Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

small faces

  • CHRONIQUES DE POURPRE 747 : KR'TNT ! 747 : SMALL FACES / DON CAVALLI / CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT / EARTHLORE / GRAVES FOR GODS / JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

    ,small faces, don cavalli, cramps, beatpack, wilson pickett,  earthlore, graves for gods, johnny hallyday, elvis presley,

    LIVRAISON 747

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    17 / 09 / 2026

     

    SMALL FACES / DON CAVALLI

    CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT

    EARTHLORE / GRAVES FOR GODS

    JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

     

     

    SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

    *

    Livraisons 318 – 729 sur :

    http://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/

    *

    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

     

    The One-offs

     - Pile ou Faces

     (Part Two)

             Nous nous engouffrâmes dans une petite bouche d’ombre de la rue Caponière et traversâmes à la queue leu-leu un minuscule jardin peuplé d’arbustes aussi rabougris que des pieds de geishas. Disséminées au sol, des figurines animales hétéroclites semblaient nous observer d’un air goguenard. Notre hôte donna un nouveau tour de clé et nous fîmes irruption dans l’ample volume d’une cuisine singulièrement haute de plafond. Il y régnait une fraîcheur salvatrice, en contraste avec la fournaise urbaine qui brûlait tellement l’air de la rue qu’on peinait à respirer.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Ah l’endroit valait le coup d’œil ! On y avait accumulé un capharnaüm d’objets gothiques et moyenâgeux. Félicien Rops y eût à n’en point douter trouvé son bonheur ! Au centre, une table de bois massif tranchait la pièce en deux, flanquée de deux rangées de hautes chaises toutes aussi baroques que les vases et les lampadaires en pâte de verre qui surchargeaient les murailles. On ne savait plus où donner de l’œil. Cette orgie d’objets plus rococo les uns que les autres agissait sur la cervelle avec l’ampleur d’une féerie vertigineuse.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Notre hôte brisa net notre état de stupeur en nous priant de prendre place pour festoyer. Nous nous retrouvâmes devant des assiettes et des couverts dûment appareillés à l’environnement. Sans crier gare, notre hôte extirpa de son antique réfrigérateur des plats et les disposa au centre de la table : une grande assiette de viandes froides, accompagnée d’un vaste récipient rempli à ras-bord d’une salade de légumes frais, le tout arrosé d’un cru «dont», annonça-t-il avec un sourire complice, «vous me direz des nouvelles», ce que nous ne manquâmes pas de faire deux verres plus tard. Et nous festoyâmes ! Nous dévorâmes de vastes tranches de rôti de bœuf rouge et tendre à la fois, un rôti, commentait-il, qu’il avait choisi avec circonspection et cuit sous l’égide de Brillat-Savarin. Nous nous délectâmes de cette sargasse de légumes échouée dans un océan de sauce blanche et dont la fraîcheur aurait éberlué le moins frileux des esquimaux.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Puis vint le moment de passer aux choses sérieuses : une séance d’écoute de 45 tours. Nous dûmes pour cela gravir un étage. En débouchant dans le salon, nous restâmes pétrifiés sur place, comme le fut la femme de Loth, transformée en statue de sel : sur le mur du salon rayonnait un gigantesque portrait encadré de Jules Barbey d’Aurevilly.

             — Ah ça par exemple ! Que le diable m’emporte ! Le Connétable des Lettres ! Que fout-il donc ici ? Serait-on arrivés au tournebride de la rue Rousselet ?

             Notre hôte nous pria de prendre place dans les fauteuils installés face au portrait de Barbey. Sur une table basse s’élevait hardiment une belle pile de 45 tours destinés à divertir, mais surtout à instruire les invités. L’hôte, d’une espèce devenue rare, veillait non seulement à régaler ses invités, mais aussi à leur transmettre ces précieuses connaissances qui sont, dans la vie d’un amateur d’art, l’aboutissement d’un très long parcours. Cette pile de 45 tours en était le symbole et nous nous apprêtâmes à vivre l’un de ces moments sacrés dont le destin est hélas trop avare.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Nous eûmes le privilège d’entendre l’éléphantesque Solomon Burke barrir «Keep Looking» sur Atlantic. Puis Gary Walker et «You Don’t Love Me», agrémenté à la suite d’un extrait soigneusement choisi de l’album devenu culte de Gary Walker & The Rain, que rechercherait activement Des Esseintes s’il vivait à notre époque. Le tonitruant Chuck Jackson et «I Keep Forgettin’» nous sortirent à temps de la torpeur dans laquelle menaçait de nous plonger la digestion. Un petit vent frais de rockab souffla sur le salon avec Johnny Horton et «Lover’s Rock». Puis nous plongeâmes dans les gouffres de l’inconnu avec Steve King et «Satan Is Her Name» sur Mercury, The Rumblers et «I Don’t Need You No More» sur Downey, The Lloyd Alexander Real Estate et «Watcha Gonna Do» sur President, The Falling Leaves et «She Loves To Be Loved» sur Parlophone, comme d’ailleurs les Sons Of Fred et «Baby What You Want Me To Do?» Et ça repartit de plus belle avec The Redcaps, puis Shyster et «Tick Tock» (qui sont en fait les Fleur De Lys),  The Clique et «We Didn’t Kiss Didn’t Love But How We Do», The Poets de Glasgow et «That’s The Way It’s Got To Be», The Jynx et «How», et The Downliners Sect et «Bloodhound». On eût droit à une grosse cerise sur

    ,small faces, don cavalli, cramps, beatpack, wilson pickett,  earthlore, graves for gods, johnny hallyday, elvis presley,

    le gâtö : les Small Faces et «Wham Bam Thank You Mam», une B-side qu’on ne connaissait pas, alors qu’elle ne fût pas notre consternation d’entendre Stevie Marriott monter sa voix au sommet de la gloire londonienne, dans l’Immédiateté d’Immediate, dans le prodigieux ramdam des origines du monde et des nappes d’orgue du mec Mac, et au cœur de ce prodigieux maelström grondait la basse de l’ineffable Plonk Lane, alors nous nous prosternâmes jusqu’à terre. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Signé : Cazengler, Small Fesse

    Small Faces. Afterglow Of Your Love/Wham Bam Thank You Mam. Immediate 1969

    Chez Gérald. Caen (14). 25 mai 2026

     

     

    L’avenir du rock

    - Un bon Cavalli n’est jamais le dernier

    (Part Three)

             Cette fois, l’avenir du rock a une bonne raison d’aller rendre visite à Jeremiah Johnson dans les montagnes du Colorado. Pourtant, il déteste claquer des dents à cause du froid, mais quand on veut voir Jeremiah Johnson, il faut arrêter de chipoter. C’est pas le genre de mec qu’on croisera sur une plage à Saint-Tropez. Comme d’usage, l’avenir du rock arrive sur les hauteurs et repère au loin le bivouac de Jeremiah Johnson grâce à son filet de fumée. Il approche, descend de cheval, s’assoit près du feu, enlève ses moufles et tend ses mains gelées au-dessus des flammes pour les dégeler. Comme d’usage, Jeremiah Johnson fait rôtir un p’tit lapin atteint de myxomatose.

             — T’en veux ?

             — Bof...

             Pas de mondanités chez Jeramiah Johnson. Si t’es pas content, tu te casses. L’avenir du rock relance la conversation :

             — Faudrait enlever les flèches que les Crows vous ont tirées dans le dos, Jeremiah Johnson. Ça risque de s’infecter...

             — Occupe-toi de tes fesses.

             Il grignote son p’tit lapin calciné. Puis il sort son énorme Bowie knife pour se curer les dents. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Ça fait un bruit dégueulasse.

             — Bon, quesse tu fous là, avenir du rock ? Tu veux ma photo ?

             — Non j’étais juste venu pour vous poser une question importante...

             — Vazy, accouche !

             — Qu’est-ce que vous pensez de Cavalli ?

             — Rien. Connais pas ton cavalier... Pourquoi tu m’poses cette question à la con ?

             — Vous fâchez pas, Jeremiah Johnson, j’essayais juste de vous sortir de la misère intellectuelle dans laquelle vous sombrez depuis cinquante ans. C’est simple : cavalez avec Cavalli. Vous avez déjà le cheval... Vous m’en direz des nouvelles !

     

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Quand Don Cavalli revient dans ta vie via la wild country de «Don’t Give Your Heart To A Rambler», tu penses aussitôt à Onie Wheeler : même présence et même classe. Cette cover de Jimmy Skinner ouvre le balda de Sounds Of Faith & Sorrow, le

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    nouvel album de Don Cavalli. Puis il passe en mode pur rockab avec «The Old Crossroad», une cover de Bill Monroe, qu’on ne connaît que de nom, mais cette fois t’as le beat rockab d’entre les reins et le deep du doo. Tu ne retrouves cette qualité du slap que sur les grands albums, et ceux de Don Cavalli en font partie. Il attaque son «Body & Soul» au see that train coming round the bend, toujours sur un fabuleux beat rockab. Cette fois, Don Cavalli a des faux accents d’Elvis. C’est faramineux de qualité chant et de qualité son, plus le slap sourd comme un pot. Et cette voix écœurante de feeling ! En B, il passe en mode country rockab de force majeure avec «Memories Of You». Il country-rocke son boat de blend. Il plonge dans une belle dramaturgie avec «The Drunkard’s Hell». Il a cette fois des accents de Charlie Feathers. Il pose sa vraie voix sur un slap sound et ça gratte des poux allégés. Il a les accents de voix de vieil homme qu’on entend chez Charlie Feathers, à la fin. Même fibre de vibe ultra américaine. Album de l’année ? Va-t-en savoir.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Signé : Cazengler, Don Casanis

    Don Cavalli. Sounds Of Faith & Sorrow. Doghouse & Bone Records 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Cramps it up !

