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rockabilly generation news

  • CHRONIQUES DE POURPRE 742 : KR'TNT ! 742 : JERRY LEE LEWIS / RONNIE BIRD / BROWN SPIRITS / PINK FAIRIES / LORDS OF ATLAMONT / CHRIS O'DELL / HILL-BROTHERS / TWO RUNNER / ROCKABILLY GENERATION NEWS / PSICORRAGIA/

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 742

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    25 / 06 / 2026

     

    JERRY LEE LEWIS / RONNIE BIRD

    BROWN SPIRITS / PINK FAIRIES

    LORDS OF ATLAMONT / CHRIS O’DELL

    HILL-BROTHERS / TWO RUNNER

    ROCKABILLY GENERATION NEWS

    PSICORRAGIA

     

     

    SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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    Livraisons 318 – 729 sur :

    http://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

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             Combien sont-elles autour de moi, cinq, dix, vingt, trente, une centaine, cela m’est totalement égal, j’ai mieux à faire. Par exemple introduire ma clef dans la boîte à lettres et à abaisser le couvercle. Insupportables, elles caquètent à qui mieux-mieux. J’esquisse un geste d’impatience. Silence absolu. Elles se taisent, elles ont compris que j’attends quelque chose d’important. Elles ne savent pas quoi. Elles pressentent. Intuition féminine. J’esquisse un sourire, une enveloppe ! Je ne l’ouvre pas, je la déchire. L’étau froufroutant se resserre autour de moi. Elles me connaissent, elles savent que quand j’aborde mon air concentré numéro 12, c’est du sérieux. Un essaim de têtes curieuses se penchent sur l’objet que je tiens en main, je ne le vois pas, l’est noyé sous une houle de cheveux multicolore. Je subodore qu’avec un peu de chance c’est la revue que j’attends. J’essaie de la tirer à moi, je n’en ai pas le temps, un éclat de rire, que dis-je une hilarité générale, s’empare de mes admiratrices, les quolibets fusent :

             _ Ah, Damie c’est qui ce zigue il ressemble aux photos de mon grand-père quand il était en colonie de vacances !

             _ Hi ! hi ! hi ! t’as vu ces oreilles de Dumbo !

             _ Je me demande si nous avons raison de faire le pied de grue devant chez toi !

             Qu’est-ce encore, comme la dernière fois où j’attendais le dernier numéro de Rockabilly Generation, déception c’était le bulletin des Cheveux Argentés de la maison de retraite !

    Je réussis à me rendre maître de la revue, je pousse un hurlement de joie démoniaque, je brandis le fascicule bien haut, agenouillez-vous péronnelles, vos pensées impures se moquent d’un enfant innocent comme la neige (je sais que j’exagère, c’est la colère), ne savez-vous pas que désormais de grosses boules de feu vous tourmenteront jusqu’à la fin de vos jours !

    Honteuses elles s’éloignent, toute penaudes. Je ne leur adresse même pas un regard, elles n’existent plus. Je lis.

    JERRY LEE LEWIS

     (Part I)

    ‘’ THE KILLER’’ 1935 – 1957

    ROCKABILLY GENERATION

    Hors-Série # 8 / Juin 2026

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             Je me mets dans la tête de l’amateur de rockabilly lambda, les mecs qui me ressemblent, sont comme moi, se sont installés dans leur fauteuil à bascule capitonné préféré, je devine leur pensée, les deux numéros spéciaux que Rockabilly Generation a consacrés aux pionniers du rock étaient super réussis, le Spécial Vince Taylor, deux tomes sur Elvis, deux tomes sur Gene Vincent, continuent sur leur lancée, un premier tome une Jerry Lou, une heureuse initiative  qui se fête, tiens je vais m’offrir une lampée de bourbon, une bonne cuvée de  Four Roses n’a jamais tué un rocker, en plus ceux qui en sont morts ne sont plus là pour me contredire, surtout que je n’oublie pas un bon cigare, non pas un cigarillo, un vrai barreau de chaise, voilà je suis fin prêt, je débranche le téléfon, je sors mon rafalos pour abattre sans sommation la première personne qui oserait me déranger, que voulez-vous on ne lit pas la bio du killer number one du rock’n’roll sans prendre quelques élémentaires précautions.

             J’imagine des centaines de rockers se plongeant dans la lecture  de la biographie. Rédigée de main de maître par Julien Bollinger, l’a du style et sans arrêt il vous sort le petit détail que vous ignorez, sans oublier que la famille de Jerry Lou a fourni détails, anecdotes et documents. Je ne voudrais pas passer pour un empêcheur de tourner en rond. Mais nos pauvres lecteurs vont être foutrement déçus. Ça une bio de Jerry Lou, vous êtes fou ! Des bios sur Jerry Lou on en déjà lu quelques-unes, ça une bio, vous vous moquez de moi.

             Tricherie sur la marchandise ! Une honte, un scandale. Ces quarante- huit pages ressemblent un peu à l’astéroïde géant qui a trucidé les dinosaures. Une vieille histoire, certes. Mais là, c’est vous qui jouez les dinosaures. Pour l’astéroïde, pas de chance ce sont des mégalithes qui vous tombent dessus à toutes les pages. Vous vous en sortirez, mais vous en resterez marqué à jamais. Le seul qui restera vraiment en pleine forme jusqu’à la dernière page, c’est Jerry Lou, aussi frais qu’une rose. Enfin aussi brûlant que Quatre Roses. Vous qui collectionnez les disques de Jerry Lou depuis plus d’un demi-siècle, vous croyez tout savoir sur votre idole. Vous ne savez rien.

             Ne le prenez pas mal, évidemment vous êtes capables de réciter sa discographie en entier, en commençant par la fin, ou dans l’ordre alphabétique, avec le numéro des matrices, mais ce qui vous manque c’est comment dire une juste évaluation du phénomène.

             Victor Hugo devait parler de Jerry Lee quand il a déclaré : ‘’je suis une force qui va’’. L’aurait dû ajouter ‘’et que rien n’arrêtera’’.  En plus le grand Victor l’aurait pu préciser d’où elle sortait cette force. L’aurait dû pomper sur Julien Bollinger, car lui, il sait d’où procède Jerry Lou. Vous conte l’histoire de la famille depuis le début du dix-neuvième siècle. Ce n’est pas l’histoire d’une famille (nombreuse) qu’il vous révèle, c’est celle de la construction de la grande Amérique. Au cœur du peuple. Des individualités. D’une vitalité invraisemblable. Ne savent pas toujours où ils vont, mais c’est sans cesse en avant. Au milieu des autres mais toujours devant. Ce n’est pas qu’ils veulent être les premiers, c’est qu’ils essaient de donner le meilleur, et parfois le pire, d’eux-mêmes. Une espèce d’aristocratie du peuple sans titre mais une race d’hommes et de femmes qui ne s’en laissent pas conter. Une seule ombre au tableau c’est quand on compare avec notre situation présente. Ne le faites pas, vous ressentirez la médiocrité de nos existences.

             Et notre Jerry Lou est l’héritier de cette volition. Il sait ce qu’il veut et encore plus ce qu’il ne veut pas. Pour faire simple depuis tout petit il n’en fait qu’à sa tête. Beaucoup de monde gravite autour de Jerry, je retiens surtout la figure de son père, pas une sombre brute, plutôt un pater familias à l’ancienne Rome, mais l’homme est fidèle à lui-même, aux siens et à Jerry. Ne lui fait pas de cadeau mais il le protège à sa manière. Il n’est pas toujours d’accord, mais il sait car il comprend le fiston n’est pas né de la dernière pluie, tout aurait pu les opposer, ils se respectent, ils se comprennent, ils s’entraident, c’est du donnant-donnant, mais le père donnera beaucoup…

             A quel moment exact Jerry comprend-il que son instinct le pousse vers la musique, c’est un long processus, mais le chemin est continu, il s’aperçoit qu’il retient un air qu’il a entendu, qu’il peut le chanter et le jouer sans connaître la musique. Ses oreilles sont branchées sur la radio, il est curieux, une chanson qu’il aura entendue à treize ans il l’enregistrera quarante ans plus tard, il joue du piano comme un dément, mais il découvre qu’il s’inscrit dans une lignée qu’il ne connaît pas mais qu’il découvre peu à peu. Lui l’impétueux, l’incandescent, il sait écouter, il sait être confiant et reconnaissant lorsqu’il comprend qu’il a encore à apprendre. Il n’a pas de barrière, il se faufile dans les bars et les boîtes réservés aux noirs, il insistera, il n’a pas peur, rien ne l’effraie…

             Les dernières pages sont fascinantes, l’enfant est devenu un rocker, il est chez Sun, il rencontre Elvis, il sent qu’Elvis ressent comme une inquiétude devant son impétuosité, l’Hillbilly Cat a la prescience qu’un jour ce gars-là pourrait prendre sa place, qu’il n’en fait qu’à sa tête, un rebelle dans l’âme, peut-être tout simplement un indocile. Celui qui à l’école n’écoute pas les admonestations du maître, qui adopte une conduite oblique, déviante, celui que les filles regardent en premier…

             L’on sort de ce premier tome époustouflant un peu déboussolé. Certes depuis le premier disque entendu Jerry Lou occupait une place de roi dans notre panthéon mais on ne l’imaginait pas si grand, si entier, on le redécouvre, l’on assiste à la fabrication du mythe, non pas le culte concocté par l’adoration des fans, car l’on s’aperçoit qu’entre le mythe et le personnage il n’existe pas un espace où pourrait se glisser un feuillet de cigarette. Jerry s’est construit tout seul. D’où cette sereine  arrogance et une terrible solitude différentielle totalement assumée aussi.

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             Mais il reste encore un deuxième tome pour évoquer cet aspect… Ne nous reste plus qu’à remercier Sergio Kahz et toute l’équipe de Rockabilly Generation, à Linda Gail Lewis, à Sherrie Jacobs Mc Mahon, cousine de Jerry Lou, preuve que bon sang ne saurait mentir.

    Damie Chad.

    P.S. : je ne l’ai pas mentionnée mais l’iconographie est royale. Normal pour un roi du rock !

     

    The One-offs

     - Du Bird dans les épinards

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             Pour les gens d’une certaine génération, le nom de Ronnie Bird fait partie des talismans, au même titre que les noms de Brian Jones, Bob Dylan et Syd Barrett. Les sixties resteront dans l’histoire culturelle comme l’époque des talismans. Tous ces noms étaient sacrés. Soixante ans plus  tard, tu te réfères toujours à eux. Ils n’ont rien perdu de leur éclat. Ils auraient pu tomber en désuétude, mais non, ils brillent toujours autant au firmament de ton imaginaire.

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             On disait alors que Johnny Hallyday et Ronnie Bird étaient en concurrence et que la maison de disques avait choisi de tout miser sur Johnny, ce qui expliquerait en partie que Ronnie ait petit à petit disparu des radars. Mais à l’époque, t’avais suivi ton instinct et choisi ton camp, celui de Ronnie. Comment pouvait-on faire autrement ? Comment pouvait-on ignorer un rocker  français aussi parfait que Ronnie Bird ? Comment pouvait-on rester insensible à une si belle fuzz, à un art de la reprise aussi flamboyant ? Car Ronnie rendait hommage aux groupes anglais, mais il personnalisait toutes ses reprises et les claquait si bien que tu croyais entendre des originaux. C’est en lisant les crédits au dos des pochettes des EPs que tu découvrais qu’il s’agissaIt de reprises, et les cuts qu’il reprenait n’étaient pas forcément les plus connus. Et c’est pas fini ! Car Ronnie Bird fut sans doute le seul en France, avec Yves Adrien, à savoir swinguer la langue française pour en faire une langue rock. Un vrai prodige ! Son EP le plus abouti et le plus fulgurant fut sans le moindre doute «Où Va-T-Elle», paru en 1965, un Decca comme les EPs des Stones. Et la pochette te renvoyait aussi sec à Brian Jones, t’étais au cœur du mythe, et dans ta tête de fou, tu sortais l’équation définitive : Ronnie Bird = Brian Jones, et paf t’avais les Rolling Stones en France, Brian Jones qui chantait en français, avec la pire fuzz du monde, alors tu remerciais les dieux du rock de t’avoir accordé une telle aubaine, car franchement, c’est ce qu’il pouvait arriver de mieux dans ta vie, wow, les Rolling Stones en France, tout n’était donc pas désespéré. Dans les magazines français de l’époque, tu pouvais voir Brian Jones et Zouzou, mais tu voyais aussi Ronnie Bird poser assis pour une photo de mode, vêtu d’un incroyable costard rouge de chez Renoma, et il entrait une concurrence directe de dandysme avec Brian Jones. Voilà où se situait Ronnie Bird, là-haut dans l’excellence du plus grand mythe des temps modernes, celui du rock anglais des sixties. Toutes cette flamboyance t’épuisait la cervelle, mais en même temps, elle t’aidait à vivre, elle t’aidait à oublier le lycée que tu haïssais de toutes tes forces, et tout le reste qui te bouffait le foie au quotidien, tu puisais tes forces dans l’EP de Ronnie Bird, dans le cœur battant du mythe. Ton cœur battait la chamade dès «Où Va-t-elle ?» - Me voilà devenu jaloux - T’avais le beurre du diable, les coups d’harp, le mec qui faisait le son s’appelait Antoine Rubio, il connaissait les arcanes du power. Rubio inventait le rock de Paris. Et t’avais Ronnie Bird qui t’embarquait tout ça vite fait au je n’ose/ je n’ose/ je n’ose pas le croire ! Il s’agissait en fait d’une reprise du «Come Back Home» des Hollies, mais on s’en foutait des fucking Hollies, parce que Ronnie Bird claquait son beignet avec des allures intersidérales de superstar protozozo. Il battait les Them et les Pretties à la course, les deux doigts dans le nez. C’était à l’époque le SEUL rock électrique digne de ce nom en France. Un critique anglais qualifiait «Où Va-t-elle ?» de «demolition job» et de «driving slice of primal rock». Eh oui, poto, Ronnie Bird explosait complètement les originaux. C’est un cas unique dans l’histoire du rock. Il amenait à la suite «Ma Vie S’Enfuit» et c’est vrai, on a-do-rait la détresse sentimentale de Ronnie - Car ma vie entre mes doigts/ S’enfuit si vite - On avait l’image. On vivait la même chose, la vie qui s’enfuit entre les doigts. Mais il fallait faire gaffe à la B-side, elle t’explosait en pleine gueule ! Boom dès «Je Voudrais Dire», il retrouvait la dynamique des Pretties pour cette cover d’«I’ll Go Crazy» de James Brown, repris par les Moody Blues. Pur genius interprétatoire : Ronnie n’avait vraiment pas besoin de shouter comme James Brown, il faisait tout simplement du Ronnie Bird et ça passait comme une lettre à la poste. Et pour finir, il allumait littéralement la gueule d’un vieux hit des Turtles pour en faire «Ce Maudit Journal», bing bang !, à coups de Bravo tu soignes ta publicité, ah il faut entendre cette riffalama, et ce vous avez l’air heureux si abrasif et tellement proto-punk, Wild Ronnie s’arrachait la rate à coups d’après tout ça m’est bien égal, il y allait au power de protozo-Zeus, je vais le déchirer, et derrière le mec riffait comme une sale brute. Il n’y a pas eu beaucoup de superstars en France dans les sixties, mais on en dénombre quatre : Vince Taylor, Ronnie Bird, Polna et Dutronc. C’est après cet EP du diable, cet EP insurpassable, cet EP clef de voûte, cet EP miraculeux, cet EP modèle du genre, cet EP définitif, que les ces tarés de Tarés ont quitté Ronnie Bird pour devenir les Problèmes et accompagner un newcomer, l’Antoine.

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     Signé : Cazengler, Bird demi-sel

    Ronnie Bird. Où Va-T-Elle/Ma Vie S’Enfuit/Je Voudrais Dire/Ce Maudit Journal. Decca 1965

     

     

    L’avenir du rock

     - Spirits in the sky

             On croira ce qu’on voudra, mais ça lui arrive.

             — Quoi ?

             — De draguer.

             — Qui, lui ?

             — L’avenir du rock !

             Draguer est un jeu d’esprit auquel il aime à se livrer, lorsque le contexte l’autorise. Oh il sait que l’amour physique est sans issue, aussi se contente-t-il généralement des préliminaires, ce qui permet de sauver l’idée. Le voilà au bar du Fouquet’s, à proximité d’une très belle femme.

             — Ça me brime que vous soyez brune...

             — Alors allez bramer dans la brume !

             — La brume quand point le matin/ Retire aux vitres son haleine... Il en fut ainsi quand Verlaine/ Ici doucement s’est éteint... Comment vous appelez-vous ?

             — Eva Brown...

             — Permettez-moi de me présenter : l’avenir du rock. Brown comme Savoy Brown ?

             — Non plutôt comme Charlie Brown !

             — Vous gagneriez beaucoup à mieux nous référencer, voyez-vous...

             — Bon alors Golden Brown...

             — Pas terrible...

             — Brown Sugar, alors ?

             — Vous vous améliorez...

             — Alors que suggérez-vous, gros malin ?

             — Brown Spirits, par exemple. Vous verrez, vous brillerez en société...

