de possession, communicatives, bientôt la salle entière l’imite et chante avec lui, il a sorti son harmonica, mais le troisième set déraille complètement, l’on ira plus avant que le blues, nous voici partis en une espèce de bacchanale gospellique inimitable, un gumbo exotique, une invention loisonique, perché sur une chaise, tombé à terre, il nous entraîne en une sarabande phonique extravagante, tout y passe, des fragments rockab, des descentes bluezy, jusqu’à Douce France de mon Enfance, retour au pays natal de l’origine, marmonnements indistincts, What’d I say, vieux negro-spirituals, … dix fois il voudra arrêter, il ne veut pas, il ne peut pas, ce n’est pas nos objurgations, nos cris de désespoir, qui le ramènent sur le devant de la scène, l’est en proie à une transe quasi-extatique, il ne veut pas s’arrêter, il ne peut pas, ces moments privilégiés de communion sont si rares, si beaux que chaque seconde de plus arrachée au néant de l’existence est comme une éternité accomplie…

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Jake Calypso and His Red Hot. Vraiment très chauds ! Au-delà des limites traditionnelles !

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Merci à Béatrice la patronne pour cette soirée exceptionnelle.

Damie Chad.

 ( Photos : Duduche et Christophe Banjac)

*

Inutile de le cacher j’aime les choses bizzaroïdes. Mais cette fois-ci, le   groupe me paraît doublement étrange. Premièrement parce qu’il est étrange, deuxièmement parce qu’il est illogique. Sursum corda, parce qu’ils font référence à un de mes groupes préférés.

PROOF OF CONCEPT

UNCLE GOOBER

(Bandcamp / Février 2026)

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Je reconnais qu’ils n’ont pas fait beaucoup d’efforts pour la pochette. Précisons qu’ils présentent ce premier opus comme une démo. Si par hasard ils reprennent leur projet, nous espérons qu’ils éviteront d’étaler leurs grosses lettres rondes sur un support moins conventionnel que ces ramages de tapisserie qui recouvraient les murs des salles à manger de nos grands-mères dans les années soixante-dix… Même s’il est vrai que tous les goûts se valent, personne ne vous interdit d’améliorer votre sens esthétique. 

 Heureusement pour eux  que le titre de l’album m’a séduit, un soupçon d’aristotélisme ne nuit jamais, cela vous pose et vous confère un peu de sagesse, certes imméritée, mais nécessaire pour accroître votre ascendant sur vos amis. Le titre de l’album est un contrepoids idéal, nous ne connaissons pas cet Oncle Goober, nous hésitons entre le savant loufoque, néanmoins astucieux, et l’imbécile de service prêt à gober les pires inepties… Le mot goober désigne dans la moitié Sud des Etats-Unis une personne naïve dont le cerveau équivaut à une cacahuète.

Le groupe s’est formé en 2025. Proviennent du Colorado. Exactement de Colorado Springs, deuxième ville de l’état après Denver. Quelle raison obscure me pousse à chroniquer de temps en temps des formations issues de cet état… Sont deux : Drew Smith : basse / Layne G Willinghan : guitares, vocal, synthétiseur.

 

