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elvis presley

  • CHRONIQUES DE POURPRE 747 : KR'TNT ! 747 : SMALL FACES / DON CAVALLI / CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT / EARTHLORE / GRAVES FOR GODS / JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 747

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    17 / 09 / 2026

     

    SMALL FACES / DON CAVALLI

    CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT

    EARTHLORE / GRAVES FOR GODS

    JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

     

     

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    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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    Livraisons 318 – 729 sur :

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

     

    The One-offs

     - Pile ou Faces

     (Part Two)

             Nous nous engouffrâmes dans une petite bouche d’ombre de la rue Caponière et traversâmes à la queue leu-leu un minuscule jardin peuplé d’arbustes aussi rabougris que des pieds de geishas. Disséminées au sol, des figurines animales hétéroclites semblaient nous observer d’un air goguenard. Notre hôte donna un nouveau tour de clé et nous fîmes irruption dans l’ample volume d’une cuisine singulièrement haute de plafond. Il y régnait une fraîcheur salvatrice, en contraste avec la fournaise urbaine qui brûlait tellement l’air de la rue qu’on peinait à respirer.

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             Ah l’endroit valait le coup d’œil ! On y avait accumulé un capharnaüm d’objets gothiques et moyenâgeux. Félicien Rops y eût à n’en point douter trouvé son bonheur ! Au centre, une table de bois massif tranchait la pièce en deux, flanquée de deux rangées de hautes chaises toutes aussi baroques que les vases et les lampadaires en pâte de verre qui surchargeaient les murailles. On ne savait plus où donner de l’œil. Cette orgie d’objets plus rococo les uns que les autres agissait sur la cervelle avec l’ampleur d’une féerie vertigineuse.

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             Notre hôte brisa net notre état de stupeur en nous priant de prendre place pour festoyer. Nous nous retrouvâmes devant des assiettes et des couverts dûment appareillés à l’environnement. Sans crier gare, notre hôte extirpa de son antique réfrigérateur des plats et les disposa au centre de la table : une grande assiette de viandes froides, accompagnée d’un vaste récipient rempli à ras-bord d’une salade de légumes frais, le tout arrosé d’un cru «dont», annonça-t-il avec un sourire complice, «vous me direz des nouvelles», ce que nous ne manquâmes pas de faire deux verres plus tard. Et nous festoyâmes ! Nous dévorâmes de vastes tranches de rôti de bœuf rouge et tendre à la fois, un rôti, commentait-il, qu’il avait choisi avec circonspection et cuit sous l’égide de Brillat-Savarin. Nous nous délectâmes de cette sargasse de légumes échouée dans un océan de sauce blanche et dont la fraîcheur aurait éberlué le moins frileux des esquimaux.

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             Puis vint le moment de passer aux choses sérieuses : une séance d’écoute de 45 tours. Nous dûmes pour cela gravir un étage. En débouchant dans le salon, nous restâmes pétrifiés sur place, comme le fut la femme de Loth, transformée en statue de sel : sur le mur du salon rayonnait un gigantesque portrait encadré de Jules Barbey d’Aurevilly.

             — Ah ça par exemple ! Que le diable m’emporte ! Le Connétable des Lettres ! Que fout-il donc ici ? Serait-on arrivés au tournebride de la rue Rousselet ?

             Notre hôte nous pria de prendre place dans les fauteuils installés face au portrait de Barbey. Sur une table basse s’élevait hardiment une belle pile de 45 tours destinés à divertir, mais surtout à instruire les invités. L’hôte, d’une espèce devenue rare, veillait non seulement à régaler ses invités, mais aussi à leur transmettre ces précieuses connaissances qui sont, dans la vie d’un amateur d’art, l’aboutissement d’un très long parcours. Cette pile de 45 tours en était le symbole et nous nous apprêtâmes à vivre l’un de ces moments sacrés dont le destin est hélas trop avare.

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             Nous eûmes le privilège d’entendre l’éléphantesque Solomon Burke barrir «Keep Looking» sur Atlantic. Puis Gary Walker et «You Don’t Love Me», agrémenté à la suite d’un extrait soigneusement choisi de l’album devenu culte de Gary Walker & The Rain, que rechercherait activement Des Esseintes s’il vivait à notre époque. Le tonitruant Chuck Jackson et «I Keep Forgettin’» nous sortirent à temps de la torpeur dans laquelle menaçait de nous plonger la digestion. Un petit vent frais de rockab souffla sur le salon avec Johnny Horton et «Lover’s Rock». Puis nous plongeâmes dans les gouffres de l’inconnu avec Steve King et «Satan Is Her Name» sur Mercury, The Rumblers et «I Don’t Need You No More» sur Downey, The Lloyd Alexander Real Estate et «Watcha Gonna Do» sur President, The Falling Leaves et «She Loves To Be Loved» sur Parlophone, comme d’ailleurs les Sons Of Fred et «Baby What You Want Me To Do?» Et ça repartit de plus belle avec The Redcaps, puis Shyster et «Tick Tock» (qui sont en fait les Fleur De Lys),  The Clique et «We Didn’t Kiss Didn’t Love But How We Do», The Poets de Glasgow et «That’s The Way It’s Got To Be», The Jynx et «How», et The Downliners Sect et «Bloodhound». On eût droit à une grosse cerise sur

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    le gâtö : les Small Faces et «Wham Bam Thank You Mam», une B-side qu’on ne connaissait pas, alors qu’elle ne fût pas notre consternation d’entendre Stevie Marriott monter sa voix au sommet de la gloire londonienne, dans l’Immédiateté d’Immediate, dans le prodigieux ramdam des origines du monde et des nappes d’orgue du mec Mac, et au cœur de ce prodigieux maelström grondait la basse de l’ineffable Plonk Lane, alors nous nous prosternâmes jusqu’à terre. 

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    Signé : Cazengler, Small Fesse

    Small Faces. Afterglow Of Your Love/Wham Bam Thank You Mam. Immediate 1969

    Chez Gérald. Caen (14). 25 mai 2026

     

     

    L’avenir du rock

    - Un bon Cavalli n’est jamais le dernier

    (Part Three)

             Cette fois, l’avenir du rock a une bonne raison d’aller rendre visite à Jeremiah Johnson dans les montagnes du Colorado. Pourtant, il déteste claquer des dents à cause du froid, mais quand on veut voir Jeremiah Johnson, il faut arrêter de chipoter. C’est pas le genre de mec qu’on croisera sur une plage à Saint-Tropez. Comme d’usage, l’avenir du rock arrive sur les hauteurs et repère au loin le bivouac de Jeremiah Johnson grâce à son filet de fumée. Il approche, descend de cheval, s’assoit près du feu, enlève ses moufles et tend ses mains gelées au-dessus des flammes pour les dégeler. Comme d’usage, Jeremiah Johnson fait rôtir un p’tit lapin atteint de myxomatose.

             — T’en veux ?

             — Bof...

             Pas de mondanités chez Jeramiah Johnson. Si t’es pas content, tu te casses. L’avenir du rock relance la conversation :

             — Faudrait enlever les flèches que les Crows vous ont tirées dans le dos, Jeremiah Johnson. Ça risque de s’infecter...

             — Occupe-toi de tes fesses.

             Il grignote son p’tit lapin calciné. Puis il sort son énorme Bowie knife pour se curer les dents. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Ça fait un bruit dégueulasse.

             — Bon, quesse tu fous là, avenir du rock ? Tu veux ma photo ?

             — Non j’étais juste venu pour vous poser une question importante...

             — Vazy, accouche !

             — Qu’est-ce que vous pensez de Cavalli ?

             — Rien. Connais pas ton cavalier... Pourquoi tu m’poses cette question à la con ?

             — Vous fâchez pas, Jeremiah Johnson, j’essayais juste de vous sortir de la misère intellectuelle dans laquelle vous sombrez depuis cinquante ans. C’est simple : cavalez avec Cavalli. Vous avez déjà le cheval... Vous m’en direz des nouvelles !

     

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             Quand Don Cavalli revient dans ta vie via la wild country de «Don’t Give Your Heart To A Rambler», tu penses aussitôt à Onie Wheeler : même présence et même classe. Cette cover de Jimmy Skinner ouvre le balda de Sounds Of Faith & Sorrow, le

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    nouvel album de Don Cavalli. Puis il passe en mode pur rockab avec «The Old Crossroad», une cover de Bill Monroe, qu’on ne connaît que de nom, mais cette fois t’as le beat rockab d’entre les reins et le deep du doo. Tu ne retrouves cette qualité du slap que sur les grands albums, et ceux de Don Cavalli en font partie. Il attaque son «Body & Soul» au see that train coming round the bend, toujours sur un fabuleux beat rockab. Cette fois, Don Cavalli a des faux accents d’Elvis. C’est faramineux de qualité chant et de qualité son, plus le slap sourd comme un pot. Et cette voix écœurante de feeling ! En B, il passe en mode country rockab de force majeure avec «Memories Of You». Il country-rocke son boat de blend. Il plonge dans une belle dramaturgie avec «The Drunkard’s Hell». Il a cette fois des accents de Charlie Feathers. Il pose sa vraie voix sur un slap sound et ça gratte des poux allégés. Il a les accents de voix de vieil homme qu’on entend chez Charlie Feathers, à la fin. Même fibre de vibe ultra américaine. Album de l’année ? Va-t-en savoir.

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    Signé : Cazengler, Don Casanis

    Don Cavalli. Sounds Of Faith & Sorrow. Doghouse & Bone Records 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Cramps it up !

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             Petite agitation à Clochemerle : on annonce la parution d’un «nouvel» album des Cramps. On entend d’ici les charognards croasser sur leur branche d’arbre. Après Dead Hendrix, on va nous faire le coup des Dead Cramps. Crank it up ! L’hic c’est qu’il reste une survivante des sessions de 1977 à Memphis : Ivy. Enfin, bref, tout ça pue la charogne. Baudelaire redevient d’actualité - La puanteur était si forte, que sur l’herbe/ Vous crûtes vous évanouir - Eh oui, amigo, on y est. Le spectacle n’est pas gratuit : 25 euros si tu veux voir ça en CD, et 100 euros si tu le veux en vinyle coloré - Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine/ Qui vous mangera de baisers/ Que j’ai gardé la forme et l’essence divine/ De mes amours décomposés ! - Merci Baudelaire pour ce divin chef-d’œuvre d’humour macabre.

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             Tous les canards s’y mettent, y compris les français. Matt Snow en fait deux pages dans Mojo et Tim Murray six dans Shindig!. Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des Cramps. Pourquoi n’a-t-on pas demandé à Dick Porter de se charger de la besogne ? C’est incompréhensible. Sauf tout le respect qu’on doit à ces deux canards, ils traitent «l’événement» comme s’il s’agissait du nouvel album de U2, mais en plus exotique, car sortis de leur contexte, les Cramps sont forcément un groupe exotique. Et le malaise commence à planer dès que le nom d’Henry Rollins apparaît dans le chapô. Tu sais tout de suite que c’est foutu. Ces deux articles devraient être des articles extraordinaires et ils ne le sont pas. Les deux textes n’ont rien dans la culotte.

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    Henry Rolling et Larry Hardy

             On apprend très peu de choses. Dévastée après le départ de Lux, Ivy se serait consacrée «à son jardin, au yoga and a spiritul path under a new name.» Larry Hardy raconte qu’elle filait tout ce qu’elle possédait, les lampes, les films - I’ve gotten their tiki bar  with the giant dinosaur bones that flanked it - L’Hardy rappelle pour les ceusses qui ne seraient pas au courant que Lux et Ivy étaient inséparables - To lose someone like that, I can’t imagine - Ivy n’encaissait plus ses chèques de royalties - She wasn’t interested anymore - Puis l’Hardy et Jimmy Maslon ont proposé à Ivy de monter une société de gestion, The Cramps Inc, pour gérer «the band cultural legacy», et dont Ivy serait bien sûr la principale bénéficiaire. The Cramps Inc va opérer dans trois domaines : photo, vidéo et merch. Apparemment il y a de la demande. Les bootlegeers s’en foutent plein les poches, avec notamment l’out of print. C’est même assez industriel. Et t’as des mecs qui achètent ça ! Quelle puanteur ! Et pour lancer The Cramps Inc, pouf, on réanime le vieux label Vengeance. Tant qu’à faire !

             Meanwhile back in 1977. Alex voit les Cramps à New York et leur propose d’aller enregistrer à Memphis. Rilly? Wow!!!! Lux : «We got together 800 bucks, stole a car and went to Memphis with Alex.» Lux avoua aussi à Snow en 1985 que les Ardent Studio sessions étaient ses «favorites of the Cramps output at that point.» Snow ressort aussi un bout d’interview de Lux concernant Bryan Gregory : «He wanted to be like the Clash and write songs about the Sandinistas. He liked the Bee Gees. He wanted to get rich quick. He was a dumb glue-sniffer from Detroit... not that I’ve got anything agaisnt the glue-sniffers from Detroit.»

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             Dans Shindig!, Kid Congo sait trouver les mots pour dire la spécificité des Cramps : «This music didn’t exist before they existed.» Le Kid aime bien rappeler son examen d’entrée dans les Cramps : Lux lui demande s’il est prêt à se couper un doigt pour entrer dans le groupe, et le Kid lui répond :

             — I think I would, yes.

             — Okay, well, then you can be in our band.

             Le Kid rappelle aussi qu’Ivy lui a appris à mieux jouer, «and she gave me my first fuzz pedal.» Le Kid paraît encore émerveillé d’avoir vécu cette aventure - It was like being into a whole world. That was the Cramps. They were people with a very strong vision - Il atteint une sorte d’apothéose prophétique : «The Cramps were an absolute whole world. It’s timeless music, rock’n’roll as spirituality, rock’n’roll as sexuality, something to enjoy, and to go wild and let loose to.»

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             On apprend que Lux et Ivy avaient mixé Gravest Gravy pour une parution en 2008, mais Lux got sick et le projet fut shelved. On apprend en outre qu’il existe des live recordings, assorted demos and more (A&M demo session including their cover of The Third Bardo classic ‘Five Years Ahead Of My Time’) - It’s a surprise that these have never surfaced before - Par contre, les versions studio d’«Hungry», de «Problem Child» et de «Rocket In My Pocket» semblent inédites. Lux et Ivy planquaient leurs bandes. Même l’Hardy ne savait pas que ça existait - And that’s why this record is such a miracle ‘cause you just haven’t heard it before - L’image de Stephanie Chernikowski qui orne la pochette de Gravest Gravy avait été choisie par Lux & Ivy. 

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             Les Cramps restent les Cramps, quoi qu’on dise. Et sur Gravest Gravy, t’as du son, my son. Dès «TV Set», t’as le luxe de Lux. C’est vraiment gratté dans les règles du lard et soudain t’as le crash trash de Bryan Gregory. Argghhh ! Solo dégueulasse et révolutionnaire. Pur spirit. Tu réécoutes le cut. T’en reviens pas. L’Hardy dit que Bryan Gregory grattait son solo «with the back of his hand». Et ça continue en mode Ardent Memphis Sound avec «Weekend On Mars» et la frappe sèche et magnifique de Nick Knox. Tix tox ! Les Cramps déroulent. Tout est déjà là, tout le déroulé demented de «Twist And Shout», Lux chante dans le coin, c’est de la pure folie ! Far away in Africa et voilà «Jungle Hop». C’est très Dollsy Crampsy, c’est l’exotica des catacombes ! «Hungry» est suivi à la fuzz et là, t’as les heavy Cramps. Cover puissante et menaçante. Lux devient dingue. Mais dingue ! Laisse tomber tes groupes garage. Lux a déjà fait tout le boulot. Et puis voilà l’enfer sur la terre : «The Natives Are Restless», I walk down my street, les Cramps déboulent, baby, pur jus de wild-as-fuck. On assiste à l’incroyable articulation du son derrière Lux. Oh la version de «Domino» ! Oh oh ! Claquée sec ! Craquée ! Violente ! Saturée de son ! Ah Domino ! Lux pose encore ses conditions d’alligator shoes dans «Can’t Find My Mind», avec la réverb maximaliste. Et la cerise sur le gâtö est la cover de «Rockin’ Bones». Roll On ! Mais qui fait les chœurs derrière ? Bryan, dit Philippe. C’est le balancement définitif du when I die/ Don’t you bury me at all/ Just nail my bones up on the wall/ Beneath these bones let these words be seen/ This is the bloody gears of a boppin’ machine ! Autrefois, Jean-Yves adorait scander ces quatre vers mirobolants.

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             La suite de Gravest Gravy est déjà prête, nous dit le Murray : le prochain coup de biz est prévu pour le Record Store Day 2027, «and the one beyond that is pretty much decided too.»

             En plus des bandes d’enregistrement, le Rollins stocke la collection de posters de Lux, et ses fringues - there’s a lot of Lux’s stuff here - Sa videotape collection. Il dit que tout ça appartient à l’histoire.

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             Dans Record Collector, Johnnie Johnstone en rajoute une petite louche en signalant non pas the rebirth of the Ghoul, comme l’a fait son collègue Snow, mais carrément the birth of the Ghoul. Gravest Gravy a failli sortir deux fois, en 1989 et en 2008, précise-t-il. Le Johnstone qualifie les Cramps de deparaved weirdo degenerates, amateurs de «50s rockabilly, B-movie sleaze, exploitation films, garage punk and Vegas-y trash culture.» Les Cramps ? - Here was the true spirit or rock’n’roll, pure in its impurity, feral - Pour situer l’harsh de la cover d’«Hungry», Johnstone parle d’éviscération. Il trouve que «some of the material rocks harder than the later versions», notamment «The Native Are Restless». Ça grunt and grate  ! Et le Johnstone de conclure : «It perfectly encapsulates both their magic aesthetitic and the rebel spirit that spawned these unfforgettable songs.»

    Signé : Cazengler, crampette

    Cramps. Gravest Gravy. Vengeance 2026

    Matt Snow : Rebirth of the Ghoul. Mojo # 393 - August 2026

    Tim Murray : Grave concerns. Shindig! # 178 - August 2026

    Johnnie Johnstone : Birth of the Ghoul. Record Collector # 587 - September 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - British Beat(pack)

             Un soir qu’il se promenait dans la rue, l’avenir du rock vit passer d’étranges silhouettes encapuchonnées. Piqué par la curiosité, il décida de les suivre discrètement. Bon c’est vrai que la curiosité est un vilain défaut, mais sans curiosité on ne ferait pas grand-chose dans la vie. Suivant pas à pas les mystérieux inconnus, l’avenir du rock remonta l’avenue René-Coty et les vit s’engouffrer un à un dans une bouche d’ombre. Il s’y glissa à leur suite. S’éclairant à l’aide de son smartphone dernier cri, il descendit les marches humides et manqua cent fois de s’y rompre le cou, se rattrapant chaque fois de justesse à une vague rampe en métal rouillé. Mais la curiosité restait la plus forte, alors au lieu de remonter vers la surface, il continua de s’enfoncer dans les ténèbres. Il finit par atteindre le sol d’un couloir et se dirigea vers ce qui semblait être une rumeur. Il aperçut enfin une lueur au fond de ce long couloir taillé dans la roche et il éteignit son smartphone dernier cri. Il déboucha dans une grande crypte et se dissimula derrière un pilier. Les silhouettes encapuchonnées se tenaient alignées devant un autel, comme des gens faisant la queue au guichet d’une gare. Assis derrière l’autel se trouvait une singulière créature, plus haute qu’un homme, cornue et vêtue d’habits de cérémonie très anciens, semblait-il. Le diable ? De toute évidence. L’avenir du rock vit les silhouettes encapuchonnées approcher du diable une à une, s’emparer d’un couteau posé sur l’autel, s’ouvrir le pouce et apposer le pouce ensanglanté au bas d’un parchemin. Ils recevaient en guise d’assentiment un grognement qui faisait trembler les piliers de la crypte. Ils étaient tous là pour signer un pacte avec le diable. L’avenir du rock se joignit à la file d’attente et quand enfin vint son tour de signer le pacte, il repoussa le parchemin d’une main ferme. Interloqué le diable grommela d’une voix atrocement sourde :

             — Pourquoi ne signes-tu pas ce pacte, avenir du rock ?

