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  • CHRONIQUES DE POURPRE 733 : KR'TNT ! 733 : WEIRD OMEN / SQUARES +THUNDERCRACK / NICK WHEELDON / FIFTH DIMENSION / STAPLE SINGERS / JACKSON AND THE JANKS / DOUBLEPLUSUNGOOD / CUT THE ARCHITECT'S HAND

     

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 733

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    23 / 04 / 2026

     

    WEIRD OMEN  

     SQUARES + THUNDERCRACK  

    NICK WHEELDON / FIFTH DIMENSION

    STAPLE SINGERS

    JACKSON AND THE JANKS 

    DOUBLEPLUSUNGOOD 

    CUT THE ARCHITECT'S HAND

     

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    Sur Chroniques de Pourpre : livraisons 318 – 729

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http ://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

     

     

    The One-offs

    - Et spiritus sancti, Omen

             Binic 2019. On a déjà raconté l’histoire, mais on va la re-raconter. L’histoire du single de Weird Omen («A Place I Want To Know/Girls Are Dancing On The Highway») est directement liée au souvenir de Gildas, aussi est-ce l’occasion de saluer sa mémoire (Hello Gildas). 

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             Cette année-là, la tête d’affiche binicoise s’appelle Sleaford Mods. Difficile d’en parler, vu qu’on n’est pas allés voir le concert. Dans les parages, t’avais aussi Misty White et Margaret de Mr Airplane Man. Rien que du beau monde. Comment s’est-on débrouillés avec Gildas ? Toujours est-il qu’on a vu zéro concert. On était trop occupés à circuler, à papoter, à boire des bières et sniffer du spee-spee-speed. Du coup, Binic 2019 est resté le meilleur cru. On déambulait tous les deux comme sur un nuage, Gildas me présentait des gens, puis on retournait au petit appart communautaire partager des rails avec d’autres mecs. On se sentait extraordinairement bien, tous les rapports avec les gens étaient fluides.

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             Gildas indique à un moment qu’il a rendez-vous avec une gonzesse pour une interview à la terrasse du Narval. Pouf, on y va. C’est Cox, qu’on reverra plus tard et qui fait un fanzine. Comme Gildas. On est au paradis des fanzinards.

             Cette journée est un véritable tour de manège enchanté. On entend les échos des concerts, mais à aucun moment ne nous vient l’idée d’aller voir les groupes. On n’est pas là pour ça. On est là pour traverser la ville de long en large, boire des bières et se faire des rails. Tout est miraculeusement merveilleux. On est comme des poissons dans l’eau. On a une vision claire du panorama. Misty traîne dans les parages. Elle cherche une piaule pour dormir, mais Gildas lui dit sèchement d’aller dormir au camping. Par contre, il file une piaule à Margaret, sans doute avec une idée derrière la tête. Mais elle est accompagnée. Tout cela est assez confus, mais on se régale de la confusion. Il faut l’entendre au sens hendrixien. Et la nuit tombe sur Binic, on déambule toujours. Le souvenir d’un ciel mauve est assez précis. Te voilà dans un rêve devenu réalité. Te voilà dans l’entre-deux mondes. On déambule en faisant des bulles. On remonte quasiment chaque demi-heure à l’appart, puis on redescend se fondre dans le mellow des flux. Il doit être minuit quand on croise Margaret sur la petite place vers le fond de Binic. Elle porte des lunettes noires, et bien sûr, ça t’inspire une sortie du genre  : «You shoudn’t wear black shades when you’ve got such beautiful eyes.» Elle ne le prend pas très bien, car elle croit que c’est un coup de drague, alors que pas du tout. Margaret a les plus beaux yeux du monde, alors quel gâchis. Elle repart en virée et on la reverra plus tard à l’appart. Puis arrive un grand mec coiffé d’un petit chapeau. Gildas fait les présentations : Fred, de Weird Omen. Connais pas encore Weird Omen. Mais le nom est enregistré. Fred sort de sa besace un 45 tours. Tiens c’est pour toi. Cadeau.

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             On verra Weird Omen plusieurs fois, à Rouen, mais aussi à Paris, chaque fois que ça a été possible. D’abord à Petit Bain, où ils étaient en tête d’affiche, puis à la Maro, en première partie de Jon Spencer. Et Weird Omen occupe, avec les Cowboys From Outerspace, une place de choix dans le petit panthéon personnel. C’est un groupe qu’il faut absolument aller voir sur scène, car ils touillent la meilleure des braises, celle de l’avant-garde. Ils sont tellement à la pointe qu’on doit se pincer chaque fois pour admettre que ce groupe existe. Si t’as vibré avec le Velvet et Captain Beefheart, alors Weird Omen tape exactement dans la même modernité de ton, de son et de wild-as-fuck. 

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             Ce single est précieux non seulement pour le souvenir de Gildas et de Binic 2019 auquel il reste attaché, mais aussi parce que c’est un objet rock d’une absolue perfection. Fred disait ce soir-là que la pochette était sérigraphiée à la main, et qu’il s’agissait d’un tirage extrêmement limité (90 ex). Et pour corser l’affaire, les deux cuts sont explosifs. «A Place I Want To Know» se met aussitôt en place, c’est battu à la diable, bien explosé du beurre et t’as cette clameur inexorable de la corne du brune, c’est-à-dire Fred. La corne remonte bien dans le flow, et ça double au beurre, alors boum badaboum, ça t’explose en pleine gueule. Comme au temps de «Sister Ray». Même impact. De l’autre côté, t’as «Girls Are Dancing On The Highway», c’est fabuleusement bien amené, comme tout Weird Omen, c’est même un brin Velvet dans l’insistance et terriblement inspiré, avec le guitar lick de Max la Menace, et ça monte doucement en puissance. Ils sont vraiment inexorables ! Ils emportent tout sur leur passage. C’est d’essence divine et profanatrice en même temps, le chant arrive sur le tard, et ça bat à la double triplette de Belleville avec des relents toxiques de corne de brume. Ce son unique plonge ses racines dans ta pauvre cervelle ébranlée, et ça repart aux clameurs définitives. Ces démons crucifient le beat sous tes yeux.

    Signé : Cazengler, Weird hymen

    Weird Omen. A Place I Want To Know/Girls Are Dancing On The Highway. Dirty Water Records 2019

     

     

    L’avenir du rock

     - The kids are all Squares 

             Errer c’est un métier. Voilà la conclusion à laquelle arrive l’avenir du rock au terme de tant d’années à errer dans le désert. Il pratique son métier chaque jour du matin au soir. Il se perfectionne. Sans vouloir se vanter, il sent qu’il devient expert. Il s’interroge en permanence, car il aimerait bien savoir s’il prend goût à l’errance. En tous les cas, il est sûr d’une chose : il n’en souffre ni physiquement ni moralement. Mais de là à en tirer du plaisir, certainement pas ! Faut pas déconner. Passé un certain degré d’errance, la notion de plaisir n’a tout simplement plus de sens. L’avenir du rock pourrait même affirmer que la notion de plaisir est l’épitome de la superficialité. Il s’est déjà débarrassé des notions de temps et d’espace. S’il y avait des orties, il pourrait se vanter d’avoir jeté le matérialisme aux orties. Il s’est aussi débarrassé des sentiments et des sensations, à quoi bon trimballer tout ce bordel qui ne sert à rien ? Il se sent plus léger, et même complètement libre. Le souvenir de l’idée de plaisir le fait bien marrer. Perdu dans ses réflexions, l’avenir du rock avance, et soudain, il oblique à 90°, puis il repart droit devant lui.

             Perché sur son dromadaire, Lawrence d’Arabie l’observe à distance. Il savait que l’avenir du rock ne tournait pas rond, mais de le voir tourner à angle droit au milieu de nulle part ne fait que corroborer le diagnostic. Lawrence d’Arabie pousse un yah !, et son dromadaire file en direction de l’avenir du rock, tagada tagada. Il arrive à hauteur de l’avenir du rock :

             — Salam alikoum, avenir du rock !

             — Wa alaykum assalam, Lawrence d’Arabic !

             — Ça va bien ? La santé ? La famille ?

             — Ben oui, pourquoi ?

             — Je t’ai vu tourner à angle droit, avenir du rock, aussi me suis-je inquiété pour la santé de ta cervelle...

             — Elle va très bien ma cervelle. Occupe-toi de la tienne, Lawrence d’Arabite !

             — Mais pourquoi tourner comme ça à angle droit ?

             — Pour changer. J’en ai marre de tourner en rond. Maintenant, je tourne en carré.

             — Pourquoi en carré ?

             — En hommage aux Squares !

     

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             On t’avait prévenu : «Les Squares, c’est vachement bien !» C’est même plus que vachement bien. T’as trois mecs de Nancy qui font danser la Java, avec une aisance et un son qui t’en bouchent un coin. T’as beau dire que t’as tout vu, t’as rien vu. Ces Squares te remettent les pendules au carré, ils te remontent les bretelles du rock, ils claquent des cuts qui comptent pas pour du beurre, tout est bien, t’en finis plus de te goinfrer et de te regoinfrer. All killer no filler, comme on dit en Angleterre. Ils tapent

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    dans tout ce qui est bien, on sent les influences anglaises et américaines, le mec sur sa gratte rouge joue comme un diable et assure comme une bête au chant. Ah tu peux dire que ça déboule dans les virages ! Le bassman n’en finit plus de sauter en l’air. T’en reviens pas d’être passé à côté d’un groupe aussi bon. On voyait les pochettes des Squares, avec la typo Crypt, dans les bacs garage chez Born Bad, mais on était trop occupé à piocher dans les groupes anglais et américains. Ça a toujours été très compliqué de prendre les groupes français au sérieux, et là t’as une nouvelle fois la preuve que c’était une erreur, car les Squares amènent un jus inspiré par d’autres bien sûr, mais leur prestance est originale. Leur dégelée est royale. Ils savent débouler sans crier gare. Le talent, ça ne trompe pas. Ils développent une énergie brute, leurs dynamiques sont authentiques et, petite cerise sur le gâtö, ils ont des hits, notamment ce «Can’t Get Round Love» qu’ils tapaient au soundcheck et qui, vers la fin de set, n’en finit plus de te bluffer, car le mec va chercher ça très haut dans les harmonies vocales de la meilleure power-pop qui soit ici-bas, et tu prends aussitôt ta carte au parti. T’étais déjà convaincu, mais là, c’est le déclencheur. C’est la Squarification.

