KR’TNT !
KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

LIVRAISON 742
A ROCKLIT PRODUCTION
SINCE 2009
FB : KR’TNT KR’TNT
25 / 06 / 2026
JERRY LEE LEWIS / RONNIE BIRD
BROWN SPIRITS / PINK FAIRIES
LORDS OF ATLAMONT / CHRIS O’DELL
HILL-BROTHERS / TWO RUNNER
ROCKABILLY GENERATION NEWS
PSICORRAGIA
SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :
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Livraisons 318 – 729 sur :
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Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images
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Combien sont-elles autour de moi, cinq, dix, vingt, trente, une centaine, cela m’est totalement égal, j’ai mieux à faire. Par exemple introduire ma clef dans la boîte à lettres et à abaisser le couvercle. Insupportables, elles caquètent à qui mieux-mieux. J’esquisse un geste d’impatience. Silence absolu. Elles se taisent, elles ont compris que j’attends quelque chose d’important. Elles ne savent pas quoi. Elles pressentent. Intuition féminine. J’esquisse un sourire, une enveloppe ! Je ne l’ouvre pas, je la déchire. L’étau froufroutant se resserre autour de moi. Elles me connaissent, elles savent que quand j’aborde mon air concentré numéro 12, c’est du sérieux. Un essaim de têtes curieuses se penchent sur l’objet que je tiens en main, je ne le vois pas, l’est noyé sous une houle de cheveux multicolore. Je subodore qu’avec un peu de chance c’est la revue que j’attends. J’essaie de la tirer à moi, je n’en ai pas le temps, un éclat de rire, que dis-je une hilarité générale, s’empare de mes admiratrices, les quolibets fusent :
_ Ah, Damie c’est qui ce zigue il ressemble aux photos de mon grand-père quand il était en colonie de vacances !
_ Hi ! hi ! hi ! t’as vu ces oreilles de Dumbo !
_ Je me demande si nous avons raison de faire le pied de grue devant chez toi !
Qu’est-ce encore, comme la dernière fois où j’attendais le dernier numéro de Rockabilly Generation, déception c’était le bulletin des Cheveux Argentés de la maison de retraite !
Je réussis à me rendre maître de la revue, je pousse un hurlement de joie démoniaque, je brandis le fascicule bien haut, agenouillez-vous péronnelles, vos pensées impures se moquent d’un enfant innocent comme la neige (je sais que j’exagère, c’est la colère), ne savez-vous pas que désormais de grosses boules de feu vous tourmenteront jusqu’à la fin de vos jours !
Honteuses elles s’éloignent, toute penaudes. Je ne leur adresse même pas un regard, elles n’existent plus. Je lis.
JERRY LEE LEWIS
(Part I)
‘’ THE KILLER’’ 1935 – 1957
ROCKABILLY GENERATION
Hors-Série # 8 / Juin 2026

Je me mets dans la tête de l’amateur de rockabilly lambda, les mecs qui me ressemblent, sont comme moi, se sont installés dans leur fauteuil à bascule capitonné préféré, je devine leur pensée, les deux numéros spéciaux que Rockabilly Generation a consacrés aux pionniers du rock étaient super réussis, le Spécial Vince Taylor, deux tomes sur Elvis, deux tomes sur Gene Vincent, continuent sur leur lancée, un premier tome une Jerry Lou, une heureuse initiative qui se fête, tiens je vais m’offrir une lampée de bourbon, une bonne cuvée de Four Roses n’a jamais tué un rocker, en plus ceux qui en sont morts ne sont plus là pour me contredire, surtout que je n’oublie pas un bon cigare, non pas un cigarillo, un vrai barreau de chaise, voilà je suis fin prêt, je débranche le téléfon, je sors mon rafalos pour abattre sans sommation la première personne qui oserait me déranger, que voulez-vous on ne lit pas la bio du killer number one du rock’n’roll sans prendre quelques élémentaires précautions.
J’imagine des centaines de rockers se plongeant dans la lecture de la biographie. Rédigée de main de maître par Julien Bollinger, l’a du style et sans arrêt il vous sort le petit détail que vous ignorez, sans oublier que la famille de Jerry Lou a fourni détails, anecdotes et documents. Je ne voudrais pas passer pour un empêcheur de tourner en rond. Mais nos pauvres lecteurs vont être foutrement déçus. Ça une bio de Jerry Lou, vous êtes fou ! Des bios sur Jerry Lou on en déjà lu quelques-unes, ça une bio, vous vous moquez de moi.
Tricherie sur la marchandise ! Une honte, un scandale. Ces quarante- huit pages ressemblent un peu à l’astéroïde géant qui a trucidé les dinosaures. Une vieille histoire, certes. Mais là, c’est vous qui jouez les dinosaures. Pour l’astéroïde, pas de chance ce sont des mégalithes qui vous tombent dessus à toutes les pages. Vous vous en sortirez, mais vous en resterez marqué à jamais. Le seul qui restera vraiment en pleine forme jusqu’à la dernière page, c’est Jerry Lou, aussi frais qu’une rose. Enfin aussi brûlant que Quatre Roses. Vous qui collectionnez les disques de Jerry Lou depuis plus d’un demi-siècle, vous croyez tout savoir sur votre idole. Vous ne savez rien.
Ne le prenez pas mal, évidemment vous êtes capables de réciter sa discographie en entier, en commençant par la fin, ou dans l’ordre alphabétique, avec le numéro des matrices, mais ce qui vous manque c’est comment dire une juste évaluation du phénomène.
Victor Hugo devait parler de Jerry Lee quand il a déclaré : ‘’je suis une force qui va’’. L’aurait dû ajouter ‘’et que rien n’arrêtera’’. En plus le grand Victor l’aurait pu préciser d’où elle sortait cette force. L’aurait dû pomper sur Julien Bollinger, car lui, il sait d’où procède Jerry Lou. Vous conte l’histoire de la famille depuis le début du dix-neuvième siècle. Ce n’est pas l’histoire d’une famille (nombreuse) qu’il vous révèle, c’est celle de la construction de la grande Amérique. Au cœur du peuple. Des individualités. D’une vitalité invraisemblable. Ne savent pas toujours où ils vont, mais c’est sans cesse en avant. Au milieu des autres mais toujours devant. Ce n’est pas qu’ils veulent être les premiers, c’est qu’ils essaient de donner le meilleur, et parfois le pire, d’eux-mêmes. Une espèce d’aristocratie du peuple sans titre mais une race d’hommes et de femmes qui ne s’en laissent pas conter. Une seule ombre au tableau c’est quand on compare avec notre situation présente. Ne le faites pas, vous ressentirez la médiocrité de nos existences.
Et notre Jerry Lou est l’héritier de cette volition. Il sait ce qu’il veut et encore plus ce qu’il ne veut pas. Pour faire simple depuis tout petit il n’en fait qu’à sa tête. Beaucoup de monde gravite autour de Jerry, je retiens surtout la figure de son père, pas une sombre brute, plutôt un pater familias à l’ancienne Rome, mais l’homme est fidèle à lui-même, aux siens et à Jerry. Ne lui fait pas de cadeau mais il le protège à sa manière. Il n’est pas toujours d’accord, mais il sait car il comprend le fiston n’est pas né de la dernière pluie, tout aurait pu les opposer, ils se respectent, ils se comprennent, ils s’entraident, c’est du donnant-donnant, mais le père donnera beaucoup…
A quel moment exact Jerry comprend-il que son instinct le pousse vers la musique, c’est un long processus, mais le chemin est continu, il s’aperçoit qu’il retient un air qu’il a entendu, qu’il peut le chanter et le jouer sans connaître la musique. Ses oreilles sont branchées sur la radio, il est curieux, une chanson qu’il aura entendue à treize ans il l’enregistrera quarante ans plus tard, il joue du piano comme un dément, mais il découvre qu’il s’inscrit dans une lignée qu’il ne connaît pas mais qu’il découvre peu à peu. Lui l’impétueux, l’incandescent, il sait écouter, il sait être confiant et reconnaissant lorsqu’il comprend qu’il a encore à apprendre. Il n’a pas de barrière, il se faufile dans les bars et les boîtes réservés aux noirs, il insistera, il n’a pas peur, rien ne l’effraie…
Les dernières pages sont fascinantes, l’enfant est devenu un rocker, il est chez Sun, il rencontre Elvis, il sent qu’Elvis ressent comme une inquiétude devant son impétuosité, l’Hillbilly Cat a la prescience qu’un jour ce gars-là pourrait prendre sa place, qu’il n’en fait qu’à sa tête, un rebelle dans l’âme, peut-être tout simplement un indocile. Celui qui à l’école n’écoute pas les admonestations du maître, qui adopte une conduite oblique, déviante, celui que les filles regardent en premier…
L’on sort de ce premier tome époustouflant un peu déboussolé. Certes depuis le premier disque entendu Jerry Lou occupait une place de roi dans notre panthéon mais on ne l’imaginait pas si grand, si entier, on le redécouvre, l’on assiste à la fabrication du mythe, non pas le culte concocté par l’adoration des fans, car l’on s’aperçoit qu’entre le mythe et le personnage il n’existe pas un espace où pourrait se glisser un feuillet de cigarette. Jerry s’est construit tout seul. D’où cette sereine arrogance et une terrible solitude différentielle totalement assumée aussi.