     

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             Sont trois. Débarquent tout droit d’Australie. Gentils mecs. Ça tombe bien, car t’as zéro frimeur dans la cave. Les clowns sont pas là. Ouf ! L’air est plus pur. Sous sa grand afro, Agostino bat le beurre, mais pas n’importe beurre, un beurre de barouf, drivé à la main lourde. Il devrait s’appeler Agostino Locomotive. C’est le mighty

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    batteur des Brown Spirits. Pas mal d’hommages dans Shindig!. Pas encore d’articles, mais des bonnes critiques. Leur cote commence à grimper. En les écoutant jouer, on comprend mieux. Car boom. Pas de chanteur. Power-trio instro. T’as un mec très timide à la basse. On l’entend à peine quand il murmure we’re the Brown Spirits, we

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     come from Melbourne. Et de l’autre côté, t’as le grand sorcier psyché, le roi de l’inferno et de la Mad Psychedelia, Tim Wold, qui gratte sa Fender tout en bloquant des touches du petit clavier installé devant lui. Ces braves Spirits créent leur monde vite fait, et tu t’en fous plein la lampe, car c’est précisément de ce type de monde dont tu te nourris, dont tu te délectes, t’as de l’Hawkwind dans le son, mais de l’Hawkwind on fire, car quand Tim Wold part en maraude, c’est uniquement pour foutre le feu à la cave, et diable, il met toute la gomme en secouant les cheveux, et là tu grimpes là-haut,

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     dans ton cher paradis, t’échappe le temps d’un long killer solo flash à la misère du monde moderne, à la peste noire des smartphones et du fucking digital, t’es dans les pattes d’un sorcier qui allume une à une toutes les loupiotes de ta cervelle, histoire de te rappeler que t’as encore une cervelle dans ce monde où tout est fait pour t’en amputer. Tu vis ta vie avec ces trois mecs, et ton esprit voyage, t’as du Can à la tonne, du wild-as-fuck à la pelle, du Bardo Pond par-dessus les toits, t’as du Bevis Frond et du Sun Dial dans l’air, c’est surchargé, ultra-cadencé, avec des zones de calme qui annoncent les tempêtes, c’est à la fois puissant et fin, loin et près, chaud et froid, ça te porte comme un nuage, mieux encore, comme un tapis volant, le trip est garanti 100%. Ton esprit file, pas ton corps, c’est le principe du tapis volant. Voilà encore un concert en forme de clé de voûte, un concert pierre-blanche, un concert tout feu tout flamme perdu dans l’océan des concerts, mais pendant une heure, tu vis le garanti 100% à 100%. Que demander de plus ?

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             Évidemment, leurs cinq albums sont sold-out. Faudra se débrouiller autrement. Tu découvres en plus qu’ils n’ont que deux dates en France : Braincrushing et la Méca. On vit vraiment dans un pays retardé. On préférerait voir les Brown Spirits remplir le Zénith de la Villette. Ils en ont largement les épaules.

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             En attendant, tu sautes sur le #1 que vient tout juste de rééditer Soul Jazz. T’es vite embarqué par Agonisto qui bat un beurre pète-sec à l’australienne, et bien sûr Tim Wold plane derrière. À cette époque, ils ne sont que deux. Et puis voilà l’hendrixien «Kaiser Panorama». Ça tombe sous le sens. Tim Wold t’hendrixifie la calebasse vite fait. C’est un pyromane. Ils montent  «That River Ain’t For Swimming» sur un drive de dub. C’est assez osé, Joséphine. Itou pour «Xan With Red», gros parfum de dub, avec derrière l’évasion fiscale de Tim Wold sur son clavier. Agostino relance la machine avec «Back To Atoms». Il bat ventre à terre et on attend l’envol de l’escadrille Wold. Il arrive, en mode vampire sonique. C’est à la fois dynamique et magnifique. Ils s’en vont climaxer très haut et très loin avec «Precursor» et se dirigent vers la sortie avec une belle cerise sur le gâtö : «Optokinetic Response». On sent la poigne. Ça tient ferme. Bien hypno avec le riff dans l’ombre du raff. C’est même sacrément insidieux et Tim Wold pique une petite crise de wah. Alors tu fais wow ! C’est fabuleusement bien emmené et tempéré au beat aussie.

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             Hop, on saute sur le #2, et, quelle surprise, on tombe sur un big motorik embarqué par Agostino : «Honorable Discharge». La recette marche à tous les coups. C’est en plein dans le Can dira-t-on. Même hypno. Mais après, ça se gâte. Ils filent droit sur l’experiment. «Finite Universe» pue le filler. T’es pas content. Tu sais pas quoi dire. Alors dis rien, connard. On reste encore un peu, le temps d’écouter «Suite: East Meets West». Le Tim y groove un solo jazz dans l’apesanteur. Ils explorent encore les frontières avec «Can Eater». Agostino pose les éléments de «Fist Sign Of Light» et les autres se calent sur lui.

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             Pour faire une pause, on peut lire les deux pages que consacre John Lewis à la red des 3 # dans Uncut. Il qualifie les Spirits de Melbourne kosmische crew. Ah les Anglais, ils auront toujours une bonne longueur d’avance en matière de langage rock. Kosmische crew, pas mal, non ? Pour planter son décor, Lewis va tout de suite piocher dans les grands noms du kraut : Jaki Leibezeit (Can) et Klaus Dinger (Neu!). Bon, Lewis commence à se griller en évoquant des freakout guitars and FX laden keyboards qui n’existent que sur scène, et non sur les albums. L’influence de Can est manifeste sur «Honorable Discharge», comme déjà dit, et d’ailleurs, Tim Wold qualifie Tago Mago de «gift that keeps on giving». Lewis indique en outre que les Spirits viennent de la même scène Melbournoise que King Gizzard, Amyl & The Sniffers et Courtney Barnett. Ils cultivent eux aussi le retro-fetichism local. Lewis s’extasie du jeu d’Agostino capable de battre un beurre «somewhere between a 6/8 shuffle and a jazz waltz.» Il s’extasie encore des cuts ratés de #2, il compare Agostino à Nick Mason et au frimeur de Police, ce qui ruine sa kro.

             Pour Lewis, le #3 marque une nette évolution : les Spitits, dit-il, jouent en 15/4, ce qui nous fait une belle jambe. Lewis s’aventure encore plus dans l’inconnu en déclarant que les Spirits «utilisent la méthodologie du Kraut  pour restructurer le temps et créer une nouvelle signification de la répétition», ce qui ne veut absolument rien dire.

             Nettement plus intéressant : la mini-interview des Spirits en bas de la page. Lewis leur demande pourquoi Brown Spitits, et Agotisno répond un vague truc du genre : Tim ne peut pas les boire. Il dit aussi qu’il peut y avoir une raison spirituelle au choix de ce nom, et ça reste ouvert à l’interprétation. Puis ils racontent qu’ils ont commencé par jammer tous les deux en enregistrant des drives de basse/beurre, puis en revenant dessus avec les poux et les keys. Puis ils ont recruté le bassman Ash Buscombe, et ils sont devenus un gang. Ils tentent de préserver leur stripped-back spontaneity.  

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             On saute sur le #3, histoire de vérifier s’ils jouent en 15/4, comme le prétend le pompeux Lewis. Comme tu sais pas ce qu’est le 15/4, tu te contentes de savourer l’hypno de «Bakelite Dashboard», gros groove kraut bien emmanché. Agostino te bat «Converge Collide» au jazz time de free Kraut. Ils sont dans leur délire. Rien de nouveau sous le soleil de Satan. L’autre gros coup d’hypno se trouve à la fin : «Chemical Imbalance». C’est bien dans le ton du kraut. Encore un joli drumbeat sur «Montage Homage». Tout est savamment cadencé chez les Spirits. «Express Train To Jupiter» sonne comme une démonstration de force. Le Tim se joue dessus, il gratte du funk avec des giclées de dégelées. C’est quand même très spécial. Et puis t’as «Tumultuous Clouds» bien tranché à l’accord cadre de Tim le cake. On entend enfin la Fender et le son d’acier de Damas. Tonitruant ! Mais rien de plus. Si tout le monde jammait comme ça dans tous les coins, où irait-on ? Trois albums d’instros progressifs, il faut oser.

             Pour les deux autres, on verra plus tard.

    Signé : Cazengler, Brown Spirate

    Brown Spirits. Le trois Pièces. Rouen (76). 2 juin 2026

    Brown Spirits. #1. Soul Jazz 2026

    Brown Spirits. #2. Soul Jazz 2026

    Brown Spirits. #3. Soul Jazz 2026

    Brown Spirits. Uncut # 353 - July 2026

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Fairies Tale

     (Part Three)

     

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             T’as trois branches dans la famille Pink Fairies : la première est celle de Larry Wallis/Russell Hunter/Duncan Sanderson, la deuxième est celle d’Andy Colquhoun/George Butler et la troisième est celle de Paul Rudloph/Alan Davey/Lucas Fox. La première est morte. La deuxième s’est éteinte en 2016 avec l’excellent Naked Radio. Il reste la troisième bien vivante, avec trois superbes albums, Resident Reptiles, Screwed Up et celui qui vient de sortir, Covered In Pink, un album de covers, mais sans Lucas Fox. Un certain one-legged Pete le remplace.

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             Autant le dire tout de suite : ce Covered In Pink te saute à la gueule, dès le «Garden Of My Mind» des Mickey Finn. Ils ont du son à gogo ! Fabuleuse déboulade ! Paul Rudolph est un proto-killer, ça on le savait depuis A Bunch Of Sweetees. C’est terrific, visité, fouillé, battu ! Puis ils rendent hommage au Pretties avec «Rosalyn», c’est claqué à la disto dystopique et pulsé sous le boisseau. Infernal ! One-legged Pete stompe the beat et Paul Rudolph claque ses accords. Puis ils montent au sommet de l’Ararat du glam avec le «Cracked Actor» de Bowie. Alan Davey bassmatique comme un dingue ! Il vrille ses notes de basse ! Ils restent dans l’interlope avec le «Baby’s On Fire» d’Eno, c’est gonflé, mais ça passe. Ils vont droit sur Motörhead» avec «Motorhead». Alan Davey met la basse au devant du mix et Paul Rudolph claque des solos de cathédrale. Ils passent ensuite à Led Zep avec «Communication Breakdown». Le riff du siècle ? Va-t-en savoir ! T’as la cocote sévère. Ils en font du punk. Alan Davey prend le chant. Pas de quartier ! S’ensuit un gros clin d’œil aux Guess Who avec «American Woman». Paul Rudolph injecte tout son gras double dans le cul du cut, mais ça ne marche pas. Ils font main basse sur Feelgood avec «Milk & Alcohol», ça fait pas mal de dégâts, mais ils reviennent aux choses sérieuses avec «The Loco-motion». Paul Rudolph sort sa cocote sévère pour rivaliser avec Grand Funk. Encore une cut idéal pour lui : «Mississippi Queen». Il fond sur Leslie West comme l’aigle sur la belette. Vlooooffff ! Mais il manque l’essentiel : la voix. Retour aux choses sérieuses avec le vieux «Do It». Train fou ! Aveugle ! Puissant ! Hypno ! Ça marche à tous les coups.

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    Signé : Cazengler, Pink féru

    Pink Fairies. Covered In Pink. Cleopatra Records 2025

     

     

    Altamont là-dessus et tu verras Montmartre

     (Part Four)

     

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             Quand tu retournes voir jouer les Lords Of Altamont, t’y vas pas dans l’espoir de jours meilleurs. Tu sais que leur messe est dite depuis belle lurette et qu’ils ne vont pas réinventer ni la roue, ni le fil à couper le beurre. Pas la peine de rêver. Ils jouent leur vieille recette de gaga d’orgue, et comme Jake Caveliere est un showman hors compétition, ça te permet de passer une heure de bon temps. C’est déjà pas si mal, par les temps qui courent.

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             Et donc te voilà confronté pour la énième fois au grand déballage des clichés du rock garage californien. Quand il arrive sur scène, le Lord est assez impressionnant, avec ses bug-eyes shades, son cuir noir, ses gants de biker en cuir noir et ses deux ceinturons portés sur un jean noir taille basse. Il a son petit Farfisa et il peut envoyer sa purée, comme on dit quand on veut parler vulgairement. En règle générale, on entend trois expressions : envoyer la purée, envoyer du bois ou envoyer du pâté. C’est selon. T’en as qui préfèrent la purée, d’autres le bois et d’autres le pâté.

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             Bon bref, il envoie ce qu’il veut. Mais il ne se passe rien de plus que tout ce que tu sais déjà. T’as vu ce cirque mille et mille fois. Encore un groupe qui pourrait se revendiquer du cirque Pinder. Lords Of Pinder ? Ça sonne bien, non ? Le Jake fait bien le clown derrière son Farfisa, il fait aussi l’équilibriste lorsqu’il monte dessus, et le contorsionniste lorsqu’il se glisse en dessous. Et puis il a cette manière de fraterniser avec son public, en descendant dans la fosse pour donner un big hug ici et là. Au fond,

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    le Jake est un mec infiniment sympathique. Mais on peine à s’intéresser à ses cuts. Et il débite ! Dommage qu’il ne joue pas son fantastique album de covers des Stones. Son garage Altamontais reste classique et génère un peu d’ennui. Tu sais qu’il ne va rien se passer, t’as les gros solos de gratte, les drive de basse connus comme le loup blanc, t’as

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    l’excellent batteur et devant, l’ultra-frétillant Jake Caveliere, le plus increvable de tous les gardons californiens. Il fait plaisir à voir. On se réjouit de le voir en si bonne santé. Il offre sa personne en spectacle et comme il est ultra-photogénique, il en met plein la vue. On frise même l’overdose. De ce point de vue, Jake Caveliere est parfait. C’est l’une des grandes rockstars de l’underground californien. 

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             On ramasse le p’tit dernier au merch, Forever Loaded. Et on découvre que les Lords sont bien meilleurs sur l’album que sur scène. C’est le jour et la nuit ! Cet album grouille de coups de génie. T’as l’heavy lard fumant des Lords dès «Got A Hold On Me». Pur Californian Hell ! Fantastique ! Et ça prend de la hauteur. Encore de l’heavy psychout saturé d’électricité avec «What’s Your Bag». Ça pue la stoogerie. T’as des

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    couches de son diaboliques, au sens de Polanski, et t’as des chœurs qui chavirent dans la folie pure. Ils passent en mode stomp californien avec «Rusty Guns». C’est noyé de disto, et monté sur l’hard beat d’écho majeur. Bien meilleur que sur scène. On retrouve aussi la grosse intro de basse de «Get Out Of My Head», et ça se développe. Quelle densité et quelle fabuleuse envolée ! On reste dans le Get Out de génie gaga avec «Get Out On The Run». Belle déboulade ! Tout est classique mais d’une diabolique efficacité. Le Jake porte le flambeau du garage éternel. Sur «Devil Rides», il sonne comme Iggy. Là t’as du gros niveau. Tu retrouves l’attaque traînarde d’Iggy au temps des Stooges. Et t’es frappé par l’incroyable profondeur su son. Ils se dirigent vers la sortie avec un «Twisted Black» bien motorik. Ça fonce dans la nuit californienne, c’est même digne d’Hawkwind, ça bat à bras raccourcis et à coups rebondis. Tu dis bravo, car, oui, quel bel album !

    Signé : Cazengler, Lord of Alamontre

    Lords Of Altamont. Le Fury Défendu. Rouen (76). 11 juin 2026

    Lords Of Altamont. Forever Loaded. Heavy Psych 2026

     

     

    O’Dell du Nord

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             Comment une petite Américaine de rien du tout fut-elle amenée à fréquenter de très près l’aristocratie du rock anglais ? La réponse se trouve dans le recueil de mémoires de Chris O’Dell, Miss O’Dell: My Hard Days And Long Nights With The Beatles, The Stones, Bob Dylan, Eric Clapton And The Women They Loved. Elle y narre un parcours qu’il faut bien qualifier de balzacien.

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             Comme Lucien de Rubempré, elle part de rien : un dîner à Los Angeles où on lui présente Derek Taylor. À la fin du repas, Derek Taylor invite tout le monde chez lui à Laurel Canyon, fait tourner un spliff d’Hawaiian stuff, fait écouter le Bonzo Dog Doo Dah Band, et raconte bien sûr des histoires sur les Beatles dont il fut l’attaché de presse. Et c’est là que Derek propose à la petite Américaine de rien du tout de venir à Londres : «Apple is going to be huge. It would be a very good thing to appear, you know.» Et pouf, la voilà qui débarque le 17 mai 1968 à Londres pour bosser chez Apple. C’est aussi bête que ça.

             Elle va très vite rencontrer les Beatles. Elle tombe sous le charme de George. Juste sous le charme - Lunch with Derek and George. I was in heaven - Pas d’histoire de cul, c’est le début d’une longue amitié, non seulement avec George, mais surtout avec Pattie Boyd, sa femme.

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             En 1968, les Beatles collectionnent les avaries. Yoko fait une fausse couche. La presse se déchaîne contre John & Yoko parce qu’ils ont osé poser nus sur la pochette de Two Virgins. Et Miss O’Dell doit abandonner toute idée de flirter avec Paul parce qu’il vient de rencontre Linda.

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               Le 1er août 1968, Miss O’Dell est en studio avec les Beatles qui enregistrent «Hey Jude».  Paul lui demande de participer aux chœurs. Sing on a Beatles track ? Rien que de l’écrire, ça lui donne des frissons. C’est ce qu’elle appelle son premier Magical Moment. Deuxième Magical Moment : elle assiste au dernier concert des Beatles, le 30 janvier 1969, sur le toit de l’immeuble de Savile Row. Son troisième Magical Moment fut de se retrouver avec Joe Cocker, à l’Olympic Studio en avril 1969 : il enregistrait «She Came Through The Bathroom Window». Puis, elle finira par se faire virer d’Apple par Allen Klein. C’est là que George va lui proposer un job à Friar Park.

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             Entre Apple et Friar Park, elle se paye un petit interlude romantique avec Leon Russell. Impossible de résister au charme de Tonton Leon. Il la drague et la fixe intensément. Un jour, Tonton Leon lui dit qu’il veut rentrer à Los Angeles, car il ne trouve pas le batteur qu’il voudrait à Londres. Alors Miss O’Dell lui demande quel genre de batteur il cherche - Well, someone like Ringo - Pouf, elle appelle le roi George et lui demande s’il peut arranger ça. No problemo, baby. Tonton Leon, Ringo et George enregistrent ensemble «Pisces Apple Lady» qui est bien sûr dédié à Miss O’Dell. Beau cadeau de Tonton Leon. Follement amoureuse, elle part vivre quelques temps avec lui en Californie. Mais Tonton Leon est un queutard invétéré, et comme la pauvre Miss O’Dell n’aime pas trop le voir tremper son biscuit à droite et à gauche, elle décide de rentrer à Londres.