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             — Parce que je préfère le Beatpack ! Et de loin !       

     

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             C’est Simon Harvey, le guitariste des Beatpack, qui te cède une belle copie d’All Good Things (Turn To Dust) pour 15 £ sur un trottoir d’Hastings. Bonne opération car quel album ! On entend des chœurs Whoish sur «Or So It Seems», et on passe aux choses très sérieuses avec ce «Greek Street 2am» quasi proto, monté sur un shuffle à la Spencer Davis Group. Hot stuff ! Incroyable giclée d’élégance funky ! Alors attention, la viande est en B et ça pulse dès «Money In My Pocket», early British beat avec des beaux coups d’harp - Money in my pocket/ But I’m broke - Encore du beau British Beat avec «Ramblings From Green To Green», c’est le Beat des origines, bien formulé, puissant comme pas deux, ça groove à l’ancienne, et avec ferveur. Ces mecs sont vraiment bons, comme le montre encore «Poor Old Billy Wren». C’est une pop sixties, très anglaise. Ils terminent avec le morceau titre qui sonne comme un shook de gaga sauvage, bien titillé par un riff malingre, et ça donne un garage extra-sharp. Et bien sûr, Simon Harvey passe un killer killah dévastateur. Ça joue gras avec une appétence pour le proto. Ils frisent le Downliners. 

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             Qui a fait l’apologie du nouvel album des Beatpack, The Violet Hour ? Probablement Shindig!. Celui-là n’est pas produit par Wild Billy Childish, mais il est enregistré par Ed Deegan, ce qui revient au même. T’es hooké aussitôt l’affreusement violent «Chill Is The Night». Ces mecs sont d’épouvantables brutes ! Ils tapent dans une sorte de genius barbare supérieur. Et ça continue en mode fantastique énergie avec «Cafe Conversation #48». Ils enfoncent un sacré clou dans la paume du beat. On croit entendre les Seeds. C’est la même énergie. Au chant, Hugh Dellar est extrêmement incisif. Et toutes les compos sont signées Simon Harvey. Puis on va perdre le panache de «Cafe Conversation #48». Il faudra attendre «People In The City» pour assister à une nouvelle explosion de violence. Ils tapent dans le Whoish System et le couplet s’en va exploser en plein ciel. Ils visent clairement le ramdam des Who. Ils attaquent «The Violet Hour» à la basse pouet pouet d’Ace Kefford. Quel capiteux brouet ! Ils attaquent ensuite «Down On His Luck» à la fuzz box, c’est assez punchy et même presque stoogy. Alors t’applaudis des deux mains.

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             Tant qu’on y est, on peut écouter leur premier album, le moyennement excellent Could You Walk On Water paru en 1991. Même si la pochette est ratée, on peut quand même l’écouter, ne serait-ce que pour entendre le killer solo de Simon Harvey sur «Nobody = Nothing». En plein dans l’œil du colimaçon ! On les sent encore bien déterminés à en découdre avec «Anything Goes». Simon Harvey est hors de lui. On sent une tendance Whoish dans le gratté de poux Ricken de «Two Tracks Missing», et en fin de balda, ils tapent avec «Jasmin» en plein dans l’esprit Pretties, et c’est là qu’ils sont bons, Hugh Dellar fait son Phil. Et en B, tu ne sauves qu’un seul cut, le morceau titre qui sonne comme un hit avec de beaux échos de Stonesy. Simon Harvey se fend à nouveau d’une pimpant killer solo flash.

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             Et voilà le Beatpack sur scène au Pig. Simon Harvey est au fond dans son coin d’ombre avec son Epiphone. Hugh Dellar porte un headcoat, comme Wild Billy Childish, et juste devant toi, t’as Will Bourton lui aussi chapeauté de frais. Le Beatpack va se lancer dans une folle équipée de British Beat avec le son des origines. Ça swingue, c’est sûr, mais ça ne t’emporte pas la bouche. Trop classique, dirons-nous. En tous les cas, tu ne vois aucun des hits que tu connais sur la set-list. Tu découvriras pas la suite qu’ils tapaient dans leurs EPs. On se croirait en 1965. Mais t’iras jamais cavaler après les Beatpack EPs, t’as bien trop de boulot ailleurs. Will Bourton gratte des lignes de basse affreusement dynamiques qui pourraient évoquer le proto, mais Dellar sur scène est tout sauf proto, il est même un brin bourrin et c’est agaçant. C’est un peu comme s’il tentait de passer en force. On sent les efforts. Ça demande à exploser mais ça n’explosera pas. Dellar souffle des coups d’harp comme s’il marquait son territoire. C’est un set enraciné dans le straight British Beat. Même Simon Harvey sonne classique, alors que sur les albums, il casse comme on l’a dit toute la baraque. On ne retrouve pas le panache de The Violet Hour. Ils n’auraient jamais dû monter sur scène après Big Lightning. T’as pas ta dose. Et quand t’as pas ta dose, tu chougnes. Gnagnagna. 

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    Signé : Cazengler, Beatpack de bière

    Beatpack. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 18 juillet 2026

    Beatpack. Could You Walk On Water. Screaming Apple 1991 

    Beatpack. All Good Things (Turn To Dust). Spinout Nuggets 2022

    Beatpack. The Violet Hour. Spinout Nuggets 2024

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part Two)

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             On en revient toujours à Wilson Pickett. On s’est penché voici quelques semaines sur le book que lui consacra sa frangine Louella Pickett-New, Don’t Let The Green Grass Fool You. Plutôt que de célébrer son talent, elle mettait essentiellement l’accent sur la violence de Wicked Pickett et les coups qu’il distribuait à son entourage. Tony Fletcher aborde le personnage sous un autre angle : dans In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett, il célèbre la carrure du Soul Brother, comme le ferait le biographe d’un champion de boxe. Fletcher revient sur la violence vers la fin du book, lorsqu’emporté dans un tourbillon d’alcool et de coke, Pickett se met à cogner tous ceux qui l’entourent. Pif paf pouf !

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             Pour Fletcher, il n’y a aucun doute : Wicked Pickett incarne la Soul plus que tout autre, parce qu’il est le plus viscéral et qu’il a su transformer le scream en art, comme d’autres transforment le plomb en or. Fletcher rappelle encore que Pickett fut un pionnier, la première Atlantic star à descendre enregistrer chez Stax et chez Fame, puis chez Gamble & Huff à Philadelphie. Il fut aussi le premier à emmener un black American package en Afrique. Wicked Pickett a deux particularités : il est extrêmement agressif, et très noir de peau - too black, disaient de lui les autres blackos. D’où son surnom de panthère noire. Et pour couronner le tout, il ne fait confiance à personne.

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    Tony Fletcher

             Pour remonter aux sources, Fletcher commence par expliquer que les esclaves n’ont pas d’ancêtres, et qu’on leur donnait le nom de leurs propriétaires, d’où les 200 Pickett listés dans les comtés d’Autauga et de Montgomery, en Alabama. C’est donc mal barré pour Wicked Pickett : il sait qu’il porte le nom d’un blanc. Et en Alabama on ne cultive qu’une seule et unique plante : le coton. Wicked Pickett est donc doublement enragé. C’est une sorte de prédisposition. Et pour couronner le tout, sa mère lui fout des raclées sauvages (savage beatings) quand il renâcle - Whoaaaa she almost killed me - Alors il va dormir dans les bois, mais il finit par revenir «à la maison». Ça forge un caractère. Fletcher rappelle que les descendants d’esclaves étaient éduqués à la dure, les parents avaient eux-mêmes été frappés par leurs parents, just to keep them in line, alors le traitement à la dure se transmettait de génération en génération. Frappé quand il était petit, Wicked Pickett va frapper quand il sera grand. Par contre, Fletcher ne nous dit pas si les enfants de Wicked Pickett continuent de frapper leurs proches. Encore une fois, la violence est inhérente à la misère : plus la misère est profonde, plus le désespoir est grand et plus les coups pleuvent. C’est mécanique. Le seul antidote au désespoir est la mort. 

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             Wicked Pickett réussit à quitter l’Alabama pourri pour aller retrouver son père qui est installé avec une autre gonzesse à Detroit. Pickett fait la connaissance d’Aretha qui tourne avec la preaching caravan de son père le pasteur Franklin depuis qu’elle a 10 ans. Si tu lis la bio que consacre David Ritz à Aretha, tu apprendras que les soirées gospel sont des baizodromes. À 13 ans, Aretha met un premier gosse au monde. Wicked Pickett devient pote avec Aretha et chante à la New Bethel church du pasteur Franklin. Ils n’ont qu’un an d’écart et Fletcher avoue qu’il ne sait rien de la nature de la relation qu’entretient Pickett avec Aretha. Pickett fréquente aussi les futures stars de Motown. C’est à la New Bethel church qu’il entend pour la première fois les Soul Stirrers de Sam Cooke, puis deux autres superstars du gospel, Archie Brownlee des Blind Boys From Mississippi et Clarence Fountain des Blind Boys of Alabama. Deux des plus grands chanteurs de tous les temps. Il suffit d’écouter les albums pour le savoir.

             Très tôt, Wicked Pickett s’impose comme un crack - He was good, dit Debose de Pickett. Il sait déjà tenir a tuneful scream, il saut déjà splitter les notes d’un octave like a mystical throat singer, sans se casser les cordes vocales. Tout vient du gospel.

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             Fletcher attaque le chapitre Falcons, sans doute le plus mystérieux et le plus fascinant de l’histoire de la Detroit Soul. C’est un super-groupe avant l’heure, puisqu’on y trouve Eddie Floyd, Sir Mack Rice, et Wicked Pickett. On surnomme les Falcons The World’s First Soul Group. Eddie Floyd monte le groupe en 1955 et recrute Joe Stubbs, le frère de Levi Stubbs, qui ramène le guitariste Lance Finney. Puis Floyd recrute Mack Rice, originaire de Clarksdale, Mississippi. L’autre membre des Falcons s’appelle Willie Schofield. C’est en sortant d’un rendez-vous chez un docteur que Schofield entend dans la rue la voix de Wicked Pickett. Installé au balcon, Pickett chante et gratte à coups d’acou «The Sky is Crying» d’Elmore James. Et pouf, Schofield lui propose de venir auditionner pour les Falcons. Voilà à quoi ça tient : à un fil.

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             Pourquoi Wicked Pickett ne s’est-il pas retrouvé chez Motown ? Bonne question Mister Fletcher. La réponse est pourtant évidente : Motown était beaucoup trop pop pour un mec comme Pickett. Les Falcons, c’est complètement autre chose. Comme Joe Stubbs sait qu’il attire les regards, son ego se met à enfler et il voudrait que le groupe devienne Joe Stubbs & The Falcons, selon le modèle de Nolan Strong & The Diablos. Alors les Falcons le virent et c’est là où Schofield ramène Pickett. Mais ça renâcle. Schofield s’attendait à tout, sauf à ça : les autres Falcons trouvent Pickett trop black. Too black ! Schofield ne comprend pas - What the hell you mean he’s too black ? - Les Falcons proposent le job à Marvin Gaye qui vient d’arriver à Detroit avec Harvey Fuqua, mais Marvin décline l’offre. Alors les Falcons s’habituent à l’idée du too black Pickett. Joe Stubbs revient, et le groupe se retrouve avec deux leaders. Les Falcons partent en tournée et Fletcher précise qu’ils sont tous armés. Ils évitent systématiquement le Mississippi. Fletcher raconte qu’une nuit sur la route, un camion roulait à la hauteur de la bagnole des Falcons et comme dans Easy Rider, un blanc pointait un fusil sur eux. Alors les Falcons ont baissé les vitres et tiré des coups en l’air. Ce sont aussi les Falcons qui dédouanent le jeune Pickett en l’initiant aux joies de l’alcool et de l’herbe. Et puis voilà la fameuse anecdote du concert avec James Brown : les Falcons passent juste avant James Brown. Pickett fait son numéro de screaming, ce qui ne plait pas à James Brown qui les vire de la tournée. Avec le temps, cette rivalité se transformera en respect mutuel. 

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    ( 1963 / Double - Records)

             Wicked Pickett quitte les Falcons pour entamer une carrière solo. Il s’achète une Cadillac verte et part avec sa poule Dovie pour New York. En 1963, il participe à un package tour avec Little Johnny Taylor, Garnett Mimms & The Enchanters et Rufus Thomas. Pickett bricole un peu, jusqu’au moment où Jerry Wexler le signe sur Atlantic. Wexler : «Pickett is, to me, the greatest Rhythm & Blues singer of today.» Et pouf, il lui présente Don Covay, chez Atlantic, on 61st Street & Broadway. C’est le début d’une grosse relation - Give me some juice, turn me loose, let me hang out like a wild mad goose - Don Covay avait été le protégé et le chauffeur de Little Richard qui le surnommait Pretty Boy. Wexler qui vient de signer Tami Lynn, présente ensuite Pickett à Bert Berns qui a eu la main verte avec les Isley Brothers, Solomon Burke et Garnett Mimms. On demande à Pickett de chanter «Come Home Baby», un hit signé Mann & Weil, mais il ne parvient pas à le groover. C’est trop blanc. Alors il se barre. C’est là que Wexler opte pour Stax.

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    Steve Cropper

             Chez Stax, Steve Cropper sait que son job est de composer des hits - That’s what we did. They (Atlantic) were coming from the days of LaVern Baker, that crossover from jazz church. It’s still swing music, it’s still kind of jazzy, it wasn’t really R&B - Crop trouve le son Atlantic trop smooth, trop sophistiqué, trop méticuleusement arrangé, alors que chez Stax, «Otis et Carla Thomas, on the other hand... now that was R&B.» Après son expérience malheureuse avec Bert Berns, Pickett est content de se retrouver à Memphis avec Crop et sa Tele. Ils composent tous les deux dans une chambre de l’Holiday Inn avec les deux grattes. Sans bourbon, précise Crop qui suivait la ligne claire imposée par Jim Stewart - a tight, dry ship - Crop et Pickett composent ce jour là «In The Midnight Hour», «perhaps the song most emblematic of the whole southern soul era.» Crop et Al Jackson vont vite mettre ça au carré en studio. Fletcher précise au passage qu’Al Jackson bat son beurre avec the thick end of his stick. Chez Stax, on travaille from scratch : pas de partitions comme à New York, pas d’arrangements écrits. Wexler est éberlué. Cette expérience dit-il lui a changé la vie, et du même coup, elle a changé l’approche d’Atlantic en matière d’enregistrement et de production. 

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             Pickett retrouve aussi à Memphis son vieux compère Eddie Floyd. Ils composent à trois avec Crop. Pickett fait trois sessions chez Stax, ce qui donne neuf masters, dont quatre vont devenir des classiques. Mais Jim Stewart informe Wexler que les artistes Atlantic ne sont plus les bienvenus chez Stax. Stewart : «Pickett got to be an asshole.» Il ajoute : «The guys didn’t want to work with him, and I wouldn’t ask them to do it.» Pickett a réussi à irriter Jim Stewart. Wexler a aussi abusé de l’hospitalité de Stax. Il a ensuite envoyé Sam & Dave, puis Don Covay. Stewart ne s’entendait pas avec Don Covay - Just didn’t understand Don - Don Covay n’est jamais revenu à Memphis. On reprochait à Jim Stewart d’être top blanc. Wayne Jackson : «He didn’t have a black leg in him.» Puis Pickett va oser dire qu’il a tout composé, ce qui attriste Crop qui est crédité comme co-auteur. Il précise que les compos de Pickett étaient «unfinished».

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             Wicked Pickett va bâtir son empire six ans durant grâce à Atlantic. In The Midnight Hour qui est son premier album sur Atlantic paraît en 1965, et c’est la première d’une série de dix belles bombes atomiques, car oui, franchement, ces dix albums sur Atlantic font partie de ce qui s’est fait de mieux à l’époque en matière de raw Soul. Wicked Pickett disposait de la meilleure des agglutinations : le bon label, les bons producteurs, les bonnes chansons, les bons baking-bands et la vraie voix. Dans le cas d’un mec comme Pickett, on peut même parler de cocktail explosif. Rien qu’avec le morceau titre, Wicked Pickett rafle la mise. Il y va au heavy slow groove, il y va à l’hot ! Yes I am, il travaille déjà ses cuts à l’extrême, il les chante au max des possibilités. Toute l’A de cet album est du pur raw. Wicked Pickett rugit au grand jour dans «Take A Little Love» et surtout dans «I Found A Love». Ce blackos est un chanteur né, il explose tout le concept du doo-wop. Extraordinaire séance de screamerie ! La B est purement apocalyptique, avec notamment «I’m Gonna Cry», un cut digne de Motown mais avec en plus une sorte de drive demented. Encore un hit co-écrit avec Crop : «Don’t Fight It». Ça se sent que c’est ça. Pur jus de Stax Power ! On retrouve la patte d’Eddie Floyd avec «Take This Love I’ve Got». Pickett te screame ça jusqu’au bout de la nuit. On retrouve aussi le «Come Home Baby» de Barry Mann & Cynthia Weil. Power max ! Pickett duette avec on sait pas qui, car rien n’est dit sur la pochette. Belle fin de non-recevoir avec le raw r’n’b de «Let’s Kiss & Make Up» et son solo de gras-double. Crop s’y fend d’un joli killer solo flash. 

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             Comme Jim Stewart ne veut plus travailler avec Atlantic, Wexler emmène Pickett à Muscle Shoals, chez Rick Hall et l’année suivante paraît la deuxième de la série des dix bombes atomiques : The Exciting Wilson Pickett. Belle pochette ! On y voit Pickett en petit costard rouge sauter en l’air. Voilà encore un album bourré à craquer d’hits. L’album est à cheval sur Stax et Fame, car Wexler récupère six cuts enregistrés chez Stax. C’est la raison pour laquelle on retrouve dans la distribution toute la fine équipe Isaac & Spooner, Duck & Tommy Cogbill, Crop, Jimmy Johnson et Chips, Roger Hawkins et Al Jackson, Packy, Andrew Lowe et Floyd Newman, c’est-à-dire toute la crème de la crème. Et pouf, Pickett part en trombe avec l’un des hits les plus wild de la frontière, le «Land Of 1000 Dances» de Cannibal & The Headhunters, une suggestion de Wexler. C’est là, chez Fame, que Pickett assoit sa souveraineté. Il a enregistré «634-5789» chez Stax, une compo de Crop & Floyd, heavy raw de Stax Sound, idéale pour une panthère noire. Il boucle son balda avec «You’re So Fine». Il travaille l’hit au corps. C’est l’un des fleurons des sixties. Et pouf, il remet le couvert en B avec le Midnight Hour de son album précédent et on reste chez Stax avec «Ninety Nine & A Half (Won’t Do)», un cut d’heavy Soul chauffé à blanc, cosigné par Crop. C’est indestructible. Encore un hit infernal avec «Danger Zone», Lord have mercy ! Puis Pickett taille «I’m Drifting» dans la masse, c’est soloté au sax, battu sec et cuivré dans l’âme. Il termine avec une belle compo de Bobby Womack, «She’s So Good To Me». Idéale pour une panthère noire.

             Il va faire trois sessions en neuf mois à Muscle Shoals. Rick Hall indique que Pickett et lui sont des Soul brothers, we really were. L’admiration est réciproque, I love Rick Hall, s’exclame Pickett, qui est assez avare de sentiments. Puis Wexler ramène Tom Dowd à Muscle Shoals.

