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AU HASARD DHÔTELLIEN ( 15 ) DICTIONNAIRE DES PERSONNAGES.

AU HASARD DHÔTELLIEN ( 15 )

...LECTURES, RELECTURES, ACQUISITIONS, PARUTIONS...

2020

DICTIONNAIRE DES PERSONNAGES

DES ROMANS D'ANDRE DHÔTEL

OLIVIER ANNEQUIN

( CAHIER N° 18 / Novembre 2020 )

Cette fois-ci le Cahier N° 18 de l'Association La Route Inconnue des amis d'André Dhôtel n'est pas comme les autres. Pas d'inédits, pas de présentation de pairs ou d'anonymes ayant croisé André Dhôtel, pas d'analyse d'un ouvrage précis, aucun document iconographique. Autre particularité, il est l'œuvre d'un seul individu, en l'occurrence Olivier Annequin, qui de son propre chef a entrepris une tâche titanesque, la recension de tous les personnages qui peuplent l'ensemble des romans d'André Dhôtel.

Au résultat un volume de deux cent cinquante pages aussi épais que maints romans de l'écrivain. Le quarante et unième en quelque sorte ! Peut-être dans l'imaginaire phantasmatique des lecteurs celui qu'ils ont toujours souhaité lire tout en sachant que cette vorace curiosité relevait de l'impossible... En tout cas un ouvrage révolutionnaire qui renouvelle la lecture de Dhôtel.

Nous ne le conseillerons pas à quelqu'un qui n'aurait jamais lu Dhôtel. Pour une simple et unique raison. Le monde spécifique et original de Dhôtel est totalement absent de ce livre. Il existe de semblables nomenclatures dévolues à d'autres romanciers. De Balzac par exemple, celui qui se lance dans le Who's Who de La Comédie Humaine, sans avoir jamais lu une seule ligne de l'auteur d'Une ténébreuse affaire, malgré le classement alphabétique - le principe même employé par Olivier Annequin – arrivera à saisir quelques-unes des volitions du projet balzacien, l'expression du déploiement historial des transformations économico-politiques, dans lesquelles s'insèrent les multiples passions et propensions individuelles. Les esprits curieux non avertis qui entreprendront de parcourir ce dictionnaire dhôtellien en ressortiront perplexes. A quoi riment toutes ces histoires familiales un peu sans queue ni tête se demanderont-ils. Et ils auront raison. A leur place nous répondrions péremptoirement : à rien.

C'est qu'Olivier Annequin se moque du Héros dhôtellien. L'est un peu comme ces sophistes qui déclarent que l'Amitié n'existe pas, qu'il n'y a que des preuves d'amitié. Aucune sentimentalité dans les descriptions de notre analyste. L'individu est réduit à sa plus simple expression, juste les renseignements concrets fournis par Dhôtel : fils de, étude au, travaille à, est propriétaire de, rencontre un(e)tel(le ), se marie avec, rien de bien folichon, Ma Chère âme est le titre d'un roman de Dhôtel, Olivier Annequin s'en est tenu à une règle très précise : il ne se risque jamais à se lancer dans la description de tout ce qui pourrait de près ou de très loin correspondre à cette nébulosité mystérieuse que l'on sous-entend par l'emploi de ce mot d'âme, quel que soit le sens qu'on lui octroie...

Par contre le maniaco-dhôtellien se plaira à lire et à relire ce livre. Des aspects de cette œuvre qui lui avaient échappé lui apparaîtront. Pour ma part ce qui m'a très vite sauté aux yeux c'est la présence de la mort. Mine de rien l'on meurt beaucoup chez Dhôtel. Hormis quelques crimes ( accidentels, crapuleux, passionnel, comme partout ) l'on impute cela au crédit du renouvellement naturel des générations. Soyons cynique, un bon personnage est un personnage mort, tout romancier soucieux de l'économie de son intrigue a intérêt à élaguer quelque peu sa distribution. Dhôtel lui-même se mélange un peu les pinceaux, à plusieurs reprises Olivier Annequin nous signale que tel personnage change de prénom ou de lien de parenté au détour d'une phrase ! Toutefois rappelons-nous le titre du deuxième recueil de poésie de notre auteur : La vie passagère, de quoi réfléchir quant à la validité des actions menées à leur bon terme par nombre des rôles principaux de ces quarante romans...