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             Le cœur battant du book ? Le roi George chez lui à Friar Park. C’est comme si on y était. Elle donne tous les détails. Elle raconte qu’il n’y a pas de chauffage dans les chambres, car c’est une demeure très ancienne. Pattie explique à Miss O’Dell qu’elle peut prendre n’importe quelle chambre, il y en a des dizaines. L’O’Dell demande s’il y a des lits dans les chambres. Le roi George éclate de rie : «Beds?» Et il ajoute qu’il n’y a pas de beds dans les chambres, on dort par terre - Terry will give you a sleeping bag - Voilà comment on vit à la cour du bon roi George. Le matin, elle retrouve les autres à la cuisine - Having breakfast with George and Pattie Harrison. It was a dream - Le roi George passe ensuite la journée dans le jardin. Ils sont quatre, George, Pattie, Miss O’Dell et Terry, la pote du roi et homme à tout faire. L’O’Dell rappelle que Friar Park fut construit en 1898 par Sir Frank Crisp, un avocat de Londres très fortuné qui avait envie de bâtir une bâtisse gothique sur le site historique d’un ancien monastère. Sous la demeure se trouvent des grottes mystérieuses peuplées de stalactites et de stalagmites. Gravés un peu partout, on trouve des dictons du genre «Eton boys are a Harrowing sight», le préféré du roi George. Il dit aussi que Friar Park avait été une école, et quand il acheta la demeure, six nonnes et un prêtre y vivaient encore. L’O’Dell se sent chez elle dans le palais royal de rêve. Ils prennent tous leurs repas ensemble, regardent des films et écoutent de la musique - The dinners were the most fun of all - Quand il ne picole pas, le roi George médite et chante ses mantras. Il s’éloigne un peu de Pattie qui adore faire la fête. Alors que George s’interroge de plus en plus sur le sens de la vie. Et donc le fossé se creuse entre eux. Pattie attend qu’il revienne à la vraie vie. Elle a soudain l’idée d’organiser une fête à Friar Park. Elle veut inviter Ringo & Maureen, John & Yoko, Paul & Linda, Neil & Susie, Derek & Joan - Just a few good friends so they can see the house and the gardens - Le roi George finit par accepter.

             Puis il se lasse de Miss O’Dell et suggère qu’elle rentre à Londres bosser chez Apple. Elle comprend - George had tired of me - Ça la démolit. Après Tonton Leon, c’est le roi George qui la répudie. Qu’on se rassure, ils se retrouveront plus tard.

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             Qui dit Pattie Boyd dit Clapton. Un Clapton qui ne sort pas grandi de ce book, loin de là. Au début, l’O’Dell ne sait pas que Clapton et Pattie ont une liaison secrète. Elle est bien pote avec lui et comme elle n’a pas d’appart à Londres, elle demande à Clapton s’il peut l’héberger. Sure. Quand elle débarque chez lui, il y a toute la bande : Jim Gordon, Carl Radle, Jim Price et Bobby Whitlock, c’est-à-dire les Dominos. L’O’Dell est attirée par Jim Gordon, mais ça va très mal se terminer, car Gordon est déjà cinglé et un soir, il va la courser à travers la baraque avec un couteau de cuisine.

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             L’O’Dell finit par s’apercevoir que Clapton se sert de son amitié avec elle pour se rapprocher de Pattie. Quand il débarque à Friar Park soi-disant pour voir sa copine Miss O’Dell, en réalité, il vient baver sur Pattie, la femme de son meilleur ami - he was only interested in Pattie - On voit le niveau du mec. Très vite, Clapton demande à Pattie de quitter George pour venir vivre avec lui. Elle refuse. Alors il menace de sombrer dans l’hero. Eh oui, il faut savoir que cet abruti est capable de tout. Pattie lui demande de ne pas être stupide, mais il plonge quand même dans l’hero et il en rajoute une caisse, car c’est un mec très théâtral. Regardez comme je vais mal ! Il se fait un look de mort-vivant transi d’amour pour la femme de son meilleur ami. Quand on lit ça, on est écœuré. Puis Clapton en rajoute une couche : devant tout le monde, il dit à George qu’il aime sa femme. Pattie est là. Sur le moment, elle a tellement honte qu’elle veut disparaître. Dans son infinie mansuétude le roi George dira à Clapton : «Si tu la veux prends là. Elle est à toi.»

             Elle s’installe chez Clapton. Mais la relation d’amitié entre l’O’Dell et Clapton va se détériorer vite fait. L’O’Dell séjourne chez Clapton et Pattie. Il commence par piquer une grave crise de jalousie quand il surprend Pattie et l’O’Dell en train de téléphoner à George. Alors il demande à l’O’Dell de dégager de chez lui. En partant, l’O’Dell lui gueule : «Fuck you Eric Clapton! Fuck you!». Et elle conclut royalement : «Well, Eric Clapton was no god to me. He was a royal pain in the ass.»

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             Elle évoque bien sûr les drogues, qui jouaient un rôle capital dans toute cette histoire. Elle boit comme en trou et sniffe des tonnes de coke, comme tout le monde à l’époque, et pour sublimer les highs de la coke, elle se tape des Mandrax. Elle adore le mix, ça lui permet de continuer la sniffe - It was all about finding the perfect mixture - Et elle ajoute ça qui sonne juste : «We were all trying to discover happiness, relief, euphorian bliss, and when we found it, we wanted to stay there.» Elle voit aussi les Dominos sombrer dans l’hero. Au retour de leur tournée américaine, ils sont en plein dedans - Things started to fall apart - Surtout pour Jim Gordon, qui a déjà une araignée au plafond et qui devient complètement cinglé et dangereux. L’O’Dell  rappelle qu’elle adore la picole, puis la coke, et en troisième position viennent les amphètes. Quand elle sniffe, elle se sent vivante, incroyablement productive et profondément intelligente. Mais elle sent en même temps qu’elle devient parano - Acohol and cocaine, I had discovered, were the perfect conbination cocktail.

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             Elle est aussi très pote avec Peter Asher qui, après Apple, lui propose de venir bosser pour lui à Los Angeles. Elle adore son accent anglais : «Hello, it’s Peet-ah, Peet-ah Ash-ah.» Le principal  client de Peet-ah Ash-ah n’est autre que James Taylor qu’il avait signé sur Apple. Son agence représente aussi Tony Joe White et Cat Stevens.

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             Et de là, elle passe aux Stones. Marshall Chess lui propose de travailler pour les Stones. Il cherche une assistante. Elle le rencontre et le trouve sexy. Elle accepte le job et sa première mission consiste à trouver des locations pour Mick, Keef et Mick Taylor à Los Angeles. Et pas que ça - take care for daily business, book the recording sessions, attend their personal needs - Puis il faut trouver des chambres d’hôtel pour Bill et Charlie - They’ll need hotel rooms, limos, cash, dry cleaning, that kind of stuff - Plus le secretarial work, les contrats, «can you handle that?». Comme elle a bossé chez Apple, she can handle that. Elle apprend à connaître Keef. Il lui signe des chèques en blanc, et quand il a besoin de quelques chose - cigarettes, magazines, or cash for drugs, he’d call me. Après le roi George, on rentre dans l’intimité de Keef.

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             Quand il parle de Chucky Chuckah, Keef fait son Keef : «He gave me more headaches than Mick Jagger, but I still can’t dislike him.» L’O’Dell va coucher avec Mick - It was no big deal - Ils restent bons amis. Il a confiance en elle. Mais il est imprévisible, «too unfaithful, too - well, just too much.» Et elle part en tournée avec les Stones. Elle en sort rincée.

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    Maureen + Geroge

             Elle devient l’amie de Maureen, l’ex de Ringo, qui séjourne assez longuement à Friar Park. Un jour le roi George avoue à l’O’Dell qu’il est amoureux de Maureen. Wouah ! C’est un peu trop compliqué à gérer. Pendant que Pattie flirte avec Clapton, le roi George flirte avec Maureen. Gros bordel à Friar Park ! Bien sûr, le roi George dit à Ringo qu’il est tombé amoureux de sa femme. Gloups ! Ringo ne le prend pas très bien. Et pour couronner le tout, l’O’Dell va se taper Ringo. En fait, c’est une succession d’histoires de cul. La relation entre George et Maureen va s’arrêter vite fait, Ringo va se maquer avec une autre gonzesse. L’O’Dell sent bien que l’histoire de Pattie et de Clapton ne va pas durer très longtemps. Le roi George le sait : «It will all blow over soon.» C’est lui qui s’en sortira le mieux, parce qu’il rencontre Olivia. L’O’Dell est jalouse d’Olivia qui prend la place de sa copine Pattie.

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             L’O’Dell fait aussi la tournée de réunion de CSN&Y, avec Bill Graham - The most dysfunctional gathering of egos in the history of rock and roll - Elle avait rencontré CS&N à Londres en 1969 quand ils espéraient signer avec Apple. Et bien sûr, pendant la tournée américaine, elle voit Croz et Stylish Stills sniffer des tonnes de coke. On a tous les détails dans le book.

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             Elle termine sa tournée des grands ducs avec Dylan. Derek Taylor disait ceci : «The Emperors were the Beatles in London. The Pope was Dylan in New York.» Elle part en tournée avec The Rolling Thunder Review. Elle dit un soir à Dylan qu’elle est très pote avec le roi George, et il lui répond : «Any friend of George’s is a friend of mine.» C’est comme on sait une tournée légendaire, avec des tas d’invités, Ginsberg, Joan Baez, Joni Mitchell, Mimi Farina et des tas d’autres. L’O’Dell tombe dans les bras de Sam Shepard. Puis un soir à Augusta, dans le Maine, Dylan invite l’O’Dell à danser - Wanna dance? - et elle se retrouve joue contre joue avec lui, pendant que sa femme Sara dort à l’étage. Mais contrairement à ce qu’elle croyait, Dylan ne cherche pas un plan cul. Il coupe court : «I guess I’d better go.» - Bob smiled, that sideways grin that said, ‘I know that you know I’m making a pass at you, and you know that I know that you’re interested,» and then he gave me a little kiss, not quite on the lips, and we said good night - Bob Dylan !

    Signé : Cazengler, O’Dell blanc sec

    Chris O’Dell. Miss O’Dell: My Hard Days And Long Nights With The Beatles, The Stones, Bob Dylan, Eric Clapton And The Women They Loved. Simon & Schuster 2009

     

     

     

    *

    Etrange, je m’apprêtais à verser dans la poubelle l’enveloppe du Special Jerry, lorsque tout comme René Descartes, le fondateur de la philosophie moderne, j’ai été assailli par un doute irrépressible, la coquille de papier vide pesait un peu trop pour l’air qu’elle était censée contenir, j’ai glissé mes doigts, nom de Zeus, une deuxième revue, Sergio Kazh se serait-il transformé en Père Noël, ce n’est tout de même l’époque, voyons voir ai-je dit ! et tout comme Hank Williams : I saw the light !

    ROCKABILLY GENERATION NEWS

     N° 38 / JUILLET – AOÛT – SEPTEMBRE 2026

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             Tiens, tiens, m’étais-je dit lors de la lecture du numéro précédent, je précise : le 37, pour ceux qui ont du mal avec les maths, j’aimerais bien retrouver dans la livraison suivante : Jean-Louis Rancurel et ces photos d’époque, la seule qui compte en notre monde en perdition, celle de l’éclosion du rock en notre douce France de nos enfances. Doit y avoir au ciel, un ange spécialement  chargé de la réalisation de mes désirs les plus fous, car ploum ! douze pages sur celui qui se surnommait lui-même : l’idole des jeunes. Je vous laisse admirer les photos, certaines mythiques, iconiques mais d’autres inédites. L’article est pour ainsi en stéréo, Rancurel raconte son rapport avec Johnny, ses rencontres, son respect, ses anecdotes, certes Sergio Kahz engage les questions mais il ne résiste pas à rebondir sur ses propres rencontres, en tant que photographe professionnel, avec Hallyday, les témoignages se recoupent sur l’imposante personnalité de notre rocker national. Jean-Louis Rancurel nous conte son étonnement, lui qui jusqu’à lors n’avait eu de rapports  qu’avec les premiers groupes de rock français se trouve confronté avec un phénomène exceptionnel : un chanteur sans groupe, attention il n’est pas seul, autour de Johnny vous avez toute une armada, Johnny se révèle parfaitement à l’aise dans ce staff  pléthorique, il maîtrise, d’abord il ne fait que ce qu’il veut, ensuite il tient ses promesses. Maintenant n’allez pas le chatouiller d’un peu trop près.

             Vous avez eu le roi du rock français. Voici le moteur du rhythm’n’blues français.  Richard Nola, son portrait sur la couve, moins connu que le précédent mais reconnu par les passionnés de Rhythm’n’blues un peu partout en Europe. Un parcours étonnant. Commence par le jazz. Bref il connaît la musique. Il sait placer sa voix. Il fait remarquer que lorsqu’il écoute Gene Vincent et les Blue Caps, il est indéniable pour lui que ses gars avaient connu le jazz. Pourquoi parle-t-il de rock’n’roll ? L’époque de sa jeunesse aidant il se passionne pour le rock, chantera même dans un groupe de Teddy Boys, l’a connu l’eigthy reviviscence du rockabilly, l’était du côté des Panthers, l’a joué dans un quarteron de groupes, notamment les Jerry Dixie, Rockin’ Rebels, Rock’n’roll Gang, l’a fondé son groupe qui sent bon le blues, The Red Roosters, sa voix lui a ouvert les portes des festivals, un homme heureux, sa chérie, son fils, la musique et Big Joe Tuner en toile de fond…

    Le numéro est bien foutu, l’ancêtre, la génération suivante et pour la nouvelle : Gallic Crowl ! Blaze anglais, origine France, viennent tous d’un milieu de musiciens, se revendiquent de culture Ted, savent ce qu’ils veulent, leur premier concert leur a déjà valu un article… A suivre.

    Pour rien au monde je ne raterai la rubrique Racines de Julien Bollinger. Cette fois-ci consacrée à William Haney. Comment vous ne connaissez pas ! Moi si, depuis longtemps. Depuis que j’ai fini le Spécial Jerry Lee Lewis, rédigée par la plume d’un certain Bollinger. Jerry Lou l’a connu. Donc vous savez ce qu’il vous reste à faire.

    Vous reste encore  plus de vingt pages à lire. Les plus fascinantes. Un véritable festival. Normal, il s’agit de cinq tranches de nuitées spectaculaires.  L’on y retrouve tout le monde. Sur scène bien entendu. Faudrait écrire Rockabilly Generations. Dans quelques mois, la revue fêtera ses dix années, ces cinq chroniques sont un peu comme le générique de tous ceux dont notre magazine nous a parlés et aussi des nouvelles têtes qui poussent, l’on sent la passion, la fièvre, mais aussi les inquiétudes pour l’avenir, le temps qui passe, l’envie de se tenir les coudes, de résister, de continuer la lutte, de perpétuer la fête…

    Damie Chad.

    Editée par l’Association Rockabilly Generation News (1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 6 Euros + 5,24 de frais de port soit 11,24 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 40 Euros (Port Compris), chèque bancaire à l’ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal (cochez : Envoyer de l’argent à des proches ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that’s what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues… Et puis la collectionnite et l’archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l’impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents.

     

    *

             Je scrute l’horizon, le dernier bulletin météo est apocalyptique, à le croire des orages dantesques suivies d’inondations apocalyptiques s’apprêteraient à fondre sur le malheureux département en vigilance rouge, l’en faut bien davantage pour faire reculer un rocker, la teuf-teuf filait comme un zèbre talonné par des lions affamés, route déserte et sèche comme le Sahara, à peine si parvenu dans le centre de la bonne ville de Troyes dus-je constater qu’une légère ondée avait quelque peu humidifié la chaussée…

    HILL-BROTHERS

    3 B

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    (Troyes / 20 – 06 – 2026)

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    Sont  trois comme les Mousquetaires. Donc quatre en tout. Notre d’Artagnan, il se nomme Alex, n’est pas sur scène, un complice de longue date, l’assure la logistique, le lendemain le groupe doit être à Wissingen, en Hollande pour un concert, un touche-à-tout, veille à tout, surtout au grain de folie générale.

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    Sont côte à côte tous les trois, pas de souci ils n’ont pas de batteur, ni à œufs ni au beurre, pas besoin de se tordre le cou pour tenter de l’apercevoir dans le coin tout au fond, un choix quasiment idéologique de leur part : dans les combos des Appalaches ils n’en avaient pas non plus… En tout cas ils ont un guitariste. Jimmy, fonctionne à l’électrique. Avec lui c’est simple, pas de sampler pour étoffer le son. Aucune frime attitude. Presque timide. Mais dès qu’il touche une corde elle résonne comme un canon de Navarone. N’en fait jamais trop. La ration réglementaire pour avoir le son adéquat, mais quelle beauté, quelle ampleur, quelle précision, quelle somptuosité sonore, un enchantement. De facto, comme ça, comme si c’était évident, voire même facile à la portée du premier venu, alors que nous sommes face à un véritable artiste, un modulateur, un gars qui a tout compris, tout assimilé, qui s’est tout approprié, et tout recréé. A sa manière. La norme et la flamboyance d’un style inimitable.

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    A ses côté Crazy Dim à la rythmique. La touche trois secondes et vous comprenez pourquoi ils n’ont pas de batteur. Totalement inutile avec ce galop d’enfer qu’il inflige à son instrument. L’a des doigts munis de sabots à la place des ongles. Mais ce n’est pas tout. Dans les trois nouvelles secondes qui suivent vous oubliez cette dégringolade rythmique, l’est supplantée par un autre phénomène. Vocal. Jamais entendu une attaque vocale rockab de cette ampleur. L’a du coffre. De pirate, emplies de pièces d’or et d’objets sacrés pillés dans les églises – c’est peut-être pour se faire pardonner qu’il enchâssera un gospel dans la set-list – les perles rouges ce ne sont pas des rubis mais des caillots de sang. Ce n’est pas qu’il crache comme un cobra, c’est qu’il crache des cobras longs comme des jours sans pain. Ces bestioles s’insinuent dans vos oreilles, se nichent dans votre cerveau dans lequel elles résonnent sans fin. Ma mémoire m’a-t-elle trahi, peut-être, pourtant j’ai   vérifié, mais même chez Sun je n’ai trouvé aucun pionnier capable d’une telle avalanche continue, du début à la fin d’un morceau.