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             C’est The Wicked Pickett paru en 1967 qui donne son surnom à Pickett. Belle pochette et big album. Pickett sourit comme un diable black sur la terrasse d’un gratte-ciel. On a là l’LP de Soul music idéal, aussi idéal que peut l’être le gendre idéal. On est chez Rick Hall, avec cette bande de surdoués que sont Chips, Jimmy Johnson, Spooner, Roger Hawkins et Tommy Cogbill. Et ça se sent dès «Mustang Sally», signé Mack Rice. Ah la brute ! Pickett bouffe Sally toute crue, sans sel ni poivre, ride Sally ride font les succubes des enfers. Chips joue lead et Cogbill drive son bassmatic comme un crack. Heavy & huge. On fera difficilement mieux dans le genre. Pickett se tape un vieux shuffle de Mississippi Queen avec «New Orleans» et prend «Sunny» à l’heavyness de rêve, avec un Chips planqué dans l’écho du temps. Et puis tout explose avec «Everybody Needs Somebody To Love», beat de stomp, tout le monde joue derrière ce merveilleux screamer. Rrrrrrrraw ! Pickett explose le «She Ain’t Gonna Do Right» de Dan Penn et Spooner, et en B, il reprend le «Knock On Wood» d’Eddie Floyd. Encore deux hits signés Dan Penn : «Up Tight Good Woman» et surtout «You Left The Water Running», extraordinaire raw de gros popotin. Classic sound ! Puis c’est le «Three Time Loser» de Don Covay. Sans doute l’un des plus gros stomps de l’histoire du stomp. Pas de Soul brother plus carnassier que Pickett. C’est le même raw que celui de Sam & Dave.

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             On reste dans l’hot Soul d’Atlantic avec The Sound Of Wilson Pickett paru en 1967. On y retrouve la même équipe de surdoués derrière cette panthère noire qui démarre en trombe avec «Soul Dance Number Three». Gros popotin de Muscle Shoals. Et tout explose une fois de plus avec «Funky Broadway». Chips y fait du Disraeli Gears, il claque ses notes au tremolo, énorme présence du son et hypertension du chant. Pickett boucle son balda avec «You Can’t Stand Alone», sur fond d’une extraordinaire débinade de bassmatic signée Tommy Cogbill. «Something Within Me» palpite au cœur de la B. Il n’existe rien de plus excitant que Wilson Pickett à cette époque. Il fait de l’heavy country Soul, une invention à lui, une sorte de raw Southern brawl, alors évidemment, avec un tel screamer, c’est couru d’avance. On salue aussi le «Mojo Mama» qui ouvre le bal de la B, car voilà une nouvelle lichée de raw to the bone. Tout Muscle Shoals est derrière lui, alors il en profite pour secouer les colonnes du temple. Fantastique artiste !

             Quand Bobby Womack rejoint le backing-band de Pickett, celui-ci lui demande : «Bobby have you got a gun?». Oui, car pour partir en tournée, il faut être armé. Pourquoi ? Pour se défendre. En 1967, tous les blackos qui tournent dans le Sud sont armés. Et comme James Brown, Pickett se comporte en despote avec son groupe.

             Mais à la différence de James Brown qui reste fidèle à son public noir, Pickett travaille avec Atlantic son cross-over vers le public blanc. James Brown : «Ah Pickett, you know you’re a good singer, can’t nobody out-sing you. But you know there’s one thing wrong with you.» Interloqué, Pickett demande : «What’s that, James?». Et James lui met ça dans la barbe : «You ain’t black enough.»

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             Dans le groupe de Pickett se trouve une autre future superstar : Buddy Miles. Pickett lui botte le cul parce qu’il joue «too much drums». On ne botte pas le cul de Buddy Miles. Il ira aussi sec rejoindre Mike Bloomfield pour monter Electric Flag. Puis comme chacun sait, Buddy ira battre le beurre pour Jimi Hendrix. C’est avec le p’tit Bobby que Pickett s’entend le mieux : ils entretiennent tous les deux une «productive and faithful musical relationship». Pickett montre plus de respect au p’tit Bobby qu’aux autres membres du groupe. Le p’tit Bobby apprend à amadouer la panthère noire : «Tu pouvais plaisanter avec lui et soudain, il te sautait dessus pour essayer de te tuer. Tout le monde l’appelait Wicked Pickett parce qu’il était le genre de mec à ne pas se poser de questions sur ce qu’il faisait.»   

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    Chips Moman

             Puis une shoote éclate entre Rick Hall et Wexler pendant une session d’enregistrement d’Aretha. Alors Wexler envoie Pickett chez Chips qui vient de monter American Studios à Memphis. King Curtis et Bobby Womack font partie du staff de Chips, avec les autres surdoués, Reggie Young, et Gene Chrisman qui a battu le beurre pour Jerry Lee. 

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             C’est donc chez American que Pickett enregistre l’excellent I’m In Love, «the most advanced and mature of Pickett’s albums to date.» La panthère noire part en trombe avec «Jealous Love». Ça sent le bon vieux Southern thang. Elle chante avec des accents animaliers étranges, elle rugit dans la chaleur de la nuit, fabuleux carnassier ! L’autre big hit de l’album est le morceau titre signé Bobby Womack qui en plus joue lead sur ce gospel Soul infesté de tortillettes. On est au cœur de la Southern Soul, avec des orchestrations sublimes et le p’tit Bobby dans le son. On trouve aussi sur cette big A un «Stagger Lee» embarqué au Memphis beat. Tommy Cogbill roule pour nous et Gene Chrisman bat un beurre bien sec et bien net. S’ensuit un «That Kind Of Love» signé Don Covay, avec un Reggie Young on fire. Ils cassent tous la baraque, sur cet album. Et le festin se poursuit en B avec King Curtis qui vient saxer «Don’t Cry No More» - Cry me a river/ Cry me a sea - Alors le vieux King entre dans la danse et tout le monde grimpe au paradis. Tiens, encore un coup de Jarnac avec «We’ve Got To Have Love», du raw meat + du Memphis beat, ça donne une bombe atomique. Wilson Pickett et le p’tit Bobby co-signent ce monster hit. Ils sont tellement dans le vrai. «She’s Looking Good» sonne comme Mustang, même hargne barbare, même sens aigu de l’hot-as-hell.

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             Pas vraiment d’hits sur The Midnight Mover, deuxième album enregistré chez American, et paru en 1968. Pickett compose pas mal de trucs avec son pote le p’tit Bobby, notamment le morceau titre, «I’m A Midnight Mover» - They call me the midnight mover - On peut lui faire confiance. Ils composent aussi le slow burner «Remember I Been Good To You». Co-signé avec le p’tit Bobby, voilà encore «I Found A True Love», en gage de qualité. Bien dur et chanté au petit popotin. Avec Pickett, le client n’est jamais déçu. Ils co-signent aussi «Let’s Get An Understanding», nouveau slab d’hot raw. L’autre co-auteur de choix est bien sûr Don Covay. Ils pondent ensemble l’infernal «I’m Gonna Cry», joliment soutenu par des blackettes délurées. Pickett boucle son bouclard avec «For Better Or Worse» qu’il chante à la pointe du progrès. Ah quelle glotte !

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             Reggie Young dit que le p’tit Bobby a déteint sur lui - Now I’m playing like Bobby Womack - Et quand il va aller jouer à Nashville, il continuera de jouer «that Womack style on country records, instead of the hillbilly stuff.» Puis le p’tit Bobby finit par en avoir marre des «poor conditions» dans lesquelles les musiciens de Pickett sont traités, même s’il roule dans la Cadillac de Pickett. Fletcher indique au passage que le p’tit Bobby a initié Pickett à la coke. Il se souvient de la première fois : «Man, he was dancng like James Brown, all over the place.» Mais en contrepartie, la coke n’a fait qu’aggraver les mauvais penchants de Wicked Pickett, notamment son penchant pour la violence domestique.

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             Malgré sa pochette un peu neuneu, l’Hey Jude paru en 1969 pourrait bien être l’un des meilleurs albums de Wilson Pickett. Il est de retour à Muscle Shoals et Rick Hall produit l’album. Le coup de génie est évidemment le morceau titre, où Pickett outrepasse McCartney, ce petit black originaire de l’Alabama make it better. Barry Beckett le soutient à l’orgue et les guitaristes s’en donnent à cœur joie, évidemment. Pickett sonne comme un damné de la terre, il sonne comme un brasero à deux pattes, c’est la pire partie de scream de l’histoire du rock. Toute l’A est une partie de plaisir, et ce dès «Save Me». Toute la bande est là : Roger Hawkins, David Hood, Jimmy Johnson, Duane Allman et les Sweet Inspirations. «Back In Your Arms» sonne comme l’«A Change Is Gonna Come» de Sam Cooke, Pickett le chante jusqu’à l’oss de l’ass. On passe au Stax Sound avec «Toe Hold», un hit signé Prophète Isaac et David Porter. Pickett en fait de la charpie, il est encore plus hot que Sam & Dave réunis, il chante à la glotte cramée. Don Covay signe «Night Owl», encore un cut hot as hell, fabuleux shake de scream bien secoué, c’mon in the morning, et David Hood dégringole ses gammes. Pickett boucle son balda avec «My Own Style Of Loving», un pur joyau de Southern Soul bourré de cuivres, de piano, d’orgue et de guitares. La B est un tout petit peu moins dense, heureusement. Pickett screame son ass off dans «A Man And A Half», signé George Jackson et joué à la clameur du Fame Sound. S’ensuit un groove typique de la Soul des seventies, co-signé avec Bobby Womack : «Sit Down And Talk This Over». Pickett y fait des étincelles. Tout y est : le son, la voix, la compo et le beat. Il fait aussi une cover brûlante de «Born To Be Wild». En fait, il fout le feu à tout ce qu’il touche. Il hurle tout ce qu’il peut hurler. Fletcher : «Hey Jude was the perfect Wilson Pickett album for early 1969.»

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             En 1970 paraît Right On. Une moitié des cuts est enregistrée à Muscle Shoals, et l’autre dans le nouveau fief d’Atlantic, le studio Criteria à Miami. Le coup de génie se trouve en B et s’appelle «It’s Still Good». Eddie Hinton le shake au Southern riff, ça screame et ça rue dans les brancards, de grosses nappes d’orgue viennent lécher les flancs du cut, c’est chargé d’électricité, still good I like it ! On trouve aussi en B un très belle cover d’«Hey Joe» très électrique et très screamée. Sur cet album, Wilson Pickett semble se battre pied à pied avec sa Soul, c’est en tous les cas l’image qu’inspire «Funky Way». Eddie Hinton fait des merveilles dans le «Groovy Little Woman» d’ouverture de balda. On retrouve Cissy Houston dans les chœurs. Wexler et Tom Dowd veillent au grain. L’autre hit du disk s’appelle «Sweet Inspiration». Joli raw de r’n’b d’époque, beau final sexuel avec des filles exubérantes. Back to Muscle Shoals avec «This Old Town». Sacré beau brin de Soul, solide et bien ficelé. Pickett fait aussi une version un peu heavy de «You Keep Me Hanging On». C’est du big business. Il nous fait aussi le coup de la ferveur spectaculaire du gospel batch dans «Lord Pity Us All» et il screame sa crème dans «Women Likes To Hear That».

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    Wilson Pickett + Jerry Wexler

             Mais on reproche  à l’homme qui a créé le modèle d’une authentique black Soul de mal tourner en reprenant de la white pop. Il est temps pour Wicked Pickett de se recentrer. Wexler louche sur Gamble & Huff à Philadelphie et leur envoie Archie Bell & The Drells, puis Dusty Springfield, puis les Sweet Inspirations. Non seulement Gamble & Huff supervisent tout, le studio, la section rythmique, l’enregistrement, mais ils supervisent aussi le sweetening, la production, et bien sûr les compos. Alors Wexler envoie Pickett chez ces surdoués. En prenant cette décision, Wexler prend aussi le risque d’adoucir sa panthère noire.

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             Paru aussi en 1970, In Philadephia est le huitième Pickett album sur Atlantic. Alors, attention, comme l’indique le titre de l’album, on change de son. Pickett passe à une Soul beaucoup plus sophistiquée. Ce sont aussi d’autres musiciens, ce qui n’empêche pas Pickett de faire son cirque habituel dans «Run Joey Run». Il sait se maintenir au sommet. On va droit sur «Bumble Bee», monté sur le bassmatic d’un nommé Ronnie Baker. Pas de meilleur rumbler que ce Bumble Bee. «Don’t Let The Green Grass Fool You» vaut pour de la belle Soul bien carbonisée. C’est en B que se joue le destin de l’album. Notamment avec «Get Me Back On Time Engine Number 9». Big Wicked beat, c’est le popotin de Philly avec un bassmatic extraordinairement luisant dans la matière du beat, le mec joue au takatak rebondi, et on a en plus une guitare une peu folle dans le fond du son, du scream et des nappes d’orgue. L’ensemble stupéfierait un régiment d’hussards. Pickett chante son «Days Go By» à s’en dilater la rate. Il brûle, brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé. Back to the big raw avec «International Playboy». Pickett ne mégote pas sur le raw, il est même l’incarnation du raw, le Soul screamer # 1, avec Bobby Womack, Al Green et James Brown.

             Mais il ne retournera pas à Philadelphie. Pickett : «Gamble and Huff, that’s two black Jews, man. They was good. But I was good too, you know, man. So if they’re gonna make some money, I’m gonna make some money too. Right? Okay?».

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             Pour son dernier album Atlantic, Don’t Knock My Love, Wilson Pickett pose en costard de dragueur accoudé au radiateur d’une Rolls. Il ne lésine pas sur les moyens. Mais quel album ! Et ce dès «Fire & Water», pur jus d’hot raw cuivré de frais et chanté à la Soul revue de rêve. Derrière Pickett, on retrouve Dennis Coffee (sic) et David Hood, plus les Memphis Horns. Cette fois, c’est Brad Shapiro qui produit. On entend Pickett passer un coup d’harp dans «A Mighty Long Way» et tout explose avec le morceau titre, une sorte de dancing raw. Pickett trace la voie du real jive de Muscle Shoals. Ce morceau titre en deux parties est monté sur le riff de basse de David Hood, et Shapiro orchestre à outrance. Quel beau brin d’hit ! La B est encore plus explosive. Pickett chante «Hot Love» au raw du dégueulis, il ne fait pas semblant, il rugit dans la chaleur de la nuit. Coff ramène sa wah dans «Not Enough Love To Satisfy». Que de son my son ! Encore plus raw, voici la reprise de «You Can’t Judge A Book By Its Cover». Rien de plus raw que ce raw. Pickett tortille sa braise, il reste fabuleusement intense. On s’installe dans les classiques avec «Mama Told Me Not To Come», tout est bon là-dessus, le bassmatic, les cuivres, Coff et les filles derrière. Là-bas dans le Deep South, le moindre cut s’ultra-chante à tire-larigot, c’est encore ce que montre «Woman Let Me Be Down Home». La panthère noire règne sans partage sur la Southern Soul. Fletcher : «Don’t Knock My Love was surely Wilson Pickett’s finest Atlantic LP. It was also to be the last.»

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    Signé : Cazengler, Piqué (des hanetons)

    Wilson Pickett. In The Midnight Hour. Atlantic 1965

    Wilson Pickett. The Exciting Wilson Pickett. Atlantic 1966

    Wilson Pickett. The Wicked Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. The Sound Of Wilson Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. I’m In Love. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. The Midnight Mover. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. Right On. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Hey Jude. Atlantic 1969

    Wilson Pickett. In Philadephia. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Don’t Knock My Love. Atlantic 1971

    Tony Fletcher. In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett. Oxford University Press 2017

     

     

    *

    Dans la terre, c’est quoi ce titre, une reprise du Voyage au centre de la Terre de ce très curieux Jules Verne, non  cette coulée de feu ne serait-ce pas plutôt Les Derniers jours de Pompéi du non moins étrange Edward Bulwer-Lytton… quoi qu’il en soit dès que je vois sur une pochette ce qui de près ou de loin ressemble à un édifice de la Grèce Ancienne ou de la Rome Antique, faut que j’aille voir de près, les anguilles ne remontent-elles pas les océans, les fleuves, les rivières et les torrents pour retrouver le lieu où elles ont été engendrées…

    WITHIN THE EARTH

    EARTHLORE

    ( Bandcamp / Août 2026)

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    La pochette est de Marcio Blasphemator, brésilien, si vous aimez l’esthétique   romantik dark metal, abstenez-vous de visionner son instagram, vous y passereiz des heures sans fin emplies de beauté cauchemardesque. Magnifique !

             Viennent de Boston, capitale du Massachusetts, une ville qui nous agrée puisque hantée par le souvenir de Lovecraft… se sont formés en 2017, ont sorti un EP  au beau nom Age of the Monolith en  2019 : Lars Nicewiez : bass  / Gabe Haydar : guitars / Drew Pelrine : guitars, vocals / Troy Welling : drums.