Thomas the Doubter : Thomas le Sceptique ! on se croirait en train de lire Vies, Doctrines et Sentences des Philosophes Illustres de Diogène Laerce ! Ne connaissent pas la subtilité, ni celle de la musique, ni celle de la pensée. Contrairement à ce que cette première assertion pourrait laisser entendre, ce n’est pas du tout mauvais. Ne sont que deux mais savent se servir de leurs instruments, la batterie est faite pour taper et tapoter alors elle tripote et percute le son sans se cacher, la guitare ronronne et gémit comme une chatte en chaleur qui longuement appelle le mâle, quant à la basse elle fait tout pour ne pas se faire oublier. Font si bien leur boulot qu’ils économisent sur le vocal, pas trop au début, pas trop au milieu, pas trop à la fin. Par contre vous l’entendez, dès que Lyne ouvre sa boîte à résonnance, vous êtes servi. Descartes a dit : je doute donc je pense, je pense donc que je suis. Des quatre moments du raisonnement ils ne se préoccupent que du dernier : ils existent cela leur suffit. Tout ce qui précède est superfétatoire. Vous ne comprenez pas, ils vous ont mis une vidéo, paysages printaniers ou enneigés, deux chiens courent tout leur soul, ils galopent, se poursuivent, s’amusent, les maîtres ne sont jamais loin mais, fi des personnages pensants, vous jetterez votre dévolu sur les animaux folâtres. Pour les paroles, ils adoptent un ton plus sérieux, vous racontent en huit lignes que l’univers vous a donné la vie, qu’il n’y a pas à douter de cela ni à se perdre dans sa tête. Touchez le réel de vos mains et le doute s’évanouira. Pour résumer d’incurables optimistes. Entre nous soit dit sont plutôt sur un trip épicurien que sceptique. Slow travel : vagues de basse, c’est bien la mer que vous entendez, la batterie tapote sur le pot à confiture qui contient votre cervelle, oui cette mer c’est un symbole des éternités que vous avez déjà vécues, refaites le voyage depuis le début, tout est déjà dans votre tête, connectez-vous avec ce que vous avez déjà été, le voyage est beaucoup plus long que lent, le vocal vous interpelle, vous êtes des Dieux puisque l’éternité est enfermée en vous, il ne baragouine pas des mantras incompréhensibles il proclame haut et fort la seule vérité, vous n’êtes constitué que de poussières d’étoiles, vous êtes tout ce qui est, ne craignez pas de mourir, le cycle recommencera à votre naissance,  mais n’oubliez pas qu’un jour l’Humanité aura disparu, pressez-vous de vivre. Si l’esprit est immortel l’homme est mortel. Questions instrus c’est peu les montagnes russes, ils ne vous font pas de cadeau, plus haut vous volerez, plus dure sera la chute. Z’appuient fort là où ça fait mal, sur la fin ils donnent toute la gomme. Normal, sont en train de nous décrire la fin du monde. Le pire moment de l’ouroboros. De l’épicurisme translation vers le stoïcisme. Grass Amalgarmation : semonces battériales, mouvances de basses, splendeurs riffiques, pas de paroles, ce n’est pas qu’après l’apocalypse précédente il n’y ait plus rien à dire, c’est que les choses essentielles se passent dans le silence, tout ce qui a été détruit se mélange, le monde se reconstruit, le cercle recommence, l’ouroboros ne se mord plus la queue il renaît de lui-même, un nouveau cycle commence, la guitare vous perce les oreilles, il faut vous réveiller vous renaissez à la vie, victoire ! Le morceau est parti sur sa lancée, il a atteint l’équilibre de son élan. The awareness of Eternity (Psychedelic Sper Ape) : bulles de sons, plus de chant, juste une voix qui parle. Dernier stade. Nous quittons l’Eternel Retour des choses et des individus pour accéder à ce qu’il faut bien nommer, le stade supérieur ; nous ont bien eus, se sont moqués de nous, se sont présentés comme des sceptiques, et nous voici en plein mysticisme, pour un peu on confondrait l’effulgence du vocal avec le ‘’aum’’ thibétain, nous ne sommes plus des dieux, nous sommes la dernière couronne, celle des élus, nous sommes devenus la conscience de l’éternité, en quelque sorte la preuve que Dieu existe. Plus rien à ajouter. Silence. Les instrus y vont mollo, la voix nous parle, Dieu ne me cherche plus, il m’a trouvé, le synthé émet des bruits bizarres comme s’il voulait nous distraire de la parole divine, la guitare survient en courant, la batterie tape tant qu’elle peut. Le son s’envole comme une fusée interplanétaire, un peu comme les passagers du Titanic qui chantaient plus près de toi mon Dieu pour oublier le pétrin dans lequel ils étaient… Au fait Uncle Gobber, ne serait-ce pas Dieu lui-même ? Mississippi Queen : donc la reprise de Mountain, une version lente, au vocal qui joue au grand écho de la montagne. Ce n’est pas mal du tout. Mais que veulent-ils nous signifier : Qu’au lieu de se lancer dans les chaînes abruptes et décevantes de la pensée, qu’au lieu de tourner en rond dans sa tête, qu’au lieu de se branler au sperme de l’intelligence, qu’au lieu de traquer la preuve du concept suprême, ne vaudrait-il pas mieux s’écouter un bon petit rock’n’roll de derrière les fagots...