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Petite agitation à Clochemerle : on annonce la parution d’un «nouvel» album des Cramps. On entend d’ici les charognards croasser sur leur branche d’arbre. Après Dead Hendrix, on va nous faire le coup des Dead Cramps. Crank it up ! L’hic c’est qu’il reste une survivante des sessions de 1977 à Memphis : Ivy. Enfin, bref, tout ça pue la charogne. Baudelaire redevient d’actualité - La puanteur était si forte, que sur l’herbe/ Vous crûtes vous évanouir - Eh oui, amigo, on y est. Le spectacle n’est pas gratuit : 25 euros si tu veux voir ça en CD, et 100 euros si tu le veux en vinyle coloré - Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine/ Qui vous mangera de baisers/ Que j’ai gardé la forme et l’essence divine/ De mes amours décomposés ! - Merci Baudelaire pour ce divin chef-d’œuvre d’humour macabre.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Tous les canards s’y mettent, y compris les français. Matt Snow en fait deux pages dans Mojo et Tim Murray six dans Shindig!. Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des Cramps. Pourquoi n’a-t-on pas demandé à Dick Porter de se charger de la besogne ? C’est incompréhensible. Sauf tout le respect qu’on doit à ces deux canards, ils traitent «l’événement» comme s’il s’agissait du nouvel album de U2, mais en plus exotique, car sortis de leur contexte, les Cramps sont forcément un groupe exotique. Et le malaise commence à planer dès que le nom d’Henry Rollins apparaît dans le chapô. Tu sais tout de suite que c’est foutu. Ces deux articles devraient être des articles extraordinaires et ils ne le sont pas. Les deux textes n’ont rien dans la culotte.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Henry Rolling et Larry Hardy

             On apprend très peu de choses. Dévastée après le départ de Lux, Ivy se serait consacrée «à son jardin, au yoga and a spiritul path under a new name.» Larry Hardy raconte qu’elle filait tout ce qu’elle possédait, les lampes, les films - I’ve gotten their tiki bar  with the giant dinosaur bones that flanked it - L’Hardy rappelle pour les ceusses qui ne seraient pas au courant que Lux et Ivy étaient inséparables - To lose someone like that, I can’t imagine - Ivy n’encaissait plus ses chèques de royalties - She wasn’t interested anymore - Puis l’Hardy et Jimmy Maslon ont proposé à Ivy de monter une société de gestion, The Cramps Inc, pour gérer «the band cultural legacy», et dont Ivy serait bien sûr la principale bénéficiaire. The Cramps Inc va opérer dans trois domaines : photo, vidéo et merch. Apparemment il y a de la demande. Les bootlegeers s’en foutent plein les poches, avec notamment l’out of print. C’est même assez industriel. Et t’as des mecs qui achètent ça ! Quelle puanteur ! Et pour lancer The Cramps Inc, pouf, on réanime le vieux label Vengeance. Tant qu’à faire !

             Meanwhile back in 1977. Alex voit les Cramps à New York et leur propose d’aller enregistrer à Memphis. Rilly? Wow!!!! Lux : «We got together 800 bucks, stole a car and went to Memphis with Alex.» Lux avoua aussi à Snow en 1985 que les Ardent Studio sessions étaient ses «favorites of the Cramps output at that point.» Snow ressort aussi un bout d’interview de Lux concernant Bryan Gregory : «He wanted to be like the Clash and write songs about the Sandinistas. He liked the Bee Gees. He wanted to get rich quick. He was a dumb glue-sniffer from Detroit... not that I’ve got anything agaisnt the glue-sniffers from Detroit.»

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Dans Shindig!, Kid Congo sait trouver les mots pour dire la spécificité des Cramps : «This music didn’t exist before they existed.» Le Kid aime bien rappeler son examen d’entrée dans les Cramps : Lux lui demande s’il est prêt à se couper un doigt pour entrer dans le groupe, et le Kid lui répond :

             — I think I would, yes.

             — Okay, well, then you can be in our band.

             Le Kid rappelle aussi qu’Ivy lui a appris à mieux jouer, «and she gave me my first fuzz pedal.» Le Kid paraît encore émerveillé d’avoir vécu cette aventure - It was like being into a whole world. That was the Cramps. They were people with a very strong vision - Il atteint une sorte d’apothéose prophétique : «The Cramps were an absolute whole world. It’s timeless music, rock’n’roll as spirituality, rock’n’roll as sexuality, something to enjoy, and to go wild and let loose to.»

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             On apprend que Lux et Ivy avaient mixé Gravest Gravy pour une parution en 2008, mais Lux got sick et le projet fut shelved. On apprend en outre qu’il existe des live recordings, assorted demos and more (A&M demo session including their cover of The Third Bardo classic ‘Five Years Ahead Of My Time’) - It’s a surprise that these have never surfaced before - Par contre, les versions studio d’«Hungry», de «Problem Child» et de «Rocket In My Pocket» semblent inédites. Lux et Ivy planquaient leurs bandes. Même l’Hardy ne savait pas que ça existait - And that’s why this record is such a miracle ‘cause you just haven’t heard it before - L’image de Stephanie Chernikowski qui orne la pochette de Gravest Gravy avait été choisie par Lux & Ivy. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Les Cramps restent les Cramps, quoi qu’on dise. Et sur Gravest Gravy, t’as du son, my son. Dès «TV Set», t’as le luxe de Lux. C’est vraiment gratté dans les règles du lard et soudain t’as le crash trash de Bryan Gregory. Argghhh ! Solo dégueulasse et révolutionnaire. Pur spirit. Tu réécoutes le cut. T’en reviens pas. L’Hardy dit que Bryan Gregory grattait son solo «with the back of his hand». Et ça continue en mode Ardent Memphis Sound avec «Weekend On Mars» et la frappe sèche et magnifique de Nick Knox. Tix tox ! Les Cramps déroulent. Tout est déjà là, tout le déroulé demented de «Twist And Shout», Lux chante dans le coin, c’est de la pure folie ! Far away in Africa et voilà «Jungle Hop». C’est très Dollsy Crampsy, c’est l’exotica des catacombes ! «Hungry» est suivi à la fuzz et là, t’as les heavy Cramps. Cover puissante et menaçante. Lux devient dingue. Mais dingue ! Laisse tomber tes groupes garage. Lux a déjà fait tout le boulot. Et puis voilà l’enfer sur la terre : «The Natives Are Restless», I walk down my street, les Cramps déboulent, baby, pur jus de wild-as-fuck. On assiste à l’incroyable articulation du son derrière Lux. Oh la version de «Domino» ! Oh oh ! Claquée sec ! Craquée ! Violente ! Saturée de son ! Ah Domino ! Lux pose encore ses conditions d’alligator shoes dans «Can’t Find My Mind», avec la réverb maximaliste. Et la cerise sur le gâtö est la cover de «Rockin’ Bones». Roll On ! Mais qui fait les chœurs derrière ? Bryan, dit Philippe. C’est le balancement définitif du when I die/ Don’t you bury me at all/ Just nail my bones up on the wall/ Beneath these bones let these words be seen/ This is the bloody gears of a boppin’ machine ! Autrefois, Jean-Yves adorait scander ces quatre vers mirobolants.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             La suite de Gravest Gravy est déjà prête, nous dit le Murray : le prochain coup de biz est prévu pour le Record Store Day 2027, «and the one beyond that is pretty much decided too.»

             En plus des bandes d’enregistrement, le Rollins stocke la collection de posters de Lux, et ses fringues - there’s a lot of Lux’s stuff here - Sa videotape collection. Il dit que tout ça appartient à l’histoire.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Dans Record Collector, Johnnie Johnstone en rajoute une petite louche en signalant non pas the rebirth of the Ghoul, comme l’a fait son collègue Snow, mais carrément the birth of the Ghoul. Gravest Gravy a failli sortir deux fois, en 1989 et en 2008, précise-t-il. Le Johnstone qualifie les Cramps de deparaved weirdo degenerates, amateurs de «50s rockabilly, B-movie sleaze, exploitation films, garage punk and Vegas-y trash culture.» Les Cramps ? - Here was the true spirit or rock’n’roll, pure in its impurity, feral - Pour situer l’harsh de la cover d’«Hungry», Johnstone parle d’éviscération. Il trouve que «some of the material rocks harder than the later versions», notamment «The Native Are Restless». Ça grunt and grate  ! Et le Johnstone de conclure : «It perfectly encapsulates both their magic aesthetitic and the rebel spirit that spawned these unfforgettable songs.»

    Signé : Cazengler, crampette

    Cramps. Gravest Gravy. Vengeance 2026

    Matt Snow : Rebirth of the Ghoul. Mojo # 393 - August 2026

    Tim Murray : Grave concerns. Shindig! # 178 - August 2026

    Johnnie Johnstone : Birth of the Ghoul. Record Collector # 587 - September 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - British Beat(pack)

             Un soir qu’il se promenait dans la rue, l’avenir du rock vit passer d’étranges silhouettes encapuchonnées. Piqué par la curiosité, il décida de les suivre discrètement. Bon c’est vrai que la curiosité est un vilain défaut, mais sans curiosité on ne ferait pas grand-chose dans la vie. Suivant pas à pas les mystérieux inconnus, l’avenir du rock remonta l’avenue René-Coty et les vit s’engouffrer un à un dans une bouche d’ombre. Il s’y glissa à leur suite. S’éclairant à l’aide de son smartphone dernier cri, il descendit les marches humides et manqua cent fois de s’y rompre le cou, se rattrapant chaque fois de justesse à une vague rampe en métal rouillé. Mais la curiosité restait la plus forte, alors au lieu de remonter vers la surface, il continua de s’enfoncer dans les ténèbres. Il finit par atteindre le sol d’un couloir et se dirigea vers ce qui semblait être une rumeur. Il aperçut enfin une lueur au fond de ce long couloir taillé dans la roche et il éteignit son smartphone dernier cri. Il déboucha dans une grande crypte et se dissimula derrière un pilier. Les silhouettes encapuchonnées se tenaient alignées devant un autel, comme des gens faisant la queue au guichet d’une gare. Assis derrière l’autel se trouvait une singulière créature, plus haute qu’un homme, cornue et vêtue d’habits de cérémonie très anciens, semblait-il. Le diable ? De toute évidence. L’avenir du rock vit les silhouettes encapuchonnées approcher du diable une à une, s’emparer d’un couteau posé sur l’autel, s’ouvrir le pouce et apposer le pouce ensanglanté au bas d’un parchemin. Ils recevaient en guise d’assentiment un grognement qui faisait trembler les piliers de la crypte. Ils étaient tous là pour signer un pacte avec le diable. L’avenir du rock se joignit à la file d’attente et quand enfin vint son tour de signer le pacte, il repoussa le parchemin d’une main ferme. Interloqué le diable grommela d’une voix atrocement sourde :

             — Pourquoi ne signes-tu pas ce pacte, avenir du rock ?

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             — Parce que je préfère le Beatpack ! Et de loin !       