Mais il reste encore un deuxième tome pour évoquer cet aspect… Ne nous reste plus qu’à remercier Sergio Kahz et toute l’équipe de Rockabilly Generation, à Linda Gail Lewis, à Sherrie Jacobs Mc Mahon, cousine de Jerry Lou, preuve que bon sang ne saurait mentir.
Damie Chad.
P.S. : je ne l’ai pas mentionnée mais l’iconographie est royale. Normal pour un roi du rock !
The One-offs
- Du Bird dans les épinards

Pour les gens d’une certaine génération, le nom de Ronnie Bird fait partie des talismans, au même titre que les noms de Brian Jones, Bob Dylan et Syd Barrett. Les sixties resteront dans l’histoire culturelle comme l’époque des talismans. Tous ces noms étaient sacrés. Soixante ans plus tard, tu te réfères toujours à eux. Ils n’ont rien perdu de leur éclat. Ils auraient pu tomber en désuétude, mais non, ils brillent toujours autant au firmament de ton imaginaire.

On disait alors que Johnny Hallyday et Ronnie Bird étaient en concurrence et que la maison de disques avait choisi de tout miser sur Johnny, ce qui expliquerait en partie que Ronnie ait petit à petit disparu des radars. Mais à l’époque, t’avais suivi ton instinct et choisi ton camp, celui de Ronnie. Comment pouvait-on faire autrement ? Comment pouvait-on ignorer un rocker français aussi parfait que Ronnie Bird ? Comment pouvait-on rester insensible à une si belle fuzz, à un art de la reprise aussi flamboyant ? Car Ronnie rendait hommage aux groupes anglais, mais il personnalisait toutes ses reprises et les claquait si bien que tu croyais entendre des originaux. C’est en lisant les crédits au dos des pochettes des EPs que tu découvrais qu’il s’agissaIt de reprises, et les cuts qu’il reprenait n’étaient pas forcément les plus connus. Et c’est pas fini ! Car Ronnie Bird fut sans doute le seul en France, avec Yves Adrien, à savoir swinguer la langue française pour en faire une langue rock. Un vrai prodige ! Son EP le plus abouti et le plus fulgurant fut sans le moindre doute «Où Va-T-Elle», paru en 1965, un Decca comme les EPs des Stones. Et la pochette te renvoyait aussi sec à Brian Jones, t’étais au cœur du mythe, et dans ta tête de fou, tu sortais l’équation définitive : Ronnie Bird = Brian Jones, et paf t’avais les Rolling Stones en France, Brian Jones qui chantait en français, avec la pire fuzz du monde, alors tu remerciais les dieux du rock de t’avoir accordé une telle aubaine, car franchement, c’est ce qu’il pouvait arriver de mieux dans ta vie, wow, les Rolling Stones en France, tout n’était donc pas désespéré. Dans les magazines français de l’époque, tu pouvais voir Brian Jones et Zouzou, mais tu voyais aussi Ronnie Bird poser assis pour une photo de mode, vêtu d’un incroyable costard rouge de chez Renoma, et il entrait une concurrence directe de dandysme avec Brian Jones. Voilà où se situait Ronnie Bird, là-haut dans l’excellence du plus grand mythe des temps modernes, celui du rock anglais des sixties. Toutes cette flamboyance t’épuisait la cervelle, mais en même temps, elle t’aidait à vivre, elle t’aidait à oublier le lycée que tu haïssais de toutes tes forces, et tout le reste qui te bouffait le foie au quotidien, tu puisais tes forces dans l’EP de Ronnie Bird, dans le cœur battant du mythe. Ton cœur battait la chamade dès «Où Va-t-elle ?» - Me voilà devenu jaloux - T’avais le beurre du diable, les coups d’harp, le mec qui faisait le son s’appelait Antoine Rubio, il connaissait les arcanes du power. Rubio inventait le rock de Paris. Et t’avais Ronnie Bird qui t’embarquait tout ça vite fait au je n’ose/ je n’ose/ je n’ose pas le croire ! Il s’agissait en fait d’une reprise du «Come Back Home» des Hollies, mais on s’en foutait des fucking Hollies, parce que Ronnie Bird claquait son beignet avec des allures intersidérales de superstar protozozo. Il battait les Them et les Pretties à la course, les deux doigts dans le nez. C’était à l’époque le SEUL rock électrique digne de ce nom en France. Un critique anglais qualifiait «Où Va-t-elle ?» de «demolition job» et de «driving slice of primal rock». Eh oui, poto, Ronnie Bird explosait complètement les originaux. C’est un cas unique dans l’histoire du rock. Il amenait à la suite «Ma Vie S’Enfuit» et c’est vrai, on a-do-rait la détresse sentimentale de Ronnie - Car ma vie entre mes doigts/ S’enfuit si vite - On avait l’image. On vivait la même chose, la vie qui s’enfuit entre les doigts. Mais il fallait faire gaffe à la B-side, elle t’explosait en pleine gueule ! Boom dès «Je Voudrais Dire», il retrouvait la dynamique des Pretties pour cette cover d’«I’ll Go Crazy» de James Brown, repris par les Moody Blues. Pur genius interprétatoire : Ronnie n’avait vraiment pas besoin de shouter comme James Brown, il faisait tout simplement du Ronnie Bird et ça passait comme une lettre à la poste. Et pour finir, il allumait littéralement la gueule d’un vieux hit des Turtles pour en faire «Ce Maudit Journal», bing bang !, à coups de Bravo tu soignes ta publicité, ah il faut entendre cette riffalama, et ce vous avez l’air heureux si abrasif et tellement proto-punk, Wild Ronnie s’arrachait la rate à coups d’après tout ça m’est bien égal, il y allait au power de protozo-Zeus, je vais le déchirer, et derrière le mec riffait comme une sale brute. Il n’y a pas eu beaucoup de superstars en France dans les sixties, mais on en dénombre quatre : Vince Taylor, Ronnie Bird, Polna et Dutronc. C’est après cet EP du diable, cet EP insurpassable, cet EP clef de voûte, cet EP miraculeux, cet EP modèle du genre, cet EP définitif, que les ces tarés de Tarés ont quitté Ronnie Bird pour devenir les Problèmes et accompagner un newcomer, l’Antoine.

Signé : Cazengler, Bird demi-sel
Ronnie Bird. Où Va-T-Elle/Ma Vie S’Enfuit/Je Voudrais Dire/Ce Maudit Journal. Decca 1965
L’avenir du rock
- Spirits in the sky
On croira ce qu’on voudra, mais ça lui arrive.
— Quoi ?
— De draguer.
— Qui, lui ?
— L’avenir du rock !
Draguer est un jeu d’esprit auquel il aime à se livrer, lorsque le contexte l’autorise. Oh il sait que l’amour physique est sans issue, aussi se contente-t-il généralement des préliminaires, ce qui permet de sauver l’idée. Le voilà au bar du Fouquet’s, à proximité d’une très belle femme.
— Ça me brime que vous soyez brune...
— Alors allez bramer dans la brume !
— La brume quand point le matin/ Retire aux vitres son haleine... Il en fut ainsi quand Verlaine/ Ici doucement s’est éteint... Comment vous appelez-vous ?
— Eva Brown...
— Permettez-moi de me présenter : l’avenir du rock. Brown comme Savoy Brown ?
— Non plutôt comme Charlie Brown !
— Vous gagneriez beaucoup à mieux nous référencer, voyez-vous...
— Bon alors Golden Brown...
— Pas terrible...
— Brown Sugar, alors ?
— Vous vous améliorez...
— Alors que suggérez-vous, gros malin ?
— Brown Spirits, par exemple. Vous verrez, vous brillerez en société...

