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chroniques de pourpre 2 - Page 2

  • CHRONIQUES DE POURPRE 747 : KR'TNT ! 747 : SMALL FACES / DON CAVALLI / CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT / EARTHLORE / GRAVES FOR GODS / JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 747

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    17 / 09 / 2026

     

    SMALL FACES / DON CAVALLI

    CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT

    EARTHLORE / GRAVES FOR GODS

    JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

     

     

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    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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    Livraisons 318 – 729 sur :

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

     

    The One-offs

     - Pile ou Faces

     (Part Two)

             Nous nous engouffrâmes dans une petite bouche d’ombre de la rue Caponière et traversâmes à la queue leu-leu un minuscule jardin peuplé d’arbustes aussi rabougris que des pieds de geishas. Disséminées au sol, des figurines animales hétéroclites semblaient nous observer d’un air goguenard. Notre hôte donna un nouveau tour de clé et nous fîmes irruption dans l’ample volume d’une cuisine singulièrement haute de plafond. Il y régnait une fraîcheur salvatrice, en contraste avec la fournaise urbaine qui brûlait tellement l’air de la rue qu’on peinait à respirer.

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             Ah l’endroit valait le coup d’œil ! On y avait accumulé un capharnaüm d’objets gothiques et moyenâgeux. Félicien Rops y eût à n’en point douter trouvé son bonheur ! Au centre, une table de bois massif tranchait la pièce en deux, flanquée de deux rangées de hautes chaises toutes aussi baroques que les vases et les lampadaires en pâte de verre qui surchargeaient les murailles. On ne savait plus où donner de l’œil. Cette orgie d’objets plus rococo les uns que les autres agissait sur la cervelle avec l’ampleur d’une féerie vertigineuse.

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             Notre hôte brisa net notre état de stupeur en nous priant de prendre place pour festoyer. Nous nous retrouvâmes devant des assiettes et des couverts dûment appareillés à l’environnement. Sans crier gare, notre hôte extirpa de son antique réfrigérateur des plats et les disposa au centre de la table : une grande assiette de viandes froides, accompagnée d’un vaste récipient rempli à ras-bord d’une salade de légumes frais, le tout arrosé d’un cru «dont», annonça-t-il avec un sourire complice, «vous me direz des nouvelles», ce que nous ne manquâmes pas de faire deux verres plus tard. Et nous festoyâmes ! Nous dévorâmes de vastes tranches de rôti de bœuf rouge et tendre à la fois, un rôti, commentait-il, qu’il avait choisi avec circonspection et cuit sous l’égide de Brillat-Savarin. Nous nous délectâmes de cette sargasse de légumes échouée dans un océan de sauce blanche et dont la fraîcheur aurait éberlué le moins frileux des esquimaux.

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             Puis vint le moment de passer aux choses sérieuses : une séance d’écoute de 45 tours. Nous dûmes pour cela gravir un étage. En débouchant dans le salon, nous restâmes pétrifiés sur place, comme le fut la femme de Loth, transformée en statue de sel : sur le mur du salon rayonnait un gigantesque portrait encadré de Jules Barbey d’Aurevilly.

             — Ah ça par exemple ! Que le diable m’emporte ! Le Connétable des Lettres ! Que fout-il donc ici ? Serait-on arrivés au tournebride de la rue Rousselet ?

             Notre hôte nous pria de prendre place dans les fauteuils installés face au portrait de Barbey. Sur une table basse s’élevait hardiment une belle pile de 45 tours destinés à divertir, mais surtout à instruire les invités. L’hôte, d’une espèce devenue rare, veillait non seulement à régaler ses invités, mais aussi à leur transmettre ces précieuses connaissances qui sont, dans la vie d’un amateur d’art, l’aboutissement d’un très long parcours. Cette pile de 45 tours en était le symbole et nous nous apprêtâmes à vivre l’un de ces moments sacrés dont le destin est hélas trop avare.

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             Nous eûmes le privilège d’entendre l’éléphantesque Solomon Burke barrir «Keep Looking» sur Atlantic. Puis Gary Walker et «You Don’t Love Me», agrémenté à la suite d’un extrait soigneusement choisi de l’album devenu culte de Gary Walker & The Rain, que rechercherait activement Des Esseintes s’il vivait à notre époque. Le tonitruant Chuck Jackson et «I Keep Forgettin’» nous sortirent à temps de la torpeur dans laquelle menaçait de nous plonger la digestion. Un petit vent frais de rockab souffla sur le salon avec Johnny Horton et «Lover’s Rock». Puis nous plongeâmes dans les gouffres de l’inconnu avec Steve King et «Satan Is Her Name» sur Mercury, The Rumblers et «I Don’t Need You No More» sur Downey, The Lloyd Alexander Real Estate et «Watcha Gonna Do» sur President, The Falling Leaves et «She Loves To Be Loved» sur Parlophone, comme d’ailleurs les Sons Of Fred et «Baby What You Want Me To Do?» Et ça repartit de plus belle avec The Redcaps, puis Shyster et «Tick Tock» (qui sont en fait les Fleur De Lys),  The Clique et «We Didn’t Kiss Didn’t Love But How We Do», The Poets de Glasgow et «That’s The Way It’s Got To Be», The Jynx et «How», et The Downliners Sect et «Bloodhound». On eût droit à une grosse cerise sur

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    le gâtö : les Small Faces et «Wham Bam Thank You Mam», une B-side qu’on ne connaissait pas, alors qu’elle ne fût pas notre consternation d’entendre Stevie Marriott monter sa voix au sommet de la gloire londonienne, dans l’Immédiateté d’Immediate, dans le prodigieux ramdam des origines du monde et des nappes d’orgue du mec Mac, et au cœur de ce prodigieux maelström grondait la basse de l’ineffable Plonk Lane, alors nous nous prosternâmes jusqu’à terre. 

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    Signé : Cazengler, Small Fesse

    Small Faces. Afterglow Of Your Love/Wham Bam Thank You Mam. Immediate 1969

    Chez Gérald. Caen (14). 25 mai 2026

     

     

    L’avenir du rock

    - Un bon Cavalli n’est jamais le dernier

    (Part Three)

             Cette fois, l’avenir du rock a une bonne raison d’aller rendre visite à Jeremiah Johnson dans les montagnes du Colorado. Pourtant, il déteste claquer des dents à cause du froid, mais quand on veut voir Jeremiah Johnson, il faut arrêter de chipoter. C’est pas le genre de mec qu’on croisera sur une plage à Saint-Tropez. Comme d’usage, l’avenir du rock arrive sur les hauteurs et repère au loin le bivouac de Jeremiah Johnson grâce à son filet de fumée. Il approche, descend de cheval, s’assoit près du feu, enlève ses moufles et tend ses mains gelées au-dessus des flammes pour les dégeler. Comme d’usage, Jeremiah Johnson fait rôtir un p’tit lapin atteint de myxomatose.

             — T’en veux ?

             — Bof...

             Pas de mondanités chez Jeramiah Johnson. Si t’es pas content, tu te casses. L’avenir du rock relance la conversation :

             — Faudrait enlever les flèches que les Crows vous ont tirées dans le dos, Jeremiah Johnson. Ça risque de s’infecter...

             — Occupe-toi de tes fesses.

             Il grignote son p’tit lapin calciné. Puis il sort son énorme Bowie knife pour se curer les dents. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Ça fait un bruit dégueulasse.

             — Bon, quesse tu fous là, avenir du rock ? Tu veux ma photo ?

             — Non j’étais juste venu pour vous poser une question importante...

             — Vazy, accouche !

             — Qu’est-ce que vous pensez de Cavalli ?

             — Rien. Connais pas ton cavalier... Pourquoi tu m’poses cette question à la con ?

             — Vous fâchez pas, Jeremiah Johnson, j’essayais juste de vous sortir de la misère intellectuelle dans laquelle vous sombrez depuis cinquante ans. C’est simple : cavalez avec Cavalli. Vous avez déjà le cheval... Vous m’en direz des nouvelles !

     

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             Quand Don Cavalli revient dans ta vie via la wild country de «Don’t Give Your Heart To A Rambler», tu penses aussitôt à Onie Wheeler : même présence et même classe. Cette cover de Jimmy Skinner ouvre le balda de Sounds Of Faith & Sorrow, le

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    nouvel album de Don Cavalli. Puis il passe en mode pur rockab avec «The Old Crossroad», une cover de Bill Monroe, qu’on ne connaît que de nom, mais cette fois t’as le beat rockab d’entre les reins et le deep du doo. Tu ne retrouves cette qualité du slap que sur les grands albums, et ceux de Don Cavalli en font partie. Il attaque son «Body & Soul» au see that train coming round the bend, toujours sur un fabuleux beat rockab. Cette fois, Don Cavalli a des faux accents d’Elvis. C’est faramineux de qualité chant et de qualité son, plus le slap sourd comme un pot. Et cette voix écœurante de feeling ! En B, il passe en mode country rockab de force majeure avec «Memories Of You». Il country-rocke son boat de blend. Il plonge dans une belle dramaturgie avec «The Drunkard’s Hell». Il a cette fois des accents de Charlie Feathers. Il pose sa vraie voix sur un slap sound et ça gratte des poux allégés. Il a les accents de voix de vieil homme qu’on entend chez Charlie Feathers, à la fin. Même fibre de vibe ultra américaine. Album de l’année ? Va-t-en savoir.

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    Signé : Cazengler, Don Casanis

    Don Cavalli. Sounds Of Faith & Sorrow. Doghouse & Bone Records 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Cramps it up !

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             Petite agitation à Clochemerle : on annonce la parution d’un «nouvel» album des Cramps. On entend d’ici les charognards croasser sur leur branche d’arbre. Après Dead Hendrix, on va nous faire le coup des Dead Cramps. Crank it up ! L’hic c’est qu’il reste une survivante des sessions de 1977 à Memphis : Ivy. Enfin, bref, tout ça pue la charogne. Baudelaire redevient d’actualité - La puanteur était si forte, que sur l’herbe/ Vous crûtes vous évanouir - Eh oui, amigo, on y est. Le spectacle n’est pas gratuit : 25 euros si tu veux voir ça en CD, et 100 euros si tu le veux en vinyle coloré - Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine/ Qui vous mangera de baisers/ Que j’ai gardé la forme et l’essence divine/ De mes amours décomposés ! - Merci Baudelaire pour ce divin chef-d’œuvre d’humour macabre.

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             Tous les canards s’y mettent, y compris les français. Matt Snow en fait deux pages dans Mojo et Tim Murray six dans Shindig!. Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des Cramps. Pourquoi n’a-t-on pas demandé à Dick Porter de se charger de la besogne ? C’est incompréhensible. Sauf tout le respect qu’on doit à ces deux canards, ils traitent «l’événement» comme s’il s’agissait du nouvel album de U2, mais en plus exotique, car sortis de leur contexte, les Cramps sont forcément un groupe exotique. Et le malaise commence à planer dès que le nom d’Henry Rollins apparaît dans le chapô. Tu sais tout de suite que c’est foutu. Ces deux articles devraient être des articles extraordinaires et ils ne le sont pas. Les deux textes n’ont rien dans la culotte.

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    Henry Rolling et Larry Hardy

             On apprend très peu de choses. Dévastée après le départ de Lux, Ivy se serait consacrée «à son jardin, au yoga and a spiritul path under a new name.» Larry Hardy raconte qu’elle filait tout ce qu’elle possédait, les lampes, les films - I’ve gotten their tiki bar  with the giant dinosaur bones that flanked it - L’Hardy rappelle pour les ceusses qui ne seraient pas au courant que Lux et Ivy étaient inséparables - To lose someone like that, I can’t imagine - Ivy n’encaissait plus ses chèques de royalties - She wasn’t interested anymore - Puis l’Hardy et Jimmy Maslon ont proposé à Ivy de monter une société de gestion, The Cramps Inc, pour gérer «the band cultural legacy», et dont Ivy serait bien sûr la principale bénéficiaire. The Cramps Inc va opérer dans trois domaines : photo, vidéo et merch. Apparemment il y a de la demande. Les bootlegeers s’en foutent plein les poches, avec notamment l’out of print. C’est même assez industriel. Et t’as des mecs qui achètent ça ! Quelle puanteur ! Et pour lancer The Cramps Inc, pouf, on réanime le vieux label Vengeance. Tant qu’à faire !

             Meanwhile back in 1977. Alex voit les Cramps à New York et leur propose d’aller enregistrer à Memphis. Rilly? Wow!!!! Lux : «We got together 800 bucks, stole a car and went to Memphis with Alex.» Lux avoua aussi à Snow en 1985 que les Ardent Studio sessions étaient ses «favorites of the Cramps output at that point.» Snow ressort aussi un bout d’interview de Lux concernant Bryan Gregory : «He wanted to be like the Clash and write songs about the Sandinistas. He liked the Bee Gees. He wanted to get rich quick. He was a dumb glue-sniffer from Detroit... not that I’ve got anything agaisnt the glue-sniffers from Detroit.»

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             Dans Shindig!, Kid Congo sait trouver les mots pour dire la spécificité des Cramps : «This music didn’t exist before they existed.» Le Kid aime bien rappeler son examen d’entrée dans les Cramps : Lux lui demande s’il est prêt à se couper un doigt pour entrer dans le groupe, et le Kid lui répond :

             — I think I would, yes.

             — Okay, well, then you can be in our band.

             Le Kid rappelle aussi qu’Ivy lui a appris à mieux jouer, «and she gave me my first fuzz pedal.» Le Kid paraît encore émerveillé d’avoir vécu cette aventure - It was like being into a whole world. That was the Cramps. They were people with a very strong vision - Il atteint une sorte d’apothéose prophétique : «The Cramps were an absolute whole world. It’s timeless music, rock’n’roll as spirituality, rock’n’roll as sexuality, something to enjoy, and to go wild and let loose to.»

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             On apprend que Lux et Ivy avaient mixé Gravest Gravy pour une parution en 2008, mais Lux got sick et le projet fut shelved. On apprend en outre qu’il existe des live recordings, assorted demos and more (A&M demo session including their cover of The Third Bardo classic ‘Five Years Ahead Of My Time’) - It’s a surprise that these have never surfaced before - Par contre, les versions studio d’«Hungry», de «Problem Child» et de «Rocket In My Pocket» semblent inédites. Lux et Ivy planquaient leurs bandes. Même l’Hardy ne savait pas que ça existait - And that’s why this record is such a miracle ‘cause you just haven’t heard it before - L’image de Stephanie Chernikowski qui orne la pochette de Gravest Gravy avait été choisie par Lux & Ivy. 

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             Les Cramps restent les Cramps, quoi qu’on dise. Et sur Gravest Gravy, t’as du son, my son. Dès «TV Set», t’as le luxe de Lux. C’est vraiment gratté dans les règles du lard et soudain t’as le crash trash de Bryan Gregory. Argghhh ! Solo dégueulasse et révolutionnaire. Pur spirit. Tu réécoutes le cut. T’en reviens pas. L’Hardy dit que Bryan Gregory grattait son solo «with the back of his hand». Et ça continue en mode Ardent Memphis Sound avec «Weekend On Mars» et la frappe sèche et magnifique de Nick Knox. Tix tox ! Les Cramps déroulent. Tout est déjà là, tout le déroulé demented de «Twist And Shout», Lux chante dans le coin, c’est de la pure folie ! Far away in Africa et voilà «Jungle Hop». C’est très Dollsy Crampsy, c’est l’exotica des catacombes ! «Hungry» est suivi à la fuzz et là, t’as les heavy Cramps. Cover puissante et menaçante. Lux devient dingue. Mais dingue ! Laisse tomber tes groupes garage. Lux a déjà fait tout le boulot. Et puis voilà l’enfer sur la terre : «The Natives Are Restless», I walk down my street, les Cramps déboulent, baby, pur jus de wild-as-fuck. On assiste à l’incroyable articulation du son derrière Lux. Oh la version de «Domino» ! Oh oh ! Claquée sec ! Craquée ! Violente ! Saturée de son ! Ah Domino ! Lux pose encore ses conditions d’alligator shoes dans «Can’t Find My Mind», avec la réverb maximaliste. Et la cerise sur le gâtö est la cover de «Rockin’ Bones». Roll On ! Mais qui fait les chœurs derrière ? Bryan, dit Philippe. C’est le balancement définitif du when I die/ Don’t you bury me at all/ Just nail my bones up on the wall/ Beneath these bones let these words be seen/ This is the bloody gears of a boppin’ machine ! Autrefois, Jean-Yves adorait scander ces quatre vers mirobolants.

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             La suite de Gravest Gravy est déjà prête, nous dit le Murray : le prochain coup de biz est prévu pour le Record Store Day 2027, «and the one beyond that is pretty much decided too.»

             En plus des bandes d’enregistrement, le Rollins stocke la collection de posters de Lux, et ses fringues - there’s a lot of Lux’s stuff here - Sa videotape collection. Il dit que tout ça appartient à l’histoire.

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             Dans Record Collector, Johnnie Johnstone en rajoute une petite louche en signalant non pas the rebirth of the Ghoul, comme l’a fait son collègue Snow, mais carrément the birth of the Ghoul. Gravest Gravy a failli sortir deux fois, en 1989 et en 2008, précise-t-il. Le Johnstone qualifie les Cramps de deparaved weirdo degenerates, amateurs de «50s rockabilly, B-movie sleaze, exploitation films, garage punk and Vegas-y trash culture.» Les Cramps ? - Here was the true spirit or rock’n’roll, pure in its impurity, feral - Pour situer l’harsh de la cover d’«Hungry», Johnstone parle d’éviscération. Il trouve que «some of the material rocks harder than the later versions», notamment «The Native Are Restless». Ça grunt and grate  ! Et le Johnstone de conclure : «It perfectly encapsulates both their magic aesthetitic and the rebel spirit that spawned these unfforgettable songs.»

    Signé : Cazengler, crampette

    Cramps. Gravest Gravy. Vengeance 2026

    Matt Snow : Rebirth of the Ghoul. Mojo # 393 - August 2026

    Tim Murray : Grave concerns. Shindig! # 178 - August 2026

    Johnnie Johnstone : Birth of the Ghoul. Record Collector # 587 - September 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - British Beat(pack)

             Un soir qu’il se promenait dans la rue, l’avenir du rock vit passer d’étranges silhouettes encapuchonnées. Piqué par la curiosité, il décida de les suivre discrètement. Bon c’est vrai que la curiosité est un vilain défaut, mais sans curiosité on ne ferait pas grand-chose dans la vie. Suivant pas à pas les mystérieux inconnus, l’avenir du rock remonta l’avenue René-Coty et les vit s’engouffrer un à un dans une bouche d’ombre. Il s’y glissa à leur suite. S’éclairant à l’aide de son smartphone dernier cri, il descendit les marches humides et manqua cent fois de s’y rompre le cou, se rattrapant chaque fois de justesse à une vague rampe en métal rouillé. Mais la curiosité restait la plus forte, alors au lieu de remonter vers la surface, il continua de s’enfoncer dans les ténèbres. Il finit par atteindre le sol d’un couloir et se dirigea vers ce qui semblait être une rumeur. Il aperçut enfin une lueur au fond de ce long couloir taillé dans la roche et il éteignit son smartphone dernier cri. Il déboucha dans une grande crypte et se dissimula derrière un pilier. Les silhouettes encapuchonnées se tenaient alignées devant un autel, comme des gens faisant la queue au guichet d’une gare. Assis derrière l’autel se trouvait une singulière créature, plus haute qu’un homme, cornue et vêtue d’habits de cérémonie très anciens, semblait-il. Le diable ? De toute évidence. L’avenir du rock vit les silhouettes encapuchonnées approcher du diable une à une, s’emparer d’un couteau posé sur l’autel, s’ouvrir le pouce et apposer le pouce ensanglanté au bas d’un parchemin. Ils recevaient en guise d’assentiment un grognement qui faisait trembler les piliers de la crypte. Ils étaient tous là pour signer un pacte avec le diable. L’avenir du rock se joignit à la file d’attente et quand enfin vint son tour de signer le pacte, il repoussa le parchemin d’une main ferme. Interloqué le diable grommela d’une voix atrocement sourde :

             — Pourquoi ne signes-tu pas ce pacte, avenir du rock ?

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             — Parce que je préfère le Beatpack ! Et de loin !       

     

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             C’est Simon Harvey, le guitariste des Beatpack, qui te cède une belle copie d’All Good Things (Turn To Dust) pour 15 £ sur un trottoir d’Hastings. Bonne opération car quel album ! On entend des chœurs Whoish sur «Or So It Seems», et on passe aux choses très sérieuses avec ce «Greek Street 2am» quasi proto, monté sur un shuffle à la Spencer Davis Group. Hot stuff ! Incroyable giclée d’élégance funky ! Alors attention, la viande est en B et ça pulse dès «Money In My Pocket», early British beat avec des beaux coups d’harp - Money in my pocket/ But I’m broke - Encore du beau British Beat avec «Ramblings From Green To Green», c’est le Beat des origines, bien formulé, puissant comme pas deux, ça groove à l’ancienne, et avec ferveur. Ces mecs sont vraiment bons, comme le montre encore «Poor Old Billy Wren». C’est une pop sixties, très anglaise. Ils terminent avec le morceau titre qui sonne comme un shook de gaga sauvage, bien titillé par un riff malingre, et ça donne un garage extra-sharp. Et bien sûr, Simon Harvey passe un killer killah dévastateur. Ça joue gras avec une appétence pour le proto. Ils frisent le Downliners. 

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             Qui a fait l’apologie du nouvel album des Beatpack, The Violet Hour ? Probablement Shindig!. Celui-là n’est pas produit par Wild Billy Childish, mais il est enregistré par Ed Deegan, ce qui revient au même. T’es hooké aussitôt l’affreusement violent «Chill Is The Night». Ces mecs sont d’épouvantables brutes ! Ils tapent dans une sorte de genius barbare supérieur. Et ça continue en mode fantastique énergie avec «Cafe Conversation #48». Ils enfoncent un sacré clou dans la paume du beat. On croit entendre les Seeds. C’est la même énergie. Au chant, Hugh Dellar est extrêmement incisif. Et toutes les compos sont signées Simon Harvey. Puis on va perdre le panache de «Cafe Conversation #48». Il faudra attendre «People In The City» pour assister à une nouvelle explosion de violence. Ils tapent dans le Whoish System et le couplet s’en va exploser en plein ciel. Ils visent clairement le ramdam des Who. Ils attaquent «The Violet Hour» à la basse pouet pouet d’Ace Kefford. Quel capiteux brouet ! Ils attaquent ensuite «Down On His Luck» à la fuzz box, c’est assez punchy et même presque stoogy. Alors t’applaudis des deux mains.

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             Tant qu’on y est, on peut écouter leur premier album, le moyennement excellent Could You Walk On Water paru en 1991. Même si la pochette est ratée, on peut quand même l’écouter, ne serait-ce que pour entendre le killer solo de Simon Harvey sur «Nobody = Nothing». En plein dans l’œil du colimaçon ! On les sent encore bien déterminés à en découdre avec «Anything Goes». Simon Harvey est hors de lui. On sent une tendance Whoish dans le gratté de poux Ricken de «Two Tracks Missing», et en fin de balda, ils tapent avec «Jasmin» en plein dans l’esprit Pretties, et c’est là qu’ils sont bons, Hugh Dellar fait son Phil. Et en B, tu ne sauves qu’un seul cut, le morceau titre qui sonne comme un hit avec de beaux échos de Stonesy. Simon Harvey se fend à nouveau d’une pimpant killer solo flash.

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             Et voilà le Beatpack sur scène au Pig. Simon Harvey est au fond dans son coin d’ombre avec son Epiphone. Hugh Dellar porte un headcoat, comme Wild Billy Childish, et juste devant toi, t’as Will Bourton lui aussi chapeauté de frais. Le Beatpack va se lancer dans une folle équipée de British Beat avec le son des origines. Ça swingue, c’est sûr, mais ça ne t’emporte pas la bouche. Trop classique, dirons-nous. En tous les cas, tu ne vois aucun des hits que tu connais sur la set-list. Tu découvriras pas la suite qu’ils tapaient dans leurs EPs. On se croirait en 1965. Mais t’iras jamais cavaler après les Beatpack EPs, t’as bien trop de boulot ailleurs. Will Bourton gratte des lignes de basse affreusement dynamiques qui pourraient évoquer le proto, mais Dellar sur scène est tout sauf proto, il est même un brin bourrin et c’est agaçant. C’est un peu comme s’il tentait de passer en force. On sent les efforts. Ça demande à exploser mais ça n’explosera pas. Dellar souffle des coups d’harp comme s’il marquait son territoire. C’est un set enraciné dans le straight British Beat. Même Simon Harvey sonne classique, alors que sur les albums, il casse comme on l’a dit toute la baraque. On ne retrouve pas le panache de The Violet Hour. Ils n’auraient jamais dû monter sur scène après Big Lightning. T’as pas ta dose. Et quand t’as pas ta dose, tu chougnes. Gnagnagna. 

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    Signé : Cazengler, Beatpack de bière

    Beatpack. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 18 juillet 2026

    Beatpack. Could You Walk On Water. Screaming Apple 1991 

    Beatpack. All Good Things (Turn To Dust). Spinout Nuggets 2022

    Beatpack. The Violet Hour. Spinout Nuggets 2024

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part Two)

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             On en revient toujours à Wilson Pickett. On s’est penché voici quelques semaines sur le book que lui consacra sa frangine Louella Pickett-New, Don’t Let The Green Grass Fool You. Plutôt que de célébrer son talent, elle mettait essentiellement l’accent sur la violence de Wicked Pickett et les coups qu’il distribuait à son entourage. Tony Fletcher aborde le personnage sous un autre angle : dans In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett, il célèbre la carrure du Soul Brother, comme le ferait le biographe d’un champion de boxe. Fletcher revient sur la violence vers la fin du book, lorsqu’emporté dans un tourbillon d’alcool et de coke, Pickett se met à cogner tous ceux qui l’entourent. Pif paf pouf !

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             Pour Fletcher, il n’y a aucun doute : Wicked Pickett incarne la Soul plus que tout autre, parce qu’il est le plus viscéral et qu’il a su transformer le scream en art, comme d’autres transforment le plomb en or. Fletcher rappelle encore que Pickett fut un pionnier, la première Atlantic star à descendre enregistrer chez Stax et chez Fame, puis chez Gamble & Huff à Philadelphie. Il fut aussi le premier à emmener un black American package en Afrique. Wicked Pickett a deux particularités : il est extrêmement agressif, et très noir de peau - too black, disaient de lui les autres blackos. D’où son surnom de panthère noire. Et pour couronner le tout, il ne fait confiance à personne.

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    Tony Fletcher

             Pour remonter aux sources, Fletcher commence par expliquer que les esclaves n’ont pas d’ancêtres, et qu’on leur donnait le nom de leurs propriétaires, d’où les 200 Pickett listés dans les comtés d’Autauga et de Montgomery, en Alabama. C’est donc mal barré pour Wicked Pickett : il sait qu’il porte le nom d’un blanc. Et en Alabama on ne cultive qu’une seule et unique plante : le coton. Wicked Pickett est donc doublement enragé. C’est une sorte de prédisposition. Et pour couronner le tout, sa mère lui fout des raclées sauvages (savage beatings) quand il renâcle - Whoaaaa she almost killed me - Alors il va dormir dans les bois, mais il finit par revenir «à la maison». Ça forge un caractère. Fletcher rappelle que les descendants d’esclaves étaient éduqués à la dure, les parents avaient eux-mêmes été frappés par leurs parents, just to keep them in line, alors le traitement à la dure se transmettait de génération en génération. Frappé quand il était petit, Wicked Pickett va frapper quand il sera grand. Par contre, Fletcher ne nous dit pas si les enfants de Wicked Pickett continuent de frapper leurs proches. Encore une fois, la violence est inhérente à la misère : plus la misère est profonde, plus le désespoir est grand et plus les coups pleuvent. C’est mécanique. Le seul antidote au désespoir est la mort. 

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             Wicked Pickett réussit à quitter l’Alabama pourri pour aller retrouver son père qui est installé avec une autre gonzesse à Detroit. Pickett fait la connaissance d’Aretha qui tourne avec la preaching caravan de son père le pasteur Franklin depuis qu’elle a 10 ans. Si tu lis la bio que consacre David Ritz à Aretha, tu apprendras que les soirées gospel sont des baizodromes. À 13 ans, Aretha met un premier gosse au monde. Wicked Pickett devient pote avec Aretha et chante à la New Bethel church du pasteur Franklin. Ils n’ont qu’un an d’écart et Fletcher avoue qu’il ne sait rien de la nature de la relation qu’entretient Pickett avec Aretha. Pickett fréquente aussi les futures stars de Motown. C’est à la New Bethel church qu’il entend pour la première fois les Soul Stirrers de Sam Cooke, puis deux autres superstars du gospel, Archie Brownlee des Blind Boys From Mississippi et Clarence Fountain des Blind Boys of Alabama. Deux des plus grands chanteurs de tous les temps. Il suffit d’écouter les albums pour le savoir.

             Très tôt, Wicked Pickett s’impose comme un crack - He was good, dit Debose de Pickett. Il sait déjà tenir a tuneful scream, il saut déjà splitter les notes d’un octave like a mystical throat singer, sans se casser les cordes vocales. Tout vient du gospel.

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             Fletcher attaque le chapitre Falcons, sans doute le plus mystérieux et le plus fascinant de l’histoire de la Detroit Soul. C’est un super-groupe avant l’heure, puisqu’on y trouve Eddie Floyd, Sir Mack Rice, et Wicked Pickett. On surnomme les Falcons The World’s First Soul Group. Eddie Floyd monte le groupe en 1955 et recrute Joe Stubbs, le frère de Levi Stubbs, qui ramène le guitariste Lance Finney. Puis Floyd recrute Mack Rice, originaire de Clarksdale, Mississippi. L’autre membre des Falcons s’appelle Willie Schofield. C’est en sortant d’un rendez-vous chez un docteur que Schofield entend dans la rue la voix de Wicked Pickett. Installé au balcon, Pickett chante et gratte à coups d’acou «The Sky is Crying» d’Elmore James. Et pouf, Schofield lui propose de venir auditionner pour les Falcons. Voilà à quoi ça tient : à un fil.