     

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             C’est Simon Harvey, le guitariste des Beatpack, qui te cède une belle copie d’All Good Things (Turn To Dust) pour 15 £ sur un trottoir d’Hastings. Bonne opération car quel album ! On entend des chœurs Whoish sur «Or So It Seems», et on passe aux choses très sérieuses avec ce «Greek Street 2am» quasi proto, monté sur un shuffle à la Spencer Davis Group. Hot stuff ! Incroyable giclée d’élégance funky ! Alors attention, la viande est en B et ça pulse dès «Money In My Pocket», early British beat avec des beaux coups d’harp - Money in my pocket/ But I’m broke - Encore du beau British Beat avec «Ramblings From Green To Green», c’est le Beat des origines, bien formulé, puissant comme pas deux, ça groove à l’ancienne, et avec ferveur. Ces mecs sont vraiment bons, comme le montre encore «Poor Old Billy Wren». C’est une pop sixties, très anglaise. Ils terminent avec le morceau titre qui sonne comme un shook de gaga sauvage, bien titillé par un riff malingre, et ça donne un garage extra-sharp. Et bien sûr, Simon Harvey passe un killer killah dévastateur. Ça joue gras avec une appétence pour le proto. Ils frisent le Downliners. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Qui a fait l’apologie du nouvel album des Beatpack, The Violet Hour ? Probablement Shindig!. Celui-là n’est pas produit par Wild Billy Childish, mais il est enregistré par Ed Deegan, ce qui revient au même. T’es hooké aussitôt l’affreusement violent «Chill Is The Night». Ces mecs sont d’épouvantables brutes ! Ils tapent dans une sorte de genius barbare supérieur. Et ça continue en mode fantastique énergie avec «Cafe Conversation #48». Ils enfoncent un sacré clou dans la paume du beat. On croit entendre les Seeds. C’est la même énergie. Au chant, Hugh Dellar est extrêmement incisif. Et toutes les compos sont signées Simon Harvey. Puis on va perdre le panache de «Cafe Conversation #48». Il faudra attendre «People In The City» pour assister à une nouvelle explosion de violence. Ils tapent dans le Whoish System et le couplet s’en va exploser en plein ciel. Ils visent clairement le ramdam des Who. Ils attaquent «The Violet Hour» à la basse pouet pouet d’Ace Kefford. Quel capiteux brouet ! Ils attaquent ensuite «Down On His Luck» à la fuzz box, c’est assez punchy et même presque stoogy. Alors t’applaudis des deux mains.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Tant qu’on y est, on peut écouter leur premier album, le moyennement excellent Could You Walk On Water paru en 1991. Même si la pochette est ratée, on peut quand même l’écouter, ne serait-ce que pour entendre le killer solo de Simon Harvey sur «Nobody = Nothing». En plein dans l’œil du colimaçon ! On les sent encore bien déterminés à en découdre avec «Anything Goes». Simon Harvey est hors de lui. On sent une tendance Whoish dans le gratté de poux Ricken de «Two Tracks Missing», et en fin de balda, ils tapent avec «Jasmin» en plein dans l’esprit Pretties, et c’est là qu’ils sont bons, Hugh Dellar fait son Phil. Et en B, tu ne sauves qu’un seul cut, le morceau titre qui sonne comme un hit avec de beaux échos de Stonesy. Simon Harvey se fend à nouveau d’une pimpant killer solo flash.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Et voilà le Beatpack sur scène au Pig. Simon Harvey est au fond dans son coin d’ombre avec son Epiphone. Hugh Dellar porte un headcoat, comme Wild Billy Childish, et juste devant toi, t’as Will Bourton lui aussi chapeauté de frais. Le Beatpack va se lancer dans une folle équipée de British Beat avec le son des origines. Ça swingue, c’est sûr, mais ça ne t’emporte pas la bouche. Trop classique, dirons-nous. En tous les cas, tu ne vois aucun des hits que tu connais sur la set-list. Tu découvriras pas la suite qu’ils tapaient dans leurs EPs. On se croirait en 1965. Mais t’iras jamais cavaler après les Beatpack EPs, t’as bien trop de boulot ailleurs. Will Bourton gratte des lignes de basse affreusement dynamiques qui pourraient évoquer le proto, mais Dellar sur scène est tout sauf proto, il est même un brin bourrin et c’est agaçant. C’est un peu comme s’il tentait de passer en force. On sent les efforts. Ça demande à exploser mais ça n’explosera pas. Dellar souffle des coups d’harp comme s’il marquait son territoire. C’est un set enraciné dans le straight British Beat. Même Simon Harvey sonne classique, alors que sur les albums, il casse comme on l’a dit toute la baraque. On ne retrouve pas le panache de The Violet Hour. Ils n’auraient jamais dû monter sur scène après Big Lightning. T’as pas ta dose. Et quand t’as pas ta dose, tu chougnes. Gnagnagna. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Signé : Cazengler, Beatpack de bière

    Beatpack. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 18 juillet 2026

    Beatpack. Could You Walk On Water. Screaming Apple 1991 

    Beatpack. All Good Things (Turn To Dust). Spinout Nuggets 2022

    Beatpack. The Violet Hour. Spinout Nuggets 2024

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part Two)

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             On en revient toujours à Wilson Pickett. On s’est penché voici quelques semaines sur le book que lui consacra sa frangine Louella Pickett-New, Don’t Let The Green Grass Fool You. Plutôt que de célébrer son talent, elle mettait essentiellement l’accent sur la violence de Wicked Pickett et les coups qu’il distribuait à son entourage. Tony Fletcher aborde le personnage sous un autre angle : dans In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett, il célèbre la carrure du Soul Brother, comme le ferait le biographe d’un champion de boxe. Fletcher revient sur la violence vers la fin du book, lorsqu’emporté dans un tourbillon d’alcool et de coke, Pickett se met à cogner tous ceux qui l’entourent. Pif paf pouf !

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Pour Fletcher, il n’y a aucun doute : Wicked Pickett incarne la Soul plus que tout autre, parce qu’il est le plus viscéral et qu’il a su transformer le scream en art, comme d’autres transforment le plomb en or. Fletcher rappelle encore que Pickett fut un pionnier, la première Atlantic star à descendre enregistrer chez Stax et chez Fame, puis chez Gamble & Huff à Philadelphie. Il fut aussi le premier à emmener un black American package en Afrique. Wicked Pickett a deux particularités : il est extrêmement agressif, et très noir de peau - too black, disaient de lui les autres blackos. D’où son surnom de panthère noire. Et pour couronner le tout, il ne fait confiance à personne.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Tony Fletcher

             Pour remonter aux sources, Fletcher commence par expliquer que les esclaves n’ont pas d’ancêtres, et qu’on leur donnait le nom de leurs propriétaires, d’où les 200 Pickett listés dans les comtés d’Autauga et de Montgomery, en Alabama. C’est donc mal barré pour Wicked Pickett : il sait qu’il porte le nom d’un blanc. Et en Alabama on ne cultive qu’une seule et unique plante : le coton. Wicked Pickett est donc doublement enragé. C’est une sorte de prédisposition. Et pour couronner le tout, sa mère lui fout des raclées sauvages (savage beatings) quand il renâcle - Whoaaaa she almost killed me - Alors il va dormir dans les bois, mais il finit par revenir «à la maison». Ça forge un caractère. Fletcher rappelle que les descendants d’esclaves étaient éduqués à la dure, les parents avaient eux-mêmes été frappés par leurs parents, just to keep them in line, alors le traitement à la dure se transmettait de génération en génération. Frappé quand il était petit, Wicked Pickett va frapper quand il sera grand. Par contre, Fletcher ne nous dit pas si les enfants de Wicked Pickett continuent de frapper leurs proches. Encore une fois, la violence est inhérente à la misère : plus la misère est profonde, plus le désespoir est grand et plus les coups pleuvent. C’est mécanique. Le seul antidote au désespoir est la mort. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Wicked Pickett réussit à quitter l’Alabama pourri pour aller retrouver son père qui est installé avec une autre gonzesse à Detroit. Pickett fait la connaissance d’Aretha qui tourne avec la preaching caravan de son père le pasteur Franklin depuis qu’elle a 10 ans. Si tu lis la bio que consacre David Ritz à Aretha, tu apprendras que les soirées gospel sont des baizodromes. À 13 ans, Aretha met un premier gosse au monde. Wicked Pickett devient pote avec Aretha et chante à la New Bethel church du pasteur Franklin. Ils n’ont qu’un an d’écart et Fletcher avoue qu’il ne sait rien de la nature de la relation qu’entretient Pickett avec Aretha. Pickett fréquente aussi les futures stars de Motown. C’est à la New Bethel church qu’il entend pour la première fois les Soul Stirrers de Sam Cooke, puis deux autres superstars du gospel, Archie Brownlee des Blind Boys From Mississippi et Clarence Fountain des Blind Boys of Alabama. Deux des plus grands chanteurs de tous les temps. Il suffit d’écouter les albums pour le savoir.

             Très tôt, Wicked Pickett s’impose comme un crack - He was good, dit Debose de Pickett. Il sait déjà tenir a tuneful scream, il saut déjà splitter les notes d’un octave like a mystical throat singer, sans se casser les cordes vocales. Tout vient du gospel.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Fletcher attaque le chapitre Falcons, sans doute le plus mystérieux et le plus fascinant de l’histoire de la Detroit Soul. C’est un super-groupe avant l’heure, puisqu’on y trouve Eddie Floyd, Sir Mack Rice, et Wicked Pickett. On surnomme les Falcons The World’s First Soul Group. Eddie Floyd monte le groupe en 1955 et recrute Joe Stubbs, le frère de Levi Stubbs, qui ramène le guitariste Lance Finney. Puis Floyd recrute Mack Rice, originaire de Clarksdale, Mississippi. L’autre membre des Falcons s’appelle Willie Schofield. C’est en sortant d’un rendez-vous chez un docteur que Schofield entend dans la rue la voix de Wicked Pickett. Installé au balcon, Pickett chante et gratte à coups d’acou «The Sky is Crying» d’Elmore James. Et pouf, Schofield lui propose de venir auditionner pour les Falcons. Voilà à quoi ça tient : à un fil.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Pourquoi Wicked Pickett ne s’est-il pas retrouvé chez Motown ? Bonne question Mister Fletcher. La réponse est pourtant évidente : Motown était beaucoup trop pop pour un mec comme Pickett. Les Falcons, c’est complètement autre chose. Comme Joe Stubbs sait qu’il attire les regards, son ego se met à enfler et il voudrait que le groupe devienne Joe Stubbs & The Falcons, selon le modèle de Nolan Strong & The Diablos. Alors les Falcons le virent et c’est là où Schofield ramène Pickett. Mais ça renâcle. Schofield s’attendait à tout, sauf à ça : les autres Falcons trouvent Pickett trop black. Too black ! Schofield ne comprend pas - What the hell you mean he’s too black ? - Les Falcons proposent le job à Marvin Gaye qui vient d’arriver à Detroit avec Harvey Fuqua, mais Marvin décline l’offre. Alors les Falcons s’habituent à l’idée du too black Pickett. Joe Stubbs revient, et le groupe se retrouve avec deux leaders. Les Falcons partent en tournée et Fletcher précise qu’ils sont tous armés. Ils évitent systématiquement le Mississippi. Fletcher raconte qu’une nuit sur la route, un camion roulait à la hauteur de la bagnole des Falcons et comme dans Easy Rider, un blanc pointait un fusil sur eux. Alors les Falcons ont baissé les vitres et tiré des coups en l’air. Ce sont aussi les Falcons qui dédouanent le jeune Pickett en l’initiant aux joies de l’alcool et de l’herbe. Et puis voilà la fameuse anecdote du concert avec James Brown : les Falcons passent juste avant James Brown. Pickett fait son numéro de screaming, ce qui ne plait pas à James Brown qui les vire de la tournée. Avec le temps, cette rivalité se transformera en respect mutuel. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    ( 1963 / Double - Records)