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    Bon moi, avec deux cadors, deux cas d’or de cet acabit, de cet acabeat, au lieu de me fatiguer à me débattre avec une vieille grand-mère de bois, je les laisserais faire et irais tranquillou me taper un œuf-mayonnaise au comptoir. Stéphane ne me ressemble pas, nous l’avons déjà vu   avec Snakes In the Boots (livraison 701 du 05 / 05 / 2025), l’est tout sourire auprès de sa contrebasse, aussi à l’aise sous la mitraille qu’un grognard de Napoléon à Austerlitz, le genre de gars qui se précipite au baston simplement pour le bonheur d’échanger quelques horions. Il se traboule dans le blizzard phonique et vous le trabouque fort joliment. Je ne voudrais pas critiquer sa contrebasse, elle a le vernis qui brille comme un soleil, doit l’astiquer à l’huile de lin trois fois par jour, en tout cas elle mugit comme la baleine blanche de Melville lorsqu’elle aperçoit le Capitaine Achab, alors il la cogne quelque peu sur l’évent du cordier pour qu’elle se taise, elle n’en devient que plus acariâtre, elle bougonne, elle grogne, elle gonfle, elle strombole, elle hyperbole, elle explose, Stéphane sourit, la flatte de la main baladeuse et malmène quelque peu son aquarium, façon de lui rappeler qu’il est le maître de l’horloge (for sure !) de la fin des temps et que la vie est courte. Heureusement pour nous l’on a entendu le chant de l’orque jusqu’à la fin du concert.

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    Donc trois sets, au Trois B c’est la coutume. Le premier parfait. Une douzaine de morceaux, à la suite sans interruption. Une succession de rounds de boxe, mais sans cloche à la fin pour reprendre souffle. Les Hill-Brothers vous volent dans les plumes à la Charlie. Non pas Chaplin, l’autre, le grand. J’avoue qu’il y a un truc qui m’a traumatisé, troma-attisé, une de leurs compos, je vous refile le titre : No Law No Justice, je vous en reparle à la rentrée cars ils avaient deux quarante-cinq, un tsunami qui vous ratiboise les cacahouètes, cette impression effarante que leurs propres morceaux rivalisent sans problème avec les maestros du genre.

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    Le deuxième set fut plus-que-parfait. Le troisième aussi mais plus-que- parfait du subjonctif ! Ce n’est pas tout-à-fait de leur faute. C’est Alex qui a fait monter la poudre. Leur a proposé de jouer un peu plus rapidement. Se sont complus dans ce jeu du rockab-stride, le principe est simple (à comprendre, à exécuter c’est plus difficile) : il suffit d’accélérer en continuité, de plus en plus vite faire monter la mayonnaise jusqu’à ce qu’elle explose sur les murs, Aristote appelle cela la catharsis libératoire, à part que ce samedi soir elle a surtout libéré un gros zeste de folie, Alex est venu montrer ce qu’il savait faire avec une contrebasse, s’est révélé un maître harponneur ! Ensuite s’est installé non pas un dialogue mais une connivence de grande complicité entre le public et le groupe, faut dire que la chaleur et la bière ont un peu accéléré cette ambiance festive. Un véritable triomphe.

    En fait, la vérité historique m’oblige à le préciser, ce que les habitués retiendront ce n’est pas que les Hill-Brothers ont donné un concert exceptionnel c’est que Béatrice la patronne totalement subjuguée n’était pas la dernière à participer à la frénésie collective.

    Damie Chad.

     

    *

             Dans notre livraison 738 du 29 / 29  / 2026, nous présentions ce qui était alors le dernier single de Two Runner, les évènements se précipitent, un deuxième single survient sans préavis, ce n’est pas un oiseau de passage, mais ce que Mallarmé surnommait un oiseau d’annonce nouvelle, en l’occurrence la sortie d’un album le 28 août prochain. Pour une fois nous attendrons la fin des vacances avec impatience. 

    STRAWBERRY RHINESTONE

    TWO RUNNER

    (Gar Hole Records / 15 - 06 – 2026)

             La couve qui accompagne ce morceau rappelle celle du premier Single, Bunout. La même cabane sombre, il est nécessaire d’écarquiller les yeux pour apercevoir Paige Anderson debout. L’on hésite, le sol est-il tapissé de neige ou de lumière… Cette couve est aussi celle du futur album intitulé Porchlight. La photo veut-elle nous avertir que le porche qui permet d’accéder à la lumière est un passage bien sombre… L’on peut dire que le cliché est magnifié car serti en un bois gravé par Robbie W. Jones Woodcuts, les motifs floraux et cette inclusion qui rappelle les antiques clichés ovalisés de la fin du dix-neuvième siècle lui confère une apparence d’atemporalité augmentée par l’anneau ouroborien qui l’entoure…

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             Nous connaissons déjà ce morceau, l’en existe une vidéo ‘’open field’’ que nous avons chroniquée voici plusieurs mois, Paige Anderson et Emilie Rose la jouent, la chantent et la modulent, en plein champ. La scène se passe lors du Jackalope Jamborree de Pendleton, ne vous étonnez pas de la photo du cheval, le rodéo de Pendleton est l’un des plus importants des USA…

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             Len existe une autre version Live at the Garage que vous trouverez sur la chaîne de Max Harms ainsi que beaucoup d’autres enregistrement dus à une multitude d’artistes ‘’country’’. Ces deux versions valent le détour, les images de la première vous accrocheront davantage l’œil. Mais il est temps de se pencher sur celle qui figurera sur l’album.

    Paige Anderson : guitar, vocals / Emilie Rose : fiddle, vocals / Lucas Lawson : bass, vocals / Daniel Young : drums.

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             Evidemment il y a un piège. Quand ils démarrent vraiment vous ne vous rappelez plus du début, pas si joyeux que cela, vous n’y pensez plus, vous êtes emporté par le fuselage des chœurs, l’allant de la voix de Paige, le fiddle d’Emily qui scintille comme des boules multicolores clignotantes sur un arbre de Noël. Et puis vous avez ce palomino qui galope dans le refrain avec tant de fougue qu’il emmène la section rythmique à ses côtés. La voix de Paige comme un coulis de fraise vous emporterait jusqu’au bout du monde. Parfois le sucre est empli d’amertume. Faut savoir le discerner, une inflexion vocale, un violon qui semble verser une larme, tout compte fait, ce n’est pas bien grave, la vie est parfois décevante, surtout gardez l’espoir. Le bonheur rôde autour de vous. Faux conseils, la voix de Paige rebondit rapidement comme un saumon qui de remous en remous remonte un torrent. De larmes. Celles que vous ne versez pas car vous savez depuis toujours que la vie est un diamant qui se change en verroterie, si vous la regardez d’un peu trop près.

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             Vous avez une Official Music Video. L’on y retrouve des chevaux. Pas de palomino. Est-ce le signe que le rêve (serait-il américan) ne se s’incarne pas dans la réalité… De grands espaces. Une jeune fille dépitée. Qui semble reprendre confiance en elle-même. Un chien, beau comme un loup et fidèle. Les grands espaces. Et aussi Paige avec une guitare écaillée. Dès qu’elle évoque le palomino du rêve ou plutôt le rêve du palomino, ses yeux brillent, sur la fin elle sourit, un sourire d’ange, mais d’un ange sarcastique qu’y croit plus trop. Sur la dernière image son visage se tente de mélancolie.

             Ce morceau est comme une orange amère. Une leçon de vie. De celles qui vous empêchent de mourir.

    Damie Chad.

     

    *

    Hasard et algorithme. Une autre manière de poser les vicissitudes du hasard et les probabilités ? Je n’en sais rien, je n’avais pas fermé YT, je méditais quelque peu sur une vidéo d’Eclair Brut qui reprenait une vieille émission de France-Culture consacrée à O. V. de L. Milosz, un de nos plus grands poëtes du vingtième siècle. Beaucoup de témoignages des rares qui ont connu Milosz et de ceux qui par la suite ont tenu à signaler cette œuvre exceptionnelle, notamment André Silvaire qui consacra sa vie à la sauver de l’oubli et à la préserver afin de la transmettre aux générations futures. La présentation chronologique de l’existence et des écrits de Milosz s’achève sur l’évocation des derniers poèmes, sommités qui tentent de percer et d’approcher au plus près la nature de l’essence de Dieu…

    Donc ma pensée batifolait mais l’algorithme ne chômait pas, ma rêverie fut troublée par une musique que je ne connaissais pas, mais qui étrangement s’accordait à merveille (et démons) à la sombre atmosphère, particulièrement dense, démesurée et métaphysique des  textes de Milosz…

    Un groupe péruvien, proviennent de Lima, le titre que j’entendais était une avant-première d’un morceau d’un album à paraître en l’antépénutième jour de ce mois de juin. Ce que j’oyais méritait la chronique d’un album entier, chance z’ont une vaste discographie qui remonte à 1998… J’ai choisi leur premier album, pour la couve allez savoir pour quelle obscure raison  c’est une ‘’image hidden’’ sur Discogs.

    LA PASION DE LO MORTAL

    PSICORRAGIA

    (American Line Prods / 2001)

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             Vous me connaissez je n’ai pas choisi cet opus pour la nudité qu’il offre aux regards dépravés, par contre j’ai compris la raison pour laquelle la pudibonderie des amerloques l’a bannie de leurs écrans, si la mort s’avère, si tentante, si bien en chair, si désirable il est à craindre des vagues monstrueuses de suicides, les gens se précipitant dans la mort pour partager une éternité de plaisir avec la camarde camarade si bien roulée. Ceci nous permet de mieux entendre le premier mot du titre ‘’passion’’ pour tout ce qui touche à la mort.

    Mario Romanet : basse, vocal / Teo Suchero : drums / Alick Gonzalez : guitare / Mario Borra : guitare / Antonio Duncan : keyboards.

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    Vagitus : en langue cicéronienne ‘’vagitus’’ signifie pleurs, n’empêche que si j’emprunte la langue des oiseaux m’effleurent les notions de vagissements et de vagin. Nous espérions le pire. Voici toutes nos supputations douchées à l’eau froide. Nous le font à l’espagnole, pas une hécatombe de taureaux mis à mort dans  l’arène noyée de sang, n’osent même pas un pasodoble, z’y vont tout doux, une caresse engageante, z’avez de belles guitares, elles ne posent même pas des ventouses à l’andalouse, même qu’à la fin vous avez des notes espacées qui vous rappellent le Concerto d’Aranjuez, avant vous avez un long solo comme l’on en tricotait dans les seventies. Les paroles, ne soyez pas surpris c’est de l’espagnol, sont plus explicites : si vivre c’est mourir, autant rechercher la chute pour vivre pleinement. Padecer solamente : (= uniquement la souffrance) : une entrée davantage fracassante, dommage que le synthé noie un peu le poisson, le chant rauque vient apporter un peu de désordre, c’est tout de même un rock qui reste mélodique mais sans emphase, le morceau ne démarre vraiment que vers la moitié, subsiste tout de même un zeste de fiesta ibérique qui empêche le titre de sulfurer  et de carburer. For sure, restent un peu trop dans leurs chaussures. Le texte n’est pas mal, se la joue un peu poésie romantique, avec le symbole de la vague qui s’en vient mourir sur le sable de la plage, la vie se résume à un peu de sexe, un peu de plaisir et beaucoup de souffrances… Otono : titre verlainien, background musical un peu trop emphatique, mais l’instant est grave, l’on reprend l’image de la vague, soit on la subit, belle béatitude de basse, soit on l’affronte tel un chevalier qui fonce au combat, dans lequel l’on y laissera la peau ou dont on reviendra blessé, meurtri, abattu, brisé, l’orgue ricane pour se moquer de vous mais sans trop se faire remarquer, c’est que le vocal est hargneux et ne te fait pas de cadeau. Tu es le seul à pouvoir te sortir de ton marasme. Nuestro rio de recuerdos : repartent à fond de de train, pour mieux s’arrêter, plus de chant, le vocal se transforme en récitation de poème, mais la voix se vrille, la musique s’intensifie, si vous n’avez pas compris que vous marchez sur le fil du rasoir, que le moment est crucial, qu’il suffit de changer le regard que vous portez sur votre existence pour que celle-ci se transforme, toute épreuve passée est une victoire surmontée, les paroles sont un peu nietzschéennes mais la musique trop romantique n’a pas l’agressivité wagnérienne. Estrofas a la muerte : apostrophe à la mort, batterie saccage, vocal barbare, hymne à la mort, cette vieille femme a survécu à toutes les épreuves, elle n’est que la suite de la vie, une autre vie sans souffrance, mourir n’est-ce pas la fin de toute déréliction, de tout chagrin, l’on comprend la femme appétissante de la couve, l’idole désirée  est une déesse, elle est la reine évidente, l’amour pour la mort se teinte de masochisme, n’est-elle pas la maîtresse ultime, celle qui ne trahit pas, celle que l’on vénère, exclamations, glorifications exubérantes, effusions sentimentales, véritable danse macabre de l’âme comblée. Amen : jusqu’à lors nous n’avons point côtoyé l’exceptionnel, nous voici propulsé dans le gothique, dans l’horreur, dans le paganisme et peut-être encore plus loin, une fois ces différents voiles arrachés… en plein soi-même, quel étrange chemin parcouru, nous commençons par une mélopée orientale des plus dépravées, s’agit de passer la porte du seuil trempé de sang, de se transformer en vampires assoiffés, de laper à grands coups de langues altérée la lymphe revigorante de l’humanité dans le seul but de devenir soi-même, une ambiance à la Led Zeppelin du pauvre, une espèce de sarabande piétinante, la musique qui  zigzague en arabesques martelées, quelque chose d’étrange, d’inouïe, une espèce de reniement pour mieux devenir soi. Serait-ce le son de la mort.  La misma historia : la même histoire que précédemment racontée d’une manière moins exaltée, le son est plein, plus lent, voluptueux mais d’une autre manière, nous avons vu le vécu,  entendu les effets, mais là on vous explique, le sang que nous avons bu c’est le nôtre, en mourant, l’homme, le chevalier noir, donne son sang et les morts le boivent pour revivre une fois de plus jusqu’au sacrifice suprême, la souffrance de la vie, c’est le goutte à goutte des morts qui les maintient dans la vie de la mort qui est aussi la mort de la vie, ici le solo de guitare se fait subtil le son des cymbales s’enfuit pour vous laisser réfléchir et comprendre, la mort tout comme la vie n'est pas simple, beaucoup plus complexe même puisque vous vivez les deux en même temps une fois que vous êtes mort… nous sommes le sang éternel qui n’en finit pas de couler. Aspid : il ne reste plus qu’à mourir de la mort de Cléopâtre, l’aspic qui pique entrelacé autour de la rose de la vie qui se drape de sang et de morsure. L’on retombe dans un rock un peu plus conventionnel, un peu metal, un peu exacerbé, tendre la main pour  périr, et renaître, devenir le sang qui transporte et véhicule toutes les morts de l’Humanité, pour un individu mourir n’est-ce pas mourir pour tous, accéder à la plénitude humaine, devenir le réceptacle de tous les morts qui sont morts avant toi, le rythme s’accélère, les guitares hennissent, frénétiques, le son se perd peu à peu, qu’a-t-on besoin de son puisque l’on a le sang, à l’intérieur de soi et à l’extérieur de soi.  

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             Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, vous avez une Official vidéo. Non ce n’est pas un film, il irait trop vite pour les esprits lents. Juste quelques images. Pas un max, à peine trois, le reste du temps fond noir sur lequel s’inscrit le texte. Une vidéo spartiate. Juste le minimum. Vital certes, toutefois mortel. Si l’épée de votre comprenette ne vous permet pas de saisir le sens, faites un pas de plus dans votre intelligence, votre épée sera alors assez longue pour décrypter.

             J’avoue que je suis un peu déçu, je ne retrouve pas le son qui a succédé à  O. V. de L. Milosz. L’est vrai qu’entretemps presque trente années se sont écoulées. De quoi progresser et s’améliorer. L’est sûr que la langue espagnole n’aide pas. Trop de décalage par rapport à l’anglais habituel, et au français maternel.

             Nous sommes face à un groupe qui se cherche. Même si plusieurs de ses membres ont déjà joué en d’autres combos. La première moitié de l’opus est un peu trop attendue, la deuxième est beaucoup plus originale même si elle paraît parfois un peu confuse.

    Nous attendons la sortie du nouvel album avec impatience.

    Damie Chad.

             Quelques réflexions élucubratiques sur le nom du groupe. L’on a envie de traduire psicorragia par ‘’rage psychologique’’, mais rage en espagnol c’est rabia. Je n’ai trouvé en français aucune acception actuelle pour le mot psychorragie. Il semble qu’à la  fin du dix-neuvième siècle et tout au début du vingtième, il désignait les ‘’ apparitions psychiques’’ des fantômes et autres phénomènes extraordinaires, en d’autres termes : des hallucinations…  Selon cette acception psychorragique serait l’équivalent de folie psychique. Mais toutes les folies ne sont-elles pas psychiques… Il se peut que ce terme ait été employé dans les milieux ésotériques comme synonyme de théurgie, autrement dit l’art de monopoliser toutes les capacités de son esprit pour maîtriser des forces élémentales naturelles et voire entrer en rapport avec le divin… Nous ne sommes pas loin de pratiques magiques…

     

     

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    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 731

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    09 / 04 / 2026

     

     

    CARL & THE RHYTHM ALLSTARS

    ONIE WHEELER  

    DeROBERT & THE HALF-TRUTHS

     MONSTERWATCH / BOOKER T. JONES

    ROCKABILLY GENERATION NEWS

    CULT OF OCCULT / LOXODONTA  

     FRANCK BOUYSSE

     

     

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    The One-offs - (os)Carl Wild

     

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            Tous les singles qui s’entassent ici ont une histoire. L’excellent «I’m Gone» de Carl & The Rhythm Allstars n’échappe pas à la règle.