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             Malheureusement, l’hit en question n’est pas encore sur un album. Ça va venir, en principe, un double album chez Dangerhouse. En attendant, tu peux toujours écouter les vieux Squares. Alors tu vas farfouiner sur Discogs et tu tombes sur le pot-aux-roses : la suite des Squares, c’est Thundercrack, et là, bien sûr tout s’éclaire. À l’époque, t’avais flashé comme une bête de Gévaudan sur les deux Tundercrack sortis sur Estrus, deux jolies petites bombes atomiques, et tu ne comprenais pas comment un Français pouvait être aussi bon. C’est le même mec, Nick Normal, à l’époque avec la gratte rectangulaire de Bo Diddley et maintenant avec sa gratte rouge. Et là tout s’éclaire.

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             Le conseil qu’il faut donner aux ceusses qui vont écouter Own Shit Home, c’est d’attacher leur ceinture. C’est l’un des très grands albums de garage moderne. Nick Normal y fait un festival et tape dans toutes les variantes du meilleur garage-punk anglo-américain, avec une insolence qui fait de lui un novateur. Il réinvente le proto-punk avec «Suck Me Dry» : c’est le son des Downliners en pire, t’as le riff de Really Got Me avec le raw des Sonics, il pousse le bouchon au yeah yeah yeah. Imparable ! Il screame sa chique à la déglingue fondamentale, et t’as le solo qui bringuebale ! Extrême proto genius ! Il réinvente le blast avec «Never Say Goodbye». Épouvantable ! Wouaahhhh ! Il y va le Nick ! Et ça continue de grouiller de puces avec «Come & See My Friends». Là, t’as l’Estrus direct, en pleine poire. C’est saturé de wild-as-fuck. Et ils développent ! Ils déroulent ! Et ça explose ! Le «99» qui suit est encore pire. T’as le bassmatic du diable. Ils dégagent tout sur leur passage. Ça explose encore avec «I Wanna Be The One». Ces mecs n’en finissent plus d’exceller. Nick Normal shoute sa chique à outrance, à coups de wanna be the one. C’est fulminant ! Killer solo flash démesuré dans l’urgence de l’écho du diable, t’en reviens pas d’entendre une telle dégelée. Tu croyais que c’était réservé aux Américains. Nouvelle pluie d’acier avec «Shake Your Hips». T’as tout le son du monde ! Ils attaquent «I Do It Right» à 200 à l’heure, Nick Normal chante au raw et passe un solo de clairette éclairée. Il adore entraîner ses cuts en enfer. Et nous aussi. Encore des dynamiques infernales sur «Kill A Rich Man». Ils t’envoient au tapis, cut après cut.

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             Leur deuxième album s’appelle The Crack. Attention aux yeux ! Planquez vos abattis ! Nick Normal et ses deux compères te fracassent le crâne d’entrée de jeu avec «Cheap Cosmectics», ça te rentre dedans, The Crack te démolit la gueule, t’as le proto nancéen. Construction parfaite. Et ils repartent de plus belle avec en mode very heavy boogie avec «Big Fat Lady», ils te contrebalancent ça d’outrance, aw aw aw, c’est carré, rien ne dépasse. Puis t’as les pires accords de gras double sur «Ex 125». Quel son, my son ! Nick Normal te chante «Get My Money Back» au scream ultime. Puis il s’en va gratter «Mature Woman» sous le boisseau d’argent, ces mecs ne ratent aucune occasion de t’émerveiller et Nick Normal rebascule dans l’insanité. C’est Jay Automatic qui prend le lead sur «Fighting Weight». ça dépasse tout ce qu’on peut imaginer, ils tapent ça à la folie. C’est les Cramps à Hiroshima. Tout explose, incroyable mélange de violence extrême et de riffs des Cramps.

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             Alors après, tu plonges dans la lagon carré des Squares. Leur premier album Trapped In A Square est paru en 1991 sur Hangman, le label de Wild Billy Childish. Dès «He’s Back», tu vois que Nick Normal est le roi du killer solo flash tordu et malveillant. Puis il s’en va gratter «Come Back» sur les accords de «Louie Louie», - Come back/ Into my arms - et comme Wild Billy Whildish, il lance son killer solo flash avec un grand whaouuuuuhhh ! Ils tapent en plein dans les Seeds avec «Sweet Chains» et passent en mode heavy gaga gluant avec «Doctor A Demon». C’est du Blue Cheer garagisé. En B, ils repassent aux Seeds avec «No Excuse». C’est même pire : ils se la jouent proto. Et au bout de la B, Nick Normal gratte les accords de Really Gor Me pour lancer «You Can’t Destroy My Love». C’est exactement le Really Got Me des Kinks, avec le waoooouuuh et le killer solo.

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             Comme ils sont fans de Wild Billy Childish et de la Medway scene, les Squares tapent à la suite un Tribute To The Medway Scene.  Fantastique hommage à l’album de Jack Ketch avec «Brimfull Of Hate» : c’est de l’harsh gaga sauvage bien raw to the bone ! Puis ils tapent l’«I’ve Got Everything Indeed» des Mighty Caesars et Nick Normal en profite pour claquer l’un des pires killer solos flash de l’histoire de l’humanité. Ils tapent une version straight ahead du «Just Like You» des Milkshakes, puis une version plus poppy mais solide du «Whenever I’m Gone» des Prisoners. Pour boucler leur balda, ils basculent dans les extrêmes avec une cover du «Jealousey» des Delmonas. Pas grand chose d’intéressant en B, d’autant qu’il manque un cut.  

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             Paru aussi sur Hangman, Curse Of The Squares pourrait bien être leur meilleur album. Première dégelée royale avec «You Ain’t Square», très Childishien de sa chienne. Nick Normal gratte ensuite les accords des Kinks pour lancer «Reasons», c’est bien raw, chanté au déjeté de menton, yaooohhh ! Nick Normal sait chanter comme un sauvage. Retour au protozozo avec «I Wish I Was A Girl». Quelle violence ! Puis t’as cet «He’s Down» carrément craché dans le mur de briques ! En B, ils font du garage moderne avec «Makin’ Love», puis ils se payent une grosse déboulade de type Buzzcocks avec «In My Street», hey ! Et pour couronner ce festin royal, ils rendent hommage aux Pretties avec «Kitty The Schemer» : c’est le son des early Pretties avec le bassmatic rond et furax de John Stax. Bravo !

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             Leur dernier album s’appelle Squarification et date de 1996. C’est un bon album car t’as du wild gaga in tow avec «Learn That Law». Nick Normal connaît la loi du proto. Ses hey hey hey sont d’une pureté absolue. C’est le batteur qui vole le show sur «Ain’t No Shame» : un vrai délire de beurre descendant ! Et quand on écoute «Can’t Stand It», on se croit sur un album de Schooley au temps des Hard Feelings ! Leur «Got More Hate» renvoie directement à Johnny Moped. Et puis voilà le coup de génie protozozo : «Baby». Nick Normal est un spécialiste, il tape au cœur du mythe proto-punk. Tout sur cet album est claqué à la comme-il-se-doit. On flashe aussi sur un «Life Ain’t No Fun» bien dense et chargé à bloc. Ils regagnent la sortie avec «Kick Me Out», un big dancing binaire avec des chœurs qui font kick me out. Le balancement est superbe.

    Signé : Cazengler, square qu’est pas carré

    Squares. La Java. Paris XIe. 13 mars 2026

    Squares. Trapped In A Square. Hangman Records 1991 

    Squares. Tribute To The Medway Scene. Dig! Records 1993  

    Squares. Curse Of The Squares. Hangman Records 1993

    Squares. Squarification. Get Hip Recordings 1996 

    Thundercrack. Own Shit Home. Estrus Records 1998

    Thundercrack. The Crack. Estrus Records 2002

     

     

    L’avenir du rock

     - Wheeldon du ciel

     (Part Three)

             En tant qu’erreur patenté, l’avenir du rock s’attendait à tout sauf à ça : croiser Boule et Bill en plein cœur du désert !

             — Quesse que vous foutez là tous les deux ? Pourriez pas me foutre un peu la paix ?

             — On s’ennuyait de toi, avenir du rock. Tes petites conneries nous manquaient...

             — Boule a raison ! On est addicts de ton érudition... On est en manque. Tu pourrais pas nous réinventer la roue ?

             — La wheel, si tu préfères !

             L’avenir du rock est excédé :

             — C’est vraiment pas l’moment ni le lieu !

             — Allez avenir du froc, sois sympa...

             — Tiens on va t’donner un p’tit coup d’main. Explique-nous le wheel de Wheel The Circle Be Unbroken...

             — Pffff... C’est pas wheel, mais will !

             Boule s’extasie :

             — T’as vu ce con, Bill ? Y chipote... C’est pas wheel c’est wheel, gna-gna-gna...

             — Y l’était déjà con comme une bite, mais ça a empiré... Le cagnard lui a cramé la carlingue...

             — Fais pas cette gueule-là, avenir du troc. C’était pour rire. Allez, explique-nous Wheelson Pickett...

             — Pfffff... C’est pas wheel mais wil !

             Boule et Bill sont pliés de rire. Ils en pleurent ! Ils répètent en chœur :

             — C’est pas wheel mais wheel ! Ha ha ha !

             Ils mettent un bon moment à se calmer. Puis ça repart :

             — Allez avenir du broc, sois sympa, explique-nous Nick Wheeldon...

             — Quoi ? Vous connaissez Nick Wheeldon ?

             L’avenir du rock est émerveillé. Pour la première fois depuis des lustres et des lustres, il retrouve sa croyance en l’avenir du genre l’humain.

     

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             Si tu veux voir un concert de rock parfait, alors hâte-toi d’aller voir jouer Nick Wheeldon. Il propose un set de chansons parfaites, il tape dans une pop d’une telle élégance qu’on croit parfois entendre des échos de George Harrison et de John Lennon. Ou encore des échos de «So You Say You Lost Your Baby» qu’on peut entendre sur Gene Clark With The Godsin Brothers. Voilà, les mots sont lâchés. Nick

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    Wheeldon navigue à ce niveau d’excellence. Il reste concentré sur ses couplets, penché sur son micro, il gratte ses coups d’acou, et pour briser la monotonie de son jeu, il s’en va danser la gigue sur les envolées instrumentales. Chaque cut est profondément inspiré, intensément interprété, sans aucune fioriture. Une seule et unique constante : la qualité. Peu d’artistes savent ainsi s’effacer au profit de leurs chansons. À ce niveau d’austérité, de qualité compositale et de no sell-out, on pense bien sûr à Gene Clark, mais aussi au puissant Billy Childish de l’époque William Loveday Intention. Nick

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    Wheeldon est l’anti-m’as-tu-vu par excellence, un alchimiste qui aurait trouvé son Grand Œuvre sans l’avoir cherché, un mec persuadé que la beauté du monde se trouve dans les chansons, mais encore une fois, il reste dans une extraordinaire modestie de ton et de comportement. Nick Wheeldon est une authentique superstar de l’underground, au sens où le sont Wild Billy Childish, Peter Perrett, Lawrence et Kim Salmon, des gens qui ne se préoccupent que de la qualité de leurs compos. Il ne va rien se passer sur scène, et pourtant tu ne le quittes pas des yeux. Il travaille ses mélodies et les pousse parfois dans les orties, et la fermeté de cette constante qualitative finit par fasciner.