             Wicked Pickett quitte les Falcons pour entamer une carrière solo. Il s’achète une Cadillac verte et part avec sa poule Dovie pour New York. En 1963, il participe à un package tour avec Little Johnny Taylor, Garnett Mimms & The Enchanters et Rufus Thomas. Pickett bricole un peu, jusqu’au moment où Jerry Wexler le signe sur Atlantic. Wexler : «Pickett is, to me, the greatest Rhythm & Blues singer of today.» Et pouf, il lui présente Don Covay, chez Atlantic, on 61st Street & Broadway. C’est le début d’une grosse relation - Give me some juice, turn me loose, let me hang out like a wild mad goose - Don Covay avait été le protégé et le chauffeur de Little Richard qui le surnommait Pretty Boy. Wexler qui vient de signer Tami Lynn, présente ensuite Pickett à Bert Berns qui a eu la main verte avec les Isley Brothers, Solomon Burke et Garnett Mimms. On demande à Pickett de chanter «Come Home Baby», un hit signé Mann & Weil, mais il ne parvient pas à le groover. C’est trop blanc. Alors il se barre. C’est là que Wexler opte pour Stax.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Steve Cropper

             Chez Stax, Steve Cropper sait que son job est de composer des hits - That’s what we did. They (Atlantic) were coming from the days of LaVern Baker, that crossover from jazz church. It’s still swing music, it’s still kind of jazzy, it wasn’t really R&B - Crop trouve le son Atlantic trop smooth, trop sophistiqué, trop méticuleusement arrangé, alors que chez Stax, «Otis et Carla Thomas, on the other hand... now that was R&B.» Après son expérience malheureuse avec Bert Berns, Pickett est content de se retrouver à Memphis avec Crop et sa Tele. Ils composent tous les deux dans une chambre de l’Holiday Inn avec les deux grattes. Sans bourbon, précise Crop qui suivait la ligne claire imposée par Jim Stewart - a tight, dry ship - Crop et Pickett composent ce jour là «In The Midnight Hour», «perhaps the song most emblematic of the whole southern soul era.» Crop et Al Jackson vont vite mettre ça au carré en studio. Fletcher précise au passage qu’Al Jackson bat son beurre avec the thick end of his stick. Chez Stax, on travaille from scratch : pas de partitions comme à New York, pas d’arrangements écrits. Wexler est éberlué. Cette expérience dit-il lui a changé la vie, et du même coup, elle a changé l’approche d’Atlantic en matière d’enregistrement et de production. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Pickett retrouve aussi à Memphis son vieux compère Eddie Floyd. Ils composent à trois avec Crop. Pickett fait trois sessions chez Stax, ce qui donne neuf masters, dont quatre vont devenir des classiques. Mais Jim Stewart informe Wexler que les artistes Atlantic ne sont plus les bienvenus chez Stax. Stewart : «Pickett got to be an asshole.» Il ajoute : «The guys didn’t want to work with him, and I wouldn’t ask them to do it.» Pickett a réussi à irriter Jim Stewart. Wexler a aussi abusé de l’hospitalité de Stax. Il a ensuite envoyé Sam & Dave, puis Don Covay. Stewart ne s’entendait pas avec Don Covay - Just didn’t understand Don - Don Covay n’est jamais revenu à Memphis. On reprochait à Jim Stewart d’être top blanc. Wayne Jackson : «He didn’t have a black leg in him.» Puis Pickett va oser dire qu’il a tout composé, ce qui attriste Crop qui est crédité comme co-auteur. Il précise que les compos de Pickett étaient «unfinished».

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Wicked Pickett va bâtir son empire six ans durant grâce à Atlantic. In The Midnight Hour qui est son premier album sur Atlantic paraît en 1965, et c’est la première d’une série de dix belles bombes atomiques, car oui, franchement, ces dix albums sur Atlantic font partie de ce qui s’est fait de mieux à l’époque en matière de raw Soul. Wicked Pickett disposait de la meilleure des agglutinations : le bon label, les bons producteurs, les bonnes chansons, les bons baking-bands et la vraie voix. Dans le cas d’un mec comme Pickett, on peut même parler de cocktail explosif. Rien qu’avec le morceau titre, Wicked Pickett rafle la mise. Il y va au heavy slow groove, il y va à l’hot ! Yes I am, il travaille déjà ses cuts à l’extrême, il les chante au max des possibilités. Toute l’A de cet album est du pur raw. Wicked Pickett rugit au grand jour dans «Take A Little Love» et surtout dans «I Found A Love». Ce blackos est un chanteur né, il explose tout le concept du doo-wop. Extraordinaire séance de screamerie ! La B est purement apocalyptique, avec notamment «I’m Gonna Cry», un cut digne de Motown mais avec en plus une sorte de drive demented. Encore un hit co-écrit avec Crop : «Don’t Fight It». Ça se sent que c’est ça. Pur jus de Stax Power ! On retrouve la patte d’Eddie Floyd avec «Take This Love I’ve Got». Pickett te screame ça jusqu’au bout de la nuit. On retrouve aussi le «Come Home Baby» de Barry Mann & Cynthia Weil. Power max ! Pickett duette avec on sait pas qui, car rien n’est dit sur la pochette. Belle fin de non-recevoir avec le raw r’n’b de «Let’s Kiss & Make Up» et son solo de gras-double. Crop s’y fend d’un joli killer solo flash. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Comme Jim Stewart ne veut plus travailler avec Atlantic, Wexler emmène Pickett à Muscle Shoals, chez Rick Hall et l’année suivante paraît la deuxième de la série des dix bombes atomiques : The Exciting Wilson Pickett. Belle pochette ! On y voit Pickett en petit costard rouge sauter en l’air. Voilà encore un album bourré à craquer d’hits. L’album est à cheval sur Stax et Fame, car Wexler récupère six cuts enregistrés chez Stax. C’est la raison pour laquelle on retrouve dans la distribution toute la fine équipe Isaac & Spooner, Duck & Tommy Cogbill, Crop, Jimmy Johnson et Chips, Roger Hawkins et Al Jackson, Packy, Andrew Lowe et Floyd Newman, c’est-à-dire toute la crème de la crème. Et pouf, Pickett part en trombe avec l’un des hits les plus wild de la frontière, le «Land Of 1000 Dances» de Cannibal & The Headhunters, une suggestion de Wexler. C’est là, chez Fame, que Pickett assoit sa souveraineté. Il a enregistré «634-5789» chez Stax, une compo de Crop & Floyd, heavy raw de Stax Sound, idéale pour une panthère noire. Il boucle son balda avec «You’re So Fine». Il travaille l’hit au corps. C’est l’un des fleurons des sixties. Et pouf, il remet le couvert en B avec le Midnight Hour de son album précédent et on reste chez Stax avec «Ninety Nine & A Half (Won’t Do)», un cut d’heavy Soul chauffé à blanc, cosigné par Crop. C’est indestructible. Encore un hit infernal avec «Danger Zone», Lord have mercy ! Puis Pickett taille «I’m Drifting» dans la masse, c’est soloté au sax, battu sec et cuivré dans l’âme. Il termine avec une belle compo de Bobby Womack, «She’s So Good To Me». Idéale pour une panthère noire.

             Il va faire trois sessions en neuf mois à Muscle Shoals. Rick Hall indique que Pickett et lui sont des Soul brothers, we really were. L’admiration est réciproque, I love Rick Hall, s’exclame Pickett, qui est assez avare de sentiments. Puis Wexler ramène Tom Dowd à Muscle Shoals.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             C’est The Wicked Pickett paru en 1967 qui donne son surnom à Pickett. Belle pochette et big album. Pickett sourit comme un diable black sur la terrasse d’un gratte-ciel. On a là l’LP de Soul music idéal, aussi idéal que peut l’être le gendre idéal. On est chez Rick Hall, avec cette bande de surdoués que sont Chips, Jimmy Johnson, Spooner, Roger Hawkins et Tommy Cogbill. Et ça se sent dès «Mustang Sally», signé Mack Rice. Ah la brute ! Pickett bouffe Sally toute crue, sans sel ni poivre, ride Sally ride font les succubes des enfers. Chips joue lead et Cogbill drive son bassmatic comme un crack. Heavy & huge. On fera difficilement mieux dans le genre. Pickett se tape un vieux shuffle de Mississippi Queen avec «New Orleans» et prend «Sunny» à l’heavyness de rêve, avec un Chips planqué dans l’écho du temps. Et puis tout explose avec «Everybody Needs Somebody To Love», beat de stomp, tout le monde joue derrière ce merveilleux screamer. Rrrrrrrraw ! Pickett explose le «She Ain’t Gonna Do Right» de Dan Penn et Spooner, et en B, il reprend le «Knock On Wood» d’Eddie Floyd. Encore deux hits signés Dan Penn : «Up Tight Good Woman» et surtout «You Left The Water Running», extraordinaire raw de gros popotin. Classic sound ! Puis c’est le «Three Time Loser» de Don Covay. Sans doute l’un des plus gros stomps de l’histoire du stomp. Pas de Soul brother plus carnassier que Pickett. C’est le même raw que celui de Sam & Dave.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             On reste dans l’hot Soul d’Atlantic avec The Sound Of Wilson Pickett paru en 1967. On y retrouve la même équipe de surdoués derrière cette panthère noire qui démarre en trombe avec «Soul Dance Number Three». Gros popotin de Muscle Shoals. Et tout explose une fois de plus avec «Funky Broadway». Chips y fait du Disraeli Gears, il claque ses notes au tremolo, énorme présence du son et hypertension du chant. Pickett boucle son balda avec «You Can’t Stand Alone», sur fond d’une extraordinaire débinade de bassmatic signée Tommy Cogbill. «Something Within Me» palpite au cœur de la B. Il n’existe rien de plus excitant que Wilson Pickett à cette époque. Il fait de l’heavy country Soul, une invention à lui, une sorte de raw Southern brawl, alors évidemment, avec un tel screamer, c’est couru d’avance. On salue aussi le «Mojo Mama» qui ouvre le bal de la B, car voilà une nouvelle lichée de raw to the bone. Tout Muscle Shoals est derrière lui, alors il en profite pour secouer les colonnes du temple. Fantastique artiste !

             Quand Bobby Womack rejoint le backing-band de Pickett, celui-ci lui demande : «Bobby have you got a gun?». Oui, car pour partir en tournée, il faut être armé. Pourquoi ? Pour se défendre. En 1967, tous les blackos qui tournent dans le Sud sont armés. Et comme James Brown, Pickett se comporte en despote avec son groupe.

             Mais à la différence de James Brown qui reste fidèle à son public noir, Pickett travaille avec Atlantic son cross-over vers le public blanc. James Brown : «Ah Pickett, you know you’re a good singer, can’t nobody out-sing you. But you know there’s one thing wrong with you.» Interloqué, Pickett demande : «What’s that, James?». Et James lui met ça dans la barbe : «You ain’t black enough.»