             Remontons un peu dans le temps, jusqu’aux années 2010. Après trente ans passés en banlieue Ouest de Paris, on a dû se replier sur Rouen. Deux raisons : ta boîte a coulé et les trois autres Nuts sont à Rouen, alors c’est plus simple pour répéter.

             On prit très vite l’habitude d’aller traîner dans un endroit mythique de Rouen, le Bateau Ivre. On y montait vers minuit, bien rôti, et on en sortait à la fermeture, 4 h, blind drunk. Plusieurs fois par semaine. À l’époque, on récupérait encore assez facilement, il suffisait de dormir jusqu’à 13 h pour cuver et tu pouvais bosser l’après-midi. On bossait alors en prod pour une petite structure parisienne qui vendait des modules d’e-learning managerial aux grands comptes. C’était le télé-travail avant le télé-travail. Montage vidéo et mise en abîme graphique des contenus. T’avais intérêt à avoir les yeux en face des trous, car l’outil de prod était assez sophistiqué, pour le dire gentiment.

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             Le Bateau Ivre proposait toutes sortes de concerts, du rockab, du reggae, du rock, de la chanson. On y a même joué, avec les Nuts, notre vieux groupe de reprises des Saints. Frank battait le beurre des Nuts. Il ne sortait pas souvent le soir, mais il montait au Bateau chaque fois qu’il y avait un concert de rockab. Un soir, ça devait être lors du concert d’Orville Nash, Frank s’installa à une table avec un mec qu’on ne connaissait pas, mais qui était un rockab local. Ils papotèrent assez longuement. Frank me présenta ensuite le mystérieux rockab local : il s’appelait Dédé et cherchait à monter un groupe de rockab. Il prospectait au Bateau. Frank accepta de jouer avec lui et il fut le premier batteur d’Hot Slap. On répétait tous au même endroit, le Kalif, et on allait voir les Hot Slap en répète. Ils tapaient une belle version de «Matchbox». Frank jouait encore un peu avec les Nuts, puis il a fini par lâcher prise pour ne plus jouer qu’avec Hot Slap.

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             Un jour, il passe un coup de fil : «Ça te dit d’aller avec la bande à Dédé dans un festival rockab à Crépy-en-Valois ?». Pas de problème. Rendez-vous samedi en début de matinée chez Dédé. Et là, on tombe sur une vraie bande, 30 ou 40 rockabs purs, avec leurs gonzesses, et Dédé sort de son armoire des singles qui tuent les mouches pour animer la fiesta. Tout le monde est déjà à la bière. Avec Frank, on se fait discrets et on se met dans un coin, parce qu’on n’est ni coiffés ni fringués pareil. Puis une caravane de bagnoles se met en route direction Crépy. Incroyable ! On arrive sur place et Dédé sort les bouteilles de whisky du coffre. Tout le monde boit au goulot, sauf Frank qui n’a plus le droit de toucher une goutte d’alcool.

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             On va continuer d’aller de surprise en surprise. T’as déjà tous les disquaires spécialisés. On est en transe devant les bacs. Et puis soudain, on entend un groupe démarrer. On se rapproche de la scène. Les Red Cabs ouvrent le bal. Puis c’est le tour de Carl & The Rhythm Allstars. Carl se pointe sur scène en chemisette hawaïenne. Il gratte ses coups d’acou avec le manche pointé vers le bas, comme Cash. On s’attend au set pépère d’un petit jazz-band de banlieue. Mais ça prend vite la tournure d’un set sauvage à la Johnny Burnette. Ce diable de Carl a toutes les cartes en main : la vraie voix, la présence scénique, le jeu de jambes burnettien et l’épilepsie rockab. Il se jette par terre au bon moment, et quand on le voit faire, on se demande vraiment pourquoi les autres ne le font pas. Il y a dans l’essence même du rockabilly une pointe de folie et Carl l’a parfaitement intégrée. Il est le Wild Cat par excellence. Il descend en droite ligne de Johnny Burnette et de Charlie Feathers. Mine de rien, on est tombé par le plus grand des hasards sur un géant !

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             Fin de set. Il vend son single paru sur Wild qui est en train de devenir un label mythique, le label californien de Reb Kennedy sur lequel tous les rockabs rêvent d’enregistrer. Il le vend de la main à la main. T’as l’impression de tenir le Graal dans tes mains. Et quand tu vas l’écouter, ça sera encore pire, car c’est l’un des singles les plus déments de notre époque, Carl aspire son hiccup, il arrache son baby I’m gone à la Charlie Feathers, c’est d’une portée incommensurable, t’as là toute la grandeur du rockab, il pique sa crise de baby I’m gone, c’est fulgurant, tu prends ça entre les deux yeux, c’est encore pire que sur scène, et t’as le solo de rockab en piqué, boom, et ça repart au beat salace, c’est un vrai carnage ! Carl n’en finit plus de revenir à coups d’I’m gone, il s’en arrache la glotte, ce Big Daddy O est enragé. C’est un chef-d’œuvre de rockab sauvage. L’un des plus purs dans le genre.  

     Signé : Cazengler, (mais où est donc) ornicarl ?

    Carl & The Rhythm Allstars. I Am Gone/Slipped My Mouth. Wild Records Unknown

     

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    Rockabilly boogie

    - Onie soit qui mal y pense

     

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             Onie Wheeler est une très grosse poissecaille. Tu le repères vite fait sur That’ll Flat Git It Vol. 22, 25 et 49: Rockabilly From The Vaults Of Columbia Records, et sur That’ll Flat Git It Vol. 17: Rockabilly From The Vaults Of Sun Records. Colin Escott signe les liners d’Onie’s Bop, un beau Bear de 1991. Il commence par dire d’Onie qu’il ne doit rien à personne - He had a quirky individualistic style - Et quel style, les amis ! Onie a croisé Elvis, Hank Snow, George Jones, mais il est resté inconnu. Bad luck, nous dit l’Escott. Pas d’interview. Il est resté dans l’ombre. Onie est un mec du Missouri. Famille de 13 enfants. Il sert dans le Pacifique pendant la Seconde Guerre Mondiale et en 1945, il gagne un petit concours. Onie adore Ernest Tubb. Puis il va faire comme tous les autres : tourner inlassablement. Arkansas, Illinois. En 1953, Onie enregistre

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    son premier petit hit, «Run ‘Em Off», et derrière, t’as Alden J Nelson qui gratte des poux d’acier trempé. L’Escott parle de «works of uncompromising beauty». Il a raison, l’Escott. Et puis t’as cette voix, «Onie’s low pitched vocals complemented by bass strings runs from A.J. Nelson.» On frémit à l’écoute de «When We All Get There», ce slow

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    rockab country violonné avec le killer Alden J. Nelson derrière - With the Nelson brothers beside him and rock & roll just barely on the horizon, Onie couldn’t put a foot wrong - Eh oui, t’entends chanter une superstar. Pour l’Escott, the early recordings are the truly great recordings. En 1955, Onie se retrouve en tournée avec Elvis. En 1956, il

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    enregistre «Onie’s Bop», claqué au solide slap de swing. Onie est un virtuose du wa doo dee dop. En 1957 il devient a real wild cat avec ce «Going Back To The City» bien

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    fouetté du slap, et on retrouve ce chanteur extraordinaire sur «Steppin’ Out». Quel enchantement ! Onie aime bien le rockab et Elvis, mais il en pince vraiment pour la stone country music. Puis son manager Charlie Terrell le laisse tomber - I was looking

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    for bigger things - En 1957, Onie va chez Sun enregistrer «Jump Right Out Of This Jukebox», country mais deep voice. Le single ne sortira qu’en 1959 ! Il trouve le tempo trop rapide. L’Escott ne sait pas pourquoi Uncle Sam a bloqué le single. Il pense qu’Uncle Sam était trop occupé à sauver la carrière de Jerry Lee. En 1958, Onie s’installe en Californie pour essayer de relancer sa carrière. Il bosse comme ouvrier dans des usines. Puis il revient au Missouri. En 1961, Bob Neal reprend contact avec lui et lui demande de venir s’installer à Nashville, mais le deal avec Neal tombe à l’eau, alors Onie cherche un job. Tous les plans sont foireux : t’as ce mec super doué et personne n’est capable de l’aider à percer. Tu prends la compile Onie’s Bop et t’écoutes

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    l’heavy rockab de «Wanna Hold My Baby». Onie chante comme un super crack. T’as encore «A Booger Gonna Getcha» attaqué au pur slap, et plus loin, «Long Gone», soft rockab de classe supérieure. Tu ne te lasses pas d’entendre ce chanteur extraordinaire claquer son «Steppin’ Out». Il est nettement plus rock & roll avec «That’s All» et avec «Cut it Out», il fait du country rockab : slap + violon + voix de crack. Nouvelle explosion de joie avec «Closing Time», fabuleux shoot d’honky tonk sourd. Alors après tout le monde s’interroge : pourquoi Onie n’a pas éclaté au grand jour ? A.J. Nelson explique qu’Onie ne voulait pas vendre son cul. Charlie Terrell dit que son «songwriting was too far ahead of its time. His best material was written ten years too soon.»

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             T’es assez fier de rapatrier John’ Been Shuckin’ My Corn, un Onie Records de 1973. T’as Onie sur la pochette avec sa gueule de superstar. Et ça part en trombe avec le morceau titre, un heavy country-bop de deep voice. Onie est l’un des meilleurs, pas de doute. L’album est très country, mais la voix est riche et Onie te file des frissons. «Run Em Off» sonne comme du pur country bop bourré de chaleur humaine. Et t’as le fast bop d’«Onie’s Bop». Incroyable vélocité du strut !  T’es pas venu pour rien.

             Signé : Cazngler, Oniegaud

    Onie Wheeler. Onie’s Bop. Bear Family Records 1991

    Onie Wheeler. John’ Been Shuckin’ My Corn. Onie Records 1973

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    Onie Wheeler. Something New And Something Old. Brylen Records 1982

     

    *

    L’avenir du rock

    - DeRobert valent mieux qu’un

     

             Bernard Pavot bourre sa pipe. C’est bon signe. Il se tourne vers la caméra et salue les téléspectatrices et les téléspectateurs.

             — Ce soir, nous avons l’honneur de recevoir Jean Cocktail, Hervé Buzin, l’avenir du rock et... comment vous appelez-vous déjà ?

             — Boule ! Et lui à côté, c’est Bill !

             — Boule & Bill alors ?

             — Tu l’as dit bouffi !

             — Bienvenue à tous dans Apostroumph !

             Il tire une longue bouffée sur sa pipe, souffle trois nuages comme Popeye, et se tourne vers Jean Cocktail qui est étalé dans son fauteuil, les bras pendants, comme une pieuvre désenchantée :

             — Cher Jean Cocktail, depuis que vous avez fini de repeindre votre putain d’église, à quoi vous occupez-vous ?

             — Je ne lis plus qu’un seul ouvrage, voyez-vous...

             — Et quel est-il ?

             — Le grand Larousse. Car voyez-vous, un chef-d’œuvre de la littérature n’est jamais qu’un dictionnaire en désordre...

             — Ah comme c’est intéressant. Et vous, Boule & Bill, vous plongez-vous à l’instar de Jean Cocktail dans les pages voluptueuses du grand Larousse ?

             — Non !, répondent-ils en cœur.

             — Voulez-vous développer votre pensée ?

             — J’plonge pas dans les pages !, lance Bill d’une voix de roquet.

             — Et pourquoi ne plongez-vous pas dans les pages, Bill ?

             — Passe que c’est gratuit sur Amazon !

             Bernard Pavot se tourne vers Hervé Buzin et lui demande s’il plonge lui aussi dans les pages du grand Larousse.

             — Nous je préfère le p’tit Robert !

             Boule et Bill re-clament en cœur que c’est gratuit sur Amazon.

             — Et vous avenir du rock, de quel côté penche votre cœur ? Larousse ? P’tit Robert ?

             — Ni l’un ni l’autre. Plutôt du côté de DeRobert.

     

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             Encore une bonne surprise. Les genres de concert qu’il ne fallait pas rater : DeRobert & The Half-Truths. DeRobert est un black solide surmonté d’une petite touffe de dreadlocks. Il porte un costard noir et semble souffrir d’une jambe beaucoup trop arquée. Il propose un set de Soul rentre-dedans, bien punchy, un set de boxeur black, il arrache sa Soul du sol en permanence et va systématiquement rivaliser d’extrême Black Power avec James Brown, notamment sur «Take Me Out Of The Dark». Voilà, tout est dit. Si tu veux ta dose d’hard funk, va voir DeRobert sur scène.

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     Ce blackos est un démon, un Soul Brother de très haut vol, il brûle les étapes, il brûle la ville, il se brûle les ailes, il screame à brûle-pourpoint, il brûle en enfer, son truc, c’est l’hot-as-hell, le burn-baby-burn, même ses morceaux lents groovent entre tes reins. Ça faisait longtemps que t’avais pas autant vibré. Tout est bien, tous les cuts te sonnent les cloches. Tu te demandes comment un black aussi puissamment doué peut être aussi peu connu. DeRobert a l’étoffe d’une superstar, et en plus, il a les compos.

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             Derrière il a un batteur blanc capable de battre l’hard funk. Le genre de mec qui ne ressemble à rien, mais quand tu le vois jouer, tu lui donnes le bon dieu sans confession. À  sa gauche, DeRobert a sa section de cuivres (trompette et sax), et à sa droite, sa section d’assaut, gratte/basse. Et là attention... Ces deux blancs dansent d’un pied sur l’autre pendant tout le set. On ne voyait ça que dans les Revues des géants de la Soul. Et tu vois le bassman rivaliser de wild-as-fuckisme avec Bootsy Collins. Soudain on le reconnaît !

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             David Guy, le plus gros voleur de show de la planète, le bassmatiqueur du diable. Il  accompagnait Quinn DeVeaux ici même en 2024. David Guy bassmatique en pète-sec des six doigts, c’est-à-dire quatre + deux, sur sa basse Gretsch. Il se permet des luxes insensés, il tagadate des triplettes de Belleville et meuble ses interstices de transitions fulgurantes. David Guy fait partie du gang des pires voleurs de shows, avec Dale Jennings d’Orgone, qu’on vu agir derrière Say She She. À côté de David Guy, un autre petit blanc danse et gratte ses poux sur une demi-caisse Gibson, il est encore plus possédé que DeRobert et David Guy réunis, c’est incroyable comme ces mecs font le show : t’as deux fabuleux virtuoses en roue libre qui te ramènent la folie des Famous Flames sur scène. T’es complètement flabbergasté. Le guitariste casse une corde et change de gratte. Pendant qu’il s’accorde, DeRobert fait un petit discours : «Fuck Trump! Fuck Ice!» Et bien sûr il reçoit une ovation. On se dit sur le moment que tout n’est pas complètement foutu et que la résistance s’organise contre les nazis.  

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             Tu ramasses les deux albums au merch. Et tu retrouves tout l’hard funk du set sur Soul In A Digital World, à commencer par le fabuleux «Take Me Out Of The Dark». C’est en plein James Brown. Les Half Truths sonnent comme les JB’s. DeRobert chante le funk comme un dieu. Funk encore avec «Workin’», awite folks ! Cut de rappel sur scène, fabuleux déroulé de cuivres, c’est l’hard funk de rêve. Même chose avec «Too Short», c’est gratté à la pointe de la modernité du funk, t’as toute la clameur du Black Power, avec les déboulades de basse ! Avec «The Joy», DeRobert Superstar tape un fabuleux groove d’entre-deux. Te voilà au paradis, ça groove entre tes reins. T’es vraiment effaré par le niveau de ce blackos. S’ensuit un puissant instro, «Poor Man Walk». Visité par la grâce. Back to l’hard funk avec «Too Busy». Pas de problème. Big funk-out encore avec «The Dole» - I got no money/ I got no food - suivi d’un heavy groove exceptionnel, «The Feel». Il te groove ça jusqu’à l’oss de l’ass.

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             Ce démon de DeRobert attaque I’m Tryin’ en mode hard gospel, il prêche et ça chauffe, il travaille ça à la dépouille, et plus loin il passe sans ciller en mode heavy groove de Soul avec «Ooo Wee». Soul funk de rang princier ! Merveilleux DeRobert ! Il fait aussi de la pop de Soul («The Dole Pt 2»), il est à l’aise dans tous les genres. Il repart en mode hard funk avec «The Speech». Fabuleux funkster ! - I gotta speak my mind - Il sonne comme une superstar. T’as pas d’autre mot possible. Encore un groove de funk génial avec «Goin’ Places», et t’as les petits accords funky dans le fond du son. Comme James Brown, il sait taper dans l’heavy groove : «Do It Alone» a le même poids qu’un hit de James Brown. Puis il va sur le terrain de Barry White avec «Please Shine On Me». Il tape là dans le sunshine groove. Retour en fanfare à James Brown avec «Write A Letter». Collé à la suite d’I’m Tryin, t’as un bout de Beg Me, avec notamment le morceau titre qui est un classique de dancing Soul, mais côté gros popotin. DeRobert ? Soul Brother définitif.

    Signé : Cazengler, qu’a pas deux roberts

    DeRobert & The Half-Truths. Le 106. Rouen (76). 21 mars 2026

    DeRobert & The Half-Truths. Soul In A Digital World. G.E.D. Soul Records 2010

    DeRobert & The Half-Truths. I’m Tryin’. G.E.D. Soul Records 2014

     

     

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    L’avenir du rock

     - How to make a Monsterwatch

             Ça se passe au bar, comme d’habitude. L’avenir du rock croit qu’il va siffler sa 25 Jupi peinard, manque de pot, Boule et Bill déboulent.

             — Alors Boule, tu déboules ? Et toi, Bill, toujours aussi débile ?

             — Ah t’aime bien les petits jeux de mots à la mormoille, avenir du froc. Pas trop dur pour ta p’tite cervelle bouffée aux monstermites ?