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             The Living Paintings sont assez nombreux sur scène. Dans son coin, Luc Martin bassmatique comme un crack, avec un son bien sec. Derrière Nick Wheeldon, Stéphane Jach amène sur son violon des colorations country qui illuminent le brouet de ce big band bien intentionné. Nico Brusq bat un bon beurre, et face à Nick, t’as un certain Paul Trigoulet qui veille à rocker le boat de temps en temps. Ils célèbrent la parution du nouvel album Tadpoles. On voit la voix de Nick planer au dessus de l’océan dans «You Can’t Have It All» - Am I free now - S’ensuit le balladif de la dérive céleste, «Sleeping Dogs», il y va au smooth & mellow d’I’m going down/ Down deeper than the ocean. T’entends des échos du Roi George dans le morceau titre. Le smooth du chant est purement harrisonien et le violon amène une belle country flavor. En B, tu vas te régaler d’«Hilda & Jesus» bien chargé de Bonnie & Clyde et de Laurel & Hardy et au bout de la B, «Summer Frey» va t’envoyer au tapis, car monté sur un petit bassmatic de jazz frénétique et ça groove, amigo, jusqu’au moment o% le sax free de Laurent Rigaut entre en lice et te voilà catapulté dans les étoiles.

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             Coup de pot : Gift vient d’être réédité, alors tu le ramasses en même temps que Tadpoles. Dès «No One’s Never», t’es frappé par la similitude avec le son de Gene Clark sur No Other. C’est joliment dégingandé. Il passe en mode dylanesque avec «Hail & Tunder», mais avec une sacrée pureté intentionnelle et un elephant in my room. En B, «Tip Toe By Danger» sonne comme un summum mélancolique, et il repasse en mode dylanesque pour «I Stole The Night», mais il le fait avec une effarante aisance. Typical Wheeldon.

    Signé : Cazengler, Wheeldinde

    Nick Wheeldon. Le Chinois. Montreuil (93). 10 avril 2026

    Nick Wheeldon. Gift. Le Pop Club Records 2022

    Nick Wheeldon & The Living Paintings. Tadpoles. Le Pop Club Records 2026

     

     

    Wizards & True Stars

    - Bienvenue dans la Cinquième Dimenson

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             Quand on cause de Soul avec les copains, on en revient toujours aux mêmes vieux coucous : Stax et Motown. Mais t’as aussi Chicago qui naviguait au même niveau, avec Carl Davis. À New York, t’avais Atlantic, et en Californie, t’avais les inventeurs dirons-nous de la Sunshine Soul et de la sweet psychedelic Soul, les mighty Fifth Dimension. Ah on peut dire qu’ils nous auront fait rêver, ces gens-là. T’y trouvais deux reines de Nubie, Marilyn McCoo et Florence LaRue, et trois cracks du boom-hue, Billy Davis Jr., Ronald Townson et le co-fondateur Lamonte McLemore, l’un des rares black dandys de la West Coast. Et comme Lamonte McLemore vient tout juste de casser sa pipe en bois, nous allons lui rendre hommage.

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             Les Fifth sont surtout connus pour avoir fait trois albums avec Jimmy Webb : Up Up And Away et The Magic Garden en 1967 et plus tard en 1975, Earthbound. L’alliage Fifth/Jimmy Webb est l’un des plus réussis de l’histoire de la pop américaine. Rarement un groupe a aussi bien porté son nom. Bienvenue dans la Cinquième Dimension.

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             Dès le morceau titre qui fait l’ouverture du bal d’Up Up And Away, on sent le souffle d’une véritable pop d’azur marmoréen, cinq voix black s’unissent dans l’unisson non pas du saucisson, mais l’unisson du Webb System. Ils sonnent un peu comme les Mamas & The Papas dont ils reprennent toutes les ficelles, les montées harmoniques à plusieurs voix, le beat moderne et les petits airs de flûte coquins. Ils s’appuient sur du solide puisque c’est le petit Jimmy Webb qui compose. Quand on écoute «Another Day Another Heartache», on croit entendre les Mamas, C’est une pop de Soul définitive signée Sloan. Plus loin, les Fifth tapent dans la pop sur-vitaminée pour «California My Way», une pop pleine de sursauts et de bouquets d’harmonies vocales, mais c’est en B que se trouvent les choses sérieuses. À commencer par «Go When You Wanna Go» que Florence et Marilyn éclairent de l’intérieur, puis «Never Gonna Be The Same», pur jus de Webb System. Ça violonne jusqu’à l’horizon. Les filles n’en finissent plus de monter à l’harmonie. Encore du Webb System avec «Rosecrans Boulevard», mélodie glorieuse - The way she drives her little car on Sunset Boulevard - C’est un mini-MacArthur Park avec de violents embryons mélodiques. Encore de la pop grandiose avec «Poor Side of Town» qui pourrait passer pour du gospel moderne. Si on aime les ciels dégagés, on est servi. Finalement, c’est Willie Hutch qui amène le plus gros hit de l’album, «Learn Her To Fly», l’extrême onction de la sunshine Soul. Il sait rocker une pop de blacks, c’est d’une élégance suprême. Willie Hutch fait partie avec Van McCoy et Sam Dees des géants du black songwriting.

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             Comme ils savent que Jimmy cot cot Webb est la poule aux œufs d’or, les Fifth collaborent de nouveau avec lui pour l’album The Magic Garden, chef-d’œuvre absolu de pop californienne. Johnny Rivers qui a signé les Dimension paye Jimmy Webb pour pondre des œufs d’or. Alors il pond, cot cot. Le morceau titre y frise le Disneyland, tellement c’est sunshiny. Par contre, «Summer’s Daughter» sonne comme un hit définitif, du genre à te couper la chique. Ça flirte avec le Burt, baby. Tout y explosé de lumière, éclaté de splendeur arrangée. Ça grouille d’instrumentations bariolées, les chœurs semblent rayonner dans l’azur immaculé. Et ça n’en finit plus de grimper dans les degrés de la perfection. C’est non seulement digne de Burt, mais aussi de Brian Wilson. «Carpet Man» sonne comme de l’heavy pop et cette version est autrement plus éclatante que celle de Johnny Rivers. Ces diables de Billy Davis Jr et de Marilyn McCoo cavalent leur pop ventre à terre, et c’est littéralement explosé à coups d’harmonies vocales. Ils battent tous les records d’unisson du saucisson. Ça réjouit le cœur d’entendre des œufs d’or pareils. Qui pourrait se lasser de tout cet or ? Jimmy cot cot Webb et les Fifth sont imparables. Le Carpet Man te met carpette. Les clap-hands sont saturés d’écho et un solo de sitar arrive comme la cerise sur le gâtö. Franchement, que peut-on attendre de plus d’un œuf ? Billy Davis Jr se taille la part du lion dans «Requiem 8:20 Latham» et on repart au pays de la pop enchantée avec «The Girl’s Song». Du très grand art, encore une fois. Marilyn McCoo she does it right. Ça poppe jusqu’à l’oss de l’ass. Ils savent malaxer un bulbe rachidien. Leur art bascule dans quelque chose d’infiniment spirituel. En tous les cas, c’est une pop qui incite à la rêverie et qui rend heureux. Et puis voilà «The Worst That Could Happen» chanté au sommet du Broadway Sound System. Billy Davis Jr chante de toutes ses forces. Il est le seigneur des annales, il explose tout. Les violons ne font que l’exciter et il ah-ouhte au sommet du lard fumant. Tiens, encore un heavy hit pop avec «Paper Cup». Rien d’aussi frais et rose que cette pop qu’ils dotent d’un final dément. Cet album est l’un des plus grands disques de Soul d’Amérique.

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             Huit ans plus tard, Jimmy cot cot Webb rebosse avec les Fifth sur Earthbound. On y trouve une belle version du «Moonlight Mile» des Stones. On peut parler de petit miracle alchimique : comment faire basculer la Stonesy dans l’océanique webby et l’entraîner vers le gospel ? Demandez aux Fifth, ils savent. Avec «Don’t Stop For Nothing», ils se recentrent sur la funky motion, sur une rythmique digne des Famous Flames. Ils tapent aussi dans les Beatles avec une reprise d’«I’ve Got A Feeling». C’est chanté à la force du poignet et très Soul, avec des chœurs somptueux. Ils restent dans l’excellence de la Soul avec un «Magic In My Life» exceptionnel de légèreté. Le grand art mélodique de Jimmy cot cot Webb éclate une fois de plus au grand jour. Encore de la belle Soul d’élan vital en B avec «Lean On Me Always», monté sur un merveilleux contrefort d’harmonies vocales. Ces gens-là ne rencontrent pas le moindre obstacle, ils savent vraiment naviguer dans l’azur marmoréen. S’ensuit une autre pièce de Soul aérienne intitulée «Speaking With My Heart». Ils règnent sur l’empire des sens, vous savez, celui qui s’étend jusqu’à l’horizon.

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             Comme Jimmy cot cot Webb n’est plus disponible, les Fifth se tournent vers Laura Nyro pour enregistrer en 1968 Stoned Soul Picnic. Laura leur va comme un gant, mais l’album manque atrocement d’hits. Bon d’accord, la pop de Laura est très colorée, et aussi élaborée que celle du p’tit Jimmy, mais ça n’explose pas. Le morceau titre reste un slow groove impressionnant, ces groovers superbes que sont les Fifth épousent cette heavy Soul new-yorkaise pour le meilleur et pour le pire. Ils se jettent dans un simili Wall, c’est orchestré à outrance. Ils ouvrent la B avec le très beau «California Soul» signé Ashford & Simpson. Ça leur va comme un gant. «Broken Wing Bird» reste lettre morte. Pour que la Sunshine pop fonctionne, il faut des mélodies imparables, ce qui n’est pas le cas ici. «Good News» sonne comme un vieux groove de discothèque californienne. On entend les semelles frottées sur le parquet ciré. Ils terminent avec du Webb System, «The Eleventh Song», un joli shuffle d’orgue ensoleillé. Ils sourient tous les cinq de cinq fois leurs trente-deux dents.