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             Pourquoi Wicked Pickett ne s’est-il pas retrouvé chez Motown ? Bonne question Mister Fletcher. La réponse est pourtant évidente : Motown était beaucoup trop pop pour un mec comme Pickett. Les Falcons, c’est complètement autre chose. Comme Joe Stubbs sait qu’il attire les regards, son ego se met à enfler et il voudrait que le groupe devienne Joe Stubbs & The Falcons, selon le modèle de Nolan Strong & The Diablos. Alors les Falcons le virent et c’est là où Schofield ramène Pickett. Mais ça renâcle. Schofield s’attendait à tout, sauf à ça : les autres Falcons trouvent Pickett trop black. Too black ! Schofield ne comprend pas - What the hell you mean he’s too black ? - Les Falcons proposent le job à Marvin Gaye qui vient d’arriver à Detroit avec Harvey Fuqua, mais Marvin décline l’offre. Alors les Falcons s’habituent à l’idée du too black Pickett. Joe Stubbs revient, et le groupe se retrouve avec deux leaders. Les Falcons partent en tournée et Fletcher précise qu’ils sont tous armés. Ils évitent systématiquement le Mississippi. Fletcher raconte qu’une nuit sur la route, un camion roulait à la hauteur de la bagnole des Falcons et comme dans Easy Rider, un blanc pointait un fusil sur eux. Alors les Falcons ont baissé les vitres et tiré des coups en l’air. Ce sont aussi les Falcons qui dédouanent le jeune Pickett en l’initiant aux joies de l’alcool et de l’herbe. Et puis voilà la fameuse anecdote du concert avec James Brown : les Falcons passent juste avant James Brown. Pickett fait son numéro de screaming, ce qui ne plait pas à James Brown qui les vire de la tournée. Avec le temps, cette rivalité se transformera en respect mutuel. 

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    ( 1963 / Double - Records)

             Wicked Pickett quitte les Falcons pour entamer une carrière solo. Il s’achète une Cadillac verte et part avec sa poule Dovie pour New York. En 1963, il participe à un package tour avec Little Johnny Taylor, Garnett Mimms & The Enchanters et Rufus Thomas. Pickett bricole un peu, jusqu’au moment où Jerry Wexler le signe sur Atlantic. Wexler : «Pickett is, to me, the greatest Rhythm & Blues singer of today.» Et pouf, il lui présente Don Covay, chez Atlantic, on 61st Street & Broadway. C’est le début d’une grosse relation - Give me some juice, turn me loose, let me hang out like a wild mad goose - Don Covay avait été le protégé et le chauffeur de Little Richard qui le surnommait Pretty Boy. Wexler qui vient de signer Tami Lynn, présente ensuite Pickett à Bert Berns qui a eu la main verte avec les Isley Brothers, Solomon Burke et Garnett Mimms. On demande à Pickett de chanter «Come Home Baby», un hit signé Mann & Weil, mais il ne parvient pas à le groover. C’est trop blanc. Alors il se barre. C’est là que Wexler opte pour Stax.

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    Steve Cropper

             Chez Stax, Steve Cropper sait que son job est de composer des hits - That’s what we did. They (Atlantic) were coming from the days of LaVern Baker, that crossover from jazz church. It’s still swing music, it’s still kind of jazzy, it wasn’t really R&B - Crop trouve le son Atlantic trop smooth, trop sophistiqué, trop méticuleusement arrangé, alors que chez Stax, «Otis et Carla Thomas, on the other hand... now that was R&B.» Après son expérience malheureuse avec Bert Berns, Pickett est content de se retrouver à Memphis avec Crop et sa Tele. Ils composent tous les deux dans une chambre de l’Holiday Inn avec les deux grattes. Sans bourbon, précise Crop qui suivait la ligne claire imposée par Jim Stewart - a tight, dry ship - Crop et Pickett composent ce jour là «In The Midnight Hour», «perhaps the song most emblematic of the whole southern soul era.» Crop et Al Jackson vont vite mettre ça au carré en studio. Fletcher précise au passage qu’Al Jackson bat son beurre avec the thick end of his stick. Chez Stax, on travaille from scratch : pas de partitions comme à New York, pas d’arrangements écrits. Wexler est éberlué. Cette expérience dit-il lui a changé la vie, et du même coup, elle a changé l’approche d’Atlantic en matière d’enregistrement et de production. 

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             Pickett retrouve aussi à Memphis son vieux compère Eddie Floyd. Ils composent à trois avec Crop. Pickett fait trois sessions chez Stax, ce qui donne neuf masters, dont quatre vont devenir des classiques. Mais Jim Stewart informe Wexler que les artistes Atlantic ne sont plus les bienvenus chez Stax. Stewart : «Pickett got to be an asshole.» Il ajoute : «The guys didn’t want to work with him, and I wouldn’t ask them to do it.» Pickett a réussi à irriter Jim Stewart. Wexler a aussi abusé de l’hospitalité de Stax. Il a ensuite envoyé Sam & Dave, puis Don Covay. Stewart ne s’entendait pas avec Don Covay - Just didn’t understand Don - Don Covay n’est jamais revenu à Memphis. On reprochait à Jim Stewart d’être top blanc. Wayne Jackson : «He didn’t have a black leg in him.» Puis Pickett va oser dire qu’il a tout composé, ce qui attriste Crop qui est crédité comme co-auteur. Il précise que les compos de Pickett étaient «unfinished».

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             Wicked Pickett va bâtir son empire six ans durant grâce à Atlantic. In The Midnight Hour qui est son premier album sur Atlantic paraît en 1965, et c’est la première d’une série de dix belles bombes atomiques, car oui, franchement, ces dix albums sur Atlantic font partie de ce qui s’est fait de mieux à l’époque en matière de raw Soul. Wicked Pickett disposait de la meilleure des agglutinations : le bon label, les bons producteurs, les bonnes chansons, les bons baking-bands et la vraie voix. Dans le cas d’un mec comme Pickett, on peut même parler de cocktail explosif. Rien qu’avec le morceau titre, Wicked Pickett rafle la mise. Il y va au heavy slow groove, il y va à l’hot ! Yes I am, il travaille déjà ses cuts à l’extrême, il les chante au max des possibilités. Toute l’A de cet album est du pur raw. Wicked Pickett rugit au grand jour dans «Take A Little Love» et surtout dans «I Found A Love». Ce blackos est un chanteur né, il explose tout le concept du doo-wop. Extraordinaire séance de screamerie ! La B est purement apocalyptique, avec notamment «I’m Gonna Cry», un cut digne de Motown mais avec en plus une sorte de drive demented. Encore un hit co-écrit avec Crop : «Don’t Fight It». Ça se sent que c’est ça. Pur jus de Stax Power ! On retrouve la patte d’Eddie Floyd avec «Take This Love I’ve Got». Pickett te screame ça jusqu’au bout de la nuit. On retrouve aussi le «Come Home Baby» de Barry Mann & Cynthia Weil. Power max ! Pickett duette avec on sait pas qui, car rien n’est dit sur la pochette. Belle fin de non-recevoir avec le raw r’n’b de «Let’s Kiss & Make Up» et son solo de gras-double. Crop s’y fend d’un joli killer solo flash. 

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             Comme Jim Stewart ne veut plus travailler avec Atlantic, Wexler emmène Pickett à Muscle Shoals, chez Rick Hall et l’année suivante paraît la deuxième de la série des dix bombes atomiques : The Exciting Wilson Pickett. Belle pochette ! On y voit Pickett en petit costard rouge sauter en l’air. Voilà encore un album bourré à craquer d’hits. L’album est à cheval sur Stax et Fame, car Wexler récupère six cuts enregistrés chez Stax. C’est la raison pour laquelle on retrouve dans la distribution toute la fine équipe Isaac & Spooner, Duck & Tommy Cogbill, Crop, Jimmy Johnson et Chips, Roger Hawkins et Al Jackson, Packy, Andrew Lowe et Floyd Newman, c’est-à-dire toute la crème de la crème. Et pouf, Pickett part en trombe avec l’un des hits les plus wild de la frontière, le «Land Of 1000 Dances» de Cannibal & The Headhunters, une suggestion de Wexler. C’est là, chez Fame, que Pickett assoit sa souveraineté. Il a enregistré «634-5789» chez Stax, une compo de Crop & Floyd, heavy raw de Stax Sound, idéale pour une panthère noire. Il boucle son balda avec «You’re So Fine». Il travaille l’hit au corps. C’est l’un des fleurons des sixties. Et pouf, il remet le couvert en B avec le Midnight Hour de son album précédent et on reste chez Stax avec «Ninety Nine & A Half (Won’t Do)», un cut d’heavy Soul chauffé à blanc, cosigné par Crop. C’est indestructible. Encore un hit infernal avec «Danger Zone», Lord have mercy ! Puis Pickett taille «I’m Drifting» dans la masse, c’est soloté au sax, battu sec et cuivré dans l’âme. Il termine avec une belle compo de Bobby Womack, «She’s So Good To Me». Idéale pour une panthère noire.

             Il va faire trois sessions en neuf mois à Muscle Shoals. Rick Hall indique que Pickett et lui sont des Soul brothers, we really were. L’admiration est réciproque, I love Rick Hall, s’exclame Pickett, qui est assez avare de sentiments. Puis Wexler ramène Tom Dowd à Muscle Shoals.

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             C’est The Wicked Pickett paru en 1967 qui donne son surnom à Pickett. Belle pochette et big album. Pickett sourit comme un diable black sur la terrasse d’un gratte-ciel. On a là l’LP de Soul music idéal, aussi idéal que peut l’être le gendre idéal. On est chez Rick Hall, avec cette bande de surdoués que sont Chips, Jimmy Johnson, Spooner, Roger Hawkins et Tommy Cogbill. Et ça se sent dès «Mustang Sally», signé Mack Rice. Ah la brute ! Pickett bouffe Sally toute crue, sans sel ni poivre, ride Sally ride font les succubes des enfers. Chips joue lead et Cogbill drive son bassmatic comme un crack. Heavy & huge. On fera difficilement mieux dans le genre. Pickett se tape un vieux shuffle de Mississippi Queen avec «New Orleans» et prend «Sunny» à l’heavyness de rêve, avec un Chips planqué dans l’écho du temps. Et puis tout explose avec «Everybody Needs Somebody To Love», beat de stomp, tout le monde joue derrière ce merveilleux screamer. Rrrrrrrraw ! Pickett explose le «She Ain’t Gonna Do Right» de Dan Penn et Spooner, et en B, il reprend le «Knock On Wood» d’Eddie Floyd. Encore deux hits signés Dan Penn : «Up Tight Good Woman» et surtout «You Left The Water Running», extraordinaire raw de gros popotin. Classic sound ! Puis c’est le «Three Time Loser» de Don Covay. Sans doute l’un des plus gros stomps de l’histoire du stomp. Pas de Soul brother plus carnassier que Pickett. C’est le même raw que celui de Sam & Dave.

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             On reste dans l’hot Soul d’Atlantic avec The Sound Of Wilson Pickett paru en 1967. On y retrouve la même équipe de surdoués derrière cette panthère noire qui démarre en trombe avec «Soul Dance Number Three». Gros popotin de Muscle Shoals. Et tout explose une fois de plus avec «Funky Broadway». Chips y fait du Disraeli Gears, il claque ses notes au tremolo, énorme présence du son et hypertension du chant. Pickett boucle son balda avec «You Can’t Stand Alone», sur fond d’une extraordinaire débinade de bassmatic signée Tommy Cogbill. «Something Within Me» palpite au cœur de la B. Il n’existe rien de plus excitant que Wilson Pickett à cette époque. Il fait de l’heavy country Soul, une invention à lui, une sorte de raw Southern brawl, alors évidemment, avec un tel screamer, c’est couru d’avance. On salue aussi le «Mojo Mama» qui ouvre le bal de la B, car voilà une nouvelle lichée de raw to the bone. Tout Muscle Shoals est derrière lui, alors il en profite pour secouer les colonnes du temple. Fantastique artiste !

             Quand Bobby Womack rejoint le backing-band de Pickett, celui-ci lui demande : «Bobby have you got a gun?». Oui, car pour partir en tournée, il faut être armé. Pourquoi ? Pour se défendre. En 1967, tous les blackos qui tournent dans le Sud sont armés. Et comme James Brown, Pickett se comporte en despote avec son groupe.

             Mais à la différence de James Brown qui reste fidèle à son public noir, Pickett travaille avec Atlantic son cross-over vers le public blanc. James Brown : «Ah Pickett, you know you’re a good singer, can’t nobody out-sing you. But you know there’s one thing wrong with you.» Interloqué, Pickett demande : «What’s that, James?». Et James lui met ça dans la barbe : «You ain’t black enough.»

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             Dans le groupe de Pickett se trouve une autre future superstar : Buddy Miles. Pickett lui botte le cul parce qu’il joue «too much drums». On ne botte pas le cul de Buddy Miles. Il ira aussi sec rejoindre Mike Bloomfield pour monter Electric Flag. Puis comme chacun sait, Buddy ira battre le beurre pour Jimi Hendrix. C’est avec le p’tit Bobby que Pickett s’entend le mieux : ils entretiennent tous les deux une «productive and faithful musical relationship». Pickett montre plus de respect au p’tit Bobby qu’aux autres membres du groupe. Le p’tit Bobby apprend à amadouer la panthère noire : «Tu pouvais plaisanter avec lui et soudain, il te sautait dessus pour essayer de te tuer. Tout le monde l’appelait Wicked Pickett parce qu’il était le genre de mec à ne pas se poser de questions sur ce qu’il faisait.»   

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    Chips Moman

             Puis une shoote éclate entre Rick Hall et Wexler pendant une session d’enregistrement d’Aretha. Alors Wexler envoie Pickett chez Chips qui vient de monter American Studios à Memphis. King Curtis et Bobby Womack font partie du staff de Chips, avec les autres surdoués, Reggie Young, et Gene Chrisman qui a battu le beurre pour Jerry Lee. 

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             C’est donc chez American que Pickett enregistre l’excellent I’m In Love, «the most advanced and mature of Pickett’s albums to date.» La panthère noire part en trombe avec «Jealous Love». Ça sent le bon vieux Southern thang. Elle chante avec des accents animaliers étranges, elle rugit dans la chaleur de la nuit, fabuleux carnassier ! L’autre big hit de l’album est le morceau titre signé Bobby Womack qui en plus joue lead sur ce gospel Soul infesté de tortillettes. On est au cœur de la Southern Soul, avec des orchestrations sublimes et le p’tit Bobby dans le son. On trouve aussi sur cette big A un «Stagger Lee» embarqué au Memphis beat. Tommy Cogbill roule pour nous et Gene Chrisman bat un beurre bien sec et bien net. S’ensuit un «That Kind Of Love» signé Don Covay, avec un Reggie Young on fire. Ils cassent tous la baraque, sur cet album. Et le festin se poursuit en B avec King Curtis qui vient saxer «Don’t Cry No More» - Cry me a river/ Cry me a sea - Alors le vieux King entre dans la danse et tout le monde grimpe au paradis. Tiens, encore un coup de Jarnac avec «We’ve Got To Have Love», du raw meat + du Memphis beat, ça donne une bombe atomique. Wilson Pickett et le p’tit Bobby co-signent ce monster hit. Ils sont tellement dans le vrai. «She’s Looking Good» sonne comme Mustang, même hargne barbare, même sens aigu de l’hot-as-hell.

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             Pas vraiment d’hits sur The Midnight Mover, deuxième album enregistré chez American, et paru en 1968. Pickett compose pas mal de trucs avec son pote le p’tit Bobby, notamment le morceau titre, «I’m A Midnight Mover» - They call me the midnight mover - On peut lui faire confiance. Ils composent aussi le slow burner «Remember I Been Good To You». Co-signé avec le p’tit Bobby, voilà encore «I Found A True Love», en gage de qualité. Bien dur et chanté au petit popotin. Avec Pickett, le client n’est jamais déçu. Ils co-signent aussi «Let’s Get An Understanding», nouveau slab d’hot raw. L’autre co-auteur de choix est bien sûr Don Covay. Ils pondent ensemble l’infernal «I’m Gonna Cry», joliment soutenu par des blackettes délurées. Pickett boucle son bouclard avec «For Better Or Worse» qu’il chante à la pointe du progrès. Ah quelle glotte !

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             Reggie Young dit que le p’tit Bobby a déteint sur lui - Now I’m playing like Bobby Womack - Et quand il va aller jouer à Nashville, il continuera de jouer «that Womack style on country records, instead of the hillbilly stuff.» Puis le p’tit Bobby finit par en avoir marre des «poor conditions» dans lesquelles les musiciens de Pickett sont traités, même s’il roule dans la Cadillac de Pickett. Fletcher indique au passage que le p’tit Bobby a initié Pickett à la coke. Il se souvient de la première fois : «Man, he was dancng like James Brown, all over the place.» Mais en contrepartie, la coke n’a fait qu’aggraver les mauvais penchants de Wicked Pickett, notamment son penchant pour la violence domestique.

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             Malgré sa pochette un peu neuneu, l’Hey Jude paru en 1969 pourrait bien être l’un des meilleurs albums de Wilson Pickett. Il est de retour à Muscle Shoals et Rick Hall produit l’album. Le coup de génie est évidemment le morceau titre, où Pickett outrepasse McCartney, ce petit black originaire de l’Alabama make it better. Barry Beckett le soutient à l’orgue et les guitaristes s’en donnent à cœur joie, évidemment. Pickett sonne comme un damné de la terre, il sonne comme un brasero à deux pattes, c’est la pire partie de scream de l’histoire du rock. Toute l’A est une partie de plaisir, et ce dès «Save Me». Toute la bande est là : Roger Hawkins, David Hood, Jimmy Johnson, Duane Allman et les Sweet Inspirations. «Back In Your Arms» sonne comme l’«A Change Is Gonna Come» de Sam Cooke, Pickett le chante jusqu’à l’oss de l’ass. On passe au Stax Sound avec «Toe Hold», un hit signé Prophète Isaac et David Porter. Pickett en fait de la charpie, il est encore plus hot que Sam & Dave réunis, il chante à la glotte cramée. Don Covay signe «Night Owl», encore un cut hot as hell, fabuleux shake de scream bien secoué, c’mon in the morning, et David Hood dégringole ses gammes. Pickett boucle son balda avec «My Own Style Of Loving», un pur joyau de Southern Soul bourré de cuivres, de piano, d’orgue et de guitares. La B est un tout petit peu moins dense, heureusement. Pickett screame son ass off dans «A Man And A Half», signé George Jackson et joué à la clameur du Fame Sound. S’ensuit un groove typique de la Soul des seventies, co-signé avec Bobby Womack : «Sit Down And Talk This Over». Pickett y fait des étincelles. Tout y est : le son, la voix, la compo et le beat. Il fait aussi une cover brûlante de «Born To Be Wild». En fait, il fout le feu à tout ce qu’il touche. Il hurle tout ce qu’il peut hurler. Fletcher : «Hey Jude was the perfect Wilson Pickett album for early 1969.»

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             En 1970 paraît Right On. Une moitié des cuts est enregistrée à Muscle Shoals, et l’autre dans le nouveau fief d’Atlantic, le studio Criteria à Miami. Le coup de génie se trouve en B et s’appelle «It’s Still Good». Eddie Hinton le shake au Southern riff, ça screame et ça rue dans les brancards, de grosses nappes d’orgue viennent lécher les flancs du cut, c’est chargé d’électricité, still good I like it ! On trouve aussi en B un très belle cover d’«Hey Joe» très électrique et très screamée. Sur cet album, Wilson Pickett semble se battre pied à pied avec sa Soul, c’est en tous les cas l’image qu’inspire «Funky Way». Eddie Hinton fait des merveilles dans le «Groovy Little Woman» d’ouverture de balda. On retrouve Cissy Houston dans les chœurs. Wexler et Tom Dowd veillent au grain. L’autre hit du disk s’appelle «Sweet Inspiration». Joli raw de r’n’b d’époque, beau final sexuel avec des filles exubérantes. Back to Muscle Shoals avec «This Old Town». Sacré beau brin de Soul, solide et bien ficelé. Pickett fait aussi une version un peu heavy de «You Keep Me Hanging On». C’est du big business. Il nous fait aussi le coup de la ferveur spectaculaire du gospel batch dans «Lord Pity Us All» et il screame sa crème dans «Women Likes To Hear That».

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    Wilson Pickett + Jerry Wexler

             Mais on reproche  à l’homme qui a créé le modèle d’une authentique black Soul de mal tourner en reprenant de la white pop. Il est temps pour Wicked Pickett de se recentrer. Wexler louche sur Gamble & Huff à Philadelphie et leur envoie Archie Bell & The Drells, puis Dusty Springfield, puis les Sweet Inspirations. Non seulement Gamble & Huff supervisent tout, le studio, la section rythmique, l’enregistrement, mais ils supervisent aussi le sweetening, la production, et bien sûr les compos. Alors Wexler envoie Pickett chez ces surdoués. En prenant cette décision, Wexler prend aussi le risque d’adoucir sa panthère noire.

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             Paru aussi en 1970, In Philadephia est le huitième Pickett album sur Atlantic. Alors, attention, comme l’indique le titre de l’album, on change de son. Pickett passe à une Soul beaucoup plus sophistiquée. Ce sont aussi d’autres musiciens, ce qui n’empêche pas Pickett de faire son cirque habituel dans «Run Joey Run». Il sait se maintenir au sommet. On va droit sur «Bumble Bee», monté sur le bassmatic d’un nommé Ronnie Baker. Pas de meilleur rumbler que ce Bumble Bee. «Don’t Let The Green Grass Fool You» vaut pour de la belle Soul bien carbonisée. C’est en B que se joue le destin de l’album. Notamment avec «Get Me Back On Time Engine Number 9». Big Wicked beat, c’est le popotin de Philly avec un bassmatic extraordinairement luisant dans la matière du beat, le mec joue au takatak rebondi, et on a en plus une guitare une peu folle dans le fond du son, du scream et des nappes d’orgue. L’ensemble stupéfierait un régiment d’hussards. Pickett chante son «Days Go By» à s’en dilater la rate. Il brûle, brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé. Back to the big raw avec «International Playboy». Pickett ne mégote pas sur le raw, il est même l’incarnation du raw, le Soul screamer # 1, avec Bobby Womack, Al Green et James Brown.

             Mais il ne retournera pas à Philadelphie. Pickett : «Gamble and Huff, that’s two black Jews, man. They was good. But I was good too, you know, man. So if they’re gonna make some money, I’m gonna make some money too. Right? Okay?».

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             Pour son dernier album Atlantic, Don’t Knock My Love, Wilson Pickett pose en costard de dragueur accoudé au radiateur d’une Rolls. Il ne lésine pas sur les moyens. Mais quel album ! Et ce dès «Fire & Water», pur jus d’hot raw cuivré de frais et chanté à la Soul revue de rêve. Derrière Pickett, on retrouve Dennis Coffee (sic) et David Hood, plus les Memphis Horns. Cette fois, c’est Brad Shapiro qui produit. On entend Pickett passer un coup d’harp dans «A Mighty Long Way» et tout explose avec le morceau titre, une sorte de dancing raw. Pickett trace la voie du real jive de Muscle Shoals. Ce morceau titre en deux parties est monté sur le riff de basse de David Hood, et Shapiro orchestre à outrance. Quel beau brin d’hit ! La B est encore plus explosive. Pickett chante «Hot Love» au raw du dégueulis, il ne fait pas semblant, il rugit dans la chaleur de la nuit. Coff ramène sa wah dans «Not Enough Love To Satisfy». Que de son my son ! Encore plus raw, voici la reprise de «You Can’t Judge A Book By Its Cover». Rien de plus raw que ce raw. Pickett tortille sa braise, il reste fabuleusement intense. On s’installe dans les classiques avec «Mama Told Me Not To Come», tout est bon là-dessus, le bassmatic, les cuivres, Coff et les filles derrière. Là-bas dans le Deep South, le moindre cut s’ultra-chante à tire-larigot, c’est encore ce que montre «Woman Let Me Be Down Home». La panthère noire règne sans partage sur la Southern Soul. Fletcher : «Don’t Knock My Love was surely Wilson Pickett’s finest Atlantic LP. It was also to be the last.»

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    Signé : Cazengler, Piqué (des hanetons)

    Wilson Pickett. In The Midnight Hour. Atlantic 1965

    Wilson Pickett. The Exciting Wilson Pickett. Atlantic 1966

    Wilson Pickett. The Wicked Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. The Sound Of Wilson Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. I’m In Love. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. The Midnight Mover. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. Right On. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Hey Jude. Atlantic 1969

    Wilson Pickett. In Philadephia. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Don’t Knock My Love. Atlantic 1971

    Tony Fletcher. In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett. Oxford University Press 2017

     

     

    *

    Dans la terre, c’est quoi ce titre, une reprise du Voyage au centre de la Terre de ce très curieux Jules Verne, non  cette coulée de feu ne serait-ce pas plutôt Les Derniers jours de Pompéi du non moins étrange Edward Bulwer-Lytton… quoi qu’il en soit dès que je vois sur une pochette ce qui de près ou de loin ressemble à un édifice de la Grèce Ancienne ou de la Rome Antique, faut que j’aille voir de près, les anguilles ne remontent-elles pas les océans, les fleuves, les rivières et les torrents pour retrouver le lieu où elles ont été engendrées…

    WITHIN THE EARTH

    EARTHLORE

    ( Bandcamp / Août 2026)

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    La pochette est de Marcio Blasphemator, brésilien, si vous aimez l’esthétique   romantik dark metal, abstenez-vous de visionner son instagram, vous y passereiz des heures sans fin emplies de beauté cauchemardesque. Magnifique !

             Viennent de Boston, capitale du Massachusetts, une ville qui nous agrée puisque hantée par le souvenir de Lovecraft… se sont formés en 2017, ont sorti un EP  au beau nom Age of the Monolith en  2019 : Lars Nicewiez : bass  / Gabe Haydar : guitars / Drew Pelrine : guitars, vocals / Troy Welling : drums.

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    Within The Earth : des guitares oui, comme rouillées sous terre à la suite d’un séjour un peu trop prolongé, survient la batterie qui agit comme une main qui se pose sur le bras d’un malade pour le rassurer, pour réfréner les battements d’un cœur affolé, la voix glaireuse, même pas la force de growler avec ardeur, elle conte le récit d’une lente extraction, d’un chemin de taupe qui s’obstinerait vers la lumière, maintenant c’est la batterie qui s’affole, les guitares qui grincent plus fort, la basse qui le pousse vers haut, qui le tire en avant, lorsque le son baisse durant d’interminables secondes l’on se demande si l’être qui rampe pour monter plus haut est en train d’abdiquer ou s’il vient de comprendre qu’il a fait le plus dur du chemin, qu’il ne lui reste plus qu’à surmonter  quelques mètres d’ensevelissement… All : l’on s’attendait à des bouffées d’angoisse expirantes, mais non les cordes vous rassurent, la voix a pris de l’intensité, quant à ce qu’elle raconte, nous sommes en pleine confusion, tantôt en chemin vers les voûtes astrales, tantôt encore une forme humaine, maintenant elle a pris conscience d’elle-même, elle dit ‘’je’’, elle parle à la première personne, veut-elle nous signifier qu’elle est la personne première, le futur héros vainqueur, mais n’est-elle pas encore un pantin de glaise qui essaie de s’évader de son pétrin, qui dérape etglisse sur le rebord des entrailles terrestres, peut-être est-il les deux postulations à la fois, en même temps, celui qui est englouti et celui qui s’efforce d’échapper à l’étreinte mortelle de ce solo de guitare qui s’enroule autour de lui comme un serpent visqueux, maintenant l’idée clairvoyante s’insinue en lui, il est tout en même temps, l’être prisonnier d’un sombre passé et celui qui s’exhausse vers ce qu’il n’est pas encore mais dont il est certain de son advenue. Epitaph : instrumental, normal les morts et les mots ont disparu : de belles résonances, inutile d’être triste, ce qui est mort est mort, ainsi est réduit le passé des choses révolues, tout cet effort produit pour renaître à lui-même n’est plus de mise, l’histoire ancienne est abolie, il est vivant, il s’est arraché à l’étreinte de la terre qui voulait le garder pour elle seule dans sa gangue mortuaire… nous n’y pensons pas, n’étions nous pas morts avant notre naissance alors que nous gisions dans un néant informe, et maintenant ne sommes-nous pas créature conquérante à hauteur d’homme… Tempest Skies : hard is good, ici musique revigorante, faut un peu

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    d’ardeur pour prendre mesure d’un homme. Vocal hurlé, tempétuosité instrumentale, vous voulez savoir ce que c’est qu’un homme, alors ils vous racontent l’histoire d’Edward Dimond, vous ne le connaissez pas, normal c’est un ancien résident du Massachussetts, pas n’importe qui : un sorcier, tremblez il vivait dans un cimetière et se livrait à des pratiques douteuses, vous savez sous les épitaphes vous trouvez une pierre tombale et sous le granit un cadavre, réjouissez-vous Dimond ( mon Dieu comme ce nom sonne comme « démon » ), les soirs de tempêtes il s’adonnait à de terribles rituels, par lesquels, grâce auxquels, il ramenait les navires et leur équipage à l’abri d’un port salvateur. Blinding Star : sombres ondes musicale, l’on vous raconte la même histoire que celle des trois premiers morceaux, relents d’orgues, mais vue sous une autre facette, d’ailleurs la musique adopte une rythmique presque joyeuse et la voix s’élève pour vous rappeler que vous bâtissez votre personnalité en recueillant des évènements perdus dans la nuit des temps écoulés, comment cela se fait-il, transmissions orales et légendaires, toujours est-il que  vous savez ce que vous ignorez, l’étoile du savoir, sa lumière vous aveugle, vous ne la voyez pas, vous l’ignorez mais elle vous enseigne le début et la fin qui se résout en catastrophe pourquoi, comment, peut-être parce que tout fragment d’un cycle, parce qu’il s’inscrit dans le déroulement-même du cycle, porte en lui ce que l’on pourrait appeler l’ADN du cycle. Vous êtes la partie du Tout, mais le Tout lui-même n’est qu’une partie du Tout. Le son disparaît jusqu’à devenir un imperceptible bourdonnement d’abeille. Sont sympathiques, ils laissent à l’auditeur un peu de temps pour méditer… Siècles : tiens la guitare grinçonne un peu mais le rythme s’accélère et l’ambiance s’adoucit, normal, vous avez eu au morceau précédent l’exposé un tant soit peu philosophique du principe de l’écoulement des choses et de leur résurgence, voici  que de la théorie nous passons à la pratique, derrière nous gît le passé, les civilisations perdues, effacées, dont il ne subsiste que quelques ruines, oui des mondes d’humanités successives se sont  empilés les uns sur les autres, se sont engloutis, mais il existe encore des traces, des indices, des ruines – c’est exactement ce que nous décrit la pochette – presque tout a disparu, mais le souvenir s’est enkisté dans la mémoire des hommes, un peu comme les ruines d’Hiroshima se sont cristallisées dans l’explosion atomique, un jour tout de nous disparaît, mais quelque reste subsiste, une espèce de mémoire fantôme qui passe d’esprit en esprit comme un témoin invisible transmis de génération en génération… Au Printemps : guitare apaisante, chant pas tout à fait séraphique mais planant et rassurant, le titre est assez évocateur, le cycle de la nature, les atomes qui forment votre corps se dispersent, mais se réuniront plus tard, il est inutile d’avoir peur de mourir, ce n’est qu’une entrée en hibernation, la fleur qui naîtra de la graine au printemps prochain, ce n’est pas la même fleur, l’individu est perdu à tout jamais, mais celui, ou ceux qui le remplaceront, connaîtront un destin similaire… Le morceau se termine comme votre vie s’arrêtera. Mais si vous voulez assister à la prochaine germination il suffit de cliquer sur le premier morceau du disque. Acceptation panthéiste.