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    Within The Earth : des guitares oui, comme rouillées sous terre à la suite d’un séjour un peu trop prolongé, survient la batterie qui agit comme une main qui se pose sur le bras d’un malade pour le rassurer, pour réfréner les battements d’un cœur affolé, la voix glaireuse, même pas la force de growler avec ardeur, elle conte le récit d’une lente extraction, d’un chemin de taupe qui s’obstinerait vers la lumière, maintenant c’est la batterie qui s’affole, les guitares qui grincent plus fort, la basse qui le pousse vers haut, qui le tire en avant, lorsque le son baisse durant d’interminables secondes l’on se demande si l’être qui rampe pour monter plus haut est en train d’abdiquer ou s’il vient de comprendre qu’il a fait le plus dur du chemin, qu’il ne lui reste plus qu’à surmonter  quelques mètres d’ensevelissement… All : l’on s’attendait à des bouffées d’angoisse expirantes, mais non les cordes vous rassurent, la voix a pris de l’intensité, quant à ce qu’elle raconte, nous sommes en pleine confusion, tantôt en chemin vers les voûtes astrales, tantôt encore une forme humaine, maintenant elle a pris conscience d’elle-même, elle dit ‘’je’’, elle parle à la première personne, veut-elle nous signifier qu’elle est la personne première, le futur héros vainqueur, mais n’est-elle pas encore un pantin de glaise qui essaie de s’évader de son pétrin, qui dérape etglisse sur le rebord des entrailles terrestres, peut-être est-il les deux postulations à la fois, en même temps, celui qui est englouti et celui qui s’efforce d’échapper à l’étreinte mortelle de ce solo de guitare qui s’enroule autour de lui comme un serpent visqueux, maintenant l’idée clairvoyante s’insinue en lui, il est tout en même temps, l’être prisonnier d’un sombre passé et celui qui s’exhausse vers ce qu’il n’est pas encore mais dont il est certain de son advenue. Epitaph : instrumental, normal les morts et les mots ont disparu : de belles résonances, inutile d’être triste, ce qui est mort est mort, ainsi est réduit le passé des choses révolues, tout cet effort produit pour renaître à lui-même n’est plus de mise, l’histoire ancienne est abolie, il est vivant, il s’est arraché à l’étreinte de la terre qui voulait le garder pour elle seule dans sa gangue mortuaire… nous n’y pensons pas, n’étions nous pas morts avant notre naissance alors que nous gisions dans un néant informe, et maintenant ne sommes-nous pas créature conquérante à hauteur d’homme… Tempest Skies : hard is good, ici musique revigorante, faut un peu

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    d’ardeur pour prendre mesure d’un homme. Vocal hurlé, tempétuosité instrumentale, vous voulez savoir ce que c’est qu’un homme, alors ils vous racontent l’histoire d’Edward Dimond, vous ne le connaissez pas, normal c’est un ancien résident du Massachussetts, pas n’importe qui : un sorcier, tremblez il vivait dans un cimetière et se livrait à des pratiques douteuses, vous savez sous les épitaphes vous trouvez une pierre tombale et sous le granit un cadavre, réjouissez-vous Dimond ( mon Dieu comme ce nom sonne comme « démon » ), les soirs de tempêtes il s’adonnait à de terribles rituels, par lesquels, grâce auxquels, il ramenait les navires et leur équipage à l’abri d’un port salvateur. Blinding Star : sombres ondes musicale, l’on vous raconte la même histoire que celle des trois premiers morceaux, relents d’orgues, mais vue sous une autre facette, d’ailleurs la musique adopte une rythmique presque joyeuse et la voix s’élève pour vous rappeler que vous bâtissez votre personnalité en recueillant des évènements perdus dans la nuit des temps écoulés, comment cela se fait-il, transmissions orales et légendaires, toujours est-il que  vous savez ce que vous ignorez, l’étoile du savoir, sa lumière vous aveugle, vous ne la voyez pas, vous l’ignorez mais elle vous enseigne le début et la fin qui se résout en catastrophe pourquoi, comment, peut-être parce que tout fragment d’un cycle, parce qu’il s’inscrit dans le déroulement-même du cycle, porte en lui ce que l’on pourrait appeler l’ADN du cycle. Vous êtes la partie du Tout, mais le Tout lui-même n’est qu’une partie du Tout. Le son disparaît jusqu’à devenir un imperceptible bourdonnement d’abeille. Sont sympathiques, ils laissent à l’auditeur un peu de temps pour méditer… Siècles : tiens la guitare grinçonne un peu mais le rythme s’accélère et l’ambiance s’adoucit, normal, vous avez eu au morceau précédent l’exposé un tant soit peu philosophique du principe de l’écoulement des choses et de leur résurgence, voici  que de la théorie nous passons à la pratique, derrière nous gît le passé, les civilisations perdues, effacées, dont il ne subsiste que quelques ruines, oui des mondes d’humanités successives se sont  empilés les uns sur les autres, se sont engloutis, mais il existe encore des traces, des indices, des ruines – c’est exactement ce que nous décrit la pochette – presque tout a disparu, mais le souvenir s’est enkisté dans la mémoire des hommes, un peu comme les ruines d’Hiroshima se sont cristallisées dans l’explosion atomique, un jour tout de nous disparaît, mais quelque reste subsiste, une espèce de mémoire fantôme qui passe d’esprit en esprit comme un témoin invisible transmis de génération en génération… Au Printemps : guitare apaisante, chant pas tout à fait séraphique mais planant et rassurant, le titre est assez évocateur, le cycle de la nature, les atomes qui forment votre corps se dispersent, mais se réuniront plus tard, il est inutile d’avoir peur de mourir, ce n’est qu’une entrée en hibernation, la fleur qui naîtra de la graine au printemps prochain, ce n’est pas la même fleur, l’individu est perdu à tout jamais, mais celui, ou ceux qui le remplaceront, connaîtront un destin similaire… Le morceau se termine comme votre vie s’arrêtera. Mais si vous voulez assister à la prochaine germination il suffit de cliquer sur le premier morceau du disque. Acceptation panthéiste.

             Musicalement rien de nouveau sous le soleil. Ce n’est pas un album qui révolutionnera l’histoire du rock. Mais combien d’individus survivent dans la mémoire du monde... Ce qui est sûr, c’est que c’est très bien fait, plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord. Parfois, il est bon que l’on nous remette le nez dans le caca de notre impermanence.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Tiens des français, ben non certes la Meuse prend sa source en France, mais elle coule aussi en Belgique, j’ai une tendresse particulière pour ce fleuve, à peine si je l’ai entrevu un jour en la franchissant sur un pont, m’a paru un tantinet étroit, mais dès que j’entends le mot Meuse s’élèvent en moi les mots de Charles Péguy : Adieu Meuse Endormeuse… Sans le savoir je ne suis pas si loin de ce sur quoi je m’apprête à tomber, Meuse Music Records est un label Belge spécialisé dans le doom funeral, le genre de musique parfaite pour ceux qui rêvent de mettre fin à leurs jours en beauté. Bref j’épluche leur catalogue, je tique sur le titre d’un album, erreur c’est le nom du groupe, il faut que j’aille voir cela de près. Le premier titre que j’écoute me séduit, comme ils n’ont à ce jour produit qu’un EP et un seul album, je chronique l’intégralité.

    THE OLDEST GODS

    GRAVES FOR GODS

    (Sleeping Chuch Records / 2022)

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    Couve en blanc et noir. N’empêche qu’elle est très belle. N’ont pas pris de risque non plus : un arbre, un bel arbre, le tronc certes, en fait il y en a deux mais on a tendance à ne pas les voir tant le regard est happé par les ramures prises en contre-plongée. L’image est si prenante que l’on en vient à regretter la présence du nom du groupe dans le large coin droit inférieur. Pourtant l’arche de branches et de squelettes qui entoure le blaze aurait pu prendre toute la place sur la pochette, cet arc de triomphe et de mort aurait suffi à lui tout seul pour servir de logo à ce premier opus.

    Viennent d’Australie, d’Adélaïde, ville de plus d’un million d’habitants située tout en bas plein sud et presque à l’est.  Jak Shadows : voices of doom / Ryan Quarrington : drums / Matt Spencer : resonant strings.

    Firetop mountain : avez-vous déjà entendu un monstre gronder près de votre porte si sourdement que vous comprenez que le frêle rempart de bois qui vous sépare de lui ne le retiendra pas, vous n’êtes pas pressé, la musique lourde comme un iceberg non plus, vous vous inquiétez pour votre survie, arrêtez de nous embêter avec votre petite personne, ici l’on ne s’occupe pas des mortels aussi fragiles que des tranches de mortadelle, pourquoi ce grandiose silence et ses coups de batterie si lents, si lourds, sachez qu’ici vous n’existez pas encore, vous n’êtes pas dans le casting, d’ailleurs un seul nom sur la liste que la voix épelle tandis qu’une guitare frissonne, Anu le premier des Dieux celui qui sépara en une immense irruption, en une immense éruption, le monde d’avant qui n’existait pas, qui a déchiré le néant pour qu’il apparaisse en premier, lui Anu, le premier des Dieux, personne ne saurait écouter son histoire, nulle musique ne saurait l’accompagner, d’ailleurs à part un frémissement de guitare incertain et le pas de la batterie qui avance à regret, pourtant maintenant des dieux dansent dans le jardin paradisiaque, ils imitent Anu, ils créent à leur manière en mélangeant de la terre au sang issu du souffle d’Anu, ils sont en train de vous vous faire naître, de fabriquer l’Homme, car pour être seul le Dieu le plus puissant ne peut créer que la mort, sans laquelle l’immortalité d’Anu serait comme un concept invisible, une pensée sans mot, le destin d’Anu est terrible pour être immortel il doit créer la mort, elle est le signe qui permet de le reconnaître, de le supputer. Ne dites pas que vous n’avez jamais vu Anu, son immensité est sur la photo de la couve, les ramures innombrables des arbres sont à l’image d’Anu, une métaphore du réseau arachnéen  des étoiles sur la voûte du Ciel qui n’est que le reflet d’Anu, alors ne vous étonnez pas si ce morceau n’est guère bruyant, si son allure est celle d’un enterrement, écoutez l’insondable secret, pour que vous puissiez voir Anu, Anu a dû créer son contraire, sa négativité comme dirait Hegel, tout ce qui n’est pas lui : la mort.  Embalmed embrace : enfin du son, d’agréables cadences, que voulez-vous les Mésopotamiens ne connaissaient pas Wagner, z’étaient tout de même heureux sans avoir jamais entendu Le Crépuscule Des Dieux, pour une simple et bonne raison, quoi qu’il arrive, Anu vous a laissé quelques instants pour jouir des fruits de la Terre, mais que maintenant votre tour survient, si les Dieux sont porteurs de mort pourquoi les hommes ne le seraient-ils pas aussi, il est temps qu’ils rentrent sous la Terre pour saluer la Grande Dame, celle qui les retiendra prisonniers, elle ne leur fera pas l’amour, elle leur fera la mort, avez-vous remarqué que le riff se calme et se tait, un pas qui marche et c’est tout, les morts deviendront une matière uniforme dans laquelle ils perdront leur personnalité, leurmorphologie humaine, imaginez-vous sous la forme d’une pâte de dentifrice… même les Dieux meurent, peut-être parce qu’ils sont la mort, peut-être parce que tu es dans l’incapacité de les imaginer. Par contre pour rester dans la mort tu mangeras la poussière de la mort. The oldest gods : pas de panique l’Histoire n’est pas finie, pour la simple raison que la mort ne peut pas mourir, d’ailleurs pour qu’elle ne puisse pas mourir il faut que d’autres meurent, des hommes, quantités négligeables, et des Dieux, tous sont en quelque sorte les héros de l’histoire l’Humanité. L’éructation par lequel débute le morceau vous surprend, quelle énergie, quelle intensité dans le récit qui suit, normal c’est la revanche des animalcules humains sur les Dieux souverains, d’ailleurs l’amplitude phonique se calme et une voix énonce quelques vérités difficiles à entendre, les dieux se rebiffent et vous entendez leurs voix de stentors, car lorsque les hommes meurent, meurent avec eux les dieux qu’ils avaient dans leur tête, l’Histoire déroule ses fastes, ses victoires, ses défaites, les cités croulent si puissantes soient-elles, car un jour où l’autre tout un chacun doit passer à la trappe, tels sont pris qui croyaient prendre, à chacun son tour, comme toujours ! Même Dame Terre oublie qu’elle est une suprême déesse car en vous tuant elle se tue elle-même à petits feux, est-ce pour cela que le riff hausse sa stature, la revanche des petits contre les grands, les Dieux eux-mêmes sont mortels, le riff perd de sa puissance, il ne faut pas trop réfléchir à d’épineuses questions, du genre mais que font les Dieux quand ils sont morts, ne serait-ce pas pour eux le moyen d’acquérir une immortalité qu’ils n’ont de fait jamais perdue. Wake : quel tintamarre, au moins on ne sonne pas le glas, mais pourquoi ce vocal si puissant, il fait peur même si cette fois il nous entraîne dans une danse macabre, les temps sont venus de l’irrespect et de la vengeance, on ne danse pas la carmagnole sur les tombes des Dieux, car les Dieux sont morts, incroyable mais vrai, entre parenthèses notons tout de même que la mort des Dieux n’est pas la mort nietzschéenne de Dieu, mais en attendant la guitare ne se retient plus, elle se lance dans un petit solo, ne nous affolons pas non plus, réfléchissons, si les Dieux sont morts nous aussi ne sommes-nous pas morts, nous aussi ne sommes-nous pas immortels à notre manière certes, mais immortels tout de même, qui poussent ce grondement monstrueux, sont-ce les Dieux, sont-ce les hommes, en tout cas une chose est sûre, le ton a changé pas franchement joyeux mais tout de même revigorant, c’est qu’à force de se prendre la tête les hommes ont compris la nature de leur immortalité, aucune nécessité de la chercher hors de soi, dans les contrées lointaines du monde, si elle n’est pas si loin, c’est même pas qu’elle serait toute proche, mieux que cela, elle est en nous, elle a même un nom, nous sommes mortels mais notre âme, elle, est immortelle !

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             La partie (mortelle) s’achève sur un nul : 2 à 2. Les Dieux sont immortels et mortels, les hommes sont mortels et immortels. Les Dieux ont marqué en premier, mais les hommes ont remonté au score.

    L’on attend la revanche ! Elle ne saurait tarder !

    LAST LIGHT FADES

    GRAVES FOR GODS

    (Meuse Muic Records / 2026)

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             Au vu de la  pochette écarlate de Quand la lumière s’éteint l’on peut s’interroger s’il n’aurait pas été plus juste d’écrire quand la lumière s’est éteinte, car le spectacle de cette nonne qui s’est pendue en son lieu habituel  de dévotion semble marquer le dernier épisode du christianisme… Un peu kitch tout de même ce mauvais goût intentionnel.

             La couve est due à Greallach Art dont je vous conseille la visite de son Instagram. Il joue aussi dans Varw un groupe celtic dark australien  auteur de l’album : Wights of the Barrow Fume. (Spectres des tumulus fumant). A suivre.  

    Perpetua fell : (ne pas traduire : La chute perpétuelle ! Perpetua est une jeune chrétienne  qui fut martyrisée à Carthage en l’an de grâce (ou de disgrâce) 203 sous l’empereur Septime Sévère) : entrée triomphale, l’animal qui grogne c’est la Louve romaine, celle qui enfanta Romus et Romulus… en six minutes ce sont huit siècles de la Rome Antique que résume le groupe, même système phonique, lenteur du riff, voix semi-growlée, cette fois-ci la batterie est moins lourde et les guitares plus intenses, en quelques vers se déroule la conquête, l’Empire s’empare de la Méditerranée et semble invincible, les serres de l’Aigle sont impitoyables, la révolte ne viendra pas des provinces conquises mais de l’intérieur, le christianisme s’installe peu à peu, un siècle après la mort de Perpétue la nouvelle religion devient grâce à Constantin la religion officielle de l’Empire… ce morceau d’une facture un tantinet monotone est un peu comme l’exposé nécessaire pour comprendre ce qui s’est passé depuis la mort des Dieux mésopotamiens et  l’émergence de ce qui va devenir la religion chrétienne. The Dark Age : une espèce de trompe pour saluer les temps nouveaux, le diapason de l’optimisme ne tient pas ses promesses, les héritiers du Dieu d’amour censé guérir les âmes malades remplissent bien mal ses promesses, le chant n’annonce que deuils, violences, famines, épidémies, à l’Empire succède l’âge sombre, l’Eglise s’enrichit les pauvres s’appauvrissent, sur la fin du morceau le vocal est comme une morsure de fer, le dieu nouveau n’est guère différent de ses prédécesseurs, il n’y a que la musique qui s’éclaircit, les cordes qui fredonnent et festonnent, est-ce l’évocation de la joie des élites festoyeuses, l’égoïsme insouciant du clergé n’a cure de cette présence souterraine de la mort, le vocal a beau aboyer la caravane sacrale ne voit pas les morts qui surviennent… Unholly ghost : esprit impie : pratiquement un instrumental, nous ne sommes plus à l’extérieur du monde sanglant mais à l’intérieur qui sonne les matines de l’inconscience, bien sûr vous avez un grésillement désagréable mais le ton s’il n’est pas enjoué est satisfait, il y a plusieurs manières de mourir, dans la misère ou le fer, mais il en est une autre plus agréable, ce n’est pas le corps morcelé par la faim et la peur, mais l’esprit qui est pourri, la conscience qui s’aveugle, l’âme cette part d’immortalité humaine qui meurt de sa belle mort, qui réduit l’homme sa part maudite, à sa moitié désormais prépondérante et mortelle. Covered in blood : une note qui vient de loin, la catastrophe surgit impavide et lourde comme un catafalque, le riff accusateur  sonne le glas, non pas celui de la repentance, mais celui de  l’accusation, le vocal qui referme sa gueule sur toi, tel un chacal qui ne délaissera jamais l’os de ton âme qu’il ronge sans discontinuer… Vois tout le sang répandu, c’est ton œuvre, le monde est rouge d’hémoglobine, ton dieu n’est que le nom de ton crime, en le tuant tu t’es tué toi-même, la voix gronde comme l’orage intérieur qui agonise en toi, un seul avenir : la mort. Tu as brisé ton propre rêve et le rêve de ton dieu. Tu as fait très fort, deux morts d’un seul coup, le riff implacable t’accable, le grésillement du feu qui brûle ton âme est insupportable. Last night fades : une corde qui vibre sans fin, et qui n’en finit pas de te condamner et de te tuer, n’oublie pas que seule la mort est immortelle, tu t’es mis au service de ton Dieu, tu en as profité, tu as ripaillé, ton Dieu n’est qu’un Dieu de mort, comme les autres qui l’on précédé, mais lui joignait la fausse parole consolatrice à ses égarements, encore faut-il faire la différence entre ceux qui ont suivi par obéissance stupide et ceux qui n’ignoraient point le sens de leurs actes, la musique appuie comme un index sur le cœur que le doigt va percer, maintenant il faut payer les fausses promesses et le poids de tes fautes, le vocal ne chante plus, il écume de rage, l’on comprend le sens de la couve, comparez-la au disque précédent, les ramures symboliquement étoilées de la Divinité et cette mauvaise bonne soeur acculée au suicide. Ce n’est pas un crime, puisqu’elle est morte depuis longtemps, le christianisme a sécrété l’Eglise comme la plaie dégénère en chancre et celui-ci en pourriture…

             Les esprits mous n’accepteront pas ce verdict final auquel ils reprocheront d’être teinté de paganisme et d’antichristianisme. C’est oublier que la démarche de Graves For Gods s’inscrit dans la volition systématique  d’une condamnation de tous les Dieux, non pas seulement du Dieu chrétien. Que dans cet album l’on ne s’en prend pas uniquement au Dieu mais à ses sectateurs.  Il est vrai que les sectateurs des autres Dieux ne sont point évoqués avec une telle virulence. L’Histoire n’en a point retenu l’existence alors que le christianisme et ses églises sont encore présents et agissants dans nos sociétés. Exposés de plain-pied sous les feux de la critique. Le processus de déchristianisation des sociétés occidentales n’est pas encore parvenu à son terme, il est normal qu’il produise encore remous et controverses dans les deux camps…

             Un bel album, je préfère toutefois le premier davantage ramassé sur son impact musical.

             Question subsidiaire : est-on athée lorsque l’on s’attarde sur les Dieux ?

    Damie Chad ;

     

     

    *

             Je ne voudrais pas que l’on me prenne pour un râleur patenté, mais trop c’est trop. Ceux qui ont mis le contenu de cette boîte à livres en un tel fouillis devraient être fusillés sur le champ, sans jugement, sans pitié. Une pagaille innommable, un tel tohu-bohu que vous ne pouvez même pas en tirant de toutes vos forces dégager un seul volume, tellement ils sont imbriqués les uns dans les autres, impossible de l’extraire de cet immonde fatras. Quand je pense que Salman Ruhsdie, l’auteur des Versets Sataniques, rapporte qu’enfant il ne manquait pas par signe de respect d’embrasser la couverture d’un des livres de sa collection du Club des Cinq, lorsque par mégarde il l’avait laissé tomber sur le sol, j’ai l’impression de vivre parmi les barbares.

             Soyons juste, pour une fois ce ne sont pas les bouquins qui ont motivé ma saine colère. Non, ce sont ces trois centimètres carrés d’une couverture tout au fond du caisson qui ont attiré mon attention. Je ne voudrais pas ô lecteurs vous injurier mais je suis certain que si vos yeux s’étaient posés par hasard sur ces trois centimètres carrés de carton gris vous ne les auriez même pas remarqués. Moi mon cœur a tressailli. J’ai envie d’affirmer qu’avant même de les voir, je les avais déjà reconnus.

             Pour votre défense, je dois reconnaître que ce n’est pas tout-à-fait de votre faute. Car l’objet sur lequel ma prunelle s’est fixée n’est pas un livre. L’est vrai que l’on trouve de tout dans une boîte à livres. Ce matin même par exemple, trois volumineux sachets débordant de grosses pommes rouges appétissantes, je suis déjà tombé sur des pelotes de laine, des tasses à thé dépareillées, des jeux pour enfants, d’anciens téléphones, des lampes de chevet, des sandales et autres objets insolites…

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             Je ne vous fais pas attendre. Ce n’est pas un livre, c’est un disque. De Johnny Hallyday. Je l’ai reconnu. Non ce n’est pas une ou plusieurs lettres de son nom qui m’ont permis de savoir. Juste trois centimètres de papier gris. C’est un de ses anciens disques, un 45 tours, sorti en 1966, dessus un de mes titres favoris de Johnny, La Génération Perdue, texte de Long Chris, j’ai toujours été transporté par l’orchestration, ces coups de timbales wagnériennes… sur le coup j’ai décidé de le sortir de cet amoncellement titanesque sous lequel il repose. Je ne vous décris pas les épisodes de la longue extraction, par contre faut que je vous raconte les deux surprises, la première pas vraiment surprenante, la deuxième déstabilisante. Je précise : intellectuellement déstabilisante.

