AU HASARD DHÔTELLIEN ( 1 )
...LECTURES, RELECTURES, ACQUISITIONS, PARUTIONS...
2018
LE ROMAN DE JEAN-JACQUES
ANDRE DHÔTEL
( Editions du Sud / 1962 )
Une évocation biographique de Rousseau. Nous ne savons si c’est une commande ou une proposition d’éditeur. Le livre s’inscrit dans une collection simili-luxe qui fait la part belle aux illustrations, destinée à un large public cultivé qu’une érudition trop poussée rebuterait… André Dhôtel ne s’est point livré à de vastes recherches, s’est contenté pour la majeure partie de son projet de suivre les Confessions. Que le lecteur ne s’attende à aucune réflexion poussée et encore moins à aucune réflexion philosophique sur le contenu des œuvres au mieux résumées à très grands traits. Ouvrage idéal pour une première approche de l’écrivain.
L’on sent que ce qui a séduit Dhôtel chez Rousseau réside davantage en la personnalité qu'en l’œuvre de Rousseau. Voici un personnage très dhôtellien, en marche qui ne cesse de parcourir les contrées dans lesquelles il vient à habiter, qui se cherche en un vagabondage incessant, qui n’a l’air de se trouver que par de mystérieuses conjonctions évènementielles favorables. Un être déchiré - pour ne pas dire à tendances schizophréniques et paranoïaques - autant attiré par la recherche de la gloire que retranché du monde par un besoin inné de solitude.
L’influence de Rousseau sur la naissance du romantisme fut immense. Plus qu’un précurseur, un géniteur. Il initie une nouvelle sensibilité, celle de la suprématie de l’Amour entre les êtres érigé en absolu, cette sensibilité lamartinienne qui encombre les représentations des âmes adolescentes et populaires… Un lecteur averti comparera avec profit les écarts analytiques des relations sociétales et sentimentales telles qu’elles sont développées et exposées à cinquante ans de distance dans La Nouvelle Héloïse et Les Affinités Electives de Goethe. Nous en profitons pour remarquer l’étrange et commune attirance de ces deux géants pour la botanique. Rousseau examine et classe, il herborise. Goethe médite. Il théorise. L’amour de la nature ne se sépare pas en France de l’attirance exercée par la beauté des paysages. Le romantisme allemand envisage la Nature autrement, davantage comme une élémentale proposition philosophique. Rousseau décède quelques années avant la Révolution française, la génération romantique allemande prend l’explosion de celle-ci de plein fouet. Tout ce qui sépare les hommes du dix-huitième siècle français et du dix-neuvième siècle européen réside en ce qu’ils résident de l’un ou de l’autre côté de cette date charnière.
Assimilé par notre histoire littéraire nationale à la grande saga des philosophes, Rousseau se révèle être leur bête noire. Admis en leur sein à ses débuts pour ses écrits politiques il en est vite expulsé dès qu’il devient patent qu’il ne saurait souscrire à leur anti-christianisme fondamental. Les philosophes attaquent avec autant de virulence l’Autel que le Trône. Rousseau ne se démet jamais du fond de religiosité christique qui subsiste encore de nos jours dans les visées réformatrices de la gauche anti-révolutionnaire de notre pays.
André Murcie
N. B. : Ceci n’est qu’une rapide notule disparate qui demande à être amplement développée.