KR’TNT !
KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

LIVRAISON 753
A ROCKLIT PRODUCTION
SINCE 2009
FB : KR’TNT KR’TNT
29 / 10 / 2026
LITTLE VICTOR / ASTEROID # 4
CANDI STATON / BOB MOULD / CHRIS FARLOWE
SECRETS OF LOST EMPIRES / ROBERT PLANT
NO HIT MAKERS / LANGSTON HUGHES
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Livraisons 318 – 729 sur :
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Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images
The One-offs
- La little victoire de Little Victor

Il y a de cela dix ans, nous nous rendîmes Laurent & I (hello Laurent) à Roubaix pour assister au Vintage Weekender qu’organisait le Dustaphonic Yvan Serrano dans un charmant bâtiment industriel datant du XIXe siècle : la Condition Publique. Le maire l’avait restauré, mais pas trop. D’où le charme. Yvan Serrano proposait une affiche incroyablement qualitative : rockabilly avec Pat Capocci, Memphis blues avec Little Victor et un cover-band d’Otis venu de Londres. À tout cela s’ajoutait du garage, du ska blanc, du rootsy blues et un certain Al Foul venu spécialement d’Arizona. Mais c’est bien sûr le nom de Little Victor qui nous avait appâtés.

On s’était régalé de son album paru sur Wild, Let’s Get High, et du suivant, Boogie All Night, dont on a dit le plus grand bien ici même. Et ne faites surtout pas l’impasse sur les deux albums qu’il a enregistrés avec Louisiana Red, Back To The Black Bayou, et Memphis Mojo. Deux bombes atomiques.

Il arriva enfin sur scène, avec un son froutraque typique de Memphis et de Dickinson. Little Victor portait un gros costard bleu-gris, un fez panthère égyptien, des grosses pompes bicolores, des bagues à tous les doigts et une espèce de cape en plastique blanc. T’avais là un authentique bouffeur d’écran, un showman extrêmement spectaculaire. Il avait recouvert sa guitare de fourrure, comme le fit à une époque Billy Gibbons. Il chantait dans un micro qui descendait tout seul parce que le pied de micro était foutu, mais il chantait quand même, il balançait ces blues de gras double dignes de ceux que Wolf enregistra chez Sam Phillips. Little Victor jouait comme un dieu, et une jeune française nommée Little Lou vint duetter avec lui sur un beau «CC Rider». Tout cela restait terriblement bon esprit. T’en revenais pas de voir autant de classe. Mais il y avait un hic : ce n’était pas la foule des grands jours.
Après le concert, nous assistâmes, sidérés, à un triste spectacle. Little Victor s’installa au merch derrière une toute petite table pour vendre son dernier album, Boogie All Night. Il n’en vendit que DEUX. Les gens ne venaient le voir que pour faire des photos avec lui et il s’est prêté à ce rituel imbécile avec la patience d’un ange de miséricorde. C’est terrifiant de voir un artiste aussi brillant vendre si peu de disques, même si on sait que Roubaix est l’une des villes les plus pauvres de France. Laurent & I sommes repartis écœurés. Ce spectacle nous donna la nausée.
Philippe nous apprendra peu de temps après la grande nouvelle : Little Victor est le cousin de Tav Falco. Tout s’explique.

Quand on flashe sur un mec comme Little Victor, on s’arrange pour tout écouter, comme on l’a fait avec son cousin. Tout ça veut dire TOUT. Malheureusement, t’as pas mal de disks qui ont disparu des radars, notamment son Tribute à R.L Burnside, et ses deux premiers albums sur Blue Rabbit. Pour une raison qui nous échappe, les gens préfèrent Indochine à Little Victor. Ça te fout en rogne d’avoir à avaler ça.

Et puis un jour, tu rapatries ce fabuleux EP qui s’appelle Blues Shakedown. Little Victor porte une casquette d’amiral, comme Chucky Chuckah à la fin de sa vie, et tu prends «Boogie All Night Long» en pleine poire : il tape un boogie downhome, à tendance primitive, il avale bien ses mots. L’édentée n’a pas de secrets pour lui. Puis il chante «I’m Gonna Let You Go» au jeté de menton, il éructe son boogie blues avec toute l’hargne d’un pur white niggah. Tu retournes la pochette et là tu tombes sur un fantastique éloge de Little Victor, un texte signé Tav Falco, comme par hasard ! Arrimez vos lorgnons, les gars, car Tav swingue son texte : «You just laid hands on the new disc of Little Victor & His Combo. Whew! Nobody else is cutting an original juke joint barrel house groove like this, friends. Like a steppin’ razor.» On savait que Tav était un fantastique écrivain, mais à l’écoute du juke joint barrel house groove de son cousin, il se surpasse. Il écrit ça en claquant des doigts : «This new blues from Little Victor composed within the traditional genre is lyrical, shakey, lush, inventive, sleek/swamp/slope head-jive; rang-a-tang, blue-gum, blue balls, blue blood.» T’as vu comme ça swingue ? Et il repart de plus belle : «This is the loosest, most esoteric & raunchy yet from Little Victor, an artist obviously at the height of his power as a guitarist & harp player and a singer of extraordinary darkness & wit.» Et il chute ainsi : «Those long, hot days wailing on Beale Street have paid off in spades for Little Victor: he’s got the tone, he’s got the moan, he’s got a black cat bone... Look out for your happy home.»
Signé : Cazengler, Little Victorve
Little Victor. Blues Shakedown. Boogie All Nite Long/I’m Gonna Let You Go/Iraq Blues/Swamp Twist. Witchcraft International 2007
L’avenir du rock
- Torride Asteroid
Vous allez sans doute vous demander ce que l’avenir du rock est allé foutre dans l’espace. Qu’il aille traîner dans le désert ou dans les montagnes du Colorado, ça se conçoit, mais là-haut, dans l’espace, quelle mouche peut bien le piquer ? En attendant la réponse, suivons ses pérégrinations. C’est exactement comme dans les films : il se déplace en silence, avec le velouté des gestes. Il pilote un petit scooter intersidéral que lui a prêté HAL, l’ordinateur qui a pris le contrôle de Discovery et qui bosse maintenant pour son propre compte. HAL a viré Stanley Kubrick qui se faisait du blé sur son dos. L’avenir du rock s’entend bien avec HAL, ils partagent tous les deux une haine viscérale des exploiteurs. Vous vous doutez bien que l’avenir du rock n’est pas là pour faire du tourisme. Il cherche quelque chose. Dès qu’il repère un objet volant, il fonce droit dessus. Oh tiens, en voilà un ! Il se colle au hublot et tapote trois fois. Une tête apparaît. L’avenir du rock le reconnaît : c’est Major Tom. Il a l’air complètement déprimé. L’avenir du rock parvient à établir un contact radio avec lui. Major Tom se met à chanter :
— Planet Earth is blue/ And there’s nothing I can do...
Ça se met à grésiller.
— Ah les dépressifs !, soupire l’avenir du rock, quelle plaie !
Et il repart vers un autre point lumineux, là-bas. Il met la gomme et s’en rapproche rapidement. Oh ça par exemple, c’est un mec assis dans un siège éjectable. Il a l’air paumé, mais il sourit. Il a même l’air complètement radieux. L’avenir du rock s’approche de plus près pour lui parler :
— Oh mais je vous reconnais ! Vous êtes George Clooney et votre navette Explorer a été bousillée dans Gravity, n’est-ce pas ?
— Oui, explosée par l’Asteroid #4 !
— Quelle chance vous avez !

T’es vraiment ravi de les voir en chair et en os. Les Asteroid #4 débarquent dans la cave pour distiller leur moonshine de psychedelia anglophilisée. Et ça distille par-dessus la jambe ! Ils ne bougent pas beaucoup, mais ils veillent à moudre leur grain.

Deux grattes, un bassman dans son coin, et un mec au beurre complètement angélique, avec un faux air de Bernadette Soubirou. On le croirait peint par Boticelli. Il fait vraiment plaisir à voir. Alors bien sûr, pas question de frimer en citant les cuts, même si t’as la set-list sous le nez. Les Asteroid ont une discographie pullulante, alors restons sérieux. C’est le genre de concert où tu peux te contenter de tripper. Alors trippe, mon gars ! Easy baby, puisqu’ils touillent leur épaisse mélasse psychédélique anglophilisée.

Ça shoegaze dans la choucroute, ça schpliche-schplache dans le marigot, ça cloaque dans la dérive abdominale. On chope ici et là des échos de Mary Chain, c’est très latent, très lysergique, très lévité, pas question pour ces mecs-là de défoncer la rondelle des annales. Les Asteroid créent leur petit monde dans leur coin, et si ça ne te plaît pas, alors tu vas voir ailleurs. Rien de plus simple. Ces quatre Américains sont des puristes. Comme au temps de La Guerre Du Feu, ils préservent la flamme chancelante de la tradition psychédélique, et comme t’es là pour ça, alors tout va bien. Un peu avant la fin, ils nous arrachent à la somnolence avec une belle montée de fièvre nommée «Dandelion», un cut qu’on retrouve sur le Tremble EP. Ils finissent avec une cover d’Adorable, «Homeboy». Après le show, on branche le chanteur Scott Vitt sur sa cover, et à peine aimable, il concède qu’Adorable is the best band ever. Ouf, enfin un mec qui connaît Adorable ! Par contre, très bon contact avec le guitariste Eric Harms.

Il ne reste plus qu’à plonger dans la discographie à rallonges des Asteroid.

These Flowers Of Ours - A Treasury Of Witchcraft & Devilry ? T’as raison de poser la question, car c’est un very big album, comme on dit par ici. Ces mecs oscillent en permanence entre le coup de génie et la Mad Psychedelia. T’es tout de suite frappé par la belle présence et la belle profondeur du son. Tu les accueilles à bras ouverts. T’assistes au fantastique déballage de «Let It Go». Ça te tombe littéralement dessus, t’as l’heavy psych de rêve, avec un extravagant solo spatial, là-haut, complètement demented. Ils tartinent leur «Hold On» à outrance, c’est l’une des meilleures Mad Psychedelias qu’on ait entendue depuis des lustres. «I Look Around» te tombe encore dessus, alors tu fais wouaffff ! Et ça continue avec «She’s All I Need». En gros, c’est toujours le même heavy mid tempo, mais ils y mettent tout le poids du monde. Quel fantastique album ! T’as encore un son plein comme un œuf sur «Flowers Of Ours», c’est glorieux et travaillé dans la matière de la clameur. Ils ont cette carrure catégorique qui fait les grands groupes de rock et leur poids du monde n’est pas loin de celui de Peter Handke. Ils ont un sens aigu du développement, mais doublé d’une envie constante de débordement, et t’as toujours la Mad Psychedelia à la clef. Blast encore avec l’heavy psychout d’«All Fall Down». C’est battu à la diable. Tout ici n’est qu’ampleur inespérée. Ces mecs ouvrent d’incroyables espaces. Là-bas. Là-haut. C’est imbattable.