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Dans le groupe de Pickett se trouve une autre future superstar : Buddy Miles. Pickett lui botte le cul parce qu’il joue «too much drums». On ne botte pas le cul de Buddy Miles. Il ira aussi sec rejoindre Mike Bloomfield pour monter Electric Flag. Puis comme chacun sait, Buddy ira battre le beurre pour Jimi Hendrix. C’est avec le p’tit Bobby que Pickett s’entend le mieux : ils entretiennent tous les deux une «productive and faithful musical relationship». Pickett montre plus de respect au p’tit Bobby qu’aux autres membres du groupe. Le p’tit Bobby apprend à amadouer la panthère noire : «Tu pouvais plaisanter avec lui et soudain, il te sautait dessus pour essayer de te tuer. Tout le monde l’appelait Wicked Pickett parce qu’il était le genre de mec à ne pas se poser de questions sur ce qu’il faisait.»   

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Chips Moman

             Puis une shoote éclate entre Rick Hall et Wexler pendant une session d’enregistrement d’Aretha. Alors Wexler envoie Pickett chez Chips qui vient de monter American Studios à Memphis. King Curtis et Bobby Womack font partie du staff de Chips, avec les autres surdoués, Reggie Young, et Gene Chrisman qui a battu le beurre pour Jerry Lee. 

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             C’est donc chez American que Pickett enregistre l’excellent I’m In Love, «the most advanced and mature of Pickett’s albums to date.» La panthère noire part en trombe avec «Jealous Love». Ça sent le bon vieux Southern thang. Elle chante avec des accents animaliers étranges, elle rugit dans la chaleur de la nuit, fabuleux carnassier ! L’autre big hit de l’album est le morceau titre signé Bobby Womack qui en plus joue lead sur ce gospel Soul infesté de tortillettes. On est au cœur de la Southern Soul, avec des orchestrations sublimes et le p’tit Bobby dans le son. On trouve aussi sur cette big A un «Stagger Lee» embarqué au Memphis beat. Tommy Cogbill roule pour nous et Gene Chrisman bat un beurre bien sec et bien net. S’ensuit un «That Kind Of Love» signé Don Covay, avec un Reggie Young on fire. Ils cassent tous la baraque, sur cet album. Et le festin se poursuit en B avec King Curtis qui vient saxer «Don’t Cry No More» - Cry me a river/ Cry me a sea - Alors le vieux King entre dans la danse et tout le monde grimpe au paradis. Tiens, encore un coup de Jarnac avec «We’ve Got To Have Love», du raw meat + du Memphis beat, ça donne une bombe atomique. Wilson Pickett et le p’tit Bobby co-signent ce monster hit. Ils sont tellement dans le vrai. «She’s Looking Good» sonne comme Mustang, même hargne barbare, même sens aigu de l’hot-as-hell.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Pas vraiment d’hits sur The Midnight Mover, deuxième album enregistré chez American, et paru en 1968. Pickett compose pas mal de trucs avec son pote le p’tit Bobby, notamment le morceau titre, «I’m A Midnight Mover» - They call me the midnight mover - On peut lui faire confiance. Ils composent aussi le slow burner «Remember I Been Good To You». Co-signé avec le p’tit Bobby, voilà encore «I Found A True Love», en gage de qualité. Bien dur et chanté au petit popotin. Avec Pickett, le client n’est jamais déçu. Ils co-signent aussi «Let’s Get An Understanding», nouveau slab d’hot raw. L’autre co-auteur de choix est bien sûr Don Covay. Ils pondent ensemble l’infernal «I’m Gonna Cry», joliment soutenu par des blackettes délurées. Pickett boucle son bouclard avec «For Better Or Worse» qu’il chante à la pointe du progrès. Ah quelle glotte !

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Reggie Young dit que le p’tit Bobby a déteint sur lui - Now I’m playing like Bobby Womack - Et quand il va aller jouer à Nashville, il continuera de jouer «that Womack style on country records, instead of the hillbilly stuff.» Puis le p’tit Bobby finit par en avoir marre des «poor conditions» dans lesquelles les musiciens de Pickett sont traités, même s’il roule dans la Cadillac de Pickett. Fletcher indique au passage que le p’tit Bobby a initié Pickett à la coke. Il se souvient de la première fois : «Man, he was dancng like James Brown, all over the place.» Mais en contrepartie, la coke n’a fait qu’aggraver les mauvais penchants de Wicked Pickett, notamment son penchant pour la violence domestique.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Malgré sa pochette un peu neuneu, l’Hey Jude paru en 1969 pourrait bien être l’un des meilleurs albums de Wilson Pickett. Il est de retour à Muscle Shoals et Rick Hall produit l’album. Le coup de génie est évidemment le morceau titre, où Pickett outrepasse McCartney, ce petit black originaire de l’Alabama make it better. Barry Beckett le soutient à l’orgue et les guitaristes s’en donnent à cœur joie, évidemment. Pickett sonne comme un damné de la terre, il sonne comme un brasero à deux pattes, c’est la pire partie de scream de l’histoire du rock. Toute l’A est une partie de plaisir, et ce dès «Save Me». Toute la bande est là : Roger Hawkins, David Hood, Jimmy Johnson, Duane Allman et les Sweet Inspirations. «Back In Your Arms» sonne comme l’«A Change Is Gonna Come» de Sam Cooke, Pickett le chante jusqu’à l’oss de l’ass. On passe au Stax Sound avec «Toe Hold», un hit signé Prophète Isaac et David Porter. Pickett en fait de la charpie, il est encore plus hot que Sam & Dave réunis, il chante à la glotte cramée. Don Covay signe «Night Owl», encore un cut hot as hell, fabuleux shake de scream bien secoué, c’mon in the morning, et David Hood dégringole ses gammes. Pickett boucle son balda avec «My Own Style Of Loving», un pur joyau de Southern Soul bourré de cuivres, de piano, d’orgue et de guitares. La B est un tout petit peu moins dense, heureusement. Pickett screame son ass off dans «A Man And A Half», signé George Jackson et joué à la clameur du Fame Sound. S’ensuit un groove typique de la Soul des seventies, co-signé avec Bobby Womack : «Sit Down And Talk This Over». Pickett y fait des étincelles. Tout y est : le son, la voix, la compo et le beat. Il fait aussi une cover brûlante de «Born To Be Wild». En fait, il fout le feu à tout ce qu’il touche. Il hurle tout ce qu’il peut hurler. Fletcher : «Hey Jude was the perfect Wilson Pickett album for early 1969.»

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             En 1970 paraît Right On. Une moitié des cuts est enregistrée à Muscle Shoals, et l’autre dans le nouveau fief d’Atlantic, le studio Criteria à Miami. Le coup de génie se trouve en B et s’appelle «It’s Still Good». Eddie Hinton le shake au Southern riff, ça screame et ça rue dans les brancards, de grosses nappes d’orgue viennent lécher les flancs du cut, c’est chargé d’électricité, still good I like it ! On trouve aussi en B un très belle cover d’«Hey Joe» très électrique et très screamée. Sur cet album, Wilson Pickett semble se battre pied à pied avec sa Soul, c’est en tous les cas l’image qu’inspire «Funky Way». Eddie Hinton fait des merveilles dans le «Groovy Little Woman» d’ouverture de balda. On retrouve Cissy Houston dans les chœurs. Wexler et Tom Dowd veillent au grain. L’autre hit du disk s’appelle «Sweet Inspiration». Joli raw de r’n’b d’époque, beau final sexuel avec des filles exubérantes. Back to Muscle Shoals avec «This Old Town». Sacré beau brin de Soul, solide et bien ficelé. Pickett fait aussi une version un peu heavy de «You Keep Me Hanging On». C’est du big business. Il nous fait aussi le coup de la ferveur spectaculaire du gospel batch dans «Lord Pity Us All» et il screame sa crème dans «Women Likes To Hear That».

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Wilson Pickett + Jerry Wexler

             Mais on reproche  à l’homme qui a créé le modèle d’une authentique black Soul de mal tourner en reprenant de la white pop. Il est temps pour Wicked Pickett de se recentrer. Wexler louche sur Gamble & Huff à Philadelphie et leur envoie Archie Bell & The Drells, puis Dusty Springfield, puis les Sweet Inspirations. Non seulement Gamble & Huff supervisent tout, le studio, la section rythmique, l’enregistrement, mais ils supervisent aussi le sweetening, la production, et bien sûr les compos. Alors Wexler envoie Pickett chez ces surdoués. En prenant cette décision, Wexler prend aussi le risque d’adoucir sa panthère noire.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Paru aussi en 1970, In Philadephia est le huitième Pickett album sur Atlantic. Alors, attention, comme l’indique le titre de l’album, on change de son. Pickett passe à une Soul beaucoup plus sophistiquée. Ce sont aussi d’autres musiciens, ce qui n’empêche pas Pickett de faire son cirque habituel dans «Run Joey Run». Il sait se maintenir au sommet. On va droit sur «Bumble Bee», monté sur le bassmatic d’un nommé Ronnie Baker. Pas de meilleur rumbler que ce Bumble Bee. «Don’t Let The Green Grass Fool You» vaut pour de la belle Soul bien carbonisée. C’est en B que se joue le destin de l’album. Notamment avec «Get Me Back On Time Engine Number 9». Big Wicked beat, c’est le popotin de Philly avec un bassmatic extraordinairement luisant dans la matière du beat, le mec joue au takatak rebondi, et on a en plus une guitare une peu folle dans le fond du son, du scream et des nappes d’orgue. L’ensemble stupéfierait un régiment d’hussards. Pickett chante son «Days Go By» à s’en dilater la rate. Il brûle, brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé. Back to the big raw avec «International Playboy». Pickett ne mégote pas sur le raw, il est même l’incarnation du raw, le Soul screamer # 1, avec Bobby Womack, Al Green et James Brown.

             Mais il ne retournera pas à Philadelphie. Pickett : «Gamble and Huff, that’s two black Jews, man. They was good. But I was good too, you know, man. So if they’re gonna make some money, I’m gonna make some money too. Right? Okay?».

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Pour son dernier album Atlantic, Don’t Knock My Love, Wilson Pickett pose en costard de dragueur accoudé au radiateur d’une Rolls. Il ne lésine pas sur les moyens. Mais quel album ! Et ce dès «Fire & Water», pur jus d’hot raw cuivré de frais et chanté à la Soul revue de rêve. Derrière Pickett, on retrouve Dennis Coffee (sic) et David Hood, plus les Memphis Horns. Cette fois, c’est Brad Shapiro qui produit. On entend Pickett passer un coup d’harp dans «A Mighty Long Way» et tout explose avec le morceau titre, une sorte de dancing raw. Pickett trace la voie du real jive de Muscle Shoals. Ce morceau titre en deux parties est monté sur le riff de basse de David Hood, et Shapiro orchestre à outrance. Quel beau brin d’hit ! La B est encore plus explosive. Pickett chante «Hot Love» au raw du dégueulis, il ne fait pas semblant, il rugit dans la chaleur de la nuit. Coff ramène sa wah dans «Not Enough Love To Satisfy». Que de son my son ! Encore plus raw, voici la reprise de «You Can’t Judge A Book By Its Cover». Rien de plus raw que ce raw. Pickett tortille sa braise, il reste fabuleusement intense. On s’installe dans les classiques avec «Mama Told Me Not To Come», tout est bon là-dessus, le bassmatic, les cuivres, Coff et les filles derrière. Là-bas dans le Deep South, le moindre cut s’ultra-chante à tire-larigot, c’est encore ce que montre «Woman Let Me Be Down Home». La panthère noire règne sans partage sur la Southern Soul. Fletcher : «Don’t Knock My Love was surely Wilson Pickett’s finest Atlantic LP. It was also to be the last.»