             Musicalement rien de nouveau sous le soleil. Ce n’est pas un album qui révolutionnera l’histoire du rock. Mais combien d’individus survivent dans la mémoire du monde... Ce qui est sûr, c’est que c’est très bien fait, plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord. Parfois, il est bon que l’on nous remette le nez dans le caca de notre impermanence.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Tiens des français, ben non certes la Meuse prend sa source en France, mais elle coule aussi en Belgique, j’ai une tendresse particulière pour ce fleuve, à peine si je l’ai entrevu un jour en la franchissant sur un pont, m’a paru un tantinet étroit, mais dès que j’entends le mot Meuse s’élèvent en moi les mots de Charles Péguy : Adieu Meuse Endormeuse… Sans le savoir je ne suis pas si loin de ce sur quoi je m’apprête à tomber, Meuse Music Records est un label Belge spécialisé dans le doom funeral, le genre de musique parfaite pour ceux qui rêvent de mettre fin à leurs jours en beauté. Bref j’épluche leur catalogue, je tique sur le titre d’un album, erreur c’est le nom du groupe, il faut que j’aille voir cela de près. Le premier titre que j’écoute me séduit, comme ils n’ont à ce jour produit qu’un EP et un seul album, je chronique l’intégralité.

    THE OLDEST GODS

    GRAVES FOR GODS

    (Sleeping Chuch Records / 2022)

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    Couve en blanc et noir. N’empêche qu’elle est très belle. N’ont pas pris de risque non plus : un arbre, un bel arbre, le tronc certes, en fait il y en a deux mais on a tendance à ne pas les voir tant le regard est happé par les ramures prises en contre-plongée. L’image est si prenante que l’on en vient à regretter la présence du nom du groupe dans le large coin droit inférieur. Pourtant l’arche de branches et de squelettes qui entoure le blaze aurait pu prendre toute la place sur la pochette, cet arc de triomphe et de mort aurait suffi à lui tout seul pour servir de logo à ce premier opus.

    Viennent d’Australie, d’Adélaïde, ville de plus d’un million d’habitants située tout en bas plein sud et presque à l’est.  Jak Shadows : voices of doom / Ryan Quarrington : drums / Matt Spencer : resonant strings.

    Firetop mountain : avez-vous déjà entendu un monstre gronder près de votre porte si sourdement que vous comprenez que le frêle rempart de bois qui vous sépare de lui ne le retiendra pas, vous n’êtes pas pressé, la musique lourde comme un iceberg non plus, vous vous inquiétez pour votre survie, arrêtez de nous embêter avec votre petite personne, ici l’on ne s’occupe pas des mortels aussi fragiles que des tranches de mortadelle, pourquoi ce grandiose silence et ses coups de batterie si lents, si lourds, sachez qu’ici vous n’existez pas encore, vous n’êtes pas dans le casting, d’ailleurs un seul nom sur la liste que la voix épelle tandis qu’une guitare frissonne, Anu le premier des Dieux celui qui sépara en une immense irruption, en une immense éruption, le monde d’avant qui n’existait pas, qui a déchiré le néant pour qu’il apparaisse en premier, lui Anu, le premier des Dieux, personne ne saurait écouter son histoire, nulle musique ne saurait l’accompagner, d’ailleurs à part un frémissement de guitare incertain et le pas de la batterie qui avance à regret, pourtant maintenant des dieux dansent dans le jardin paradisiaque, ils imitent Anu, ils créent à leur manière en mélangeant de la terre au sang issu du souffle d’Anu, ils sont en train de vous vous faire naître, de fabriquer l’Homme, car pour être seul le Dieu le plus puissant ne peut créer que la mort, sans laquelle l’immortalité d’Anu serait comme un concept invisible, une pensée sans mot, le destin d’Anu est terrible pour être immortel il doit créer la mort, elle est le signe qui permet de le reconnaître, de le supputer. Ne dites pas que vous n’avez jamais vu Anu, son immensité est sur la photo de la couve, les ramures innombrables des arbres sont à l’image d’Anu, une métaphore du réseau arachnéen  des étoiles sur la voûte du Ciel qui n’est que le reflet d’Anu, alors ne vous étonnez pas si ce morceau n’est guère bruyant, si son allure est celle d’un enterrement, écoutez l’insondable secret, pour que vous puissiez voir Anu, Anu a dû créer son contraire, sa négativité comme dirait Hegel, tout ce qui n’est pas lui : la mort.  Embalmed embrace : enfin du son, d’agréables cadences, que voulez-vous les Mésopotamiens ne connaissaient pas Wagner, z’étaient tout de même heureux sans avoir jamais entendu Le Crépuscule Des Dieux, pour une simple et bonne raison, quoi qu’il arrive, Anu vous a laissé quelques instants pour jouir des fruits de la Terre, mais que maintenant votre tour survient, si les Dieux sont porteurs de mort pourquoi les hommes ne le seraient-ils pas aussi, il est temps qu’ils rentrent sous la Terre pour saluer la Grande Dame, celle qui les retiendra prisonniers, elle ne leur fera pas l’amour, elle leur fera la mort, avez-vous remarqué que le riff se calme et se tait, un pas qui marche et c’est tout, les morts deviendront une matière uniforme dans laquelle ils perdront leur personnalité, leurmorphologie humaine, imaginez-vous sous la forme d’une pâte de dentifrice… même les Dieux meurent, peut-être parce qu’ils sont la mort, peut-être parce que tu es dans l’incapacité de les imaginer. Par contre pour rester dans la mort tu mangeras la poussière de la mort. The oldest gods : pas de panique l’Histoire n’est pas finie, pour la simple raison que la mort ne peut pas mourir, d’ailleurs pour qu’elle ne puisse pas mourir il faut que d’autres meurent, des hommes, quantités négligeables, et des Dieux, tous sont en quelque sorte les héros de l’histoire l’Humanité. L’éructation par lequel débute le morceau vous surprend, quelle énergie, quelle intensité dans le récit qui suit, normal c’est la revanche des animalcules humains sur les Dieux souverains, d’ailleurs l’amplitude phonique se calme et une voix énonce quelques vérités difficiles à entendre, les dieux se rebiffent et vous entendez leurs voix de stentors, car lorsque les hommes meurent, meurent avec eux les dieux qu’ils avaient dans leur tête, l’Histoire déroule ses fastes, ses victoires, ses défaites, les cités croulent si puissantes soient-elles, car un jour où l’autre tout un chacun doit passer à la trappe, tels sont pris qui croyaient prendre, à chacun son tour, comme toujours ! Même Dame Terre oublie qu’elle est une suprême déesse car en vous tuant elle se tue elle-même à petits feux, est-ce pour cela que le riff hausse sa stature, la revanche des petits contre les grands, les Dieux eux-mêmes sont mortels, le riff perd de sa puissance, il ne faut pas trop réfléchir à d’épineuses questions, du genre mais que font les Dieux quand ils sont morts, ne serait-ce pas pour eux le moyen d’acquérir une immortalité qu’ils n’ont de fait jamais perdue. Wake : quel tintamarre, au moins on ne sonne pas le glas, mais pourquoi ce vocal si puissant, il fait peur même si cette fois il nous entraîne dans une danse macabre, les temps sont venus de l’irrespect et de la vengeance, on ne danse pas la carmagnole sur les tombes des Dieux, car les Dieux sont morts, incroyable mais vrai, entre parenthèses notons tout de même que la mort des Dieux n’est pas la mort nietzschéenne de Dieu, mais en attendant la guitare ne se retient plus, elle se lance dans un petit solo, ne nous affolons pas non plus, réfléchissons, si les Dieux sont morts nous aussi ne sommes-nous pas morts, nous aussi ne sommes-nous pas immortels à notre manière certes, mais immortels tout de même, qui poussent ce grondement monstrueux, sont-ce les Dieux, sont-ce les hommes, en tout cas une chose est sûre, le ton a changé pas franchement joyeux mais tout de même revigorant, c’est qu’à force de se prendre la tête les hommes ont compris la nature de leur immortalité, aucune nécessité de la chercher hors de soi, dans les contrées lointaines du monde, si elle n’est pas si loin, c’est même pas qu’elle serait toute proche, mieux que cela, elle est en nous, elle a même un nom, nous sommes mortels mais notre âme, elle, est immortelle !

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             La partie (mortelle) s’achève sur un nul : 2 à 2. Les Dieux sont immortels et mortels, les hommes sont mortels et immortels. Les Dieux ont marqué en premier, mais les hommes ont remonté au score.

    L’on attend la revanche ! Elle ne saurait tarder !

    LAST LIGHT FADES

    GRAVES FOR GODS

    (Meuse Muic Records / 2026)

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             Au vu de la  pochette écarlate de Quand la lumière s’éteint l’on peut s’interroger s’il n’aurait pas été plus juste d’écrire quand la lumière s’est éteinte, car le spectacle de cette nonne qui s’est pendue en son lieu habituel  de dévotion semble marquer le dernier épisode du christianisme… Un peu kitch tout de même ce mauvais goût intentionnel.

             La couve est due à Greallach Art dont je vous conseille la visite de son Instagram. Il joue aussi dans Varw un groupe celtic dark australien  auteur de l’album : Wights of the Barrow Fume. (Spectres des tumulus fumant). A suivre.  

    Perpetua fell : (ne pas traduire : La chute perpétuelle ! Perpetua est une jeune chrétienne  qui fut martyrisée à Carthage en l’an de grâce (ou de disgrâce) 203 sous l’empereur Septime Sévère) : entrée triomphale, l’animal qui grogne c’est la Louve romaine, celle qui enfanta Romus et Romulus… en six minutes ce sont huit siècles de la Rome Antique que résume le groupe, même système phonique, lenteur du riff, voix semi-growlée, cette fois-ci la batterie est moins lourde et les guitares plus intenses, en quelques vers se déroule la conquête, l’Empire s’empare de la Méditerranée et semble invincible, les serres de l’Aigle sont impitoyables, la révolte ne viendra pas des provinces conquises mais de l’intérieur, le christianisme s’installe peu à peu, un siècle après la mort de Perpétue la nouvelle religion devient grâce à Constantin la religion officielle de l’Empire… ce morceau d’une facture un tantinet monotone est un peu comme l’exposé nécessaire pour comprendre ce qui s’est passé depuis la mort des Dieux mésopotamiens et  l’émergence de ce qui va devenir la religion chrétienne. The Dark Age : une espèce de trompe pour saluer les temps nouveaux, le diapason de l’optimisme ne tient pas ses promesses, les héritiers du Dieu d’amour censé guérir les âmes malades remplissent bien mal ses promesses, le chant n’annonce que deuils, violences, famines, épidémies, à l’Empire succède l’âge sombre, l’Eglise s’enrichit les pauvres s’appauvrissent, sur la fin du morceau le vocal est comme une morsure de fer, le dieu nouveau n’est guère différent de ses prédécesseurs, il n’y a que la musique qui s’éclaircit, les cordes qui fredonnent et festonnent, est-ce l’évocation de la joie des élites festoyeuses, l’égoïsme insouciant du clergé n’a cure de cette présence souterraine de la mort, le vocal a beau aboyer la caravane sacrale ne voit pas les morts qui surviennent… Unholly ghost : esprit impie : pratiquement un instrumental, nous ne sommes plus à l’extérieur du monde sanglant mais à l’intérieur qui sonne les matines de l’inconscience, bien sûr vous avez un grésillement désagréable mais le ton s’il n’est pas enjoué est satisfait, il y a plusieurs manières de mourir, dans la misère ou le fer, mais il en est une autre plus agréable, ce n’est pas le corps morcelé par la faim et la peur, mais l’esprit qui est pourri, la conscience qui s’aveugle, l’âme cette part d’immortalité humaine qui meurt de sa belle mort, qui réduit l’homme sa part maudite, à sa moitié désormais prépondérante et mortelle. Covered in blood : une note qui vient de loin, la catastrophe surgit impavide et lourde comme un catafalque, le riff accusateur  sonne le glas, non pas celui de la repentance, mais celui de  l’accusation, le vocal qui referme sa gueule sur toi, tel un chacal qui ne délaissera jamais l’os de ton âme qu’il ronge sans discontinuer… Vois tout le sang répandu, c’est ton œuvre, le monde est rouge d’hémoglobine, ton dieu n’est que le nom de ton crime, en le tuant tu t’es tué toi-même, la voix gronde comme l’orage intérieur qui agonise en toi, un seul avenir : la mort. Tu as brisé ton propre rêve et le rêve de ton dieu. Tu as fait très fort, deux morts d’un seul coup, le riff implacable t’accable, le grésillement du feu qui brûle ton âme est insupportable. Last night fades : une corde qui vibre sans fin, et qui n’en finit pas de te condamner et de te tuer, n’oublie pas que seule la mort est immortelle, tu t’es mis au service de ton Dieu, tu en as profité, tu as ripaillé, ton Dieu n’est qu’un Dieu de mort, comme les autres qui l’on précédé, mais lui joignait la fausse parole consolatrice à ses égarements, encore faut-il faire la différence entre ceux qui ont suivi par obéissance stupide et ceux qui n’ignoraient point le sens de leurs actes, la musique appuie comme un index sur le cœur que le doigt va percer, maintenant il faut payer les fausses promesses et le poids de tes fautes, le vocal ne chante plus, il écume de rage, l’on comprend le sens de la couve, comparez-la au disque précédent, les ramures symboliquement étoilées de la Divinité et cette mauvaise bonne soeur acculée au suicide. Ce n’est pas un crime, puisqu’elle est morte depuis longtemps, le christianisme a sécrété l’Eglise comme la plaie dégénère en chancre et celui-ci en pourriture…

             Les esprits mous n’accepteront pas ce verdict final auquel ils reprocheront d’être teinté de paganisme et d’antichristianisme. C’est oublier que la démarche de Graves For Gods s’inscrit dans la volition systématique  d’une condamnation de tous les Dieux, non pas seulement du Dieu chrétien. Que dans cet album l’on ne s’en prend pas uniquement au Dieu mais à ses sectateurs.  Il est vrai que les sectateurs des autres Dieux ne sont point évoqués avec une telle virulence. L’Histoire n’en a point retenu l’existence alors que le christianisme et ses églises sont encore présents et agissants dans nos sociétés. Exposés de plain-pied sous les feux de la critique. Le processus de déchristianisation des sociétés occidentales n’est pas encore parvenu à son terme, il est normal qu’il produise encore remous et controverses dans les deux camps…

             Un bel album, je préfère toutefois le premier davantage ramassé sur son impact musical.

             Question subsidiaire : est-on athée lorsque l’on s’attarde sur les Dieux ?

    Damie Chad ;

     

     

    *

             Je ne voudrais pas que l’on me prenne pour un râleur patenté, mais trop c’est trop. Ceux qui ont mis le contenu de cette boîte à livres en un tel fouillis devraient être fusillés sur le champ, sans jugement, sans pitié. Une pagaille innommable, un tel tohu-bohu que vous ne pouvez même pas en tirant de toutes vos forces dégager un seul volume, tellement ils sont imbriqués les uns dans les autres, impossible de l’extraire de cet immonde fatras. Quand je pense que Salman Ruhsdie, l’auteur des Versets Sataniques, rapporte qu’enfant il ne manquait pas par signe de respect d’embrasser la couverture d’un des livres de sa collection du Club des Cinq, lorsque par mégarde il l’avait laissé tomber sur le sol, j’ai l’impression de vivre parmi les barbares.

             Soyons juste, pour une fois ce ne sont pas les bouquins qui ont motivé ma saine colère. Non, ce sont ces trois centimètres carrés d’une couverture tout au fond du caisson qui ont attiré mon attention. Je ne voudrais pas ô lecteurs vous injurier mais je suis certain que si vos yeux s’étaient posés par hasard sur ces trois centimètres carrés de carton gris vous ne les auriez même pas remarqués. Moi mon cœur a tressailli. J’ai envie d’affirmer qu’avant même de les voir, je les avais déjà reconnus.

             Pour votre défense, je dois reconnaître que ce n’est pas tout-à-fait de votre faute. Car l’objet sur lequel ma prunelle s’est fixée n’est pas un livre. L’est vrai que l’on trouve de tout dans une boîte à livres. Ce matin même par exemple, trois volumineux sachets débordant de grosses pommes rouges appétissantes, je suis déjà tombé sur des pelotes de laine, des tasses à thé dépareillées, des jeux pour enfants, d’anciens téléphones, des lampes de chevet, des sandales et autres objets insolites…

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             Je ne vous fais pas attendre. Ce n’est pas un livre, c’est un disque. De Johnny Hallyday. Je l’ai reconnu. Non ce n’est pas une ou plusieurs lettres de son nom qui m’ont permis de savoir. Juste trois centimètres de papier gris. C’est un de ses anciens disques, un 45 tours, sorti en 1966, dessus un de mes titres favoris de Johnny, La Génération Perdue, texte de Long Chris, j’ai toujours été transporté par l’orchestration, ces coups de timbales wagnériennes… sur le coup j’ai décidé de le sortir de cet amoncellement titanesque sous lequel il repose. Je ne vous décris pas les épisodes de la longue extraction, par contre faut que je vous raconte les deux surprises, la première pas vraiment surprenante, la deuxième déstabilisante. Je précise : intellectuellement déstabilisante.

             J’ai longuement œuvré, dans ma tête j’imaginais être un archéologue mettant à jour une vieille mosaïque romaine. Cette idée ne m’est pas venue par hasard, vraisemblablement instillée dans mon esprit par la structure apparente de la trame de la photographie, une espèce de désintégration du portrait de l’Idole en pixels de mini cubes blancs et noirs, en parfaite adéquation avec la période troublée, tentative de suicide, que traversait Hallyday…

             Première surprise : ce n’est pas le 45 tours auquel j’avais pensé, ça y ressemble comme deux gouttes d’eau, pas encore totalement dégagé mais manifestement le format ne correspond pas, je n’ai même pas besoin de demander à mon cerveau de faire la conversion : me la propose de lui-même non plus le 45 mais le 33 tours. Même pochette, sorti lui aussi en 1966. Bizarre tout de même, l’est presque dégagé, ça me paraît plus épais que la pochette originale. Bingo, c’est une réédition !

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             Enfin la voici dans mes mains : La Génération Perdue  / Super Deluxe Editions / 2016. Manquent les deux CD et le DVD. Le premier CD est la copie conforme de l’album original, toutefois un petit plus, quatre morceaux donnent accès à leur reprise complète. Le deuxième CD propose quinze morceaux titrés Les singles 1966, notons que Les coups et Respect arborent la mention : reprise complète. Le DVD intitulé Je suis seul : est composé d’extraits de l’émission d’information Cinq Colonnes à la Une consacrée à Johnny. Le livret est à admirer : belles photos de Johnny, la plupart en noir et blanc. A lire aussi, le texte n’est pas exhaustif mais l’on note la participation de Long Chris.

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             Deuxième surprise : Je vous ai décrit l’objet succinctement en essayant d’être le plus objectif possible. J’aurais pu rédiger la même notule sur tous les exemplaires de cette réédition de Johnny, effectuée en l’honneur de l’album original, je rappelleparu en 1966 soit exactement cinquante ans après sa parution. Oui mais pas de l’exemplaire déniché dans cette sacrée boîte à livres. Non, collectionneurs, aucun autographe de Johnny, aucun paraphe de Long Chris, même pas une signature des musiciens : les fameux Blackburds.

             Vous avez aussi des pages de garde noire, intensely dark. Oui mais dans mon exemplaire, elles ne sont pas noires, elles sont en couleur. Ni rouge, ni bleue, ni verte, ni jaune. Elles sont recouvertes de photos. Ni de Johnny ni d’autres personnalités. De gens comme vous ou moi. De parfaits inconnus. Des photos de familles. Je mets un ‘’s’’ parce que j’ai l’impression que ce sont deux familles, j’imagine vraisemblablement rassemblées pour des fiançailles, un mariage ou un baptême. Ou simplement pour un bon restau. Attention l’on n’assiste à aucune cérémonie. Les gens sont bien habillés mais sans ostentation, sans tape-à-l’œil.

             Que font-elles en cet endroit incongru ? Les a-t-on oubliées ? S’en est-on débarrassé parce qu’elles évoquaient des souvenirs encombrants… Les a-t-on collées-là pour les dissimuler, les cacher, ou au contraire parce  qu’à l’époque Johnny représentait pour le propriétaire du disque des jours heureux… Elles ne m’appartenaient pas, je les ai décollées, elles s’enlevaient très facilement, aujourd’hui, voici quatre mois de cela, je ne sais plus ce que j’en ai fait, les ai-je mises à la poubelle, ou glissées dans une enveloppe et rangées dans un de ces cartons que l’on remise à  la cave en sachant pertinemment que  l’on ne les ouvrira jamais… Mon cerveau ne répond pas quand je lui pose la question.

             Entre ces inconnus et moi, Johnny a été un trait d’union. Je n’ai gardé que Johnny, le trait d’union qui ne relie plus personne.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Doit y avoir une soixantaine de 45 tours, dispatchés en trois cartons, vu l’état des pochettes, l’ensemble date des années soixante, je feuillette, pas grand-chose d’intéressant, mais je m’obstine. Tiens un Michel Paje, c’est assez rare, un chanteur yé-yé gentillet tombé dans l’oubli. (Pour rafraîchir vos mémoires au point mort nous citerons deux titres : Ton Cahier de Chansons et Les 12 /18).  L’a tout de même survécu, sous des noms d’emprunt, l’est devenu animateur de radio, de télé, l’a composé des musiques de film, s’est débrouillé pour ne  pas sombrer. Je tilte, sans Michel Paje je serais probablement sur un autre stand, oui mais par expérience, que voulez-vous fouiller dans de vieilles collections de disques s’apparente à des enquêtes sociologiques dont on tire des conclusions théoriques,  je sais que si vous trouvez un des microsillons de cet artiste dans un lot ciblé, vous n’êtes pas loin de l’époque 63 - 65, peu après l’éclosion du rock en France, l’on risque alors de tomber sur un ou deux pionniers du rock, acheté à l’époque non pas par un rocker pur et dur, mais par un amateur de variété qui s’en est procuré un ou deux, par curiosité peut-être, surtout pour ne pas passer pour un has-been dans les conversations de l’époque…

    Bingo ! dans le troisième carton Marie me sourit, pas la sainte Vierge, mieux que ça, Elvis and His Lasted Flame, pas vraiment le graal, toutefois mentalement j’accorde un bon point à son lointain possesseur, mais Elvis me sourit une deuxième fois, et ce coup-ci je frémis, la pochette a connu des jours meilleurs, elle est d’ailleurs collée tout au fond du carton servant en quelque sorte  de tapis aux autres disques qui essuient dessus sans vergogne les pieds de leur  tranche inférieure, zoui, mais le style de la pochette saute aux yeux, cela sent l’imitation des 45 tours français des pionniers du rock anglais et américains, impossible de s’y tromper.

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    Je retourne la pochette, sortie en septembre 1960. A la maison je vérifie sur Discogs, pas de chance : reprise de la première édition 1957 ! Pour les amateurs, pochette dite orange, la version jaune apparaîtra quelques mois plus tard.

    C’est le deuxième 45 tours issu en France de la série consacrée aux morceaux du premier film d’Elvis : Le Cavalier du Crépuscule, je préfère le titre français, le Love Me Tender original m’a toujours paru nunuche. Mais revenons aux titres de la galette : All Shook Up / That’s were where your heataches begin / Too Much / Playing For Keeps.  Je vous laisse les écouter, vous êtes assez grands, vous n’avez pas besoin de moi.

    Sont sur la pochette. Jusqu’ici rien d’original. Sauf que : sont inscrits dans de fins ‘’rectangles’’ blancs aux contours irréguliers. Elvis was a punk ! The first punk !

    Damie Chad.

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    La pochette américaine  du single All Shook Up / That’s were where your heataches begin est bien plus belle, le destin ne m’a fait part du  nom du maquettiste de la pochette française.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 746 : ROLLING STONES / LORD ROCHESTER / GLIMMER TWINS / MEATBODIES / RUFUS THOMAS / TWO RUNNER / OCTOPUS KRAFT / MÖBIUS

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 746

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    09 / 09 / 2026

     

     

    ROLLING STONES / LORD ROCHESTER

    GLIMMER TWINS / MEATBODIES

    RUFUS THOMAS / TWO RUNNER

    OCTOPUS KRAFT / MÖBIUS

     

     

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    Livraisons 318 – 729 sur :

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

     

     

    The One-offs - Stunning Stones

    (Part One)

     

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    Contexte : le Pig, un pub sur le front de mer à Hastings. Au-dessus de l’entrée, l’enseigne attire l’œil : un Pig (qu’on dirait dessiné par Gustave Doré, tellement il est expressif), rigole de bon cœur, histoire de nous mettre dans l’ambiance. Bienvenue in Wonderland ! On entre là-dedans comme dans un moulin : à gauche, l’immense bar file jusqu’au fond, et à droite se trouve une scène de taille moyenne. Décorée de bannières Beatwave, elle ressemble à un écrin. Si on suit le bar jusqu’au bout, on tombe sur une autre salle où se tient le petit market underground : on y vend quelques fringues et des vinyles. Oh, il y a un stand Spinout Nuggets ! On sent que le Pig est gorgé d’histoire, de cette histoire qui nous intéresse au plus haut point : on se trouve dans l’un de ces rock spots dont l’Angleterre a le secret. On eut exactement le même sentiment lorsqu’on est entré pour la première fois au Marquee Club, sur Wardour Street, en 1970. C’est là que ça se passe. Tu le sens dans tes doigts de pieds. C’est une sensation énorme qui remonte par les jambes du pantalon.

    Michel Butor appelait ça «le génie du lieu». L’idéal est de voir Pink Fairies au Marquee Club, et Wild Billy Childish au Pig. L’expression «concert de rock» prend alors tout son sens. L’équation repose sur trois variables : la qualité du groupe, la qualité du public et la qualité du lieu. S’il manque l’une des trois variables, on ressent une sorte de frustration.

    Et pour couronner le tout, au Pig, t’as zéro fucking smartphone au premier rang. Juste un ou deux photographes rock à l’anglaise, comme par exemple Jeff Pitcher, un sosie de Kris Needs dont Philippe a brossé le portrait pour Persona.

    Chaque année, une petite asso garage nommée Fratcave organise sur deux jours le Beatwave, un festival beat-garage, avec à l’affiche une douzaine de groupes répartis sur les deux jours. C’est une programmation de spécialistes, donc une prog de rêve. Et cette prog de rêve attire un public de gens avertis. T’auras jamais ça en France : on est en Angleterre, tout est vraiment trié le volet.

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    Entre chaque groupe, place aux DJs. On a déjà la densité des groupes, alors vient se rajouter celle des DJs. Ils alimentent la tension. Comme toujours, on ne reconnaît qu’un cut sur dix, mais c’est pas grave. Les DJs Sets font bien le lien entre les groupes. Et soudain, t’as le «Carol» des Stones qui vient absolument tout balayer. Mais tout ! Est-ce l’effet du contexte ? Ou les verres que t’as dans le pif ? Non, c’est tout bêtement la niaque des Rolling Stones de Brian Jones, proto-punks parmi les proto-punks. Absolute beginners. Early ramdam. Dépotage en trombe. On oublie à quel point les Stones étaient violents à leurs débuts, alors «Carol» tombe à pic pour réactualiser tout ça, c’est une véritable machine à remonter le temps, te voilà revenu en 1965, quand la radio vomissait cette dégelée de clap-hands ultra-saccadées, ce wild beat serré de Charlie Watts. Le Jag qu’on déteste chante comme un voyou et ça te parle - Oh Carol/ Don’t let him steal your heart away/ I’m going to learn to dance/ If it takes me all night’n’day - C’est fabuleusement sec et haché, ça transperce la moiteur du Pig, ça te renvoie au point de départ, à la cavalcade ahurissante, à la cohésion de ces cinq kids anglais qui rendaient hommage à leur idole Chucky Chuckah. Et t’as les impeccables passades de Keef, zéro m’as-tu-vu, il reste dans l’esprit proto, et diable comme ça joue, comme c’est sec et net, comme ces clap-hands résonnent dans l’écho du temps !

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    Alors bien sûr, on trouve «Carol» sur le premier album sans titre des Rolling Stones, paru en 1964. Mais pas question de réécouter ça sur l’album. On rapatrie l’EP vite fait. Il y a déjà pas mal d’EPs des Stones ici, mais pas celui-ci. Sans doute parce qu’on snobbait «Carol» et toutes les covers de Chucky Chukah. Les Stones ont un peu trop abusé, un plus tard, avec «Little Queenie»,  «Sweet Little Sixteen», et tous ces machins-là, alors ça devenait un peu pénible. Mais comme toujours avec les Stones, il faut revenir aux sources, et les sources c’est le proto-punk sévèrement secoué de «Carol». Soixante ans après, «Carol»n’a rien perdu de sa niaque fondamentale. Tu lances le 45 sur la platine et tu fermes les yeux pour te retrouver au Pig, entre deux groupes de rêve. Tu fermes les yeux et tu te retrouves dans la cuisine à Caen, au pied du frigo au-dessus duquel trônait le gros poste de radio jaune et «Carol» se frayait un chemin à la serpe entre le «Boom Boom» d’Hooky et le «See See Rider» d’Eric Burdon & The Animals, ça tourbillonnait tout autour et à l’époque tu ne savais pas encore que tous ces tubes allaient te rendre dingue et fier d’être dingue.