             — Ben l’un dans l’autre, j’m’onster pas trop mal...

             — On te trouve quand même vachement monster à terre, avenir du croque...

             — Oh ça va, j’évite de monstergiverser.

             — C’est monsternant ! T’as toujours l’air de monsterrasser les obstacles !

             — J’m’arrange toujours pour que ça s’monstermine bien. Pas la peine de monstériser les choses.

             — Quand tu déballes te petites monstergiversations, on sait jamais si tu te fous de notre gueule ou pas...

             — Vous vous monsterisez trop sur mes propos, tous les deux. Chuis pas aussi monstérieux que vous le croyez.

             — C’est quoi le secret de ta monsternité, avenir du flop ?

             — Monsterwatch !

     

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             On descend à la cave voir Monsterwatch de Seattle. T’es pas déçu. C’est assez brut de décoffrage. Sont quatre : un guitar slinger dédouané, un bassman grondant dans son coin, une locomotive humaine de type Dave Grohl derrière les fûts, et devant, un petit mec en veston et lunettes noires qui a décidé de rocker le boat avec une niaque bien de chez lui. Pacific Northwest, baby ! Et ces mecs tapent bien dans le tas, ils tapent

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     bien dans le mille, ils tapent bien dans le dur, ils ne s’accordent pas beaucoup de répit, ils enfoncent leur clou à bras raccourcis, c’est un rock extrêmement physique, très percutant. Ils font même un cut demetend à deux basses, tu vas de surprise en surprise, mais tu sais que la résonance de la cave joue pour beaucoup dans le trouble que t’éprouves. T’as des groupes comme celui-là qui flashent bien dans l’instant et dans le

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    chaos du son, car ça te passe tout simplement sous la peau et tu cales le battement de ton cœur sur celui du Grohl qui tape comme un sourd sur ses fûts. Lui c’est pas tchack-poum, mais tchack-boom ! Au final, t’as encore une heure de sec et net à méditer. T’as passé un bon moment. Plus les groupes sont sans prétention et meilleurs ils sont. Ils débarquent, deliver the goods et puis s’en vont. T’y a vu que du feu, et c’est très bien comme ça.

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             Tu ramasses l’album Head au merch. Le p’tit road manager est content d’en vendre. On est au moins quatre à faire la queue. Fantastique album ! Encore plus balèze que le set. Tu retrouves aussitôt «Animal Cookies» et l’énorme tatapoum du clone de Grohl. C’est un cut de batteur. Et le mec au chant est un bon. Il s’appelle John Spinney et le clone de Grohl s’appelle David Cubine. Au chant, Spinney insiste lourdement. Il attaque «My Life Is Dumb» au ouhh!. C’est blasté dans les règles. Tout est ultra joué, plein comme un œuf. C’est avec «Big Sin» que tout s’éclaire : ils tapent en plein Killing Joke ! Ça t’avait échappé lors du set. Exactement le même power ! Avec le même raw à la surface. Son incroyablement dense. «Installation Method» vient confirmer le parallèle avec Killing Joke : c’est la même énergie, le cut est monté sur des poux à la Geordie Walker et Spinney persiste dans l’insistance inflammatoire à la Jazz Coleman. Ils bouclent leur balda avec «Epipherine Takeout», une fabuleuse surenchère à la Killing Joke, pulsée au beat de Seattle. C’est monstrueux de Monsterwatching ! Ils s’enracinent dans le Joke en B avec «Know Sleep», le clone de Grohl n’en finit plus de taper dans le dur («Relative») et ils ont encore la main plus lourde avec «Alright Now». Beat, chant, riff-raff, tout est démesurément lourd de sens. Voilà la suite du Pandemonium.  

    Signé : Cazengler, munsterwatch

    Monsterwatch. Le Trois Pièces. Rouen (76). 16 mars 2026

    Monsterwatch. The Head. Killroom Records 2025

     

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    Wizards & True Stars

     - You can’t judge a Booker by looking at the cover

     (Part Two)

     

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             La saga de Booker T & The MG’s commence dès 1962 avec l’album Green Onions et sa pochette foireuse. Mais le morceau titre devient l’emblème du Stax Sound, par la seule puissance de son groove. Duck roule pour vous et derrière le copain Steve envoie de sacrés coups de Tele. Avec ce premier album, on entre aussi dans l’austère processus

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    des albums d’instros, comme dans le cas du James Taylor Quartet. Booker T & The MG’s sont des gens prolifiques, mais tellement bons qu’on les suit à la trace sans jamais rechigner. Duck réédite l’exploit de «Green Onions» avec «Mo’ Onions». Il nous sort là le smooth de rêve, un son qui va rester un modèle absolu. C’est Duck qui conditionne le rang des oignons. Le «Stranger On The Shore» qui ouvre le bal de la B sonne comme un groove miraculeux et on se régale encore plus de «One Who Really Loves You» car c’est joué dans la joie et la bonne humeur. Dès leur premier album, les MG’s sonnent comme le groupe idéal. Mais attention à l’austérité. C’est comme le cinéma muet, il faut s’habituer à l’idée de cette esthétique.

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             Deux ans plus tard, ils reviennent en force avec l’excellent Soul Dressing et sa belle pochette kitsch qui nous propose un Booker T cadré serré et frais comme un gardon du Mississippi. Ils nous sortent un «Big Train» monté sur un beat dévorant, le copain Steve casse du sucre sur le dos de sa Tele avec une niaque infernale et Booker T arrondit les angles à coups de B3. On retrouve leur fantastique énergie dans «Jellybread». Même power que celui de «Green Onions». Ils développent le cut au détour d’une boucle et le copain Steve joue au freakout de Memphis. Ils jouent aussi «Outrage» à la merveilleuse vélocité catégorielle. C’est du très haut niveau, pétri de qualités : fluidité, aisance et power. En B, on va tomber nécessairement sur «Mercy Mercy», énorme shoot de good time music emmené par un Booker T enthousiaste, une vraie merveille de légèreté et d’émancipation du peuple noir, même si le copain Steve joue comme un sale punk des bas fonds. Il faut aussi saluer Al Jackson qui bat si sec, notamment dans «Can’t Be Still». Celui-là ne traîne pas en chemin. C’est un sérieux client.

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             Et voilà qu’ils se payent une pochette classique pour And Now, qui paraît deux ans plus tard, en 1966. Ils y tapent une cover guillerette de «Working In The Coal Mine». Leur hommage à Lee Dorsey bat tous les records de finesse. Et ils sonnent très New Orleans avec un «Don’t Mess Up A Good Thing» monté sur le beat d’«High Heel Sneakers», mais avec un beau côté bastringue. Duck se paye la part du lion avec «Soul Jam». Il rôde dans le son et descend dans les bas étages. Ah il faut le voir pulser le beat, c’est un spectacle étonnant. Le copain Steve nous refait le coup du guitariste délinquant dans «One Mint Julep», un beau shuffle pulsé une fois encore par Duck la loco. Un vrai heartbeat ! Et Booker T renoue avec ses accointances dans une très belle version de «Summertime». Le round midnite, c’est son pré carré. 

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             Hip Hug-Her sort en 1967 sous une pochette très sixties. On se croirait dans Mademoiselle Âge Tendre. C’est un album très pépère. Au même titre que «Green Onions» (utilisé par Hubert pour son émission Dans Le Vent), le morceau titre fut utilisé comme générique d’émission de radio. Voyage dans le temps assuré. C’est un petit jerk bien apprêté qui s’habille chez Happening. Ce truc marche à tous les coups. Mais l’énergie n’est pas au rendez-vous. Ils nous groovent mollement un «Soul Sanction», comme s’ils malaxaient les fesses d’une fille qui ne veut pas. Ils font une version beaucoup trop acidulée du «Get Ready» de Smokey et sauvent l’album avec un «More» joliment hanté par l’un de ces thèmes mélodiques dont Booker T a le secret. C’est l’hymne des jours heureux. En B, ils saluent Felix Cavaliere avec une cover de «Groovin’». Booker T le joue avec délectation sur son grand orgue de cérémonie. 

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             En 1968, ils ne sortent pas moins le trois albums, le premier étant Doin’ Our Thing. Pochette très sixties, encore une fois, avec un groupe de jeunes gens photographiés au bord du fleuve. Les MG’s tapent dans le «You Don’t Love Me» connu comme le loup blanc de Willie Cobb et le groovent jusqu’à plus soif. Le copain Steve le joue en flux tendu. Par contre, ils foirent leur reprise de «The Beat Goes On» avec un son ingrat et dominateur. Ils tapent aussi un «Ode To Billie Joe» à la bonne torpeur académique. Cut idéal pour un mec comme Booker T qui adore napper les choses de la vie. Ils terminent cet album mi-figue mi-raisin avec un heavy groove de rêve éveillé, «Let’s Get Stoned», un groove de round midnite signé Ashford & Simpson, idéal pour le cat T.

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             Le deuxième album soixante-huitard s’appelle Soul Limbo. Rien de nouveau sous le soleil de Satan, nos quatre compères pondent de l’instro à la chaîne. Le morceau titre est un modèle de Memphis Sound énergétique, dignes des grandes heures de Green Onions. Al Jackson claque à plat et Duck se jette dans la furia del sol et joue au débotté. L’autre hit de l’album s’appelle «Be Young Be Foolish Be Happy», c’est une sorte de groove éberlué joué par des musiciens devenus fous. Booker T arrose tout ça de B3. On est à McLemore et ça roule ma poule. Ils punchent le diabolo du cortex dans la couenne du cut. Booker T fait encore des merveilles dans «La La Means I Love You» et la tension MGtique revient avec «Hang ‘Em High». Booker T nous roule ça dans sa farine et soudain ça démarre. On assiste à la naissance d’un shuffle, avec un Booker on the beat. Demented ! Ce qui distingue les MG’s du reste du monde, c’est leur raw power. On voit aussi Booker T noyer son «Born Under A Bad Sign» dans le pur jus de shuffle d’orgue. Par contre, ils en foirent deux et pas des moindres : «Eleanor Rigby» et «Foxy Lady», qui ne sont pas vraiment faits pour le B3.

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             Le troisième album soixante-huitard est la bande originale d’un film, Up Tight. C’est un album essentiel car c’est là que se trouve «Time Is Tight», le hit définitif des MG’s. La mélodie parfaite. L’un des sommets du Memphis Sound. Booker T le noie d’orgue et derrière, le copain Steve gratte comme un dingue. C’est avenir du monde, baby, l’ouverture définitive. Ces mecs visent l’apoplexie, c’est plein d’allant, radieux, le beat des jours heureux. Booker T, Steve, Duck et Al créent les conditions de la magie dans le bouclard de McLemore. On se régale aussi de «Children Don’t Get Weary», vieux groove de gospel que chante Judy Clay. C’est excellent et même beaucoup trop excellent. Booker T nous refait le coup du shuffle mirobolant avec «Thank’s Lament» et une intro qui fait rêver. N’oublions pas que Booker T est un puissant seigneur. C’est dans ce genre de cut que se joue le destin des Sixties. Au moins autant que dans les hits des Beatles. Tout repose sur le swing alerte de Booker T et sur la façon dont son copain Steve monte les cuts en neige.

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             En 1969 paraît The Booker T Set. On y trouve deux petits chefs-d’œuvre : leurs versions de «Lady Madonna» et de «Mrs Robinson». Duck prend Mrs Robinson au bas du manche et ça commence à swinguer en douceur et en profondeur. Booker T nage à la surface comme une crème anglaise. Étonnante qualité du groove. On se régale de cette basse si ronde. Duck se paye de belles descentes à contre-courant et nous régale du tact de son bassmatic. Ils font aussi un carton avec «The Horse» que le copain Steve gratte à la régalade. Sur cet album, les MG’s beefent un peu leur son et Booker T se répand jusqu’à l’horizon. Ils tapent aussi dans Burt avec «This Girl’s In Love With You». Le copain Steve joue en réverb et Booker T nappe en loucedé. Imparable. Et si mélodique. C’est beau à pleurer. Ils terminent sur une fantastique cover de l’«It’s Your Thing» des Isley Brothers. Mais ils sont trop pop pour le funk de Ronald. Ils ramènent cependant une belle dose de Southern niaque.

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             Paru en 1970, McLemore Avenue reste un album très controversé. Les MG’s ont décidé de rentre hommage aux Beatles (d’où la pochette Abbey Road) sous forme de medleys entreprenants. Mais c’est un album qu’il faut écouter attentivement, car il s’y cache de sacrées merveilles, à commencer par cette version d’«Here Comes The Sun» noyée dans la masse. Duck le joue à l’insistance et ça sonne comme dans un rêve. Le groove de Memphis épouse la magie des Beatles sous le soleil exactement, et ils tombent dans l’heavy groove de «Come Together» qui du coup incarne d’une certaine façon l’élégance du Memphis Beat. Le copain Steve s’en paye une bonne tranche par dessus les grandes nappes de Booker T. Ces mecs sont merveilleux, ils restituent la magie de «Something» avec un son d’orgue Hammond qui ravive tous les espoirs. En B, on voit le copain Steve tailler un «She’s So Heavy» à la note sèche et un peu acide. Encore un cut idéal pour ces démons d’MG’s, rois du beat turgescent et du napping B3. Il faut voir Booker T napper tout ça. Un vrai dingue !

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             Melting Pot restera dans l’histoire de la Soul pour son morceau titre, porté au bassmatic par Duck et gratté funky par le copain Steve qui se met à porter la barbe. Ils deviennent les rois de l’anticipation, et bien sûr, Booker T s’en vient nous napper tout ça de B3. C’est à la fois magnifique et très dense, et pendant la longue virée du copain Steve, Duck maintient son bassmatic en état de steady rumble. Fabuleuse cohésion ! Booker T nous fait du round midnite à la Monk dans «Back Home» et ils bouclent l’A avec un «Fuquawi» infesté d’incursions intestines du voyou Steve. Il faut le voir rôder dans le quartier du groove, il renâcle dans l’ombre et renifle la morve de ses riffs malveillants. En B, ils nous refont le coup de l’instro des jours heureux avec «LA Jazz Song», une vraie régalade régalienne expurgée au pur jus de shuffle impénitent. 

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             En 1973 paraît un faux album des MG’s. Carson Whitsett remplace Booker T et Bobby Manuel le copain Steve. Fidèles au poste, Duck et Al veillent au grain. Si on écoute cet album, c’est uniquement pour entendre jouer Duck. On voit ces faux MG’s fondre comme beurre en broche dans «Black Side» et Duck bassmatique «Frustration» avec une niaque épouvantable.

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             On retrouve nos quatre MG’s sur Union Extended. Curieusement,  l’album paraît sur Stax en 1976, soit un an après la fin de Stax. Titre d’album d’autant plus curieux que la banque qui a fini par avoir la peau de Stax s’appelle the Union Planters Bank. Le hit de l’album s’appelle «Beale Street Revival». Duck l’embarque au violent drive de basse. Il reste l’un de ceux qu’il faut admirer, car il incarne mieux que personne l’énergie du Memphis beat. «Overton Park Sunrise» vaut aussi le détour car on a là une groove d’une très grande pureté, lumineux et bien intentionné. Duck l’habite. Il se fend plus loin d’un sacré «Duck Walk». On se croirait sur l’album de la maturité. Ils visitent encore les rues de Memphis avec l’excellent «Midnight On McLemore» joué à l’orientale. Duck fourbit un son de basse idéal, bien rond, bien sourd, la reine des aubaines. 

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             Comme la vie sur terre est injuste, les MG’s la quittent un an plus tard pour l’espace et vont sur Asylum enregistrer Universal Language. On les voit tous les quatre au dos de la pochette, le copain Steve s’est laissé pousser les cheveux et Willie Hall a remplacé Al Jackson qui s’est fait buter. Duck semble extrêmement mélancolique et Booker T prépare son envol avec un beau sourire. Ils groovent doucement sur cet album, la tension de Melting Pot leur fait défaut. Booker T cherche sa voie dans l’imbroglio des opportunités. Il réussit à trouver un thème intéressant pour ce «Last Tango In Memphis» qui ouvre le bal de la B. Mais l’album reste étrangement sage et même serein. Avec «MG’s Salsa», Booker T nous serine la cerise à l’eau de vie.

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             Trente-deux ans après leurs débuts, les MG’s se reforment pour accompagner Dylan et Neil Young. C’est là qu’ils décident d’enregistrer That’s The Way It Should Be. Pour remplacer Al Jackson, ils font appel à Steve Jordan, l’Xpensive Wino. Booker T nous claque le «Gotta Serve Somebody» de Bob Dylan d’un ton docte du haut de l’Hammond. C’est d’une classe effarante. Derrière lui, Duck pouette. On sent le boudiné de ses doigts sur les cordes. Il pouette sa came. Ces mecs sont des diables. Le «Slip Slidin’» d’ouverture du bal sonne comme un good timey groovytal superbe, une sorte de Memphis beat qui navigue en père peinard sur la grand mare des canards. Quelle allure ! Le copain Steve passe un solo à l’Atahualpa et Duck bourdonne son bassmatic comme un essaim de green hornets. On se sent tellement bien en compagnie des MG’s. Ils nous refont le coup des oignons avec «Mo Greens». Ils continuent de créer de la légende. Le copain Steve passe l’un de ces solos dont il a le secret et Booker T se fond une fois encore dans le move du groove. C’est l’apanage du Memphis beat. MG’s forever ! Ils tapent aussi dans l’excellent «Just My Imagination» de Barrett Strong et Norman Whitfield. Attention, ça groove en profondeur. Booker T est so sweeeeet, il enfile les annales comme des perles, il est so cherubic, so Hammond, so so so. Back to the big Memphis beat avec «Cruisin’», bien boppé au touch organ. C’est du T qui va loin, ce mecs descendent le canyon de groove à leurs risques et périls. Tout est là : les victuailles, le beat, le shit et le shot. Les MG’s gagnent à tous les coups, ils font «I Still Haven’t Found What I’m Looking For» de U2 à l’inspiratoire maximaliste, la pire qui soit. Leur formule est simple : une ligne mélodique soutenue par un gros beat turgescent. Les MG’s resteront dans l’histoire du rock l’une des équipes les plus attachantes.