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         Notre Uncle Gobber à l’air si bébête ne serait-il pas plus malin qu’il ne le paraîtrait… Ne se moquerait-il pas de Dieu, et peut-être même de nous ! Ce qui est foutrement rock’n’roll !

Damie Chad.

 

*

Viennent de sortir en cette fin d’avril 2026 un deuxième album  douze années après le premier. Par pur esprit de contradiction, ou par amour des origines, pourquoi serions-nous certains de nos motivations, nous nous contenterons de chroniquer leurs deux premiers singles parus en 2013. Tous deux font d’ailleurs partie de leur premier album Allombon en 2014. Z’ont aussi fait paraître en 2007 un mini-album : Hollandia.

THE MECHANICAL EARDRUM

DORIAN PIMPERNEL

(Mars 2013 / Tona Serena Records)

         Ne nous trompons pas, Dorian Pimpernel est bien le nom du groupe. En quelque sorte l’avatar de ses cinq membres à savoir :  Jérémie Orsel : vocals, guitars / Johan Girard: keyboards (rhodes, wurlitzer piano, vox continental, rocksichord), analogue, wavetable and frequency modulation synthesisers, variophon, persephone, bass guitar, occasional vocals / Laurent Talon : bass guitar. / Benjamin Esdraffo : keyboards / Hadrien Grange : drums and percussion.

         La liste instrumentale est des plus éloquentes : une prédilection pour les instruments qui eurent leur heure de gloire dans les années soixante, puis les synthés nés dans les seventies peu à peu métamorphosés en joujoux électroniques… Emblématique de cette panoplie le Perséphone, à capteurs et commandes numériques qui produisent un son purement analogique, ‘’clavier’’ un peu à l’image de la Déesse immortelle intercesseure entre le monde du dessus et le monde du dessous, puisqu’il allie les techniques de maintenant à celles d’aujourd’hui.

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         La couve de John Eriksson n’a-t-elle pas voulu par l’emploi de formes géométriques simples et de mouvances concentriques reprendre cette idée de l’alliance de la rigidité technologique abstraite avec les intermittences fluctuantes des émotions humaines ?

         Qui est Dorian Pimpernel ? Automatiquement nous pensons au portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde et à Pimprenelle (et Nicolas) personnages de l’émission-culte de la TV française :  Bonne nuit les petits. Etymologiquement parlant Dorian signifie Don de dieu et Pimpernel  désigne en langue anglaise le mouron rouge dont les oiseaux sont friands. Toutefois dans certaines expressions ‘’mouron’’  signifie aussi ‘’soucis’’. Bref toujours la sensation d’une dissociation, d’une contradiction, d’une antithèse entre deux éléments, l’un chargé d’une connotation méliorative et l’autre péjorative. Faut-il en conclure que notre Dorian Pimpernel serait un être partagé, pour employer un terme baudelairien, entre deux postulations. Non pas Dieu et le Diable mais entre l’Homme et l’homme. Entre son propre macrocosme et son propre microcosme.