Encore un fantastique album : The Journey. Les Asteroid #4 accompagnent Peter Daltrey. Tu sens immédiatement une solide présence, avec un «Wishing Well» irréprochable. La psyché est là, juste derrière. Premier coup de cœur pour «Silver Sailors», un joli balladif visité par la grâce des space guitars. S’ensuit un «Modern Man» assez Velvet, car tu retrouves les accords plombés et l’ambiance funéraire de «Venus In Furs». Coup de cœur encore en B pour «Price Of Progress», et cette grosse présence instrumentale derrière les compos aventureuses de Peter Daltrey. L’aventure du Journey s’achève sur le morceau titre : North, South, East and West, comme son nom l’indique.

Si tu testes l’Honeyspot paru en 2003, t’auras une grosse surprise : pas de psyché. Rien ! T’as un brave beat, un son franc du collier, très américain aux dents blanches. T’as même du country rock («He’s A Fire»). Irrépressible ! Du son, c’est sûr ! Tu tombes vite fait sous le charme de leur good time music («Runnin’ Away»). Ils y flirtent avec Simon & Garfunkel. T’entends un banjo dans «It’s All OK», puis le mec se prend pour Speedy Keen dans «As Soon As Dawn». Ils font une pop de qualité (le morceau titre) et se prennent pour les Rockingbirds avec ce country rock de saloon, «Like Dogs». Ils piquent plus loin une belle crise Dylanesque avec «Trolley Cat Blues». Il fait bien son Bob. Il singe «Maggie’s Farm». T’as même les coups d’harp ! Il ne manque rien.

L’album sans titre d’Asteroid #4 paru en 2013 est un énorme album psyché. On assiste à l’incroyable métamorphose des cloportes sur «Rukma Vimana» : ils attaquent en mode Stoogy et basculent sans crier gare dans la Mad Pychedelia. C’est bien allumé aux riffs stoogy et ça s’en va exploser dans le cosmos. Tu prends les Asteroids très au sérieux. Ils se couronnent rois de la dégelée royale. Ils font un peu de pop plus formelle, on sent bien l’ambition dans «The Windmill Of The Autumn Sky», mais dès qu’ils ramènent le sitar dans «Mount Meru», alors ça redevient sérieux. La basse bien ronde t’embobine. Ils attaquent «Back Of Your Mind» à la basse fuzz et ils décrochent le pompon avec «Ropleless Free Climber» - Suddenly it occurs/ I’ll never be the same/ But it’s altright/ I don’t want to be - C’est admirable de perdition. Lyrics fabuleux - And it’s alright/ I’m too far away - Ils flirtent avec Hawkwind dans «Revolution Prevail» et avec «Dear Prudence» dans «Yuba». Alors prudence.

Attention à cet album énorme qu’est Tones Of The Sparrow. Avec les Asteroid, t’as l’assaut final dès l’intro. «Emma» sonne comme une cathédrale sonique. Et ça monte encore d’un sacré cran avec le morceau titre. «Tones Of The Sparrow» est terrific de présence pénultième. Ils cultivent la lourdeur paraplégique et le power retardataire des Mary Chain. T’as envie de leur dire : You guys sure do love the Mary Chain, don’t you ? Dans «Set Your Sights», t’entends la petite gonzesse de service, Camilla Saufley, avec son petit sucre et sa petite jupe, et au final, ça bascule encore dans les Mary Chain. Gratté à coups d’acou, «Surrended» va se fondre dans l’écho, et ça se développe brillamment. T’en veux encore ? Alors ils te servent leur «Chameleon» sur un plateau d’argent. Brillant ! Éclaté aux solaces supersoniques. Belle base de raw et ouverture sur l’espace. T’as tout. S’ensuit la fantastique attaque d’«I’m Not The Enemy». Ça remplit le spectre à la clameur fondamentale, ça abreuve les sillons et le refrain éclate au Sénégal, pendant que la bassline te dévore le foie. Ces mecs sont exceptionnels. Ils régurgitent la psychedelia anglaise et les Mary Chain pour créer un son débordant. La dynamique d’«I’m Not The Enemy» est un modèle du genre, avec ce bassmatic enrobé dans le son et le chant qui scintille dans les vagues de la clameur irradiante. Le mec Vitt chante «A Castle But For Two» en toute innocence. Ça sonne vraiment comme un hit. Et puis voilà la grosse attaque de «Somewhere In The Middle». Ces mecs savent t’allumer les lampions. Ils naviguent en altitude et leur cut sonne comme un fabuleux déballage de chorus spatiaux. Stupéfiant !

Several Shapes Of Solar Flares grouille de coups de génie et de bases éternelles. Ça joue dans la gaze et ça gaze le gut. Comme pourrait le dire Nietzsche, «Opaque» est anglais, trop anglais. Ça secoue bien les colonnes du temple. Musclé et apocalyptique ! Ils ont joué «Rescue» sur scène. Une vraie machine de guerre ! Ils tirent l’overdrive en fin de couplet. Ça bat la chamade avec un tempo très soutenu. Ça prend feu. C’est extrêmement puissant avec des pointes spatiales et des guirlandes de poux surnaturels. La marée de «Lost Inside» t’emporte. Quand la marée arrive, c’est trop tard. Tu subis l’apocalypse des deux grattes. Submersif, terrific et noyé d’écho ! Ils te plongent la gueule dans la friteuse avec «No Heaven». Leurs montées en puissance disto sont historiques. Tu rôtis en enfer dans l’heaven de «No Heaven». Ça explose encore avec «Elevator». Échos dans l’univers ! Ils détiennent le power subliminal d’éclater la shoegaze dans le gaz. Eau et gaz en montant chez Astero, comme dirait Gainsbarre.

On retrouve le «Dandelion» du set sur The Tremble EP. Power de la régalade, hard beat avec les voix de la tentation et ça plonge, ouh ouh Dandelion, t’as l’énorme profondeur du son. T’adhères encore une fois au parti. Tu retrouves la fabuleuse clameur des grattes extra-tentaculaires dans «Sky Blue». Le mec Vitt chante à la plaintive, à la glotte éplorée. C’est très anglais, très préraphaélite. Encore une apocalypse avec «Bad Fruit». En fait, ils sont dans l’apocalypse sonique permanente. Ils explorent les abysses. Te voilà au paradis de l’écho chancelant. Peu de groupes sont capable de pondre autant d’albums de ce niveau. Tu penses à Bardo Pond et aux Heads de Bristol.

Mais il y a un mais : grosse déception avec leur dernier album en date, In Praise Of Shadows. Ils ramènent des synthés et perdent leur âme. Le son se barre. «Neptune» et «Hieroglyphics» sont les premiers cuts du set. En en même temps, tu suis le mouvement, car ils sont très Adorable. T’as déjà entendu «Protostar» dans la bouillasse anglaise des années 90. Bon, t’écoutes les cuts un par un et tu dois bien admettre qu’ils sont complètement inféodés à la shoegaze anglaise. Rien ne s’arrache du sol. Tout s’embourbe dans la banalité. Tu connais tout ça par cœur. Ça reste zonique et prévisible. Trop de machines. Tu ne sauves qu’un seul cut, «Prayer», un very Big Atmospherix pur comme de l’eau de roche, très lysergique et très Spacemen 3. Mais après, ça dégénère encore. Trop de synthés. C’est pas bon pour le commerce. Ils font peine à voir. Ils sonnent comme des rois déchus. Ainsi va la vie.
Signé : Cazengler, Hemorroïd #4
The Asteroid #4. Le Trois Pièces. Rouen (76). 13 octobre 2026
The Asteroid #4. Honeyspot. Turquoise Mountain 2003
The Asteroid #4. These Flowers Of Ours - A Treasury Of Witchcraft & Devilry. The Committee To Keep Music Evil 2008
Peter Daltrey & The Asteroid #4. The Journey. Rev-Ola 2013
The Asteroid #4. The Asteroid #4. Onisuka Music 2013
The Asteroid #4. Tones Of The Sparrow. Club AC30 2022
The Asteroid #4. Several Shapes Of Solar Flares. Club AC30 2024
The Asteroid #4. The Tremble EP. Silver Arrow 2024
The Asteroid #4. In Praise Of Shadows. Club AC30 2026
Concert Braincrushing
L’avenir du rock
- Candi darling
(Part One)
Aïe aïe aïe... L’avenir du rock les voit arriver dans le miroir du bar. Les requins Boule et Bill filent droit sur lui. Ils s’installent comme d’usage de chaque côté de leur proie. C’est Boule qui attaque :
— Y paye-ty sa mousse, l’avenir du froc ?
L’avenir du rock fait signe au barman :
— Deux pintes pour ces messieurs, merci...
Les voilà servis. Ils lèvent leurs verres. Bill lance d’un ton magnanime :
— Y trinquera-ty avec nous, l’avenir du broc ?
Cling cling cling, ils trinquent. Shlurp, shlurp, ils boivent. Après un vaste soupir d’aise, Boule reprend :
— Qui qui l’écoute en c’moment, l’avenir du croque ?
— Candi darling...
— Candi qui ?
— Candi Staton...
— Candi date à l’élection piège-à-cons ?
— Non, Candi Staton ! Fame ! Rick Hall ! Muscle Shoals, Alabama !
— Candi raton ?
— Non, Candi Staton, l’ex de Clarence Carter !
— Candi tu ? Poil au cul ?
Pourtant l’avenir du rock le sait : on ne discute pas avec les cons, même si par charité, on cherche parfois à les aider. Ça ne sert à rien. Les cons ne s’intéressent pas à la connaissance. Ils s’intéressent probablement à autre chose. Vaut mieux pas savoir quoi.

Candi Staton ? 86 ans ! Et un nouvel album qui sonne comme une bombe : Back To My Roots. Elle est magnifique et son album est magnifique : t’as du gospel, de la politique, un duo d’enfer, du groove et des coups de génie. Franchement, t’as plus beaucoup d’albums aussi denses aujourd’hui sur le marché.

Le groove s’intitule «I Missed The Target Again». Elle te groove ça jusqu’à l’oss de l’ass, ça regorge de feeling et de Deep South. Elle fait de la politique avec «1963», elle évoque le bloody sunday de 1963 quand la bombe a explosé dans une église de Birmingham, Alabama, Lawd have mercy, et là elle monte au combat : «I’m calling for peace/ I’m calling for victory», mais au fond d’elle-même, elle sait qu’on ne peut rien faire contre le racisme des blancs. C’est comme une tare : impossible à éradiquer, à moins de les amputer du cerveau. Elle tape son duo d’enfer avec William Bell, lui aussi un survivant de la grande époque : «My God Have A Telephone». Elle groove God. Elle est marrante. Premier coup de génie avec «Hang On In There (God Is At The End Of Your Rope)», elle revient à l’heavy r’n’b des origines, au temps de Rick Hall et de Fame. Elle te sature ça de feeling. Itou pour «Love Breakthrough», un heavy r’n’b soutenu par des chœurs de gospel - Oh oh we’re gonna have a breakthrough/ And it’s called love - Elle t’allume bien les lampions, ooouuuuh yeah ! Et puis t’as tout le gospel dont tu peux rêver sur cet album, dès «It’s Gonna Rain», elle te tape ça à l’heavy beat du diable et t’entends la gratte du fantôme de Pops derrière. C’est à la fois puissant et définitif. Gospel encore avec «The Lord Will Make A Way». Candi darling a du métier, elle sait groover l’âme d’un gospel batch. Et ça continue dans la même veine avec «There Will Be Peace In The Valley» et sa fantastique secousse sismique de chœurs.