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    Signé : Cazengler, Rolling scum

    Rolling Stones. Carol/I’m A King Bee/Walking The Dog/Can I Get A Witness. Decca 1964

    Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 17 & 18 juillet 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - My sweet Lord

     (Part Three)

    L’avenir du rock s’essuie les yeux. Il se redresse. Tiens, tiens, se dit-il, où suis-je donc ? Sur une pelouse ? Au beau milieu d’un parc ? Il ne se souvient pas de s’être endormi dans un parc. Il trouve ça bizarre. D’autant plus bizarre que l’herbe et les arbres environnants sont dans des niveaux de gris, comme sur une photo en noir et blanc. Le ciel est gris lui aussi. S’il pousse le délire de son étonnement un peu plus loin, il va sûrement constater que le temps s’est arrêté. Il dresse l’oreille. Le silence lui paraît encore plus bizarre. Pas d’oiseaux ? Il se pince pour vérifier qu’il ne rêve pas. Il insiste, car il sait qu’on se pince aussi dans les rêves. Bon, admettons que ce soit la réalité. Après tout, elle n’est pas si déplaisante. Il y a pire. Tiens, un nain de jardin ! Il ne l’avait pas encore remarqué. C’est un gros nain de jardin qui se prélasse voluptueusement. Serait-ce le paradis des hédonistes ? Il tourne la tête et en voit un autre lui aussi étalé comme s’il goûtait aux voluptés d’un paradis artificiel. L’avenir du rock se demande tout à coup s’il n’est pas arrivé tout simplement au paradis.

    — Aurais-je cassé ma pipe en bois sans m’en apercevoir ?

    C’est une hypothèse comme une autre. Mais elle ne tient pas la route, car il sent son cœur battre. Il tourne la tête, et oh ! Un troisième nain de jardin ! Ça alors ! Et quand il tourne la tête de l’autre côté, il en découvre un quatrième. L’incongruité de leur compagnie le rassure. Il se lève et en se retournant, il découvre la présence d’un homme assis sur une chaise. Ce n’est pas un nain de jardin. L’homme porte la barbe, les cheveux longs, un chapeau, une vareuse et des bottes de jardinier. Il gratte une gratte et commence à psalmodier :

    — My sweet Lord/ Humm, my Lord/ I really want to see you...

    L’avenir du rock s’interloque ! Il n’en croit pas ses yeux :

    — Mais vous êtes George Harrison !

    — Really want to see you, lord/ But it takes so long/ My lord...

    Vexé que George le snobbe, l’avenir du rock lâche d’un ton aigre :

    — Pfffff !  My  Sweet  Lord mon cul ! Feriez mieux d’écouter My Sweet Lord Rochester !

     

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    Beatwave 2026. Seule l’affiche du samedi est en ligne. Rien sur le vendredi. On arrive au Pig et on nous annonce deux «mysterious bands». Bon d’accord. Le premier «mysterious band» sera Lord Rochester. Pas mal. Le deuxième sera Wild Billy Childish. Woah ! Que peux-tu dire d’autre que woah ! Alors woah ! Et même woah woah ! C’est une soirée Medway. Russ Wilkins et Big Billy naviguaient ensemble dans les Milkshakes. Ne manquent ce soir que les Masonics, avec Mickey Hampshire et Bruce Brand, les troisième & quatrième larrons des Milkshakes. Tous ces mecs géniaux sont encore là, sur cette terre, avec nous, c’est vertigineux d’y penser !

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    Pas de nouvel album des mighty Lord Rochester. Juste un set sec et net. Une seule variante dans la formule : c’est Lois Tozer qui bat le beurre derrière Russ Wilkins et sa moitié Saskia Hollins. Elle gratte une belle basse Dan Electro, et Russ gratte sa red rectangular Bo Diddley guitar. Il porte, comme son idole, le blazer tartan rouge et le nœud pap. T’as sous les yeux ce qui se fait de mieux en Angleterre : un trio de vétérans de toutes les guerres, mais bon esprit. Ils ne vivent que pour rocker le boat, et croyez-le bien, les amis, ça tangue au Cap Horn, car Russ n’est pas un demi-sel, il n’y a que lui pour riff-raffer comme ça, il fouette cocher en permanence et tu te demandes comment il fait pour sonner aussi merveilleusement bien, ses rythmiques prennent feu, et il se paye le luxe d’une petite incursion intestine de temps à autre. C’est la deuxième fois que tu le vois et t’en reviens toujours pas de voir un mec gratter ses poux avec une telle

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    intensité. C’est un furibard ! T’en perds pas une miette. Et derrière, t’as la meilleure batteuse d’Angleterre, on avait vu Lois Tozer l’an passé battre tous les records de longévité et de célérité avec les Embrooks, et là, elle récidive, avec un à-propos qui n’en finit plus de t’en boucher des coins. Elle est tout simplement admirable de power et de présence. Elle bat un beurre hors du commun, hors du temps, presque hors du rock. Il faut souhaiter à tout le monde, même à son pire ennemi, de voir ça un jour. Et l’œil rivé sur l’horizon, tel un Achab rock, Russ the Boss garde le cap vers l’avenir du rock. Il n’existe sur cette terre qu’une poignée de frontmen de cet acabit. Russ the Boss reste classique dans ses choix, mais son talent n’est pas classique du tout. Ce mec a du génie, et ça on le sait depuis les Mindreaders et le Len Bright Combo. On a déjà exploré son parcours en détail sur ce bloggy-blogah, mais en le voyant sur scène, en chair et en os, t’as l’impression de tout reprendre à zéro. T’as l’impression de découvrir un continent.

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    À sa façon, il ouvre un nouveau chapitre, non pas qu’il réinvente le rock, mais il lui donne une sorte de nouvelle jeunesse. Et t’as vraiment zéro frime. Ce power semble complètement naturel chez lui. Il a l’air d’avoir le groupe idéal, les cuts idéaux et bien sûr, comme à Montreuil, il boucle son set avec l’hommage suprême à Bo Diddley, qu’on reprend tous en chœur, «Hey Bo Diddley», et il te gratte ça avec une niaque infernale. T’es au paradis. T’es pas loin de penser que tu passes au Pig la meilleure soirée de ta vie. Tout palpite, ici, tous dégouline de génie rock et de perfection. Tu te dis, en rigolant, que Big Billy a intérêt à être bon pour monter sur scène après un géant comme Russ Wilkins. On en reparle la semaine prochaine.

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    Signé : Cazengler, Lord Terre-à-terre

    Lord Rochester. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 17 juillet 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - Glimmer twins

     (Part Two)

    Lorsqu’il en a marre de penser à rien, l’avenir du rock se pose la question : que pourrais-je bien faire ? Rêver ? Mais à quoi peut-on rêver quand on erre dans le désert ? Ah c’est compliqué ! L’avenir du rock essaye d’ajuster son idée de rêve au contexte. Il veille à ne pas rêver à des choses incompatibles avec le néant. Le plus simple serait de rêver à un plan pépère, comme par exemple une conversation avec Jacques Sans-Sel. Quelle bonne idée de rêve ! Il n’a aucun effort à fournir, c’est le vieux Jacques qui pose les questions et l’avenir du rock répond. Allez hop, c’est parti ! Soudain, il s’aperçoit que ça coince. Fuck ! Il faut trouver une question ! Alors il se hâte d’imaginer le regard clair et bienveillant de Jacques Sans-Sel, ah ça y est, il le voit ! Alors il imite sa voix chaude :

    — On sait votre passion hugolienne pour la mer, avenir du rock...

    Épaté par cet auto-prodige anamorphique, l’avenir du rock s’octroie quelques secondes de silence avant de retrouver sa voix pour déclarer :

    — Oui, la mer/ Qu’on voit danser le long des golfes clairs/ A des reflets d’argent/ La mer.

    Dans un état second, il reprend la voix chaude de Jacques Sans-Sel :

    — Hugolien, avenir du rock, mais aussi et surtout Hemingwayien, car votre silhouette décatie évoque celle du Vieil Homme...

    Tremblant de frénésie intellectuelle, l’avenir du rock reprend sa voix de crécelle :

    — Ah vous m’en direz tant, le Vieil Homme et l’amertume !

    Troublé par la facilité avec laquelle il réalise son rêve, l’avenir du rock ne prend même plus le temps de réfléchir. Il lance d’une voix blanche :

    — Il semble que vous rêviez d’eau, avenir du rock, de beaucoup d’eau. Au fond de vous-même, ne rêvez-vous pas de plonger dans la Mer Rouge avec les pêcheurs de perles d’Henry de Monfreid ?

    L’avenir du rock pose la main sur son cœur et face au vide qui s’étend à l’infini, il répond ceci :

    — Mieux que ça, mon cher Sans-Shel, mieux que ça ! Voyez-vous, je rêve de Glimmer rouge !

     

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    Très exactement un an après un premier set prometteur, les New-yorkais de Glimmer reviennent à Rouen rocker la cave. Et quand ces mecs-là rockent, ils rockent ! Ils font partie des veinards qui savent allier power et qualité des compos, alors ça te parle.

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    T’en prends plein la barbe. Ils bâtissent chaque cut comme on bâtit une Tour de Babel, ils posent d’abord les fondations puis ils élèvent des layers de poux jusqu’à la voûte pas si céleste, puisqu’il s’agit d’une cave, disons que leur Tour de Babel crève le plafond, comme un gros tire-bouchon. Ils disposent de ce genre de puissance. T’as Jeff Moore à la barre, sa voix est couverte, mais c’est pas grave, c’est l’intention qui compte. Il monte chacun de ses cuts en neige et privilégie chaque fois l’aspect mélodique, il flirte avec les Mary Chain et les autres tenants de l’aboutissant. Derrière Jeff, son cousin Jaye bat un bon beurre du diable. Comme la plupart des batteurs américains, il passe en force, à la manière d’une formidable locomotive. C’est un bonheur que de voir ces quatre mecs à l’œuvre. On les qualifie de shoegaze, mais c’est une erreur, car les Glimmer sont beaucoup trop new-yorkais pour sonner comme des Anglais. Pire encore : au fil du temps, la shoegaze est devenue une insulte. Si tu traites un groupe de shoegaze, c’est pas terrible. Glimmer est à l’opposé de cette caricature : ils ont les compos, alors que Slowdive et les bloody Bloody n’ont jamais eu de compos.

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    Des compos que tu retrouves sur leur album, Get Weak. Un album qu’il fallait réserver, car ils étaient en fin de tournée et Jeff Moore t’a dit : «One left». Ouf ! Oui ouf, parce que si tu ne le chopes pas au merch, c’est la croix et la bannière pour le rapatrier. Et c’est pas le même prix. On veut ben être gentil, mais mettre un billet de cinquante dans l’album d’un groupe underground, c’est un peu too much. Au merch, c’est vingt. Faut faire gaffe à tout ça.

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    Tu retrouves toute l’épaisseur du set sur l’album, dès «When Everything Was Spring» qui sonne comme un hit, chargé de tout le poids mélodique du monde. Ils déversent leur mélasse ultraïque bien chargée de barda et bien saturée. Ils jouent «Dissolve» sur scène : plus soutenu, presque joyeux, secoué de regains de vie, d’une plénitude effarante. Il faut prendre ces mecs-là très au sérieux. Ils bardent leur son de nappes létales. Tu retrouves aussi les belles envolées de «Sorrow Again». Pas de problème, ça reste fondamental, et t’as le fantastique élan de sorrow... again. En B, ils allument leur «Follow» aux chœurs brûlants. C’est posé à plat et ça présage de drôles de lendemains. Tiens, justement, une voilà un : «Slow Saturday», une vraie dégelée ! Sur scène, ça tombe du ciel, et sur l’album, c’est encore pire ! Quelle gigantesque ouverture mélodique ! Il faut le voir, le p’tit Moore, claquer son slow... saturday. C’est glorieux, digne des Pixies et de Swervedriver. «Bloom» sonne encore comme un hit. Voilà leur Beautiful Song, dotée d’une phase mélodique extrêmement pure. Grosse attaque en règle pour «Been Down». On sent le poids d’une armée de l’Antiquité. Quel power ! Ça part en biais, avec une dimension de la taille d’un horizon, et t’as un spectaculaire chassé-croisé d’interspaces et d’innerpaces, soutenu par l’invraisemblable dynamique du beurre.

    Signé : Cazengler, Glimmer à boire

    Glimmer. Le Trois Pièces. Rouen (76). 22 juillet 2026

    Glimmer. Get Weak. Abandon Everything Records 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    L’avenir du rock

     - Meet the Meatbodies

    Bernard Pavot adore prendre des risques. Il consacre ce nouveau numéro d’Apostroumph à l’androgynie intellectuelle, et pour éclairer la lanterne de la France profonde, il reçoit deux invités, le Professor Tournesol de la chaire de Tintinologie de Moulinsart, et l’avenir du rock, qu’on ne présente plus. Bernard Pavot bourre sa pipe, craque une allumette, tire une longue bouffée et se tourne vers le Professor Tournesol :

    — Peut-on affirmer, Professor, que les dieux se livrèrent au cannibalisme en dévorant Pélops, fils de Tantale ?

    — Non, pas du tout : Pénélope n’est pas née dans le Cantal !

    Bernard Pavot hausse les épaules, tire une bouffée de consolation et se tourne vers l’avenir du rock :

    — En tant qu’Évhémériste patenté, corroborez-vous cette hypothèse, avenir du rock ?

    — Y sent bon ton tabac, mon Nanard... Fais goûter pour voir...

    Bernard Pavot tend sa pipe à l’avenir du rock qui l’embouche goulûment. Il tire une énorme bouffée qui fait rougeoyer le fourneau, il inhale longuement et la couleur de son visage passe du rose au bleu. Oummmphhhh...

    — Wouahhhhhhhhhhhhhhhh ! C’est du strong ! File-moi le 06 de ton dealer, mon Nanard !

    — On verra ça hors antenne, avenir du rock. Je vous repose la question : croyez-vous que les dieux aient pu dévorer Pélops, fils de Tantale, comme l’affirme le mythe ?

    — Wouahhhhhhhhh, attends une seconde, mon Nanard, pour l’instant j’vois que dalle, à part trente-six chandelles vertes...

    En désespoir de cause, Bernard Pavot se tourne vers le Professor :

    — Une autre théorie affirme qu’en réalité Poséidon aurait enlevé Pélops dont il était tombé amoureux...

    — Non, Kellogg’s et Amora ne vont pas de pair. On ne met pas de moutarde dans les céréales, nom d’un Sceptre d’Ottokar !

    — Et vous avenir du rock, concevez-vous qu’on puisse dévorer le corps du mythe ?

    — Chais pas, mon Nanard, mais si tu veux qu’on cause de viande, j’veux bien te parler des Meatbodies...

     

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    Attention ! Avec le Meatbodies des Meatbodies, on est sur In The Red. Fin de la rigolade. Boom dès «Disorder». T’es vite débordé par le raunch. Ça gratte des poux

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    sauvages, ça claque du beignet, prépare tes superlatifs et charge tes bouches à feu, moussaillon ! Ces démons s’amusent à claquer leurs cuts au sommet du lard. Et t’as un «Him» soutenu au chorus de poux aventureux. T’es en extase devant le charme indicible d’«Him». Ils passent en mode wild-as-fuck avec un «Gold» pris dans la course. Quelle vélocité ! T’as une belle intro têtue comme une bourrique sur «Wahoo», puis ils passent en mode heavy riff-raff avec «Two», un cut qui resplendit de toutes ses dégoulinades seventies, et ça débouche sur un fantastique final tiré au cordeau killer solo. Un petit dernier pour la route ? Alors voilà «Off», l’un des pires blasts de l’univers, zébré d’éclairs fulgurants.

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    Et t’as ce groupe qui vient jouer en ville ? Tu te pinces. Non, c’est pas un rêve ! La tête pensante et barbue des Meatbodies s’appelle Chad Ubovich. Il fait partie de la bande à Ty Segall, puisqu’on le retrouve dans Fuzz. Il trimballe un vrai look hippie, avec une vieille gratte et un jean avec des trous aux genoux. Derrière lui, Dylan Fujioka bat un beurre solide et chinetoque à la fois, et de l’autre côté, on a un petit chicano qui bassmatique comme un beau diable. Le set va toutefois te laisser sur ta faim. Ils tirent

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    leur énergie des cuts du premier album, comme «Disorder», «Mountain» et «Off» qui sonnent comme des blasts intemporels, ceux qu’on préfère. Mais au fond, le blast n’intéresse pas trop le Chad. Il préfère aller expérimenter ses idées avec des cuts plus ambitieux et nettement moins In The Red, comme tu vas pouvoir les découvrir sur le deuxième album, Alice, qui est un brin ennuyeux. Et donc, tu bâilles aux corneilles. Heureusement, ils ne jouent pas trop longtemps, et tu files te remonter le moral au bar avec une pinte.

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    On ramasse l’Alice au merch et on écoute ça dès le lendemain, histoire de vérifier que ce léger sentiment d’ennui n’était pas une vue de l’esprit. Le Chad plonge son «Kings» dans la friteuse, et on sent poindre un petit côté aventureux, mais rien de sérieux. Le

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    Chad fait l’Anglais avec le morceau titre. On dirait les Beatles ! C’est assez bluffant, pour ne pas dire déroutant. Il reste dans le fake English avec «Creature Feature», avec une petite voix de Bloomsbury. Il adore l’anglicisme. Il reste dans son monde. C’est à toi de faire l’effort de monter à bord. Mais tu t’ennuies un peu, comme pendant le concert. Ils revient à sa chère heavyness avec «Touchless». Dès qu’il gratte de l’heavyness, ça redevient intéressant, comme sur scène. Belle envolée de modernité. Il reste dans le Sabbath à l’américaine avec «Haunted History». Il s’éloigne du garage. On retrouve aussi le «Gyre» de fin de set, mais c’est trop ambitieux.

    Au merch, on louche quelques secondes sur le troisième album, qui est un double, mais on recule, horrifié par l’étiquette de prix : 40 euros ! Faut arrêter les conneries.

    Signé : Cazengler, Mite body

    Meatbodies. Le Fury Défendu. Rouen (76). 8 août 2026

    Meatbodies. Meatbodies. In The Red Recordings 2014

    Meatbodies. Alice. In The Red Recordings 2017

     

     

    Wizards & True Stars

    - Le ruckus de Rufus

    (Part Two)

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    Rufus n’est plus sur Stax quand il enregistre If There Were No Music pour la bonne et simple raison que Stax a disparu en 1977, mais Rufus stompe sa Soul comme aux beaux jours de Stax, c’est en tous les cas ce que révèle «Who’s Making Love To Your Old Lady». Rufus shake admirablement le chien de sa chienne. «Don’t Let Hate Tear The Whole World Down» vaut pour un solide shout de pop Soul seventies hanté par des chœurs de louves. Quel bel album ! Rufus rallume tous les vieux brasiers. Et ça

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    explose avec «Hot Grits» - What you say ?/ I said funky hot grits ! - Back to the big bad Rufus, il fait son comedy act comme au temps du tap dance. Et quelle voix ! Il le dit lui-même : «No microphone, you really had to have some kind of voice.» Il tape l’«I Got To Be Myself» au pur jus de funk seventies. Il shake comme à l’âge d’or, avec peut-être même plus de niaque viscérale. Il faut l’entendre scander be yourself ! C’est là sur cet album qu’on trouve aussi le fameux «Blues In The Basement» - Back to the old basement blues/ Where the sun don’t ever shine - Personne ne vient le voir, et il lance - Blues in the basement/ Me & all these rats - Il termine cet album surprenant avec «Little Joint Around The Corner» qu’il chante au rentre-dedans, avec tout le black Cadillac du Black Power. C’est le pulsatif de base de l’urban négritude, hey hey. On croit entendre James Brown, c’est dire si c’est bon.

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    Le Rufus Thomas paru en 1983 est une sorte de compile. Rufus y reprend tous ses vieux coucous, «Push & Pull», «Do The Funky Chicken», «Walking The Dog», «The Breakdown», juste pour montrer qu’il peut encore rocker la Soul hard enough. Une nouvelle équipe l’accompagne et un certain John Smarr gratte du funk derrière. Cet album compte parmi les plus solides de sa carrière. Il fait une version bien raunchy de «Mustang Sally». Il joue la carte de l’imparabilité des choses et chante comme un boss. Il reprend les commandes du Memphis Sound.

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    Comme on le voit sur la pochette de That Woman Is Poison, the world’s oldest teenager a pris un sacré coup de vieux. Il a 71 ans et enregistre depuis 40 ans. Il enregistre cet album à Chicago et passe au groove de Soul. Il reprend son vieux «Blues In The Basement» et reste dans le blues en B pour «Somebody’s Got To Go» - He walks a fine line between sophistication and blues grit - Il fait sa bonne action de blues d’Alligator et du coup, il sort un son passe-partout qui emporte tout espoir d’un jour meilleur. Tout est très cousu de fil blanc sur cet album. Dommage, car la pochette est une merveille. Rufus y porte une cape jaune.

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    Quand paraît Timeless Funk en 1992. Rufus est déjà un vieux bonhomme. Il a 73 ans. Il fait encore le pitre sur la pochette. Il reste sur les acquis avec un version de «Walking The Dog» très hip hop. Il a raison, il faut évoluer. Il fait comme RL Burnside, il évolue violemment. Côté son, c’est une petite merveille. Rufus ballade l’audimat quand il veut, comme il veut. Derrière lui, les mecs amènent du gratté de sampler et du big heavy sound. Il fait une version de rêve de son vieux «Walking The Dog». Il continue d’aller à fond dans le trip hip hop avec «Walk Back Baby». Il a décidé de passer au beat urbain d’énergie africaine et c’est très intéressant. Cot cot cot codek, le «Funky Chicken» est de retour sur fond d’electro-beat noyé d’orgue. Effarante énergie ! Pépère est dépassé, alors il secoure la tête et se met à danser. Il soigne sa réputation de plus vieux teenager du monde. C’est hot comme ce n’est pas permis. Il ramène toute l’énergie fondamentale de l’electro Chicken. C’est supérieur à tout, Rufus explose la pauvre modernité, il insulte même l’intimité de cette modernité qui ahane sur la rive du temps. Ah ah ah, Rufus enfile la modernité quand il veut, matin, midi et soir, Rufus est un immortel. Belle leçon de Rufus motion, en tous les cas. Autant aller s’abreuver à la source. Il tape ensuite un «Push And Pull» à l’Africaine, la pureté du beat prend la tête. On est sommet du lard fumanr. Rien d’aussi déterminant que ce Git on up ! Tout le funk de Rufus se rassemble dans «Breakdown». Il mène joliment sa barque, comme il l’a toujours fait, mais là c’est plus impérieux, c’mon, breakdown from me/ Breakdown from you. Rufus est un saint, comme le Prophète Isaac. Sa musique est un don du ciel. Il n’a qu’un seul but dans la vie : l’entertainment.

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    Comme l’indique le titre de Blues Thang paru en 1996, Rufus chante le blues. Il chante l’heavy blues franco de port, mais c’est sans surprise. Tout est très prévisible sur cet album. Il sort sa voix de vieux croco pour «Mom’s Apple Pie» et rend un bel hommage à Jimmy Reed avec «Oh Baby You Don’t Have To Go». Le voilà sur les traces de Jerry Lee avec «Don’t Put No Headstone On My Grave». Pas si simple, niggah - Tell my mother not to cry - Rufus n’est pas aussi bon que Jerry Lee, sur ce coup-là. Il se rattrape avec l’heavy romp de «Last Clean Shirt». Plus loin, il débite du boogie au kilomètre avec «The World Is Round». Ne comptez pas sur lui pour les grosses compos, ce n’est pas sa came. Il préfère le boogie blues de «Miss Bunny». Il adore ça. Il lime le boogie en long en large et en travers. Le vieux est toujours vert. Les envolées sont superbes. Il fait aussi du groove d’off, c’est-à-dire qu’il laisse le groove se débrouiller seul, comme c’est le cas avec «I Can Do Bad By Myself». Il profite de «Strollin’ Beale No 2» pour ramener ses souvenirs de vétéran de toutes les guerres. Il a connu Beale Street au temps du Beale qui fascinait tant Sam Phillips. Finalement l’heavy blues de «Walking In The Rain» est parfait pour un shouter comme Rufus. My baby’s gone with another man/ Oh honey wash my blues away. Just perfect. Merci Monsieur Thomas.

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    Swing Out With Rufus Thomas est le dernier album de Rufus. Quelques cuts sont enregistrés chez Hi avec Willie Mitchell à la fin des seventies, et apparemment, Rufus et Willie ont eu une belle prise de bec. Sur un blues («Just Because I Leave»), Willie Mitchell lui explique comment on chante le blues, et Rufus le prend mal : «Man, you can’t tell me anything about singing blues. I got gold records on my wall.» Et Willie Mitchell lui rétorque : «I got gold records too!» Bobby Manuel qui relate l’anecdote conclut : «That was it, man. two bulls in a china shop. Rufus went and took his tapes.» Cet album couronne une carrière exceptionnelle. Dès l’heavy very-heavy shoot de «Rocket 88», t’es au paradis du r’n’b cuivré à la sauce New Orleans. Rufus Thomas est le plus puissant de tous les seigneurs blacks. Quel punch et quel power ! Et ça continue avec «Fool For You Mama» et t’as un sax à la Jr Walker, c’est dire l’heavyness du raw ! T’as le power absolu d’un fantastique shouter. On reste dans l’hard raw avec «Keep That Music Simple», ça funke le booty. Il rentre encore dans le chou du lard avec «I Like To Boogie», looka here, et il screamme comme la bête de Gévaudan de Memphis ! Il revient à son cher heavy boogie down avec «Put My Money Down». Power max ! Il rugit comme un lion. Rufus est l’un des plus grands Soul Brothers de son époque. Tout est solide et lourd de sens sur cet album d’une invraisemblable qualité.

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    S’il ne fallait conserver qu’un seul album de Rufus Thomas, ce serait sans doute The Funkiest Man, un double album compilatoire paru en 2002. C’est tout simplement de la dynamite, à condition bien sûr d’aimer le funk. Tous les hits funk de Rufus y sont rassemblés, à commencer par l’excellent «Funkiest Man Alive», où il rappelle qu’il est funky all around the clock, tout ça sur un beat digne des Famous Flames - Mama knows I’m Funky/ Papa knows I’m funky - Et ça continue avec l’infernal «Give Me The Green Light», un inédit spectaculaire de funkitude. C’est du très haut de gamme, big Stax stuff - I got to move - Rufus shake le meilleur shook de Memphis, il va jusqu’au bout du groove, comme James Brown. On tombe aussi sur l’excellent «Turn Your Damper Down» tiré de son deuxième album, sans doute l’un des joyaux de l’ère Stax. «Funky Hot Grits» vient encore corser les choses. Ce fabuleux entertainer n’en finit plus de relancer sa groove machine - Early in the morning/ Hot grits - Et avec «Funky Mississippi», il amène l’archétype de l’apanage d’appât titulaire. Le disk 2 est encore plus explosif avec «The Breakdown Pt 1» : c’est tout simplement le funk de James Brown avec un shouter de Memphis. Le beat est tellement lourd qu’il fait du sur-place, avec un bassmatic dégringolé. La funk de Rufus Thomas est d’une qualité supérieure, comme s’il le touillait avec une niaque sacrée et l’énergie du diable. Derrière, comme on le voit dans «(Do The) Push & Pull», le backing-band tisse des trames indicibles. Nouveaux coups du Master Funk avec «Do The Double Bump» et «Funky Robot». C’est tout simplement affolant de funkitude. On trouve aussi une version saxée du fameux «Memphis Train» qui ne figure sur aucun des albums officiels et qui est sans doute le cut le plus connu de Rufus Thomas. Ce voyage au paradis de l’enfer funk se termine avec «Rock Me Bad», un slow groove effarant. Rufus Thomas a le funk dans la peau. Il en groove la pulpe.

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    Impossible de faire l’impasse sur la compile Bear qui présente les vieux coucous de Rufus enregistrés entre 1949 et 1956, notamment les singles Sun et Meteor. Les plus anciens ont un côté très rustique, comme ce «I’ll Be A Good Boy» monté en heavy blues des origines à coup de baby baby come back to me. Rufus fait chanter les filles et il promet qu’il sera un good boy. Quel entertainer ! Il a le même jus que Satchmo, cette énergie black si élastique et pleine de vie. On est en 1950 ! Well I’ll be a good boy ! Quand il ne fait pas de blues à l’ancienne, Rufus fait du jump. Il fait partie des relentless, il ne lâche rien. Avec «Bear Bottle Boogie», il passe au boogie, il y va de bon cœur. On entend un fantastique solo de sax dans «Gonna Bring My Baby Back», enregistré au 706 en 1951, avec Herman Green on sax. Uncle Sam enregistre, c’est l’époque où Uncle Sam revend tout à Leonard Chess. Rufus fait du solide, son «Night Working Blues» sonne merveilleusement. Encore de l’Herman Green sur «No More Dogging Around», c’est intraveiné au sax disto. Diabolique ! Digne de Lee Allen. On entend ensuite Roscoe Gordon donner une leçon de swing avec «Decorate The Counter» - Put that money down - et Rufus enregistre sa version en 1952. Il chante à la salive, il est plein de vie. Ça swingue au 706 ! Rufus fait parler le sax baryton. On reste chez Uncle Sam pour «Juanita», un heavy blues chanté à la tuberculeuse. Encore un coup de Jarnac avec «Married Woman 1». Willie Wilkes semble habité par le diable quand il souffle dans son sax. Pour introduire le «Bear Cat» de Sam et Rufus, Bear ramène l’«Hound Dog» de Big Mama Thornton. Elle swingue sa chique avec tout le chien de sa chienne. Fantastique groove de guitare sur fond de clap-hands. Joe Hill Louis accompagne Rufus sur «Bear Cat», il faut l’entendre donner la réplique sur sa vieille guitare rouillée. S’ensuivent deux versions de «Tiger Man», celle de Joe Hill Louis et celle de Rufus. Le rumble man de Sun, c’est bien sûr Joe Hill Louis. Il sait gueuler par-dessus les toits de Memphis. C’est le raw du 706, celui qu’adorait Uncle Sam. Floyd Murphy accompagne Rufus sur sa version de «Tiger Man». On est en 1953 et c’est exactement le beat de «Mystery Train». Étrange ! Rufus enregistre «The Easy Living Plan» chez Meteor en 1956 avec un son nettement plus raw. Il faut écouter cette force de la nature qu’est Rufus Thomas sur ses cuts Meteor, il ultra-chante. Il boucle cette belle compile avec une interview au Daddy Cool Show : «I’m not a singer but I feel like a fairly decent entertainer !» Et il précise plus loin : «I was money in the black market.»