Sont trois. Débarquent tout droit d’Australie. Gentils mecs. Ça tombe bien, car t’as zéro frimeur dans la cave. Les clowns sont pas là. Ouf ! L’air est plus pur. Sous sa grand afro, Agostino bat le beurre, mais pas n’importe beurre, un beurre de barouf, drivé à la main lourde. Il devrait s’appeler Agostino Locomotive. C’est le mighty

batteur des Brown Spirits. Pas mal d’hommages dans Shindig!. Pas encore d’articles, mais des bonnes critiques. Leur cote commence à grimper. En les écoutant jouer, on comprend mieux. Car boom. Pas de chanteur. Power-trio instro. T’as un mec très timide à la basse. On l’entend à peine quand il murmure we’re the Brown Spirits, we

come from Melbourne. Et de l’autre côté, t’as le grand sorcier psyché, le roi de l’inferno et de la Mad Psychedelia, Tim Wold, qui gratte sa Fender tout en bloquant des touches du petit clavier installé devant lui. Ces braves Spirits créent leur monde vite fait, et tu t’en fous plein la lampe, car c’est précisément de ce type de monde dont tu te nourris, dont tu te délectes, t’as de l’Hawkwind dans le son, mais de l’Hawkwind on fire, car quand Tim Wold part en maraude, c’est uniquement pour foutre le feu à la cave, et diable, il met toute la gomme en secouant les cheveux, et là tu grimpes là-haut,

dans ton cher paradis, t’échappe le temps d’un long killer solo flash à la misère du monde moderne, à la peste noire des smartphones et du fucking digital, t’es dans les pattes d’un sorcier qui allume une à une toutes les loupiotes de ta cervelle, histoire de te rappeler que t’as encore une cervelle dans ce monde où tout est fait pour t’en amputer. Tu vis ta vie avec ces trois mecs, et ton esprit voyage, t’as du Can à la tonne, du wild-as-fuck à la pelle, du Bardo Pond par-dessus les toits, t’as du Bevis Frond et du Sun Dial dans l’air, c’est surchargé, ultra-cadencé, avec des zones de calme qui annoncent les tempêtes, c’est à la fois puissant et fin, loin et près, chaud et froid, ça te porte comme un nuage, mieux encore, comme un tapis volant, le trip est garanti 100%. Ton esprit file, pas ton corps, c’est le principe du tapis volant. Voilà encore un concert en forme de clé de voûte, un concert pierre-blanche, un concert tout feu tout flamme perdu dans l’océan des concerts, mais pendant une heure, tu vis le garanti 100% à 100%. Que demander de plus ?

Évidemment, leurs cinq albums sont sold-out. Faudra se débrouiller autrement. Tu découvres en plus qu’ils n’ont que deux dates en France : Braincrushing et la Méca. On vit vraiment dans un pays retardé. On préférerait voir les Brown Spirits remplir le Zénith de la Villette. Ils en ont largement les épaules.

En attendant, tu sautes sur le #1 que vient tout juste de rééditer Soul Jazz. T’es vite embarqué par Agonisto qui bat un beurre pète-sec à l’australienne, et bien sûr Tim Wold plane derrière. À cette époque, ils ne sont que deux. Et puis voilà l’hendrixien «Kaiser Panorama». Ça tombe sous le sens. Tim Wold t’hendrixifie la calebasse vite fait. C’est un pyromane. Ils montent «That River Ain’t For Swimming» sur un drive de dub. C’est assez osé, Joséphine. Itou pour «Xan With Red», gros parfum de dub, avec derrière l’évasion fiscale de Tim Wold sur son clavier. Agostino relance la machine avec «Back To Atoms». Il bat ventre à terre et on attend l’envol de l’escadrille Wold. Il arrive, en mode vampire sonique. C’est à la fois dynamique et magnifique. Ils s’en vont climaxer très haut et très loin avec «Precursor» et se dirigent vers la sortie avec une belle cerise sur le gâtö : «Optokinetic Response». On sent la poigne. Ça tient ferme. Bien hypno avec le riff dans l’ombre du raff. C’est même sacrément insidieux et Tim Wold pique une petite crise de wah. Alors tu fais wow ! C’est fabuleusement bien emmené et tempéré au beat aussie.

Hop, on saute sur le #2, et, quelle surprise, on tombe sur un big motorik embarqué par Agostino : «Honorable Discharge». La recette marche à tous les coups. C’est en plein dans le Can dira-t-on. Même hypno. Mais après, ça se gâte. Ils filent droit sur l’experiment. «Finite Universe» pue le filler. T’es pas content. Tu sais pas quoi dire. Alors dis rien, connard. On reste encore un peu, le temps d’écouter «Suite: East Meets West». Le Tim y groove un solo jazz dans l’apesanteur. Ils explorent encore les frontières avec «Can Eater». Agostino pose les éléments de «Fist Sign Of Light» et les autres se calent sur lui.

Pour faire une pause, on peut lire les deux pages que consacre John Lewis à la red des 3 # dans Uncut. Il qualifie les Spirits de Melbourne kosmische crew. Ah les Anglais, ils auront toujours une bonne longueur d’avance en matière de langage rock. Kosmische crew, pas mal, non ? Pour planter son décor, Lewis va tout de suite piocher dans les grands noms du kraut : Jaki Leibezeit (Can) et Klaus Dinger (Neu!). Bon, Lewis commence à se griller en évoquant des freakout guitars and FX laden keyboards qui n’existent que sur scène, et non sur les albums. L’influence de Can est manifeste sur «Honorable Discharge», comme déjà dit, et d’ailleurs, Tim Wold qualifie Tago Mago de «gift that keeps on giving». Lewis indique en outre que les Spirits viennent de la même scène Melbournoise que King Gizzard, Amyl & The Sniffers et Courtney Barnett. Ils cultivent eux aussi le retro-fetichism local. Lewis s’extasie du jeu d’Agostino capable de battre un beurre «somewhere between a 6/8 shuffle and a jazz waltz.» Il s’extasie encore des cuts ratés de #2, il compare Agostino à Nick Mason et au frimeur de Police, ce qui ruine sa kro.
Pour Lewis, le #3 marque une nette évolution : les Spitits, dit-il, jouent en 15/4, ce qui nous fait une belle jambe. Lewis s’aventure encore plus dans l’inconnu en déclarant que les Spirits «utilisent la méthodologie du Kraut pour restructurer le temps et créer une nouvelle signification de la répétition», ce qui ne veut absolument rien dire.
Nettement plus intéressant : la mini-interview des Spirits en bas de la page. Lewis leur demande pourquoi Brown Spitits, et Agotisno répond un vague truc du genre : Tim ne peut pas les boire. Il dit aussi qu’il peut y avoir une raison spirituelle au choix de ce nom, et ça reste ouvert à l’interprétation. Puis ils racontent qu’ils ont commencé par jammer tous les deux en enregistrant des drives de basse/beurre, puis en revenant dessus avec les poux et les keys. Puis ils ont recruté le bassman Ash Buscombe, et ils sont devenus un gang. Ils tentent de préserver leur stripped-back spontaneity.

On saute sur le #3, histoire de vérifier s’ils jouent en 15/4, comme le prétend le pompeux Lewis. Comme tu sais pas ce qu’est le 15/4, tu te contentes de savourer l’hypno de «Bakelite Dashboard», gros groove kraut bien emmanché. Agostino te bat «Converge Collide» au jazz time de free Kraut. Ils sont dans leur délire. Rien de nouveau sous le soleil de Satan. L’autre gros coup d’hypno se trouve à la fin : «Chemical Imbalance». C’est bien dans le ton du kraut. Encore un joli drumbeat sur «Montage Homage». Tout est savamment cadencé chez les Spirits. «Express Train To Jupiter» sonne comme une démonstration de force. Le Tim se joue dessus, il gratte du funk avec des giclées de dégelées. C’est quand même très spécial. Et puis t’as «Tumultuous Clouds» bien tranché à l’accord cadre de Tim le cake. On entend enfin la Fender et le son d’acier de Damas. Tonitruant ! Mais rien de plus. Si tout le monde jammait comme ça dans tous les coins, où irait-on ? Trois albums d’instros progressifs, il faut oser.
Pour les deux autres, on verra plus tard.
Signé : Cazengler, Brown Spirate
Brown Spirits. Le trois Pièces. Rouen (76). 2 juin 2026
Brown Spirits. #1. Soul Jazz 2026
Brown Spirits. #2. Soul Jazz 2026
Brown Spirits. #3. Soul Jazz 2026
Brown Spirits. Uncut # 353 - July 2026
Concert Braincrushing
Wizards & True Stars
- Fairies Tale
(Part Three)

T’as trois branches dans la famille Pink Fairies : la première est celle de Larry Wallis/Russell Hunter/Duncan Sanderson, la deuxième est celle d’Andy Colquhoun/George Butler et la troisième est celle de Paul Rudloph/Alan Davey/Lucas Fox. La première est morte. La deuxième s’est éteinte en 2016 avec l’excellent Naked Radio. Il reste la troisième bien vivante, avec trois superbes albums, Resident Reptiles, Screwed Up et celui qui vient de sortir, Covered In Pink, un album de covers, mais sans Lucas Fox. Un certain one-legged Pete le remplace.