             J’ai longuement œuvré, dans ma tête j’imaginais être un archéologue mettant à jour une vieille mosaïque romaine. Cette idée ne m’est pas venue par hasard, vraisemblablement instillée dans mon esprit par la structure apparente de la trame de la photographie, une espèce de désintégration du portrait de l’Idole en pixels de mini cubes blancs et noirs, en parfaite adéquation avec la période troublée, tentative de suicide, que traversait Hallyday…

             Première surprise : ce n’est pas le 45 tours auquel j’avais pensé, ça y ressemble comme deux gouttes d’eau, pas encore totalement dégagé mais manifestement le format ne correspond pas, je n’ai même pas besoin de demander à mon cerveau de faire la conversion : me la propose de lui-même non plus le 45 mais le 33 tours. Même pochette, sorti lui aussi en 1966. Bizarre tout de même, l’est presque dégagé, ça me paraît plus épais que la pochette originale. Bingo, c’est une réédition !

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             Enfin la voici dans mes mains : La Génération Perdue  / Super Deluxe Editions / 2016. Manquent les deux CD et le DVD. Le premier CD est la copie conforme de l’album original, toutefois un petit plus, quatre morceaux donnent accès à leur reprise complète. Le deuxième CD propose quinze morceaux titrés Les singles 1966, notons que Les coups et Respect arborent la mention : reprise complète. Le DVD intitulé Je suis seul : est composé d’extraits de l’émission d’information Cinq Colonnes à la Une consacrée à Johnny. Le livret est à admirer : belles photos de Johnny, la plupart en noir et blanc. A lire aussi, le texte n’est pas exhaustif mais l’on note la participation de Long Chris.

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             Deuxième surprise : Je vous ai décrit l’objet succinctement en essayant d’être le plus objectif possible. J’aurais pu rédiger la même notule sur tous les exemplaires de cette réédition de Johnny, effectuée en l’honneur de l’album original, je rappelleparu en 1966 soit exactement cinquante ans après sa parution. Oui mais pas de l’exemplaire déniché dans cette sacrée boîte à livres. Non, collectionneurs, aucun autographe de Johnny, aucun paraphe de Long Chris, même pas une signature des musiciens : les fameux Blackburds.

             Vous avez aussi des pages de garde noire, intensely dark. Oui mais dans mon exemplaire, elles ne sont pas noires, elles sont en couleur. Ni rouge, ni bleue, ni verte, ni jaune. Elles sont recouvertes de photos. Ni de Johnny ni d’autres personnalités. De gens comme vous ou moi. De parfaits inconnus. Des photos de familles. Je mets un ‘’s’’ parce que j’ai l’impression que ce sont deux familles, j’imagine vraisemblablement rassemblées pour des fiançailles, un mariage ou un baptême. Ou simplement pour un bon restau. Attention l’on n’assiste à aucune cérémonie. Les gens sont bien habillés mais sans ostentation, sans tape-à-l’œil.

             Que font-elles en cet endroit incongru ? Les a-t-on oubliées ? S’en est-on débarrassé parce qu’elles évoquaient des souvenirs encombrants… Les a-t-on collées-là pour les dissimuler, les cacher, ou au contraire parce  qu’à l’époque Johnny représentait pour le propriétaire du disque des jours heureux… Elles ne m’appartenaient pas, je les ai décollées, elles s’enlevaient très facilement, aujourd’hui, voici quatre mois de cela, je ne sais plus ce que j’en ai fait, les ai-je mises à la poubelle, ou glissées dans une enveloppe et rangées dans un de ces cartons que l’on remise à  la cave en sachant pertinemment que  l’on ne les ouvrira jamais… Mon cerveau ne répond pas quand je lui pose la question.

             Entre ces inconnus et moi, Johnny a été un trait d’union. Je n’ai gardé que Johnny, le trait d’union qui ne relie plus personne.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Doit y avoir une soixantaine de 45 tours, dispatchés en trois cartons, vu l’état des pochettes, l’ensemble date des années soixante, je feuillette, pas grand-chose d’intéressant, mais je m’obstine. Tiens un Michel Paje, c’est assez rare, un chanteur yé-yé gentillet tombé dans l’oubli. (Pour rafraîchir vos mémoires au point mort nous citerons deux titres : Ton Cahier de Chansons et Les 12 /18).  L’a tout de même survécu, sous des noms d’emprunt, l’est devenu animateur de radio, de télé, l’a composé des musiques de film, s’est débrouillé pour ne  pas sombrer. Je tilte, sans Michel Paje je serais probablement sur un autre stand, oui mais par expérience, que voulez-vous fouiller dans de vieilles collections de disques s’apparente à des enquêtes sociologiques dont on tire des conclusions théoriques,  je sais que si vous trouvez un des microsillons de cet artiste dans un lot ciblé, vous n’êtes pas loin de l’époque 63 - 65, peu après l’éclosion du rock en France, l’on risque alors de tomber sur un ou deux pionniers du rock, acheté à l’époque non pas par un rocker pur et dur, mais par un amateur de variété qui s’en est procuré un ou deux, par curiosité peut-être, surtout pour ne pas passer pour un has-been dans les conversations de l’époque…

    Bingo ! dans le troisième carton Marie me sourit, pas la sainte Vierge, mieux que ça, Elvis and His Lasted Flame, pas vraiment le graal, toutefois mentalement j’accorde un bon point à son lointain possesseur, mais Elvis me sourit une deuxième fois, et ce coup-ci je frémis, la pochette a connu des jours meilleurs, elle est d’ailleurs collée tout au fond du carton servant en quelque sorte  de tapis aux autres disques qui essuient dessus sans vergogne les pieds de leur  tranche inférieure, zoui, mais le style de la pochette saute aux yeux, cela sent l’imitation des 45 tours français des pionniers du rock anglais et américains, impossible de s’y tromper.

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    Je retourne la pochette, sortie en septembre 1960. A la maison je vérifie sur Discogs, pas de chance : reprise de la première édition 1957 ! Pour les amateurs, pochette dite orange, la version jaune apparaîtra quelques mois plus tard.

    C’est le deuxième 45 tours issu en France de la série consacrée aux morceaux du premier film d’Elvis : Le Cavalier du Crépuscule, je préfère le titre français, le Love Me Tender original m’a toujours paru nunuche. Mais revenons aux titres de la galette : All Shook Up / That’s were where your heataches begin / Too Much / Playing For Keeps.  Je vous laisse les écouter, vous êtes assez grands, vous n’avez pas besoin de moi.

    Sont sur la pochette. Jusqu’ici rien d’original. Sauf que : sont inscrits dans de fins ‘’rectangles’’ blancs aux contours irréguliers. Elvis was a punk ! The first punk !

    Damie Chad.

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    La pochette américaine  du single All Shook Up / That’s were where your heataches begin est bien plus belle, le destin ne m’a fait part du  nom du maquettiste de la pochette française.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 737 : KR'TNT ! 737 : BEACH BOYS / TERRY STAMP / JALEN NGONDA / ARTHUR SATAN / GEORGE HARRISON / SMART HOBOS / ELVIS PRESLEY

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 737

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    21 / 05 / 2026

      

    BEACH BOYS / TERRY STAMP

    JALEN NGONDA / ARTHUR SATAN

    GEORGE HARRISON / SMART HOBOS /

    ELVIS PRESLEY  

     

     

    SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

     

    Livraisons 318 – 729 sur :

    http ://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/archive/2026/03/22/chroniques-de-pourpre-729-kr-tnt-729-jean-francois-jacq-irre-6588837.html

    *

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

    http://kr’tnt.hautetfort.com/

     

     

     

     

    The One-offs

     - Son of a Beach

     

             Il était marrant le p’tit frère. Tout en lui se situait entre-deux. Ses yeux n’étaient ni clairs ni noirs, mais entre-deux. Ses cheveux n’étaient ni blonds ni bruns, mais entre-deux. Le père qui était brun et qui n’avait aucune tendresse pour le p’tit frère, aimait à dire qu’«il n’était pas de lui, mais du facteur». Quand il entendait ça, le p’tit frère baissait les yeux. On a jamais su ce qu’il en pensait. Il restait entre-deux. C’était chez lui une seconde nature, une façon sans doute instinctive de se protéger. À cette époque, qui était pour lui la pré-adolescence, il avait quasiment décidé de ne pas trop exister. Il ne rentrait dans aucune catégorie, ni celle des ados timides, ni celle des ados expressifs. Ni grand ni petit. Ni drôle ni triste.

             On partageait encore une chambre. On écoutait des 45 tours sur le crin-crin. Le «Do It Again» des Beach Boys semblait être le seul lien qui le rattachait à la vraie vie. Son visage s’animait lorsqu’arrivait le tatapoum d’intro, tchak-atak tchak-atak tchak-atak, et comme par magie, le couplet remplissait la chambre de soleil - It’s automa/ Tic when I/ Talk with/ ole friends - et pouf, aussitôt après the beach was the place to go, il se mettait à claquer des mains avec les Beach Boys. Et puis soudain éclatait le refrain doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah ! Il était complètement transformé. Il rigolait ! Oui, il rigolait !

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             Le phénomène se reproduisait à chaque fois qu’on écoutait «Do It Again». Les Beach Boys étaient devenus notre groupe préféré. Bien sûr, on avait aussi le single «Good Vibrations», mais ce n’était pas la même chose. «Good Vibrations» nous paraissait nettement plus sophistiqué, même si ça nous foutait aussi des frissons. Mais «Do It Again» sonnait comme le real deal, l’hit pop parfait, le modèle définitif avec «Strawberry Fields Forever» et «River Deep Mountain High». Ce sont des hits dont tu ne pouvais pas te lasser. Chaque écoute semblait encore les sublimer davantage. Les doses de frissons étaient chaque fois de la même intensité. Plus de cinquante ans après, «Dot It Again» produit exactement le même effet. Mais nous n’eûmes pas trop l’occasion de le réécouter ensemble : le p’tit frère était passé «à autre chose», dirons-nous. Le passage à l’âge adulte fit chez lui pas mal de ravages.

             Back to 1968. On avait tous les deux les cheveux courts, car c’était la volonté du père. En observant un jour le p’tit frère alors qu’il prenait son pied à doubler le doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah ! de Mike Love et Brian Wilson, j’eus soudain une sorte de flash : avec sa petite coupe soignée, sa raie sur le côté et ses cheveux couleur entre-deux, il était une sorte de sosie de l’early Brian Wilson. Stupéfiant ! Il semblait se fondre dans la légende des Beach Boys. Et pour aggraver encore les choses, il portait cet été-là une chemisette rayée bleue et blanche à manches courtes. Pure coïncidence, mais dans ce contexte, ça prit soudain une autre tournure ! Étais-je le jouet de mon imagination ? S’agissait-il d’une distorsion volontaire du réel ? Une simple coïncidence pouvait-elle transformer un épisode banal en événement extraordinaire ? Fallait-il revenir à la raison et admettre que le p’tit frère n’était pas Brian Wilson ? Mais tout semblait vouloir dire le contraire. On le voyait se recueillir pendant le pont et il revenait avec ses copains au deep dee dee lee lee, il gueulait même l’hey now hey now hey now hey now hey now qui précédait l’explosion finale.

             Alors un jour on est descendus tous les deux dans le grand hall de l’immeuble, où se trouvaient les boîtes aux lettres. L’écho y était magique et on s’est mis à chanter le refrain de «Do It Again» comme des dingues, et ça sonnait, doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, jamais le p’tit frère n’avait été dans cet état d’extravagance, l’écho transfigurait nos harmonies vocales primitives et on se regardait en chantant comme deux lapins hypnotisés par des phares, doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, un rayon de soleil traversait la grande porte en verre dépoli de l’immeuble et illuminait son visage au point qu’il semblait connaître enfin le bonheur de vivre, doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, la lumière était si crue que ses cheveux en étaient presque blonds, et il bramait à gorge déployée son doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, rien n’aurait pu arrêter les deux frères dans leur élan vers le paradis, ils sentirent alors que leur vraie famille était celle des Beach Boys, et lui, de toute évidence, se sentit ce jour-là un Beach Boy à part entière. Nous descendîmes souvent dans le grand hall faire les cons avec doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !. C’est à peu près le seul épisode rock qu’on a réussi à partager. Mais il fut d’une intensité jamais égalée ailleurs, avec quiconque. 

    Signé : Cazengler, Bitch boy

    Beach Boys. Do It Again. Capitol Records 1968

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le stomp de Stamp

     (Part Two)

     

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             Voici l’occasion rêvée de saluer un label qui fait bien son boulot : Just Add Water, le petit label américain de Jason Duncan spécialisé dans les Hammersmith Gorillas et Third World War.

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             En 2021, Duncan lâchait dans la nature Twenty Rough Rockers 1980-1989 The Bomb Shelter Tapes, une compile d’inédits de Terry Stamp. T’y vas en courant. Au dos, Duncan s’amuse bien dans ses liners avec la notion de proto-punk. Pour lui ça ne veut pas dire grand chose, sauf si on parle d’Hasil Adkins, de Crushed Butler et de Buddy Holly. Duncan précise que ces démos ont été enregistrée chez Terry Stamp, dans le Bomb Shelter d’El Segundo, Californie.

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             Le vieux Terry a gardé toute la niaque de Third World War. Ça fait drôle de le retrouver là, dans sa cave, avec la même voix et la même main lourde. «Six Day Drive»  sonne comme un bit heavy road-runner gratté à l’ancienne. «Rock Candy» sonne comme du pur jus de Third World War, Terry le héros chante à la voix blanche de guérillero urbain avec des accords en disto. Il refait son proto-punk - le pire de tous - avec «This Frozen Star». En B, il fait son Wild Cat avec «Mondo Jumping». Il a tout compris. En C, il renoue avec le génie sonique dans «Brushin With The Law» et il en profite pour gratter des notes d’échappée belle. Et tu tombes de ta chaise à l’écoute de «When Red Light Flash». Sa guitare sonne comme celle de «Pale Blue Eyes» - Put in on the gas when the red lights flash - Nouveau coup de génie en D avec «Miseria», un boogie punk gratté à la dégueulade et tapé au tape-dur de la ferraille. Il évoque un boy whose name was hardnut. Il est encore incroyablement raw sur «Maintenance Man» - I can fix it on her - et il te balance ça qui résume tout son génie working-class : Baby let me be your maintenance man !

    Signé : Cazengler, Terry la fronde

    Terry Stamp. Disparu en mai 2026

    Terry Stamp. Twenty Rough Rockers 1980-1989 The Bomb Shelter Tapes. Just Add Water 2021

     

             On vient d’apprendre la mauvaise nouvelle : Terry Stamp aurait cassé sa pipe en bois. Alors on lui tirera un dernier coup de chapeau en exhumant ‘Le stomp de Stamp’, un texte paru jadis dans les Cent Contes Rock.

     

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             Londres brûle. Rares sont les immeubles encore intacts. Les obus ont démoli la plus grande partie de la cité. Des gravats et des carcasses de voitures calcinées encombrent les avenues. Terry Stamp tient Shepherds Bush avec ses troupes. Les combats sont d’une rare violence. On ne fait pas de prisonniers. Terry recharge son AK 47. Il s’essuie le front.

             Soudain, les haut-parleurs juchés sur des véhicules blindés diffusent «Preaching Violence». Terry lance son arme en l’air :

             — Ça y est les gars ! Jim a pris la BBC !

             Terry est fier d’entendre le son de sa chopper guitar rouler sur les toits de Londres. Leaders de Third World War, Terry Stamp et Jim Avery ont commencé par enregistrer deux albums révolutionnaires. Ils y prêchaient la violence et la guérilla urbaine. Terry y scandait :

             — Le pouvoir au peuple ! Le pouvoir aux pauvres ! Tire la goupille de ta grenade ! Rejoins la guérilla urbaine ! Prends les armes contre la couronne !

             Visiblement, le message est passé. En quelques mois, Londres a sombré dans le chaos.

             Terry et Jim ont fait alliance avec les Social Deviants de Mick Farren, les London Angels, les situationnistes de Jean-Jacques Lebel, les analphabètes, les yobos, tous les gueux des banlieues et les Hells Angels. Sentant qu’il ne pourrait pas tenir bien longtemps, Terry Stamp envoya ensuite des émissaires chez tous les chefs d’états tiers-mondistes victimes du colonialisme rampant et connus pour leurs démêlés avec les pouvoirs colonialistes occidentaux. Nasser fut le premier à répondre. Il fit parachuter des vivres et des munitions sur les quartiers de Londres tenus par les insurgés. Pour le remercier, Terry lui fit parvenir la tête d’un ministre britannique capturé sur la route de l’aéroport d’Heathrow, alors qu’il tentait de fuir le pays.

             Deux semaines plus tard, des combattants cubains et l’élite des forces nord-vietnamiennes vinrent gonfler les rangs des insurgés. Puis arrivèrent par leurs propres moyens des White Panthers du Michigan, des membres des Brigades Rouges italiennes et des gangs de rude boys jamaïcains. L’IRA envoya dans la foulée ses meilleurs dynamiteurs, des gens qui avaient encore des comptes à régler avec la couronne d’Angleterre.

             L’armée anglaise échouait à déloger les insurgés des quartiers qu’ils tenaient. La reine et ses ministres comprirent qu’il fallait négocier.

             Fred le drummer arrive en courant.

             — Terry ! Terry ! Il se met à l’abri et reprend son souffle :

             — Terry, ils ont envoyé un émissaire !

             — Tue-le !

             Joey Sampayo, vétéran cubain des combats de brousse, pose la main sur l’épaule de Terry :

             — À ta place, j’écouterais ce qu’il te propose, amigo...

             — T’as raison, Joey, la haine du pouvoir m’aveugle... Allons voir ce qu’il veut... Fred, file à la BBC et dis à Jim Avery qu’il me rejoigne au QG d’Hammersmith !

             Escorté d’une escouade de Cubains, Terry quitte les premières lignes et s’enfonce à travers les rues dévastées. Une heure plus tard, Terry et ses amis prennent place derrière une grande table en bois. L’émissaire de la reine est introduit dans la cave où est installé le QG. On lui retire le bandeau noir noué autour de sa tête.

             L’émissaire reconnaît Terry Stamp et Jim Avery, assis au centre de la longue table, comme deux Christs au milieu de leurs apôtres. Un peu plus loin, il reconnaît Malcolm X et Ben Barka. Il voit aussi les redoutables combattants vietnamiens en pyjama noir. Il se présente :

             — Lord Sutherland, émissaire de sa gracieuse majesté...

             Terry l’interrompt sèchement :

             — Qu’as-tu à proposer ?

             — Une trêve...

             — Pourquoi ?

             — Le gouvernement souhaite négocier avec vous, mais il a besoin de temps pour réfléchir aux propositions...

             — On en a marre de lécher le cul du gouvernement !

             Terry se tourne vers Jim Avery :

             — Qu’en penses-tu, Jim ?

             — Appelle Fidel !

             Terry se lève et sort. Lord Sutherland affiche un air stoïque, mais la sueur perle à son front. Il sait que sa vie ne tient qu’à un fil. Terry arrive dans la pièce où sont installés les postes de radio. Il appelle La Havane. Il obtient Fidel sans trop de difficultés. Il lui soumet le problème. À l’autre bout du fil, Fidel fait claquer le couvercle d’un briquet. Terry l’entend tirer longuement sur son cigare. Fidel réfléchit... Puis il commence :

             — Hum hum... Pendant que l’émissaire parlemente, les taupes du génie creusent des galeries sous ton QG. Sois prudent, amigo...