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             The Age Of Aquarius paraît en 1969. Aquarius, ça vieillit très mal. C’est le swing de «Wedding Bell Blues» qui sauve l’album. Les Fifth chantent ça au mieux du love you so de Laura Nyro. Encore une fantastique partie d’harmonies vocales avec «The Hideaway». C’est monstrueusement sunshiny. Leurs exploits échappent à la Soul et à la pop, ils créent leur monde. Encore un cut écrasant de splendeur harmonique : «Workin’ On A Good Thing». C’est sans égal sur le marché. Leur quête de lumière les ramène dans les parages de Michel Legrand avec «The Winds Of Heaven» et le slight return de «Let The Sunshine In» dégouline de feeling, ça screame sur une belle bassline.

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             Avec Portrait paru en 1970, les Fifth mettent la pédale douce. Ils sont toujours accompagnés par un Wrecking Crew à base d’Hal et d’Osborne et tapent dans les grosses signatures, comme Neil Sedaka avec «Puppet Man», mais il faut attendre la reprise du mighty «Feelin’ Alright» de Dave Mason pour voir la pâte lever. C’est Billy Davis qui nous claque ça et il en fait une version pour le moins spectaculaire. Frissons garantis. Ça monte comme chez les Edwin Hawkins Singers. En B, ils retapent dans Laura Nyro avec la good time music de «Save The Country» et font du jazz à la Michel Legrand avec «Dimension 5ive», pah la bah pah la bah ! Disons qu’ils entrent avec cet album dans leur période classique.

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             Ils font paraître un double Live en 1971. On s’y régale de quelques covers, notamment le «Stoney End» de Laura Nyro, dans le Laura Nyro Medley. Florence chante le lead et Marilyn reprend le lead pour «Wedding Bell Blues». C’est là qu’on mesure la grandeur de ces deux Soul Sisters. On trouve en A un autre medley, le Love Medley, avec du Burt, du Lennon/McCartney et du Jimmy cot cot Webb. En B, Ron Townsen tape encore dans Laura Nuro avec «Eli’s Coming», et Hal Blaine fait décoller le cut au jazz bound. On voit aussi ce démon de Billy Davis shaker sa Soul dans «Shake Your Tambourine», look it here ! On trouve un Jimmy Webb medley en C qui se termine avec une courte approche de «MacArthur Park» et en D, Billy rend un hommage percutant à Sly avec «I Want To Take You Higher». C’est assez bien foutu car Hal Blaine et Joe Osborne montent bien les œufs en neige.

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             Malgré sa superbe pochette, Love’s Lines, Angles and Rhymes n’est pas l’un des meilleurs albums des Fifth. Ils démarrent sur le «Time & Love» de Laura Nyro, joli shoot de good time music, mais encore une fois, ce n’est pas un hit. Marilyn vise le haut vol avec le morceau titre, elle cherche le swing au chat perché, elle est très sculpturale, d’une nature généreuse, elle a le chien d’une jazzeuse, mais ce n’est pas un hit. Ils font monter «Via Tirado» comme une marée d’exotica, c’est puissant et savamment orchestré, mais ce n’est pas un hit. En B, Billy Davis ramène sa puissance coutumière pour tenter d’arracher «Light Sings» du sol, mais malgré cette puissance digne des walkyries, ce n’est pas un hit. Alors Florence ressort un cut de Laura Nyro, «He’s A Runner», elle en fait un cocktail délicat et subtil, elle chante au filet de voix, elle restitue toute la magie de Laura Nyro, mais ce n’est pas un hit. Billy et Marilyn bouclent avec «Every Night», un groove de Soul somptueux, doux et raw à la fois, mais encore une fois, ce n’est pas...

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             Sur Individually And Collectively paru en 1972, c’est Ron Townson qui vole le show avec «Band Odf Gold». Eh oui, il chante comme un ange, alors tu fonds. Il chante au filet de voix lumineux et nous berce l’âme de langueurs monotones. Billy Davis claque l’heavy funk d’«Half Moon». Il fait son Soul scorcher et un nommé Dennis Budimir passe un wild solo flash. Et que font les filles pendant ce temps ? Marilyn allume «(Last Night) I Didn’t Get To Sleep At All» d’une voix de rêve, pas trop grasse, un peu ferme, sans excès. Les Fifth reviennent au groove de jazz à la Michel Legrand avec «Sky & Sea». Et en B, Marilyn emmène «If I Could Reach You» dans la stratosphère. Elle a du répondant, c’est indiscutable, ses interventions sont toujours couronnées de succès. Marilyn et Florence terminent cet album éminemment intéressant avec le «Black Patch» de Laura Nyro. Elles servent royalement cette bonne vieille good time music. 

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              C’est Marilyn qui ouvre le bal de Living Together Growing Together avec une compo d’Harry Nilsson, «Open Your Window», un groove de belle haleine. Merveilleuse McLoo. Elle chante ça à la pointe de la glotte. Puis les Fifth font du velours de l’estomac avec «Ashes To Ashes». En fait les Fith campent bien leurs personnages : Marilyn la lumineuse (dans «Changed»), Bill Davis le puissant Soul Brother (dans «The Riverwitch»), ils ont chacun leur registre. Billy joue encore son rôle de puissant Soul Brother à la perfection dans «There’s Nothing Like Music», il est plein d’élan, plein de jus. Tout est comme on s’en doute bien orchestré, c’est Bones Howe qui veille au grain. Ron Townson prend le lead sur «What Do I Need To Be Me», un mélopif bien languide et massivement violonné.  Florence se tape un coup de Burt avec «Let Me Be Lonely», on la sent très hargneuse, très impliquée.

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             Dernier album Bell en 1974 avec Soul And Inspiration. Le morceau titre est signé Mann & Weil, c’est donc du Brill. Puis ils tapent dans l’«Harlem» de Bill Withers, grosse tension urbaine, les blacks savent jerker la couenne d’un deep groove, pas de problème, ne vous inquiétez pas pour eux. Billy Davis fracasse littéralement «My Song», en parfait Soul Brother de just come along. Il revient en B se fondre merveilleusement dans «Somebody Warm Like Me». Comme Al Green, il est le roi des fondus enchaînés. Il sait aussi larmoyer prodigieusement. Florence La Rue qui n’est pas à la rue se montre suave avec «Salty Years», et comme sa copine Marilyn, elle peut aller chanter par-dessus les toits. Elle est aussi goulue que sa consœur, mais pas aussi charnelle. 

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             En 1978, les Fith débarquent sur Motown avec Star Dancing. La pochette montre qu’ils passent à autre chose. Ils s’habillent diskö, alors adios Sunshine Pop. L’album est résolument diskoïdal, c’est le son putassier d’époque, même si c’est Motown. «Hold Me» reste ancré dans la diskö, mais ça jazze un peu dans la java. Les Fifth tentent de conserver leur originalité. Ils reviennent à une hard edgy Soul de type Tempts avec «You Are The Most Important Person In Your Life». C’est cuivré à la main lourde, avec du big bassmatic, du répondant de Fifth et des pointes de colère à la Aretha. En B, ils brouillent un peu les pistes avec le groove rampant de «Star Dancing» et font une espèce de Soul de Broadway avec «You’re My Lifetime Opera». Dernier spasme avec «Slippin’ Into Something New», une sorte de retour aux Tempts. Assez Motown dans l’esprit, et doté d’une belle ampleur. 

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             Dernier album en 1978 avec High On Sunshine. La pochette nous les montre tous les cinq en décapotable, mais il ne reste plus que Florence et Lamonte McLemore. Les trois autres sont des nouveaux. Par contre, James Jamerson et Wah Wah Watson sont dans le studio, alors attention aux yeux ! Eh oui, ça ne rate pas, Jamerson fait un numéro stupéfiant dans «Everybody’s Got To Give It Up», un hit signé Ashford & Simpson. C’est une pop de Brill, avec un Jamerson en vadrouille. Il bat la campagne et le producteur a l’intelligence de le mettre en haut du mix. La B s’achève sur «Children Of Tomorrow», un soft groove monté encore une fois sur un bassmatic voyageur, c’est un bonheur indescriptible que d’entendre jouer James Jamerson. Il sort des licks de Shaft. Le «Sway» qui ouvre le bal de B n’est pas celui des Stones mais un diskö funk d’exotica bien ronflant, traversé par des éclairs de trompettes, ça roule ma poule, ça groove chez les Fifth, ou ce qu’il en reste. Incroyable qualité de la prod, avec cette basse à fleur de peau. L’album est excellent, plein d’énergie et plein de son. Avec «Can’t Get You Out Of My Mind», les Fifth respectent leurs canons et restent dans leur pré carré de belle soft Soul. L’honneur de refermer la marche revient à Florence avec «You’re My Star». Elle a su préserver sa vieille niaque d’antan, elle force terriblement, elle chante over the rainbow et se montre encore plus extravertie qu’avant.