Autant le dire tout de suite : ce Covered In Pink te saute à la gueule, dès le «Garden Of My Mind» des Mickey Finn. Ils ont du son à gogo ! Fabuleuse déboulade ! Paul Rudolph est un proto-killer, ça on le savait depuis A Bunch Of Sweetees. C’est terrific, visité, fouillé, battu ! Puis ils rendent hommage au Pretties avec «Rosalyn», c’est claqué à la disto dystopique et pulsé sous le boisseau. Infernal ! One-legged Pete stompe the beat et Paul Rudolph claque ses accords. Puis ils montent au sommet de l’Ararat du glam avec le «Cracked Actor» de Bowie. Alan Davey bassmatique comme un dingue ! Il vrille ses notes de basse ! Ils restent dans l’interlope avec le «Baby’s On Fire» d’Eno, c’est gonflé, mais ça passe. Ils vont droit sur Motörhead» avec «Motorhead». Alan Davey met la basse au devant du mix et Paul Rudolph claque des solos de cathédrale. Ils passent ensuite à Led Zep avec «Communication Breakdown». Le riff du siècle ? Va-t-en savoir ! T’as la cocote sévère. Ils en font du punk. Alan Davey prend le chant. Pas de quartier ! S’ensuit un gros clin d’œil aux Guess Who avec «American Woman». Paul Rudolph injecte tout son gras double dans le cul du cut, mais ça ne marche pas. Ils font main basse sur Feelgood avec «Milk & Alcohol», ça fait pas mal de dégâts, mais ils reviennent aux choses sérieuses avec «The Loco-motion». Paul Rudolph sort sa cocote sévère pour rivaliser avec Grand Funk. Encore une cut idéal pour lui : «Mississippi Queen». Il fond sur Leslie West comme l’aigle sur la belette. Vlooooffff ! Mais il manque l’essentiel : la voix. Retour aux choses sérieuses avec le vieux «Do It». Train fou ! Aveugle ! Puissant ! Hypno ! Ça marche à tous les coups.

Signé : Cazengler, Pink féru
Pink Fairies. Covered In Pink. Cleopatra Records 2025
Altamont là-dessus et tu verras Montmartre
(Part Four)

Quand tu retournes voir jouer les Lords Of Altamont, t’y vas pas dans l’espoir de jours meilleurs. Tu sais que leur messe est dite depuis belle lurette et qu’ils ne vont pas réinventer ni la roue, ni le fil à couper le beurre. Pas la peine de rêver. Ils jouent leur vieille recette de gaga d’orgue, et comme Jake Caveliere est un showman hors compétition, ça te permet de passer une heure de bon temps. C’est déjà pas si mal, par les temps qui courent.

Et donc te voilà confronté pour la énième fois au grand déballage des clichés du rock garage californien. Quand il arrive sur scène, le Lord est assez impressionnant, avec ses bug-eyes shades, son cuir noir, ses gants de biker en cuir noir et ses deux ceinturons portés sur un jean noir taille basse. Il a son petit Farfisa et il peut envoyer sa purée, comme on dit quand on veut parler vulgairement. En règle générale, on entend trois expressions : envoyer la purée, envoyer du bois ou envoyer du pâté. C’est selon. T’en as qui préfèrent la purée, d’autres le bois et d’autres le pâté.

Bon bref, il envoie ce qu’il veut. Mais il ne se passe rien de plus que tout ce que tu sais déjà. T’as vu ce cirque mille et mille fois. Encore un groupe qui pourrait se revendiquer du cirque Pinder. Lords Of Pinder ? Ça sonne bien, non ? Le Jake fait bien le clown derrière son Farfisa, il fait aussi l’équilibriste lorsqu’il monte dessus, et le contorsionniste lorsqu’il se glisse en dessous. Et puis il a cette manière de fraterniser avec son public, en descendant dans la fosse pour donner un big hug ici et là. Au fond,

le Jake est un mec infiniment sympathique. Mais on peine à s’intéresser à ses cuts. Et il débite ! Dommage qu’il ne joue pas son fantastique album de covers des Stones. Son garage Altamontais reste classique et génère un peu d’ennui. Tu sais qu’il ne va rien se passer, t’as les gros solos de gratte, les drive de basse connus comme le loup blanc, t’as

l’excellent batteur et devant, l’ultra-frétillant Jake Caveliere, le plus increvable de tous les gardons californiens. Il fait plaisir à voir. On se réjouit de le voir en si bonne santé. Il offre sa personne en spectacle et comme il est ultra-photogénique, il en met plein la vue. On frise même l’overdose. De ce point de vue, Jake Caveliere est parfait. C’est l’une des grandes rockstars de l’underground californien.

On ramasse le p’tit dernier au merch, Forever Loaded. Et on découvre que les Lords sont bien meilleurs sur l’album que sur scène. C’est le jour et la nuit ! Cet album grouille de coups de génie. T’as l’heavy lard fumant des Lords dès «Got A Hold On Me». Pur Californian Hell ! Fantastique ! Et ça prend de la hauteur. Encore de l’heavy psychout saturé d’électricité avec «What’s Your Bag». Ça pue la stoogerie. T’as des

couches de son diaboliques, au sens de Polanski, et t’as des chœurs qui chavirent dans la folie pure. Ils passent en mode stomp californien avec «Rusty Guns». C’est noyé de disto, et monté sur l’hard beat d’écho majeur. Bien meilleur que sur scène. On retrouve aussi la grosse intro de basse de «Get Out Of My Head», et ça se développe. Quelle densité et quelle fabuleuse envolée ! On reste dans le Get Out de génie gaga avec «Get Out On The Run». Belle déboulade ! Tout est classique mais d’une diabolique efficacité. Le Jake porte le flambeau du garage éternel. Sur «Devil Rides», il sonne comme Iggy. Là t’as du gros niveau. Tu retrouves l’attaque traînarde d’Iggy au temps des Stooges. Et t’es frappé par l’incroyable profondeur su son. Ils se dirigent vers la sortie avec un «Twisted Black» bien motorik. Ça fonce dans la nuit californienne, c’est même digne d’Hawkwind, ça bat à bras raccourcis et à coups rebondis. Tu dis bravo, car, oui, quel bel album !
Signé : Cazengler, Lord of Alamontre
Lords Of Altamont. Le Fury Défendu. Rouen (76). 11 juin 2026
Lords Of Altamont. Forever Loaded. Heavy Psych 2026
O’Dell du Nord

Comment une petite Américaine de rien du tout fut-elle amenée à fréquenter de très près l’aristocratie du rock anglais ? La réponse se trouve dans le recueil de mémoires de Chris O’Dell, Miss O’Dell: My Hard Days And Long Nights With The Beatles, The Stones, Bob Dylan, Eric Clapton And The Women They Loved. Elle y narre un parcours qu’il faut bien qualifier de balzacien.

Comme Lucien de Rubempré, elle part de rien : un dîner à Los Angeles où on lui présente Derek Taylor. À la fin du repas, Derek Taylor invite tout le monde chez lui à Laurel Canyon, fait tourner un spliff d’Hawaiian stuff, fait écouter le Bonzo Dog Doo Dah Band, et raconte bien sûr des histoires sur les Beatles dont il fut l’attaché de presse. Et c’est là que Derek propose à la petite Américaine de rien du tout de venir à Londres : «Apple is going to be huge. It would be a very good thing to appear, you know.» Et pouf, la voilà qui débarque le 17 mai 1968 à Londres pour bosser chez Apple. C’est aussi bête que ça.
Elle va très vite rencontrer les Beatles. Elle tombe sous le charme de George. Juste sous le charme - Lunch with Derek and George. I was in heaven - Pas d’histoire de cul, c’est le début d’une longue amitié, non seulement avec George, mais surtout avec Pattie Boyd, sa femme.

En 1968, les Beatles collectionnent les avaries. Yoko fait une fausse couche. La presse se déchaîne contre John & Yoko parce qu’ils ont osé poser nus sur la pochette de Two Virgins. Et Miss O’Dell doit abandonner toute idée de flirter avec Paul parce qu’il vient de rencontre Linda.

Le 1er août 1968, Miss O’Dell est en studio avec les Beatles qui enregistrent «Hey Jude». Paul lui demande de participer aux chœurs. Sing on a Beatles track ? Rien que de l’écrire, ça lui donne des frissons. C’est ce qu’elle appelle son premier Magical Moment. Deuxième Magical Moment : elle assiste au dernier concert des Beatles, le 30 janvier 1969, sur le toit de l’immeuble de Savile Row. Son troisième Magical Moment fut de se retrouver avec Joe Cocker, à l’Olympic Studio en avril 1969 : il enregistrait «She Came Through The Bathroom Window». Puis, elle finira par se faire virer d’Apple par Allen Klein. C’est là que George va lui proposer un job à Friar Park.

Entre Apple et Friar Park, elle se paye un petit interlude romantique avec Leon Russell. Impossible de résister au charme de Tonton Leon. Il la drague et la fixe intensément. Un jour, Tonton Leon lui dit qu’il veut rentrer à Los Angeles, car il ne trouve pas le batteur qu’il voudrait à Londres. Alors Miss O’Dell lui demande quel genre de batteur il cherche - Well, someone like Ringo - Pouf, elle appelle le roi George et lui demande s’il peut arranger ça. No problemo, baby. Tonton Leon, Ringo et George enregistrent ensemble «Pisces Apple Lady» qui est bien sûr dédié à Miss O’Dell. Beau cadeau de Tonton Leon. Follement amoureuse, elle part vivre quelques temps avec lui en Californie. Mais Tonton Leon est un queutard invétéré, et comme la pauvre Miss O’Dell n’aime pas trop le voir tremper son biscuit à droite et à gauche, elle décide de rentrer à Londres.