             — Fidel, t’as pas répondu à ma question... Que dois-je faire avec cette ordure ?

             — Si tu le tues, ils ne t’enverront plus personne. Et tu sais que tu ne gagneras pas la guerre que tu as commencé de livrer contre cette vieille monarchie dégénérée, même si aujourd’hui des centaines de milliers de combattants luttent avec toi pour la liberté. Le conseil que je te donne, amigo, c’est d’aller prononcer un discours aux Nations Unies, devant les caméras du monde entier. Ainsi, et seulement ainsi, tu légitimeras ta cause. Tant que resteras retranché dans tes quartiers de banlieue, tu seras considéré comme un hors-la-loi, et ils ne te laisseront jamais en paix. Crois-en mon expérience. J’ai délivré mon pays et tenu tête au grand caïman américain. Peut-être parviendras-tu toi aussi à délivrer ton île du joug de l’oppression et tu verras, la reine viendra te sucer la queue, ha ha ha !

             À l’autre bout du fil, Terry se tait. Il est subjugué par le génie politique de Fidel.

             Pour remercier son ami, Terry lui chante le refrain de l’une de ses chansons :

             — Fidel ! Fidel ! I’d rather cut cane for Castro !

             Le leader maximo est ému aux larmes :

             — J’ai l’album,Terry, et je l’écoute souvent. T’es le seul rocker qui ait pensé à moi... Ça me touche, au moins autant que les buts fantastico que mon ami Diego Maradona me dédie...

             Il remercie chaudement Terry et raccroche. Terry revient dans la cave où a lieu la négociation. Il reprend sa place au centre de la grande table et s’adresse à Lord Sutherland :

             — Nous acceptons la trêve. En contrepartie, je ne demande qu’une chose : un avion pour New York. Je dois me rendre aux Nations Unies, et je voudrais voyager en toute sécurité, vous voyez ce que je veux dire ? Je ne tiens pas à rencontrer un missile en plein vol...Vous reviendrez avec cinq otages. Je veux des ministres en poste !

             — Comme celui que vous venez de décapiter ?

             — Mes hommes ont eu raison. C’est tout ce que méritait cette ordure ! Acceptez-vous nos conditions ?

             — La reine décidera...

             — Hâtez-vous, car d’ici quelques jours, nous aurons libéré les derniers quartiers de Londres. Aussitôt après, l’Écosse tombera comme un fruit mûr... On entend gronder Glasgow d’ici...Vous ne pouvez pas tenir face à l’insurrection du peuple !

             Trois jours plus tard, l’avion de Terry se pose sans encombre à JFK. Les ambassadeurs des pays tiers-mondistes ont organisé l’intervention télévisée en direct du siège des Nations Unies. Terry porte son costume Burton élimé. Marchant à ses côtés, Jim porte un minable blouson en cuir synthétique. Terry n’est pas rasé. Il promène sa grosse bouille de camionneur dans le hall du palais. Il monte à la tribune, une bière à la main. Il tapote les deux micros, comme s’il était sur scène. Toc toc toc. Il se racle la gorge et reçoit une ovation. Terry n’a pas de discours écrit. Il fixe les caméras pointées sur lui.

             — Ce que j’ai à déclarer est d’une extrême importance. Je m’adresse au monde entier, et plus particulièrement aux opprimés des cinq continents. Les vues que je vais développer sont si claires dans mon esprit que je n’ai plus besoin de les écrire. Je vais vous parler de ce qu’est devenu le monde, et plus précisément de ce qu’est devenue la soi-disant civilisation occidentale. Rien ne manque à son triomphe. Ni la terreur politique, ni la misère affective. Ni la stérilité universelle. Le désert ne peut plus croître, il est partout. Mais il peut encore s’approfondir. Devant l’évidence de la catastrophe, il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent. Nous sommes du côté de ceux qui s’organisent !

             Une immense ovation s’élève des gradins. Tous les représentants des pays du tiers monde sont debout et hurlent leur soutien et leur admiration. Ils se mettent à scander :

             — Third World War ! Third World War ! Third World War !

             Terry lève le poing. Les ovations redoublent de violence. Puis il lance un appel au calme :

             — Merci, mes amis, mais je vous prie de faire silence, car je dois continuer mon discours !

             Les représentants de rassoient. Terry reprend :

             — L’inflation illimitée du contrôle répond sans espoir aux prévisibles effondrements du système. Rien de ce qui s’exprime dans la distribution connue des identités n’est plus à même de mener au-delà du désastre. Aussi bien, nous commençons par nous en dégager. Nous ne contestons pas, nous ne revendiquons rien. Nous nous constituons en force, en force matérielle autonome au sein de la guerre civile mondiale !

             Ce discours tout à fait inhabituel surprend par sa modernité. Une nouvelle ovation salue l’éloquence révolutionnaire de Terry Stamp. On le tenait pour un fabuleux chanteur, mais on ne savait pas qu’il pouvait parler ainsi aux peuples du monde entier. Il lève les bras et réclame une nouvelle fois le silence...

             — À toute préoccupation morale, à tout souci de pureté, nous substituons l’élaboration collective d’une stratégie. N’est mauvais que ce qui nuit à l’accroissement de notre puissance. Il appartient à cette résolution de ne plus distinguer entre économie et politique. La perspective de former des gangs n’est pas pour nous effrayer. Celle de passer pour une mafia nous amuse plutôt. D’un côté nous voulons vivre le communisme. De l’autre, nous voulons répandre l’anarchie !

             Assis devant son écran de télévision, Fidel pleure à chaudes larmes. Il s’adresse au Ché qui est assis à côté :

             — Tu vois, Ernesto, Terry Stamp est un géant de la lutte. Il vaincra. Il entrera dans la légende. La troisième guerre mondiale est celle de la lutte contre l’oppression. Les trônes commencent à vaciller...

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    L’avenir du rock

     - Anagonda

     (Part Three)

             On le sait, l’avenir du rock n’a pas une très haute opinion de Boule et Bill. C’est pas qu’il ne les aime pas, le problème c’est qu’ils sont très cons. Pas facile de fréquenter des cons pareils. Un jour, l’avenir du rock sirote sa mousse à la terrasse d’un rade et les deux autres se pointent, comme par hasard. Ils engagent la conversation sur le mode habituel :

             — Y paye-ty sa mousse l’avenir du froc ?

             Pour éviter les palabres, l’avenir du rock obtempère. Et c’est parti, blih blih blah blah, et ça conduit tout droit à l’étape suivante :

             — On est à marée basse, avenir du troc ! Y payera-ty la rincette ?

             L’avenir du rock sait bien que ces deux cons ne paieront jamais un verre, aussi obtempère-t-il. Galvanisés par la Chouffe, Boule et Bill blablatent de plus belle.

             — T’as-ty des projets en cours, avenir du broc ?

             — Oui, mais j’vends pas la peau de l’ours.

             — Nous, on monte une expotte sur la black, lance Bill d’un air entendu.

             — Wouah ! Une super expotte avec des pochettes d’albums, ajoute Boule d’une voix mielleuse.

             — Des pochettes d’albums ?, lâche l’avenir du rock en proie à la consternation.

             — Oui, Average White Band, tu connais, avenir du croque ?

             — Mais c’est pas des blacks !

             — T’en connais, toi, des blacks, gros malin ?

             — Commencez par aller voir Jalen Ngonda, il est en concert dans l’coin... Putain les mecs, faites gaffe... Vous faites n’importe quoi...

     

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             Par contre, Jalon Ngonga sur scène, c’est pas n’importe quoi. Il est en train de devenir une superstar. Il a commencé petit, tout seul avec sa gratte sur scène, et le voilà désormais sur la grande scène, accompagné par des loups de mer. Le p’tit Jalen fait partie des mecs qui ont tout bon : il est black, très fin, il gratte des poux à sec sur sa Fender noire, il a les compos, il a la voix. Il ne lui manque rien. Sur scène, il est parfaitement à l’aise. Il balance ses infos d’une voix ferme et réussit à faire chanter la

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     salle sur son vieux hit, «Give Me Another Day». Il demande à la salle de faire «keep me», alors la sale fait «keep me». De temps en temps, il passe des solos capables de faire frémir les géants du jazz-Soul-funk, il gratte avec une attaque incroyablement moderne et classique à la fois, t’as de l’Eddie Hazel et du Leo Nocentelli dans son jeu, ça va très loin cette affaire-là. Au début on ne le prend pas au sérieux parce qu’il est très jeune, mais on doit vire ravaler sa morgue, car il se met à battre tout le monde à la course. On n’ira tout de même pas jusqu’à dire qu’il est assez hendrixien dans son approche du break de funk, mais on est assez tordu pour oser penser que si Jimi Hendrix s’était mis à jouer du jazz-funk à sec, il aurait pu sonner comme ça, sec et net, la peau sur les os, avec des tiguilis effarants d’efficacité. Oh et puis la voix ! Quand il s’assoit au piano pour chanteur une bluette, il nous fait un numéro de Marvin Gaye. Il a exactement le même timbre et le même génie du groove. Pire encore, il s’assoit une deuxième fois au piano et il nous claque une cover du «Look Of Love» de Burt, mais une cover complètement visitée par la grâce. Déjà que le cut est en lui-même l’incarnation de la grâce, alors avec le p’tit Jalen derrière, on imagine le travail. Ou plutôt non, on n’imagine pas. Il faut l’avoir vu de ses yeux vu. Pure magie du moment ! Ce sont ces rares instants que t’offrent les dieux du rock et la Soul qui font le sel de la vie. Ça justifie pleinement le fait d’être encore en vie. On ne quitte pas de vue le visage du p’tit Jalen. Il incarne l’expressivité de la Soul. On sent bien que ce sera compliqué

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    de le voir plus tard, car il va devenir tellement énorme qu’il faudra se rendre dans les Zéniths et les usines à viande de cet acabit. Dommage, il va sans doute devenir célèbre, mais aura-t-il su conserver sa pureté ? Car c’est la pureté de son art qui frappe le plus. Il en a fait son fonds de commerce. C’est la troisième fois qu’on le voit et il tape toujours les cuts de son premier album. Depuis, il a enregistré pas mal de singles. Tous les cuts qu’il chante sur scène sonnent comme des classiques. C’est toute sa force. Il fait un carton avec «Mr Train Conductor», et en deuxième rappel, il claque son prochain single, «Burning Temptation». Tu sors de là effaré.

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    Signé : Cazengler, ngondole à Venise

    Jalen Ngonda. Le 106. Rouen (76). 15 mai 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - Satanic majesty

             À force d’errer dans le désert, on finit par ne plus croire aux surprises. Les erreurs qu’on y croise sont toujours un peu les mêmes. Au bout de quelques années, l’avenir du rock en est arrivé à cette conclusion : la pire menace n’est pas la soif, mais la routine des erreurs. Alors qu’il commence à sombrer dans le plus noir des fatalismes, une silhouette familière apparaît au loin. Elle ondule dans l’air brûlant. Bernard Pavot ! Arrivé à quelques mètres de son animateur favori, l’avenir du rock s’exclame d’une voix chantante :

             — Ah ça par exemple ! Nanard ! Quik tu fous là ?

             — Je vous le donne en mille, avenir du rock ! Je vous cherchais !

             — Mais pour quoi faire, mon Nanard ?

             — Pour vous entendre gloser sur l’errance, bien sûr ! Regardez, j’ai amené mon dictaphone, comme ça je pourrai enregistrer notre entretien, et le diffuser dans le prochain numéro d’Apostroumph !

             — T’es bien gentil, mon p’tit Nanard, mais tu veux que j’te glose de quoi ?

             — Glosez-nous des erreurs, des destins foudroyés, des légendes oubliées, des âmes perdues, des fétus emportés, des fœtus dans les chiottes... 

             — Ah c’est pas donné à tout le monde de dev’nir erreur, mon vieux Nanard... Tiens j’ai même inventé un dicton : Erre dur, erre mou, mais erre dans l’trou ! Pas mal, hein ?

             — Ah ça, bravo, avenir du rock ! En auriez-vous un autre en magasin ?

             — C’est bien parce que c’est toi, mon Nanard... ‘Coute bien celui-là : Errer c’est facile, c’est pas cher et ça peut pas rapporter gros.

             — Auriez-vous croisé des erreurs célèbres dans le désert ? 

             — Oh ya pas mal de gros débiles qui circulent dans l’coin. Comme par exemple Sylvain Tintin porté par les quatre frères Bikila. Ça vaut l’coup d’œil, mon Nanard !

             — Ah mais c’est le même principe qu’Arthur Rimbaud...

             — C’est pas faux mon Nanard, mais entre nous, j’vais t’faire une confidence : j’en pince plus pour Arthur Satàn !

     

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             Brillant album que ce Journey That Never Was. T’es vite frappé par la profondeur de champ. L’Arthur fait entrer la grande cisaille satànique dans «The Killer», c’est

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    puissant et chanté à l’overlord, ça monte en saturation et ça plonge dans une mer de wah. Ah les paquets ! L’Arthur tape une pop anglaise d’une ampleur considérable. Il en explore tous les sous-continents. Il invente un nouveau genre : la pop satànique. Il pourrait s’appeler Lucifer Sam. «Losing Hand» est nettement plus profilé sous le vent. L’Arthur chante là-haut, on en attrape le torticolis. On flashe sur l’intro de «Lovely Suzy», il gratte des poux de pro. C’est même très beatlemaniaque, nourri de poux harrisoniens et de chœurs du doux. Des poux claironnants saluent «Son Of The Atom» qui est aussitôt dévoré par le bassmatic de Moloch. Demented ! L’Arthur adore se fondre dans le lagon emblématique, comme le montre encore «After The Night». Il reste extrêmement ambitieux. Il aspire aux plus hautes fonctions. Pouf ! Voilà qu’il fait les Move avec «Glamosaurus Rex». Brillante atteinte à la sûreté de l’étain. Ah on peut dire que ça gicle ! T’en prends plein la vue. Mais c’est quand même pas le White Album. L’Arthur trace sa route dans son coin. Globalement, il tape une pop offensive qui ne fait pas de cadeaux, une pop du genre bing-in-the-noze. Il tente parfois de se faire passer pour un poète préraphaélite, mais c’est un voyou tatoué. Et c’est tant mieux. Il revient à sa chère heavyness avec «To Please You All». il ambitionne le classique anglais des seventies, c’est intéressant, mais gare au torticolis. Nouvelle surprise avec «The Pagan Truth», un pop bien sautée, bien drue, dotée d’un gros développement et ça bascule dans la démesure. Son truc c’est la démesure, comme le montre encore le cut final, «It’s Over (The Last Dance)».

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             Forcément, tu te demandes comment il va pouvoir jouer tous ces cuts très produits sur scène. Ça paraît impossible. Le mystère s’éclaircit rapidement : il les joue, mais en version nettement plus rock, il leur rocke le boat à gogo, et comme les compos sont bonnes, ça te sonne les cloches. C’est même le tocsin ! Il retrouve tout le power du temps d’avant, celui de J.C. Satàn. C’est tout juste si tu reconnais les cuts, tellement le power scénique les transfigure, tu dois dresser l’oreille pour capter les paroles, et pouf

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     t’as «Lovely Suzy» qui semble avoir bouffé des épinards, comme Popeye, ça culmine et ça fulmine. Avec «Son Of The Atom», l’Arthur et ses mighty copains ravagent la plaine, ça percute les attentes de plein fouet, ça bouillonne dans les tubulures, glou glou glou, ça tranche dans le vif, schliff schlaff, et grosse cerise sur le gâtö, l’Arthur passe des killer solos flash d’antho à Toto sur sa petite Tele, il est comme un poisson dans l’eau, un espadon gorgé de power, plein d’écailles, invincible, il fonce dans le tas, il étripe Hemingway, rien ne peut l’arrêter, il arrive sur terre et affronte l’armée des petits squelettes, il halète au beau milieu de la mêlée et semble surpris quand Dionysos, le dieu du chaos, donc du rock, se penche vers lui pour le sacrer superstar, eh oui, c’est un set qui vacille à chaque instant au bord du gouffre, ils sont à la limite d’une extrême démesure. Le show est sidérant. L’Arthur dépasse encore toutes les attentes avec le

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     fervent «Glamosaurus Rex», il replonge dans sa vieille heavyness, t’en verras pas souvent des petits Gods of Hellfire de son acabit. Il fout le feu à tous ces cuts soigneusement enregistrés. Sur scène, ça devient des boules de feu. Il allume «The Pagan Touch» et vlloooooooffff !, les imaginaires s’enflamment. Il fait de toi une boule de suif.

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             Il existe un autre album, So Far So Good, qui, date de 2021. On retrouve l’esthétique de la pochette dessinée, avec le combat des petits squelettes. C’est du Breughel punk. On en examine tous les détails. L’album démarre avec deux coups de maître, «Summer» et «Free», tous les deux terrifiants d’à-propos, très anglais, ambitieux, presque progressifs. L’Arthur y gratte des accords interlopes. Avec «She’s Long Gone», il flirte avec Fairport Convention et boom, il renoue avec l’heavy stomp via «She’s Hotter Than The Sun». Il ramène son vieux beat des forges et là, miam miam ! Il te sature tout ça de power seventies. Il explose les annales du rock anglais. Il creuse encore son sillon avec «The Boy In The Frame» et termine en mode belle petite pop offensive avec «Time Is Mine» et deux autres cuts moins signifiants.

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    Signé : Cazengler, Satandait pas à ça

    Arthur Satàn. Le 106. Rouen (76). 7 mai 2026

    Arthur Satàn. So Far So Good. Born Bad Records 2021

    Arthur Satàn. A Journey That Never Was. Born Bad Records 2025

     

     

    *

    Wizards & True Stars

     - Le roi George

     (Part Three)

     

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             La sortie de Dark Horse correspond à une tournée américaine désastreuse : le roi George n’a plus de voix, mais il tourne quand même. Thompson parle d’un «badly strained bark» en guise de voix et d’une «truly terrible cover» du «Bye Bye Love» des Everly Brothers. Thompson ajoute que Dark Horse was «sloppy and disjointed». Dylan fait encore la différence avec Blood On The Tracks. Et Thompson enfonce son clou dans

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     le cercueil en ajoutant que «Dark Horse  marked the start of a rapid commercial decline.» - It flopped spectacularly in the UK - pas d’hits sur Dark Horse. Il chante «Simply Shady» à l’éplorée. Il fait du Weirdy Weird avec le «Bye Bye Love» des Everlys et les autres cuts du balda ne marchent pas. La B retombe aussi comme un soufflé. Ainsi va la vie.

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             Pour soigner sa voix, le roi George fume des Disque Bleu, du reefer et sniffe des tonnes de coke. Il traverse une mauvaise passe : le business de Beatles qui part en sucette, Allen Klein qui le poursuit en justice et le split avec Pattie Boyd. Avec en plus une tournée américaine toute pourrie - The show didn’t work. The flow was all wrong.

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             Puis il enregistre Extra Texture (Read All About It) avec les mêmes (Keltner, Voormann, Gary Wright), + Jesse Ed Davis et Tonton Leon. «You» est encore un cut rescapé des Ronnie Spector Sessions de 1971. Le roi compte : one, two, three, et c’est vite Harrisonien. Pas de voix mais du spirit. Ça décolle. Pas de texte. You ! Gros niveau. Beatle George est de retour. Il fait partie des gens qui t’inspirent le plus profond respect. C’est pas les Stranglers ! Le roi George travaille sa pop au corps. On est encore au temps d’Apple Records. «This Guitar (Can’t Keep From Cryin’)» sonne comme un enchantement. Il gratte les poux du White Album. Les dynamiques sont les mêmes. On se régale du bassmatic de Klaus Voormann sur «Ooh Baby (You Know That I Love You)». Fantastique présence. Le Klaus double toutes ses notes en escalier. Ça reste de la Beatlemania divine, quoi qu’en disent les cons. Il ramène encore toute la Beatlemania dans ce fantastique balladif qu’est «Can’t Stop Thinking About You». Quelle profondeur de champ ! Il reste dans le spirit du White Album avec «Tired Of Midnight Blue». Beatle George tortille bien sa pop. Il reste terriblement crédible, et maintient cette belle distance vocale par rapport à ton oreille. C’est un son très libre.