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             Paru en 2003, Soul Men est une compile montée par Roger Armstrong, à partir de cuts inédits enregistrés durant les années soixante. Ce sont des reprises, ce que les MG’s appellent des hip hits d’un bel acabit. Booker T ne fait qu’une bouchée d’«Harlem Shuffle» et on assiste au grand retour du big Memphis beat avec «Hi Heel Sneakers». Ils jouent ça à la revancharde, ça ne vaut pas la version de Jerry Lee, c’est vrai, mais quand même. Les MG’s savent polir un chinois. Ils transplantent Motown à Memphis avec une redoutable version d’«I Was Made To Love Her», mais quand Booker T joue la mélodie, ça devient un peu tarte à la crème. Pareil avec «Wade In The Water». Un conseil, Booker, laisse ce truc à Graham Bond. Bon d’accord, ils s’en vont swinguer par dessus les toits et vont lever des lièvres, mais le shaking d’Al Jackson & Duck ne vaut pas celui de Jack & Ginger. Ils rendent un bel hommage aux Beatles avec «Day Tripper». Le copain Steve y passe un solo fiévreusement beatlemaniaque, et Duck rame derrière comme un galérien. Sacrés gaillards ! Encore un hommage de taille : «On A Saturday Night» d’Eddie Floyd. Ils nous swinguent ça jusqu’au bout de la nuit. Booker T balaye son clavier avec ferveur, ça dégouline de jus, c’est là que le génie des MG’s éclate au grand jour. Avec «Spoonful», ils sonnent comme des Anglais. Est-ce un compliment ? Oh weee baby ! Booker T rampe dans le groove comme Chick Churchill des Ten Years After. Les MG’s privilégient le côté épais et malsain du groove. Et le copain Steve y passe un solo de notes salaces. Duck a la main lourde dans «You’re So Fine» et le copain Steve ramène toute sa niaque dans le vieux «Raunchy» de Bill Justis. «Gimme Some Lovin’» est un choix idéal pour une équipe de fiers à bras comme les MG’s, Duck porte le beat à lui tout seul et l’un des sommets de cette compile est leur reprise du «Soul Man» composé par le Prophète Isaac & David Porter pour Sam & Dave, fabuleux shoot de B3 avec un Duck on fire. Quelle puissance ! S’il ne fallait conserver qu’un seul album des MG’s, ce serait probablement celui-ci. 

    Signé : Cazengler, Bookair d’un con

    Booker T & The MG’s. Green Onions. Stax 1962

    Booker T & The MG’s. Soul Dressing. Stax 1964

    Booker T & The MG’s. And Now. Stax 1966

    Booker T & The MG’s. Hip Hug-Her. Stax 1967

    Booker T & The MG’s. Doin’ Our Thing. Stax 1968

    Booker T & The MG’s. Soul Limbo. Stax 1968

    Booker T & The MG’s. Up Tight. Stax 1968

    Booker T & The MG’s. The Booker T Set. Stax 1969

    Booker T & The MG’s. McLemore Avenue. Stax 1970

    Booker T & The MG’s. Melting Pot. Stax 1970

    The MG’s. Memphis Group. Stax 1973

    Booker T & The MG’s. Union Extended. Stax 1976

    Booker T & The MG’s. Universal Language. Asylum Records 1977

    Booker T & The MG’s. That’s The Way It Should Be. Columbia 1994

    Booker T & The MG’s. Soul Men. Stax 2003

     

    *

             Du chahut sous ma fenêtre, ce doit être encore mon fan-club de jeunes évaporées, je ne vais pas me déranger pour si peu, pourtant  cette fois les cris sont différents, ce n’est pas l’habituel ‘’Damie ! Damie !’’ sur l’air des lampions, je baisse un peu le volume de Pink Thunderbird de Gene Vincent, quel sacrifice ne ferais-je pas pour ces gourgandines, ma parole ce sont des cris d’horreur que j’entends, que se passe-t-il ! J’ouvre la porte, à l’encontre de leur habitude envahissante, elles sont toutes massées sur le trottoir d’en face, elles poussent des cris d’effroi, il y en a deux ou trois dont les joues ruissellent de larmes. Je m’apprête à traverser la rue, une clameur unanime retentit :

    _ Damie n’avance pas ! Par pitié, on a trop besoin de toi, on ne veut pas que tu meures !

    _ Demoiselles pour l’instant je suis encore vivant, expliquez-moi, que se passe-t-il ! Dites-moi tout, mais pas toutes en même temps, tiens, toi Maryline (c’est ma préférée, il ne faut surtout pas qu’elle le sache), parle calmement, je suis tout ouïe !

    _ On t’attendait Damie comme tous les matins pour avoir la chance de t’apercevoir, on était-là à côté de ta boite-à-lettres, par la fente on a regardé si tu avais du courrier pour te l’apporter, Gertrude a glissé un œil dans la fente, elle s’est presque évanouie, elle a crié qu’il y avait une grosse araignée noire dedans, elle a ajouté que c’était une mygale géante, on s’est moquée d’elle mais quand Isabelle a soulevé la fente, on a vu, une grosse patte de mygale toute noire qui dépassait et qui essayait de sortir, alors Damie on t’en supplie, n’ouvre pas, elle te mordra et tu mourras.

    Je ne m’étends pas sur les jérémiades et les supplications qui suivirent. D’un geste de la main j’obtiens un silence instantané. Un rocker n’a jamais peur, je m’approche d’un pas décidé, elles n’ont pas menti, ça remue là-dedans, par la fente j’aperçois un truc tout velu tout noir, sûrement un appendice de mygale, ou de tarentule, je ne m’y connais pas beaucoup en arachnides, mais la bestiole doit être assez grosse, comme je suis un rocker j’ouvre brutalement la porte, un truc tout noir me saute dans la main !

    _ Poisson d’avril Damie !!!

    _ Elles rigolent et se fichent de moi, le chaton s’est pelotonné entre mes deux paumes et ronronne aussi fort qu’un bi-moteur !

    _ Il est pour toi Damie, on l’a trouvé, on te le donne comme tu dis que tu es un cat, désormais vous serez deux !

    Elles éclatent de rire, excusez-moi d’être incorrect : elles se foutent ouvertement de ma poire !

    _ Demoiselles, je vous remercie pour le chaton, mais vous avez été bien imprudentes de l’enfermer dans cette boite, vous n’avez pas vu le crotale endormi tout au fond, il aurait pu vous piquer et vous seriez peut-être mortes à l’heure qu’il est !

    Elles poussent des cris d’horreur, elles me crient de fermer la boite, je n’obéis pas, les rockers n’ont jamais peur, je plonge la main et en retire le crotale.

    • Oh Damie, ce n’est pas un serpent, c’est une revue !!!
    • Non ce n’est pas une revue, c’est Rockabilly Génération News, sachez faire la différence, vos parents ne vous ont donc jamais appris qu’il n’y avait pas sur cette terre une calamité plus désastreuse que le Rockabilly ! Poison d’avril !

    ROCKABILLY GENERATION NEWS N° 37

    (AVRIL-MAI- JUIN 2026)

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             Tiens pour une fois on commencera par la fin. Le dos de couve. Toute cette magnificence ultra-flashy, la flamboyance rockabilly à l’état pur, à venir, car juste la juxtaposition de huit flyers d’annonce des festivals. Une esthétique qui vous épate les mirettes, en même temps un document à étudier soigneusement !

             Honneur aux dames ! D’abord dans la rubrique Les Racines de Jullien Bollinger. Je ne vous raconte pas quand ma féministe de fille m’a demandé si je connaissais Sister Rosetta Tharpe, convaincue que moi le rocker viriliste ne pouvait avoir eu vent  d’une telle inconnue. Des bonnes sœurs comme elle, j’en veux des couvents entiers. Elle risque d’avoir des problèmes avec la hiérarchie, une délurée, soi-disant une guitariste, elle tape dessus comme si elle clouait un cercueil pour réveiller le mort. Un être libre, hors des clous, qui a vécu comme elle voulait. Elle s’est battue pour la musique, pour son peuple et pour elle-même. Faites de même alors vous serez un homme. Pardon : une femme !

             Comme Joséphine Baker, elle aimait les guépards, mais elle Claudia Colonia elle en avait plusieurs qui la suivaient partout. Celui de Joséphine croquait les chats et les chiens de ses voisins, mais ceux de Claudia, ils ne pouvaient plus se tenir dès qu’ils étaient sur scène. Faut dire qu’elle donnait le mauvais exemple, son truc à elle c’était de rugir dès qu’elle voyait un micro. Le cirque Medrano à elle toute seule. Passait son temps à hurler, en plus d’être une femme elle chantait du rock. Des classiques, mais en français et en italien. Car oui incompréhension suprême elle était italienne ! Bref ceux qui n’avaient jamais entendu Sir Rosetta Tharpe ne comprenaient pas. Patrick Bruneau nous restitue en cinq pages, non pas la carrière, car chez elle la vie et sa carrière ne formaient qu’une seule existence.

             Lorsque Jerry Lou a passé le piano à gauche l’on n’était pas fiers, mais quelque part l’on se disait tant qu’il en reste un, l’époque fabuleuse des pionniers n’est pas tout à fait enterrée… Hayden Thompson nous a quittés le dernier jour de l’année dernière. Une carrière en pointillés. Fait partie de ces météorites de feu qui à la fin des années cinquante ont disparu, pierres oubliées depuis longtemps… lorsque l’avalanche rockabilly est revenue elles ont encore rougeoyé, de l’histoire du rockabilly Hayden Thompson aura participé à l’écriture des premières pages et partagé les agapes les plus tardives. Le début et la fin. L’essentiel et l’absolu.

             En rock dès que vous avez un américain, l’on ne tarde pas à rencontrer un anglais. Interview de Johnny Red chanteur de Johnny and the Jailbird, l’était en tant que spectateur à Wembley, l’était l’année dernière à Quimper avec les Rotten Rockers, une vie consacrée au rockabilly, à vingt-deux ans l’avait une allure extraordinaire avec ses cheveux longs et cette tignasse de mèche déjantée qui lui tombait sur le visage, qui n’est pas sans évoquer certaines photos de Jerry Lou. Lisez, surtout admirez la photo en page 7 (mais aussi celle page 35), l’homme qui a tout vécu, tout vu, qui sait tout, surtout ce que vous ne pourrez jamais connaître.

             Interview de Rico organisateur du Elsass Rockin’ Teds, l’on présente les groupes, je vous laisse les découvrir mais aussi avant les pépites sonores les pépètes trébuchantes, combien ça coûte, comment on amortit, pourvu que ça dure disait Letizia la mère de Napoléon… Changeons d’estrade,vingtième party du Rocking Gone, du beau monde, Sergio en profite pour nous offrir les Spunyboys on stage…

             Deux tristes nouvelles, après trente-cinq ans de bons et loyaux services Phil Haley and his Comets tire sa révérence… Le T-Becker Combo aussi, seulement cinq années d’existence, un son nouveau dans le rockabilly français mais Christophe Becker arrête les frais, la fatigue physique et morale aussi car il est difficile de continuer dans ce métier sans être soutenu par une structure qui mise sur vous…

             Bébert aussi arrête. La vie. Le chanteur des Forbans repose désormais auprès de sa mère. Les Forbans continuent. Sont rejoints par Lucky Will  il n’est pas possible d’arrêter cet équipage légendaire. Astrid son épouse tient à continuer le combat…

             En quarante-huit pages Rockabilly Génération News réussit  à raconter l’histoire du rockabilly depuis ses plus anciennes racines jusqu’aux surgeons indomptables des nouvelles et futures pousses, un miracle rock’n’rockab renouvelé à chaque nouveau numéro.

    Damie Chad.

    Editée par l’Association Rockabilly Generation News (1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 6 Euros + 5,24 de frais de port soit 11,24 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 40 Euros (Port Compris), chèque bancaire à l’ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal (cochez : Envoyer de l’argent à des proches ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that’s what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues… Et puis la collectionnite et l’archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l’impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents.

     

    *

    Chers lecteurs je reconnais que parfois je vous en fais voir de toutes les couleurs, surtout des teintes très sombres, que certaines chroniques plus noires que vos âmes doivent vous faire blêmir, souvent à la pensée de vos mines effarées et de vos profonds dégoûts mes lèvres esquissent un sourire sardonique et cruel, mais là c’est un peu le summum de l’horreur. Je l’avoue en toute humilité. Après l’écoute de cet album, j’ai pleuré, sur vous, sur le monde, et pire que cela, sur moi-même.

    I HAVE NO NAME

    CULT OF OCCULT

    (Autoproduction/ 31-03- 2026)

             Vous avez lu l’intro de Croco le Mytho, alors attendez-vous au pire. Chantent en anglais, mais sont français. Viennent de Lyon. Donc un groupe avec des arrêtes. Traînent une mauvaise réputation. Sont carrément traités d’alcooliques. Moi je n’ai rien contre ceux qui sacrifient à Dionysos.  Refusent les interviews ou répondent n’importe quoi. Les Beatles faisaient de même, mais on ne le leur a jamais reproché. Leur premier opus date de 2012. Je ne connaissais rien d’eux avant ce  cinquième album et treizième opus qui nous préoccupe. J’exagère, depuis plusieurs mois, je reluque une pochette d’album, je n’ai jamais eu le temps de m’attarder, je me promettais de le chroniquer un de ces jours, cette couve me parle. Ne riez pas si Dieu parle à certains pourquoi n’aurais-je pas moi aussi le droit d’entendre des voix. Je vous en recauserai dans notre livraison 732.

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             Comme par hasard, c’est la pochette de leur dernier disque qui m’a interpellé. Pas de nom. Pas de groupe. C’est qui ce géant nu, à première vue un bonhomme ou la marionnette de tous les dangers ? L’on pense à Frankenstein tapi contre la cloison d’une petite maison habitée par une simple famille, à les observer il prend conscience de l’humanité qu’il porte en lui, il sera chassé… Plutôt le golem cet être informe pétri de terre glaise, le brouillon biffé, le modèle raté qui permit à Dieu de créer Adam, non pas un simple monstre, mais la figure même de l’abomination, en deçà du Bien et du Mal. Je ne sais qui a commis ce chef-d’œuvre d’une force incroyable, un véritable prodige.

    Jean-Claude VanDoom : chant / Gary McDoom : bass /Johnny Kingdam : guitare / Rudy Alleyyoupacid : drums.

    I have no heart : grincement motorisé, nous connaissons ces entrées pseudo-noisiques qui prennent leur temps, idem aussi ces levers de rideau battériaux solennels qui annoncent l’apocalypse, mais ici il y a un truc différent : ce vomi de vocal qui peu à peu prend son envol, ô très lentement, parmi les efflanquées de cymbales  la guitare qui joue à la perceuse. Stop. Silence. Tapotements, le disque bascule, ce n’est plus tout à fait un groupe qui joue, ce n’est plus de la musique, même si elle est là, ce n’est pas tout-à-fait le vocal, mais le son et le sens des mots qui se transforment en une sorte de diction poétique, les instruments n'étant là que pour faire passer, agrémenter si possible, le message, l’être de la pochette parle, il est triste, il est seul, il est inutile de le prendre dans vos bras et de tenter de le consoler, il n’est pas vraiment triste, simplement accablé d’une lourdeur métaphysique insensée, ce n’est pas l’esprit qui se fait corps, c’est le corps qui est l’esprit de quelque chose d’innommable et d’abominable, un train, long convoi funèbre, s’approche de vous, il hurle, il vous hait, il vous tuera, une espèce de folie collective s’empare de lui tout seul, il est tout ce que n'êtes pas car il compte annihiler votre existence par sa seule présence. I have no limbs : il geint, il se plaint, il agonise, il délire, il est un corps sans membres mais aussi des membres sans corps, hurlement de transsubstantiation, vous ne voyez qu’un amas de chair sanglante, c’est que vous ne savez pas quoi faire, il exige, il supplie que vous le tuiez mais cette masse de glaise rougeâtre n’est que lui-même, elle n’est que son propre esprit, il est à un niveau d’être que vous n’atteindrez jamais, il dresse son propre tombeau, il creuse sa fosse avec d’autant plus de désespoir et de terreur qu’il sait que ce qu’il est ne pourra jamais mourir, ce n’est pas qu’il soit immortel c’est que sordidement il ne peut pas mourir, il roule sur-même, il râle, il n’est que la désincarnation de sa douleur à vivre que ce soit dans sa propre existence, que ce soit dans sa propre mort, ce sont vos oreilles qui contemplent cette agonie sans fin, et vous comprenez votre finitude humaine en la mesurant à l’infinitude inhumaine de celui qui n’est plus, dixit Heidegger, un être pour la mort, mais une chose sans nom qui désire le rien puisqu’il est le tout et que le tout ne peut rien désirer, une longue plainte déchirante qui exprime seulement le fait d’être, tout en n’étant pas, un Hamlett qui porte les deux postulations si ingénieusement mêlées qu’il ne peut être que cette agonie de musique funèbre, une voiture qui klaxonne dans la nuit, la portière ouverte abandonnée par son chauffeur. Vous ne trouverez pas de morceau plus éprouvant que celui-ci. Ce n’est pas parce qu’il s’arrête au bout de quinze minutes qu’il ne continue pas autre part, dans un coin perdu du monde. I have no companion : de quoi se plaint-

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    il ? De quoi a-t-il peur ? Est-ce que sa peur des hommes est sa seule possibilité de n’être plus. Il ne chante plus. Il psalmodie un poème sur un chaos de noise, il désire tant la mort qu’il appelle les hommes pour qu’ils le mettent à mort, ils répondent, sournoisement, pas trop fort, car ils ont peur alors que lui les implore de le découper en petits morceaux, en confettis d’abomination, la tension croît et devient insupportable. Arrêt fatal. I have no tongue : ils lui ont coupé la langue. Il a crié et puis la musique parle pour lui. Non il parle encore. De quoi se plaint-il, de parler alors qu’il n’a plus de langue, que de cris gargouillés pour quelqu’un qui est censé être muet, personne ne peut rien pour lui. En dernier recours il appelle Dieu et Dieu ne répond pas, alors il appelle Satan. I have no soul : il n’a plus d’âme puisqu’il l’a donnée à Satan, alors il descend en Enfer, il parcourt les couloirs ténébreux, il se rend auprès de son maître, il le cherche, il a du mal à le trouver, jeu de cymbales, guitares grinçantes et coupantes, qu’importe, il avance doucement mais il avance, enfin le voici, Satan pointe un doigt crochu et menaçant vers son serviteur, il a retrouvé sa langue, il ne parle pas il se définit, s’il est en cet étrange état c’est parce qu’il a déjà tué Dieu et que maintenant il va tuer Satan, coup de trompe, coup de trombe, paroxysme, souvenez-vous, il est l’abomination, il a tué le bien, il a tué le mal, le monde est fini, une basse vrombit dans le silence, plus rien n’existe, à part lui, il dirige ses pas vers les hommes,  il est le grand destructeur. Est-ce lui qui avance vers le monde ou est-ce le destin du monde qui vient à lui pour connaître son déclin terminal, les dernières minutes de ce morceau sont terribles, elles se situent au-delà de la vie et au-delà de la mort. Des concepts trop idéns et des notions trop abstraites pour être assimilés. I have no end : c’est la fin. La fin interminable. Il est ce qu’il est devenu et ce qu’il n’est plus. Dieu et le Diable en même temps. La souffrance de l’un et la douleur de l’autre, car comment pourraient-ils être heureux puisqu’ils ne sont plus, et puisqu’ils ne sont plus n’est-il pas devenu l’immortalité qu’ils étaient et qu’ils ne sont plus. Il glapit tel un renard pris à son propre collet dans le poulailler du monde. L’abomination est abominable pour les hommes, pour Dieu et pour le diable et pour lui, car comment l’abomination ne pourrait-elle  ne pas être abominable. Il se plaint, il geint avec encore plus de force sur le tapis de ronces noires de l’instrumentation morbide qu’il parcourt, il crie, il souffre, il souhaite se suicider mais il ne peut pas, ou alors c’est que sa vie est un suicide éternel, ainsi il ne saurait être que sa mort éternelle. La musique avance à coups de raffuts monstrueux, il crie comme si on l’écartelait. Minutes agoniques. J’en pressens beaucoup qui arrêteront le disque avant qu’il ne se termine. Peine perdue. Il poursuivra sa marche à leur côté sans qu’il s’en doute. L’abomination n’est-elle pas à leur image… Un feu qui brûle mais qui ne se consume pas. Une abomination infinie.