Profitions de l’occasion pour revenir sur ses trois albums précédents. Life Happens date de 2014. Retour à l’âge d’or, puisque c’est enregistré au Fame spot avec Rick Hall, David Hood, et Jason Isbell fait les backing. Infernal ! On retrouve le Muscle Shoals Sound. Mais ça change d’équipe sur le cut suivant, «Close To You». Candi joue les vieilles stars modestes et rassemble du beau linge. Elle s’enfonce dans la chaleur de la Soul. Il faut attendre «Beware She’s After Your Man» pour renouer avec le funk. Elle sait le caresser dans le sens du poil. Elle sait mouiller ses syllabes, on sent qu’elle y prend plaisir. Elle reste dans le funk avec «Treat Me Like A Secret». On a là une vieille giclée de grosses grattes et des chœurs arrogants. Le funky strutt se poursuit avec «Three Minutes To A Relapse». Marcus Williams frappe ça sec et net. Admirable et terrible à la fois. Ça wahte comme il faut. C’est excellent, bourré d’énergie. On y perdrait son âme. Avec «My Heart’s On Empty», elle groove le r’n’b - Well well well - Imparable ! On a toujours Marcus Williams à la prod. Pur génie. Le groove remonte par la jambe du pantalon. Candi drive ça comme une reine de rodéo. C’est à tomber - Well well well - Tout y est, les accords malveillants, les chœurs infectueux. Tout.

En 2016 sortait It’s Time To Be Free. Attention, c’est un album copieux et très diversifié. Elle fait tout de suite autorité avec deux cuts d’heavy diskö, «Shout Out Hallelujah» et «You Got The Love», ah il faut la voir monter au combat, elle est héroïque. Quel punch ! Puis elle va revenir à l’heavy r’n’b de ses origines avec «What You Don’t Master (Will Master You)», et ça vire en mode groove de jump glorieux. C’est d’un niveau atrocement supérieur. Elle tape ensuite dans l’exotica des îles avec le superbe «Some Call It Mercy». Elle est parfaitement à l’aise avec la modernité, comme le montre «I Wanna Holla» : elle y tape la transe de l’House ! Sur «Cleaning Up My Closet», elle a des chœurs de gospel et ça vire jump de jazz sur une big bassline. Fabuleux ! Elle adore le beat pète-sec, comme le montre encore «Put It Back». Et puis elle remercie Jésus avec l’effarant «I Made It This Far», un gospel batch noyé dans la sauce de Muscle Shoals. Elle termine avec «That’s All I Can Do» - Lawd I give my life to you/ Lawd I give my heart to you/ Lawd I give my Soul to you/ That’s all I can do - Tu dois comprendre une chose fondamentale : les blacks ont inventé l’orverLord, le Saint Esprit, pour le placer au-dessus du patron blanc, qui est l’horreur incarnée, la cruauté, l’avidité et la perversion sexuelle. Les blacks y croyaient dur comme fer, ils n’avaient pas d’autre choix, Lawd ne pouvait être que bon et au-dessus des blancs.

Et si Unstoppable était le meilleur album de Candi darling ? En tous les cas, il porte bien son nom : elle n’arrête pas ! Coup de génie dès «Confidence». Elle arrive à coup d’Oh yeah. Elle a du métier ! Elle tape un groove rampant de fière allure et fait sa Merry Clayton accompagnée par Sly & The Family Stone. Stunning ! Encore de l’heavy groove d’une élégance sidérante avec «I Fooled You Didn’t I?». Elle est absolument parfaite, il faut la voir se glisser dans le groove, elle se fond littéralement dans le flow. Et crack, elle passe à l’hard funk avec «It Ain’t Over». Attention, la mémère ne rigole plus ! T’as une grosse basse funk qui drive l’«It Ain’t Over», elle reprend son souffle entre deux rasades de funk, les chœurs d’It ain’t over collent au chant, une merveille de synchronicité. Puis elle tape une cover de Patti Smith, «People Have The Power». Candi darling commence par poser ses conditions et en fait de la Soul, avec des funky grattes de wah. Patti Smith devrait prendre des notes. Candi t’embobine encore avec «Revolution Of Change». Elle enveloppe sa Soul dans un nuage de charme. Quelle merveille ! Ce cut plane dans l’air comme un gros nuage de Soul magique. Retour à l’hard funk avec «Stand Up», Ommmm... Elle murmure d’entrée de jeu et ça y va au stand up/ For what you believe ! Elle pousse à la révolte - You got to push and fight - Et bien sûr, on revoit les images d’Alan Parker dans Mississippi Burning, et les églises qui brûlent, et les sales cons de blancs cagoulés qui frappent les blacks à la sortie de la messe, et tout ce bordel de la haine, alors oui, You got to push and fight ! Malcolm X avait raison : la seule réponse à la violence est la violence. Il n’existe pas d’autre alternative. Et Candi darling repart à l’assaut du ciel avec «The Price Is Not Worth The Pain» gratté au deep funk. On entend ces fabuleuses grattes funk derrière Candi darling. Elle nous fait vraiment rêver - Now ! - Pur funk genius - Kick the door ! - Et elle termine en mode good time music avec «Can I Change My Mind», un hit de Walter Wolfman Washington. Candi darling est l’une des dernières reines de Nubie. Ce good time groove est gorgé de vie et de black feeling, et t’as toujours ces petites grattes funk dans la couenne du son. Tu ne peux pas t’en lasser. Impossible ! Le plus remarquable dans cette histoire, c’est qu’à part les deux covers, Candi. Canzetta Staton compose TOUS ses cuts. Elle n’a besoin de personne en Harley Davidson.
Signé : Cazengler, Candi raton
Candi Staton. Life Happens. Becarah Records 2014
Candi Staton. It’s Time To Be Free. Beracah Records 2016
Candi Staton. Unstoppable. Beracah Records 2018
Candi Staton. Back To My Roots. Kent 2026
Wizards & True Stars
- Bob a du grain à Mould
(Part Three)

Bob avait démarré sa plantureuse carrière solo avant de mettre Sugar en orbite. Son premier album solo Workbook date de 1989. Retournez la pochette et vous verrez

un jeune Bob assis sur sa chaise, très paisible. Il semble même vouloir jouer la carte du retour au calme, après les excès du Dü. Alors, faut-il tomber dans le panneau ? Oui, à pieds joints, si on éprouve un peu d’affection pour cet immense artiste. Sur cet album d’apparence plus calme, tout est irrémédiablement solide, fouillé, écrit, instrumentalisé. Il n’existe pas la moindre trace de filler sur ce disque. Il y gratte essentiellement des coups d’acou. Il fait de la pop horizontale avec «Heartbreak A Stranger». Il n’en finit plus d’étaler ses états d’âme au grand jour. On sent le mec qui passe un temps fou sur sa gratte, et un temps encore plus fou à l’accorder. Encore un bel éclat de pop avec «See A Little Light». Il faut rendre à César Mould ce qui appartient à César Mould, c’est-à-dire un don divin pour la pop et le son de la pop. Avec «Sinners And Their Repentances», il tisse des toiles orchestrales et va chercher des ambiances dans les tréfonds de l’ambition personnelle. On le sent très motivé, en tous les cas, il n’est pas homme à s’arrêter en chemin. Encore une petite merveille en B avec «Composition For The Young And Old», joli tumulte poppy joué à coups d’acou angélique. Il n’en finira donc jamais de composer des chansons intéressantes ? On sent sourdre chez lui une vraie puissance compositale, quelque chose qui relève du pouvoir d’un sourcier. Il termine cet album bucolique avec l’une des pires énormités de sa carrière, «Whichever Was The Wind Blows». Il libère toutes ses puissances des ténèbres, et vire hendrixien avec un son qui tombe des nues, il joue avec cette pesanteur typique de l’Experience, il joue à n’en plus finir, avec une vraie prédilection caractérielle, et voilà que s’abat sur le lapin blanc un déluge de notes enragées, une cascade de déréliction didactique. Voilà ce qu’on peut dire du génie de Bob Mould.

Sur tous ses albums solo, Bob propose un assortiment de cuts solides et de coups de génie. Paru en 1990, Black Sheets Of Rain n’échappe pas à cette règle. Il attaque par un morceau titre lugubre et saturé de son, comme au bon vieux temps du Dü. Il maintient sa gratte en état d’alerte maximale. Et puis soudain, «It’s Too Late» te saute à la gueule, un hit de power pop sixties absolument parfait. Bob est un puisant sorcier. Son refrain envoûte - It’s too late/ It’s too late to come / Over what you’ve done - Fabuleux manège musicologique, véritable tourbillon de power-pop onirique. Plus loin, il tape dans l’heavy blues pour «Hanging Tree». Bob est capable de faire un heavy blues différent de l’heavy blues classique - In my eyes/ There is no compromise/ There is no calm before the storm - Puissant ! L’«Hear Me Calling» qu’il prend plus loin n’est pas celui des Ten Years After, hélas. Bob part en mode power pop, avec des effets vocaux dignes des Byrds. Il adore ce background folk-rock bardé d’arriérés trashy. Il termine avec deux horreurs apocalyptiques, «Disappointed» et «Sacrifice». La première explose littéralement de clameur incendiaire. Son truc marche au beat contrebalancé et il joue tout à la dégueulade maximaliste. La seconde renvoie à l’âge d’or de Sugar, car c’est joué au mur du son. Voilà bien ce qu’il faut appeler une énormité rampante. Bob vomit ses paroles - The valley of death when I rise/Peace in the valley of death when I rise - Spectaculaire !

Nouveau coup de génie sur l’album simplement titré Bob Mould, paru en 1996 : «Egoverride». Ça passait un jour sur l’auto-radio, et on crut entendre les Sex Pistols, à cause du son. Mais non, il ne s’agissait que de Bob Mould. En prime, il balançait un texte bien ravagé - It’s the sound of my ego/ Spinning out of control - Franchement, c’est digne des Pistols - Sounds in my head that might never come out - Et il continue de décrire ce qui se passe dans sa cervelle - Stuck in my head/ And forever reverberate/ How do you plick them out - Et ça continue - This is genius/ This is bullshit/ Suppressing the violent side/ The ego can override - À ce moment précis, on se demande si Bob ne serait pas le plus puissant seigneur d’Amérique ? Car ce genre de cut est imparable : lyrics,

mélodie et disto, tout est là. Il démarre cet album devenu culte avec «Anymore Time Between». Il y déclenche une sorte de phénomène biblique, il charge sa barque de son pour l’envoyer couler au fond du lagon d’argent. Avec «I Hate Alternative Rock», il tâte de la violence temporelle. C’est admirable de grattage suranné, on se croirait au temps du Dü. Il gratte avec un touchant mélange de probité et d’acerbité. Bob sonne comme l’Hercule du rock. Même chose avec «Next Time That You Leave». Voilà encore un cut extrapolatoire plombé de son et d’accords. Bob n’en finit plus de créer les conditions de la grande Apocalypse selon Saint-Jean. Le son et la montée en puissance du son, voilà son obsession. Avec «Deep Karma Canyon», il donne encore un exemple de violent riffing. Bob est un mec qui ne baissera jamais les bras. Il grattera sa Flying jusqu’à la mort.