    Signé : Cazengler, zéro dimension

    Lamonte McLemore. Disparu le 3 février 2026

    Fifth Dimension. Up Up And Away. Soul City 1967   

    Fifth Dimension. The Magic Garden. Soul City 1967    

    Fifth Dimension. Stoned Soul Picnic. Soul City 1968

    Fifth Dimension. The Age of Aquarius. Soul City 1969

    Fifth Dimension. Portrait. Bell Records 1970

    Fifth Dimension. Live. Bell Records 1971

    Fifth Dimension. Love’s Lines, Angles and Rhymes. Bell Records 1971

    Fifth Dimension. Individually And Collectively. Bell Records 1972

    Fifth Dimension. Living Together Growing Together. Bell Records 1973

    Fifth Dimension. Soul And Inspiration. Bell Records 1974

    Fifth Dimension. Earthbound. ABC Records 1975 

    Fifth Dimension. Star Dancing. Motown 1978

    Fifth Dimension. High On Sunshine. Motown 1978

     

     

    Wizards & True Stars

    - Mavis serre la vis

    (Part Three)

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             Be What You Are est l’autre immense classique des Staple Singers. On retrouve le collectivisme lumineux du gospel - Be what you are my friend - et ça commence à chauffer avec « If You’re Ready ». Quelle énergie ! Pour une race entière, celle du peuple noir, les Staple Singers ont dû incarner l’espoir. Ils savent faire décoller du sol

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    l’esprit d’un chant universaliste. Peu de chansons inspirent un tel sentiment de grandeur humaniste. Même chose pour « Touch A Hand Make A Friend », où, en plus de l’énergie du gospel se profile une petite mélodie élégiaque. Pops et ses filles savent embarquer un équipage. Il y a chez eux la volonté de puissance qu’on trouvait chez les Edwin Hawkins Singers. Par contre, « Drawn Yourself » sent la Bobbie Gentry au pont de la Garonne. Encore un pur Mack Rice avec l’extraordinaire « I Ain’t Raising No Sand », magnifique et puissant, chanté au front de l’unisson. Avec « Bridges Instead Of Walls », une fantastique machine de groove se met en route, on est à Muscle Shoals, alors ça joue. Le beat est beau, pur et grandiose. Mavis l’amène en douceur et en profondeur. Il y a du génie dans cette chanson et dans cette façon de chanter la Soul. La puissance du gospel sous-tend l’intemporalité des choses, ne l’oublions pas. Encore un hit signé Mack Rice avec « That’s What Friends Are For ». Voilà l’équation gagnante : Sir Mack Rice & the Staple Singers à Muscle Shoals. La bassline est une véritable preuve de l’existence d’un dieu des bassmen. 

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             Encore un fantastique album : City In The Sky. Pops et les filles n’arrêtent plus de faire swinguer les studios. Avec le morceau titre, on retrouve ce r’n’b solide et pas pressé, bien posé sur son mid-tempo et les petites poussées de fièvre délicieuses qui font la grandeur du genre. Avec « Washington We’re Watching You », ils passent en mode groove funko-politique un brin shafty et même très Temptatif, avec un fantastique jeu de charley derrière - Whashington we’re watching you/ What the hell you’re gonna do - Mack Rice signe « Something Ain’t Right », pure merveille ! Pops entre par le côté du jive. On retrouve le mélange irrésistible des chœurs de sisters et du chant effilé de Pops. Il entre dans la ronde comme dans du beurre. La fête se poursuit en B avec « My Main Man », joué aux Caraïbes sur un beat coconut. C’est un cocktail capiteux d’énergie et d’intelligence musicologique. Les Staple brillent de mille feux. Puis on va aller jerker avec « There Is A God », mené à la trique, pressé, goûteux, bien battu et chanté à la ramasse, mais vite fait. Derrière, le roi du speed picking gratte des licks de dingue ! Pops ! Encore une compo signée Mack Rice/Eddie Floyd, « If It Ain’t One Thing It’s Another ». Pops l’embarque à l’accent Womack. Pur génie vocal de laid-back plaintif dégénéré. Il marie sa voix à celle de Mavis. Toujours du Mack Rice pour « Who Made The Man », fantastique jive de juke et ils bouclent leur petite affaire avec « Getting Too Big For Your Britches » une fois encore signé Mack Rice. Pops l’embarque directement au paradis du groove. Il sait jerker le jive, by jove ! Derrière, c’est secoué au sableur. Avec Ike, Pops est l’un des grands sorciers du sableur : pur génie productiviste. 

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             Let’s Do It Again est la BO d’un film. Elle sort l’année suivante et ça démarre très fort avec le morceau titre, une puissante pièce de Soul. C’est softé par la prod de Curtis Mayfield. Une fois encore, les Staple se montrent dignes de Marvin et de Bobby. Il souffle sur ce groove un petit air paradisiaque qui nous rappelle, ô combien, l’été des jours heureux. Avec « Funky Love », Pops envoie la sauce - Hey baby what you try to do to me - C’est tortillé dans le meilleur groove de Soul de tous les temps et les frissons accourent au rendez-vous - If you treat me right we can keep it tight ! You funky love ! - Les Staple font aussi une belle version de « New Orleans » doucement wahtée.

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             Dans Pass It On, ils tapent des cuts de Curtis Mayfield, comme « Sweeter Than The Sweet », dopée aux percus et chantée aux anges. C’est le paradis de la Soul. Mavis s’ébroue dans l’écume des jours. Elle emmène sa famille vers le ciel. « Take Your Own Time » est une pièce de Soul-funk assez bien ficelée. Les Staple visent la stupeur. Le funk danse la java sous la boule à miroirs. Tout le monde porte un costume blanc. Belle pièce de groove romantique : « Love Me Love Me Love Me ». Mavis tape aussi dans le groove des jours heureux avec « Take This Love Of Mine », resplendissant de santé élégiaque. Ces gens-là font tout avec une intensité hors du commun. Black is beautiful. C’est tellement vrai. 

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             Family Tree paru en 1977 est un bel album de Mavis. Même si ça démarre un peu diskö avec le morceau titre, on accroche rapidement car on a là de la beauté pure. Mavis sait sauver un pauvre cut destiné aux abîmes - Over my family tree I’m sitting - Avec « See A Little Further », elle tape dans le sacré bon funky business. Voilà une énormité digne des jukes de Philly. En B, ça part avec le petit r’n’b d’« Hang Loose ». On sent les vétérantes de toutes les guerres. Tout ce qu’on faire, c’est s’extasier. Pops mène le bal au meilleur doux du doux. On a encore une belle pièce de groove de funk avec « Colour Me Higher », idéal pour Mavis. Elle l’explose, au propre comme au figuré ! Derrière, les petites guitares funky jouent de loin en loin. Final fantastique avec « Boogie For The Blues ». Les filles font un carton et Pops se tape un sacré couplet ! Pops et Mavis : c’est certainement le meilleur duo du monde.

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             Jerry Wexler réussit à produire l’album Unlock Your Mind en 1978. Bien sûr, la scène se déroule à Muscle Shoals. David Hood et Eddie Hinton font partie des chanceux qui jouent sur cet album fabuleux. Pur jus de r’n’b avec « Don’t Burn Me ». Groove de haut rang, sans honte ni remords. « Love Being Your Fool » sonne comme un hit expiatoire. La section rythmique est un modèle du genre. Soul pop d’essence divine. David Hood fait brouter ses notes de basse. C’est le parfait exemple du classique r’n’bique chanté, troussé, bassmatiqué, swingué et embarqué - Cleo the poo ! - Mavis ramène bien sa fraise. Autre classique infernal : « Showdown », trop bien joué. Ça dépasse les bornes. Pops et ses filles abusent de notre candeur. Encore un groove parfait avec le morceau titre, avec le petit côté prêcheur des Staple. En B, on trouvera un édifiant clin d’œil à Elvis avec une reprise de « Mystery Train ». Il fallait oser.  

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             Le morceau titre qui ouvre l’album Brand New Day paru en 1980 est un fantastique classique de Soul. Pulsation méthodique. Pops vient faire quelques passades de voix chaude - oh oh yeah - Il injecte de sacrées doses de Soul dans le brunch. Mavis enchaîne avec un « Child » qu’elle chante avec une douceur suprême. Plus loin, Pops prend « He » au feeling pur. Il s’appuie sur le fameux groove rampant des Staple Singers. Mavis entre au deuxième couplet - When we heard He/ People calling and He set my soul on fire - Par contre, la reprise du « Garden Party » de Ricky Nelson est foireuse. En B, Mavis s’en donne à cœur joie avec « I Believe In Music » et ils passent ensuite aux choses sérieuses avec un énorme « Which Way Did I Go » signé Mack Rice, alors on ne plaisante plus. Les Staple sont dessus et Pops mène le bal. Il nous propose tout simplement la meilleure Soul du Deep South. Même chose avec « You’ve Got To Make An Effort ». Toujours Mack Rice et ce beat tintinnabulant qui avance cahin-caha. C’est l’alliance des grands chefs du peuple noir, le modèle staplique absolu. La voix de Pops sur le beat de Rice, voilà la combinaison gagnante. C’est à la fois puissant et vainqueur - You’ve got to make an effort/ To be another man !

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             Hold On To Your Dream vire diskö-funk. L’époque veut ça, mais les Staple s’en sortent miraculeusement bien. Ils tapent « Ride In On Out » au groove funky. C’est enregistré chez Allen Toussaint à la Nouvelle Orleans et on retrouve George Porter Jr à la basse. On a là un mélange de soft Soul à la Staple et de funk des Meters. « Message In Our Musique » est même carrément diskö. Ils s’amusent bien et se fondent dans le moule des modes d’époque. Mavis mène bien la danse. Elle en fait de la diskö magique, un rêve pour les nostalgiques des boîtes de nuit de la grande époque. Ils attaquent la B avec « Stupid Louie », un énorme groove de funk et Pops entre dans la danse, alors attention aux yeux. On tombe plus loin sur un autre cut de funky strut d’obédience porterienne, « Show Off The Real You ». Magnifique allure ! Mavis pilote le projet. L’hit du disque se tapit en fin de face : « Love Came Knocking ». Encore un puissant groove de funk bien tempéré. C’est leur vitesse de croisière, le smooth mêlé au beat bien marqué. Les Staple Singers sont des artistes complets, ils savent manier la Soul et le funk. Mavis est l’une des plus grandes Soul Sisters d’Amérique et derrière elle, les frangines amènent des chœurs de gospel.

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             This Time Around paru en 1981 et réédité par Ace en 2013 n’est pas à proprement parler un véritable album. C’est plutôt une collection de rogatons tirés des sessions d’enregistrement des grands albums Stax comme Staple Swingers. On y trouve trois belles preuves de l’existence d’un dieu Staple, à commencer par « Live In Love », un heavy groove familial. Ils sont littéralement monstrueux de groovytude. On se sent tout de suite chez Stax. Le son ! C’est à tomber. C’est staxé jusqu’à l’oss de l’ass. Avec ceux de Marvin et du p’tit Bobby, on a là l’un des meilleurs grooves de la planète. Restons dans le groove magique avec « I Got To Be Myself ». Cette fois, c’est sonné des cloches de cuivre et Mavis l’embarque au sommet de la montagne. On sent la puissance, la vraie. C’est brut de fonderie et monté sur un drive de basse irrépressible. Troisième bombe de ce disque : « If It Wasn’t For A Woman », un balladif que Pops gratte par derrière, et ça décolle avec les violons. Ce cut s’aménage son espace tout seul et Mavis l’établit dans l’univers. On atteint une sorte de démesure des amplitudes. Les violons dévorent le groove. Mavis tient la dragée haute aux orchestrations dans « A Child’s Life », une merveilleuse pièce de Soul violonnée. 