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    Matthew Ruddick pointe trois compiles dans son book, à commencer par Apollo Saturday Night, un ATCO de 1964. Rufus y casse la baraque avec «Rockin’ Chair». Quelle pétaudière. Rufus est un démon ! Laisse tomber le garage ! Il fait aussi «Walking The Dog», Mary Mack/Dressed in black, sommet du lard black, et le punk Rufus siffle. Sur cette compile, on entend aussi les Falcons, Otis, les Coasters et Ben E. King, mais la star des stars, c’est Doris Troy, elle tape «Misty» au jazz du diable, au gras du menton, et derrière, ça slappe le groove. Complètement dément ! Elle enchaîne avec «Say Yeah» et elle lance au public survolté : «I need you to say...», et l’Apollo fait yeah yeah ! Ça swingue. Elle chauffe la salle et tout le monde claque des mains et fait yeah yeah ! Elle embarque l’Apollo, c’mon, et t’as le solo de sax ! Wow, quelle fournaise ! C’est du feel so good hors du commun. That’s the way you should !

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    Ruddick pointe aussi Stax Revue Live At The 5/4 Ballroom, enregistré en 1965. La compile met bien en valeur Booker T & The MG’s et la frappe sèche et nette d’Al Jackson, celle qui définit si bien le Memphis Beat. Crop gratte «Green Onions» en disto, et Booker T fait son petit shuffle. Encore du rentre-dedans avec «You Can’t Sit Down» et le riff raff de Crop. On entend aussi les Mad Lads et les Astors, accompagnés par les MG’s. William Bell vient groover son «Any Other Way» en profondeur, mais avec un brin de cha cha cha. Bon et puis voilà Carla Thomas. Carla, c’est tout de même pas Aretha. Son bordélique. Elle a du mal à se maintenir. Et qui fait autorité dans tout ce bordel ? Rufus, bien sûr. Le voilà qui débarque avec «Do The Dog» et Crop part en killer solo flash. T’es vraiment content d’entendre ça. Rufus récidive avec «Walking The Dog». C’est le sommet de Stax. Heavy Soul de funk.

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    Pour relancer Stax, Al Bell sort en 1969 un fantastique compile de duos : Boy Meets Girl. Il mixe toutes ses têtes de gondoles et ça donne des duos exceptionnels, tu vas vraiment de merveille en merveille, à commencer par William Bell & Mavis Staples et «I Ain’t Particular» : Mavis rentre dans le chou du lard d’Isaac le Prophète, et Bell arrive par derrière. Wow, Mavis drive ça sec ! Nouveau carton avec Johnnie Taylor et Carla Thomas et «Just Keep On Loving Me» : tu jerkes au paradis de l’heavy jerk. On passe au groove avec William Bell & Carla Thomas et «I Can’t Stop». Bell chante à l’arrière et Carla arrive par le côté. C’est exactement ce que tu vois ! Les dynamiques sont infernales. William Bell & Mavis Staples tapent l’«I Thank You» du Prophète Isaac : bel hommage à Sam & Dave, avec des percus. Avec «Love’s Sweet Sensation», William Bell & Mavis Staples passent à l’heavy groove de Stax, et Mavis l’explose littéralement. Boooom ! Encore une merveille Staxy : Eddie Floyd & Mavis Staples et «Never Never Let You Go». Heavy swing ! Mavis se glisse sous le boisseau, après Eddie. Pur Stax sound avec Eddie Floyd & Carla Thomas et «It’s Our Time». Carla revient aux basics de Stax. Fabuleux groove ! Encore du Stax pur avec Pervis Staples & Carla Thomas et «It’s Unbelievable». Gros popotin ! Et pour finir, on se régalera de William Bell &  & Mavis Staples et «Strung Out», Mavis allume la gueule du Strung et Bell module son strung out over you. Quel crack !

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    Rufus est aussi la star d’une brillant docu de D.A. Pennebacker, Only The Strong Survive. Il nous charrie comme des fétus de paille dans le torrent des rues de Memphis où deux rois se disputent la couronne : Elvis et Rufus Thomas. Du haut de ses quatre-vingt deux ans, le vieux roi Rufus à barbe blanche anime un talk show désopilant sur WDIA avec son copain Jayle. Les deux vieux croûtons ont une paupière qui tombe. Pennebaker les cadre en gros plan. Aucun détail des vastes narines ne nous est épargné. On se dit que si l’Amérique avait un roi comme Rufus, le reste de la planète serait en fête. Rufus ne pense qu’à la rigolade. Rien qu’à le voir, on se marre.

    Pennebacker filme tout un tas de superstars : car on y croise aussi Sam Moore, le prophète Isaac, les Chi-lites, Jerry Butler, Mary Wilson et Ann Peebles. Cette fantastique galerie de portraits s’achève avec Carla et Rufus Thomas. Elle chante son premier hit, «Gee Whiz» et Rufus monte sur scène pour claquer son vieux «Walking The Dog». Puis ils duettent ensemble sur «The Night Time Is The Right Time». Carla le swingue à coups de «Baby baby baby baby». Ce magic movie de Pennebacker est pour tout fan de Soul une sorte de passage obligé.

    Dedicated to Philippe qui a rencontré Rufus à Memphis.

    Signé : Cazengler, Rufus Tomate

    Rufus Thomas. If There Were No Music. AVI Records 1977

    Rufus Thomas. Rufus Thomas. Gusto Records 1983

    Rufus Thomas. That Woman Is Poison. Alligator Records 1988

    Rufus Thomas. Timeless Funk. Prestige Records Ltd. 1992

    Rufus Thomas. Blues Thang. Sequel Records 1996

    Rufus Tomas. Swing Out With Rufus Thomas. High Stacks Records 1999

    Rufus Thomas. The Funkiest Man. Stax 2002

    Rufus Thomas. His R&B Recordings 1949-1956. Bear Family 2008

    Apollo Saturday Night. ATCO Records 1964

    Boy Meets Girl. Stax 1969

    Stax Revue Live At The 5/4 Ballroom. Stax 1991

    D.A. Pennebacker. Only The Strong Survive. DVD 2002

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    Matthew Ruddick. Funkiest Man Alive: Rufus Thomas & Memphis Soul. The University Press Of Mississippi 2023

     

    *

    PORCHLIGHT

    TWO RUNNER

    (Gar Hole Records / Août 2026)

             Enfin ! Nous pouvons écouter le nouvel album de Paige Anderson. Nous en avons ces dernières semaines déjà chroniqué plusieurs morceaux lors de leurs successives sorties en avant-première, mais l’on ne peut pas affirmer que l’on a lu un livre parce que l’on a grapillé de-ci de-là un chapitre. Il en est de même pour les albums, ils ont leur couleur, leur histoire, ils sont un moment de vie, ils affirment une continuité, closent une période ou en ouvrent une autre… Paige nous a toujours fasciné, nous la suivons depuis ses premières apparitions sur You Tube avec The Family Anderson Bluegrass, elle n’est alors qu’une toute petite fille de neuf ans, authentiquement inscrite, pour ainsi dire dès sa naissance, dans cette transmission transgénérationnelle de la musique populaire américaine. Au fil des années, son parcours, son chemin, son obstination, son talent, sa présence sont devenus une lumière fragile, obstinée, et rassurante sous le porche de l’obscurité du monde.

    Paige Anderson : banjo, guitar, vocals / Emilie Rose : fiddle, cello, viola, vocals / Lucas Lawson : bass, vocals / Daniel Young : drums / Charlie Rose : pedal steel / Tyson Gerhardt : twelve strings guitar.

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             Surprise, de prime abord la couve ne correspond pas à ce que l’on attend, voici une lumière bien sombre, une cabane certes mais pour la lampe qui devrait attirer votre regard, vous avez beau scruter, vous ne la voyez pas, pire mais où donc se trouve Paige, faut un peu plisser les yeux pour apercevoir sa silhouette dans l’ombre, elle a même l’air bien démuni quand on remarque ses bras ballants, rien de bien rassurant dans cette photo dont aucun détail n’incite à la joie…

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             L’intérieur de la pochette nous offre une grande photo, l’on respire, l’on a quitté l’espace confiné de la bicoque perdue dans les bois pour les grands espaces américains, au fond la chaîne de la Sierra Nevada, Paige, guitare en main, au premier plan si l’on veut faire montre d’optimisme mais l’on a du mal à discerner sa silhouette dans la pénombre, à croire qu’elle voudrait s’effacer du paysage pour laisser la place à l’immensité quelque peu écrasante de la nature, pas hostile à la présence humaine, mais profondément indifférente à sa possibilité tout simplement d’être-là dans la fragilité de sa solitude.

    Porchlight : pas le temps de goûter les premières notes mélancoliques, la voix de Paige vous cueille comme un coquelicot qui perd ses pétales, une chanson d’adieu, mais à qui, à l’autre, ou à soi, parfois la voix a de ses inflexions comme lorsque l’on souffle sur la flamme d’une bougie inutile, n’avez-vous jamais été désabusé de vous-même, n’avez-vous jamais tenu un couteau pour l’enfoncer dans les entrailles de votre propre réalité, elle ne lui en veut pas, elle n’en veut qu’à elle-même, ce n’est pas un drame, ce n’est pas la faute de l’un ou de soi-même, c’est la vie qui va de l’avant et qui vous pousse dans le dos, car si elle n’était pas là cette chienne de vie, vous sombreriez pour toujours dans le marécage de votre existence. La musique pédale avec style dans la choucroute, mais les larmes ne coulent pas, sans quoi elles noieraient le monde, la force de mort se métamorphose en force de vie, s’enfermer dans la chrysalide du chagrin c’est aussi le meilleur moyen d’en sortir un jour ou l’autre. Roadrunner : Paige et son banjo, cette cascade de notes qui tombent de partout comme une douche d’escarbilles revigorantes,

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    Paige et sa moto, ses longues courses solitaires dans l’ivresse de la route qui vous tire en avant, Paige et sa voix, ici elle claironne, elle fanfarise à gorge déployée, difficile de faire plus joyeusement country, l’ivresse des grandes étendues, et la joie arcadienne des jours heureux, il est vrai qu’il ne faut pas se laisser aller, qu’il faut prendre un nouveau départ, laisser la morsure des souvenirs derrière soi, oui mais derrière l’impérativité de l’allant, la bonne volonté, la rythmique qui court pour rattraper le temps perdu, l’on entend la voix de Paige, elle chante aussi, de fait elle pense à voix haute, elle fouille dans son passé pour mieux se heurter au rocher de son présent, la route est ouverte, certes, mais c’est à elle de choisir le chemin,  une chose est sûre c’est elle qui détient la clef, il est des sentes plus sombres que d’autres, au bout de soi-même l’on ne trouve que soi-même. Strawberry rhinestone : une vidéo peut-elle changer la vision d’une chanson. Il existe deux vidéos de ce morceau, nous les avons déjà chroniquées toutes les deux, ma préférence se porte sur la première avec ce cheval qui court dans la nature l’on sent la vitalité de l’animal, elle influe sur votre énergie, et l’autre de Mike Vanata,

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    avec des chevaux en liberté, un chien et l’immensité américaine, Paige sourit, elle semble rire lorsqu’elle chante, l’est sûr que le violon de d’Emilie Rose vous ferait danser la gigue devant un cercueil, d’autant plus que les paroles sont méchamment ironiques, inutile de pleurnicher quand l’amant s’en va, les hommes sont comme ça, tous différents mais au fond tous identiques, l’important c’est sûrement de trouver le bon mais avant tout d’avoir un palomino qui court dans ton cœur, c’est tout l’art de Paige, des cordes qui font la course et la voix qui distille dans le même verre la joie de vivre et l’amertume de l’existence, entre optimisme pétillant et pessimisme dévastateur, toutefois ce qui prédomine, me semble-t-il est une joie incoercible que je qualifierai de nietzschéenne. Punk rock bar : nous ne sommes pas vraiment dans un rade punk, mais l’on pourrait y être, tout est question de désir, il suffit de céder à ses propres vertiges, de prendre tous les risques car tout est possible quand rien n’a encore commencé, le fiddle joue une folle tarentelle et la rythmique mène une drôle de farandole, la voix de Paige comme une flamme qui pétille sous les vents du désir et puis qui fléchit dans l’incertitude de ce qui se réalisera, éprouve-t-elle déjà la nostalgie de qui aura lieu au même titre que ce qui n’aura pas eu lieu, le plus important n’est-il pas de s’accrocher à son rêve, que les dés du destin roulent comme ils veulent, ce qui est sûr c’est que quelque chose aura eu lieu, quoi qu’il se passe. Mocking crow : le banjo tient un joyeux tintamarre, la voix de Paige se débat entre rire et drame, entre espoir et orgueil, entre rêve et réalité,  qu’importe le monde n’a pas plus de réalité que vos sentiments, ces satanés oiseaux n’annoncent ni désastre ni victoire, ils rigolent comme s’ils ânonnaient une stupide comptine enfantine, faut entendre comme les cordes battent des ailes, ce n’est pas le vent qui souffle dans les branches mais la joie brute de l’instant saisi en plein vol. Rare exemple de nihilisme joyeux qui mène la danse la certitude de se savoir vivant dans les hauts et les bas de notre monde. Le morceau n’est pas bien long, mais quel tourbillon ! Witch Well : fini le banjo à la pousse-toi comme tu peux, ce coup-ci l’on a mis les petits plats de l’orchestration dans les grands, il y a même une vidéo, un

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    peu étrange, comme un rêve en noir et blanc qui refuse de se dissiper pour toucher à quelque chose d’immémorialement romantique, Paige marche dans les sous-bois, elle suit des ergs rocailleux, elle est comme la dame du lac qui longe la rive, elle marche selon son doux tourment intérieur, parfois sa voix se creuse et brûle, un fer rouge étreint votre âme, mais elle continue son chemin comme si déjà elle portait la en elle la future nostalgie de ce qui advient, les violons pleurent, Paige survit, elle sème derrière elle les graines de son chagrin. Late dinner : il existe une ancienne vidéo de cette chanson qui flirte un peu avec ce que j’appellerais une esthétique tentative de réalisme socialiste dans l’espoir insensé d’atténuer dans l’extérieur des objets et lieux quotidiens

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    la souffrance intérieure que l’on porte en soi telle une malédiction personnelle à laquelle on essaie de se conformer pour mieux s’enfermer en quelque chose qui n’est pas nécessairement nous. Cette chanson est à entendre comme une révolte en soi-même et un gémissement sans fin à vouloir se perdre dans le souvenir dans ce qui n’est déjà plus nous-même. La voix de Paige comme un cri fatigué d’avoir crié. Helmet : casque de moto, for sure, le rappel de virées en moto, existe-t-il une autre chanteuse qui sache d’une seule intonation passer de la joie endiablée à la nostalgie la plus triste pour mieux repartir en un tourbillon enthousiasmant, il lui suffit de laisser traîner sa voix, d’allonger certaines syllabes, il est difficile de savoir si c’est elle qui suit les musiciens ou si ceux-ci lui emboîtent la roue, sa voix monte vers les cieux pour se perdre dans le temps passé ou foncer tête baissée dans une allégresse tournoyante afin de rattraper les heures perdues à jamais. Fin brutale. La route nous quitte. Missed calls : chanson triste, ce n’est pas le cœur qui est brisé c’est l’esprit qui est morcelé par la violence du monde, ce n’est pas une vitre qui est cassée c’est l’émerveillement de la beauté des gens et des choses qui gît dans le caniveau de la fatigue, trop de bruit et pas assez de simplicité, même le désir de revoir les siens de rentrer chez soi a disparu. Des notes éparpillées qui ont dû mal à se rassembler, une batterie qui n’y croit plus, un violon qui se traîne, la voix de Paige comme un pansement qui ne parvient pas à recouvrir la plaie ouverte, qui n’est pas près de se refermer… Burnout : la suite de la précédente, mais de la fatigue individuelle l’on passe à l’épuisement général, est-ce que c’est parce que tout le monde est concerné que le tempo est beaucoup plus intense, l’union fait la force, c’est bien connu, même celle du désespoir, une véritable dans macabre, personne n’est encore mort, mais la télé vous diffuse à longueur de journée des images annonciatrices, tout le monde est concerné, on n’y peut rien alors Paige s’assoit sous le figuier attendant l’effondrement final, le fiddle n’arrête pas de décocher des flèches mortelles, ce coup-ci ce ne sont pas les corbeaux tapageurs qui se moquent de nous, nous ne savons plus où aller, nous attendons la fin qui approche. Parfois nous rions. Five minutes : retour à soi-même, la boucle se referme, la fureur du monde n’apaise pas les tourments intimes, la petite souffrance individuelle continue sa route, la musique s’alanguit, Paige chante sans ostentation mais à chaque mot il semble qu’elle arrache un morceau de son cœur, pour ne plus souffrir, pour souffrir davantage, pour comprendre, pour refuser de comprendre, pour faire le point, pour continuer à vivre sans survivre, pour tenir le cap, pour avancer après la bataille perdue, ne serait-ce que cinq minutes, en paix avec soi-même, pour renaître à elle-même. Peut-être avec ce morceau Paige se raccommode-t-elle avec elle-même, a-t-elle simplement pensé à la douleur qu’elle instille en ceux qui l’écouteront. Bridge : le dernier retour sur soi et sur l’autre, arracher les orties qui enflamment la mémoire, les derniers aveux, à chaque vers la voix se termine en murmure, alors elle reprend plus fort, tout doit être dit, elle reconnaît ses erreurs, lui aussi ne fut exempt de reproches, elle endosse l’entière responsabilité de la rupture, ce faisant elle reconnaît qu’elle a brûlé le pont qui les avait réunis, qui maintenant les sépare. Quoi dire d’autre. Rien, alors elle se tait. Et nous sur quelle rive sommes-nous restés, dans cette histoire qui ne nous appartient pas…

             L’on ne sort pas indemne de cet album. Paige nous tend le miroir des mots dans lesquels elle s’est mirée, miroir magique dans lequel chacun se reconnaîtra. Parfois l’égo touche à l’universel. Paige possède la voix, la musique, les images, si seule, retirée si profondément en sa solitude, que les musiciens l’ont entourée de près, sont à ses petits soins, d’une discrétion solide et absolue. Paige telle en elle-même que la poésie l’exhausse.

             Cet album est magnifique. Prêt à parier que  dans les années qui suivront toute une jeune génération en partance pour le retour aux roots s’y reconnaîtra…

             Une magistrale leçon d’authenticité.

    Damie Chad.

     

    *

             Comment traduire le nom de de ce groupe, Pieuvre Puissante ou Tigre de Papier… j’y ai longuement réfléchi mais j’hésite encore. Partageons la poire en deux, le premier opus du groupe date de 2012. L’image de tentacules ravageuses collent bien à l’idée que l’on attend d’un groupe de rock dont on se dit que toute la jeune énergie dont il se sent investi doit être consacrée à la future conquête musicale du monde. Pas d’erreur, si nous pensons que le surnom de Griffes Usées conviendrait mieux à ce septième et dernier album sorti en ce mois de mai  ce n’est pas, mais alors pas du tout, parce qu’il serait un tantinet raté ou médiocre. C’est parce que le temps a passé. Pour tout le monde certes. Pour vous comme pour moi. Nous sommes en 2026, je ne vous apprends rien, voici un détail plus significatif, si le temps est une coordonnée importante, le lieu est une abscisse qu’il ne faut point négliger. Surtout si nous ouvrons l’atlas sur la carte de l’Ukraine.

             Toutefois cet album ne traite pas de la guerre qui se déroule en ce pays.

    Avant de jeter mon dévolu sur ce disque j’avais opté pour présenter le précédent. Paru en mai 2025. Je me permets de le résumer de deux manières différentes : un disque de prières, ou alors une bondieuserie sans nom.  Nous y reviendrons.

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             Un dernier détail : ce groupe n’est pas un groupe. Ce n’est pas un one-man-band, c’est juste un individu : Yuri Dubrowski. Le mot d’individu peut prêter à confusion : on l’emploie pour désigner n’importe qui sur lequel on n’a aucune envie de s’attarder, ou au contraire pour signaler que le zigue pâteux auquel nous nous intéressons possède une individualité remarquable. Il suffit de lire attentivement les différentes pochettes, la conclusion s’impose : rapidement l’on affirmera que Youri est le leader du combo, le chef de meute, l’on préfèrera le décrire comme l’âme du groupe. Celui qui continue à mener la barque quand l’équipage n’est plus là. Le lecteur avisé aura déjà fait la liaison entre les mots âme et prières.

    TAU

    OCTOPUS KRAFT

    (Bandcamp / Mai 2026)

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             Le titre est composé de trois lettres. Qui pèsent à elles seules plus lourd que l’alphabet entier, de l’alpha à l’oméga. Si le tau désigne la lettre T, son tracé a souvent été employé pour désigner, pour représenter, la croix sur laquelle le christ a été crucifié. Un regard rapide sur la pochette vous incitera à prendre cette magnifique armature de fer forgé, très beau symbole pour un disque de metal, pour une représentation du supplice christique. Allez visiter le musée des Offices de Florence, vous verrez à satiété le christ que l’on accroche ou que l’on décroche, avant, pendant, après la mise en croix, au moins un millier de fois. Un must insurpassable de l’iconographie chrétienne. Oui mais ici, vous avez un plus, ce n’est pas un gibet à proprement parler qui est représenté mais une grille qui barre une rue. Juste une séparation symbolique, passez le seuil, d’un côté la vie, d’un côté la mort. Une barrière étanche. Pensez que pour les ukrainiens le franchissement du seuil est grandement favorisé par la guerre en cours. Youri n’y fait aucune allusion. Sans doute estime-t-il qu’elle s’imposera aux yeux de tous. Il préfère individualiser  la problématique, la mort est un choix personnel, chacun passe la porte comme il le désire… il précise que l’album est dédié à ceux qui ont choisi la mort parce que leur vie ne les avait pas satisfaits. Nous citons la dernière phrase de sa présentation : ‘’Cet album a été composé principalement sous l'influence du décès tragique d'Ivan, ainsi qu'en mémoire d'un ami cher et guitariste d'Octopus Kraft, Andriy’’.

             Nous remarquons qu’il n’emploie pas le mot de suicide.

    I(ODE) : ce terme indique que ce premier morceau est à écouter comme un poème, un chant sacré :  un moteur, une fuite éperdue, pas vraiment une marche pesante, avouons-le on est un peu perdu, l’on est reconnaissant à la voix qui s’élève, lourde elle-aussi, un peu growlée, sans plus, un soupçon de rouille sur une tuyauterie, maintenant elle crie comme si elle venait de plus loin, elle s’élève dans le lointain, monte-t-elle au-dessus de ce plumeau géant dénudé, un arbre touffu qui serait censé représenter la nature bienfaisante, faut un peu de temps, pour comprendre qu’il faut se fier aux paroles, éclaircie de l’ambiance sonore, tapotement légers, ondes frémissantes cordiques, que se passe-t-il, rien, simplement le constat que l’on arrive trop tard, la musique mélodramatise l’ambiance, serait-ce une fin de non-recevoir, la voix revient, celle du bilan, il a franchi la grille, il s’est irrémédiablement éloigné, on n’a pas su le retenir pour la simple raison que chacun décide de son destin, que chacun a rendez-vous avec lui-même, que l’on est toujours seul, quel que soit le côté de la grille sur lequel on se trouve, côté cour, côté jardin, arrêt brutal, que dire de plus. L’on franchit la ligne de démarcation au jour et à l’heure que l’on veut. II(DUM) : j’ai d’abord pensé que ‘’dum’’ était en ukrainien la transcription phonétique de doom, trop beau pour être vrai, la signification de ce vocable est beaucoup plus inquiétante, il ouvre mille chemins, certains mènent très loin, même si tout se passe dans la tête, ‘’dum’’ signifie ‘’pensée’’. Jacassement, des milliers de perroquets perchés sur les branches d’un arbre, leurs gosiers s’en donnent à cœur joie, que répètent-ils au juste, encore une fois c’est le vocal qui nous tire de nos incertitudes, il scande, il raconte une histoire, on ne le comprend pas, de qui parle-t-ile, il assène des mots terribles, peut-être répète-t-il ce qui s’est déjà passé dans le morceau précédent, peut-être nous conte-t-il la suite des aventures,  délaissons les perroquets, il n’y a qu’un seul oiseau, un petit, mignon peut-être, peut-être symbolise-t-il le voyageur, de l’autre côté il continue à faire ce qu’il a toujours fait dans sa vie précédente, il cherche un fourré où être en sécurité, attention même structure phonique que dans le morceau précédent, des vaguelettes cordiques, attention les cordes sont faites pour se pendre, d’ailleurs retentissent des criailleries, l’on se croirait au guignol, la batterie vous file des coups de bâton, une flûte imite le vol de l’oiseau bleu de Maeterlinck qui monte vers le ciel, hosannah sur les cistres et les encensoirs s’exclamait Mallarmé, le coulis phonique en bave bouillonnante vous emporte, à l’endroit juste où vous vouliez aller, au cœur d’un fourré accueillant. Où vous êtes-vous fourré ? Quelques notes en points de suspension. III(ECHO) : (= ego) : comme des coups de hache sur le tronc d’un arbre, du bruit dans la tête, des scies mécaniques, un sacré ramdam, intérieur, conversation entre soi et soi-même, dans la mort c’est comme dans la vie, il faut avant tout savoir ce que l’on veut,  mourir totalement pour soi et pour les autres, plus de chant, une voix au souffle saccadé qui parle à l’oreille de ta conscience, entre nous soit dit l’on ne saurait faire de différence entre la voix du tentateur et celle de Dieu, déjà un bruit de mouches bourdonnent sur ton cadavre, méfie-toi de celui qui murmure quel qu’il soit, la fin de ce troisième morceau n’est pas joyeuse, bruits de râles humains. Remarques si tu râles c’est que tu es encore vivant. Peut-être que les morts râlent-ils aussi dans leur coin. IV(TRAUM) : (= traumatisme) : résonnances de tubulures, si tu entends du bruit, c’est toi qui l’émets, tu n’es pas au mieux, normal puisque tu es mort, la musique essaie de ne pas faire de bruit, elle n’y réussit pas, tu éructes de toutes tes forces, comment calme-t-on un traumatisme, par le silence ou par le bruit, de toutes les manières, aucune importance, la mort est un traumatisme aussi égal que la vie, tu souffres, n’oublie pas que la mort est comme la vie pleine de souffrances, crois-tu que le christ rigolait et se tordait de rire quand on l’a crucifié, normal donc que tu sois un cri de souffrance éperdu. D’ailleurs c’est parce que tu souffrais dans ta vie que tu es mort. La batterie imite les tambours de Napoléon qui menaient les soldats à l’assaut de la mort. V(OPE) : (= ouverture). Récapitulation. Mettons les choses au clair, calmement. Tu es sorti dans le monde en te faufilant par la fente de ta mère, tout ce que tu as vu, tout ce que tu as goûté, tout ce  que tu as pris, t’a déçu, un goût amer dans la bouche, pourquoi hurles-tu, l’on a compris ta déconvenue, le temps de respirer, une guitare grésille, on reprend tu as trouvé une autre ouverture pour fuir cette vie, pour passer de l’autre côté, un escargot qui explore une fissure dans un mur, pense à ce qui reste de toi de l’autre côté, qu’as-tu laissé de toi dans le monde, presque rien, un pâle souvenir déjà effacé, personne ne se souvient de toi, ni dans ta vie, ni dans ta mort. Qu’as-tu perdu ? Rien. Qu’as-tu gagné rien ! Un rideau phonique t’ensevelit définitivement. VI(DIA) : (action) : Il n’est plus là pour prendre la parole. D’autres s’en chargeront, une guitare fore et phosphore, gouttes de silence qui miraculeusement réussissent à se faire entendre, c’est le temps de la grande mutation, ceux qui sont restés de l’autre côté intercèdent en ta faveur, normalement ce devrait être le contraire, la musique imite des bruissements d’ailes qui montent très haut dans le ciel, Boris parvient à faire penser aux arias de Bach, ne nous perdons pas, le son se métallise, ceux qui sont restés, ceux qui n’ont pas eu le courage de traverser t’envient, tu t’es échappé, tu as réussi,  c’est presque de la jalousie, de la honte de n’avoir pas osé, exaltation des retranchés de Dieu qui te disent adieu. A dieu…

             Ceci n’est qu’une interprétation. J’y discerne toutefois quelques relents d’hérésie. Ce qui n’est pas pour me déplaire. Pour les incroyants qui se foutent de Dieu comme de leur première paire de chaussettes sales, pas de problème, le disque s’écoute fort bien. Hors de toutes réflexions doctrinales et dogmatiques. Sombre et puissant.

             C’est si bon que poussé par une curiosité malsaine j’ai décidé d’écouter l’opus précédent :

    AGNI PARTHENE / APOLEIA

    AZIMUT / OCTOPUS KRAFT

    ( Bandcamp / Mai 2015)

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    La couverture demande attention. Non ce n’est pas une simple femme assise sur une chaise basse. Ne vous trompez pas. Vous ne la trouvez pas très jolie. Moi non plus. Bandes de mécréants. C’est ainsi que vous traitez la sainte épouse de Dieu ! Vous méritez mille fois l’Enfer. Car oui c’est elle ! Je vous enjoindrais de traiter cette couve, non comme un dessin maladroit mais pratiquement comme une icône byzantine sacrée. D’ailleurs vous remarquerez les cadres et les lettrages couleur imitation or. Du toc, mais c’est l’intention qui compte. Maintenant guettez les détails, le visage de Notre Dame n’est-il pas une tête de mort, et les larmes qui coulent de ses yeux morts ne ressemblent-elles pas à un collier de perles qui r,oule et se perd dans son giron. Sans enfant, est-on tenté d’ajouter, tant on a l’habitude de ses tableaux sur lesquels  la Sainte Vierge qui est en même temps la Mère de Dieu tient avec tendresse le petit Jésus…

    S’y sont mis à deux : Youri Dubrowski pour Octopus Kraft et Azimut. Un groupe frère formé de Petro Krul : bass / Andrii Buchinsyl : drums / Nazaz Mykhailliuh : guitar, vocal.