Si on aime bien la power pop, alors il faut écouter «Moving Trucks» qui se trouve sur l’album The Last Dog And Pony Show. C’est du très haut niveau. Bob joue son solo en accords. Il sait tout faire avec une gratte. Sa power pop en impose, elle éclate au Sénégal avec sa copine de cheval - No moving trucks to hold me down - Ça sonne comme un hymne. Encore plus éclatant, voici «Taking Everything» - This fever on my mind/ I’m burning down inside - Il joue de fabuleux bouquets d’accords, c’est à la fois puissant, terrible, magnifique et radieux - You’ve taken everything from me now - Exceptionnel car bardé de son et speedé en fin de parcours. Le problème de cet album est que tous les cuts sont bons, comme ce «First Drag Of The Day» joué au claqué d’accords intrinsèques - Don’t blame me/ I won’t blame you - ou encore «Classified» où on retrouve la pop sauvage de Sugar. Big sounding Bob ! Tout est poussé dans le rouge de l’effervescence sonique maximaliste. Avec «Who Was Around», il enroule son truc et se construit un nouveau monde sonique, avec des tempêtes et des peines de cœur. On assiste à une sorte de fabuleux enroulement du thème et il éclate tout avec un redémarrage. Allez, encore un coup de génie avec «Skintrade», une siphonade de son pulsée sous l’heartbeat - Made in skintrade darling - Pure démence de la partance, il remonte au refrain-saumon et barbouille tout à coup d’accords de bouillasse. Genius !

Attention, avec Modulate, tu vas encore tomber plusieurs fois de sa chaise. L’album grouille d’énormités poilues. La première s’appelle «Sunset Safety Glass». Eh bien figure-toi que Bob vire diskö-beat. Mais avec lui, ça reste extrêmement beau. On admire le beau beat de Bob. Il visite ça au thème sourd d’une mélodie impérieuse. Le don de Bob donne dur. On tombe plus loin sur un nouveau coup de génie intitulé «Stay/Sway». Du pur Dü, bombardé d’accords de rock’n’roll américain, c’est à la fois invincible et irrémédiable - And then I stuck in a room/ The Sex Pistols began to play - Complètement génial, monté sur un fantastique story telling - The second step was missing/ But it was too late - Plus loin, il embarque «Quasar» au drive de basse monstrueux et il revient à l’impitoyabilité des choses avec «Comeonstrong», joué au sonnage de cloches définitif, riffé à la vie à la mort.

Bob ne mollit jamais. La preuve ? Body Of Song paru en 2005. Une nouvelle abomination pachydermique. Il attaque l’album avec un «Circles» à la Sugar. L’hamonique se noie dans les couches de disto. Il revient à la power-pop de haut de gamme avec «Paralyzed». Il noie ça dans un océan d’accords scintillants et il balance un solo de brute. Le problème avec Bob c’est que ça sonne toujours à la perfe. Trop de son, trop d’ampleur de la clameur, trop d’excès d’exé, trop d’extrapolatoire giratoire. Il cisaille «I Am Vision» d’entrée de jeu. Personne ne peut échapper à ça. Il joue la carte de l’hypno, c’est très intéressant car ça fonctionne. Et il passe un solo au hasard des coups d’enclume. On assiste à une monstrueuse ouverture de bal dans «Underneath Days» - Fucked underneath between days - Bob bat tout au marteau pilon. Il frise l’overdose perpétuelle, celle dont rêvent tous les groupe du monde. Puis il monte «Always Tomorrow» au groove de basse. Encore un cut terrible et monstrueux à la fois. C’est énorme, souterrain, battu dur et chanté à l’amertume. Bob est le seul être à pouvoir se mesurer aux Pistols. Avec «Best Thing» il tape dans le Dü - The best thing you ever had-ha-haaad - Il redevient le temps d’un cut puissant et impérial. Il ravage les contrées avec un solo sur le thème - You should save your explanations - C’est puissant et bien pire que les Pistols. Avec «Missing You», back to Sugar ! C’est gonflé au son d’outrance - Missing you I turned into a wreck - Si vous voulez savoir ce qu’est la vraie power-pop, c’est là. Bob explose même la rondelle de la power-pop. C’est un gros calibre. Trop de son et trop de jute. Ce mec est fou. On le voit courir sous l’horizon dans «Beating Heart The Prize». Il a besoin de dépenser son énergie, alors il traverse les plaines immenses en courant et en hurlant.
Signé : Cazengler, Bob Mou
Bob Mould. Workbook. Virgin 1989
Bob Mould. Black Sheets Of Rain.Virgin 1990
Bob Mould. Bob Mould. Creation Records 1996
Bob Mould. The Last Dog And Pony Show. Creation Records 1998
Bob Mould. Modulate. Granary Music 2002
Bob Mould. Body Of Song. Cooking Vinyl 2005
Wizards & True Stars
- Farlowe à la bouche
(Part Two)

Avec Red White & Blues, Mike Figgis caressait l’ambitieux projet de raconter le blues non pas du point de vue américain, mais du point de vue britannique. Il a donc demandé aux acteurs du British Blues Boom de la fin des sixties de témoigner.

Les Anglais avaient-ils leur mot à dire sur le blues ? Bien sûr que oui. À la fin du film, B.B. King rend un hommage spectaculaire aux petits blanc-becs d’Angleterre : «Grâce aux Anglais, beaucoup de portes se sont ouvertes. Sans eux, on aurait continué à en baver. Comme avant. Je n’aurais pas cru ça possible de mon vivant. Thank you very much.»

Malheureusement, Figgis démarre son film avec Tom Jones et Van Morrison. On voit ces deux andouilles chanter un blues dans le studio. Ce ne sont certainement pas les personnages les plus représentatifs du British Blues. Même s’il chante bien, Van Morrison fait du Van Morrison, pas du blues. Ça coince. On attend les vrais héros du British Blues que sont Stan Webb, Peter Green, Tony McPhee, Alvin Lee et bien sûr John Mayall. Des cinq, Figgis n’en montrera que deux : Peter Green et Mayall, et de façon furtive, assez tard dans le film. Figgis ne semble rien connaître au British Blues, puisqu’il fait défiler devant la caméra Chris Barber, Lonnie Donegan, George Melly, Clapton, Bert Jansch, Stevie Winwood, Davey Graham, Georgie Fame, Eric Burdon, Lulu et - enfin - Alexis Korner. La plupart de ces témoins sont hors sujet. Dans un monde idéal, Brian Jones aurait dû évoquer la mémoire de Jimmy Reed, Jeremy Spencer celle d’Elmore James, et Tony McPhee celle de John Lee Hooker.

Ce pauvre film est sauvé par deux plans mythiques : trente-six secondes de Sister Rosetta Tharpe, et une interview sauvage - et heureusement un peu plus longue - du titan Chris Farlowe.

On le voit sortir de l’ombre avec sa tête de gros piaf. Chris Farlowe est sans conteste le plus grand Blues Brother d’Angleterre. «Handbags And Gladrags» dit l’âme anglaise mieux qu’aucune autre rengaine. Rod Stewart et les Stereophonics se sont escrimés à chanter ce hit mirifique, mais aucun d’entre eux n’est arrivé à la cheville du titan Farlowe.
Du haut de son trône, Chris Farlowe avoue nonchalamment qu’il en pince pour Sarah Vaughan. Puis, bon prince, il se fend d’un gigantesque «Stormy Monday Blues» à faire flamber tous les toits de chaume du Kent. Un Albert Lee goguenard l’accompagne à la guitare.

Quand il tape dans les classiques du r’n’b, le titan devient diabolique. Avec «In The Midnight Hour», il est encore plus Wicked que Wicked Pickett. Même chose avec «Mr Pitiful» et «Satisfaction», qu’il expédie comme des lettres à la poste. Il est encore plus acharné qu’Otis. «Who Can I Turn To» va au-delà de tout ce qu’on peut imaginer. Il fait aussi une reprise somptueuse du «My Way Of Giving» que les Small Faces ont composé pour lui. Si on considère le Swinging London comme une école de pensée, alors cette reprise des Small Faces en est l’un des sommets. On ne saurait espérer chef-d’œuvre plus parfait. Malgré cette ribambelle d’hits déments, le titan Farlowe ne percera pas. Il va se retirer du music biz et ouvrir sa boutique d’objets de collection de la Seconde Guerre Mondiale à Islington.

Il fait un retour manqué en 1970 avec Hill, un groupe prog et un mauvais album, From Here To Mama Rosa. Rien n’accroche l’oreille. On croit que ce genre d’album est légendaire, mais non, il fait partie des errances des seventies. Puis il va quasiment sombrer dans l’oubli. Des gens comme Mick Vernon lui donneront une chance de redémarrer et d’entreprendre une carrière solo.

Un album live sort en 1975 : The Chris Farlowe Band Live. Le titan y défonce toutes les barrières. Ça commence avec une version dévastatrice de «We’re Gonna Make It». On est au cœur des seventies et ça s’entend : cuivres et chœurs à gogo. Il balance une version somptueuse d’«After Midnight» - un hit de JJ Cale aussi repris par Clapton sur l’album Bad Boy - Le titan Farlowe bouffe cette pétaudière toute crue. Version explosive. Albert Lee fait des prodiges, avec un solo d’une infernale fluidité. Avec sa version d’«Handbags & Gladrags», Farlowe te coupe le souffle. Le set s’achève avec un medley Stevie Wonder, «You Haven’t Done Nothing/It Ain’t No Use». Fantastique ambiance. C’est la musique des jours heureux. On voit rouler le bulldozer sous le soleil, à travers les campagnes joyeuses. Grandeur d’âme et ruissellement de joie de vivre.
Et puis, comme un titan triste, Chris Farlowe va errer d’album en album, sans rencontrer le moindre succès. Il traînera derrière lui son succès passé comme une casserole. Bizarrement, les albums sont bons. Pourquoi les bons albums n’intéressent pas les gens ? Franchement, ce serait bien d’avoir une explication.

On peut se procurer Out Of The Blue pour une bouchée de pain. Il y a même des disquaires qui te le donnent. Tiens, je t’en fais cadeau ! On est troublé par tant de générosité. On sent chez eux une sorte de soulagement, comme s’ils se débarrassaient d’un pilier de bac à soldes. Et pourtant, l’album est sacrément solide. Version heavy d’«It Ain’t Superstitious». On y retrouve tout le gras du Jeff Beck Group, le meilleur du son anglais, grosse voix, grosse guitare, compo increvable. Coup fumant ! Blues faramineux avec «Gambler Blues». «It’s All Wrong» est une pièce de boogie anglais saucé à la Farlowe. Imbattable. Infiniment supérieur à la moyenne. C’est d’une tenue quasiment aristocratique. Encore une merveille : «Key To My Kingdom». Il arrive par là-dessus avec sa mâle assurance et chante comme un géant de Broadway. Une fois de plus, on voit en lui la brute abyssale, le viandu de ces dames, le pic de Mirandole, le Niagara du non-retour. Il reprend aussi l’hit de Robert Parker, «Watch Your Step», repris jadis par les Move. Ce genre de classique pépère lui va comme un gant.