Pourquoi faire simple quand l'on peut faire compliqué, répondit Dhôtel à son ami Michel Gillet qui se plaignait de la complexité de certaines histoires. Olivier Annequin vous a le chic ( et le choc ) de vous résumer en quelques lignes les intrigues les plus emmêlées, si vous pensez que cela vous permettra de mieux comprendre, c'est un peu comme si l'on vous donnait la formule mathématique des algorithmes qui régulent votre conduite sur le net. A moins d'être vous-même mathématicien, cela ne vous aidera pas à grand-chose. C'est là où vous vous rendez-compte de l'art de Dhôtel, quel talent il déploie pour vous plonger dans une énigme et vous donner à tout instant l'illusion que c'est vous qui remontez le fil de l'action, aussi fier que Thésée revenant de tuer le minotaure, alors que la grosse ficelle que vous suivez est celle qui vous mène au plus près de la bête que vous croyiez avoir déjà liquidée, quand vous n'avez combattu que le leurre d'une ombre. Toute caverneuse allusion à Platon n'est pas à exclure.

Olivier Annequin, de par l'agencement alphabétique qui regroupe à la suite les uns des autres les membres d'une même famille, souligne d'autant plus fortement un point qui n'échappera pas aux lecteurs les plus distraits. Que d'histoires familiales à la base de bien des récits dhôtelliens. A croire qu'il s'agit d'une véritable richesse, le bien le plus précieux, si ce n'est le cadavre dans le placard, qui ne doit à aucun prix sortir de la famille. Une intelligence primesautière en conclura aisément que Dhôtel est un écrivain provincial qui se complaît à décrire les moiteurs naturalistes des vies étriquées.

Nous l'avons déjà dit et nous le répétons. Ces structures répétitives et familiales évoquent pour nous une toute autre motivation. Celui de la réitération des nodules unitaires constitutifs de l'espace-temps. Vaste problème physico-philosophique. Que Dhôtel s'est acharné a repérer, à méditer, et à exposer dans ses écrits. Notamment dans ses romans. D'une manière extrêmement concrète. En science on appellerait cela la recherche d'une résolution technologique. Dhôtel tente de définir une chose très simple, à quel moment une action humaine commence-telle et finit-elle. Une première réponse est évidente : à l'engendrement et à la mort. Une deuxième est plus difficile, il s'agit de délimiter dans une existence humaine une action Tx, en d'autres termes la moitié de la moitié de la moitié... de l'espace et du temps parcourus par la flèche de Zénon. Tout en sachant que dans l'espace zénonien chaque moitié est mathématiquement égale à une autre moitié ( = ½ ), tout en représentant une longueur différente ( 1 . 1/2 . 1/4 . 1/8 . 1/16... ), ce qui nous procure un double accès, à un infini à constance identique, et à un autre multi-fragmentique régressif, bref à un infini qui soit plus infini que l'autre, mais qui se rapproche davantage de l'absolu du zéro instantané...

Reste que traduire cela en le déroulement - engendrement-mort - de la vie humaine est d'une banalité écœurante, mais tenter de délimiter le début et la fin d'un espace-temps donné est des plus difficiles car l'on ne peut se fier à une échelle régressive strictement mathématique, l'action Tx pouvant enjamber plusieurs fractions temporelles sachant que cette temporalité-là est de nature trans-géographique, trans-localique... Nous entrons-là non pas dans des calculs mais dans des approximations. Dhôtel s'est livré d'une manière explicite à ce type de réflexion dans ces dernières nouvelles. ( Voir notre Suite dhôtellienne. ). Nous entrons-là dans la problématique des généalogies nietzschéennes.

Dans une courte Postface Philippe Blondeau se félicite des avancées que les données, disons objectives et pragmatiques, amassées par Olivier Annequin serviront bien des chercheurs et des lecteurs à poser de nouvelles hypothèses et à ouvrir des champs d'analyse encore inexplorées. Nous n'en doutons pas. D'autant plus que nous apprenons qu'Olivier Annequin s'est livré à la même opération sur l'ensemble des nouvelles de Dhôtel. Qu'il en soit remercié. Chaudement félicité.

André Murcie. ( Décembre 2020. )

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