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Signé : Cazengler, Piqué (des hanetons)

    Wilson Pickett. In The Midnight Hour. Atlantic 1965

    Wilson Pickett. The Exciting Wilson Pickett. Atlantic 1966

    Wilson Pickett. The Wicked Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. The Sound Of Wilson Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. I’m In Love. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. The Midnight Mover. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. Right On. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Hey Jude. Atlantic 1969

    Wilson Pickett. In Philadephia. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Don’t Knock My Love. Atlantic 1971

    Tony Fletcher. In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett. Oxford University Press 2017

     

     

    *

    Dans la terre, c’est quoi ce titre, une reprise du Voyage au centre de la Terre de ce très curieux Jules Verne, non  cette coulée de feu ne serait-ce pas plutôt Les Derniers jours de Pompéi du non moins étrange Edward Bulwer-Lytton… quoi qu’il en soit dès que je vois sur une pochette ce qui de près ou de loin ressemble à un édifice de la Grèce Ancienne ou de la Rome Antique, faut que j’aille voir de près, les anguilles ne remontent-elles pas les océans, les fleuves, les rivières et les torrents pour retrouver le lieu où elles ont été engendrées…

    WITHIN THE EARTH

    EARTHLORE

    ( Bandcamp / Août 2026)

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    La pochette est de Marcio Blasphemator, brésilien, si vous aimez l’esthétique   romantik dark metal, abstenez-vous de visionner son instagram, vous y passereiz des heures sans fin emplies de beauté cauchemardesque. Magnifique !

             Viennent de Boston, capitale du Massachusetts, une ville qui nous agrée puisque hantée par le souvenir de Lovecraft… se sont formés en 2017, ont sorti un EP  au beau nom Age of the Monolith en  2019 : Lars Nicewiez : bass  / Gabe Haydar : guitars / Drew Pelrine : guitars, vocals / Troy Welling : drums.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Within The Earth : des guitares oui, comme rouillées sous terre à la suite d’un séjour un peu trop prolongé, survient la batterie qui agit comme une main qui se pose sur le bras d’un malade pour le rassurer, pour réfréner les battements d’un cœur affolé, la voix glaireuse, même pas la force de growler avec ardeur, elle conte le récit d’une lente extraction, d’un chemin de taupe qui s’obstinerait vers la lumière, maintenant c’est la batterie qui s’affole, les guitares qui grincent plus fort, la basse qui le pousse vers haut, qui le tire en avant, lorsque le son baisse durant d’interminables secondes l’on se demande si l’être qui rampe pour monter plus haut est en train d’abdiquer ou s’il vient de comprendre qu’il a fait le plus dur du chemin, qu’il ne lui reste plus qu’à surmonter  quelques mètres d’ensevelissement… All : l’on s’attendait à des bouffées d’angoisse expirantes, mais non les cordes vous rassurent, la voix a pris de l’intensité, quant à ce qu’elle raconte, nous sommes en pleine confusion, tantôt en chemin vers les voûtes astrales, tantôt encore une forme humaine, maintenant elle a pris conscience d’elle-même, elle dit ‘’je’’, elle parle à la première personne, veut-elle nous signifier qu’elle est la personne première, le futur héros vainqueur, mais n’est-elle pas encore un pantin de glaise qui essaie de s’évader de son pétrin, qui dérape etglisse sur le rebord des entrailles terrestres, peut-être est-il les deux postulations à la fois, en même temps, celui qui est englouti et celui qui s’efforce d’échapper à l’étreinte mortelle de ce solo de guitare qui s’enroule autour de lui comme un serpent visqueux, maintenant l’idée clairvoyante s’insinue en lui, il est tout en même temps, l’être prisonnier d’un sombre passé et celui qui s’exhausse vers ce qu’il n’est pas encore mais dont il est certain de son advenue. Epitaph : instrumental, normal les morts et les mots ont disparu : de belles résonances, inutile d’être triste, ce qui est mort est mort, ainsi est réduit le passé des choses révolues, tout cet effort produit pour renaître à lui-même n’est plus de mise, l’histoire ancienne est abolie, il est vivant, il s’est arraché à l’étreinte de la terre qui voulait le garder pour elle seule dans sa gangue mortuaire… nous n’y pensons pas, n’étions nous pas morts avant notre naissance alors que nous gisions dans un néant informe, et maintenant ne sommes-nous pas créature conquérante à hauteur d’homme… Tempest Skies : hard is good, ici musique revigorante, faut un peu

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    d’ardeur pour prendre mesure d’un homme. Vocal hurlé, tempétuosité instrumentale, vous voulez savoir ce que c’est qu’un homme, alors ils vous racontent l’histoire d’Edward Dimond, vous ne le connaissez pas, normal c’est un ancien résident du Massachussetts, pas n’importe qui : un sorcier, tremblez il vivait dans un cimetière et se livrait à des pratiques douteuses, vous savez sous les épitaphes vous trouvez une pierre tombale et sous le granit un cadavre, réjouissez-vous Dimond ( mon Dieu comme ce nom sonne comme « démon » ), les soirs de tempêtes il s’adonnait à de terribles rituels, par lesquels, grâce auxquels, il ramenait les navires et leur équipage à l’abri d’un port salvateur. Blinding Star : sombres ondes musicale, l’on vous raconte la même histoire que celle des trois premiers morceaux, relents d’orgues, mais vue sous une autre facette, d’ailleurs la musique adopte une rythmique presque joyeuse et la voix s’élève pour vous rappeler que vous bâtissez votre personnalité en recueillant des évènements perdus dans la nuit des temps écoulés, comment cela se fait-il, transmissions orales et légendaires, toujours est-il que  vous savez ce que vous ignorez, l’étoile du savoir, sa lumière vous aveugle, vous ne la voyez pas, vous l’ignorez mais elle vous enseigne le début et la fin qui se résout en catastrophe pourquoi, comment, peut-être parce que tout fragment d’un cycle, parce qu’il s’inscrit dans le déroulement-même du cycle, porte en lui ce que l’on pourrait appeler l’ADN du cycle. Vous êtes la partie du Tout, mais le Tout lui-même n’est qu’une partie du Tout. Le son disparaît jusqu’à devenir un imperceptible bourdonnement d’abeille. Sont sympathiques, ils laissent à l’auditeur un peu de temps pour méditer… Siècles : tiens la guitare grinçonne un peu mais le rythme s’accélère et l’ambiance s’adoucit, normal, vous avez eu au morceau précédent l’exposé un tant soit peu philosophique du principe de l’écoulement des choses et de leur résurgence, voici  que de la théorie nous passons à la pratique, derrière nous gît le passé, les civilisations perdues, effacées, dont il ne subsiste que quelques ruines, oui des mondes d’humanités successives se sont  empilés les uns sur les autres, se sont engloutis, mais il existe encore des traces, des indices, des ruines – c’est exactement ce que nous décrit la pochette – presque tout a disparu, mais le souvenir s’est enkisté dans la mémoire des hommes, un peu comme les ruines d’Hiroshima se sont cristallisées dans l’explosion atomique, un jour tout de nous disparaît, mais quelque reste subsiste, une espèce de mémoire fantôme qui passe d’esprit en esprit comme un témoin invisible transmis de génération en génération… Au Printemps : guitare apaisante, chant pas tout à fait séraphique mais planant et rassurant, le titre est assez évocateur, le cycle de la nature, les atomes qui forment votre corps se dispersent, mais se réuniront plus tard, il est inutile d’avoir peur de mourir, ce n’est qu’une entrée en hibernation, la fleur qui naîtra de la graine au printemps prochain, ce n’est pas la même fleur, l’individu est perdu à tout jamais, mais celui, ou ceux qui le remplaceront, connaîtront un destin similaire… Le morceau se termine comme votre vie s’arrêtera. Mais si vous voulez assister à la prochaine germination il suffit de cliquer sur le premier morceau du disque. Acceptation panthéiste.

             Musicalement rien de nouveau sous le soleil. Ce n’est pas un album qui révolutionnera l’histoire du rock. Mais combien d’individus survivent dans la mémoire du monde... Ce qui est sûr, c’est que c’est très bien fait, plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord. Parfois, il est bon que l’on nous remette le nez dans le caca de notre impermanence.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Tiens des français, ben non certes la Meuse prend sa source en France, mais elle coule aussi en Belgique, j’ai une tendresse particulière pour ce fleuve, à peine si je l’ai entrevu un jour en la franchissant sur un pont, m’a paru un tantinet étroit, mais dès que j’entends le mot Meuse s’élèvent en moi les mots de Charles Péguy : Adieu Meuse Endormeuse… Sans le savoir je ne suis pas si loin de ce sur quoi je m’apprête à tomber, Meuse Music Records est un label Belge spécialisé dans le doom funeral, le genre de musique parfaite pour ceux qui rêvent de mettre fin à leurs jours en beauté. Bref j’épluche leur catalogue, je tique sur le titre d’un album, erreur c’est le nom du groupe, il faut que j’aille voir cela de près. Le premier titre que j’écoute me séduit, comme ils n’ont à ce jour produit qu’un EP et un seul album, je chronique l’intégralité.

    THE OLDEST GODS

    GRAVES FOR GODS

    (Sleeping Chuch Records / 2022)

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Couve en blanc et noir. N’empêche qu’elle est très belle. N’ont pas pris de risque non plus : un arbre, un bel arbre, le tronc certes, en fait il y en a deux mais on a tendance à ne pas les voir tant le regard est happé par les ramures prises en contre-plongée. L’image est si prenante que l’on en vient à regretter la présence du nom du groupe dans le large coin droit inférieur. Pourtant l’arche de branches et de squelettes qui entoure le blaze aurait pu prendre toute la place sur la pochette, cet arc de triomphe et de mort aurait suffi à lui tout seul pour servir de logo à ce premier opus.

    Viennent d’Australie, d’Adélaïde, ville de plus d’un million d’habitants située tout en bas plein sud et presque à l’est.  Jak Shadows : voices of doom / Ryan Quarrington : drums / Matt Spencer : resonant strings.