Born Again ne fut pas facile à trouver, mais on fut bien récompensé. Avec un mec comme Chris Farlowe, une belle pop comme «Into The Night» prend tout de suite des proportions intéressantes. Hauteur et ampleur immédiates. On reste dans l’azur avec «Lonely Eyes», un mid tempo de rêve porté par une voix de rêve. «Ain’t Got No Money» ? Heavy boogie blast à l’anglaise. Épais et respectable, clamé comme il se doit. Alright ! C’est une bénédiction pour l’oreille, une vraie prise de position, une sinécure d’alambic, une pluralité de tous les instants. Joli slow à la Farlowe avec « Living Ain’t Easy Without You ». Toujours cette voix grasse et gorgée posée par-dessus, cette effarante chaleur pulmonaire, ce glottisme monolithique, cette démesure laryngitique. Il boucle son album avec «I Stayed Away Too Long», une pop-song bien rythmée. Gentiment conduite, mais la main sur la bride. Le seigneur Farlowe sait où il va. Personne ne lui indique le chemin qu’il doit suivre car il reste maître de son destin.

S’ensuit l’excellent, As Time Goes By et un morceau qui pourrait bien être le groove des jours heureux, «Sunday Kind Of Love». Suprême. Car c’est la voix, et seulement la voix qui fait le bonheur de l’auditeur. Puis on va de surprise en surprise : «As Time Goes By» (vrai jazz des faubourgs de Londres), «Drinking Again» (fabuleux groove incertain), «These Foolish Things» (l’archétype du kitsch de la désaille - ce mec a la hauteur d’une montagne et l’âme d’un haut-fourneau), «At Last» (le groove du diable chaloupé à la contrebasse), «Blues As Blues Can Get» (il lance un cri de guerre you - ouuhh !), «You Don’t Know Me» (jazzé à fond de train de nuit, il est gras, il est bon, il est tout, il épouse les notes de contrebasse, sa voix perce tous les mystères, il se régale de sa diction, il aime à faire vibrer les voyelles de l’ordre naturel des choses), «Trust In Me» (swingué jusqu’à l’oss de l’ass, le feeling devient organique, c’est fabuleux de feulerie) et «Don’t Let Me Be Lonely» (il ne veut pas rester seul cette nuit, alors il réclame la pitié d’une connasse qui se fait prier).

Glory Bound est encore un bon album. Il chante «Blues As Blues Can Get» d’une voix de maître. Il fait chuinter son blues sous le ciel étoilé. Le morceau en lui-même est un peu passe-partout, mais c’est chanté avec rage. Heavy blues à l’anglaise avec «Don’t Wanna Live Without You». Il chante à l’arrache totale. Pur génie. Mike d’Abo signe le morceau titre. Version studio du «Tough On Me Tough On You» de Lonnie Mack. Le titan fait monter la température. C’est un démon. Et ça n’en finit plus de monter. Puis il bouffe tout cru le vieux classique de Johnny Guitar Watson, «Gangster Of Love». Il duette «Feel The Power Of Love» avec une petite gonzesse - C’mon baby ! Feel the power of love ! - Ça explose.

Farlowe That sort en 2003, dans la plus parfaite indifférence. Et paf, on prend «Trouble» en pleine poire. Pure Stonesy ! Une vraie voix, ça tranche ! «A Matter Of Time» sonne comme un hit à la Rod Stewart, «Let’s Get Together» comme un r’n’b à l’ancienne, digne de Stax. Quand il chante «Ain’t No Big Deal», on croirait entendre un vieux black de Chicago. Stupéfiant. Quel ogre ! Il va chercher des hurlements gras. Retour aux racines de la SNCF avec «Lonesome Whistle». Il choo-choote. L’ogre mord le temps à la cuisse. Avec «As Long As I Can See The Light» on voit les powerchords de blues s’écrouler du haut de la montagne. L’ogre hurle vers le ciel et broie les cimes enneigées. Les clous de son bracelet dardent de mille feux. C’est un ogre formidable, il exerce un mélange de fascination et de terreur. Nouveau choc esthétique avec «Sitting On Top Of The World», il y duette avec Van Morrison. Sur Farlowe That, tout est très spectaculaire.

Hungary For The Blues est plus passe partout. «Lonesome Road» sonne comme une heaviness de pacotille, mais Chris Farlowe pose sa voix, et ça change tout. Il tape une belle reprise du «Guitar Don’t Lie» de Tony Joe Whire. On retrouve des accents de «Walking In The Park» dans «Who’s Been Sleeping In My Bed». Il tape des versions dépouillées d’«Handbags & Gladrags» et d’«Out Of Time» puis revient au rock violent avec «Rock And Roll Soldier». L’ogre se réveille - ouuuh c’mon baby !

Le titan bourre Hotel Eingang de charpie. Charpie de boogie blues, charpie de rocking blues, charpie de train d’enfer, charpie de fournaise. On lui donne un morceau comme «So Hard To Get Along With» et il en fait de la charpie. Sur «The Woman Or The Blues», il s’arrache le larynx en l’honneur du blues. Rrrrrahhh ! Il n’a rien perdu de sa rage. S’il faut l’écouter chanter le blues, alors ce sera dans «Fog On The Highway». On dirait Willie Dixon accoudé au bar d’un rade de Michigan Avenue. C’est absolument stupéfiant. Là, on est dans le vrai truc. Le titan presse ses mots comme des citrons, voilà le secret du blues. Le morceau titre de l’album est la cerise sur le gâtö : Chris Farlowe raconte son premier séjour à Hambourg en 1961, et c’est absolument hilarant. Il se décrit avec ses copains les Thunderbirds devant des vitrines, étonnés d’y voir des putes et non des cheese-cakes, et ils sont tellement nuls qu’ils passent la nuit entière à essayer de retrouver leur hôtel sur Reeperbahn, le quartier chaud d’Hambourg. L’hôtel Eingang, bien sûr. Le jeune titan avait lu l’écriteau ‘Hotel Eingang’ et l’avait noté sur un bout de papier, croyant que c’était le nom de l’hôtel, alors qu’en allemand ‘Eingang’ veut dire ‘entrée’.

On retrouve le titan Farlowe avec Van Morrison sur l’excellent Duets: Re-working The Catalogue. Ils duettent sur «Born To Sing». Cette fois, le titan domine, mais ils s’arrachent le cut comme deux lions s’arrachent la carcasse d’un zèbre. L’album grouille d’autres duos d’enfer, tiens par exemple ce «Whatever Happened To PJ Proby?», ou encore ce «Fire In The Belly» avec Stevie Winwood. Il faut bien reconnaître que le Van chante comme un dieu et qu’il duette comme un dieu. Ils y vont à la surenchère absolutiste. Autre duo d’enfer : «Some Peace Of Mind» avec Bobby Womack, fabuleux groove orchestré. Van The Man duette avec Joss Stone sur «Wild Honey». La petite Joss se fraye un chemin dans le monde épais du Van. Et là c’est encore une fois du pur génie duettiste. Le Van duette avec Nick Hackstall sur «Streets Of Arklow» : pure magie et groove de rêve. Vraie voix et firmament artistique. Il duette aussi avec Natalie Cole sur «These Are The Days» : une vraie merveille de voix mêlées dans l’orchestration, somptueux arrangements de cuivres, et te voilà une fois de plus avec un big album dans les pattes. Encore du power pur avec «Real Real Gone», oh baby : contenu, cuivré, magique et chanté. La cerise sur le gâtö est le dernier duo d’enfer avec Taj Mahal, «How Can A Poor Boy». Deux géants dans un slow heavy blues. Quand Taj ramène sa fraise à tous les étages, ça devient demented de feeling. Rien d’aussi profond dans le spirit du groove, le Van s’enflamme au voisinage du Taj à tous les étages. Les deux font la paire. Le Taj remonte à la surface du groove avec un mmmmmessage to you. Le duo d’enfer du siècle ? Va-t-en savoir, honey babe.

Si tu rapatries le Roll With The Punches de Van Morrison dans l’espoir d’entendre le titan Farlowe, tu seras déçu. On entend un peu Jeff Beck, mais le titan reste derrière, sauf sur «Stormy Monday Blues/Lonely Avenue» - Lawd have mercy on me - C’est vrai qu’on apprécie le groove de Van The Man sur un «Going To Chicago» signé Count Basie. C’est même le summum du groove. Itou pour «Too Much Trouble», groove de jazz extrêmement cool ! Van The Man tape une belle cover de Sam Cooke, «Bring It On Home To Me». Jeff Beck y claque un solo d’antho à Toto. Autre cover de choc : l’«How Far From God» de Sister Rosetta Tharpe. C’est pas la foire à la saucisse, mais la foire aux covers de choc. Et ça continue avec l’«Automobile Blues» de Lightning Hopkins - Please let me ride sometimes - Il rend aussi hommage à Little Walter avec «Mean Old World», puis à Bo avec «Ride On Josephine» : heavy cover, dans l’esprit de l’originator.

Colosseum va se reformer en 1994 pour un concert à Cologne et pour enregistrer Bread & Circuses en 1997. Du pain et des jeux, c’est bien vu de la part d’un titan. Sur cet album, on trouve quelques belles énormités titanesques. Il ne faudrait pas croire que Chris Farlowe se tasse en vieillissant, bien au contraire. Il suffit d’écouter le «Watchnig Your Every Move» d’ouverture de bal pour vérifier qu’un titan reste un titan : il nous sert sur un plateau un heavy rock de rêve que vient gratiner Clem Clempson. On a même un élégant solo de Dick Heckstall-Smith. Pete Brown signe les paroles de «Big Deal», une belle pièce de jazz-blues. On assiste une fois de plus à ce prodigieux combat que livre Chris Farlowe avec les limites de possible. Et en fin de disque se niche une pure merveille bluesy, «Storm Behind The Breeze». Le titan y claque des syllabes de délectation.