Le cœur battant du book ? Le roi George chez lui à Friar Park. C’est comme si on y était. Elle donne tous les détails. Elle raconte qu’il n’y a pas de chauffage dans les chambres, car c’est une demeure très ancienne. Pattie explique à Miss O’Dell qu’elle peut prendre n’importe quelle chambre, il y en a des dizaines. L’O’Dell demande s’il y a des lits dans les chambres. Le roi George éclate de rie : «Beds?» Et il ajoute qu’il n’y a pas de beds dans les chambres, on dort par terre - Terry will give you a sleeping bag - Voilà comment on vit à la cour du bon roi George. Le matin, elle retrouve les autres à la cuisine - Having breakfast with George and Pattie Harrison. It was a dream - Le roi George passe ensuite la journée dans le jardin. Ils sont quatre, George, Pattie, Miss O’Dell et Terry, la pote du roi et homme à tout faire. L’O’Dell rappelle que Friar Park fut construit en 1898 par Sir Frank Crisp, un avocat de Londres très fortuné qui avait envie de bâtir une bâtisse gothique sur le site historique d’un ancien monastère. Sous la demeure se trouvent des grottes mystérieuses peuplées de stalactites et de stalagmites. Gravés un peu partout, on trouve des dictons du genre «Eton boys are a Harrowing sight», le préféré du roi George. Il dit aussi que Friar Park avait été une école, et quand il acheta la demeure, six nonnes et un prêtre y vivaient encore. L’O’Dell se sent chez elle dans le palais royal de rêve. Ils prennent tous leurs repas ensemble, regardent des films et écoutent de la musique - The dinners were the most fun of all - Quand il ne picole pas, le roi George médite et chante ses mantras. Il s’éloigne un peu de Pattie qui adore faire la fête. Alors que George s’interroge de plus en plus sur le sens de la vie. Et donc le fossé se creuse entre eux. Pattie attend qu’il revienne à la vraie vie. Elle a soudain l’idée d’organiser une fête à Friar Park. Elle veut inviter Ringo & Maureen, John & Yoko, Paul & Linda, Neil & Susie, Derek & Joan - Just a few good friends so they can see the house and the gardens - Le roi George finit par accepter.
Puis il se lasse de Miss O’Dell et suggère qu’elle rentre à Londres bosser chez Apple. Elle comprend - George had tired of me - Ça la démolit. Après Tonton Leon, c’est le roi George qui la répudie. Qu’on se rassure, ils se retrouveront plus tard.

Qui dit Pattie Boyd dit Clapton. Un Clapton qui ne sort pas grandi de ce book, loin de là. Au début, l’O’Dell ne sait pas que Clapton et Pattie ont une liaison secrète. Elle est bien pote avec lui et comme elle n’a pas d’appart à Londres, elle demande à Clapton s’il peut l’héberger. Sure. Quand elle débarque chez lui, il y a toute la bande : Jim Gordon, Carl Radle, Jim Price et Bobby Whitlock, c’est-à-dire les Dominos. L’O’Dell est attirée par Jim Gordon, mais ça va très mal se terminer, car Gordon est déjà cinglé et un soir, il va la courser à travers la baraque avec un couteau de cuisine.

L’O’Dell finit par s’apercevoir que Clapton se sert de son amitié avec elle pour se rapprocher de Pattie. Quand il débarque à Friar Park soi-disant pour voir sa copine Miss O’Dell, en réalité, il vient baver sur Pattie, la femme de son meilleur ami - he was only interested in Pattie - On voit le niveau du mec. Très vite, Clapton demande à Pattie de quitter George pour venir vivre avec lui. Elle refuse. Alors il menace de sombrer dans l’hero. Eh oui, il faut savoir que cet abruti est capable de tout. Pattie lui demande de ne pas être stupide, mais il plonge quand même dans l’hero et il en rajoute une caisse, car c’est un mec très théâtral. Regardez comme je vais mal ! Il se fait un look de mort-vivant transi d’amour pour la femme de son meilleur ami. Quand on lit ça, on est écœuré. Puis Clapton en rajoute une couche : devant tout le monde, il dit à George qu’il aime sa femme. Pattie est là. Sur le moment, elle a tellement honte qu’elle veut disparaître. Dans son infinie mansuétude le roi George dira à Clapton : «Si tu la veux prends là. Elle est à toi.»
Elle s’installe chez Clapton. Mais la relation d’amitié entre l’O’Dell et Clapton va se détériorer vite fait. L’O’Dell séjourne chez Clapton et Pattie. Il commence par piquer une grave crise de jalousie quand il surprend Pattie et l’O’Dell en train de téléphoner à George. Alors il demande à l’O’Dell de dégager de chez lui. En partant, l’O’Dell lui gueule : «Fuck you Eric Clapton! Fuck you!». Et elle conclut royalement : «Well, Eric Clapton was no god to me. He was a royal pain in the ass.»

Elle évoque bien sûr les drogues, qui jouaient un rôle capital dans toute cette histoire. Elle boit comme en trou et sniffe des tonnes de coke, comme tout le monde à l’époque, et pour sublimer les highs de la coke, elle se tape des Mandrax. Elle adore le mix, ça lui permet de continuer la sniffe - It was all about finding the perfect mixture - Et elle ajoute ça qui sonne juste : «We were all trying to discover happiness, relief, euphorian bliss, and when we found it, we wanted to stay there.» Elle voit aussi les Dominos sombrer dans l’hero. Au retour de leur tournée américaine, ils sont en plein dedans - Things started to fall apart - Surtout pour Jim Gordon, qui a déjà une araignée au plafond et qui devient complètement cinglé et dangereux. L’O’Dell rappelle qu’elle adore la picole, puis la coke, et en troisième position viennent les amphètes. Quand elle sniffe, elle se sent vivante, incroyablement productive et profondément intelligente. Mais elle sent en même temps qu’elle devient parano - Acohol and cocaine, I had discovered, were the perfect conbination cocktail.

Elle est aussi très pote avec Peter Asher qui, après Apple, lui propose de venir bosser pour lui à Los Angeles. Elle adore son accent anglais : «Hello, it’s Peet-ah, Peet-ah Ash-ah.» Le principal client de Peet-ah Ash-ah n’est autre que James Taylor qu’il avait signé sur Apple. Son agence représente aussi Tony Joe White et Cat Stevens.

Et de là, elle passe aux Stones. Marshall Chess lui propose de travailler pour les Stones. Il cherche une assistante. Elle le rencontre et le trouve sexy. Elle accepte le job et sa première mission consiste à trouver des locations pour Mick, Keef et Mick Taylor à Los Angeles. Et pas que ça - take care for daily business, book the recording sessions, attend their personal needs - Puis il faut trouver des chambres d’hôtel pour Bill et Charlie - They’ll need hotel rooms, limos, cash, dry cleaning, that kind of stuff - Plus le secretarial work, les contrats, «can you handle that?». Comme elle a bossé chez Apple, she can handle that. Elle apprend à connaître Keef. Il lui signe des chèques en blanc, et quand il a besoin de quelques chose - cigarettes, magazines, or cash for drugs, he’d call me. Après le roi George, on rentre dans l’intimité de Keef.

Quand il parle de Chucky Chuckah, Keef fait son Keef : «He gave me more headaches than Mick Jagger, but I still can’t dislike him.» L’O’Dell va coucher avec Mick - It was no big deal - Ils restent bons amis. Il a confiance en elle. Mais il est imprévisible, «too unfaithful, too - well, just too much.» Et elle part en tournée avec les Stones. Elle en sort rincée.

Maureen + Geroge
Elle devient l’amie de Maureen, l’ex de Ringo, qui séjourne assez longuement à Friar Park. Un jour le roi George avoue à l’O’Dell qu’il est amoureux de Maureen. Wouah ! C’est un peu trop compliqué à gérer. Pendant que Pattie flirte avec Clapton, le roi George flirte avec Maureen. Gros bordel à Friar Park ! Bien sûr, le roi George dit à Ringo qu’il est tombé amoureux de sa femme. Gloups ! Ringo ne le prend pas très bien. Et pour couronner le tout, l’O’Dell va se taper Ringo. En fait, c’est une succession d’histoires de cul. La relation entre George et Maureen va s’arrêter vite fait, Ringo va se maquer avec une autre gonzesse. L’O’Dell sent bien que l’histoire de Pattie et de Clapton ne va pas durer très longtemps. Le roi George le sait : «It will all blow over soon.» C’est lui qui s’en sortira le mieux, parce qu’il rencontre Olivia. L’O’Dell est jalouse d’Olivia qui prend la place de sa copine Pattie.
L’O’Dell fait aussi la tournée de réunion de CSN&Y, avec Bill Graham - The most dysfunctional gathering of egos in the history of rock and roll - Elle avait rencontré CS&N à Londres en 1969 quand ils espéraient signer avec Apple. Et bien sûr, pendant la tournée américaine, elle voit Croz et Stylish Stills sniffer des tonnes de coke. On a tous les détails dans le book.