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             Quand il amène Thirty Three & 1/3 chez A&M en 1976, il découvre qu’A&M le poursuit en justice pour «rupture de contrat», tout simplement parce qu’il est un peu à la bourre : deux ans de retard. C’est un prétexte. A&M veut se débarrasser de lui et de son label Dark Horse. Ça ne se vend plus. Ils sont à moitié cons les mecs d’A&M, car t’as trois Beautiful Songs sur Thirty Three & 1/3, à commencer par «True Love», où il ramène ses poux du paradis. Alors ça redevient magique. Encore de l’enchantement avec «Pure Smokey» et il part en suspension avec «Learning How To Love You». C’est un expert de la lévitation. Il passe en plus un solo d’espagnolade. On en connaît beaucoup qui aimeraient bien sortie trois Beautiful Songs sur un album.

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             Il continue son petit bonhomme de chemin avec l’album sans titre George Harrison, «hardly destined to be a major event in anybody’s life.» Il tourne désormais à la moyenne de trois hits par album. Le coup de génie du sans titre, c’est «If You Believe», hard pop royale avec les fameux poux chantants. C’est de la pure Beatlemania. Tu trouves en A le fameux «Not Guilty» célèbre pour avoir été rejeté du White Album. Incompréhensible ! C’est un cut doux comme un agneau, bien balancé, summum du smooth harrisonien. Et le troisième hit qui est une Beautiful Song s’appelle «Dark Sweet Lady». Délicatesse extrême et enchantement, voilà ce qu’on peut en dire.

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             Le roi George va se remonter le moral et les bretelles avec l’épisode Monty Python. Il se lie avec Eric Idle, le plus rock de la bande. Ils pondent tous les deux «The Pirate Song» et le roi George y tient le rôle de Pirate Bob. Puis le roi George va prendre un risque énorme pour financer The Life Of Brian. Afin de garantir le prêt de 400 000 £, le roi George met tout ce qu’il possède dans la balance. Coup de pot, le film marche et il réinvestit les bénéfices dans le film suivant.

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             Thompson enterre encore Somewhere In England, «a weak, rather ugly-sounding record.» Au moins comme ça, les choses sont claires. N’en déplaise à Môsieur Thompson, un hit se niche dans l’album : «All These Years Ago». Avec cette pop onctueuse, la magie est de retour. Encore un cut digne du White Album. On trouve aussi des échos de Beatlemania dans «Unconsciousness Rules». Eh oui, Thompson, on va t’offrir des coton-tiges pour Noël. En B, t’as encore deux bonnes surprises : la belle pop fraîche et pimpante de «Teardrops» et «That Which I Have Lost» et ses ensorcelantes parties de guitare. Et au bout de la B, le roi George ressort sa voix magique pour sauver le monde avec «Save The World».

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             Ça continue de se dégrader, selon Thompson, avec Gone Troppo, qui est dit-il, «a commercial catastrophe». Pourtant, «Circles» sort des Esher demos de 1968 : fil mélodique imbattable. Le roi travaille dans son coin. C’est vrai que l’album désarçonne avec le «Wake Up My Love» un peu synthétique d’ouverture de bal. On entend des synthés, mais t’as des vieux relents de Beatlemania dans les remontées. Le roi George reste bien ancré dans son univers musical : gentle pop Beatlemaniaque avec un état d’esprit. Il fait du cha cha cha Beatlemaniaque avec «I Really Love You» et dans «Greece», tu vois les poux Harrisoniens s’écouler dans la vallée des plaisirs. Le roi George est un roi lumineux. Belle attaque Harrisonienne sur «Mystical One». Il cultive sa nonchalance Beatlemaniaque. C’est éclatant ! Et voilà l’hit : «Unknown Delight», claqué aux accords royaux. Son unique. Et la voix arrive comme aux grands jours du White Album. Là, t’as la magie.  Quelle merveille ! Ce hit absout l’album de tous ses péchés. Tu te régales de ce claqué de poux si particulier.

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             C’est Jeff Lynne qui produit Cloud Nine. Il demande au roi George de mettre le son de sa douze Ricken en avant dans le mix. Ils font l’album à deux, avec Keltner et Ringo au beurre et Gary Wright aux keys. Sur la pochette, le roi George pose avec sa vieille Gretsch Duo Jet, qu’il avait achetée en 1961, mais tout le reste «had a modern make-over», nous dit Thompson en rigolant : «The font, the shirt, the teeth, the backdrop and the shimmering shades are all quintessentially Eighties.» Gered Mankowitz signe la photo de pochette. Bon c’est vrai que «That’s What It Takes» pue l’Elton John et le Clapton. Cloud Nine est un album de fast pop rock. Pas d’hit. Pas de Try Some Buy Some. Avec «Just For Today», Beatle George règne sur l’océan. Retour à la mélancolie harrisonienne avec «Someplace Else», mais sinon, on croise pas mal de cuts qui ne servent à rien.

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             Puis le roi George refait un bond dans l’histoire avec l’épisode Traveling Wilburys. Il lance le projet - The band was Harrison’s baby - et se pointe avec une idée de cut, le fameux «Handle With Care». Jeff Lynne : «George had half a song ready to go. We finished it in Bob Dylan’s garage, recorded it there and then wrote the words after dinner.» Puis ils vont avec Roy Orbison séjourner dans la baraque de Dave Stewart à Los Angeles. Ils vont faire deux albums à deux ans d’intervalle, mais hélas, Roy Orbison va casser sa pipe en bois entre les deux. Ils pensent à Del Shannon pour le remplacer, puis à Roger McGuinn, mais McGuinn n’a pas le temps.

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             Les trois Beatles survivants se retrouvent pour Anthology (dont on reparlera ailleurs) et on aura même droit à un album posthume du roi George, le bien nommé Brainwashed, «a brave and characteristically honest record, both warm and spilky.» Thompson parle même d’un «most enjoyable solo record since the mid-seventies.» C’est vrai que l’album est solide. T’as Jeff Lynne et Jim Keltner, derrière, plus le fils Dhani on Harrison guitar. Ça démarre avec un «Any Road» joyeux et posthume. Come that plenty of guitars!. Il repart en mode White Album avec «P2 Vatican Blues». La magie est intacte. T’en en pleine Beatlemania, dans le ton et dans le son. Et dans le tact. Le merveilleux roi George te met sous tension avec «Rising Sun». Il chante son indépendance. C’est la Beautiful Song de service, avec le solo Harrisonien. Dans «Pisces Filsh», il se dévoile : «I’m a pisces fish and the river runs through my soul.» Il passe en mode instro magique avec «Marwa Blues». C’est le roi qui gratte. Retour à la pure Beatlemania avec «Stuck Inside A Cloud». Il s’érige magnifiquement, t’es frappé par la grâce du cut, du chant, du son - Talking to myself/ Cryin’ as we part - Il passe en mode boogie de White Album pour «Between The Devil & The Deep Blue Sea». Nous voilà au sommet du good time britannique, avec un solo de Mark Flannagan. Et cette belle aventure humaine s’achève avec le morceau titre qui est plus corsé, il rocke de vieux boat de Beatle George dans une fantastique ambiance. Ça joue à jets continus, avec des coups de banjo et un Dhani plus royal encore que le roi George.

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             Côté héritiers, Thompson ne cite que Kula Shaker, le groupe de Crispian Mills. Et si on l’interroge sur Oasis, le roi George reste assez circonspect, «suggesting Oasis weren’t very interesting» et qu’ils s’en sortiraient mieux sans leur chanteur Liam Gallagher, «the silly one». Vexé, Liam traite le roi George de «fucking nipple». Il dit que le jour où il va rencontrer George, «I’m gonna stand on his head and play golf.»

             Et puis quand John s’est fait buter au Dakota, le roi George a tout simplement disparu de la circulation. Gone. 

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             La mort va continuer de s’en mêler, avec des rafales de cancers : Maureen Starkey en 1994, puis Derek Taylor, puis Linda McCartney, puis le boyhood hero Carl Perkins. Puis un dingue entre à Friar Park, un certain Abram qui voit les Beatles comme des sorciers. Les alarmes ne fonctionnent pas, mais Olivia, l’épouse du roi George, entend du bruit. Il descend voir. Il tombe sur Abram et se met à chanter Hare Krishna pour l’apaiser l’intrus, mais ça provoque l’effet inverse et le dingue saute sur le roi. Il lui défonce la gueule et l’attaque à l’arme blanche, alors Olivia arrive avec un tisonnier en bronze et frappe le dingue qui s’en prend à elle. L’épisode est violent et le roi George, miraculeusement vivant, n’en revient pas que ça se soit passé chez lui, après tout ce qui est arrivé au temps de la Beatlemania, les foules hurlantes, les menaces de mort, tout ce bordel insensé. Il est grand temps de quitter cette planète.

             Il la quitte en 2001. Le roi George casse sa pipe en bois à l’âge vénérable de 58 ans.

    Signé : Cazengler, Georges Harissa

    George Harrison. Dark Horse. Apple Records 1974

    George Harrison. Extra Texture (Read All About It). Apple Records 1975 

    George Harrison. Thirty Three & 1/3. Dark Horse Records 1976 

    George Harrison. George Harrison. Dark Horse Records 1979

    George Harrison. Somewhere In England. Dark Horse Records 1981 

    George Harrison. Gone Troppo. Dark Horse Records 1983

    George Harrison. Cloud Nine. Dark Horse Records 1987

    George Harrison. Brainwashed. Dark Horse Records 2002

    Graeme Thompson. George Harrison: Behind The Locked Door. Omnibus Press 2016

     

    *

    La teuf-teuf roule sans se soucier des orages apocalyptiques prévues par la météo. La route est sèche et archi-sèche comme les chaussettes de l’archiduchesse. Arrivé en un temps record. Je coupe le contact. Je n’aurais pas dû laisser m’envahir par cette pensée innocente : ‘’Tiens je ne connais rien de ce groupe, tout ce que je sais c’est qu’ils viennent de Bordeaux’’ à peine cette constatation m’a-t-elle traversé l’esprit qu’une diabolique giboulée inonde la chaussée. C’est mouillé comme une poule que je rejoins en courant le :

    3B

    (Troyes / 13 – 05 – 2026)

    THE SMART HOBOS

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             Mercredi soir, une date inusitée, peu de monde en entrant, mais l’affluence ne tardera pas et ceux qui seront venus ne regretteront pas cette soirée.

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             Premier problème. Sont trois à table à manger au fond du café mais à première vue il n’y a que deux instruments. En attendant de régler cette énigme de haute mathématique, mes yeux ne peuvent quitter la grosse caisse. Rien de particulier, si ce n’est le lettrage en grosses lettres majuscules, The Smart Hobos, normal c’est le nom du groupe, oui mais la rusticité et la naïveté de l’inscription évoquent indubitablement ces photos des combos de blues du début du siècle précédent, effet esthétique du hasard ou ces gars-là seraient-ils des pointures pointues qui ne laissent passer aucun détail…

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    Mon problème de mathématique est vite résolu. L’un occupe la chaise, l’autre se plante à côté de son upright bass, et le troisième reste debout, s’aboule avec une maraca dans chaque main. Ne perdent pas de temps commencent à jouer au plus vite. C’est alors que surgit le deuxième problème. Beaucoup plus épineux. Le son est clair, bien en place, sans cafouillage. Débutent indubitablement par un blues. C’est-là où dans mes méninges les Athéniens s’atteignirent, le doute surgit et se met à ronger mes neurones, un blues oui, mais est-ce vraiment un blues. Un blues rapide certes, on en a déjà entendu d’une turboïde plus opiniâtre, mais ce blues n’est pas un blues comme les autres. Non il ne lui manque rien, à vrai dire il est trop plein, mais plein de quoi ?

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    Intéressons-nous aux trois suspects méthodiquement de gauche à droite.  Premièrement Julien. L’est grand et filiforme droit comme un I majuscule, sa contrebasse, un véritable mastodonte le dépasse tout de même d’une coudée. C’est-là où le mystère s’épaissit, il slappe comme tout contrebassiste se doit de slapper, le coup est sec, ni méchant, ni tranchant, mais de bonne facture, je n’ai pas dit de mauvaise fracture, mais c’est quand il a fini sa frappe que le plus doux reste à faire. J’ignore comme il s’y prend, toute la soirée pendant de longues minutes j’ai fixé sa menotte, un coup franc et quand sa main quitte les cordes la grand-mère exhale un ou deux dixièmes de seconde plus tard comme un soupir velouté de volupté. Exactement comme quand vous caressez un chaton endormi sur vos genoux, vos doigts parcourent son échine et ensuite il vous semble entendre comme un soupir de bien-être au fond de son ronronnement. Pas de problème, le gars est doué, un artiste, est-ce le bois ou le cordier de son instrument qui résonne doucement sous son toucher, je l’ignore mais je pense avoir établi scientifiquement la présence de cette résonance.

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             Pas de chance nous passons à Geoffrey dit Lucky. Je vous rassure, ce n’est pas qu’il jouerait mal, il joue même très bien mais surtout beaucoup. Ne soyez pas étonnés par ce dernier adverbe. Je vous explique. D’abord vous vous dites, il est pénard avec sa guitar sur sa chaise. Oui, mais il chante. Oui, mais il souffle dans son harmonica. Oui, mais son pied gauche active la grosse caisse. Oui, mais son pied droit active la caisse claire. Tout ça en même temps, enfin à peu près. N’en concluez pas que c’est un one band man  puisqu’ils sont three men on stage, par contre osez l’expression double guitariste. Il n’a qu’une guitare, enfin deux puisqu’il en changera quand il aura cassé une corde mais je ne voudrais pas vous embrouiller. Je schématise : une fois il joue en haut et en noir et tout de suite après il joue en bas et en blanc. Bref une fois les cordes font le gros dos et pond des sons bien ronds, bien graves, et aussitôt après le chaud voici le froid, les cordent vous tintent une dégelée claire comme des cristaux de neige dans les oreilles. L’évidence vous assaille, Geoffrey synthétise entre autres dans son jeu l’essence fondamentale du rockabilly, cette espèce de déhanchement rhytmique, ce décrochage incessant qui alterne la succession de courtes séquences ultra-rapides entrecoupées de ruptures brutales, qui résonnent chaque fois comme une catastrophe sonique, le rocher jeté au milieu du courant qui détourne le fleuve de sa direction initiale et le catapulte vers un azimut inattendu mais secrètement espéré par l’auditeur.

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             Enfin Sébastien. Vous souffrez pour lui. Malgré son sourire épanoui. Il ne peut pas, il est impossible, il ne doit pas. Un traitement inhumain. L’a deux paires de maracas. Et c’est tout. L’en choisit une et illico presto il joint ses deux mains, effectue une espèce de moulinet incessant, une sorte de roulement à billes inarrêtable, interminable. Vous avez l’impression qu’il roule dans une invraisemblable perpétualité les dés inéluctables de l’attente décisitionnelle ininterrompue dans le cornet du destin. Au début vous vous dites, c’est sympa mais ça risque de devenir monotone. Au bout d’une minute vous comprenez que sans ce remuement infatigable il vous manquerait quelque chose, imaginez que marchant le long d’une plage, brusquement les vagues continueraient à moutonner et à déferler mais que la rumeur océanique, ce magistral bruit de fond quasi-cosmique viendrait à cesser, vous auriez alors l’impression que le cœur palpitant de la planète Terre se serait arrêté pour marquer par son silence le commencement de la fin.

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             Dans ses Pensées, Marc Aurèle le grand  empereur nous apprend que lorsqu’ une grande difficulté ou une grosse épreuve  surgit devant vous, il est vain de se lamenter, qu’il suffit de l’affronter en séquençant les multiples éléments qui la composent. Maintenant que j’ai dissocié nos trois mousquetaires je suis à même de résoudre l’irritant problème qui me turlupine. J’ai compris le trop plein de ce blues initial, qui fut d’ailleurs suivi d’un second assez identique, du blues certes mais aussi du rockabilly, du hillbilly, la musique des manipulateurs de serpents, du western swing, du country, du rhythm ‘n’ blues, du rock’n’roll, bref toute la musique que l’on aime. Le blanc et le noir intimement mêlés. Z’ont quelques originaux et des reprises. Chaque morceau  possèdera sa dominante, un des ingrédients précipités s’adjuge la meilleure part mais aucun des autres n’est totalement absent. Nos habiles hobos, empruntent en même temps toutes les voies des chemins de fer de la musique populaire américaine. Sont comme des escargots (ultra-rapides, des escagrocks) qui emportent toutes les maisons musicales avec eux. Sont incapables de choisir. Veulent tout et en même temps. Des forgerons spécialisés en alliages rares.

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             Une anecdote significative : mes pauvres yeux n’arrivent pas à lire l’inscription qu’arbore le T-shirt de Geoffrey, je déchiffre avec difficulté, For Ever Hillbilly. Je doute de moi. Je demande à un copain, il n’arrive pas à déchiffrer d’un seul coup, les lettres se confondent plus ou moins serties dans des carrés noirs et et orange, Larry Williams me répond-il enfin. J’émets un doute, ne serait-ce pas Hank Williams. Mais non, il s’agit bien de Larry Williams, quand je m’approcherai à l’inter-set mes doutes s’évaporent, il y a même le portrait de Larry Williams avec sa magnifique pompadour. D’ailleurs plus tard nous aurons droit à un titre de Larry et un autre de Bo Diddley. Racines noires et blanches intimement mêlées.

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             Geoffrey chante. Un beau phrasé, un vocal parfaitement maîtrisé. Mais comment fait-il entre sa guitare, son harmonica et ses tambours pour être si disponible à tout ce qu’il entreprend en même temps, à chacune de ses actions ? Mais ce n’est pas tout. Il parle. Plus exactement il saisit la balle au bond. Vous fait ce que l’on appelle des arrêts de mort. Subite. Faut avouer que la zique de nos avisés Hobos contente tout le monde et toutes les chapelles rock. L’ambiance est chaude. Ça crie, ça hurle, ça danse, ça discute, ça rit. Chacun manifeste sa satisfaction à haute voix. Geoffrey a de l’humour, Sébastien le seconde bien, quant à Julien il se contente de sourire, mais un de ces sourires complices qui vous fait du bien sans que vous sachiez pourquoi au juste. Toutefois nous laisserons le dernier mot à Béatrice la patronne. Z’ont aligné trois sets impeccables, personne ne veut les lâcher, peut-être aurions-nous dû les retenir en otage.  Comment cette idée simple ne nous est-elle pas venue à l’esprit. Nous aurons notre rallonge de picotin, Béatrice est montée au créneau, elle a quitté le bar, s’est avancée et a lâché la phrase définitive qui tue : ‘’ Vous n’avez qu’à ne pas être bons !’’

             Alors, comme ils sont bons, ils se sont exécutés !

     

    Damie Chad.

    Merci Duduche pour les photos !

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    EARLY 50’S STUFF

    THE SMART HOBOS

    (CD / 2022)

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    Belle pochette. D’une simplicité exemplaire, deux mecs debout devant une palissade. Déjà vous vous croyez à OK Corral, leurs chapeaux de cowboy confirment l’imagerie country et western, toutefois il y a un hic qui fait toute la différence et toute la beauté, leur pose hiératique, ils ne se regardent pas, à eux deux sont comme le Dieu romain Janus dont l’unique visage possède deux faces dont l’une était tournée vers le passé et l’autre vers le futur, l’impression est confirmée par la surexposition de la photo qui leur confère la blancheur d’une statue de pierre antique. Certes les anciens peignaient et parfumaient leurs sculptures, seraient-ils allés jusqu’à oser pour une telle reproduction une douce fragrance de crottin de cheval, en tout cas nos deux hobos fûtés évoquent la statuaire grecque.