Les Allemands sont particulièrement friands de reformations de groupes prog du type Colosseum. On peut voir le concert de Colosseum à Cologne sur DVD. Franchement, ça vaut le coup de bloquer une soirée pour voir ça. Le groupe s’est reformé vingt ans après leur split de 1971. Au début, ils sont un peu agaçants. Dave Greenslade fait son premier de la classe derrière ses monticules de claviers et l’Hiseman pareil, derrière ses dizaines de cymbales à la mormoille. Mais Clem Clempson joue comme un dieu et Dick Heckstall-Smith a toujours la classe. Il va même chercher des trucs à la Coltrane. Chris Farlowe arrive enfin. Une bête ! La bête ! Il a un corps énorme. Il porte un blouson de soie bleue ouvert sur un T-shirt Colosseum. Bien sûr, leurs morceaux sont longs et donc prétextes à dérives solotées. Ils n’ont donc qu’un intérêt limité. Le seul intérêt de ce film, c’est la présence du titan Farlowe, avec son gros buste et sa grosse voix de star démesurée. Ils font une version brillante du «Rope Ladder To The Moon» de Jack Bruce. Le titan Farlowe assure le spectacle. Il tire tout vers le haut. Solo de sax dément. Pour faire la paire magique, ils enchaînent avec un autre hit de Jack Bruce, «Theme For An Imaginary Western». Version pour le moins spectaculaire. Le titan Farlowe a une serviette sur les épaules. Il secoue violemment son pied de micro. Il cristallise la puissance de la vieille Angleterre. L’empire, c’est lui, pas cette vieille moule de Victoria. Solo royal de l’Heckstall-Smith par petites cascades. Artisan d’une grandeur sans nom, Chris Farlowe tire toujours vers le haut et déchire le ciel. Clempson double tout ça de poux gras. Rien que pour cette version monumentale, ça vaut le coup de voir le film. Ils enchaînent avec «Stormy Monday Blues» et «Walking In The Park», qui sont les deux sommets du genre. Que peut-on ajouter ? Rien.

Signé : Cazengler, Chris Charlowe
Chris Farlowe with Hill. From Here T Mama Rosa. Polydor 1970
The Chris Farlowe Band Live. Polydor 1975
Chris Farlowe. Out Of The Blue. Date Records 1985
Chris Farlowe. Born Again. Date Records 1986
Chris Farlowe. As Time Goes By. KEG productions 1995
Colosseum. Bread & Circuses. Cloud Nine Records 1997
Chris Farlowe. Glory Bound. 2001
Chris Farlowe. Farlowe That ! Delicious Records 2003
Chris Farlowe. Hungary For The Blues. SPV 2006
Chris Farlowe. Hotel Eingang. In Akustik 2008
Colosseum. The Complete Reunion Concert. Cologne 1994. DVD 2006
Van Morrison. Duets: Re-working The Catalogue. RCA 2015
Van Morrison. Roll With The Punches. Exile 2017
Peter Brummund. The Voice: Chris Farlowe. Isensee Verlag Oldenburg 2025
Mike Figgis. Red White And Blues. The Blues, A Musical Journey Vol 5. DVD 2004
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J’aime les choses que je ne comprends pas. Par exemple ce titre d’album, Secrets Of Lost Empires, genre de thème qui m’accroche, je file sur Bandcamp, ben non ce n’est pas le titre de l’album, c’est le nom du groupe, étrange, pour en savoir plus je reluque le petit texte de présentation : un topo sur les hommes préhistoriques qui quittent leur domiciliation habituelle, les arbres, parce que la forêt recule et est remplacée par le surgissement des plaines, je ne vois pas trop le rapport avec les Empires perdus, au premier coup d’œil la couve s’avère être la pièce d’un puzzle dont l’accord avec les deux précédents éléments ne semblent guère évident. Pas de panique, je me jette sur les lyrics, je les épluche avec cette studieuse gravité propre aux chimpanzés qui pèlent une banane. Peine perdue, les textes sont pour le moins énigmatiques, je n’ose pas les qualifier d’incompréhensibles, il ne m’en faut pas davantage pour relever le défi. 1, 2, 3, c’est parti mon kiki ! Une corneille se perche sur mon épaule, elle enfile son bec dans mon tympan et me chuchote qu’A vaincre sans péril on triomphe sans gloire !
VELVET ABYSS
SECRETS OF LOST EMPIRES
(Bandcamp / Octobre 2026)
Josh Mathus : guitar, vocal / John Quin : drums, vocal / Jeremy Kniffin : bass.
Viennent de Phoenix, Arizona, souvenez de la Célébration du Lézard des Doors, ‘’ Nous sommes redescendus de Phoenix, émerveillés / Et je peux vous dire les noms du Royaume’’, nous sommes sur une bonne piste puisqu’elle serpente en nous. Ils ont déjà sorti en 2019 un single Funeral for a horse (beau titre), et un album Waitting… C’est Josh qui se charge des couves.
Abysses du temps, tous ces empires perdus dont il ne reste que d’évanescentes traces, parfois juste un nom, et parfois rien, si ce n’est une possibilité d’avoir été… Lorsque l’on se penche sur ses abysses l’on peut éprouver un effroi, peut-être d’une manière totalement égoïste car nous aussi dans quelques milliers d’années qui se souciera de nous… bribes effacées de souvenirs si lointains qu’ils évoquent avant tout notre propre disparition, notre peu d’importance sur cette planète, pourtant ces abysses sont tissés du velours de nos songeries et de nos rêveries, sans doute parce que ce que nous recherchons dans ces échos inaudibles nous ressemble étrangement. Modèlerions-nous le passé à notre image, pour nous grandir, pour nous rattacher à quelque chose de plus grand que nous, car ce qui n’existe plus subsiste d’une certaine manière puisque nous pensons encore à cela… Faire partie d’un secret refermé sur lui-même pour des siècles n’équivaut-il pas à survivre dans une bulle d’éternité…

Drôle de couve, bien sûr vous avez un piédestal de colonne et quelques spécimens de poteries attendus, avec un peu de bonne volonté vous décrèterez que le panneau de bois derrière la silhouette filiforme ressemble à un dossier de chaise curule ouvragé avec luxe et minutie. Mais la dame altière qui se tient debout dans sa robe de cérémonie elle ressemble, selon moi vous avez le droit de ne pas être d’accord, quelque peu à un hiératique portrait d’impératrice japonaise. Elle épouse la forme d’une lettre indéchiffrable qui induit le silence et signifierait le mystère.

I Ate A Flower : quelle bizarre déclaration, ne pas aimer les fleurs, pour mieux comprendre pensez Au jardin de l’Infante d’Albert Samain ou La rose de l’Infante de Victor Hugo, les pétales des fleurs merveilleuses tombent un jour ou l’autre de leur corolle comme les Empires perdent leurs provinces, celle qui parle n’est plus une infante, elle a vieilli, elle a survécu à son empire, sombres guitares, batterie implacable, c’est le destin mais avec une aile brisée, la voix poursuit son récitatif, elle parle ni au vieux roi malade, ni à quelque courtisan, ni à un domestique indifférent, ni à une servante fidèle, celui à qui elle adresse la parole n’est pas là, la scène est si incroyable que le background musical s’arrête et c’est alors que qu’un tintamarre s’effondre et qu’une clarté de guitare presque doucereuse surgit, cet amant est si lointain, une musique venue d’autre part, de quelques siècles, peut-être de plus d’un millénaire après elle, car elle n’est plus, elle est morte depuis si longtemps, c’est lui, c’est vous, c’est moi, accoudés à la margelle du puits du temps qui avons prononcé son nom et l’avons éveillée, silence le temps et l’instrumentation basculent, elle accepte l’hommage, elle le désire, mais elle sait qu’aucune caresse ne réchauffera en elle la lymphe de ses veines froides, au contraire, c’est elle qui refroidira le sang du guetteur des temps futurs, il est comme un vampire qui vient réchauffer ses rêves à son cadavre, sucer un sang qui ne lui transmettra que la mort. D’ailleurs le rêveur doit bien savoir que le tissu funèbre de ses rêves est entrelacé de mort. ‘’ Mes pensées sont à toi, reine Karomama du très vieux temps’’ dixit Oscar Vladislas de Lubicz Milosz… Segue 1 : ce mot signifie transition, sans doute faut-il l’entendre comme une suite musicale, qui dans un opéra permet au spectateur de méditer sur la scène précédente et d’entrevoir la nécessité métaphysique de celle qui suit. Un navire toute voile dehors qui roule, tangue et file sur une mer démontée vers un rivage méconnu. Deus Ex Machina : maintenant c’est lui qui parle, la guitare fait le gros dos, la batterie bat l’amble, à qui s’adresse-t-il à l’Empire, à lui-même, au Dieu qui détient le sablier du temps, il supplie, il s’est tant de fois approché de la forme languissante de la reine sur son lit funéraire que maintenant il ne veut plus rêver, il veut vivre le songe, qu’il descende jusqu’à elle ou qu’elle monte jusqu’à lui, ô son vocal suppliant et insatisfait, ô cette musique qui déferle, il crie, il insiste jusqu’à ce qu’il comprenne le commandement intime. C’est à toi de pousser la porte de séparation des mondes. Pas la peine de perdre ton temps à la chercher, elle est en toi. Secrets Of Lost Empires : il a poussé la porte du temps, les guitares imitent un voyage spatio-temporel, la batterie ramène sa fraise, un bruit de noix de coco qui choit de l’arbre, elle nous presse vers la scène cruciale. Ce n’est plus une voix, mais le chant d’un fou, il est devant le lit impérial, elle n’est plus qu’un vieux tas d’os mais en franchissant la porte de l’Empire perdu, n’a-t-il pas accepté de porter en lui-même l’âge de l’Empire, il est prêt à tout si elle daigne accepter, il mêlera ses os aux os de l’Impératrice. Les têtes froides penseront que c’est de l’amour fou. Peut-être même penseront-ils même foutraque, la guitare s’allonge dans un solo démesuré. C’est un moyen comme un autre de leur signifier de se mêler de leurs affaires et de ne pas chercher à s’entremêler dans cette histoire qui ne les regarde pas. Segue 2 : avez-vous déjà entendu une guitare jouer une musique qui lui serait étrangère, elle tremble comme si elle transcrivait une partition qu’elle ne connaîtrait pas, elle a tout de même le mérite de nous signifier qu’il se passe quelque chose qui défie l’entendement humain, dont personne ne saurait avoir idée, qu’il s’agit d’un acte qui transcende les dimensions étiquées de l’univers. The Owl Chair : l’on a envie de traduire la chouette d’Athéna, et pourquoi la chair d’Athéna, une basse terrible un vocal qui hurle, le plus terrible ce n’est pas d’avoir commis l’acte irréparable c’est de s’apercevoir qu’il faut le recommencer sans cesse, jouissance, luxure, péché appelez-le comme vous le voulez, acte contre nature en le sens où il porte le rêve atemporel de l’Empire qui subsiste ad aeternam en lui-même, apparemment l’éternité s’écoule comme tourne l’heure infatigable au cadran de l’horloge jamais arrêtée, est-ce pour cela que l’instrumentation devient si belle, si prenante que l’on rêve qu’elle ne s’achèvera pas. Raising The Kraken : l’éveil du Kraken est le symbole de la fin de l’Empire, voici donc maintenant le moment de revivre la fin de l’Empire, ne pensez pas avec votre petite cervelle de terriens peu habitués au rêve, le Kraken qui craque tout n’est jamais celui que l’on croit, c’est étrange comme cette musique ressemble à un air populaire, tu as perdu l’Empire mais j’ai bu ton sang, la guitare agonise, maintenant tu n’es plus en l’Empire, tu es en moi, c’est ainsi que toi aussi tu connais la fin de l’empire, si je vous dis que la guitare se fait harakiri avec son solo, me croirez-vous.. Segue 3 : D’ailleurs maintenant nous voici dans les ondes funèbres d’un reposoir. Il est sûr que nous avons besoin de reprendre notre esprit. De comprendre ce que nous avons entendu et d’entendre encore ce que nous avons compris. Si nous l’avons vraiment compris. Collapsing Helix : sans doute est-ce le moment d’évoquer le premier quatrain d’un des plus beaux sonnets de Stéphane Mallarmé : ‘’ Quand l’ombre menaça de la fatale loi / Tel vieux rêve, désir et mal de mes vertèbres, /Affligé de périr sous les plafonds funèbres / Il a ployé son aile indubitable en moi.’’. Le son s’éloigne, puis revient, sombre, funéral, inquiétant, nous arrivons au terme du Rêve et au terme de l’Empire, nous arrivons aussi au terme de la frontière qui sépare le Rêve de la réalité. Nous avons parcouru les trois degrés du Rêve et les trois degrés de la Réalité, celui de la mort de l’Empire, celui du rêveur, et celui de l’attente. Le temps est insatiable, il ne détruit rien de la manière dont on l’imagine, il garde simplement en lui les différentes strates temporelles à jamais. Mais laquelle féconde l’autre… Le texte répond d’une certaine façon, et la guitare d’une autre manière. Et vous que répondriez-vous…