Elle termine sa tournée des grands ducs avec Dylan. Derek Taylor disait ceci : «The Emperors were the Beatles in London. The Pope was Dylan in New York.» Elle part en tournée avec The Rolling Thunder Review. Elle dit un soir à Dylan qu’elle est très pote avec le roi George, et il lui répond : «Any friend of George’s is a friend of mine.» C’est comme on sait une tournée légendaire, avec des tas d’invités, Ginsberg, Joan Baez, Joni Mitchell, Mimi Farina et des tas d’autres. L’O’Dell tombe dans les bras de Sam Shepard. Puis un soir à Augusta, dans le Maine, Dylan invite l’O’Dell à danser - Wanna dance? - et elle se retrouve joue contre joue avec lui, pendant que sa femme Sara dort à l’étage. Mais contrairement à ce qu’elle croyait, Dylan ne cherche pas un plan cul. Il coupe court : «I guess I’d better go.» - Bob smiled, that sideways grin that said, ‘I know that you know I’m making a pass at you, and you know that I know that you’re interested,» and then he gave me a little kiss, not quite on the lips, and we said good night - Bob Dylan !
Signé : Cazengler, O’Dell blanc sec
Chris O’Dell. Miss O’Dell: My Hard Days And Long Nights With The Beatles, The Stones, Bob Dylan, Eric Clapton And The Women They Loved. Simon & Schuster 2009
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Etrange, je m’apprêtais à verser dans la poubelle l’enveloppe du Special Jerry, lorsque tout comme René Descartes, le fondateur de la philosophie moderne, j’ai été assailli par un doute irrépressible, la coquille de papier vide pesait un peu trop pour l’air qu’elle était censée contenir, j’ai glissé mes doigts, nom de Zeus, une deuxième revue, Sergio Kazh se serait-il transformé en Père Noël, ce n’est tout de même l’époque, voyons voir ai-je dit ! et tout comme Hank Williams : I saw the light !
ROCKABILLY GENERATION NEWS
N° 38 / JUILLET – AOÛT – SEPTEMBRE 2026

Tiens, tiens, m’étais-je dit lors de la lecture du numéro précédent, je précise : le 37, pour ceux qui ont du mal avec les maths, j’aimerais bien retrouver dans la livraison suivante : Jean-Louis Rancurel et ces photos d’époque, la seule qui compte en notre monde en perdition, celle de l’éclosion du rock en notre douce France de nos enfances. Doit y avoir au ciel, un ange spécialement chargé de la réalisation de mes désirs les plus fous, car ploum ! douze pages sur celui qui se surnommait lui-même : l’idole des jeunes. Je vous laisse admirer les photos, certaines mythiques, iconiques mais d’autres inédites. L’article est pour ainsi en stéréo, Rancurel raconte son rapport avec Johnny, ses rencontres, son respect, ses anecdotes, certes Sergio Kahz engage les questions mais il ne résiste pas à rebondir sur ses propres rencontres, en tant que photographe professionnel, avec Hallyday, les témoignages se recoupent sur l’imposante personnalité de notre rocker national. Jean-Louis Rancurel nous conte son étonnement, lui qui jusqu’à lors n’avait eu de rapports qu’avec les premiers groupes de rock français se trouve confronté avec un phénomène exceptionnel : un chanteur sans groupe, attention il n’est pas seul, autour de Johnny vous avez toute une armada, Johnny se révèle parfaitement à l’aise dans ce staff pléthorique, il maîtrise, d’abord il ne fait que ce qu’il veut, ensuite il tient ses promesses. Maintenant n’allez pas le chatouiller d’un peu trop près.
Vous avez eu le roi du rock français. Voici le moteur du rhythm’n’blues français. Richard Nola, son portrait sur la couve, moins connu que le précédent mais reconnu par les passionnés de Rhythm’n’blues un peu partout en Europe. Un parcours étonnant. Commence par le jazz. Bref il connaît la musique. Il sait placer sa voix. Il fait remarquer que lorsqu’il écoute Gene Vincent et les Blue Caps, il est indéniable pour lui que ses gars avaient connu le jazz. Pourquoi parle-t-il de rock’n’roll ? L’époque de sa jeunesse aidant il se passionne pour le rock, chantera même dans un groupe de Teddy Boys, l’a connu l’eigthy reviviscence du rockabilly, l’était du côté des Panthers, l’a joué dans un quarteron de groupes, notamment les Jerry Dixie, Rockin’ Rebels, Rock’n’roll Gang, l’a fondé son groupe qui sent bon le blues, The Red Roosters, sa voix lui a ouvert les portes des festivals, un homme heureux, sa chérie, son fils, la musique et Big Joe Tuner en toile de fond…
Le numéro est bien foutu, l’ancêtre, la génération suivante et pour la nouvelle : Gallic Crowl ! Blaze anglais, origine France, viennent tous d’un milieu de musiciens, se revendiquent de culture Ted, savent ce qu’ils veulent, leur premier concert leur a déjà valu un article… A suivre.
Pour rien au monde je ne raterai la rubrique Racines de Julien Bollinger. Cette fois-ci consacrée à William Haney. Comment vous ne connaissez pas ! Moi si, depuis longtemps. Depuis que j’ai fini le Spécial Jerry Lee Lewis, rédigée par la plume d’un certain Bollinger. Jerry Lou l’a connu. Donc vous savez ce qu’il vous reste à faire.
Vous reste encore plus de vingt pages à lire. Les plus fascinantes. Un véritable festival. Normal, il s’agit de cinq tranches de nuitées spectaculaires. L’on y retrouve tout le monde. Sur scène bien entendu. Faudrait écrire Rockabilly Generations. Dans quelques mois, la revue fêtera ses dix années, ces cinq chroniques sont un peu comme le générique de tous ceux dont notre magazine nous a parlés et aussi des nouvelles têtes qui poussent, l’on sent la passion, la fièvre, mais aussi les inquiétudes pour l’avenir, le temps qui passe, l’envie de se tenir les coudes, de résister, de continuer la lutte, de perpétuer la fête…
Damie Chad.
Editée par l’Association Rockabilly Generation News (1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 6 Euros + 5,24 de frais de port soit 11,24 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 40 Euros (Port Compris), chèque bancaire à l’ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal (cochez : Envoyer de l’argent à des proches ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that’s what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues… Et puis la collectionnite et l’archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l’impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents.
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Je scrute l’horizon, le dernier bulletin météo est apocalyptique, à le croire des orages dantesques suivies d’inondations apocalyptiques s’apprêteraient à fondre sur le malheureux département en vigilance rouge, l’en faut bien davantage pour faire reculer un rocker, la teuf-teuf filait comme un zèbre talonné par des lions affamés, route déserte et sèche comme le Sahara, à peine si parvenu dans le centre de la bonne ville de Troyes dus-je constater qu’une légère ondée avait quelque peu humidifié la chaussée…
HILL-BROTHERS
3 B

(Troyes / 20 – 06 – 2026)

Sont trois comme les Mousquetaires. Donc quatre en tout. Notre d’Artagnan, il se nomme Alex, n’est pas sur scène, un complice de longue date, l’assure la logistique, le lendemain le groupe doit être à Wissingen, en Hollande pour un concert, un touche-à-tout, veille à tout, surtout au grain de folie générale.

Sont côte à côte tous les trois, pas de souci ils n’ont pas de batteur, ni à œufs ni au beurre, pas besoin de se tordre le cou pour tenter de l’apercevoir dans le coin tout au fond, un choix quasiment idéologique de leur part : dans les combos des Appalaches ils n’en avaient pas non plus… En tout cas ils ont un guitariste. Jimmy, fonctionne à l’électrique. Avec lui c’est simple, pas de sampler pour étoffer le son. Aucune frime attitude. Presque timide. Mais dès qu’il touche une corde elle résonne comme un canon de Navarone. N’en fait jamais trop. La ration réglementaire pour avoir le son adéquat, mais quelle beauté, quelle ampleur, quelle précision, quelle somptuosité sonore, un enchantement. De facto, comme ça, comme si c’était évident, voire même facile à la portée du premier venu, alors que nous sommes face à un véritable artiste, un modulateur, un gars qui a tout compris, tout assimilé, qui s’est tout approprié, et tout recréé. A sa manière. La norme et la flamboyance d’un style inimitable.

A ses côté Crazy Dim à la rythmique. La touche trois secondes et vous comprenez pourquoi ils n’ont pas de batteur. Totalement inutile avec ce galop d’enfer qu’il inflige à son instrument. L’a des doigts munis de sabots à la place des ongles. Mais ce n’est pas tout. Dans les trois nouvelles secondes qui suivent vous oubliez cette dégringolade rythmique, l’est supplantée par un autre phénomène. Vocal. Jamais entendu une attaque vocale rockab de cette ampleur. L’a du coffre. De pirate, emplies de pièces d’or et d’objets sacrés pillés dans les églises – c’est peut-être pour se faire pardonner qu’il enchâssera un gospel dans la set-list – les perles rouges ce ne sont pas des rubis mais des caillots de sang. Ce n’est pas qu’il crache comme un cobra, c’est qu’il crache des cobras longs comme des jours sans pain. Ces bestioles s’insinuent dans vos oreilles, se nichent dans votre cerveau dans lequel elles résonnent sans fin. Ma mémoire m’a-t-elle trahi, peut-être, pourtant j’ai vérifié, mais même chez Sun je n’ai trouvé aucun pionnier capable d’une telle avalanche continue, du début à la fin d’un morceau.