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             Ce disque d’une intensité abominable.

             Il vous sera difficile de trouver pire. Le malheur c’est que ceux que vous trouverez meilleurs : vous paraîtront pâlichons.

             Effroyable.

    Damie Chad.

     

    *

    Baudelaire a-t-il offert une  chatonne  à Théophile Gautier qui se dépêcha de donner un de ses petits à Théodore de Banville, lequel ne hâta de refourguer une petite boule noire à Stéphane Mallarmé qui fit cadeau à l’actrice Méry Laurent d’un exemplaire de la progéniture de Lilith, la suite de la généalogie se perd…  l’on peut rêver, la délicieuse Méry aimait les poëtes, elle fut surnommée en raison de ses préférences poétiques Toute la lyre… Tout le monde n’aime pas les chats, nous allons donc par pur esprit de contradiction changer de dimension.

    MARCH OF HANNIBAL

    LOXODONTA

    (Bandcamp / Mars 2026)

             Hannibal et ses éléphants, traversant les Alpes pour fondre sur Rome, un des plus beaux péplums en panavision technicolorée que l’Antiquité nous ait légué, en tant qu’amateur de tout ce qui touche à l’histoire de l’Imperium Romanum, je ne pouvais que tendre une oreille attentive à ce groupe. Français de surcroît. D’Aubagne. Située à quinze kilomètres de Marseille la ville de Marcel Pagnol qui avoisine les cinquante mille habitants ne devait être qu’une très modeste bourgade lorsque les éléphants du Carthaginois ont dû fouler ses prairies. J’ai parlé de groupe, vraisemblablement impressionné par l’intumescence volumique de nos pachydermes, ben non, voici un groupe formé par un seul homme : Simon Delgado. Depuis novembre 2022 l’a commis huit albums.

    Le dernier en date sorti en même temps que celui-ci se nomme : Wrath of Jagannâtha. Jagannâtha est un des avatars de Krishna le dieu suprême des Hindous. Jagannâtha représente la force incommensurable de Krishna, il est la symbolisation du dévoilement destinal irréversible de ce qui est, à qui rien ou personne ne saurait s’opposer. L’image de l’éléphant s’impose d’elle-même pour évoquer cette puissance. Très tôt les Indiens ont domestiqué les éléphants et l’ont utilisé comme monture de guerre. Terribles engins de calamités sanglantes. Pour remporter la bataille de l’Hydaspe Alexandre le Grand devra former un corps de volontaires qui seront chargés de se glisser sous les pattes de ses charmantes bestioles pour leur titiller le sexe de leurs lances. Fous de rage les éléphants se retourneront contre l’infanterie de Poros qui défendait son royaume…

    Revenons à Hannibal, les esprits curieux friands de lectures iconoclastes se pencheront avec intérêt sur le livre de Jean-Jacques Soulet, De Perthus au Rhône en 218 Av J.C. Hannibal sous le joug des gaulois Ibères. (Les Volsces nos pères). Nous voici au pied des Alpes. Il ne reste plus qu’à les passer.

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    L’on se serait attendu au tableau Hannibal traversant les Alpes à dos d’éléphant de Nicolas Poussin, Michel Delgado a choisi une œuvre tirée d’une suite de dessins intitulée Le passage des Alpes d’Alfred Rethel (1816 - 1859), peintre prussien qui mourut assez jeune atteint de démence. Un personnage typique du romantisme allemand, sa tombe en témoigne. Pourquoi a-t-il choisi ce sujet, est-ce en hommage à

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    son père qui fut un haut-fonctionnaire des départements du Rhin fondés par Napoléon. Bonaparte lui aussi traversa les Alpes non pas avec des éléphants mais avec des canons… Alors que je rédige cette chronique une notule, vieille de deux jours, sous un dessin d’Alfred Rethel m’apprend que l’examen scientifique d’un vieux crottin de cheval  apporterait la ‘’preuve’’ que le futur vainqueur de l’Italie aurait remonté la Durance pour franchir les Alpes, mettant ainsi ses pas dans ceux des éléphants d’Hannibal ainsi que le proposent plusieurs historiens antiques…

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    L’image de Rethel choisie est la transcription d’une scène célèbre tirée de l’ouvrage Ab Urbe Condita Libri de Tite-Live qui conte l’histoire de Rome depuis sa fondation, Hannibal désigne à ses troupes durement éprouvées par son périple alpin la plaine du Pô qui s’étend à leurs pieds…  Ne serait-il pas temps de mettre non pas nos pas mais nos oreilles sur les traces du redoutable Carthaginois…

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    Part I : Crossing the Alps : il existe sur YT une vidéo, une longue file  de loxodontas – mot latin qui désigne l’espèce des éléphants africains et signifie dent de travers – un tantinet étranges puisque ce sont des blindés en file serrée qui évoluent dans un bruit gigantesque mais au fur et à mesure qu’ils avancent se superposent sur l’écran les vers du poème Les Eléphants de Leconte de Lisle. Vous avez ici exactement la même chose sans les vers du poëte, sans les grosses bêtes et sans les chars, vous n’avez que le bruit titanesque, lent, sourd et lourd, tout au plus semble-t-il décroître très légèrement dans le dernier tiers du morceau, je n’en suis pas sûr, car lorsque un son extrêmement monotone se répète sans arrêt, c’est votre cerveau qui prend le commandement de votre ouïe et procrée des séquences plus ou moins différentes pour que le désespoir ne vous accable point… bref vous voici dans un film sans décor et sans personnages, saurez-vous apprécier ce merveilleux cadeau que Simon Delgado vous offre, quinze minutes de liberté totale pour la folle du logis, à vous de peindre le décor, d’imaginer des scènes, de réécrire l’Histoire et la légende, Tite-Live nous conte les alliances et les traîtrises des tribus gauloises, des flanc de montagne qui s’effondrent en emportant hommes et chevaux… arrêtez de vous prendre pour le centre du monde, donnons la parole, enfin prêtons-là, puisque nous allons parler pour Simon Delgado, selon moi, c’est un homme en proie à ce que Valéry appelait une idée fixe, il ne pense qu’aux éléphants, il les voit impavides, tête baissée, séparés des tourments des hommes et des tourbillons de l’Histoire, ils poursuivent ce chemin qu’on leur inflige, retirés en eux-mêmes, ils portent peut-être le destin du monde sur leur dos, cela ne leur fait ni chaud ni froid,  tout de même un peu froid  lorsque la neige les aveugle, lorsqu’ils glissent sur le névés, lorsque les rocs tranchants ensanglantent la plante de leurs pieds… ces éléphants enfermés dans leur masse rugueuse, sont plus forts que les hommes et leurs dieux réunis. Nihilisme humain, soleil de gloire animale. Part II : War against Rome :

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    nous étions avec les éléphants nous voici parmi les hommes. Pour la petite histoire, les Carthaginois perdirent seulement deux éléphants durant la traversée alpine, ils ne serviront que lors de la bataille de la Trebbie pour écraser les romains qui tentent de fuir, ce sera leur unique fait d’armes, dans les semaines qui suivent le froid les abattra plus sûrement que le glaive des romains, José Maria de Heredia a immortalisé la défaite de la Trebbia en un magnifique sonnet :

    On entendait au loin barrir un éléphant.
    Et là-bas, sous le pont, adossé contre une arche,
    Hannibal écoutait, pensif et triomphant,
    Le piétinement sourd des légions en marche.

    La musique ne varie guère, certes au début on a l’impression d’entendre sonner trompes et buccins, le rythme est un peu moins lourd, peut-être s’éparpille-t-il mais par la suite la zique bruitiste reforme ses rangs, utilisons la métaphore guerrière, et marche un peu mécaniquement, les éléphants sont morts, inutile de faire un drame des cinquante mille romains tués à Cannes, et pourquoi parler de la suite, Hannibal qui n’ose s’emparer de Rome et qui acculé au fond de la botte italienne sera rappelé à Carthage… Tout cela c’est de la broutille, de la bêtise humaine dont il vaut mieux ne point déblatérer, sur laquelle il est inutile de s’arrêter,  mais ces animaux royaux emmêlés dans la folie humaine, ne sont-ce pas eux les véritables vainqueurs de cette épopée chryséléphantine pour reprendre un terme que les grecs employaient pour évoquer les statues les plus riches de leurs dieux les plus grands… Les éléphants sont morts, ils sont passés parmi les hommes et puis ils sont partis ailleurs :

    Aussi, pleins de courage et de lenteur ils passent
    Comme une ligne noire, au sable illimité ;
    Et le désert reprend son immobilité
    Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.

    Ainsi écrivait Leconte de Lisle.

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    Tombeau de Leconte de Lisle

    Si vous n’aimes ni les éléphants, ni Leconte de Lisle ni la musique de Simon Delgado, je ne peux rien faire pour vous.         

    Damie Chad.

     

    *

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             L’est tout mince coincé entre deux mastodontes, une bicyclette entre deux poids-lourd, j’ai du mal à glisser mes doigts, vu sa minceur ce n’est pas Vagabonds, un de mes romans préférés, de Knut Hamsun, pourtant ce que je peux déchiffrer y ressemble, et puis cette couleur grise, je n’aime pas particulièrement cette teinte, mais en cet instant elle m’attire, quand j’aurais réussi à l’extraire je comprendrai : encore une fois mon flair de rocker ne m’a pas trahi. Diable une guitare en travers de la couve. Je ne l’ai pas encor ouvert, mais faites-moi confiance : ça pue le blues à plein nez, le limon empoisonné des crues du Mississippi !

    VAGABOND

    FRANCK BOUYSSE

    (La Manufacture de Livres / Editions Ecorces : 2016)

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    Je ne connais pas l’auteur mais déjà son nom sent la mouise. Un petit tour sur sa fiche wikipedia, je dois être le seul à ne pas avoir entendu parler de lui, l’a déjà écrit une vingtaine d’opus et  remporté à ce jour pas moins de dix prix littéraires. Ce doit être un homme heureux. Si ma déduction s’avère juste je serais content pour lui car à travers ce qui dégringole dans ces cent-vingt pages, il doit transporter en sa cabosse  une vision assez noire de l’humaine nature. Doit avoir toutefois un certain humour car intituler en ces années de féminisme exacerbé un roman Né d’aucune femme, indique qu’il porte sur notre société un regard, disons pour ne fâcher personne, pourvu d’une certaine obliquité.

    Revenons à notre vagabond, non il n’arpente pas les rives boueuses du Mississippi, nous sommes à Paris, si vous voulez une indication géographique plus précise, voici le seul pont fixe du récit : Rue des Martyrs. Une boîte de jazz. Pour le reste débrouillez-vous comme vous ne pouvez pas. Le récit ne vous en dira pas plus. Même pas le nom du héros : il ou l’homme. Même pas un anti-héros. Respirez, il ne joue pas du jazz, mais du blues. Un super guitariste. Dès la première page clignote le nom de Robert Johnson. Evidemment ce n’est pas Robert Johnson. L’est français. Le blues ne vous choisit la couleur de votre peau ni l’endroit où vous créchez pour vous tomber dessus. A moins que ce soit vous qui tombiez dedans. Nous reviendrons sur cette seconde hypothèse.

    Peut-être pas, car à le regarder déambuler dans les rues de Paris, vous vous dites qu’il y a plus urgent. Certes il joue comme un dieu mais il est au bout du rouleau. Peut-être pas une épave, un bateau prêt à sombrer. Presque une cloche. Remarquez quand il sonne l’angélus du blues, vous ne trouvez pas mieux. En attendant il crèche dans un hôtel miteux. Il décroche encore quelques contrats. Il a connu mieux, c’est sûr, où, quand, comment, faudrait le lui demander. Le problème c’est qu’il ne cause pas souvent. Certes il n’apprécie pas les êtres humains en général, mais c’est surtout qu’il est en grande conversation avec lui-même. Avec son passé, avec quelques fantômes.  Pour les détails, les explications, vous vous en passerez. Vous avez quand même la grande scène : le retour de la femme humaine. Non elle ne se jette pas dans ses bras. De toutes les manières vous seriez déçus si vous aviez une happy end, des embrassades voluptueuses… Donc ils passeront leur chemin. L’a mieux à faire. Par exemple jouer du blues.

    Une pensée suspicieuse commence à vous tournebouler, toutes ces pérégrinations sont-elles vraies… La littérature ment toujours. Faut bien que l’écrivain lance un os à ronger à son lecteur. Bien sûr qu’elles sont vraies puisque c’est écrit, oui mais notre héros les vit-il vraiment ou seulement dans sa tête. Ne se repasse-t-il pas des films dans son cabochon obscurci par l’alcool et la misère. Peut-être même qu’il les invente. Ce coup-ci c’est une idée encore plus embêtante qui vous assaille.

    Et si l’homme n’était pas lui ? Déjà qu’il n’est pas grand-chose se plaindront certains lecteurs. Montrez du doigt le blues à certains et ils ne voient que du bleu. L’on vous décrit un guitariste qui joue du blues et vous dites c’est l’histoire d’un guitariste qui joue du blues. Soyez davantage finauds, non ce n’est pas un guitariste qui joue du blues, c’est le blues qui joue d’un guitariste. Pourrait jouer d’un micro, ou d’un saxophone, mais si vous dites blues vous pensez guitare.

    Disons que notre guitariste de blues est juste une image, une métaphore du blues pour parler comme un professeur d’université. Objection votre honneur. Vous passez sous silence toute une partie du récit : par exemple quand il parle de son enfance, de ses parents, entre nous soit dit les rapports entre le père et la mère ce n’est pas très clair. Certainement du bleu sombre. Votre honneur, arrêtez de plaisanter. N’oubliez pas qu’il part revoir la maison de son enfance, et qu’il récupère une arme ! Oui c’est le côté Midnight Rambler du blues, vous savez on ne le crie pas sur les toits mais les premiers bluesmen se promenaient souvent avec un flingot au fond de leurs poches. Des amerloques, ne l’oubliez pas. Se déplaçaient souvent, la mort était souvent à leur côté, d’ailleurs cette femme qui s’approche et se dérobe, qui sent le jasmin, ne serait-ce pas la camarade camarde.

    Je suis d’accord avec vous, ne tue-t-il pas six innocents ! Tous les morts ne sont-ils pas innocents. Vous me semblez posséder une vision manichéenne de la vie, notre héros qui a-t-il tué au juste, une demi-douzaine d’innocents, ou lui-même, ce n’est pas très clair, tout cela ne se passe-t-il pas dans sa tête. Tout de même votre honneur un assassin ! Peut-être, peut-être pas. Il est peut-être déjà mort dès la première ligne du bouquin. Vous voyez ce qu’il y a de terrible dans ce livre, c’est que notre héros qu’il soit vivant ou qu’il soit mort, cela ne change rien. Vivant il vagabonde. Mort il vagabonde. D’ailleurs que voulez-vous que fasse d’autre un vagabond qu’il soir mort ou vivant.

    Votre honneur vous professez une vision très noire de la vie ! Oui mais un peu plus grise de la mort. De toutes les manières ce n’est pas noir c’est du blues !

    En résumé un beau bouquin sur le blues. Lecteurs précipitez-vous chez le libraire. Il n’y en aura pas pour tout monde. Tous en ligne, moi je compte un deux trois, voici le coup de feu pour le grand départ. Non ce n’est pas moi qui tiens le pistolet, c’est : Franck Bouysse.

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    Oui, je sais c’est la mouise, c’est le blues !

    Damie Chad.