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             Nouvel album des Staple en 1984 : Turning Point. On sent que Pops a pris un coup de vieux car l’album démarre avec de la diskö. « Slippery People » sonne aussi diskö mais quand Pops entre dans le groove, ça change tout. Il transforme ça en Soul diskö. Pops sait déclencher les hostilités. Groove popotin. Pur Pops. Il sait na-nater et relancer la vieille machine avec sa petite voix insidieuse. L’hit de l’album c’est « Right Decision », un fabuleux groove funky. Pops y va seul. Avec sa petite voix de pâté sucré qui n’a l’air de rien, Pops allume un vrai brasier. Et Mavis arrive au second couplet. Derrière, ça gratte sec au funk - Mama cry-ah - Extraordinaire leçon de funk.

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             L’album titré The Staple Singers flirte toujours avec la diskö. Sur la pochette, on voit Pops et ses trois filles sourire de manière radieuse. Ils reprennent le « Life During Wartime » de David Byrne. C’est monté sur un diskö beat solide - There ain’t no party, there ain’t no disco/ There ain’t no fooling around - Et Pops prend le dernier couplet en faisant swinguer les mots à sa façon - I got some groceries, some peanut butter - On retrouve cet énorme beat dans « Nobody Can Make It On Their Own », superbe mélange de smooth et de groove diskö. Pops entre dans les couplets comme dans du beurre. Les Staple ont toujours su cultiver cette prescience du beat. Il faut saluer le génie de Pops qui a toujours su ramener la Soul dans l’essence du beat, qu’il soit Stax ou diskö. En B, Pops fait un malheur avec « Start Walking ». Véritable coup de génie - Now I’m walking/ Walking like Moses through the land of promise/ Hand in hand with Jesus - Stupéfiant ! Pops navigue au même niveau que les deux Bobby, Bobby Bland et Bobby Womack. C’est l’un des rois du groove, l’absolu groover du paradis.

    Signé : Cazengler, Mavicelard

    Staple Singers. Be What You Are. Stax 1973

    Staple Singers. City In The Sky. Stax 1974

    Staple Singers. Let’s Do It Again. Curtom 1975

    Staple Singers. Pass It On. Warner Bros Records 1975

    Staple Singers. Family Tree. Warner Bros Records 1977

    Staple Singers. Unlock Your Mind. Warner Bros Records 1978

    Staple Singers. Brand New Day. Stax 1980

    Staple Singers. Hold On To Your Dream. 20th Century Fox records 1981

    Staple Singers. This Time Around. Stax 1981

    Staple Singers. Turning Point. Private I Records 1984

    Staple Singers. The Staple Singers. Private I Records 1985

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    Greg Knot. I’ll Take You There. Mavis Staples, The Staple Singers, And The Music That Shaped The Civil Right Era. Scribner 2014

     

    *

    Je viens d’entendre une superbe ballade sur le Missouri. Je vaque dans l’appart mais mon esprit vogue au travers des plaines du Missouri, à mes côtés sur son appalooza elle ne sourit pas à moitié, des yeux je cherche un coin tranquille où nous pourrions desseller nos montures et nous étendre dans l’herbe chaude, ce n’était qu’un rêve, brisé comme il se doit, mais ce n’est pas le fait qu’il soit perdu à jamais qui me désole, c’est que je suis assailli par un bruit étrange, que se passe-t-il, je suis sur Werstern AF, mon ordinateur est-il en train de rendre l’âme, je n’ai jamais entendu un son de cette nature, faut que j’aille voir, ah ma bonne dame, tout va mal jusqu’au country qui n’est plus ce qu’il était, oh mon bon monsieur pas plus tard que hier soir… Bref, je suis allé voir d’où provenait cette étrange sonorité…

    JACKSON AND THE JANKS

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    Il y a tout ce à quoi on s’attend, et quelques bizarreries, ou caprices du destin, auxquels on ne s’attend pas. Je ne voudrais pas passer pour un cador, mais quand vous dites country ou folk, je sais à peu près ce que je vais entendre. Bon d’accord, j’admets que le gars il a une voix particulière, comment dire un peu tassée sur elle-même, pas grave, pas basse, singulière pour employer un mot qui ne veut pas dire grand-chose, une guitare toute simple, ce n’est pas Hendrix, mais les notes tombent comme elles doivent tomber, le rythme est assez lent, c’est le gars qui joue, remarquez qu’avec la voix qu’il a, il n’a pas besoin de se faire remarquer autrement, pour le moment  nous sommes dans l’ordre normal des choses, oui à côté il y a le bruit qui a attiré mon oreille, la gauche, c’est à ce moment que l’ampleur du désastre me saute aux yeux, l’est accompagné par deux autres mecs, qui d’ailleurs font tout pour ne pas se faire repérer, se cachent derrière leurs instrus, passons sur Izaak Mills et son sax max mais Ryan Weisheit en tient un beaucoup plus gros, son embouchure semble vouloir avaler le monde dans l’entonnoir béant de sa gueule largement ouverte, bref deux saxo funèbres, qui semblent vous accompagner directement au cimetière. Le pire c’est

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    quand ils s’attaquent au deuxième morceau, un instrumental, un peu plus lent, un peu plus funèbre, le Jackson joue légèrement plus fort, très légèrement, pas vraiment un truc pour réveiller les morts, plutôt pour les endormir.

    Pas vraiment joyeux je vous l’accorde, en plus ils osent nommer ce dernier morceau Walking on a smile… mais un charme indéfinissable, qui s’agrippe à vous, qui vous séduit, vous appelle, bref vous voulez en savoir davantage alors vous cherchez.

    Pas évident de trouver, vous trouvez mais ça part dans tous les sens faut remettre les morceaux du puzzle dans l’ordre.

    Jackson Lynch, l’était un enfant quand il est arrivé d’Irlande à New York, l’a appris le violon et la guitare, s’est intéressé au folk et est devenu chanteur de rue à la Nouvelle Orléans. C’est-là qu’il a décidé de former les Janks. Il existe de nombreuses vidéos qui permettent de suivre les Janks sur plusieurs années. Le groupe se définit comme un rock and roll and rhythm and blues garage gospel band. 2023, sort leur premier album sobrement intitulé Jackson and the Janks. C’est en juin 2025 que paraît leur opus sophomorus que nous écoutons :

    WRITE IT DOWN

    (Jalopy Records)

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    Belle pochette, originale, découpage et collage qui mettent en valeur Jackson Lynch, une belle gueule, la couleur n’est pas sans évoquer les photos sépia du dix-neuvième siècle, serait-ce pour signifier l’intemporalité d’une musique qui s’estime redevable et réceptacle de tous les genres qui l’ont précédée et dont elle revendiquerait l’héritage.

    Jackson Lynch : vocal, guitare, piano / Sam Dorres : drums, vocal / Craig Flory : saxophone basse et ténor / Matt Bell : Steel guitar.

    Pour les morceaux 4 et 8 : Jackson Lynch : vocal, guitare / Willie Martinez : drums / Ryan Weisheit : saxophone basse /  Izaak Mills : baryton et ténor saxophones  / John Cushing : trombone.

    The kick : ça clopine gentiment, l’on se croirait dans la bande-son d’un vieux film, une espèce de stride à la Jerry Roll Morton, mais au ralenti cahotant avec un sax qui cancane gentiment, z’avez envie de danser, le vocal ne vous lâche pas, vous pousse malgré vous à taper du pied sur le dance-floor, vous encourage, vous rassure, une bimbeloterie boitillante pour vous amuser, comme au bon vieux temps. Un seul problème, les paroles ne seraient-elles pas à double-sens, elles semblent vous émoustiller, mais n’y aurait-il pas entre les mots ce zeste de moquerie et comme un effluve de cruauté, indistincte si l’on n’y prend pas garde, mais qui vous colle à la peau dès que vous l’avez repéré. Beats me : c’est le premier morceau joué sur la vidéo AF, instinctivement j’avais pensé à Dylan, poussé sans doute par l’ambiance funèbre des cuivres, cette version paraît plus légère, mais au milieu vous avez ces glapissements de la laps qui ne sont pas là pour vous rendre heureux, la voix est plus claire, en contrepartie les paroles plus accessibles dévoilent une tristesse infinie. Sur la vidéo il vous semble qu’il les a écrites faute de mieux pour vous inciter sinon à la révolte du moins à une saine colère, mais là elles trahissent un désespoir profond et une impuissance sans fin devant la nature mortelle des choses de la vie. Windowsill : une berceuse, pour sûr les ronflements du sax sont inquiétants, pourtant la voix épouse un timbre féminin, la steel ne met pas la pédale douce, rien n’est parfait dans ce monde, il se couche auprès d’elle, elle va trop mal, à l’intérieur d’elle-même, il n’a pas envie de faire l’amour, juste la guerre pour détruire le monde qui va si mal. I don’t give any : attention ça tonitrue, la section des cuivres, ce n’est pas Muscle Shoals, mais ça déménage sec, ça brinqueballe à tous les diables, le Jackson est obligé de trompéter son vocal, les autres se lancent dans un joli capharnaüm, du coup il se tait, normal il s’en fiche, au morceau précédent il s’inquiétait pour la copine, l’était prêt à refaire le monde, là il s’en fout, si tu veux comme-ci ce sera bien, si tu veux comme cela ce ne sera pas mal non plus, n’a plus envie de se battre, ça n’en vaut pas la peine. Ne croit plus. En lui-même et au monde. Riding on a smile : un instrumental pour ouvrir la face B

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    du ce vinyl au format 33 Tours que vous écoutez en 45 : c’est bien le sourire que l’on n’espérait plus en ce monde si décevant, le son est un peu voilé, car la désolation arrive si vite qu’il ne faut surtout pas la réveiller.  Lament : on l’avait oublié c’est un groupe de rock’n’roll, enfin avec des sonorités slow-sixties et la voix qui monte haut, c’est vrai qu’ils se revendiquent aussi du gospel, relisez le titre, lorsque vous pensez que le morceau se finit, les instrus explosent en un immense charivari, un tintouin de tous les diables, parce que le Dieu d’amour n’est pas au paradis. N’est pas non plus sur terre d’ailleurs. Let’s leave here : cette deuxième  face s’avère plus entraînante que la première, ça sautille gentiment, enfin n’essayez pas de suivre les paroles de notre joyeux chansonnier ni le miel sucré de la steel, contentez-vous de lever les gambettes gentiment sur le rythme, vous êtes dans une espèce de pseudo-fable écologique, la tarte à la crème, que dis-je le marronnier sans feuille ni écorce de l’opposition ville-campagne,  we gotta get out of this place chantaient les Animals, mais là ce sont des êtres humains, la force vitale des bêtes leur manque, faisons semblant d’espérer qu’ils se tireront delà au plus vite. Il existe tant de manières de partir… Do wha you want to do : retour à la grosse fanfare, ce n’est pas non plus la grande parade du cirque qui traverse la ville pour rameuter les gamins. Nous n’aurons pas droit à l’énorme explosion tintamarresque de leur première apparition, c’est Jackson qui jette de l’eau sur le feu. Un seau rempli à ras-bord. Une séparation, un échec. Reconnaît ses torts pour mieux rejeter la faute sur l’autre. Pas de tristesse. Pas de joie. C’est la vie. On n’y peut rien.  Ainsi marche le monde.  Débrouille-toi. Fais ce que tu veux. Aucune importance. Je m’en balance. Le monde aussi. Je n’y peux rien.