Bon moi, avec deux cadors, deux cas d’or de cet acabit, de cet acabeat, au lieu de me fatiguer à me débattre avec une vieille grand-mère de bois, je les laisserais faire et irais tranquillou me taper un œuf-mayonnaise au comptoir. Stéphane ne me ressemble pas, nous l’avons déjà vu avec Snakes In the Boots (livraison 701 du 05 / 05 / 2025), l’est tout sourire auprès de sa contrebasse, aussi à l’aise sous la mitraille qu’un grognard de Napoléon à Austerlitz, le genre de gars qui se précipite au baston simplement pour le bonheur d’échanger quelques horions. Il se traboule dans le blizzard phonique et vous le trabouque fort joliment. Je ne voudrais pas critiquer sa contrebasse, elle a le vernis qui brille comme un soleil, doit l’astiquer à l’huile de lin trois fois par jour, en tout cas elle mugit comme la baleine blanche de Melville lorsqu’elle aperçoit le Capitaine Achab, alors il la cogne quelque peu sur l’évent du cordier pour qu’elle se taise, elle n’en devient que plus acariâtre, elle bougonne, elle grogne, elle gonfle, elle strombole, elle hyperbole, elle explose, Stéphane sourit, la flatte de la main baladeuse et malmène quelque peu son aquarium, façon de lui rappeler qu’il est le maître de l’horloge (for sure !) de la fin des temps et que la vie est courte. Heureusement pour nous l’on a entendu le chant de l’orque jusqu’à la fin du concert.

Donc trois sets, au Trois B c’est la coutume. Le premier parfait. Une douzaine de morceaux, à la suite sans interruption. Une succession de rounds de boxe, mais sans cloche à la fin pour reprendre souffle. Les Hill-Brothers vous volent dans les plumes à la Charlie. Non pas Chaplin, l’autre, le grand. J’avoue qu’il y a un truc qui m’a traumatisé, troma-attisé, une de leurs compos, je vous refile le titre : No Law No Justice, je vous en reparle à la rentrée cars ils avaient deux quarante-cinq, un tsunami qui vous ratiboise les cacahouètes, cette impression effarante que leurs propres morceaux rivalisent sans problème avec les maestros du genre.

Le deuxième set fut plus-que-parfait. Le troisième aussi mais plus-que- parfait du subjonctif ! Ce n’est pas tout-à-fait de leur faute. C’est Alex qui a fait monter la poudre. Leur a proposé de jouer un peu plus rapidement. Se sont complus dans ce jeu du rockab-stride, le principe est simple (à comprendre, à exécuter c’est plus difficile) : il suffit d’accélérer en continuité, de plus en plus vite faire monter la mayonnaise jusqu’à ce qu’elle explose sur les murs, Aristote appelle cela la catharsis libératoire, à part que ce samedi soir elle a surtout libéré un gros zeste de folie, Alex est venu montrer ce qu’il savait faire avec une contrebasse, s’est révélé un maître harponneur ! Ensuite s’est installé non pas un dialogue mais une connivence de grande complicité entre le public et le groupe, faut dire que la chaleur et la bière ont un peu accéléré cette ambiance festive. Un véritable triomphe.
En fait, la vérité historique m’oblige à le préciser, ce que les habitués retiendront ce n’est pas que les Hill-Brothers ont donné un concert exceptionnel c’est que Béatrice la patronne totalement subjuguée n’était pas la dernière à participer à la frénésie collective.
Damie Chad.
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Dans notre livraison 738 du 29 / 29 / 2026, nous présentions ce qui était alors le dernier single de Two Runner, les évènements se précipitent, un deuxième single survient sans préavis, ce n’est pas un oiseau de passage, mais ce que Mallarmé surnommait un oiseau d’annonce nouvelle, en l’occurrence la sortie d’un album le 28 août prochain. Pour une fois nous attendrons la fin des vacances avec impatience.
STRAWBERRY RHINESTONE
TWO RUNNER
(Gar Hole Records / 15 - 06 – 2026)
La couve qui accompagne ce morceau rappelle celle du premier Single, Bunout. La même cabane sombre, il est nécessaire d’écarquiller les yeux pour apercevoir Paige Anderson debout. L’on hésite, le sol est-il tapissé de neige ou de lumière… Cette couve est aussi celle du futur album intitulé Porchlight. La photo veut-elle nous avertir que le porche qui permet d’accéder à la lumière est un passage bien sombre… L’on peut dire que le cliché est magnifié car serti en un bois gravé par Robbie W. Jones Woodcuts, les motifs floraux et cette inclusion qui rappelle les antiques clichés ovalisés de la fin du dix-neuvième siècle lui confère une apparence d’atemporalité augmentée par l’anneau ouroborien qui l’entoure…

Nous connaissons déjà ce morceau, l’en existe une vidéo ‘’open field’’ que nous avons chroniquée voici plusieurs mois, Paige Anderson et Emilie Rose la jouent, la chantent et la modulent, en plein champ. La scène se passe lors du Jackalope Jamborree de Pendleton, ne vous étonnez pas de la photo du cheval, le rodéo de Pendleton est l’un des plus importants des USA…

Len existe une autre version Live at the Garage que vous trouverez sur la chaîne de Max Harms ainsi que beaucoup d’autres enregistrement dus à une multitude d’artistes ‘’country’’. Ces deux versions valent le détour, les images de la première vous accrocheront davantage l’œil. Mais il est temps de se pencher sur celle qui figurera sur l’album.
Paige Anderson : guitar, vocals / Emilie Rose : fiddle, vocals / Lucas Lawson : bass, vocals / Daniel Young : drums.

Evidemment il y a un piège. Quand ils démarrent vraiment vous ne vous rappelez plus du début, pas si joyeux que cela, vous n’y pensez plus, vous êtes emporté par le fuselage des chœurs, l’allant de la voix de Paige, le fiddle d’Emily qui scintille comme des boules multicolores clignotantes sur un arbre de Noël. Et puis vous avez ce palomino qui galope dans le refrain avec tant de fougue qu’il emmène la section rythmique à ses côtés. La voix de Paige comme un coulis de fraise vous emporterait jusqu’au bout du monde. Parfois le sucre est empli d’amertume. Faut savoir le discerner, une inflexion vocale, un violon qui semble verser une larme, tout compte fait, ce n’est pas bien grave, la vie est parfois décevante, surtout gardez l’espoir. Le bonheur rôde autour de vous. Faux conseils, la voix de Paige rebondit rapidement comme un saumon qui de remous en remous remonte un torrent. De larmes. Celles que vous ne versez pas car vous savez depuis toujours que la vie est un diamant qui se change en verroterie, si vous la regardez d’un peu trop près.

Vous avez une Official Music Video. L’on y retrouve des chevaux. Pas de palomino. Est-ce le signe que le rêve (serait-il américan) ne se s’incarne pas dans la réalité… De grands espaces. Une jeune fille dépitée. Qui semble reprendre confiance en elle-même. Un chien, beau comme un loup et fidèle. Les grands espaces. Et aussi Paige avec une guitare écaillée. Dès qu’elle évoque le palomino du rêve ou plutôt le rêve du palomino, ses yeux brillent, sur la fin elle sourit, un sourire d’ange, mais d’un ange sarcastique qu’y croit plus trop. Sur la dernière image son visage se tente de mélancolie.
Ce morceau est comme une orange amère. Une leçon de vie. De celles qui vous empêchent de mourir.
Damie Chad.
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Hasard et algorithme. Une autre manière de poser les vicissitudes du hasard et les probabilités ? Je n’en sais rien, je n’avais pas fermé YT, je méditais quelque peu sur une vidéo d’Eclair Brut qui reprenait une vieille émission de France-Culture consacrée à O. V. de L. Milosz, un de nos plus grands poëtes du vingtième siècle. Beaucoup de témoignages des rares qui ont connu Milosz et de ceux qui par la suite ont tenu à signaler cette œuvre exceptionnelle, notamment André Silvaire qui consacra sa vie à la sauver de l’oubli et à la préserver afin de la transmettre aux générations futures. La présentation chronologique de l’existence et des écrits de Milosz s’achève sur l’évocation des derniers poèmes, sommités qui tentent de percer et d’approcher au plus près la nature de l’essence de Dieu…
Donc ma pensée batifolait mais l’algorithme ne chômait pas, ma rêverie fut troublée par une musique que je ne connaissais pas, mais qui étrangement s’accordait à merveille (et démons) à la sombre atmosphère, particulièrement dense, démesurée et métaphysique des textes de Milosz…
Un groupe péruvien, proviennent de Lima, le titre que j’entendais était une avant-première d’un morceau d’un album à paraître en l’antépénutième jour de ce mois de juin. Ce que j’oyais méritait la chronique d’un album entier, chance z’ont une vaste discographie qui remonte à 1998… J’ai choisi leur premier album, pour la couve allez savoir pour quelle obscure raison c’est une ‘’image hidden’’ sur Discogs.
LA PASION DE LO MORTAL
PSICORRAGIA
(American Line Prods / 2001)