Un album définitif : tant au niveau du son que du sens, une œuvre close sur elle-même, une parcelle d’or métaphysique arrachée à l’éternité du Rêve.
Prodigieux.
Damie Chad.
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Quand une image vous rentre dans l’œil et y reste enkystée c’est un signe qui ne trompe pas. Peut-être davantage pour nous que pour l’artiste qui l’a produite. La vie est pleine d’injustices, c’est ainsi, nous n’y pouvons pas grand-chose, nous voyons davantage le monde par nos yeux que par ceux des artistes qui nous proposent leurs fulgurances. Ce n’est pas un Klimt ou un Böcklin qui nous imposent leurs visions mais nous qui les reconnaissons comme des points sensibilatoires d’ancrage ou de chute…
La pochette de l’album Saving Grace de Robert Plant sorti en septembre 2025 m’avait fasciné, j’y retrouvais ma vision mythique et enfantine de l’Amérique. Le pays du rock’n’roll. N’oublions pas que nous vivons en une ère technologique, aujourd’hui les images bougent, la peinture résiste un peu, évolue beaucoup, et s’adapte à la folie, voire pas du tout, résistance et / ou modernité… l’artefact de Saving Grace due à Manu Viquiera et à David Rodriguez Simon, provient d’une vidéo, quoi qu’il en soit, s’il n’y a plus la pâte, la patte est reconnaissable, le style de certains nous foudroie.
Un flash d’une seconde, une véritable planche de salut, m’a permis de comprendre que puisque je n’étais pas allé à la montagne du mythe, la montagne du mythe venait à moi.
ALL THAT GLITTERS…
ROBERT PLANT
SUZY DIAN
SAVING GRACE
(Es Paranza Records / Octobre 2026)
Robert Plant : vocal / Suzi Dian : vocal, accordéon / Barney Morse-Brown : violoncelle / Matt Worley : banjo, strings, / Oli Jefferson : drums / Tom Kelsey : guitars.

La chevelure léonine de Robert Plant sur scène avec Led Zeppelin, vous ne voyez qu’elle, Led Zeppelin n’est plus là depuis longtemps mais Robert Plant ne s’est jamais séparé de sa crinière, aujourd’hui grisonnante, mais toujours dorée dans la mémoire éblouie des fans, d’ailleurs sur la couve elle concentre votre regard, vous ne voyez qu’elle, Plant n’est pas là, cette pluie d’or danaéenne le recouvre et le cèle au regard, à la réflexion vous vous demandez si Viquiera et Rodriguez n’ont pas créé un être hybride, Suzy Dian ne possède-t-elle pas elle aussi des cheveux d’or, une effigie mythique de l’Amérique, une prêtresse immémoriale avec cette highway qui s’engouffre sous sa robe, ses bras vaticinatoires sur un desquels galope un guerrier indien, sise dans l’échancrure d’une vallée surplombée d’un immense ciel gris, derrière elle cet arbre buissonnant d’où pointent telles des branches dépouillées de feuilles, comme deux extrémités de ramure d’un cerf géant, des bras tendus, des bois crochus qui nous parlent la langue des signes, que nous ne comprenons pas mais qui veulent peut-être nous signifier qu’ils indiquent le point Omega de Teillard de Chardin. N’oublions pas que cet EP quatre titres s’inscrit dans la suite logique de l’album Saving Grace dont le titre s’apparente à une des constances religieuses du peuple américain.
Cette pochette mêle symboliquement l’arrière-plan paganisant des immenses paysages naturels de l’Amérique, son entreprenante naïveté technologique, l’imprégnation de la mentalité biblique de sa population. Le tout en seule image.

The Blackest crow : un traditionnel, commun aux Appalaches et aux monts Ozark beaucoup plus près des Montagnes Rocheuses, pour la première fois enregistré par le violoniste Bruce Molsky (né en 1955), l’aurait-il été précédemment par Tommy Jarrell que Molsky rencontra, je n’en ai trouvé aucune trace. L’origine irlandaise du morceau n’est pas à exclure car musicalement il ressemble au traditionnel irlandais John Barley Corn (must die). Le thème de la chanson : l’orge doit être moissonné pour que l’on puisse fabriquer du whisky n’est pas sans rapport avec le thème de The Blackest Crow. La lecture de John Barleycorn de Jack London n’est pas à exclure. Il en existe une official video d’une platitude désolante. Bien chanté, Suzy Dian se taille la part du lion, bien joué, mais il en existe tant de versions que celle-ci s’inscrit si humblement dans la moyenne qu’elle n’apporte pas grand-chose. Le corbeau le plus noir, vous l’avez deviné c’est la mort qui va séparer le couple de vieux paysans. For sure, la veuve pourrait en profiter pour frelater avec quelques amants, mais non cette infidélité déclencherait une apocalypse, elle lui demande simplement de lui envoyer un signe… Orphan girl : l’original se trouve sur l’album Revival de Gillian Welch sorti en 1996. Pour les amateurs du King, James Burton a participé à l’album. Le morceau est pour Suzy Dian, son interprétation est magnifique. Elle rivalise facilement avec celle d’Emmily Harris. Derrière les musicos tissent un rideau de tristesse. Un peu girl-scout la thématique, tu peux m’accompagner mais une fois morte je retrouverai ma famille. Two coats : un traditionnel des Appalaches, vous ne trouverez pas meilleure interprétation que celle de Ralph Stanley, un chant tout simple, mais chaque mot pèse des tonnes sur votre âme. J’avais peur pour Plant, ce n'était pas la peine, le combo pris en son entier supporte la comparaison. Banjo royal. Cette version est magnifique. Quant aux paroles, des patenôtres insupportables. C’est un peu comme Les habits neufs du président Mao-Tsé Toung mais version indigence chrétienne. Poison : une reprise de Bert Jansch (1943-2011), guitariste de Pentangle, d’ailleurs sans l’existence de Pentangle et Fairport Convention Led Zeppelin aurait-il été le même groupe… la version de Bert Jansch est inimitable, le vocal de Plant l’égale mais c’est le groupe qui la rend supérieure en obscurcissant l’orchestration, Jansch prend le parti des hommes mais cette version-ci déclare que le Créateur est mort et se dépêche de l’enterrer au plus profond. Ce morceau sauve l’EP un peu trop enclin aux mièvres bondieuseries sur sa face A.

Certes tout ce qui brille n’est pas de l’or, mais parfois ça s’en rapproche…
Damie Chad.
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Chose promise, chose due. Ce n’est pas le nouvel album des No Hit Makers, ils l’enregistrent dans quelques jours, mais leur premier, sorti voici sept ans et neuf ans après leur EP quatre titres. Vous avez compris, un groupe intègre qui ne cherche pas à rançonner les fans. Le groupe a arrêté lors de la nuisance politico-covidique. S’est reformé, car le rock n’attend pas.
FOR EVER MORE
NO HIT MAKERS
(Not On Label / 2019)
Eric : vocal, rhythm guitar / Jérôme : drums / Larbi : double bass / Vincent : lead guitar ;
Se sont tapés un délire pour la couve, deux flics, Jérome et Vincent, à la mine patibulaire et à la matraque impatiente ont mis la main, sur un pauvre gars, innocent comme il se doit, car s’il était coupable ce serait moins jouissif, un certain Eric, dans un coin le coroner attend placidement pour faire les constatations d’usage sur le cadavre… C’est ce que Honoré de Balzas aurait classé dans les scènes de la vie contemporaine.
Nous n’avons pas communiqué l’identité du coroner : ce n’est pas un oubli, c’est dans un but éducatif, exercez la sagacité de vos enfants à la découvrir par déduction. En plus cela leur permettra tout en jouant d’acquérir une vision de leur avenir prochain.

Bitter Taste : que voulez-vous la vie vous laisse parfois un goût amer au fond de la gorge. Remarquez, je ne voudrais pas critiquer ils vous annoncent leur définitive leçon de chose sur l’existence humaine, tricotent un rythme plutôt joyeux, Larbi joue à saute-moutons sur ses cordes et Vincent vous tire-bouchonne un de ces soli de guitare qui vous donne envie de vivre au moins le temps de l’écouter une deuxième fois. I love you so : le seul titre de l’album qui ne soit pas deux, l’est de Franck Musard, de Brain Eaters, pour ceux qui cherchent un resto : sur l’intro Larbi ne lambine pas, sacrée partie de jambes en l’air, Eric miaule comme un carnassier qui se délecte de sa proie, le Jérôme bourre le mou assez frénétiquement, quant à Vincent il est incapable de retenir sa guitare. Blind and deaf : la pire des choses qui pourraient nous arriver, ne plus pouvoir reluquer une pochette et être dans l’incapacité d’écouter un disque, faites le test, pas de crainte ils jouent assez fort pour vous déboucher les écoutilles, l’Eric jacte à qui mieux-mieux et le band derrière file aussi vite que l’intro du Vaisseau Fantôme de Richard Wagner. For evermore : attention, le titre de l’album, z’y vont mollo sur l’intro mais ils se rattrapent vite, si c’est pour toujours alors ils donnent le maximum, un baltringue d’enfer dont vous vous souviendrez encore le jour de votre mort. Normal c’est pour toujours. Une merveille. Since my Baby… : vous vous attendez à du blues, disons que c’est un blues ultra-rapide, n’ayons pas peur des mots, a pure rock’n’roll avec la guitare de Vincent qui fait la belle comme si elle aguichait le taureau, car c’est un morceau minotaure de ceux qui n’ont jamais tort et que vous suivrez les yeux fermés jusqu’au bout du souterrain. Attention, très chaud. Brûlant. Blues memories : désolé, mais ces gars ont une vision très personnelle du blues, z’en profitent pour faire de temps en temps un extraordinaire vacarme, ils s’y complaisent même, ne savent plus s’arrêter. Désolé pour le blues memories c’est 0 / 20, par contre pour le rock memories 20 / 20 ! Que voulez-vous il existe aussi des souvenirs heureux. By my side : l’est sûr qu’ils aiment la tonitruance, la masse sonore qui saute sur vous sans vous avoir passé un coup de fil pour vous dire qu’elle arrive, l’Eric s’en donne à cœur joie, à la batterie Jérôme n’est pas vraiment le pape de la soupape de sécurité, le gars n’a jamais entendu parler du concept de décroissance, bref si vous voulez rester à leur côté préparez-vous à haleter sec. You can cry : moi je veux bien mais ce n’est pas le chagrin qui les étouffe et les empêche de jouer, ou alors c’est un torrent de larmes dévastateurs qui va vous emporter, vous, votre copine et votre chat à l’autre bout de la terre. Nous espérons que vous vous en sortirez indemnes. With my old black Cadillac : en pleine mytho rock’n’roll, étrangement ils n’y vont pas à fond, disons que c’est une sorte de country hyper-électrisé, avec Larbi qui fait grimper les escaliers de la Tour Eiffel à sa contrebasse. Sont tellement bien partis qu’ils doivent s’y reprendre à trois fois pour arrêter les frais. Des frais excessivement chauds surtout. You were too young to die : le truc n’est pas de pleurer sur la mort mais de donner une idée de l’intensité de la vie. Vous offrent un festival de promesses à tenir, de désirs à attraper par la queue, bref en moins de trois minutes le quatuor diabolique secoue le cocotier si fort que vous buvez du petit lait. The devil is in me : la malédiction du rocker, l’on aurait envie d’ajouter et des chacals de Béthune, commencent par un solo de contrebasse, vous ne trouverez pas plus noir, l’Eric vous prend une voix de croquemort, Jérôme bat le rappel des morts-vivants, et Vincent vous instille l’irrésistible attrait du mal pour votre âme malade, z’ont décidé de finir en laideur, mais depuis Baudelaire l’on sait bien que les plus belles fleurs sont celles du mal !