    Firetop mountain : avez-vous déjà entendu un monstre gronder près de votre porte si sourdement que vous comprenez que le frêle rempart de bois qui vous sépare de lui ne le retiendra pas, vous n’êtes pas pressé, la musique lourde comme un iceberg non plus, vous vous inquiétez pour votre survie, arrêtez de nous embêter avec votre petite personne, ici l’on ne s’occupe pas des mortels aussi fragiles que des tranches de mortadelle, pourquoi ce grandiose silence et ses coups de batterie si lents, si lourds, sachez qu’ici vous n’existez pas encore, vous n’êtes pas dans le casting, d’ailleurs un seul nom sur la liste que la voix épelle tandis qu’une guitare frissonne, Anu le premier des Dieux celui qui sépara en une immense irruption, en une immense éruption, le monde d’avant qui n’existait pas, qui a déchiré le néant pour qu’il apparaisse en premier, lui Anu, le premier des Dieux, personne ne saurait écouter son histoire, nulle musique ne saurait l’accompagner, d’ailleurs à part un frémissement de guitare incertain et le pas de la batterie qui avance à regret, pourtant maintenant des dieux dansent dans le jardin paradisiaque, ils imitent Anu, ils créent à leur manière en mélangeant de la terre au sang issu du souffle d’Anu, ils sont en train de vous vous faire naître, de fabriquer l’Homme, car pour être seul le Dieu le plus puissant ne peut créer que la mort, sans laquelle l’immortalité d’Anu serait comme un concept invisible, une pensée sans mot, le destin d’Anu est terrible pour être immortel il doit créer la mort, elle est le signe qui permet de le reconnaître, de le supputer. Ne dites pas que vous n’avez jamais vu Anu, son immensité est sur la photo de la couve, les ramures innombrables des arbres sont à l’image d’Anu, une métaphore du réseau arachnéen  des étoiles sur la voûte du Ciel qui n’est que le reflet d’Anu, alors ne vous étonnez pas si ce morceau n’est guère bruyant, si son allure est celle d’un enterrement, écoutez l’insondable secret, pour que vous puissiez voir Anu, Anu a dû créer son contraire, sa négativité comme dirait Hegel, tout ce qui n’est pas lui : la mort.  Embalmed embrace : enfin du son, d’agréables cadences, que voulez-vous les Mésopotamiens ne connaissaient pas Wagner, z’étaient tout de même heureux sans avoir jamais entendu Le Crépuscule Des Dieux, pour une simple et bonne raison, quoi qu’il arrive, Anu vous a laissé quelques instants pour jouir des fruits de la Terre, mais que maintenant votre tour survient, si les Dieux sont porteurs de mort pourquoi les hommes ne le seraient-ils pas aussi, il est temps qu’ils rentrent sous la Terre pour saluer la Grande Dame, celle qui les retiendra prisonniers, elle ne leur fera pas l’amour, elle leur fera la mort, avez-vous remarqué que le riff se calme et se tait, un pas qui marche et c’est tout, les morts deviendront une matière uniforme dans laquelle ils perdront leur personnalité, leurmorphologie humaine, imaginez-vous sous la forme d’une pâte de dentifrice… même les Dieux meurent, peut-être parce qu’ils sont la mort, peut-être parce que tu es dans l’incapacité de les imaginer. Par contre pour rester dans la mort tu mangeras la poussière de la mort. The oldest gods : pas de panique l’Histoire n’est pas finie, pour la simple raison que la mort ne peut pas mourir, d’ailleurs pour qu’elle ne puisse pas mourir il faut que d’autres meurent, des hommes, quantités négligeables, et des Dieux, tous sont en quelque sorte les héros de l’histoire l’Humanité. L’éructation par lequel débute le morceau vous surprend, quelle énergie, quelle intensité dans le récit qui suit, normal c’est la revanche des animalcules humains sur les Dieux souverains, d’ailleurs l’amplitude phonique se calme et une voix énonce quelques vérités difficiles à entendre, les dieux se rebiffent et vous entendez leurs voix de stentors, car lorsque les hommes meurent, meurent avec eux les dieux qu’ils avaient dans leur tête, l’Histoire déroule ses fastes, ses victoires, ses défaites, les cités croulent si puissantes soient-elles, car un jour où l’autre tout un chacun doit passer à la trappe, tels sont pris qui croyaient prendre, à chacun son tour, comme toujours ! Même Dame Terre oublie qu’elle est une suprême déesse car en vous tuant elle se tue elle-même à petits feux, est-ce pour cela que le riff hausse sa stature, la revanche des petits contre les grands, les Dieux eux-mêmes sont mortels, le riff perd de sa puissance, il ne faut pas trop réfléchir à d’épineuses questions, du genre mais que font les Dieux quand ils sont morts, ne serait-ce pas pour eux le moyen d’acquérir une immortalité qu’ils n’ont de fait jamais perdue. Wake : quel tintamarre, au moins on ne sonne pas le glas, mais pourquoi ce vocal si puissant, il fait peur même si cette fois il nous entraîne dans une danse macabre, les temps sont venus de l’irrespect et de la vengeance, on ne danse pas la carmagnole sur les tombes des Dieux, car les Dieux sont morts, incroyable mais vrai, entre parenthèses notons tout de même que la mort des Dieux n’est pas la mort nietzschéenne de Dieu, mais en attendant la guitare ne se retient plus, elle se lance dans un petit solo, ne nous affolons pas non plus, réfléchissons, si les Dieux sont morts nous aussi ne sommes-nous pas morts, nous aussi ne sommes-nous pas immortels à notre manière certes, mais immortels tout de même, qui poussent ce grondement monstrueux, sont-ce les Dieux, sont-ce les hommes, en tout cas une chose est sûre, le ton a changé pas franchement joyeux mais tout de même revigorant, c’est qu’à force de se prendre la tête les hommes ont compris la nature de leur immortalité, aucune nécessité de la chercher hors de soi, dans les contrées lointaines du monde, si elle n’est pas si loin, c’est même pas qu’elle serait toute proche, mieux que cela, elle est en nous, elle a même un nom, nous sommes mortels mais notre âme, elle, est immortelle !

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             La partie (mortelle) s’achève sur un nul : 2 à 2. Les Dieux sont immortels et mortels, les hommes sont mortels et immortels. Les Dieux ont marqué en premier, mais les hommes ont remonté au score.

    L’on attend la revanche ! Elle ne saurait tarder !

    LAST LIGHT FADES

    GRAVES FOR GODS

    (Meuse Muic Records / 2026)

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Au vu de la  pochette écarlate de Quand la lumière s’éteint l’on peut s’interroger s’il n’aurait pas été plus juste d’écrire quand la lumière s’est éteinte, car le spectacle de cette nonne qui s’est pendue en son lieu habituel  de dévotion semble marquer le dernier épisode du christianisme… Un peu kitch tout de même ce mauvais goût intentionnel.

             La couve est due à Greallach Art dont je vous conseille la visite de son Instagram. Il joue aussi dans Varw un groupe celtic dark australien  auteur de l’album : Wights of the Barrow Fume. (Spectres des tumulus fumant). A suivre.  

    Perpetua fell : (ne pas traduire : La chute perpétuelle ! Perpetua est une jeune chrétienne  qui fut martyrisée à Carthage en l’an de grâce (ou de disgrâce) 203 sous l’empereur Septime Sévère) : entrée triomphale, l’animal qui grogne c’est la Louve romaine, celle qui enfanta Romus et Romulus… en six minutes ce sont huit siècles de la Rome Antique que résume le groupe, même système phonique, lenteur du riff, voix semi-growlée, cette fois-ci la batterie est moins lourde et les guitares plus intenses, en quelques vers se déroule la conquête, l’Empire s’empare de la Méditerranée et semble invincible, les serres de l’Aigle sont impitoyables, la révolte ne viendra pas des provinces conquises mais de l’intérieur, le christianisme s’installe peu à peu, un siècle après la mort de Perpétue la nouvelle religion devient grâce à Constantin la religion officielle de l’Empire… ce morceau d’une facture un tantinet monotone est un peu comme l’exposé nécessaire pour comprendre ce qui s’est passé depuis la mort des Dieux mésopotamiens et  l’émergence de ce qui va devenir la religion chrétienne. The Dark Age : une espèce de trompe pour saluer les temps nouveaux, le diapason de l’optimisme ne tient pas ses promesses, les héritiers du Dieu d’amour censé guérir les âmes malades remplissent bien mal ses promesses, le chant n’annonce que deuils, violences, famines, épidémies, à l’Empire succède l’âge sombre, l’Eglise s’enrichit les pauvres s’appauvrissent, sur la fin du morceau le vocal est comme une morsure de fer, le dieu nouveau n’est guère différent de ses prédécesseurs, il n’y a que la musique qui s’éclaircit, les cordes qui fredonnent et festonnent, est-ce l’évocation de la joie des élites festoyeuses, l’égoïsme insouciant du clergé n’a cure de cette présence souterraine de la mort, le vocal a beau aboyer la caravane sacrale ne voit pas les morts qui surviennent… Unholly ghost : esprit impie : pratiquement un instrumental, nous ne sommes plus à l’extérieur du monde sanglant mais à l’intérieur qui sonne les matines de l’inconscience, bien sûr vous avez un grésillement désagréable mais le ton s’il n’est pas enjoué est satisfait, il y a plusieurs manières de mourir, dans la misère ou le fer, mais il en est une autre plus agréable, ce n’est pas le corps morcelé par la faim et la peur, mais l’esprit qui est pourri, la conscience qui s’aveugle, l’âme cette part d’immortalité humaine qui meurt de sa belle mort, qui réduit l’homme sa part maudite, à sa moitié désormais prépondérante et mortelle. Covered in blood : une note qui vient de loin, la catastrophe surgit impavide et lourde comme un catafalque, le riff accusateur  sonne le glas, non pas celui de la repentance, mais celui de  l’accusation, le vocal qui referme sa gueule sur toi, tel un chacal qui ne délaissera jamais l’os de ton âme qu’il ronge sans discontinuer… Vois tout le sang répandu, c’est ton œuvre, le monde est rouge d’hémoglobine, ton dieu n’est que le nom de ton crime, en le tuant tu t’es tué toi-même, la voix gronde comme l’orage intérieur qui agonise en toi, un seul avenir : la mort. Tu as brisé ton propre rêve et le rêve de ton dieu. Tu as fait très fort, deux morts d’un seul coup, le riff implacable t’accable, le grésillement du feu qui brûle ton âme est insupportable. Last night fades : une corde qui vibre sans fin, et qui n’en finit pas de te condamner et de te tuer, n’oublie pas que seule la mort est immortelle, tu t’es mis au service de ton Dieu, tu en as profité, tu as ripaillé, ton Dieu n’est qu’un Dieu de mort, comme les autres qui l’on précédé, mais lui joignait la fausse parole consolatrice à ses égarements, encore faut-il faire la différence entre ceux qui ont suivi par obéissance stupide et ceux qui n’ignoraient point le sens de leurs actes, la musique appuie comme un index sur le cœur que le doigt va percer, maintenant il faut payer les fausses promesses et le poids de tes fautes, le vocal ne chante plus, il écume de rage, l’on comprend le sens de la couve, comparez-la au disque précédent, les ramures symboliquement étoilées de la Divinité et cette mauvaise bonne soeur acculée au suicide. Ce n’est pas un crime, puisqu’elle est morte depuis longtemps, le christianisme a sécrété l’Eglise comme la plaie dégénère en chancre et celui-ci en pourriture…

             Les esprits mous n’accepteront pas ce verdict final auquel ils reprocheront d’être teinté de paganisme et d’antichristianisme. C’est oublier que la démarche de Graves For Gods s’inscrit dans la volition systématique  d’une condamnation de tous les Dieux, non pas seulement du Dieu chrétien. Que dans cet album l’on ne s’en prend pas uniquement au Dieu mais à ses sectateurs.  Il est vrai que les sectateurs des autres Dieux ne sont point évoqués avec une telle virulence. L’Histoire n’en a point retenu l’existence alors que le christianisme et ses églises sont encore présents et agissants dans nos sociétés. Exposés de plain-pied sous les feux de la critique. Le processus de déchristianisation des sociétés occidentales n’est pas encore parvenu à son terme, il est normal qu’il produise encore remous et controverses dans les deux camps…

             Un bel album, je préfère toutefois le premier davantage ramassé sur son impact musical.