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The mechanical Eardrum : un ensemble de petits bruits, font un peu penser aux sons qu’émettent bien des appareils informatiques de notre modernité, par exemple ces machines stéthoscopiques qui analysent les battements de votre corps, qui ensuite traduisent sur une feuille de papier vos palpitations plus ou moins irrégulières en petits traits séparé,  pour vous ils ne signifient pas grand-chose mais le praticien les déchiffre avec une facilité confondante  comme s’il était en train de lire une notice de machine à laver en anglais. C’est d’ailleurs le sujet même du morceau, appliqué non pas à la médecine mais à la musique. Ce qui paraît tout à fait normal pour une formation musicale de savoir lire et ‘’parler’’ la musique. La musique non pas conçue comme une succession sonore, mais comme un langage qui résonne sur notre tympan et que nous traduisons en sons, à  l’instar d’une aiguille de phonographe qui recueille dans le sillon d’un disque les éléments codés  que le tourne-disque vous restitue sous forme de musique. Ce premier morceau nous dit beaucoup sur ce groupe, des intellectuels qui ne cèdent pas en sybarites au simple plaisir de l’écoute d’une mélodie qui parle à leur âme, mais qui s’interrogent sur le phénomène de la transmission  de réception d’un langage quelconque. Des jeunes gens modernes qui ont perdu l’innocence de la sensation et qui se décriraient plutôt comme des machines d’analyse descriptive de ce qu’ils captent du monde autour d’eux. Le chant émis d’une voix creuse n’incite pas à la joie, un peu trop désincarné, presque inhumain, pour que vous puissiez en quelque sorte intimer à votre corps de jouir sans entraves.

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Teorema : dès les premières notes vous pensez Beatles, le chant vous y incite, la fragilité sonore du background encore plus. Un peu comme si les quatre de Liverpool vous donnaient à écouter une démo concoctée chez l’un ou l’autre sur le synthétiseur rudimentaire qu’il aurait emprunté à son gamin. Beaucoup plus musical que le morceau précédent mais beaucoup plus inquiétant. L’’on penserait que selon le titre ils allaient nous pondre une analyse mathématique sur la notion de langage. S’intéressent non pas seulement au contenu d’un théorème précis mais à l’aspect formel du théorème, au fait que normalement dans un théorème toutes les parties de l’ensemble sont partie intégrante d’un tout indubitable, pensez par exemple à la façon dont fonctionne L’Ethique de Spinoza, mais Dorian Pimprenel ne tente pas de nous donner leur vision à eux du Monde. Se contente d’une partie beaucoup plus modeste de l’univers, une seule personne, et c’est tout. Fait semblant de se regarder dans un miroir et de ne pas se reconnaître. Enlevez le miroir, le gars s’interroge sur lui en s’objectivant au maximum, en se comparant à lui-même, en se subjectivant à outrance.  Terrible abîme entre soi et soi, d’autant plus terrible qu’il est exactement le même entre soi et un autre. Ne sommes-nous pas l’autre de nous-même.

         Dorian Pimpernel est plus près de la pop que du rock. Se pose tout de même une question essentielle : pourquoi y a-t-il la pop et non pas rien. Ce qui les oblige à aborder leurs morceaux d’une façon singulière. Un peu à la manière de Perséphone, les deux côtés en même temps.

Damie Chad.

 

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         La couve n’est pas particulièrement ragoûtante, je l’admets, pas non plus un chef-d’œuvre esthétique, mais elle m’a interpellé, de prime abord ne serait-ce pas la représentation du serpent qui se mord la queue, nous voici donc reparti sur le grand-huit métaphysique, attention, n’y a pas un serpent, y en a deux ! Voilà qui demande d’y regarder à deux fois. Mon intérêt ouroborique va-t-il me faire tourner en bourrique…

GURTHWORM

Le groupe provient de Charlotte la plus grande ville de la Caroline du Nord. Deuxième centre bancaire des Etats-Unis, juste après New York… Pas l’aspect le plus jouissif des USA, passons… à ce jour ils n’ont sorti que deux EP’s que nous allons nous faire un plaisir d’écouter.

Jared Nuzzo : guitar, vocal /   Greg Philbeck : guitar /  Matthew Pascale :  bass / Steve Poe : drums.