    Agni Parthene / Apoleia : : à l’origine le morceau est un hymne créé par Saint Nectaire d’Egine, prêtre orthodoxe fondateur du monastère de la Sainte Trinité d’Egine, né en 1846, mort en 1920. Il s’agit d’un hymne sacré adressé à la Vierge Souveraine, bienfaisante et consolatrice… Faut être franc, l’on se croirait dans une église avec un prêtre qui entonne un cantique, avec par derrière un harmonium sous amphètes, rien à reprocher, plus vrai qu’un original, l’on se croirait sur France-Culture à écouter la messe dominicale, nous sommes en pleine orthodoxie liturgique, l’a une belle voix Youri, l’est très convaincant. Un conseil d’ami, vous en avez écouté trois minutes, ne dites pas, c’est bon, j’ai tout compris, ce n’est pas mal mais pas tout à fait ma tasse de thé. Je coupons le son. Premièrement parce qu’il se coupe tout seul et que vous comprenez par la suite pourquoi ces deux groupes appartiennent à la galaxie post-metal. Apoleia : nous quittons la sérénité divine pour les borborygmes infernaux de l’âme du pécheur qui hurle son désespoir, il met tant de conviction à se remémorer ses heures passées loin de Dieu que l’on se demande si par hasard il n’éprouve pas une certaine nostalgie pour ses turpitudes éhontées, nous soupçonnons que les confesser avec tant de force et de conviction est, peut-être encore une dernière fois, la possibilité de se vautrer dans des jouissances qu’il aurait du mal à oublier. Il expose avec tant de volupté la ruine(=apoleia) de son âme que le doute s’instille dans notre propre esprit. L’honnêteté  intellectuelle qui nous caractérise  nous oblige à vous avouer qu’il n’est pas très saint. Allons jusqu’au bout de notre confession : totalement malsain.

    Damie Chad.

     

    *

             Comment voulez-vous que je résiste à un groupe qui possède un tel nom. L’est des mots magiques qui vous attirent aussi fortement que l’aimant vers lequel se précipitent, sans que ce soit leur volonté qui les commande, toutes les ferreuses limailles de l’univers. Il suffit qu’elles soient situées dans son champ d’action.

    TENSAL

    MÖBIUS

    (Bandcamp /Mai 2026)

             Si avant de lire leur patronyme je n’avais vu que la pochette aurais-je éprouvé le désir de l’écouter. What is it ? Un copeau de ferraille tordu sur lui-même, dû à un rabotage quelconque. La chose n’est guère attirante. Entre nous soit dit il semblerait qu’elle épouse la forme d’un étron, un tantinet malingre par-dessus le marché.

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    Marche arrière, je ne me savais pas aussi erratiquement scatologique. L’image est de Marie Firesova, comment la présenter sinon comme une activiste underground tchèque, ce n’est pas qu’elle touche à tout, c’est qu’elle est engagée en multiples domaines, expositions, musique, graphisme, photographie, revuiste, participant à de nombreuses expositions individuelles et collectives… La visite de son instagram (ma. Rie) vous permettra de la découvrir.

    Groupe Tchèque composé de : Daniel : guitar / Fokular : drums.

    Plus de quinze ans qu’ils sont ensemble, des coupures de plusieurs années ne les ont jamais séparés. Tensal est un mot inventé pour évoquer l’intensité leur relation et cette tension créatrice si particulière qui les unit. 

    Petite précision qui a son importance : Tensal est un groupe instrumental. Certes il existe des centaines de groupes instrumentaux, mais le concept de Möbius n’est pas simple : d’abord objectivement parlant ce concept est un objet, que l’on surnomme le ruban de Möbius. Un peu comme si une Idée platonicienne était un simple objet, que vous pourrez par exemple utiliser comme un bibelot pour décorer une crédence ( = buffet) dans le salon vide comme le conte Stéphane Mallarmé dans son célèbre sonnet dit du ptyx.

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    Autre bizarrerie, si vous construisez votre maison d’une seule pièce en forme de ruban de Möbius et que vous décidiez de marcher tout droit sur le plancher de votre pièce unique, il arrivera un moment où vous vous retrouverez la tête en bas en train de marcher sur l’autre côté de votre plancher. Vous êtes un peu perdu, pas de panique le ruban de Moëbius est un objet non-orientable nous assurent les mathématiciens. Vous n’êtes pas obligé de les croire surtout que si vous envisagez que  l’univers épouse la forme de ce satané ruban vous aurez alors la possibilité théorique d’effectuer la traversée des apparences, bref vous serez alors apte à relire La Métaphysique d’Aristote… bref il y a de quoi discutailler sans fin, car oui j’ai oublié de vous préciser qu’en tant qu’objet fini l’anneau de Möbius est aussi infini. Pensez que si en tant que mortel vous faites le tour de l’anneau vous deviendrez aussi immortel… N’est-ce pas pour cela qu’en mai 2015, Tensal a intitulé un de ses opus The Magic of the Macabre…  Il y a de quoi devenir fou à pérorer sans fin sur cet objet sans queue ni tête, aussi Tensal a pris une sage décision, au lieu de se perdre en interminable lyrics incompréhensibles ils ont décidé d’être un groupe instrumental !

    Il ne nous reste plus qu’à l’écouter :

    Unity : au cas où vous l’auriez oublié je vous rappelle que le monde est rempli de contradictions, certains vont même jusqu’à théoriser que la sainte dialectique chère à Karl Marx n’est autre que l’art et la manière de jouer sur ses contradictions, mais voici qu’ici nous sommes plus près du nihilisme négationnel que d’un groupe instrumental, ça commence tout doux, même si vous ne voulez pas le croire, même si vous ne parvenez pas à l’admettre, oui ce que vous entendez est bien une voix féminine, même que si son ramage se rapporte à son visage elle doit être très jolie, certes vous avez une guitare qui imite le bruit d’une vrille électrique en train de forer une roche tendre, car ce Daniel est un parfait gentleman, il n’essaie pas noyer ce petit brin de voix sous un fracas torrentiel, elle est bien obligée de hausser un tout petit peu la voix, et lui l’imite en en rajoutant un décibel ou deux, mais non, l’on sent le gars respectueux bien élevé qui dans l’autobus se lève pour céder son siège à la dame debout, d’ailleurs tous deux entament une conversation faisant attention à ne pas submerger l’autre par un flot sonore superpuissant, à voix égale serais-je tenté de dire, mais voici que son complice s’impatiente, trois légers coups de tambour pour rappeler à Daniel qu’il est temps d’instrumentaliser à mort puisqu’ils sont un groupe instrumental, instinctivement le gentil Daniel augmente la pression, bye-bye la douce voix féminine, d’autant plus que Fokular tape maintenant comme une brute sur son kit battérial et que Daniel très inspiré, tire maintenant des tonitruances d’aspirateur de son instrument. Comme je suis un peu offusqué par le comportement peu galant de nos deux musicos, je vous refile le nom de la damoiselle qui chantonnait si gentiment : Adela Mede. Friendship : ce titre a été

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    vraisemblablement choisi pour signaler la virile amitié des deux boys. Une musique de garçons, fermez les yeux vous êtes en plein western, pas des goujats qui se battent à coup de winchester, non une longue suite à la Sergio Leone, la dernière scène, le duel fatidique et fratricide, le Krapular, j’ai modifié son nom parce qu’il faut bien qu’il y ait un méchant, le roi du suspense chaque fois qu’il  file un coup sur un tom vous avez l’impression qu’il caresse la crosse de son colt sans jamais le sortir de son holster, maintenant ils sont trois, les deux duellistes et le silence  qui s’installe en s’adjugeant presque toute la place, alors notre aspirateur en chef métamorphose son bruiteur en la rengaine sucrée de la montre que tient Lee Van Cleef dans pour quelques dollars de plus, vous égrène les notes sans se presser, alors le méchant pour se moquer de lui à tout petit coups de plumeaux vous rejoue la mélodie en contrepoint. Aucun des deux ne peut faire moins de bruit, logiquement le silence s’installe. Vous vous dites que puisqu’il ne se passe plus rien c’est le moment d’aller au saloon pour se jeter un whisky derrière la glotte, manque de chance, vous n’avez pas fait trois pas que c’est la dégringolade, Krapular a dégainé son deuxième colt, celui qui était dans sa botte, extraordinaire tension, Daniel fait vibrer le manche d’un coutelas sorti de sa manche, encore trois secondes et le croquemort survient pour prendre la mesure du cadavre, ben non, ils se regardent en chiens de faïence, si les yeux pouvaient lancer des balles ils seraient morts tous les deux, mais non, renversement émotionnel de la situation, ils viennent de se rappeler tous les deux qu’ils sont là pour célébrer leur amitié, alors ils jettent leurs armes se ruent l’un vers l’autre et s’étreignent à pleins bras l’un contre l’autre. Clap de fin. Pour ceux qui ne voient pas le rapport avec le ruban de Möbius, c’est pourtant simple : Unity = 1, Friendship = 2, exactement comme le ruban de Möbius qui semble avoir deux côtés en en ayant qu’ un seul, ou si vous préférez : qui semble avoir un côté en en ayant deux. Distance : ce coup-ci la batterie arpente sec, à grands pas, très bruyants, très lourds, l’on comprend le Fokular il compte dans sa tête, d’ailleurs Daniel compte en même que lui, ne veulent pas se faire avoir, un moment d’inattention et tout serait à refaire, tiens ils ont l’air d’être davantage sereins, ce n’est pas mélodique mais ils font des enjambées plus légères, ils ne volent pas mais ils filochent, leurs yeux cherchent la ligne d’arrivée, l’est comme celle de l’horizon, elle recule sans cesse, ils s’énervent, ils serrent les dents, une mélodie surgit du fond de l’horizon qui se trouve où ? Ils ne savent pas, ils marchent côte à côte, ils se soutiennent, ils ne comprennent pas que plus la distance s’allonge plus ils s’approchent de leurs fins. Sont partis pour une course à la mort, victoire ils franchissent la ligne d’arrivée. Non vous n’avez pas rêvé : il y avait bien des bruits de trompettes pour magnifier leurs efforts et célébrer leur victoire. Eternal : Ils sont morts, ils ont donc gagné l’éternité puisque l’on reste éternellement mort lorsque l’on est mort. Car lorsque l’on est mort, la mort n’a ni début ni fin. D’ailleurs la musique est somme toute sereine, parcourue de frissons mélodiques. Z’avaient pas assez d’argent pour embaucher la fanfare du Sergent Poivre pour les accompagner mais seulement Petr Vrba qui leur joue un interminable solo de trompette, le gars à lui tout seul il apporte une rutilance sans égale, parfois il suffoque comme un phoque mais c’est aussi beau que le chant des baleines. Franchement je n’aimerais pas être à leurs places, car au fur et à mesure que se déroule le morceau ils sont obligés de se surpasser pour que l’éternité ne paraisse pas trop ennuyeuse. Bon, ils trichent un peu, je les comprends ils se lancent dans une espèce d’improvisation jazz de bon aloi, le pauvre Satchmo doit se retourner dans sa tombe car cette trompette obstinée doit lui rappeler le couinement des vers qui ont rangé sa chair durant des années, pour qu’il ne reste plus que ses blancs tibias croisés sur le noir du désespoir… Excusez-moi de finir sur une note si grave, mais mettre fin à l’éternité n’est guère facile. C’est aussi fatigant que de tourner sans fin sur le ruban de Möbius.

             Möbius, je parle du groupe, sont plus malins qu’on ne pourrait le croire. Z’ont transformé la bande de Möbius en bande-son de Möbius. Et le résultat vaut le détour.

    Damie Chad.

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 745: KR'TNT ! 745: GUNPOWDER / BIG LIGHTNING /JON SPENCER / LIZARDS / RUFUS THOMAS / GENE VINCENT / LA DANSE DU CHIEN / LILI REFRAIN / TELESTERION / MICHEL LANCELOT

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    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 745

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    03 / 09 / 2026

      

    GUNPOWDER / BIG LIGHTNING

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    The One-offs

    - Gun Powder fait parler la poudre

                    Oh ça doit faire bientôt un an qu’on organise non pas des cymbalums, mais des symposiums. On fait ça à deux. Environ une fois par mois. On passe une demi-journée à écouter des disks et à siffler des verres de Duvel. Comme chacun sait, l’objet du symposium est de partager les connaissances. Comme on va voir les mêmes concerts, ça simplifie les choses. On a tous les deux un certain âge, ce qui permet de ratisser large, en matière de culture rock. Papoter avec un mec pointu comme Sylvain, ça permet d’identifier des lacunes, et il apporte tout ce qu’il faut pour en combler une partie. Il est par exemple beaucoup plus pointu sur les groupes français. Je lui dois quelques belles révélations, notamment les Thugs, qu’il connaît d’ailleurs très bien pour les avoir côtoyés. On en reparlera ailleurs.

             Jamais eu de temps ni d’argent ni de patience pour les groupes français : trop de boulot avec les Anglais et les Américains. Sur le tard, on se calme un peu et on se ravise. T’as vraiment des sons en France qui tiennent la route, notamment les longs solos glougloutants d’Eric Sourice. Why not, après tout. Ça doit être l’un des seuls groupes français dont on ne sent pas les efforts pour sonner anglais ou américain. Comme Weird Omen, les Cowboys From Outerspace et les Dum Dum Boys, ils ont tout simplement réussi à se bâtir une vraie identité sonique. À cette courte liste, il faudrait ajouter le fan-tas-tique Bench Club.

             Ah quel souvenir ! Le Bench Club de Toulouse, le trio le plus élégamment wild-as-fuck de tous. Cette histoire commence avec le Dig It! Radio Show, quelque part en 2017, au temps de Gildas, bien sûr (Hello Gildas). Il suffit parfois d’un cut pour te mettre en orbite. Ce fut «Bring Back Your Luv’», et le mec qui chante là-dedans nous sort le beyeby le plus crade qu’on ait entendu depuis les Shadows Of Knight. T’es comme deux ronds de flan. Ça sort d’où ?

             Deux semaines plus tard, Gildas récidive avec «Teenage Tragedy». Inespéré ! Alors, tu vas aux infos. Tu demandes à Gildas d’où ça sort, et il te répond :

             — Toulouse.

             — Quoi ? Tu plaisantes ?

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             Et aussi sec, il me demande de chroniquer leur album pour Dig It! #70. Une page. Puis le hasard faisant bien les choses, on débarque à Toulouse à la même époque pour jouer au Ravelin avec El Cramped. Et qui qu’est là ? Patrick, le chanteur de ce mystérieux Bench Club toulousain, le seul groupe en France à savoir sonner comme les Pretties et les Downliners. On garde le souvenir de rêve d’une soirée d’après-concert à papoter avec Patrick et ses deux bras droits sur la petite terrasse du Ravelin. T’avais l’impression de traîner avec des superstars inconnues. Faut-il rappeler que les vraies superstars ne sont pas celles qu’on voit à la télé ?

             Évidemment, Sylvain qui est d’origine toulousaine connaît très bien Patrick. Ce sont des vieux potes. Notre Bench Clubman est donc arrivé tout naturellement dans la conversation. Et lors du dernier symposium, Sylvain se pointe avec un mystérieux objet : le double 45 tours d’un groupe nommé Gun Powder. Belle pochette, avec une guitare rouge qui ressemble à une Gretsch.

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             — Gun Powder ? C’est quoi ?

             — C’est Patrick !, lâche-t-il sur le ton des évidences universelles.

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             Glissé dans la pochette, t’as un petit feuillet de liners. Évidemment, il est signé Alain Feydri. Le monde est petit. Le chanteur de Gun Powder est le mec des Blisters, Roger Burdy, un Nantais. Patrick joue de la basse. T’écoute ça vite fait. T’es tout de suite éberlué par la sacrée allure de «Vamping Barbara». Quelle dégelée royale ! C’est d’un niveau purement anglo-américain, c’est même complètement dans l’esprit des Groovies époque Roy Loney, t’as exactement le même panache et tu te goinfres du killer solo liquide qui jaillit au cœur du cut. Te voilà encore une fois tombé de ta chaise, comme au temps du Bench Club. Mais comment font ces mecs pour avoir un son aussi parfait ? T’as une résonance dans les guitares qui fait figure de modèle. Attends, c’est pas fini ! Tu retournes le 45 et boum, «Outburst» ! Beaucoup plus agressif. On se croirait à Detroit, ou pire encore, sur In The Red, avec l’un des killer combos dont Larry Hardy avait le secret, du big wild-as-fuck underground, et t’as même le killer solo vampire qui plane sur la ville. Sur l’autre 45 tours, t’as la démo de «Vamping

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    Barbara», puis sur l’autre face, la D, t’as encore un cut de rêve, «Catch My Fault» avec un son bien assis, une belle tenue de route, tu te réjouis vraiment de leur bonne fortune. Et t’as ce son joliment infesté d’incursions intestines, comme au temps de Johnny Thunders. Et là tu dis oui.

    Signé : Cazengler, Gun Poderche

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    Gun Powder. Vamping Barbara. Decoupage Records 2020

     

     

    L’avenir du rock

     - Very Big Lightning

             Une fois n’est pas coutume, l’avenir du rock se retrouve à table avec les dieux. C’est l’heure de l’apéro, tout le monde trinque. Goguenard, Jupiter lève son gobelet de pastis et s’écrie, d’une voix qui fait trembler les colonnes du temple :

             — Ma foudre est la plus grosse de toutes les foudres !

             Thor prend ça comme une insulte. Il écrase son gobelet de pastis dans le creux de sa main et frappe la table d’un formidable coup de marteau qui envoie tout valser :

             — Non, c’est MA foudre qu’est la plus grosse !

             Zeus assiste à la scène. Les yeux mi-clos, il observe ces deux imbéciles et se demande lequel des deux il va sodomiser en premier. Thor, se dit-il, ça doit être pas mal, à sec...

             Et voilà Taranis qui se lève pour faire le coq :

             — Bande de gros branleurs, c’est MA foudre qu’est la plus grosse !

             Jupiter explose de rire :

             — Ah t’es bien un gaulois ! Ça fait le coq et rien dans la culotte !

             Les autres dieux se marrent comme des bossus. Ils se reversent des gros pastis sans eau et les sifflent cul sec. On se marre bien à la table des dieux.

             Lei Gong se lève et déclare d’un ton cérémonieux :

             — Bande de vers de terre, deux mille ans d’histoire vous contemplent et vous me devez le respect. MA foudre est plus légitime et que toutes les vôtres !

             Les autres dieux le huent :

             — Mange-ta-yande, chinetoque de mes deux !

             Comme il en a un bon coup dans le nez, l’avenir du rock se lève à son tour, et dressant le doigt comme le ferait un sage,  il déclare d’une voix pâteuse :

             — Si vous me permettez de vous donner un bon conseil, mes amis les dieux, portez votre attention sur la plus belle de toutes les foudres, Big Lightning !

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             Franchement, on ne s’attendait pas à ça. Pas à un coup pareil. Coup de foudre. Big Lightning. Traduction littérale. En pleine gueule. Pas la peine de te planquer. C’est trop tard et c’est tant mieux. Pendant une heure, ils sont le meilleur groupe de rock du monde, comme le furent pendant une heure les Heartbreakers au Bataclan, en 1977. Sut scène, t’as tout ce que tu peux attendre d’un grand groupe de rock : des catchy cuts, du gut d’undergut, du son wild-as-fuck, du whoish drive, tout ce qu’il faut pour t’éberluer.

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             La recette de Big Lightning est simple : vous prenez un shaker, vous y versez deux tiers de Lord Rochester, deux tiers d’Embrooks, vous secouez et vous servez. On a sur scène deux des grands couples mythiques de l’underground britannique : Russ Wilkins/Saskia Hollins et Mole/Lois Tozer. Le troisième couple mythique étant bien sûr Wild Billy Childish/Nurse Juju, qu’on a vu sur scène au même endroit la veille. Donc, tout d’un coup, ça fait beaucoup de monde. Tu ravales ta salive. T’en prends pour ton grade. T’en demandes pas ton reste. Tu fais profil bas. T’as la queue entre les jambes. Mais il y a une belle contrepartie : tu te fais à l’idée qu’il existe un paradis sur terre : il s’appelle The Pig. Un pub sur le front de mer. Et ça rocke au Pig. Big Lightning, c’est encore plus radical que Lord Rochester, plus ambitieux de Wild Billy Childish, plus vivifiant, plus flashy et définitivement plus catchy. Russ Wilkins gratte une Les Paul bleue, il porte un gilet de cuir noir passé sur une liquette blanche. À côté de lui, Mole

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    gratte sa basse et porte une chemise à fleurs, une cravate et un futal psyché mauve à grosses rayures. Plus loin, Saskia gratte ses poux sur une Fender, et derrière, Lois bat encore une fois son beurre de dingue. Et boom, droit sur «Two Devils», qui est aussi le cut d’ouverture de balda de l’album qui vient tout juste de paraître et qu’on a pu ramasser au merch avant que ça ne disparaisse. «Two Devils» ? Laisse tomber ! C’est un hit, une grande Armada qui rentre dans ton lagon d’argent, et t’as Mole qui pulse son bassmatic avec une puissance ahurissante. T’as deux locomotives dans ce groupe béni des dieux du rock : Mole et Lois. Dans «Bad Boy», on voit Saskia passer un solo de fuzz sur deux notes, comme Pete Shelley dans «Boredom». C’est d’une classe suprême et d’une effroyable efficacité, on pense à tous ces pauvres bourrins qui forcent le passage avec des gros solos de guitare, et Saskia te remet l’art de soloter au carré en deux notes. Wow ! Même wow wow ! Et tout est à l’avenant dans le set de Big Lightning, ils claquent hit sur hit, boom boom, des cuts magiques que tu vas retrouver sur l’album, mais pas avec l’intensité du set, car si t’es aux pieds de Russ, tu le vois à

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     l’œuvre et tu sens les vibrations du géant, il peut screamer dans le micro et redonner au rock anglais tout son panache d’antan, Russ, c’est un condensé de Rolling Stones, de Pretties, de Beatles et de Who, il a le scream dans la peau, il sait pousser son bouchon et claquer des accords à la claquemure. T’en verras pas beaucoup des frontmen de cet acabit. Et, petite cerise sur le gâtö, il n’en finit plus d’admirer son voisin le proto-bassman Mole dans ses grandes œuvres, un Mole the move qui est irréel de virtuosité flashy, il réincarne l’Ox et ramène les dynamiques des Who dans le Big Lightning. Voilà un groupe qui strike et qui porte bien son nom, de la même façon que les Heartbreakers, qui jadis nous brisèrent le cœur à tout jamais.

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             Original Sin va compter parmi les grands albums de rock anglais, toutes époques confondues, pour au moins cinq raisons. Un, «Two Devils», amené sur des gros accords de Dave Davies. Ça donne un objet rock magnifique, que Saskia chante goulûment. C’est la fête au village, mais t’as pas le drive de basse de Mole. Enlever Mole de Big Lightning, c’est comme enlever Brian Jones des Rolling Stones. Il manque un bout d’âme. Deuxième raison de crier au loup : «Bad Boy». Grosse clameur demented, écho du temps, t’as encore les images du groupe sur scène dans les yeux. Troisième raison, «Oban Road» et Big Russ y va au boom boom, il faut voir comme ça balance. Amazing ! Il chante avec un sang-froid extraordinaire, et un brin de snarl dans le ton. Big Russ superstar ! T’es au firmament du paradis. Ils font ensuite sonner «Circus» comme un «Sweet Jane» au ralenti. Ils vont encore te bluffer avec le petit garage californien de «Just A Thought Away» et ses belles harmonies vocales. Tout sonne sur cet album, et te voilà déjà en B avec l’heavy rock de bon aloi, «Keys To My Head», suivi de «The Count», un instro vivace, fruité, organique, battu à la revoyure. Quatrième raison de crier au loup : «Holy Willie», l’heavy garage de Russ, il te gratte ça à la bonne traînasse et ils regagnent la sortie avec la fantastique énergie de «Cure». Et ça monte dans la clameur. Big Russ is on fire.

    Signé : Cazengler, dead lightning

    Big Lightning. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 18 juillet 2026

    Big Lightning. Original Sin. Spinout Nuggets 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - Spencer moi un verre, Jon

    (Part Six)

     

             Sur le chemin de la gare, l’avenir du rock croise Boule et Bill. Il aurait préféré les éviter, mais là, impossible. Tant pis...

             — Alors avenir du rock, où  tu   vas comme  ça avec ton p’tit sac de pédé ?

             — À la gare...

             — Qui tu fous à la gare ?

             — Je prends l’train !

             — Ah bon ? Et où c’est qu’y va le gros malin ?

             — Paname.

             — Ah y vâ à la câpitale, l’avenir du froc !, s’exclame Boule, d’un ton méprisant.

             — Et qui qu’tu va foutre là bas ?, reprend Bill.

             — Vais voir un concert...

             — De qui ?

             — Jon Spencer à la Maroquiqui...

             S’ensuit un léger blanc. L’avenir du rock sent bien qu’ils se préparent à attaquer, il les connaît par cœur ces deux super cons. Hop, c’est parti !

             — Qui ? Spencire-moi les pompes ?, s’esclaffe Boule...

             — Qui ? Jon Sponsor du PSG ?, renchérit Bill, hilare...

             — T’es Spensûr et certain, avenir du broc ?

             — Tu s’rais pas çui qui Spencer à rien, avenir du troc ?

             — Çui qui Spensort par derrière ?

             — Çui qui Spensort de chez lui quand le Spensoir tombe ?

             Encore une fois, l’avenir du rock s’émerveille de leur prodigieuse aisance à débiter des conneries au kilomètre. Sans Boule et Bill, le monde serait décidément bien fade. Il faut des cons, c’est aussi indispensable au fonctionnement des organismes que la flore intestinale.

     

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             Le concert a lieu en plein cagnard. C’est l’idéal. Jon Spencer est fringué comme d’usage en superstar : petit blouson de toile noire passée sur une liquette noire et fute noir avec ces triangles de tissu cousus en bas des jambes qui font pattes d’eph, et grosses pompes noires, qui rappellent celles de Matt Verta-Ray. Plus tard, il fera même un peu de claquettes sur le beat de Macky Bowman. Comme d’usage, il prépare son matos et installe la petite plaquette de ses deux pédales d’effets qui ressemblent à des vétérantes de toutes les guerres. Puis comme d’usage, ils entrent en scène tous les trois,

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    à commencer par Macky Bowman qui s’installe derrière ses futs  pour scruter les visages du premier rang. Puis comme d’usage, Kendall Wind arrive les bras nus avec sa collection de tatouages. Et comme d’usage, Jon Spencer arrive à la suite, se branche et schloufff ! Gratte toujours indéfinissable, mais disto du diable. Et ça cogne aussitôt dans les carlingues. T’as tout le rock du monde. Le meilleur. Et t’as en prime the Sweat of the Blues Explosion. Dès son premier skunk de skonk, Jon Spencer dégouline. On l’avait encore jamais vu dégouliner autant. On rôtit tous en enfer à cause de la chaleur, mais ça colle bien à l’esthétique du show. C’est la dégoulinade collective. Comme

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    d’usage, Jon Spencer fait le show, il multiplie les sauts en ciseaux, jette le buste en arrière, chante au jeté de menton, crache dans le micro, gratte des concasseries de solos à contre-courant des lignes de basse. En 90 minutes, il va résumer cet art moderne qu’on nomme le rock et même lui redorer son blason, car l’homme est d’une élégance à toute épreuve. On pense bien sûr à Elvis, qui, s’il avait eu les coudées franches, aurait sans doute dynamité ses shows comme le fait Jon Spencer depuis toujours, souviens-toi, amigo, le premier Pussy Galore date de 1986, ça fait dont 40 ans que Jon Spencer dynamite ses shows, et en matière de véracité véracitaire, tu ne peux pas espérer plus wild, plus skunky, plus trash, ça n’en finit plus d’exploser, ça n’en finit plus de cramer, ça n’en finit plus d’exacerber le beat turgescent, et ça repart toujours sur un simple échange de regards, ils font la set-list à la volée, et t’as ce démon de Bowman penché

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    sur ses fûts qui lit dans le regard de Jon Spencer, et bhaaaam ! il tombe sur ses caisses à bras raccourcis, on ne verra ça nulle part ailleurs, c’est l’incandescence du vif argent, c’est l’instinct des détonateurs, c’est l’atomisation du rock, et de l’autre côté, t’as la petite Kendall qui suit, dans la fraction de seconde. Ils font un set torride, reviennent et en guise de rappel, ils tapent un deuxième set ! On le sait, Jon Spencer est spécialisé dans les rappels à rallonges, on se souvient du temps des shows du Blues Explosion : on flippait car on craignait de rater le dernier RER à Opéra. Jon Spencer est capable de jouer pendant des heures.

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             Alors bien sûr, quand dans le même mois, tu vois Jim Jones, les Cowboys From Outerspace et Jon Spencer, tu sais que t’as fait le tour du rock. 

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             Si tu ramasses le CD au merch, t’as tout le concert dessus, c’est-à-dire les nouveaux cuts (Songs Of Personnal Lost And Protest) et ceux de Sick Of Being Sick. Le CD est aussi explosif que les deux heures de set, t’as pas une seule seconde de répit. Jon Spencer et ses deux bras droits bombardent en permanence. C’est pas Procol Harum. Pas de light fandango. You deserve it ! Ooooh c’mon ! Blast d’entrée de jeu avec «Fanfare (Another Point Of View)» - Crackin’ up ! - Jon Spencer ramène vite fait son gras double. Attention à l’overdose ! Il attaque de front «Vermin Attack», ça riff-raffe à la Spencer, il reste bien l’ultra trasher de tes rêves inavouables, ça concasse et ça prend feu. C’mon ! Classic Jon Spencer avec «Knock ‘Em Out» et t’as des chœurs demented en prime, tout sombre dans la délinquance, l’awite et le gras double. Te voilà déjà au paradis. C’est exactement le set, avec les gouttes de sueur en moins. Il bascule dans l’heavyness avec un «Slip Away» ralenti du bulbe, et le solo de gras double ravage tout, absolument tout, c’est une merveille d’heavy rock couronnée de succès et de solos superbes. T’as encore des chœurs demented sur «Step On The Gas» et du gras double à gogo sur «Wet & Wild». Avec «Get Away», on revient à Sick Of Being Sick. On salue ici l’immense pourvoyeur de got to get it, c’est tapé dur et gratté gras, c’mon ! Et ça continue dans l’effarement avec «Come Along» - So good ! Watch out ! - Te voilà prévenu. Nouveau blast en pleine poire avec «Coulda Been». Il arrose tout ça de gras double. Il attaque encore «Fancy Pants» à l’angle, c’mon ! Il devient hermétique, à force de blaster - You know she got me on my knees - Tous les breaks relèvent de la haute voltige et ils repartent toujours tous les trois comme si de rien n’était. Et avec «Come On», il rend quelques hommages : Little Richard, Pops Staples, et Mavis Staples. C’mon ! Soudain, on comprend une chose fondamentale, au souvenir brûlant du set : le set est une performance. Tout est improvisé. C’est de l’art brut.