             Question subsidiaire : est-on athée lorsque l’on s’attarde sur les Dieux ?

    Damie Chad ;

     

     

    *

             Je ne voudrais pas que l’on me prenne pour un râleur patenté, mais trop c’est trop. Ceux qui ont mis le contenu de cette boîte à livres en un tel fouillis devraient être fusillés sur le champ, sans jugement, sans pitié. Une pagaille innommable, un tel tohu-bohu que vous ne pouvez même pas en tirant de toutes vos forces dégager un seul volume, tellement ils sont imbriqués les uns dans les autres, impossible de l’extraire de cet immonde fatras. Quand je pense que Salman Ruhsdie, l’auteur des Versets Sataniques, rapporte qu’enfant il ne manquait pas par signe de respect d’embrasser la couverture d’un des livres de sa collection du Club des Cinq, lorsque par mégarde il l’avait laissé tomber sur le sol, j’ai l’impression de vivre parmi les barbares.

             Soyons juste, pour une fois ce ne sont pas les bouquins qui ont motivé ma saine colère. Non, ce sont ces trois centimètres carrés d’une couverture tout au fond du caisson qui ont attiré mon attention. Je ne voudrais pas ô lecteurs vous injurier mais je suis certain que si vos yeux s’étaient posés par hasard sur ces trois centimètres carrés de carton gris vous ne les auriez même pas remarqués. Moi mon cœur a tressailli. J’ai envie d’affirmer qu’avant même de les voir, je les avais déjà reconnus.

             Pour votre défense, je dois reconnaître que ce n’est pas tout-à-fait de votre faute. Car l’objet sur lequel ma prunelle s’est fixée n’est pas un livre. L’est vrai que l’on trouve de tout dans une boîte à livres. Ce matin même par exemple, trois volumineux sachets débordant de grosses pommes rouges appétissantes, je suis déjà tombé sur des pelotes de laine, des tasses à thé dépareillées, des jeux pour enfants, d’anciens téléphones, des lampes de chevet, des sandales et autres objets insolites…

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Je ne vous fais pas attendre. Ce n’est pas un livre, c’est un disque. De Johnny Hallyday. Je l’ai reconnu. Non ce n’est pas une ou plusieurs lettres de son nom qui m’ont permis de savoir. Juste trois centimètres de papier gris. C’est un de ses anciens disques, un 45 tours, sorti en 1966, dessus un de mes titres favoris de Johnny, La Génération Perdue, texte de Long Chris, j’ai toujours été transporté par l’orchestration, ces coups de timbales wagnériennes… sur le coup j’ai décidé de le sortir de cet amoncellement titanesque sous lequel il repose. Je ne vous décris pas les épisodes de la longue extraction, par contre faut que je vous raconte les deux surprises, la première pas vraiment surprenante, la deuxième déstabilisante. Je précise : intellectuellement déstabilisante.

             J’ai longuement œuvré, dans ma tête j’imaginais être un archéologue mettant à jour une vieille mosaïque romaine. Cette idée ne m’est pas venue par hasard, vraisemblablement instillée dans mon esprit par la structure apparente de la trame de la photographie, une espèce de désintégration du portrait de l’Idole en pixels de mini cubes blancs et noirs, en parfaite adéquation avec la période troublée, tentative de suicide, que traversait Hallyday…

             Première surprise : ce n’est pas le 45 tours auquel j’avais pensé, ça y ressemble comme deux gouttes d’eau, pas encore totalement dégagé mais manifestement le format ne correspond pas, je n’ai même pas besoin de demander à mon cerveau de faire la conversion : me la propose de lui-même non plus le 45 mais le 33 tours. Même pochette, sorti lui aussi en 1966. Bizarre tout de même, l’est presque dégagé, ça me paraît plus épais que la pochette originale. Bingo, c’est une réédition !

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Enfin la voici dans mes mains : La Génération Perdue  / Super Deluxe Editions / 2016. Manquent les deux CD et le DVD. Le premier CD est la copie conforme de l’album original, toutefois un petit plus, quatre morceaux donnent accès à leur reprise complète. Le deuxième CD propose quinze morceaux titrés Les singles 1966, notons que Les coups et Respect arborent la mention : reprise complète. Le DVD intitulé Je suis seul : est composé d’extraits de l’émission d’information Cinq Colonnes à la Une consacrée à Johnny. Le livret est à admirer : belles photos de Johnny, la plupart en noir et blanc. A lire aussi, le texte n’est pas exhaustif mais l’on note la participation de Long Chris.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

             Deuxième surprise : Je vous ai décrit l’objet succinctement en essayant d’être le plus objectif possible. J’aurais pu rédiger la même notule sur tous les exemplaires de cette réédition de Johnny, effectuée en l’honneur de l’album original, je rappelleparu en 1966 soit exactement cinquante ans après sa parution. Oui mais pas de l’exemplaire déniché dans cette sacrée boîte à livres. Non, collectionneurs, aucun autographe de Johnny, aucun paraphe de Long Chris, même pas une signature des musiciens : les fameux Blackburds.

             Vous avez aussi des pages de garde noire, intensely dark. Oui mais dans mon exemplaire, elles ne sont pas noires, elles sont en couleur. Ni rouge, ni bleue, ni verte, ni jaune. Elles sont recouvertes de photos. Ni de Johnny ni d’autres personnalités. De gens comme vous ou moi. De parfaits inconnus. Des photos de familles. Je mets un ‘’s’’ parce que j’ai l’impression que ce sont deux familles, j’imagine vraisemblablement rassemblées pour des fiançailles, un mariage ou un baptême. Ou simplement pour un bon restau. Attention l’on n’assiste à aucune cérémonie. Les gens sont bien habillés mais sans ostentation, sans tape-à-l’œil.

             Que font-elles en cet endroit incongru ? Les a-t-on oubliées ? S’en est-on débarrassé parce qu’elles évoquaient des souvenirs encombrants… Les a-t-on collées-là pour les dissimuler, les cacher, ou au contraire parce  qu’à l’époque Johnny représentait pour le propriétaire du disque des jours heureux… Elles ne m’appartenaient pas, je les ai décollées, elles s’enlevaient très facilement, aujourd’hui, voici quatre mois de cela, je ne sais plus ce que j’en ai fait, les ai-je mises à la poubelle, ou glissées dans une enveloppe et rangées dans un de ces cartons que l’on remise à  la cave en sachant pertinemment que  l’on ne les ouvrira jamais… Mon cerveau ne répond pas quand je lui pose la question.

             Entre ces inconnus et moi, Johnny a été un trait d’union. Je n’ai gardé que Johnny, le trait d’union qui ne relie plus personne.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Doit y avoir une soixantaine de 45 tours, dispatchés en trois cartons, vu l’état des pochettes, l’ensemble date des années soixante, je feuillette, pas grand-chose d’intéressant, mais je m’obstine. Tiens un Michel Paje, c’est assez rare, un chanteur yé-yé gentillet tombé dans l’oubli. (Pour rafraîchir vos mémoires au point mort nous citerons deux titres : Ton Cahier de Chansons et Les 12 /18).  L’a tout de même survécu, sous des noms d’emprunt, l’est devenu animateur de radio, de télé, l’a composé des musiques de film, s’est débrouillé pour ne  pas sombrer. Je tilte, sans Michel Paje je serais probablement sur un autre stand, oui mais par expérience, que voulez-vous fouiller dans de vieilles collections de disques s’apparente à des enquêtes sociologiques dont on tire des conclusions théoriques,  je sais que si vous trouvez un des microsillons de cet artiste dans un lot ciblé, vous n’êtes pas loin de l’époque 63 - 65, peu après l’éclosion du rock en France, l’on risque alors de tomber sur un ou deux pionniers du rock, acheté à l’époque non pas par un rocker pur et dur, mais par un amateur de variété qui s’en est procuré un ou deux, par curiosité peut-être, surtout pour ne pas passer pour un has-been dans les conversations de l’époque…

    Bingo ! dans le troisième carton Marie me sourit, pas la sainte Vierge, mieux que ça, Elvis and His Lasted Flame, pas vraiment le graal, toutefois mentalement j’accorde un bon point à son lointain possesseur, mais Elvis me sourit une deuxième fois, et ce coup-ci je frémis, la pochette a connu des jours meilleurs, elle est d’ailleurs collée tout au fond du carton servant en quelque sorte  de tapis aux autres disques qui essuient dessus sans vergogne les pieds de leur  tranche inférieure, zoui, mais le style de la pochette saute aux yeux, cela sent l’imitation des 45 tours français des pionniers du rock anglais et américains, impossible de s’y tromper.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    Je retourne la pochette, sortie en septembre 1960. A la maison je vérifie sur Discogs, pas de chance : reprise de la première édition 1957 ! Pour les amateurs, pochette dite orange, la version jaune apparaîtra quelques mois plus tard.

    C’est le deuxième 45 tours issu en France de la série consacrée aux morceaux du premier film d’Elvis : Le Cavalier du Crépuscule, je préfère le titre français, le Love Me Tender original m’a toujours paru nunuche. Mais revenons aux titres de la galette : All Shook Up / That’s were where your heataches begin / Too Much / Playing For Keeps.  Je vous laisse les écouter, vous êtes assez grands, vous n’avez pas besoin de moi.

    Sont sur la pochette. Jusqu’ici rien d’original. Sauf que : sont inscrits dans de fins ‘’rectangles’’ blancs aux contours irréguliers. Elvis was a punk ! The first punk !

    Damie Chad.

    small faces,don cavalli,cramps,beatpack,wilson pickett,earthlore,graves for gods,johnny hallyday,elvis presley

    La pochette américaine  du single All Shook Up / That’s were where your heataches begin est bien plus belle, le destin ne m’a fait part du  nom du maquettiste de la pochette française.