             Tire bien son épingle du jeu Jackson Lynch. Comment fait-il avec Ses Janks pour vous tenir en haleine. Il nous offre une musique somme toute minimaliste, que l’on pourrait qualifier de vieillotte, mais il ne nous cause pas du bon vieux temps d’autrefois, seulement de notre présent si mortifère et désabusé. Auquel on a fini par s’habituer…

             Je ne m’attendais pas à trouver un truc de ce genre sur Western AF. Mais où le ranger. Quelle étiquette leur coller. Les Janks ne rentrent pas facilement dans une boîte. Ne ressemblent à personne. Difficile de les inscrire dans une catégorie précise. Quant au  numéro de janvier dernier d’Uncut qui leur a consacré une notule, il  les a prudemment enroulés et enrôlés dans la rubrique Bon Temps Rouler dévolues  aux artistes de la Nouvelle Orléans. Le magazine parle d’Honky sax, bien trouvé et font le rapprochement avec The White Stripes ce qui me paraît moins évident mais pas nécessairement stupide. Des flonflons, des flocons de cyanure que vous vous avalez sans y prendre garde. Des inclassables. Tout compte fait des outlaws.

    Damie Chad.

     

    *

    Il existe plusieurs sortes d’êtres humains. Les plus nombreux sont stables. Vous les rencontrez un jour, vous les perdez de vue. Dix ans plus tard, vingt ans après comme dirait Alexandre Dumas, vous les croisez une nouvelle fois. Ils n’ont pas changé. Vous les retrouvez tels quels. Ils sont restés fidèles à eux-mêmes. Vous êtes contents pour eux, ils ne se sont pas reniés, ils n’ont rien trahi. En vérité comme dirait Jésus, vous êtes contents pour vous. Vous avez l’impression rassurante qu’autour de votre petite personne le monde s’est bien gardé de vous décevoir.

              Je suis désolé, mais dans les lignes qui viennent, vous serez confrontés à ce que les chimistes désignent sous l’appellation d’éléments instables. Le francium s’avère être l’élément le plus instable du tableau de Mendeleïev.  C’est vraisemblablement pour cela que le groupe individuel que nous allons écouter possède un nom à consonances (toute relatives) françaises.

    LOATHSOME CHRIST

    DOUBLEPLUSUNGOOD

    (Bandcamp / Avril 2026)

             Le groupe se réclame de Carollton, un patelin de vingt milliers d’habitants situé au nord-ouest de la Georgie très près de l’Alabama, peut-être pas l’endroit idéal des USA. Nous délaissons illico la leçon de géographie pour suivre le cours d’histoire.

             Nous sommes en 2002, ils sont quatre : Erick Dunlap est à la guitare / Patrick Lowe officie à la basse / Paul Warren est tapi derrière ses fûts / Eric Crowe tient aussi une guitare.

             Répètent jour et nuit, nous en doutons puisqu’au bout de trois ans ils parviennent à enregistrer une cassette. Apparemment de deux titres puisque quelque temps  plus tard Dunlap et Crowe enregistreront  un troisième morceau. Ils sont alors dans un groupe au nom charmant : Her Name was Death.  Vingt ans s’écoulent, durant lesquels ils participent à des expériences musicales diverses. Or voici que, comme l’écrivit l’auteur des Trois Mousquetaires, vingt ans après Eric Crowe exhume ce matériel oublié qu’il nomme d’abord Lonesome Christ. Il retravaille les bandes, voici le bébé. Un poupon pénible au possible qui passe ses nuits et ses jours à hurler… Il est à craindre que nombre de nos lecteurs n’éprouvassent l’envie de lui tirer froidement une balle dans la tête.

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    Wrath of the lamb : étrange ce bruit, une espèce de sonnerie spiralée qui n’en finit pas de tourner sur elle-même, vous n’en avez jamais entendu d’identique, normal faudrait que vous soyez quelques minutes avant la fin du monde pour que l’entendiez vraiment, en voici une simulation, plutôt un avant-goût, au cas où vous n’avez pas encore compris, le vocal vous explique tout, le projet final, la fin du monde, bruit de ferraille surmontée d’un glapissement monstrueux, le genre de hideur que vous n’auriez jamais voulu entendre, vous n’auriez jamais cru qu’un agneau fort en colère puisse bêler ainsi, soyons franc ce n’est pas une quelconque bestiole innocente que l’on serait en train d’égorger dans le coin sombre d’un abattoir sordide, juste le contraire, vous êtes le cheptel destiné à périr d’une façon atroce, quant à l’agneau c’est l’ange de l’Apocalypse, l’archange supérieur, n’ayons pas peur des mots, le christ d’amour en personne, l’agneau pascal en chair et en os qui s’en vient œuvrer à sa vengeance, pour un mort, toute l’humanité entière, ne chichite pas sur les moyens, le grand exterminateur  à la robe sanglante, un peu de sirène pour vous permettre de regretter d’être ce que vous êtes, vous avez la batterie qui tamponne les crânes méthodiquement sans se presser, à la fin des temps il prend tout son temps, il a tout son temps, l’ignoble lance-flamme du vocal revient vous brûler les tympans,  si vous n’avez jamais lu le dernier livre de la Bible, voici la version audio, quelle lecture, vous y croyez, vous tremblez de peur, ne vous perdez pas dans une audition esthétique, réfléchissez, la fin du morceau pose la seule question qui vaille la peine. Qui survivra à une telle horreur. Respirez, la machine sonore ralentit, la boucherie se termine. Loathsome Christ : grincements, escadrille de bombardiers au-dessus de votre ville, j’ai le regret de vous avertir que vous êtes morts, oui sur ce coup-là le Christ a été vraiment odieux non pas de vous avoir tué c’est ce qui pouvait arriver de mieux, c’est que la mort n’est pas le grand repos que vous attendiez, la voix sépulchrale ne crie plus, elle chuchote à votre oreille, la guitare est asthmatique, la batterie avance à la vitesse d’un escargot malade, de fait vous ne savez même pas si vous êtes quelque part, même pas au fin-fond d’un abîme, vous êtes un outre vide de sens, vous n’êtes plus comme vous avez été, vous essayez de vous raccrocher à des sentiments humains, mais le désespoir et l’euphorie se ressemblent étrangement, l’est sûr que les choses sans consistance ne sont que des insignifiances sans conséquence, au mieux vous êtes une sensation indistincte au pire un semblant de pensée qui vous rassure de n’avoir rien à penser sinon à nous-mêmes qui ne sommes rien, nous nous raccrochons à ce que nous avons été et que nous ne sommes plus, mais est-il possible de penser le non-être sans être, ou alors c’est que le non-être n’est autre chose que l’immortalité que nous ne sommes pas, la voix expire lentement, elle agonise, tout en se maintenant sans fin, ne sommes-nous pas empêtré dans une existence  qui nous nous demeure étrangère, mais peut-être sommes-nous le résultat de ce que nous avons mérité par le simple fait d’avoir été. Tapotements, ils sont sympathiques, ils nous refont passer les bombardiers du début dans lesquels nous tournons infiniment en rond autour de nous-mêmes. Warren’s dead : on comprend qu’ils aient tardé avant de composer la suite.  Paul Warren est-il mort entre temps… quand on sait que l’étymologie de Warren signifie ‘’gardien du jardin’’ l’on se dit qu’après le livre de l’Apocalypse nous revenons au livre de la Genèse… oui mais il s’agit d’un autre Warren, Harley Warren l’ami de Randolph Carter qui dans la nouvelle de Lovecraft entre dans un antique tombeau pour ne jamais en ressortir… Si vous n’avez jamais lu le Statement of Randolph Carter de l’écrivain de Providence  vous avez le choix, soit vous lisez le texte, soit vous en écoutez la lecture effectuée par Eric Crowe, attention un riff industriel et répétitif recouvre la voix, une mise en scène phonique  qui tend à rendre la conversation téléphonique entre Harley et Randolf, l’un au fond d’une crypte maudite et l’autre au bord de la tombe…

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             Musicalement ce troisième morceau est moins fort que les deux précédents qui se suffisent à eux-mêmes. Eric Crowe veut-il signifier que le l’apocalypse christique n’est qu’un épisode parmi tant d’autres des manifestations kaotiques de la puissance des Anciens Dieux… Nous invite-t-il à une relecture de l’Apocalypse en suggérant que le retour des Anciens Dieux serait à mettre en relation avec Satan enfermé selon le texte biblique pendant mille ans au fond d’un puits sans fond… Une interprétation peu orthodoxe et dogmatique des écrits judéo-chrétiens…

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             Question subsidiaire, la lecture pas très audible est-elle à mettre en relation avec celle de la bande-son de L’Essence des Chocs de La Muerte film de Michel Laguna qui dans les années quatre-vingt officia dans le groupe Belge La Muerte, et qui réalisa le film : Doubleplusungood.

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             Quand on sait que dans ce film  un certain Dago Cassandra décide de tuer les douze bâtards de Lucifer, projet qu’il essaie de mener à bien (ou plutôt à mal), un fabuleux prétexte à des séquences d’une grande violence. Qui se terminent par des citations de la Bible… L’on comprend d’où Eric Crowe a sorti le nom de son groupe. Doubleplusungood est sorti en 2018. Le genre de films culte dont les festivals raffolent. Une espèce de chef-d’œuvre gore métaphysique. Très rock dans son esprit tout en étant en même temps une exploration citatrice et incitatrice d’une certaine histoire du septième art selon ses déploiements les plus inquiétants.  