    Signé : Cazengler, Spencer les fesses

    Jon Spencer. La Maroquinerie. Paris XXe. 7 juillet 2026

    Jon Spencer. Songs Of Personnal Lost And Protest. Shove 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - The Lizards king (and queens)

     

             Comme Monsieur Quintron, l’avenir du rock adore partir en safari-son la nuit dans les marais. Il porte un Revox en bandoulière et brandit un micro dernier cri. En son temps, Mr Quintron enregistra The Frog Tape : on y entend chanter les grenouilles sur les deux faces et pour une poignée de gens, l’album est relativement culte. Il s’arrache encore aujourd’hui pour relativement pas cher sur Discogs. Ainsi va la vie. Pour l’avoir rapatrié et même écouté, disons qu’on ne le recommandera pas au commun des mortels, car l’objet est trop Dada. Par contre, si on s’intéresse de très près au chant des grenouilles, alors c’est un album indispensable. On peut lire sur la pochette verte : Quintron gives you The Frog Tape. Play on Halloween night. Et en sous-titre, on peut lire : «Cries from the boys club swamp frogs.» Bon bref.

             C’est donc fortement influencé par la démarche artistique de Mr Quintron que l’avenir du rock se lance dans cette aventure nocturne. Il avance prudemment, veillant à éviter les zones trop gorgées d’eau. Il a déjà vu dans des films des gens s’enfoncer dans les sables mouvants, aussi se méfie-t-il dès que le sol devient trop spongieux. Par chance, la lune éclaire bien la zone, aussi avance-t-il sans allumer sa lampe torche. Inutile d’attirer les moustiques dont il entend bien le buzz buzz buzz dans les environs. Il marche depuis une bonne heure quand soudain, la nuit s’éclaire. Il arrive au bord d’un petit cours d’eau et assis sur la berge, de l’autre côté, trônent trois créatures qu’on dirait sorties tout droit d’une gravure de Gustave Doré ! Le triumvirat mythique ! Au centre, un roi Lézard couronné d’or et les bras chargés de bracelets antiques se prélasse nonchalamment. À sa droite, un immense Iguane plonge sa queue écaillée dans l’eau noire. Il porte lui aussi des bijoux et des cheveux longs. Et de l’autre côté, se tient accroupie une énorme grenouille à tête d’homme. L’avenir du rock le reconnaît à ses yeux globuleux, sa moustache rousse et la couche de fard qui lui blanchit la trogne : Jean Lorrain, le décadent batracien ! Wow ! Quelle triplette ! Monsieur de Bougrelon, Iggy et Jimbo, the Lizard King. Ce dernier tourne les yeux vers l’avenir du rock et lui lance :

             — Qui es-tu ?

             — Je suis l’avenir du rock...

             — Approche, avenir du rock. The ceremony is about to begin... As-tu quelque chose à déclarer ?

             — Le tableau serait parfait si vous aviez les Lizards près de vous.

     

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             En hors-d’œuvre des Cowboys From Outerspace, le Spore Festival propose les Lizards, un trio barcelonais emmené par une petite brune qui fait vite autorité. Elle s’appelle Carla Santacreu. Sa copine Judith Jordan gratte une basse Ricken, et derrière elles, perché sur son estrade, leur copain Edgar Beltri bat le beurre du diable.

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    La p’tite Carla gratte une Flyin’ V, et elle bat tous les records de riffalama jadis détenus par Ruyter Suys, l’égérie de Nashville Pussy. D’ailleurs les Lizards s’inscrivent dans cette fastueuse lignée de rock high energy. C’est donc un power trio dont le spectacle ne peut que te combler d’aise. Si tu veux remettre ta pendule à l’heure, cours voir les Lizards sur scène. Le groupe a l’air de tourner régulièrement. Ça navigue au même niveau que les Nashville, ou encore les Darts, mais sans orgue. La p’tite Carla vise un rock plus radical, plus raunchy, elle vise l’harsh parfait, et elle ne semble produire aucun effort. Elle est assez magnifique. Elle part rarement en solo. Elle enfile ses cuts comme des perles et t’en perds pas une miette, tu te goinfres de tout ce bon riff-raff. Tu vas le retrouver sur les albums. Apparemment, la p’tite Carla ne tape que

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    ses compos, et ça tient rudement bien la route. Le set dure une heure et t’as pas de déchets. Elles font parfois un petit cirque toutes les deux sur le devant de la scène et la p’tite Carla se penche vers l’arrière comme le fait si bien Ruyter dans Nashville. Les Lizards alternent le ventre-à-terre avec l’heavy riffalama, et tu peux chercher la faute de goût, t’en trouveras pas. Set parfait de fin d’après-midi et bien sûr, aussitôt la fin, tu cavales jusqu’au merch. Tagada !

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             T’en ramasses deux, Fake Reality et Below The Surface. Le premier date de 2022 et il regorge de bonne énergie barcelonaise. Ça démarre avec un morceau titre en forme de barrage de riff-raff, la p’tite Carla Santacreu cisaille bien les tibias, et ça donne un cut assez glorieux. Alors on prend sa carte au parti. Les Lizards se spécialisent dans les belles dégelées, et l’ami Edgar Beltri veille au rebondi du tatapoum. Ah les Espagnols, rien ne peut les arrêter ! Et t’as une fraîcheur de ton, via la voix de la p’tite Carla Santacreu. On admire leur fantastique dévolu. Ils se jettent tous les trois dans la balance. «On The Way» sonne très classique, mais avec du dévolu et un joli punch de girl-group. Ça évangélise à outrance ! Tout est frais et pimpant sur cet album, et t’as pas mal de cuts qui filent ventre à terre. Ah elle y va la mémère ! Elle soutient le refrain d’«Insomnia» au gras double, c’est du meilleur effet. Son riff-raff est imbattable. «Insomnia» est un hit, personne n’en doute. Elle fout bien le feu dans la pampa ! Elle n’en finit plus de riffer à la vie à la mort. «We Are Done» sonne comme un hit de power pop, et elle repasse en mode wild-as-fuck pour «Hit The Volume». Elle tartine son Volume de riffalama du diable. C’est un album ultra-chargé de la barcasse barcelonaise, on se régale de cette belle allure, on sent bien le tight du trio, c’est une puissante machine, véloce et ronflante, qui n’a pas froid aux yeux. Belle leçon de maintien !

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             Below The Surface sort tout juste du four, comme les croissants frais. T’y retrouves toute l’énergie du concert, t’as tout le tape dur de Barcelone, et ça démarre en trombe avec le Punk’s Not Dead de «Vicious Circle». Puis elle attaque son «Involution» d’une voix rauque - Fight for your future - On se croirait chez Nashville Pussy. «Dopamine» commence par sonner comme un rock classique, mais ça prend vite de l’allure, la p’tite Carla y va à la fleur du fusil, et ça sonne comme un hit tonitruant ! On retrouve le puissant «The Older I Get The More Punk I Am» qu’elle tape sur scène, so what, et ça tourne vite en coup de génie, car c’est une vraie profession de foi - So what - Magnifique petite pétarade ! En B, elle continue de cultiver la densité de sa frénésie avec «I Get Enough». On se croirait chez Sweet ! Puis la B file ventre à terre avec d’autres cuts et notamment un «I Like You» haché menu. Elle est imbattable au what can I say?/ I like you. On est frappé par la fantastique énergie du trio et la fraîcheur de ton de leur classicisme. Tous les cuts repartent de plus belle, pulsés par le fringuant Edgar et l’atomique bassiste Judith Jordan.

    Signé : Cazengler, pas de lézard

    Lizards. Festival Spore. Gravigny (27) 4 juillet 2026

    Lizards. Fake Reality. Adrenalin Fix Music 2022

    Lizards. Below The Surface. Adrenalin Fix Music 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le ruckus de Rufus

     (Part One)

     

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             On ne perd pas son temps à lire le Funkiest Man Alive: Rufus Thomas & Memphis Soul de Matthew Ruddick, ni d’ailleurs à écouter les albums de celui qu’on surnommait the real king of Memphis. Dans la tête des amateurs de Memphis Beat, Rufus Thomas occupe une place de choix. Il fait partie de ceux qu’on appelle les artistes complets. Rufus est danseur de claquettes, comédien, compositeur, disc-jockey, Soul Brother, Funk Brother et Blues Brother. Il est l’un des plus brillants entertainers du Memphis Beat. Et il a démarré bien avant les autres, puisqu’il dansait des claquettes à la fin des années 30 avec the Rabbit Foot Minstrels - I went with a fellow by the name of Johnny Dowdy and the both of us as a team were one of the finest dance teams that Rabbit Foot had ever seen. We were good - Ruddick affirme aussi que Rufus est à l’origine de Sun avec «Bear Cat», puis de Stax dix ans plus tard avec «Walking The Dog». Et comme il n’était pas très riche, Rufus devait cumuler trois jobs : il bossait le matin dans une filature, il faisait l’après-midi des radio shows sur WDIA et le soir, il donnait des concerts à Memphis et dans les environs. Il avait trois bouches à nourrir. 

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             À l’âge de 8 ans, le p’tit Rufus est confronté au racisme des blancs. Une brute de flicard blanc le chope dans la rue et lui colle deux coups de matraque sur les bras, deux coups qu’il n’a jamais oubliés. Il lui faudra des années - 30 ans - pour enfin faire confiance aux blancs, c’est-à-dire jusqu’au jour où il a signe un contrat sur Satellite Records avec Jim Stewart et Estelle Axton.

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             C’est en 1950 que Nat D. Williams fait entrer Rufus sur WDIA, la grosse station black de Memphis. Il récupère en 1941 le Sepia Swing Club de B.B. King qui n’a plus le temps d’animer son radio show à cause de ses concerts. Rufus quitte son boulot à la filature à 14 h 30 et il saute dans le tramway pour arriver pile à l’heure et lancer le Sepia Swing Club à 15 h - This is Rufus Thomas of Sepia Swing/ Gonna try to make you laugh and sing - Il est viré de WDIA en 1973, lors d’un changement de direction, et réintégré en 1986 par le nouveau directeur Bobby O’Jay. Rufus va animer son radio show jusqu’à la fin de sa vie - WDIA is more than a radio station. It is an institution. Et jusqu’en 1954, il va faire le MC, c’est-à-dire l’animateur du Memphis talent show au Handy Theatre, et tous ceux qui participent au talent show reçoivent un dollar. Rufus reçoit des sacrés débutants : B.B. King (pauvre parmi les pauvres), Bobby Bland, Isaac Hayes et Junior Parker.

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             Autre rencontre marquante dans la vie de Rufus : Uncle Sam. Un Uncle Sam qui est alors fasciné par l’«Hound Dog» de Big Mama Thornton. Alors en 1953, il propose à Rufus d’enregistrer l’answer-song «Bear Cat». Rufus commence par refuser, car il ne sait pas ce que veut dire Bear Cat. Uncle Sam le rassure : «Rufus, hell, you don’t know what a damn bear cat is? That’s the meanest goddamn woman in the world.» Joe Hill Louis gratte ses poux derrière Rufus, et Houston Stokes bat le beurre. Rufus sort le grand jeu with cat noises and catcalls. On est eu cœur du mythe. Rufus garde un bon souvenir d’Uncle Sam : «Me and Sam Phillips we were tighter than the nuts on the Brooklyn Bridge. But when Elvis and Carl Perkins and Johnny Cash came along, no more blacks did he pick up at all.»

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             À la même époque, Ike Turner traîne aussi dans les parages. Il bosse pour le compte des Bihari Brothers et leur ramène B.B. King, qui signe sur l’un de leurs labels, RPM. Ike ramène aussi Wolf et Roscoe Gordon chez Modern Records, l’autre gros label des Bihari. Lester Bihari s’installe à Memphis et monte Meteor Records en 1952. Il démarre en force avec Elmore James et «I Believe». Puis il flashe sur deux groupes locaux : les Del-Rios de William Bell et Rufus Thomas & The Bear Cats. Un single de Rufus paraît sur Meteor, «The Easy Livin’ Plan». Meteor se casse la gueule en 1957, alors Lester Bihari va bosser pour Crown, un autre label du clan Bihari. D’abord à Memphis, puis au Texas, avant de retourner bosser avec ses trois frères à Los Angeles.

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             Rufus croise aussi la piste de Chips Moman, qui est venu en stop à Memphis en 1950, à l’âge de 14 ans. Chips apprend à jouer de la gratte puis il se barre à Los Angeles en 1957. Il accompagne Johnny Brunette puis part en tournée avec Gene Vincent, quand un accident de bagnole le contraint à revenir à Memphis pour se refaire une santé. En 1959, il introduit Jim Stewart et Estelle Axton à la musique noire en leur présentant un groupe de West Memphis nommé les Veltones. Ils enregistrent «Fool In Love». Et voilà, c’est parti. Grâce à qui ? Grâce à Chips.

             Stax est bien sûr le cœur battant du book. Ruddick est bien documenté. On ne perd jamais son temps à relire cette histoire qu’on connaît pourtant par cœur et qui est l’un des plus étonnants mélanges de féerie et de tragédie. Bizarrement, Rufus, qui est pourtant un pionnier, passe au second plan, et pendant 200 pages, la Stax story fait rage. 

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    ( Au tout début... )

          Début de l’histoire : c’est le facteur qui file l’info à Rufus, en 1960 : «There’s a new recording studio down on McLemore and College.» Alors Rufus décide d’aller y jeter un œil.

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             Comme Jim Stewart sait qu’il lui faut l’appui d’une radio black pour diffuser son single «Fool In Love» il pense à WDIA. Ça tombe bien : Rufus est DJ chez WDIA, et en plus, il a déjà enregistré chez Sun et Meteor. Il accepte de diffuser le «Fool In Love» que viennent d’enregistrer Chips et Jim Stewart. Et tous les gens qui vont faire la légende de Stax arrivent sur McLemore un par un. David Porter, 18 ans, bosse au supermarché Big Star qui se trouve en face de Stax. Il passe tout son temps libre chez Miz Axton, qui tient le record shop de Stax. William Bell traîne aussi dans les parages. Il est en extase : les blancs et les blacks s’entendent bien. C’est l’âge d’or de la Stax Family. Rufus ramène Carla chez Stax et elle entame sa carrière. Jerry Wexler ramène sa fraise et décide d’organiser une réunion avec Rufus et Carla dans sa chambre d’hôtel. Mais les blacks n’ont pas le droit d’entrer dans l’hôtel, alors ils passent par derrière. Quelqu’un les dénonce, et quand les cops arrivent, Rufus et Carla sont déjà partis. Wexler est furieux. Le lendemain, il dit au chef de la police : «This is Stone Age. And that’s what you are, and your cops are - Stone Age.»

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             Puis les hits vont pleuvoir. Ruddick cite William Bell et «You Don’t Miss Your Water», que vont reprendre les Byrds, Otis et Taj Mahal. Puis Booker T & The MGs avec «Green Onions». Ruddick ressort l’anecdote du baptême de groupe : Al Johnson regarde par la fenêtre et voit une MG, alors il propose comme nom de groupe Booker T & The MGs. Ruddick oublie de préciser que la MG est celle de Chips.

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    Al Bell

             Jim Stewart embauche Al Bell en 1965. Bell sera responsable de la promotion. Stax va vraiment décoller. Puis Atlantic envoie Wilson Pickett et Sam & Dave chez Stax. Stax a le son et les compositeurs. Sam Moore : «Isaac Hayes, bless his heart, gave me and Dave the style, all the call-and-response, the horns became the background singers, the rhythm keeping the beat - it’s Isaac Hayes.» Puis Wexler envoie Don Covay chez Stax. Don Covay bosse avec Steve Cropper et ils pondent des hits, «See Saw» et Sookie Sookie». Mais Covay clashe avec Jim Stewart et l’house band. Wicked Pickett prend lui aussi les mecs de Stax de haut, alors terminé. Ils ne veulent plus jouer avec ce con - Ils disent à Jim Stewart «not to bring that asshole down here again.» Allez hop, à dégager. 

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             Otis enregistre «Try A Little Tendreness» chez Stax. Quand ça commence à chauffer, l’Otis se met à arpenter le studio en gueulant : «You’ve got ta! Sueeze her! Don’t tease her! Never leave her!», et le groupe explose, emmené par Al Jackson, et après un break, l’Otis repart de plus belle au na na na na, et ça explose. Jim Stewart qui ne rigole jamais se fend enfin la poire : «If there’s one song, one performance that really sort of sums up Otis and what he’s about, it’s Try A Little Tenderness.»

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             Ruddick voit Rufus comme une sorte de Stax-father, parce qu’il est beaucoup plus âgé que les autres et déjà un vétéran de toutes les guerres. Il impose le respect car il cumule deux fonctions généralement incompatibles : entertainer et père de famille. Il a trois bouches à nourrir, et ça, il ne le perd jamais de vue. Il prend Steve Cropper à la bonne. Crop : «He took me aside and taught me all that stuff he’d learned in the vaudeville days. he was so streetwise, it was amazing.» Un jour, Rufus se pointe chez Stax et dit qu’il a une idée. Crop : «He’d hum it and I’d play it on the guitar.» C’est «Walking The Dog» - Mary Mack/ Dressed in black/ Silver buttons all down her back - Ça te sonne tout de suite à l’oreille, mais on connaît trop la version des Stones qui est sur leur premier album, alors que celle de Rufus est mille fois plus démente. Ça sort sur Stax, Stewart n’en revient pas : un distributeur de Chicago veut en commander. Combien, 5 000 ? Non, dit le mec : 20 000 ! «Walking The Dog» est un hit national. Rufus quitte alors son job à la filature, un job qu’il avait depuis 22 ans. Ruddick donne un détail qui vaut tout l’or du Rhin : sur la version des Stones, c’est Brian Jones qui fait les backing vocals et qui siffle. Ruddick sort un autre détail marrant : un soir, un blanc-bec traîne devant la baraque de Rufus. Alors Rufus va le trouver et lui demande ce qu’il veut - May I help you? - et le mec qui s’appelle Roger Daltrey lui dit qu’il vient d’enregistrer «Walking The Dog» et qu’il est venu lui rendre hommage. Alors ils ont papoté. Et comme «Walking The Dog» cartonne, Jim Stewart propose à Rufus d’enregistrer un premier album. Pas de morceaux lents, c’est un dance album - Rufus Thomas the new king of the dance floor - Pochette de jerk !

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             Walking The Dog peut sonner un peu âpre, mais c’est normal, puisqu’il paraît en 1963, on va dire à l’aube de la Soul. Le morceau titre va pourtant ouvrir une ère nouvelle car on y voit Rufus Staxer la drague - If you don’t know how to do/ I’ll show you how to walk the dog - Les insinuations sexuelles sont d’autant plus évidentes que Rufus siffle. Les Stones vont adorer ça. C’est un peu l’avènement de Rufus the Raw, real king of Memphis. Il ouvre aussi son balda avec «The Dog» - Everybody’s doin’ the dog - la première d’une série d’incitations à la danse, et Rufus qui est avant toute chose un fabuleux entertainer, fait ouaf ouaf ! Avec sa purée de «Mashed Potatoes», il devient grand shouter devant l’éternel. Il fait tout à l’énergie maximaliste. Il tente une reprise du «Boom Boom» d’Hooky et une autre du «Ya Ya» de Lee Dorsey. Pour le Boom Boom il repassera, mais le Ya Ya lui va comme un gant. Il fait aussi une version lente et molle de «Land Of 1000 Dances». Carla vient shouter la Soul avec son père dans «Cause I Love You». Puis il invente le beat gros popotin avec «I Want To Be Loved». On est déjà là au maximum des possibilités du genre. C’est Staxé jusqu’à l’oss de l’ass.

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             Rufus se taille vite une réputation de perfectionniste en studio. Il veut exactement ce qu’il a en tête, surtout au niveau rythme. Il chante les arrangements de cuivres jusqu’à ce que la section de cuivres lui sorte le son qu’il veut. Quand il bosse avec des musiciens moins expérimentés, il y a de la friction. Rufus ne lâche jamais le morceau. David Porter et le Prophète Isaac ne parviennent pas à bosser avec Rufus. David Porter : «There was no one in my opinion who could do a better job of writing or producing for Rufus than Rufus himself .» Ils ont essayé de bosser avec Rufus, mais ça n’a pas marché. Dommage.

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             En 1967, Al Bell envoie la Stax Revue en Angleterre : Booker T & The MGs, Sam & Dave, Carla Thomas, Eddie Floyd, Otis et Arthur Conley qui n’est pas sur Stax. Rufus n’est pas invité. Il est en colère. Les Stax sont accueillis comme des rois en Angleterre. Sam & Dave font un carton et l’Otis qui doit passer après eux n’est pas content : «I never want to follow those motherfuckers again!». Jim Stewart accompagne la tournée et veut faire un album live, mais il trouve que les tempos d’Otis sont trop rapides, alors il va trouver l’Otis dans sa loge pour lui demander de ralentir et l’Otis le prend mal : il chope Stewart par le colback et lui dit que c’est son show et ce sont ses fans, «and I’m going to entertain them!».

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             D’autres tensions apparaissent : Carla Thomas trouve que Porter & le Prophète Isaac filent leurs meilleurs cuts à Sam & Dave et qu’elle récupère les moins bons. Elle préfère bosser avec Booker T plutôt qu’avec le Prophète Isaac. Et puis elle se voit plus comme une chanteuse de cabaret que comme une pop-soul singer. Elle louche sur Dionne Warwick et les cuts que lui concocte Burt.

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    Ben Cauley

             C’est en 1967 que Stax entre dans la tragédie, lorsque l’avion de l’Otis plonge dans un lac.  Ben Cauley sera le seul survivant du crash. L’Otis avait 26 ans. Quatre Bar-Kays disparaissent : Carl Cunningham, Jimmy King, Phalon Jones et Ronnie Caldwell, tous âgés de 17 à 19 ans. Le bassman James Alexander qui n’est pas monté dans l’avion est lui aussi un survivant. Quand une semaine plus tard, Ben Cauley revient à Memphis, Miz Axton le prend dans ses bras. Tout le monde chiale. Et nous aussi.

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    Jim Stewart

             Puis Stax prend un deuxième coup dans la gueule : l’arnaque Atlantic. Quand Atlantic est racheté par Warner, les masters de Stax deviennent la propriété de Warner. Stewart a fait la connerie de faire confiance à Wexler, et il n’a pas lu le contrat de distribution qui liait Stax à Atlantic. Fatale erreur ! De son côté, Wexler dit qu’il ignorait tout de la clause du contrat concernant les masters et les droits de Stax. Il prétend même avoir essayé de leur rendre leur catalogue, mais les avocats ont dit non. Et pour aggraver les choses, Wexler leur retire le «prêt» de Sam & Dave qui bien sûr, après coup, n’auront plus jamais d’hits. Booker T : «Jim was a nice guy, but he wasn’t fast enough for a New York attorney and he lost all his valuable masters.»

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             Stax replonge de plus belle dans le chaos lorsque Martin Luther King prend une balle dans le cou. Crop déraille complètement quand il affirme que tout allait bien avant que Martin Luther King ne vienne foutre le souk dans la médina de Memphis : «The Black people were perfectly happy with what was going on. I don’t think anywhere in the universe was a racially cool as Memphis was until Martin Luther King showed up.» Comme nous tous, Booket T se dit choqué par ces propos : «It hit me hard. This was the guitar player in my band speaking!». Gros bordel. Redneck junk.

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             Rufus claque un nouveau hit immémorial en 1968 avec «The Memphis Train», co-écrit avec Mack Rice et Willie Sparks. Mais il va devenir the forgetten man at Stax, car entre 1963 («Walking The Dog») et 1970 («Do The Funky Chicken»), il n’aura quasiment plus d’hits. Il commence à soupçonner Crop de racisme. Car c’est Crop qui supervise la production chez Stax : «Steve Cropper had that WHITE thing that said because you’re Black, you’re supposed to do exactly what this white man says.» Eh oui, on touche aux limites du système. Et quand Crop va quitter Stax, Rufus va pousser un soupir de soulagement : «I started doing the records without Steve and the records came along very well without him.» C’est Al Bell qui produit. On reste entre blacks. Plus de Crop et plus de Jim Stewart.

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             Rufus revient effectivement en force avec Do The Funky Chicken. Sans doute est-ce là son meilleur album, en tous les cas ça chauffe dès le cot cot codec du morceau titre. C’est l’apanage des alpages, l’Ararat de Rufus. Il chante son «Sixty Minutes Man» à l’Africaine, il invente le funk africain de Memphis, un boogaloo digne du funky booty de la Nouvelle Orleans. On se régalera aussi de «Looking For A Love», big shoot de R&B doté de chœurs superbes. Les filles dansent en chantant et shootent du bon vieux gospel batch. On entend aussi le fameux «Bearcat» d’Uncle Sam, un plagiat qui lui avait coûté la peau des fesses, au temps où Rufus enregistrait sur Sun. Nouveau coup de Jarnac avec «Rufus Rastus Johnson Brown», soutenu au big bassmatic ailé. Les gros hits sont là, au bout de la B, «Turn Your Damper Down», admirable groove de Soul qu’il chante au sommet de son registre royal de Stax swinger, et «The Preacher And The Bear», staxé jusqu’à la moelle. On voit cette brute de Rufus rapper le fromage de la Soul, même la croûte. Ruddick recommande d’écouter la red sur CD, à cause des non-album singles.

             En quelques mois, Rufus refait surface, «from being label’s ‘yesterday man’overlooked in Al Bell’s Soul Explosion, to their best selling single artist of 1970.» Rufus a 54 ans !

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             S’ensuit un live intitulé Rufus Thomas Live Doin’ The Push & Pull At PJ’s. Pas de surprise, on voit l’amuseur public à l’œuvre. Il sait faire rire une salle. Il tape dans une série de classiques comme «Ooh Poo Pah Doo» et «Walking The Dog». On passe un peu à travers. La B est beaucoup plus tenace, on sent la puissance intangible du grand Rufus dès «The Preacher And The Bear», et il enchaîne avec une version extrêmement heavy de «The Right Time Is The Night Time». Il termine avec «Push & Pull» et pour annoncer son Funcky Chicken, il cot-cotte. Il demande au public : «Do you wanna see the hen ?» Il ajoute : «Tomorrow yeah, tonite, hummm...» Ruddick indique qu’avec cet album live, Rufus est au peak of his powers.   

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    Soul Children

             Puis Miz Axton est écartée de Stax par Al Bell. Stewart prend le parti d’Al Bell quand celui-ci menace de quitter Stax, et pouf sa frangine est virée. Al Bell reprend tout à zéro en signant les Staple Singers et les Soul Children. Après le départ de Sam & Dave, le prophète Isaac se concentre sur les Soul Children de John Colbert. Al Bell rate de peu Al Green qui vient de signer sur Hi. Al Bell change toute l’organisation de Stax, et ça fout le bordel. Alors Crop essaye de le raisonner et Al Bell l’envoie sur les roses. Il devient son ennemi. Crop se barre. C’est la fin de la Stax family. Rufus doit désormais prendre rendez-vous quand il veut voir quelqu’un chez Stax.

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             Al Bell joue sa dernière carte en 1968, the Soul Explosion, il enregistre 28 albums en 8 mois : Carla Thomas, William Bell, Eddie Floyd, Booker T & The MGS, Albert King, John Lee Hooker et les premiers albums de Soul Children et de Mavis Staples. Mais aussi et surtout l’Hot Buttered Soul du Prophète Isaac, enregistré chez Ardent. Bizarrement, Rufus ne fait pas partie de la Soul Explosion. Il vit ça comme un manque de respect de la part d’Al Bell. Rufus enregistre pourtant un album, May I have Your Ticket Pelase? qui ne sortira pas. Rufus vit ce couac comme une insulte personnelle. Il est d’autant plus choqué qu’il se sait pionnier chez Stax, et que sans lui, Stax n’aurait jamais décollé. De son côté, Crop a monté son studio, TMI Studios, où il enregistre John Prine, Rod Stewart et Ringo Starr. Quant à Rufus, il décide de rester chez Stax.

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             Magnifique pochette que celle de Did You Heard Me ? paru en 1972 : on y voit Rufus de trois-quarts arrière sur un fond rouge. Avec celles d’Electronic Magnetism de Solomon Burke et du Yeah!!! d’Aretha, elle pourrait bien être l’une des pochettes emblématiques du R&B. C’est là qu’on peut entendre l’excellent «(Do The) Push & Pull» en deux parties, oui, on y savoure l’énorme power de Rufus, il sonne bien les cloches du Stax Sound avec les Bar-Kays. Ah quel fantastique swagger de gros popotin ! Il relance au Arrrr et se remet à danser le beat du Push & Pull. Rufus gère sa Soul en pur shouter. Sir Mack Rice pointe son museau de compositeur génial dans «The Breakdown», même si c’est moins puissant que Push & Pull, il y règne une chaleur torride. C’est du solide funk de Soul dont on trouve le Part Two en B - Break on down ! - Avec «Love Trap», Rufus rocke sa Soul avec un power maximalis d’empereur de Rome. Il détient le pouvoir suprême du Stax System. Et on entre dans une sorte de mythologie avec «Do The Funky Penguin» : mythique pour trois raisons : Stax/Rufus, Sir Mack Rice en tant que co-auteur, et les pingouins - Cold on your feet/ Kick out the shoes - Dans le Part Two, il ramène du get on up de James Brown et demande à tout le monde de danser le Funky Penguin, do it, do it ! Puis on entend James Alexander des Bar-Kays enrouler le bassmatic de «Ditch Digging», encore une compo du grand Mack Rice. 

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             L’année suivante paraît un autre classique Stax, Crown Prince Of Dance. On voit Rufus danser sur la pochette de cet album funk. Véritable coup de génie que ce «Funkiest Man Alive». Cornell Dupree & the Kingpins accompagnent Rufus tout au long  de ce fantastique shuffle de funk digne de James Brown, car oui, ça groove sous la peau du beat - Feel the funky vibrations ! - Après le pingouin et le poulet, il passe au robot avec «Funky Robot». Il fait encore du pur James Brown avec «Git On Up And Do It», c’est exactement la même puissance africaine, et il reste dans l’heavy funk en B avec «I Wanna Sang» - I don’t wanna dance/ I wanna sang/ Somebody give me a tune/ Help me somebody with this song - et il insiste pour dire qu’il wanna sing. Il tape aussi avec Carla une cover de «Bring It On Home». Rufus Thomas ne fait que des albums solides, il est préférable de s’habituer à cette idée. Et puis si on retourne la pochette, on voit Rufus porter une énorme couronne. Son surnom de real King of Memphis vient sans doute de là.

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             Puis c’est Wattstax, en 1973 à Los Angeles. C’est selon Ruddick le pinacle de Stax, avant la faillite en 1976, puis la liquidation en 1977. Jim Stewart a tout perdu. All Bell va rebondir en devenant président de Motown Records à la fin des années 80, puis il va bosser avec Prince et Mavis Staples. Al Bell dit que les blancs de Memphis ne supportaient pas de voir un business Black prospérer. Le Prophète Isaac va poursuivre Stax en justice, puis il va être persécuté par le fisc, par l’Union Planter Bank et par son ex-femme. En 1976, le Prophète Isaac est ruiné. La Stax story est une tragédie shakespearienne.