SCOLECIPHOBIA

(Bandcamp / Août 2023)

Bande de scolopendres, si vous ignorez ce que signifie la scoléciphobie c’est que n’éprouvez pas une peur irraisonnée en apercevant un ver de terre se trémousser gentiment sur la pelouse de votre jardin. Au cas où vous mettriez en doute mes connaissances zoologiques, l’examen attentif de la pochette vous aidera désormais à professer une confiance absolue en mes assertions.

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Gurth to the earth : un métal de bonne facture, ils n’ont pas trouvé la recette pour forger l’orichalque, mais ça se tient bien, pas du hard FM donc l’ensemble s’écoute sans problème, l’on ne vire jamais dans le noise qui décapsule le cerveau, ni dans le growl aux dents ainsi grinçantes que les canines d’un tigre altéré de sang, non le problème, c’est la situation décrite dans les lyrics. C’est simple, imaginez que vous reposez doucement dans votre tombe. Peut-être même attendez-vous la fin du monde, cet instant béni où la terre vous recrachera à sa surface. Avec un peu de chance vous renaîtrez à la vie une nouvelle fois. Hélas, vous oubliez un détail, tous ces vers qui ont décidé de se servir de votre corps comme d’un restaurant quatre étoiles. Ce n'est pas comme quand preniez votre mine dégoûtée numéro quatre, lorsque vous apercevez un gros ver de terre grassouillet tout gluant se prélasser sur votre gazon, c’est maintenant à l’instant de la dévoration que vous comprenez l’horreur profonde de la scoléciphobie. Jusqu’où va-t-elle se nicher ! The plunge : au cas où vous n’auriez pas saisi la situation, ce deuxième morceau vous apporte quelques éléments complémentaires, vous n’êtes même plus mort, vous êtes au stade de la charogne visqueuse, vous avez perdu votre visage, ne vous font pas cadeau au niveau sonore, doivent entasser des cadavres sur le vôtre, placés dans des cercueils de fer blanc, le vocal articule à la manière d’un boa réticulé qui enroulé autour de vous, il ouvre la gueule au-dessus de votre tête pour vous avaler vivant, devant l’horreur de la situation le groupe se calme, la basse froufroute comme si elle possédait des cordes de soie, la guitare minaude, notre cadavre n’est pas mécontent de lui, il se sent libre,  dans un solo plaintif la six-cordes compatit certes, mais les musicos ne peuvent plus se contenir, alors c’est reparti à tout berlingot, vous ne pouvez plus qu’espérer que la terre s’entrouvre sous l’effet de la poussée des plaques tectoniques afin que vous ayez une chance de vous reconstituer et de recommencer à zéro. Déjà que socialement parlant vous avez été un zéro absolu… Vous ne pourrez plus plonger plus bas… The introverti : ça dézingue bien, c’est parti pour les retrouvailles, difficile à supporter,  elle sent la charogne, relisez Baudelaire, elle est prête à tout, ce qui est dommage c’est qu’après le grand chambardement tectonique il a du mal à se réhabituer, ne rêve plus que de trouver un trou à sa taille pour ne plus être dérangé, lui qui avait peur d’être manduqué  par les vers, espèrerait donc  devenir un ver de terre, destin lamentable mais acceptable parce que musicalement c’est un régal, sont en forme, très classique le style, très old shool, mais de la niaque à revendre, peut-être qu’ils sont méchants et que sournoisement ils appuient fort pour se moquer du pauvre introverti ! Solace in the dirt : riffs grinçants, prennent leur temps pour accoucher de la morale de l’histoire, chantent lentement mais à plusieurs, la basse se fait discrète, pas besoin d’en rajouter, sont proches du blues, point trop car il ne faut point exagérer, alors ils accélèrent, pour notre plaisir, aussi pour passer le temps peut-être, le gars ne regrette rien, alors ils jettent du charbon dans la locomotive, il pleut, ça le lave un peu, l’est temps que le morceau se termine, le voyage aussi, l’est sorti d’un trou pour entrer dans un autre trou, il se sent libre, cette fois il est vraiment mort. Jusqu’à la prochaine fois.