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             Rappelons que le mot doubleplusungood peut  s’entendre de deux manières : double + un good = double + un bon ou  double +ungood = double + très mauvais. En raccourci : c’est doublement bon ou c’est doublement mauvais. Ce terme est emprunté à la novlangue usitée par les instances dirigeantes de l’Humanité dans le roman 1984 de George Orwell. L’Etat institue le langage de la double-pensée qui permet selon les situations de qualifier ou disqualifier une idée ou une notion abstraite.

    Double-sens, double-mot, tout ce qui concourt à la manipulation des masses. Ainsi dans cet opus, l’Apocalypse - n’oublions pas que ce mot issu du grec signifie Révélation - qui est censée prédire  selon la vulgate chrétienne, comment notre pauvre Humanité sera débarrassée de la présence du Mal, s’avère de fait plonger l’âme humaine dans une déréliction encore plus profonde que quand les forces du mal triomphaient sur la terre…

    Nous faisons confiance à nos lecteurs pour déjouer la phraséologie politicienne déployée sur nos ondes pour se livrer à une dés-interprétation systématique du discours étatique seriné à satiété…

    Nous terminons par un regard sur la couve de l’opus : qu’est-ce ?  Une femme désolée en attente d’une quelconque rédemption, un cadavre, ou tout simplement une effigie de la Mort. Est-elle bonne ou mauvaise. C’est à vous d’en décider.

    Damie Chad.

     

    *

    Viennent de sortit un album, leur nom m’a plu, je m’apprêtais à le chroniquer lorsque j’ai aperçu le titre d’un de leur précédent opus, séduisant, mais quand la couverture est apparue dans mon champ de vision j’ai craqué pour elle, trop belle, trop évocatrice, j’ai donc opté pour cet opus paru voici déjà cinq années, ne perdons pas de temps.

      THE ETERNITY BOX

    CUT THE ARCHITECT’S HAND

    (Bancamp / Janvier 2022)

             Drôle de nom pour un groupe. Hors de tout contexte maçonnique, ce mystérieux architecte ne peut être que le Grand ordonnateur de Univers dont il est nécessaire de couper la main car elle pourrait vous pousser à agir contre votre propre volonté.  Or en tant qu’homme libre vous tenez à régir vous-même votre destin. Comme c’est bien dit en si peu de mots.

             Cette brièveté est d’ailleurs une de leurs spécialités, les textes sont courts, presque sibyllins, c’est à vous d’écouter et d’entendre ce qu’ils ne disent pas expressément. Les termes sont simples, ce qui n’empêche pas une certaine densité poétique.

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    La couve est de Nathan Tersteeg  artiste et tatoueur amateur de la ligne claire. Deux images se sont superposées en ma tête, l’une visuelle, le souvenir de la couverture du Livre de poche les Aventures d’Arthur Gordon Pym d’Edgar Poe et l’autre poétique : les vers de Gabriele d’Annunzio relatifs à son expédition à Fiume que je cite de mémoire  Nous étions trente sur deux navires et le trente-et-unième qui tenait la barre, était la Mort.

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    Nathan Tersteeg, tout comme les trois membres du groupe, est de Richmond. En Virginie. Notons que la ville de Richmond possède un musée Edgar Poe. Il n’y a pas de hasard, seulement des signes noirs à interpréter.

    Le titre m’a séduit ma petite tête avait compris Boîte d’éternité. Que l’on puisse mettre l’éternité dans une boîte, l’oublier dans un coin ou l’envoyer par la poste à un ami que l’on n’aime pas, m’a semblé une bonne idée, un peu farfelue, un peu surprenante, un tantinet inquiétante. Mon correcteur neuronal a coupé court à mes rêveries, mais non Damie, ce n’est pas une boîte dans laquelle est enfermée l’éternité c’est la boîte qui est éternelle. Tu confonds le contenant avec le contenu. J’eusse bien rétorqué, j’aurais bien continué la conversation  fort inopinément  mon correcteur neuronal a coupé le contact. Le combat cessant faute d’adversaire, je me suis promis de rouvrir le débat un peu plus tard.

    Greg Branch: basse, vocal / Tim Madison: guitare, vocal / Bryan Conner : drums, vocal.

    Contempt as a weapon : attention la métaphore peut tuer le rêve, la couve et un harpon, vous pensez être partis pour une nouvelle poursuite de la grande baleine  blanche, d’autant plus que ça turbine salement, un vocal de grande tempête quand le capitaine hurle et que vous comprenez que la mort rôde. Un sacré voyage. D’ailleurs ça accélère, la maudite Moby Dick se rue sur votre coque de noix. Splash ! Splash ! Splash ! elle se sert de sa queue comme d’un battoir. Pas du tout. Abandonnez vos voyages extraordinaires à la Jules Verne. C’est encore pire que le Voyage Autour de ma Chambre de Xavier de Maistre. Vous tournez en rond dans votre bocal. Non vous n’êtes pas un poisson rouge, z’êtes simplement dans la tête de notre héros, pas un as du Kung Fu, la joue piteusement, se cache sous le voile du mépris. Une manière de cacher face au monde son désarroi et sa faiblesse. Juste le chagrin d’une séparation. Mais vous pouvez interpréter la situation autrement. A la Mallarmé. Vous avez tiré les dés du destin, pas le bon numéro, ne vous reste plus qu’à attendre la mort. En effet une fois que vous serez mort vous êtes bien conscient que votre existence n’aura eu aucune influence sur la marche du monde. Effet nul. Constat accablant, d’ailleurs le morceau s’arrête sur un dernier hurlement tranché net. Ce n’est pas pour rien que le morceau suivant s’intitule : Come to naught : (Se rendre au néant) : faut pas croire qu’ils écrivent n’importe quoi ou au hasard ce qui leur passe par la tête :  d’ailleurs pour ce morceau, ils vous filent une petite explication de texte, l’est vrai que les lyrics sont un peu (beaucoup) elliptiques : ‘’ L'histoire tourne autour de la perte de tout ce que l'on connaît. Une vie bouleversée. Parfois en bien, parfois en mal. Mais on en ressort plus sage. Nous espérons que vous l'apprécierez.’’ Pas étonnant qu’il y ait du sang, très rouge et métaphorique, dans les paroles, ce coup-ci c’est Bryan le drummer épileptique qui manie le battoir, Tim vous déglingue sa guitare fort joliment, et le vocal vous tombe dessus comme si vous étiez un immondice qu’un coup de balai envoie se balader dans une bouche d’égout. Comme on vous a expliqué que ça finissait bien, vous n’hésitez pas à le remettre deux ou trois fois. Délectation phonique. The custom of the sea : là, c’est beaucoup plus trouble, vous vous croyez dans la chansonnette ‘’ Il était un petit navire qui n’avait ja-jamais na-naviguer’’. Ce n'est pas que ça se termine mal. Rien qu’à la fureur instrumentale et au chant des matelots un peu surexcités, vous n’êtes pas surpris que le petit mousse soit mangé. D’ailleurs la guitare fulmine méchamment. Le pire ce n’est pas que le pauvre enfant accepte son sort sans cris, ni pleurs, un peu comme si on lui proposait une partie de billes. Vous avez compris, que ce n’est pas une histoire inventée, voire une histoire vraie, le problème, c’est toujours le même, c’est la métaphore. Elle y va fort. Que veut-elle nous dire. Qu’en tant êtres humains nous acceptons de mourir aussi benoîtement, aussi tranquillement que le petit mousse. Que nous trouvons cela naturel. Nous pouvons faire la révolution pour changer de gouvernement, mais nous sommes incapables de fournir le moindre effort pour refuser la mort. Puisqu’elle est inéluctable. Le morceau ne dure pas trois minutes, et ils vous permettent de méditer sur la condition humaine. Sont comme la métaphore, ils sont forts. Four penny coffin : instrumental brontosaure, lequel des trois est au vocal, je ne sais pas mais il produit le guttural vacarme qui voici longtemps devait sortir des gosiers des T-rex, sont pédagogues, au cas où vous n’aurez pas compris, les instrus font la danse du ventre, ils vous répètent la leçon philosophique, ils utilisent la métaphore du cercueil de quatre sous. Ne réclament pas davantage de confort. Cela leur convient parfaitement. Placidité du petit mousse. Comme tout le monde. Pas plus ni moins que les autres. La mort n’est-elle une sorte de royauté absolue. Burial hook : drôle de Capitaine Crochet, vous avez l’impression que ça casse du bois et que ça craque dans la nature, en plus il y a le mort dans le cercueil qui cause alors qu’on le descend dans la fosse. N’en veut pas au croquemort, encore la métaphore qui tue, c’est le cas de le dire, amis ne pensez plus à ceux qui sont morts, que vous aimiez peut-être, oubliez-moi, ne pensez pas à moi, mon histoire est terminée. Il est inutile de la continuer puisque je suis plus là pour continuer à endosser mon rôle dans ta tête. The funeral that follows : là c’est beaucoup plus trouble. Qui parle-là ? Musique grandiloquente et vocal exacerbé. Ici c’est la métaphore qui meurt. C’est elle que l’on enterrera. Parce que voyez-vous, le pire ce n’est pas de crever tout seul  au fond du trou. C’est de savoir qu’une funéraille(s) est toujours suivie d’une autre funéraille(s). Quelque part il y a un truc qui funédéraille. Qui parle au juste. Celui qui est mort dont les regrets s’exhalent de la tombe, ou celui qui reste auprès de la tombe, ou celui quelque part qui est en train de trépasser. De qui sont ces regrets que le vent disperse.

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             Z’en disent pas plus. Même pas une dernière petite métaphore pour vous rendre plus forts. Z’ont causé d’amour, de perte, de meurtre et de mort. Pas plus ni moins. Remarquez ce n’est déjà pas mal. C’est même beaucoup. Beaucoup trop, susurreront les âmes timorées. Sans aucun trémolo. N’en font pas des tonnes. Ce qui est marrant c’est que lorsque l’on voit ces trois grands gaillards sur la photo, l’on ne s’attend pas à ça. Un look de bûcherons. Je n’en sais rien, c’est l’arbre derrière sur la photo qui me pousse à cette hypothèse. Ben non, ce ne sont pas des êtres frustes et violents. Pas de sombres brutes, le sourire narquois dissimulé sur leurs lèvres  nous interdit de penser cela. Ce sont des esprits subtils. Ecrivent peu, mais vous synthétisent la vie humaine en quelques mots. Savent dire l’inaudible.

             C’est à nous de savoir l’entendre.

             Sont très forts.

    Damie Chad.