Que reprocher à cet opus, rien. Beaucoup si vous n’aimez pas les morceaux qui ont l’intensité chevillée à l’outrance rock’n’roll. Evidemment du premier titre au dernier c’est le même tourbillon sonore qui vous emporte. Une tempête infatigable qui ne lâche rien. Comme l’on dit sur le plateau du Larzac, c’est pour ceux qui aiment le rock fort. For Evermore, for sure !
Damie Chad.
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Nous allons parler de blues. Ce n’est pas de ma faute, je n’y suis pour rien. Enfin si, un tout petit peu tout de même. Tout cela ne serait jamais arrivé si la CIA ne s’était pas mêlée de l’affaire. Non, aucun agent secret ne m’a forcé à écrire cette kronic en appuyant un revolver sur ma tempe. C’est une affaire véridique, vous jugerez éléments en mains le degré de ma culpabilité. Je vous laisse seuls juges.
Tout cela a commencé par un prof d’anglais de ma sœur qui prévient sa classe que si les élèves désirent recevoir une revue gratuite, écrite en français, il suffit de la demander au service adéquat de l’Ambassade Américaine à Paris. Ma sœur écrit. Pendant plusieurs années nous recevrons Informations & Documents à la maison.
C’est que l’on appelle le soft power. Plus tard nous apprendrons qu’elle était diligentée par la Central Intelligence Agency. Pendant longtemps je me contente de jeter un coup d’œil sur la couverture. Jusqu’à ce que je m’aperçoive qu’à l’intérieur se cache une rubrique culturelle de deux à trois pages, présentation d’un écrivain suivie de quelques textes. La première sur qui je tombe est consacrée à Edgar Allan Poe. Je connais déjà depuis plusieurs années mais fervent admirateur de l’auteur du Corbeau, je déchire les pages que je possède encore. Suivront quelques auteurs inconnus, pour ma pomme, qui ne m’emballent guère.
Encore une fois un inconnu, un certain Langston Hughes, un noir, ce siècle avait deux ans, nous étions en 1967, lorsqu’il naquit… quelques poèmes d’un de ses recueils The Weary Blues suffisent à me percer le cœur. J’avais seize ans. Encore une fois je déchire les pages. Aujourd’hui encore Langston Hughes est au cœur de ma galaxie poétique la plus prégnante.
A plusieurs reprises j’ai chroniqué en ce site plusieurs de ses livres, par exemple son dernier recueil La Panthère et le Fouet paru en 1967 aux USA, la traduction est sortie en 2021 chez Ypsilon-Editions. Or voici que ce même éditeur nous offre en version bilingue :
LE BLUES USé
LANGSTON HUGHES
Traduction Julien Tribotté
(Ypsilon-éditeur / 2026)

La traduction a été assurée par Julien Trbotté, il est l’auteur de deux romans : Chronique d’un amour (2021) et Passion libre (2026) que je n’ai pas lus, par contre je me suis rendu compte qu’il enseigne la littérature française à l’Université John Hopskin de Baltimore. Ville où décéda Edgar Poe. Peut-être pas un hasard mallarméen, mais sûrement une correspondance baudelairienne. Les quelques notules que j’ai lues sur Julien Tribotté mettent l’accent sur les relations de la sexualité moderne avec les moyens technologiques mis à la disposition des pratiques ‘’ communicatives’’ des amants en puissance.
Entre nous soit dit je n’aurais jamais traduit The Weary Blues par le Blues Usé. Bien sûr, le jeu simili-homophonique des deux mots était tentant. Par contre je me serais attardé sur Filigrane Blues ou Trame blues, d’ailleurs plutôt Blues filigrane ou Tramé blues, deux propositions assez lointaines mais qui me semblent davantage révélatrices du contenu du recueil. Ma première rencontre avec le recueil, je n’ai d’abord connu pendant assez longtemps que la première partie du recueil justement intitulée The weary Blues. Je me souviens de ma première constatation à la première lecture : pourquoi blues alors que ces poèmes sont plutôt axés sur le jazz. C’est que le blues évoqué par ce vocable ne fait pas spécifiquement référence au courant musical du blues. Ce n’est pas non plus un sentiment, ni une façon particulière d’entrevoir le monde, ainsi qu’il était expliqué durant les années cinquante et soixante dans les rares ouvrages consacrés au blues. La plupart de leurs auteurs étaient alors plus ou moins consciemment marqués par l’existentialisme philosophique sartrien. Pour le dire plus crument : le blues était considéré comme une cause ‘’ noble’’ digne d’intérêt pour l’intelligentsia européenne… Pauvres noirs victimes de tous les malheurs du monde. Autrement dit : mauvaise conscience blanche.

En fin de ce volume : un court article de Langston Hughes, dix pages parues en 1926 intitulées : L’Artiste Noir et la Montagne Raciale : Hughes dénonce le racisme, il ne dit pas que les noirs ont beaucoup souffert, il affirme que le seul et plus atroce marqueur de l’oppression raciste qu’il ait rencontré, ce sont les couches sociales les plus élevées du peuple noir, qui tout en se plaignant du racisme, ont assimilé l’idéologie libérale des blancs. Il sait de quoi il parle. Les livres écrits par les noirs ne sont pas lus par les noirs.
Dans son Encyclopédie du Blues, parue en 1979, Gérard Herzhaft, raconte que durant son périple aux Etats-Unis sur les traces du blues, reçu dans une haute famille noire, à sa grande surprise il est atterré par les jugements que cette bourgeoisie aisée tient sur cette musique. Ils ont honte qu’on leur rappelle les années de l’esclavage, ce n’était pas de leur faute, ils étaient pauvres, incultes, pas vraiment civilisés… Cinquante années plus tard, le constat n’a pas changé…

Revenons au recueil en lui-même. Un petit livre : soixante-dix pages, aussi importantes pour l’histoire de la poésie afro-américaine et américaine tout court que Les Fleurs du Mal de Baudelaire. Un livre de jeune homme d’un côté, un livre de toute une vie pour l’autre. Baudelaire a derrière lui dix siècles de poésie française, Hughes quelques livres écrits par des noirs. Certes il a fait des études littéraires. Baudelaire est le récipiendaire de toute une tradition culturelle européenne, Hughes s’appuie sur ses expériences biographiques, pas grand-chose, du vécu, des lieux, des impressions, mais puisqu’il écrit pour le peuple noir il ne peut s’appuyer que sur la concrétude des expériences vécues par lui-même et par ses ‘’frères’’ et ‘’sœurs’’.
Il existe une similitude architecturale entre les deux recueils, divisés en six parties pour le Parisien et en sept pour Hughes. Je ne m’étendrai guerre sur cet aspect, les lecteurs sont assez grands, toutefois je conseillerai aussi de visiter Le Spleen de Paris…

Mort en 1967, si pendant longtemps Hughes fut considéré comme une sommité par beaucoup de son peuple, son étoile commença à décliner au milieu des années soixante. James Baldwin (1924-1987), nous avons présentés plusieurs de ses ouvrages, lui aussi perdit un peu de son aura vers la même époque, une nouvelle génération de militants noirs affirmait que la victoire de la lutte pour les Droits Civiques n’était qu’un leurre, qu’il fallait dès lors entamer le combat d’une manière plus rude. Le mouvement des Black Panthers, né en 1966, décréta que Langston avait eu le tort d’accepter d’être ‘’lancé’’ par des intellectuels blancs… Aujourd’hui, après l’échec des Panthers, l’œuvre de Langston Hughes attire de nouveaux lecteurs, les éditions Ypsilon viennent de rééditer plusieurs des ses ouvrages. Nous en reparlerons.

En 1949, lors d’une conférence à Asheville en Caroline du Nord Langston Hughes rencontre une jeune lycéenne de seize ans : une certaine Eunice Waymon, qui plus tard deviendra célèbre sous le nom de Nina Simone. Nina Simone est assimilée au mouvement des Droits Civiques non-violents. Mais Nina Simone est proche de Stokely Carmichael, un des leaders du Black Panthers Party. Il professait que le parti-pris de non-violence de la lutte pour les Droits Civiques était une stratégie et surtout pas une pétition de principe… C’est lui qui lança le mot d’ordre : Black Power.

Langston Hughes et Nina Simone gardèrent contact jusqu’à la mort de Langston en mai 1967. En mai ou juin 67 sort le disque Nina Simone Sings The Blues sur lequel se trouve Backlash Blues, le texte est de Langston Hughes, il a été enregistré entre décembre 1966 et janvier 1967. Le Black Party est créé en octobre 1966. Comment traduire Backlash si ce n’est par l’expression : retour de manivelle. Le texte est assez explicite. Un jour ce seront les blancs qui auront le blues, la promesse de retour de la manivelle du blues…

En 1960 Langston Hughes fait partie de l’organisation du festival de Newport, il insiste pour que Nina Simone soit invitée. La nuit du samedi 2 juillet sera chaude, des milliers de jeunes provoquent la police, à moins que ce ne soit le contraire… L’après-midi du dimanche 3 juillet est consacrée au blues, Muddy Watters, John Lee Hooker sont à l’honneur, le poème Goodbye Newport Blues écrit par Langston à la suite des émeutes de la veille sera interprété sur scène…
Le Weary Blues est partout.
Damie Chad.