         J’ai peur que vous n’ayez pas compris l’histoire. Moi non plus. Ne le dites pas. L’on se moquerait de moi.

CIRCUMFERENCE

(Bandcamp / Avril 2006)

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         C’est la couverture au double-zéro qui additionné à lui-même fait huit. Nos lombrics aux gros yeux ont un air plus sympathique que les loustics de tout-à-l’heure qui entre deux lames de verre devaient subir un examen au microscope. Pour écouter ce deuxième opus, il est sûrement préférable de penser que le précédent était à comprendre métaphoriquement. La vie humaine ne serait-elle pas aussi triste et désagréable que celle des vers de terre, voire d’un ver solitaire, qui pataugerait dans notre existence de merde au fond d’un intestin. Notre orgueil en prend un sacré coup, que pouvons-nous y faire…

Worm moon : pas tout à fait une lune de miel, mais au moins ne sommes-nous pas seuls dans ce premier morceau. Une intro berceuse, nous sommes bien au chaud près de l’autre. Tout est bien qui finit mal. La peur nous habite, au-dehors dans la nuit et en nous le loup rôde et se réveille, que voulez-vous le désir est un loup pour l’homme, c’est peut-être pour cela que le vocal adopte un ton mélodramatique et les instrus battent le fer tant qu’il est chaud, brusquement il se transforme en couronne d’épines, en crocs sanglants qui déchirent les chairs. Bonheur animal. Du ver de terre l’on est passé au loup des steppes. Idolize : comme des coups d’épée et des martèlements de chevaux de combat, après les feux de l’amour, voici les feux de la guerre, n’est-ce pas la même chose, ne se rue-t-on sur le corps des autres… grand dévoiement : c’est le roi, c’est le prince que l’on aime, qu’on vénère, qu’on idolâtre. Le vocal comme une assomption de l’évidence, un solo de guitare noir comme la mort, cette gloire guerrière est le chemin qui mène à Dieu… Question maîtrise instrumentale, ils ont progressé, le vocal est devenu plus flexible, il a gagné en ampleur. Dying age : l’époque de gloire s’est transformée en âge sombre, la vie a suivi son cours, les Dieux sont morts et les démons s’emparent des âmes de l’homme, spirale involutive, la batterie assène les évidences, les cymbales s’affolent, le vocal scande le surgissement de la désintégration qui se rue sur nous, vous voici entraîné vers la déchéance, la mort, et la destruction.… Smoke of renewal : rien n’est perdu ! une nouvelle religion est née, emphase et très vite cavalcade heurtée, le nouvel âge vous apporte le bonheur, une manipulation de plus, vous n’avez jamais connu une telle appétence de vivre, tout vous semble beau et vous sentez monter en vous une puissance incroyable. D’ailleurs les instruments s’en donnent à cœur joie et vous emportent en une tarentelle diabolique. Une folie totalement maîtrisée. Gray beard : une camionnette qui a du mal à démarrer, pas de panique elle filoche à toute vitesse, quelle vie exaltante de blanc chevalier, on se croirait aux temps du Roi Arthur, les âmes manipulées pensent qu’elles vont transformer ce monde de taille et d’estoc en âge d’or, ça bataille dur contre toutes les injustices, chacun vit le film qu’il se fabrique, apparemment tout est magnifique, un véritable générique de fin heureuse,.. N’en disent pas plus. A nous de penser au titre de l’album, circonférence, nous avons juste fait un tour, nous sommes revenus à la case départ, nous sommes le loup qui courait dans notre tête pour fuir la peur et se jeter sur sa proie.

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         Gurthworm ne professe pas une très bonne opinion, ni de l’Humanité, ni des individus. Gurthworm ne fait pas de morale. Comprenne qui voudra. Ce deuxième album est à méditer. Sont comme ces médecins qui vous prescrivent le médoc ad hoc, mais qui ne vous donnent pas le nom de la maladie. Puisque vous êtes la maladie.

Damie Chad.

 

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