             Rufus fera partie des survivants. On verra ça la semaine prochaine, si vous le voulez bien.

    Signé : Cazengler, Rufus Tomate

    Rufus Thomas. Walking The Dog. Stax 1963    

    Rufus Thomas. Do The Funky Chicken. Stax 1970

    Rufus Thomas. Rufus Thomas Live Doin’ The Push & Pull At PJ’s. Stax 1971

    Rufus Thomas. Did You Heard Me ? Stax 1972

    Rufus Thomas. Crown Prince Of Dance. Stax 1973   

    Matthew Ruddick. Funkiest Man Alive: Rufus Thomas & Memphis Soul. The University Press Of Mississippi 2023

     

    *

             Toujours un petit tour au rayon presse lorsque je fais les courses, par acquis de conscience car la console rock est des plus maigres. Pour cette fois uniquement Rock ’&’ Folk, attention le gros titre est alléchant, L’album perdu des Cramps, pas la peine de m’inquiéter, dans notre blogue officie the fabulous Cat Zengler, crampologue distingué et acharné, si vous ne me croyez pas sur parole, procurez-vous au plus vite Le Petit  (manière de parler il dépasse les cinq cents pages) Abécédaire de la Crampologie paru en 2016 au Camion Blanc mis au point par un certain Patrick Cazengler… certain qu’il nous en causera lors d’une proximale livraison, la sortie est prévue pour dans trois jours, le 21 août. Du coup, je feuillette le zine, par curiosité, pas du tout, par instinct fatidique du rocker, incroyable mais vrai, un truc sur Gene Vincent !

    THE DAY THE WORLD TURNED BLUE

    GENE VINCENT

    BENOIT SABATIER

    C’est dans la rubrique Rehab’, d’habitude on y chronique un album qui lors de sa sortie est passé selon l’expression consacrée sous les radars. Triche un peu le Sabatier, l’en chronique un trio, les trois derniers, I’m Back I’m Proud chez Dandelion et les deux ultimes, testamentaires, If You Only Could See Me Today, et The Day of the World Turned Blue chez Kama Sutra.

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    N’a pas beaucoup de place, notre chroniqueur, la page en vis-à-vis est occupée par un beau portrait de Gene, les yeux perdus entre rêve et angoisse, mais il se débrouille bien. Bien sûr les fans n’apprennent rien, mais ce n’est pas ce que l’on dit qui compte, c’est la manière dont on le dit.

    Toutefois le lecteur qui ignore tout de Gene, reçoit un drôle coup de semonce sur le museau. En deux colonnes Benoît Sabatier le confronte non pas à une rapide biographie du chanteur, mais au Mythe Gene Vincent. Certains s’enfuiront en courant, effrayés. Ce n’est pas grave. Le rock’n’roll n’a pas besoin d’eux. Ceux qui resteront, qui chercheront, sont désormais prisonniers d’une sacrée bande. Non pas une bande de rockers en perfecto, celle de Möbius, le mathématicien qui faute d’être né bien trop tôt n’a jamais reçu le ruban rouge de la Légion d’Honneur. Le ruban de Möbius c’est un peu comme le concept nietzschéen de l’inversion des valeurs, vous pensez que l’on va vous présenter un bon disque et vous vous retrouvez sur les anneaux verlainiens de Saturne.

    Life like poetry.

    Damie Chad.

     

    *

             Molossa et Molossito n’ont pas bougé une patte. Me connaissent, ne pas trop me déranger quand juché sur mon échelle j’inspecte le rayon philosophie de L’Ivre Lire la librairie d’occasion de l’ami Gérard à Foix. Ensuite j’ai décidé de jeter un coup d’œil sur les CD. Beaucoup de jazz. Gérard aime le jazz. C’est là son moindre défaut. Faute de rock me suis rabattu sur le blues. Avec le blues on gagne à tous les coups. D’ailleurs j’ai forcé la chance. Je tire au hasard, si ça me dit, je prends. N’ai même pas eu le temps de lire la couve. Molossito et Molossa s’agrippaient déjà à mes jambes. A croire que je détenais un kilo de steak haché entre mes mains. Je les connais, si je n’obtempérais pas à leur désir ils se mettraient tous les deux à hurler à la mort. Oui, je l’emporte à la maison. Se sont calmés. J’ai vite compris pourquoi.

    JAZZ PUNK CIRCUS

    LA DANSE DU CHIEN

    (Mosaic Music Distribution / 2004)

    Jamais entendu parler d’un tel bastringue. Ecoute rapide, quelques secondes, ouais plus jazz que punk, je l’emmène tout de même. C’est au moment de rédiger la chro que sur Discogs je m’aperçois qu’ils ont enregistré deux autres records après celui-ci. Leur site n’existe plus, se sont formés en 1998 et ont dû arrêter autour de 2020. Je déniche une interview relative à la sortie de leur troisième opus, sympas citent des gens que l’on aime beaucoup par chez nous, Captain Beefheart, Jon Spencer Blues Explosion, Jack White, Iggy… d’abord pour le blaze se sont inspirés de Pire qu’un Chien le titre de la bio de Charlie Mingus, donnent dans le blues déjanté, club des détraqués, coups de folie festifs et rentre-dedans idéologique, se considèrent plutôt comme un groupe de scène… L’est plus que temps de se  focaliser sur le fossile.

    Au premier coup d’œil, vu les images de la pochette, extérieure et intérieure, et le titre de belle langue françoise, Gérard et moi-même avons subodoré   un groupe inconnu venu de la Nouvelle-Orléans. Erreur sous toute la ligne de flottaison : des français, des gars bien de chez nous. Ouf, après les prochaines élections nul besoin de les renvoyer chez eux !

    Sont nombreux, deux tribus distinctes : le groupe : Sébastien Teulie : guitare, banjo, chœurs / Fred Debraine : contrebasse / Paul Melnotte : batterie, percus, hurlements / Stephane Routier : sax baryton, alto, flûte / Eric Letinier-Simoni : chant, harmo, concertina, textes  / Gilles Gougaud : maçonnerie.

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    Les invités :  Alex Esquoy : tuba / Pierre Frasque : contrebasse / Christophe Heyman : trombone / Magic Malik : flûte / Yan Martin : trompette / Olivman : contrebasse / Mathieu Paulus : trombone / J.D Souza : trompette.

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    Introduction : roulement de tambour, rire bête, le garde-champêtre énonce les festivités parmi des bruits divers et d’été, la relève est prise par un générique de film amerloc, que l’on entend mal. Mad dogs : c’est parti pour une espèce de mambo cuivré, un vocal flottant qui navigue à vue sur un plateau mouvant qui oscille entre fanfare désossée, solo de faux-sax déboussolé, le pire c’est que cette incertitude membranée cahote joliment dans vos esgourdes, un déséquilibre merveilleusement mis en place. C’est moins bien que Muscle Shoals mais rien à redire le baryton a du muscle. Cacophonie mélodieuse, et délicieuse. Song to the moon : un chien aboie, je supposons à la lune. C’est tout doux, profitez-en, l’éclipse ne tardera pas. King of the road : changement d’ambiance, le vieux truc de Roger Miller, le crooner s’amuse, l’orchestre lui emboîte le pas, un peu bancal, une pile d’assiettes qui penchent dangereusement, qui tombent mais qui ne se cassent pas, le garçon sifflote, maintenant il jongle avec des plats en étain qui s’entrechoquent. Mother : se la jouent rock, z’ont pas de guitare, qu’importe ils se débrouillent avec la fanfare, au vocal l’on pense qu’il va étrangler sa mère, tout le monde s’en fout, beau moment de rigolade collective, elle miaule comme un chat assoiffé, le sax imite le cri de la bestiole pelée vivante, oui je sais c’est cruel, mais les affaires de famille vaut mieux ne pas s’en mêler, sauf à la fin pour récupérer l’héritage. Incognito : l’on ne sait pas si c’est une femme ou un homme qui… disons que c’est un intermède. I got it : vous avez une flûte qui ramène sa fraise aigüe de temps en temps, le maillet d’une percu essaie de l’écraser sans y réussir, chacun y va de son petit bruit musical qui s’intègre si bien à l’harmonie que l’on n’y fait pas gaffe, el cantaor emporte le morceau, mène la charge comme Murat à Waterloo. En fin de partie c’est la fraise qui sort vainqueur. The night keeper : quelques rapides hoquets de cordes de pendu, une voix par-dessus, style funambule en lunette noire qui suit le fil en marchant la tête en bas, vous n’arrivez pas à comprendre l’effusion sonore de joie qui suit, mais c’est magnifique. Le sax conduit son automobile à fond la caisse sur l’autoroute à contresens, vous vous sentez merveilleusement en sécurité, tiens ce n’est pas terminé. Ah, oui maintenant. Carlos song : Carlos a la voix qui fait le gros dos comme un chat repu après son repas.  Vous pousse la chansonnette dans les orties de l’opérette. Sang fouetté ne saurait mentir. No big deal : chanteur de rythme, ce n’est pas Sinatra mais ce n’est pas sinistre non plus, vous prend un timbre mielleux comme un ruban tue-mouches, il roule des épaules, il swingue et les autres le suivent puisqu’il les précède, la contrebasse résonne comme une boîte de petits pois, un tuba pleure dans son coin ce qui n’empêche pas les trompettes de coulisser comme des pieds, attention ce n’est ni Ellington ni Satchmo, mais ça s’énerve méchant. Happy : l’on n’entend pas grand-chose, le gars n’a plus de maison alors la fanfare lui construit une cabane vermoulue avec le termites qui courent partout, le pire c’est qu’il ne s’en plaint pas, l’est heureux, attention un passage cool-jazz, restez cool, il ne durera pas, d’ailleurs déjà ça tressaute dans le ruisseau, une vague sonore de bonheur déferle sur vous, elle vous arrache le maillot  de bain, nu comme un ver votre petit solo de flûte priapipe montante ne dure pas longtemps, il s’arrête brutalement. Out of here : tournicoti de guimbarde, le mec se la joue rebelle, il défie le monde entier, se prend pour le maître de l’univers, l’est le sheriff des âmes perdues. Vous adorez, barbote dans le swing comme un canard dans une mare. De sang. French wine : déclaration nationaliste en faveur de la production nationale. Si ce n’est pas ça le trombone vous fait une déclaration d’amour langoureuse comme un serpent qui se glisse entre les cuisses. Alors les cuivres rutilent pour fêter la victoire. Le tout  se termine sur une sonnerie à mort. Black W. : l’on ne finit pas tranquillou mais l’on reste dans la tempête forte six. Le gars vous prend la voix de celui qui a tout vécu et rien compris, alors il s’énerve, vous fout des coups de pieds un peu partout, l’enfonce la porte ouverte du vaisselier, bref un tohu-bohu final, sont comme des chevaux qui regagnent l’écurie au pas de course, et poum voici le blues qui tue, triste comme la mort qui vous colle à la peau et vous donne envie de vous jeter à l’eau. Pardon de jeter l’eau de votre whisky. Pensez à votre suicide. Il s’approche. Un chien aboie. La caravane de la vie passe. Resterez-vous au bord de la route, ou la queue basse rejoindrez-vous le troupeau ?

             Un disque qui fait rire pour vous empêcher de pleurer. Drôlement bien foutu. Des gars qui ont tout compris. La musique et la vie. Peut-être même la mort.

    Damie Chad

     

    *

             Vous connaissez mes goûts tordus. J’avoue que cette fois j’outrepasse l’outre-tombe comme dirait Chateaubriand. Ne dites pas que vous n’aimez pas ce genre de musique. Pour une simple raison, j’aurais chroniqué cet album même si je n’avais pas eu l’occasion de l’écouter, imaginez par exemple une panne d’électricité.  Parfois la musique n’est pas nécessaire, il suffit de comprendre l’idée formelle selon laquelle elle est véhiculée. Quand vous voyez une chose, au lieu de regarder la chose elle-même, fixez plutôt votre attention sur votre vision de la chose. Vous verrez que cela change votre rapport au monde. Et aux choses.

    NAGALITE

    LILI REFRAIN

    (Bandcamp / Mars 2026)

             Bien sûr c’est mon œil qui a tout décidé. L’œil limpide de l’univers comme disait Arthur Schopenhauer, l’immortel auteur du livre Le Monde comme Volonté et comme Représentation. En gros je vous résume l’opuscule, vous ne voyez que ce que vous voulez voir. J’ai flashé sur la pochette. Comment en un seul dessin son créateur a-t-il pu exprimer deux de mes marottes favorites : la louve romaine symbole de l’Imperium Romanum et le mythe de l’Ouroboros. Je suis illico allé jeter un coup d’œil sur l’Instagram de l’artiste. Pas eu à chercher longtemps suis tombé pile sur la couve du disque et le dessin dont elle procède. Bien sûr il y avait la louve et le serpent, mais le plus important ce sont les vers en italien qui l’accompagnaient, je vous refile la traduction : « Je creuse ma plaie terrestre. Je suis des corps célestes lointains, des constellations de pierres, qui ne sont rien d'autre. Des demeures des dieux, les appelle-t-on. Le miroir d'une fragilité partagée. Je suis une Déesse, oui, dans l'éternité de ma quête. » attribués à un certain Brahadma Patachuli, et tirés d’un recueil intitulé Canto dell'Errante. Il ne m’étonnerait pas que ce Brahadma Patachuli ne soit qu’un hétéronyme du graphiste Nicola Alessandrini, son Instagram dévoile un véritable artiste, et surtout que le titre de ce recueil ne soit un hommage au poëte romantique italien Giacomo Leopardi dont un de ses Conti s’intitule : Canto notturno di un pastore errante dell'Asia.

             Lili Refrain est une artiste italienne. Cet opus est sa septième création. Tout récemment elle a produit une bande-son pour un jeu vidéo. Active depuis 2017, elle s’est déjà produite en de nombreux festivals.

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             Me reste à revenir sur ma première interprétation de la couve. Nagal signifie serpent en sanscrit. Lit vient du grec lithos qui signifie pierre. Femme de chair et serpent de pierre. L’on a envie de parodier Zarathoustra, je vais vous montrer comment la femme s’est transformée en serpent, comment la chair se fit pierre et comment la statue de pierre adopte un statut de déesse.  Le récit d’une métamorphose, comment devenir déesse en quatre étapes alchimiques. Nicola Alessandrini a donné un titre à son dessin : La Cercatrice, le mot italien est bien plus beau que sa traduction française de ‘’ chercheuse’’. Nous pensons à Ovide et à ses Métamorphoses. Il faut comprendre que l’opération alchimique est avant tout mentale. L’on ne se transforme ni en boa constrictor de pierre ni en déesse choisissant ses appartements sur l’Olympe. Le reptile qui sort de la bouche de la jeune femme n’est que l’expression extérieure symbolique d’une opération de pensée qui consiste à incorporer en son corps l’immortalité du serpent (accordée par les mythes), de muer en quelque sorte pour atteindre une nouvelle dimension, suprahumaine s’exclamerait Nietzsche en clignant de l’œil.

    Lili Refrain : vocal, guitare, percussions, synthétiseurs, loops in vivo / Stefano Morabito : enregistrements, production.

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    Exuvia : (ce mot désigne ici le processus par lequel le serpent se défait de son ancienne peau) : le serpent se tortille sur la terre mais la voix de Lili Refrain flotte haut parmi les anges, le morceau le plus beau qui mêle notes funèbres d’abandon d’une ancienne existence et l’aurore d’un nouvel accroissement existentiel paré de diaprées aurorales. Nagal : voici le serpent, tapotements introductifs, le chant s’élève, une voix trop charnelle, nous voici dans une chanson, nous aimerions subir la métamorphose de cette chair de femme qui se transforme en reptile, certes elle chante comme une diva mais l’on aimerait voir poindre la tête squamatique de la  kundalini se faufilant dans les os de la cage thoracique, pour les curieux vous avez une official vidéo, l’on n’y voit pas de serpent, tout au plus quelques branches d’arbres entrelacées, et trois femmes, la vestale blanche qui agite son voile à la Loie Fuller,  une autre toute de noir vêtue est-ce la Mort indissociablement mêlée à la vie, est-ce pour cela que l’eau des ruisseaux  n’arrête pas de couler à la manière du temps qui fuit sans s’arrêter, les trois femmes unissent leurs mains, est-ce le signe de la future acceptation du changement, la mise en train du phénomène opératif, la musique s’intensifie. Ordalie. Marcher sur ses propres cendres.

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    Encore brûlantes. Dernières notes cristallines. Coil : pour un peu l’on croirait entendre un groupe de metal qui répèterait loin de nous, dont le bruit nous parviendrait assourdi, un moteur d’avion très haut dans le ciel, tourne-t-il en rond, ces ondées de notes sont-elles un adieu à ce qui bientôt ne sera plus  qu’une étape franchie, ces ronronnements de rotor finiront-t-ils par se taire par s’immobiliser comme si le sang commençait à se figer dans les veines… le processus entre en phase terminale. Lithos : il est clair que le processus de coagulation lithique se propage doucement, sans doute faut-il substituer à l’idée d’une minéralisation corporelle celle d’un changement de nature de la perception humaine, le chant s’élève, le serpent de pierre pense, il n’est pas un épaississement des sensations primales et animales, maintenant le regard fascine tout ce qui l’entoure, ne caressez pas la tête du serpent, le divin dont elle est pétrie est un venin mortel, il foudroie et brûle, il détruit tout ce qui n’appartient pas à l’orbe éthéré de l’outre-monde, il est la mort et il est l’immortalité, tout dépend de quel côté de la brisure où vous êtes, pourquoi le chant est-il empli d’une telle sérénité et en même temps d’un tel désespoir, ce qui est en vous au-dessous de vous et ce qui est en vous au-dessus de vous, avez-vous compris que vous serez toujours sur la ligne de partage des eaux.

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    Périlleuse traversée. Sachez dans quel sens vous vous dirigerez.

             Je conseillerais à l’impétrant néophyte de ne pas écouter cet oratorio en touriste qui visite la tour de Pise. Elle risque de tomber sur vous par le côté par lequel vous penchez.

             De toute beauté.

    Damie Chad.

     

    *

    De la logique avant toute chose ! La semaine dernière nous avons débuté cette nouvelle saison kruntique avec Thumos, voici le dernier opus de Telesterion. Bref nous ne quittons pas les légendaires rivages de la Grèce antique. Il y a huit jours nous assistions au procès de Socrate, nous voici maintenant avec celui qui sur son Bandcamp se présente comme le chantre de Demeter. Au cœur des Mystères sacrés d’Eleusis… en pays de connaissance. Enfin presque… Les choses sont toujours plus compliquées que l’on ne le présage…

    INVOKING THE MUSES

    TELESTERION

    (Subsound records / Août 2026)

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             La couve est rassurante. Façon de parler. Une évocation picturale de la chute d’Icare. Reproduction d’une magnifique fresque de Pompéi. Chez les Grecs le moindre geste est prophétique. Il faut savoir interpréter les signes. Nous sommes inquiets. Sur quoi allons-nous tomber… En tout cas sûrement de haut. Jugez-en par vous-mêmes. Aucune composition originale. Uniquement quatre reprises de groupes anglais et américain dont à première vue l’attachement à la mythologie grecque n’est pas la vertu cardinale. Vous ne serez pas perdus, puisque le Cat Zengler  a longuement chroniqué ces groupes  en d’antérieures livraisons.

             Reste que l’on peut se poser quelques questions quant au rapport à établir entre la couve du disque et le titre de l’album. Il est inutile de rappeler l’aventure d’Icare qui oubliant les injonctions prudentielles de son père s’approche trop près du soleil… la cire qui retenait l’empennage de ses ailes fondant à la chaleur de l’astre précipite la chute et le trépas du malheureux. Faudrait-il interpréter l’envol d’Icare, non pas comme l’échec lamentable d’une évasion qui tourne mal, mais comme une invocation aux Muses dont la montée d’Icare vers le soleil serait en quelque sorte une image symbolique de l’appel lancé par le poëte vers les demeures olympiques pour supplier les Muses de l’inspirer…

    Cast no shadows : morceau d’Oasis issu de leur deuxième album : (What’s the story ? Morning Glory) :  deuxième interrogation, quel lien entre l’univers de Telesterion et la splendide ballade des frères Gallagher, question paroles l’on y retrouve certes le soleil mais aussi hélas un héros accablé par l’existence humaine qui non seulement est incapable de s’exhausser vers l’étoile suprême mais de si peu d’importance et d’épaisseur êtrale dans le monde cosmosique que sa frêle silhouette est incapable de projeter son ombre sur le sol… Nous pensons à Eratosthène et à Gérard de Nerval mais cela nous entraînerait trop loin. A notre goût Telesterion reste trop près de la ligne mélodique de l’original, il lui insuffle tout de même une plus grande épaisseur phonique, toutefois la batterie n’a pas ses à-coups de sourde et lourde violence si caractéristique de son style habituel. Pristina : morceau de Faith no More issu d’Album of the Year paru en 1997 : il existe malgré leur apparence de grandes similitudes entre ce morceau de Faith No More et le précédent d’Oasis, ici une lente ballade orchestralement beaucoup plus dépouillée, dans les paroles l’on retrouve la présence de ce nous nommerons les Autres, ou les Ennemis, ou si vous préférez tous ceux qui vous empêchent simplement de vivre à votre guise : la version de Telesterion est empreinte d’une majesté hiératique qui surpasse de beaucoup le modèle, ce ne sont plus les frères humains qui vous en veulent à mort, mais beaucoup plus précisément l’espace sidéral qui sépare la petitesse anthropologique de la démesure idéenne des Dieux. Shout : morceau de Tear for Fears issu de leur deuxième album Songs of the big chair paru en 1985 :  Je me demande ce qui a bien pu séduire Telesterion dans cette espèce de ballade monotone à mourir d’ennui, enfin tous les goûts sont dans la nature. Des choses, ajouterons-nous pour retrouver un parfum de philosophie grecque. Pas difficile pour Telesterion de faire mieux, mais que voulez-vous ce n’est pas dans un marbre friable que vous parviendrez à engendrer une sculpture digne de Phidias. Reconnaissons qu’à l’impossible nul n’est tenu. Telesterion n’est pas parvenu à transformer le rythme battérial répétitif en ces décharges de foudre qui sont sa marque de fabrique. On hallow’ s eve : morceau de Killing Joke issu de leur quatorzième album MMXII paru en 2012, élémentaire mon cher Watson ! :  c’est peut-être le morceau qui se rapproche le plus de Telesterion, évidemment il faut se boucher un peu les oreilles pour échapper à cette voix creuse inexpressive qui vous raplaplate la song et lui file un profil de spaghetti anémique. Telesterion vous épaissit la daube informe et infâme, lui insuffle du nerf (de bœuf) et un peu de peps, je reconnais que ce n’est pas difficile. Toutefois le résultat ressemble davantage à de la chansonnette qu’à de de la musique sacrée. Je ne crois pas que Demeter eût aimé ce morceau. C’est dommage, c’est tout de même un titre à la gloire de Perséphone. Comme quoi ce qui est perséphonique n’est pas toujours superphonique.

             Ce dernier EP de Telesterion est décevant. Trop éloigné de son projet initial et fondateur. Si Telesterion a voulu rendre hommage à quelques titres qui lui sont chers pour diverses raisons, je puis l’accepter, à sa place je les aurais enregistrés et produits sous un autre nom.  Il ne faut pas mélanger les torchons et les serviettes. Encore moins le chant des Muses avec les rengaines des foules anonymes. 

             Nous n’avons pas été confrontés aux anciens Mystères, toutefois nous en avons découvert un autre : comment se fait-il, comment puisse-t-il se faire, qu’un groupe qui nous a toujours ému puisse avoir été influencé par des chansons sans aucune originalité. Comment d’un terreau aussi stérile, sans âme ni corps, a-t-il pu engendrer des fleurs de folle luxuriances. Tout ce que nous pouvons souhaiter à Telesterion c’est de retrouver Telesterion.

    Damie Chad.

     

    *

             Tout génie a ses moments de faiblesse. Les exemples sont nombreux. Je n’en citerai qu’un. Le mien. Dans la série Alzheimer me guette. Dans la livraison  310 du 05 / 07 / 2017 je chroniquais Le jeune lion dort avec ses dents de Michel Lancelot. Voici une année dans la livraison  700 du 29 / 08 /2025 ce fut le tour de Julien des Fauves du même Lancelot. Or je n’ai pas rapporté uniquement La danse du chien de chez Gérard, l’ami qui tient L’ivre Lire dans la bonne ville de Foix. Quelques livres, dont un que je recherchais depuis longtemps… et dont je me suis empressé d’écrire la kronic que vous lirez ci-dessous. (A suivre).

    JE VEUX REGARDER DIEU EN FACE

    (LE PHENOMENE HIPPIE)

    MICHEL LANCELOT

    (Albin Michel / 1968)

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    Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis la parution de ce bouquin. Les temps ont changé, les mentalités aussi. J’essaie, en pure perte, de me représenter ce qu’en penserait un adolescent d’aujourd’hui qui trouverait cet opuscule au fond de la bibliothèque familiale. Surtout une fois qu’on lui aurait expliqué le traumatisme profond qu’avaient provoqué ces jeunes gens, surtout les filles, qui ‘’en vrai’’ se baignaient tout nus dans le film Woodstock. De toutes les manières, chacun se doit de découvrir sa propre porte d’entrée dans l’ouvrage qu’il entreprend de lire.

    Chance extraordinaire, j’ai trouvé la mienne, avec en plus la clef dans la serrure, avant même la première page. Un truc que j’ignorais : Michel Lancelot avait antérieurement à cet ouvrage qui lui apporta la célébrité publié trois autres livres, dont un qui à première vue n’a aucun rapport avec le phénomène hippie si l’on en juge d’après le titre : Anton Bruckner. Biographie. Musicien classique allemand, né en 1824, mort en 1896, pour faire vite, ses neuf Symphonies font le lien entre celles de Beethoven et de Gustav Malher. Rien à voir avec les hippies donc. Mais beaucoup avec Dieu. Bruckner fut un esprit profondément, sincèrement et obsessionnellement religieux. Fut continuellement préoccupé par un problème qui ne doit pas empêcher la plupart de nos lecteurs de dormir : comment l’infinité des possibilités mathématiques de la musique pourraient-elles rendre compte de l’absoluité de la grandeur de Dieu ?

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    L’est facile de stigmatiser les hippies : tous des drogués ! C’est évidemment explorer le phénomène hippie par le petit bout de la lorgnette.  Si l’on part du principe idiot et stérile que le L. S. D. est une drogue aussi pire que toutes les autres l’on oublie que tout phénomène social possède un aspect métaphysique. Or, il ne faut pas oublier que l’apparition du L. S. D. dans les milieux favorisés de la jeunesse californienne acquit très vite une dimension que l’on qualifiera d’ultra-métaphysique. D’autres produits depuis des siècles ont conduit à  des effets similaires. De nombreux peuples en ont usé. Et peut-être abusé. Mais leur emploi s’inscrivait dans l’ordre naturel des choses.  

    Dans la grande Amérique rien ne se passe comme ailleurs. Le L. S. D. bénéficia d’une campagne de publicité traumatisante. L’Amérique est un pays profondément religieux. Aucune guerre de religion. Croyez (ou ne croyez pas) en la religion que vous voulez.  Bref si vous désirez que votre produit décolle, vous avez intérêt à posséder un slogan qui cogne fort. Oui le L. S. D. agit sur votre cerveau, oui il modifie votre état de conscience, oui vous en voyez de toutes les formes, de toutes les couleurs. Mais tout ça c’est de la poudre de perlimpinpin ! L’avantage du L. S. D. est très simple : en quelques minutes vous arrivez facilement, sans enseignement, sans prière, sans macération ni supplication à atteindre ce que seuls de rares mystiques réussissent après d’infinies années d’apprentissage ! L’agit comme un accélérateur de particules divines !

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    Face à face en direct avec Dieu ! Qui dit mieux. De quoi susciter des vocations ! La jeunesse ne s’y trompa pas. Les adultes non plus. Les congrégations religieuses non plus. Les autorités non plus. Que les individus ne ressentent plus la nécessité de cadres de domination, voici la porte ouverte à l’anarchie, à la fin de la société !

    Démarré au tout début des années soixante le mouvement connut son apogée en 1966. San Francisco fut son point de fixation. Le refus de la guerre du Vietnam accéléra le principe de la non-violence, les rapports hiérarchiques et coercitifs cédèrent la place à l’entraide, au partage, liberté individuelle, à chacun selon son désir… Des centaines d’adolescent fuguèrent et vinrent se greffer sur les fragiles communautés en voie de formation, en 1967, ce fut le reflux…

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    Les deux-tiers du livre correspondent parfaitement à son titre. Michel Lancelot ne s’en cache pas, il partage ce sentiment de christianisme diffus et déceptif dans lequel baignait plus ou moins consciemment la jeunesse occidentale. Il s’étend longuement sur les tenants et les aboutissants de cette implantation culturelle et civilisationnelle dans laquelle les consciences européennes barbotent. Pour le dernier tiers du livre qui relate la décrue du mouvement il essaie de sauver les meubles. Il visite une de ces communautés où des hippies essaient de fonder une nouvelle manière de vivre. Ambiance sympathiques, hippies de bonne volonté, il n’y croit pas vraiment mais il ne le dit pas. L’on sent très bien que la normalité de la reproduction sociétale est en marche. A pas plus ou moins feutrés.

    Alors il pense à nous, petits lecteurs français qui rêvons de la grande Amérique. Le mouvement hippie est en pleine déliquescence mais il essaie de nous faire croire qu’il existe un art hippie, une peinture hippie, un cinéma hippie, une musique hippie, il cite des noms, certes à l’époque on ne les connaissait pas tous (quoique…) mais aujourd’hui ce sont de vieilles lunes, des souvenirs, des  trucs antiques sans trop d’importance…

    Toutefois, il n’est pas mauvais prophète, il a compris que quelque chose, d’éphémère certes, mais dde significatif a eu lieu, que ses effets ne manqueront pas de se perpétuer, il a le nez dans le caca, toutefois dès l’année suivante par chez nous en France, l’on côtoiera les premiers routards, le rêve est mort, mais il survit sous d’autres formes…

    Damie Chad.

    La suite : c’est alors que je me suis aperçu qu’à la suite du Jeune Lion dort avec ses dents de la livraison 310, j’avais, de mon plus beau clavier, déjà rédigé  la chronique de Je veux regarder Dieu en face ! Il faut croire, puisque je n’en dis pas tout à fait la même chose, que Dieu n’a pas toujours le même visage !