    Old stuff is good stuff, souvent old stuff is stuffefiant !

    Geoffrey Lucky Pepper : vocals, guitare, harmonica, drums / Julien Bourousse : contrebasse.

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    Merle Travis

    Nine pound hammer : l’original de Merle Travis, un des rois du pickin’, né en 1917 décédé en 1983, est sorti en 1952) : je préférons la version hoboïque,  Merle la chante du bout des lèvres, ce qui compte pour lui c’est de nous filer son jeu de pickin’  une démonstration de tout ce qu’il est capable de faire en moins de trois minutes, la version des hobos forme un tout beaucoup plus harmonieux, guitare et chant sont à égalité, mais la contrebasse de Julien et les deux lampées d’harmonica habillent le morceau pour l’hiver. Vous pouvez tout de même l’écouter en maillot de bain. En hors-sujet je remarque que le titre de ce morceau serait idéal pour un album de metal. Stack a record :  une reprise de Tom Tall (1937 – 2013), natif du Texas, entre 1954 et 1975 a publié une trentaine de 45 tours, Bear Family lui a consacré deux anthologies, l’a enregistré Stack a record en 1958 sur  Crest ce qui lui a permis d’avoir Eddie Cochran comme musicien : en tout cas ce qui est sûr c’est que la voix paraît un peu vieillotte comparée à la guitare, Tom Hall raconte plus qu’il ne chante, lui manque l’urgence du phrasé rockabilly :  ici c’est le contraire le vocal s’adjuge la part du lion, l’harmonica prend un peu la place de la guitare, Geoffrey respecte quand bien même l’ambiance pré-rockabilly, la voix davantage mordante mais il n’en profite pas pour saigner la barbaque à mort. Bumbershoot : est un morceau de Phil Spector enregistré sur Imperial (quel hasard, Julien portait un T-shirt Imperial !) en1958 sous le nom de Phil Harvey : cette version nous propulse quelques années plus tard, très surfin’ baby, mais l’instrumental n’est pas vraiment un aircraft paré pour l’envol : faut l’avouer, nos deux Hobos sont plus performatifs que Phil Harvey, leur version sonne beaucoup plus, au 3B en direct elle fut particulièrement appréciée, elle ne surpasse pas le futur mur du son spectorien mais elle casse des briques. You gotta pay : Benny Barnes (1936 – 1985) n’a enregistré qu’une dizaine de singles. L’on sait peu de choses sur cet enfant du Texas, à part qu’il a été vu sur la scène du Louisiana Hayride et qu’il fut l’ami de George Jones : sur Starday paru en 1958, le genre de morceau que l’on se repasse une dizaine de fois, guitare sonnante, incisives pianistiques, chœur féminin tout est là pour vous séduire : nos Hobos font tout pour s’aligner en pole position mais ils n’ont point de chœurs féminins, sont plus roots que la version initiale qui sonne un peu pré-beatles. S’en tirent avec les honneurs de la guerre.

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    Baby goodbye : morceau de Hi Strung Ramblers qui a sorti en 2005 un album titré Hobo Bop – tiens-tiens – chez Wild Records : des énervés, des ricains à la fibre espagnole, des matadors sanglants : nos hobos ne rechignent pas à descendre dans l’arène, eux aussi vous expédient el toro en trois minutes, repartent avec la queue et les deux oreilles. Heart o matic : les gens qui affirment que le lion est le roi de la jungle ont tort, indiscutablement c’est Bo Didley : sur ce morceau le grand Bo est amoureux, se frotte un peu contre un baobab ce qui produit une espèce de barrissement éléphantesque mais il se tient bien : nos deux hobos adoptent une attitude un peu plus virile mais ne déracinent pas les cocotiers non plus, mais comme Bo s’est servi trente secondes d’un harmonica, Geoffrey en profite pour donner libre cours à ses racines bluezy, déjà qu’à écouter le vocal on le confondrait avec Bo, que voudriez-vous de plus ! Three alley cats : Roy Hall (1922-1984) est connu pour deux exploits mémorables : avoir composé Whole lotta Shakin goin’ on et avoir trouvé Elvis Presley  particulièrement nul en 1954 : ne nous laissons pas emporter par une ire vengeresse, ce morceau est méchamment en place, ce gars avait tout compris, enfin presque tout…  : soyons francs, difficile de faire mieux, Geoffrey est rusé, l’en donne une version qui semble avoir été enregistrée cinq ans avant, à l’époque tout allait très vite, très réussie mais elle n’atteint pas l’ampleur instrumentale de l’originale.  Normal, sur ce coup les Hobos sont des précurseurs. Tornado : (A. Anderson – J. Hedges) : l’interprétation de ce morceau a occasionné une grosse houle (force 10) au 3B, the Jiants l’enregistrèrent en 1959, ce 45 tours fut leur  unique disque : quand on a dans les oreilles le souvenir de la boule de feu que fut ce Tornado l’on est un peu déstabilisé par l’écoute de l’original qui paraît un peu fouillis, par contre le gars au piano est un as : la version est davantage ramassée et racée, joyeusement foutraque aussi, toutefois sur la fin une bonne guitare ne peut pas rivaliser avec un piano fou et déglingué. You make it, they take it : Jerry Reed à ne pas confondre avec Jimmy Reed (1925- 1976) qui  connut une véritable gloire au début des années soixante. Jerry est né en 1937 et mort en 2008.  Gene Vincent lui a emprunté Crazy legs. Chanteur, compositeur, guitariste, acteur, Jerry Reed est un peu oublié par les temps qui courent. C’est dommage ! Elvis Presley a repris son Guitar man et son US Male : je regrette mais comparé aux deux morceaux précédents ce make it… m’a semblé un peu ennuyeux : Je préfère et de loin l’interprétation de nos deux Hobos, peut-être suis-je malade, toutefois le vocal et la guitare me semblent davantage affirmées et surtout moins monotones. Stumbling

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    block : (Lucille Dupree) : attention  Champion Jack Dupree (1908–1992) fut le premier album de blues que j’ai acheté, voici longtemps, Lucille Duprree qui composa le morceau fut l’épouse de Jack : quelle voix ce vieux Jack et quel pianiste, le morceau enregistré en 1955 sonne très rock : la version qu’en offrent les Hobos, elle dure quatre minutes, est une réussite parfaite, un bel hommage au vieux Champion. Merci les boys ! Attention, ne coupez pas quand le son disparaît… une belle surprise vous attend.

             Quand j’écoute des reprises j’aime à comparer avec les originaux. C’est ainsi que je procède (à l’extension du domaine de la lutte), peut-être ai-je tort, je peux toutefois vous assurer que pour ce CD vous n’avez pas besoin de suivre mon exemple. Il se suffit à lui-même. Amplement.

    Damie Chad.

     

     

    *

             Doit bien avoir une quinzaine de bouquins sur le stand. Tous sur Elvis. Ce n’est pas une denrée rare, un collectionneur qui se débarrasse de ses books. A-t-il renié ses amours de jeunesse. Non, il est mort et sa famille se débarrasse de ce qui ne les intéresse pas. Gide avait raison de déclarer : Familles, je vous hais ! Si vous ne voulez pas que cela vous arrive, déshéritez vos enfants ! Faut être juste, ces bouquins se ressemblent, grand format, maximum de photographies couleur. Lequel vais-je choisir ? Le choix n’est pas évident. Piocher au hasard ? Ce geste est bien peu mallarméen, respectons le grand Stephanos. C’eût été vingt livres sur Gene Vincent, je les aurais tous pris, ne rêvons pas. Soyons efficace, je farfouille, l’est bien caché, totalement recouvert sous les autres. Pourtant l’est épais comme un porte-avions, en plus l’auteur paraît être français, de toute évidence aucun cliché en rutilance kodachromique. Mon choix est fait.

    ELVIS MON AMI

    JACQUES DELESSERT

    (Editions Pierre-Marcel Favre / 1983)

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             Dissipons les malentendus. Le petit carré de présentation de la couverture est alléchant, le gars a rencontré  Elvis en 1959, il a établi des liens avec la famille Elvis, celle-là SVP ne la haïssez pas, ni une ni deux, quatre cent cinquante pages, aucune hésitation. On plonge. J’avale les cent premières pages en courant. Que du connu. Les premières années d’Elvis c’est celle que les rockers sont capables de réciter par cœur. On n’apprend rien, c’est comme un film que vous regardez pour la dixième fois, vous connaissez le début, le milieu et la fin mais vous ne vous en lassez pas. Le doute s’installe dans votre esprit, le gars il n’est pas un familier d’Elvis, juste une biographie comme une autre. Faut comprendre le titre comme le morceau de Dick Rivers intitulé : Mon ami lointain. Encore que le Rivers il a été vraiment présenté à Elvis. L’est des amitiés fondatrices et indestructibles, des passions, des admirations, des sympathies, des télescopages, des rencontres, des reconnaissances qui se déroulent davantage selon les plans d’un imaginal télépathique que sur la concrétude d’un ordre sordide et évènementiel.

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             Faut dépasser les quatre cents premières pages pour découvrir Jacques Delessert. L’est devenu fan de rock tout jeune en découvrant Bill Haley, puis, cheminement classique, Elvis Presley. Son premier 45 tours d’Elvis il le volera. Nous ne pouvons que le féliciter. Entre parenthèses avec tous les disques d’Elvis qu’il achètera par la suite, il l’a bien mérité. Entre la Suisse et l’Allemagne la distance n’est pas bien grande. En 1959, il se lance dans un grand raid : objectif militaire rencontrer Elvis sur sa base américaine. La fortune sourit aux audacieux. Il le rencontrera et prendra même une photo avec Vernon le père du King. Deviendra membre de plusieurs fan-clubs elvisiens, fondera même le sien. En 1982, il se rend à Graceland. Une fois encore la chance lui sourira....

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             Ces pages sont à lire, revenons à Elvis. Une simple biographie. Dans l’ordre chronologique, ce qui n’empêchera pas notre auteur vers  la fin de consacrer quelques thématiques à des thèmes traversaux : comme La Religion, ou La Maffia. Un livre de fan, Delessert ne se livre pas une analyse du phénomène presleysien ce qui ne veut pas dire qu’il ne l’aborde pas. Le livre est rédigé après la mort d’Elvis, le public francophone qui en son immense majorité n’entrave que couic à l’anglais est avide de renseignements, de faits, de détails sur la vie du King. Delessert sert les lecteurs affamés à volonté. Il livre toutes les connaissances qu’il a accumulées depuis des années. Ne donne pas un nom sans préciser quel est le rôle de l’individu. Agit à l’identique avec les décors. Au fur et à mesure que vous dévorez le bouquin vous vous sentez comme chez vous. En pays de connaissance.

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             Attention, ce n’est pas un livre sur la musique de Presley. C’est un livre sur Presley. Sur Elvis. Vous êtes dans le cocon du coton familial, du premier cercle, du deuxième et du troisième. N’oublie pas non plus le nom des domestiques. Le projo est sur Elvis et ne le quitte pas, hors d’Elvis le monde est vide. J’exagère, hors d’Elvis il n’existe qu’un groupe d’êtres humains : les fans d’Elvis. Le reste de l’Humanité n’apparaît que lorsque Elvis entre en communication avec un de ces zombies lointains et inutiles dont il révèle l’existence par le simple regard qu’il porte sur lui.  

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    Le Colonel + Elvis

             Dans une montre, toute pièce (boîtier, engrenages, aiguilles, remontoir) possède son utilité, le moindre élément est au service de l’heure. Dans le monde d’Elvis tout tourne autour d’Elvis. Prenons un exemple particulier : souvent les amateurs d’Elvis se plaignent du Colonel. Faut être franc, dans le livre de Delessert, Parker bosse sans arrêt. Il n’oublie jamais de se faire payer, il se paye tout seul car ce serait idiot de déranger Elvis pour quelques misérables centaines de milliers de dollars, l’est toujours en train de négocier un contrat, s’active à mort pour préparer les tournées, l’a toujours un désir d’avance sur les besoins d’Elvis.

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             Elvis a-t-il besoin du Colonel. Pas du tout, il a besoin de ses millions de dollars. Sachez faire la différence. Ce n’est pas qu’Elvis soit avide d’argent. C’est Dieu qui a besoin qu’Elvis ait de l’argent pour qu’il puisse être généreux avec le reste du monde. Parce que quand Elvis se montre généreux – par exemple il distribue des voitures de luxe un peu à n’importe qui – l’heureux bénéficiaire des largesses d’Elvis ne peut en toute logique que remercier deux personnes : Elvis bien sûr mais surtout  Dieu  qui permet dans son infinie générosité qu’il y ait sur cette terre de disgrâce des élus comme Elvis pour venir en aide à de pauvres pécheurs…

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    Elvis and Red

             Delessert a tenté de nous expliquer le fonctionnement d’Elvis selon la mentalité américaine. Nous propose aussi une autre explication. Tout enfant Elvis a été surprotégé par sa mère, l’est un gamin solitaire, sans ami, à l’école son copain West davantage costaud et déluré le protègera, sans Red West ce garçon étrangement habillé et un tantinet différent des autres élèves aurait pour employer une expression contemporaine été victime de harcèlements. Le succès est venu très vite. Elvis a su s’entourer. West est resté, petit à petit s’est créé autour de lui un groupe de boys, la fameuse maffia, qui ont été chargés de jouer le rôle d’intercesseur entre lui et le reste du monde.

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             TCB, ce sigle signifie Taking Care of Business. C’est une organisation mise au point par Elvis. Une espèce d’ordre de chevalerie, avec insigne et chaînette, en or évidemment, qui voit le jour en 1975. Sans doute parce que le King se rend compte que non seulement sa santé décline mais qu’elle affecte la qualité de ses shows. Chaque membre de la Mafia est chargé de tâches dont il ne doit pas s’acquitter au mieux, mais parfaitement. Près de deux cent cinquante personnes recevront cet insigne, soit parce qu’elles ont rendu un service éminent à Elvis, soit parce qu’elles font partie de la mise en place des tournées et des concerts.

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             Delessert n’en parle pas, mais je me demande si Elvis qui a l’habitude d’être servi au doigt et à l’œil ne développe pas des comportements paranoïaques. Elvis est en quel sorte prisonnier de son mode de vie. Pendant longtemps les évènements se sont déroulés comme un conte de fée. Une enfance pauvre mais heureuse. Brutalement tout change. Dès que les premiers succès arrivent dans l’euphorie d’une nouvelle existence une mécanique redoutable se met en place. D’autant plus effroyable que tout se déroule comme dans un rêve. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elvis est le roi du rock. Le public qui l’acclame, le suivra fidèlement au travers de toutes ses métamorphoses. Elvis n’est pas un révolutionnaire, même pas un révolté. L’est un américain moyen qui se trouve conforté dans sa vision du monde et ses agissements par la bénédiction de l’argent qui coule à flot. Une première blessure intime la mort de sa mère. Un deuxième obstacle le service militaire en Allemagne.  C’est alors que le Colonel sort ses cartes magiques et biseautées. Elvis vend encore des disques, mais il n’est plus le roi du rock. L’a gardé son public mais perdu son impact fracassant sur la société américaine. Le système a digéré le rock, il est à même de proposer des produits frelatés de substitution. Parker, ses  dents rayent le parquet du profit, propose une nouvelle orientation : le cinéma. Vise juste notre amateur de cigares. Elvis adore le cinéma, adolescent son rêve n’était pas de devenir chanteur mais acteur. Si les premiers films ne sont pas mauvais, ce ne sont pas non plus des chefs-d’œuvre du septième d’art. Bientôt suivra une kyrielle de navets… Comment Elvis s’est-il laissé embobiner dans une si mauvaise passe… La réponse est simple. L’argument de Parker est des plus décisifs : des mauvais films certes mais qui rapportent  un million de dollars à chaque coup… Ce n’est pas qu’Elvis aime l’argent mais il est incapable de renoncer à son mode de vie. Le King n’est pas un spartiate, la consommation est l’idéologie la plus prégnante de la société américaine. Son efficacité est redoutable. Elvis n’en est-il pas le symbole le plus éclatant. Parfois nos actes nous sont dictés à notre insu par des forces extérieures qui s’exercent sur nous et dont nous n’avons aucunement conscience. Elvis fut une victime d’autant plus consentante que son innocence lui interdit toute introspection méditative du phénomène qui l’accabla. La fulgurance de la gloire lui tomba dessus, elle  le submergea. Un bon petit gars qui touche le gros lot, son égo gonflé à l’azote le propulse vers des cimes inconcevables, le voici prisonnier de lui-même hors de sa native illumination. Ce dont Delessert ne doute point c’est qu’Elvis fut un grand artiste. Certes il avait une voix merveilleuse, elle lui permettait de chanter n’importe quoi. Il ne s’en priva pas pour alimenter les besoins de sa cagnotte. Chez Elvis la médiocrité confina au génie. Qui aurait pu interpréter mieux que lui certaines chansons de ses films. 

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             On attendait autre chose d’Elvis, il se contenta d’être ce qu’il était : Elvis. Il ne pouvait pas se surpasser. Il se duplicata. A force d’être reproduite les copies s’émoussent, même le marbre s’effrite. L’est sans arrêt en concert. La répétition, la fatigue, la lassitude, les médicaments, tout s’accumule. Elvis s’ennuie de lui-même mais il n’a plus la force de s’exhausser hors de sa léthargie créatrice. Au milieu des années soixante après son Big Boss Man il avait retrouva son énergie artistique. Avec son NBC Show, ses enregistrements avec Chip Momans, son étoile brille de son plus bel éclat, ce n’est plus la fouge de sa jeunesse mais l’accomplissement de sa plénitude. Le rock’n’roll ne l’attend plus, il a évolué sans lui.  La jeunesse se tourne vers d’autres groupes, vers une nouvelle musique qui ne correspond plus à la sienne… Il n’a pas changé, le monde a continué à vivre sa vie, sans bruit ou avec une tonitruance incongrue qu’il n’entend pas, à ses côtés…

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             Elvis meurt seul. Trahi par l’évolution du monde et les membres  les plus anciens de sa maffia. Il est vrai qu’il les a renvoyés, virés sans ménagement, sur un coup de colère. Une ire subite est mauvaise conseillère. Elvis était en colère contre lui-même. Plus exactement envers le monde qui pensait-il s’était incompréhensiblement éloigné de lui-même, alors que lui-même s’était, parce qu’il avait simplement continué à être simplement, ingénument Elvis, déconnecté du monde. L’on a envie de paraphraser la célèbre formule de Montaigne pour expliquer son amitié avec La Béotie, ‘’parce que c’était lui, parce que c’était moi’’, en ‘’parce que c’était le monde, parce que c’était Elvis’’.

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             Comme le Moi cartésien, Elvis est devenu à sa manière un invariant philosophique de notre monde. Autrement dit un mythe.  Une étoile noire, beaucoup plus astreignante que celle de Bowie, qui brille plus fortement que toutes les autres dans la voûte stellaire de notre modernité. Même lorsque nous fermons les yeux, elle nous baigne de son aura obscure. Maléfique ou bénigne son influence reste suspendue au-dessus de notre horizon.

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             Remercions Jacques Delessert de nous avoir, par son livre de fan transi d’une acuité sans pareille, permis de pénétrer  bien plus intensément dans les zones d’ivoire et de corne du rêve nervalien, celles qui s’entrouvrent et nous entraînent plus avant dans les sombres et mystérieuses landes de la solitude et de la mort...

             Un livre à méditer.

    Damie Chad.