Vous me connaissez je n’ai pas choisi cet opus pour la nudité qu’il offre aux regards dépravés, par contre j’ai compris la raison pour laquelle la pudibonderie des amerloques l’a bannie de leurs écrans, si la mort s’avère, si tentante, si bien en chair, si désirable il est à craindre des vagues monstrueuses de suicides, les gens se précipitant dans la mort pour partager une éternité de plaisir avec la camarde camarade si bien roulée. Ceci nous permet de mieux entendre le premier mot du titre ‘’passion’’ pour tout ce qui touche à la mort.
Mario Romanet : basse, vocal / Teo Suchero : drums / Alick Gonzalez : guitare / Mario Borra : guitare / Antonio Duncan : keyboards.

Vagitus : en langue cicéronienne ‘’vagitus’’ signifie pleurs, n’empêche que si j’emprunte la langue des oiseaux m’effleurent les notions de vagissements et de vagin. Nous espérions le pire. Voici toutes nos supputations douchées à l’eau froide. Nous le font à l’espagnole, pas une hécatombe de taureaux mis à mort dans l’arène noyée de sang, n’osent même pas un pasodoble, z’y vont tout doux, une caresse engageante, z’avez de belles guitares, elles ne posent même pas des ventouses à l’andalouse, même qu’à la fin vous avez des notes espacées qui vous rappellent le Concerto d’Aranjuez, avant vous avez un long solo comme l’on en tricotait dans les seventies. Les paroles, ne soyez pas surpris c’est de l’espagnol, sont plus explicites : si vivre c’est mourir, autant rechercher la chute pour vivre pleinement. Padecer solamente : (= uniquement la souffrance) : une entrée davantage fracassante, dommage que le synthé noie un peu le poisson, le chant rauque vient apporter un peu de désordre, c’est tout de même un rock qui reste mélodique mais sans emphase, le morceau ne démarre vraiment que vers la moitié, subsiste tout de même un zeste de fiesta ibérique qui empêche le titre de sulfurer et de carburer. For sure, restent un peu trop dans leurs chaussures. Le texte n’est pas mal, se la joue un peu poésie romantique, avec le symbole de la vague qui s’en vient mourir sur le sable de la plage, la vie se résume à un peu de sexe, un peu de plaisir et beaucoup de souffrances… Otono : titre verlainien, background musical un peu trop emphatique, mais l’instant est grave, l’on reprend l’image de la vague, soit on la subit, belle béatitude de basse, soit on l’affronte tel un chevalier qui fonce au combat, dans lequel l’on y laissera la peau ou dont on reviendra blessé, meurtri, abattu, brisé, l’orgue ricane pour se moquer de vous mais sans trop se faire remarquer, c’est que le vocal est hargneux et ne te fait pas de cadeau. Tu es le seul à pouvoir te sortir de ton marasme. Nuestro rio de recuerdos : repartent à fond de de train, pour mieux s’arrêter, plus de chant, le vocal se transforme en récitation de poème, mais la voix se vrille, la musique s’intensifie, si vous n’avez pas compris que vous marchez sur le fil du rasoir, que le moment est crucial, qu’il suffit de changer le regard que vous portez sur votre existence pour que celle-ci se transforme, toute épreuve passée est une victoire surmontée, les paroles sont un peu nietzschéennes mais la musique trop romantique n’a pas l’agressivité wagnérienne. Estrofas a la muerte : apostrophe à la mort, batterie saccage, vocal barbare, hymne à la mort, cette vieille femme a survécu à toutes les épreuves, elle n’est que la suite de la vie, une autre vie sans souffrance, mourir n’est-ce pas la fin de toute déréliction, de tout chagrin, l’on comprend la femme appétissante de la couve, l’idole désirée est une déesse, elle est la reine évidente, l’amour pour la mort se teinte de masochisme, n’est-elle pas la maîtresse ultime, celle qui ne trahit pas, celle que l’on vénère, exclamations, glorifications exubérantes, effusions sentimentales, véritable danse macabre de l’âme comblée. Amen : jusqu’à lors nous n’avons point côtoyé l’exceptionnel, nous voici propulsé dans le gothique, dans l’horreur, dans le paganisme et peut-être encore plus loin, une fois ces différents voiles arrachés… en plein soi-même, quel étrange chemin parcouru, nous commençons par une mélopée orientale des plus dépravées, s’agit de passer la porte du seuil trempé de sang, de se transformer en vampires assoiffés, de laper à grands coups de langues altérée la lymphe revigorante de l’humanité dans le seul but de devenir soi-même, une ambiance à la Led Zeppelin du pauvre, une espèce de sarabande piétinante, la musique qui zigzague en arabesques martelées, quelque chose d’étrange, d’inouïe, une espèce de reniement pour mieux devenir soi. Serait-ce le son de la mort. La misma historia : la même histoire que précédemment racontée d’une manière moins exaltée, le son est plein, plus lent, voluptueux mais d’une autre manière, nous avons vu le vécu, entendu les effets, mais là on vous explique, le sang que nous avons bu c’est le nôtre, en mourant, l’homme, le chevalier noir, donne son sang et les morts le boivent pour revivre une fois de plus jusqu’au sacrifice suprême, la souffrance de la vie, c’est le goutte à goutte des morts qui les maintient dans la vie de la mort qui est aussi la mort de la vie, ici le solo de guitare se fait subtil le son des cymbales s’enfuit pour vous laisser réfléchir et comprendre, la mort tout comme la vie n'est pas simple, beaucoup plus complexe même puisque vous vivez les deux en même temps une fois que vous êtes mort… nous sommes le sang éternel qui n’en finit pas de couler. Aspid : il ne reste plus qu’à mourir de la mort de Cléopâtre, l’aspic qui pique entrelacé autour de la rose de la vie qui se drape de sang et de morsure. L’on retombe dans un rock un peu plus conventionnel, un peu metal, un peu exacerbé, tendre la main pour périr, et renaître, devenir le sang qui transporte et véhicule toutes les morts de l’Humanité, pour un individu mourir n’est-ce pas mourir pour tous, accéder à la plénitude humaine, devenir le réceptacle de tous les morts qui sont morts avant toi, le rythme s’accélère, les guitares hennissent, frénétiques, le son se perd peu à peu, qu’a-t-on besoin de son puisque l’on a le sang, à l’intérieur de soi et à l’extérieur de soi.

Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, vous avez une Official vidéo. Non ce n’est pas un film, il irait trop vite pour les esprits lents. Juste quelques images. Pas un max, à peine trois, le reste du temps fond noir sur lequel s’inscrit le texte. Une vidéo spartiate. Juste le minimum. Vital certes, toutefois mortel. Si l’épée de votre comprenette ne vous permet pas de saisir le sens, faites un pas de plus dans votre intelligence, votre épée sera alors assez longue pour décrypter.
J’avoue que je suis un peu déçu, je ne retrouve pas le son qui a succédé à O. V. de L. Milosz. L’est vrai qu’entretemps presque trente années se sont écoulées. De quoi progresser et s’améliorer. L’est sûr que la langue espagnole n’aide pas. Trop de décalage par rapport à l’anglais habituel, et au français maternel.
Nous sommes face à un groupe qui se cherche. Même si plusieurs de ses membres ont déjà joué en d’autres combos. La première moitié de l’opus est un peu trop attendue, la deuxième est beaucoup plus originale même si elle paraît parfois un peu confuse.
Nous attendons la sortie du nouvel album avec impatience.
Damie Chad.
Quelques réflexions élucubratiques sur le nom du groupe. L’on a envie de traduire psicorragia par ‘’rage psychologique’’, mais rage en espagnol c’est rabia. Je n’ai trouvé en français aucune acception actuelle pour le mot psychorragie. Il semble qu’à la fin du dix-neuvième siècle et tout au début du vingtième, il désignait les ‘’ apparitions psychiques’’ des fantômes et autres phénomènes extraordinaires, en d’autres termes : des hallucinations… Selon cette acception psychorragique serait l’équivalent de folie psychique. Mais toutes les folies ne sont-elles pas psychiques… Il se peut que ce terme ait été employé dans les milieux ésotériques comme synonyme de théurgie, autrement dit l’art de monopoliser toutes les capacités de son esprit pour maîtriser des forces élémentales naturelles et voire entrer en rapport avec le divin… Nous ne sommes pas loin de pratiques magiques…




















































