Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

CHRONIQUES DE POURPRE 737 : KR'TNT ! 737 : BEACH BOYS / TERRY STAMP / JALEN NGONDA / ARTHUR SATAN / GEORGE HARRISON / SMART HOBOS / ELVIS PRESLEY

KR’TNT !

KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

A20000LETTRINE.gif

LIVRAISON 737

A ROCKLIT PRODUCTION

SINCE 2009

FB : KR’TNT KR’TNT

21 / 05 / 2026

  

BEACH BOYS / TERRY STAMP

JALEN NGONDA / ARTHUR SATAN

GEORGE HARRISON / SMART HOBOS /

ELVIS PRESLEY  

 

 

SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

 

Livraisons 318 – 729 sur :

http ://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/archive/2026/03/22/chroniques-de-pourpre-729-kr-tnt-729-jean-francois-jacq-irre-6588837.html

*

Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images sur :

http://kr’tnt.hautetfort.com/

 

 

 

 

The One-offs

 - Son of a Beach

 

         Il était marrant le p’tit frère. Tout en lui se situait entre-deux. Ses yeux n’étaient ni clairs ni noirs, mais entre-deux. Ses cheveux n’étaient ni blonds ni bruns, mais entre-deux. Le père qui était brun et qui n’avait aucune tendresse pour le p’tit frère, aimait à dire qu’«il n’était pas de lui, mais du facteur». Quand il entendait ça, le p’tit frère baissait les yeux. On a jamais su ce qu’il en pensait. Il restait entre-deux. C’était chez lui une seconde nature, une façon sans doute instinctive de se protéger. À cette époque, qui était pour lui la pré-adolescence, il avait quasiment décidé de ne pas trop exister. Il ne rentrait dans aucune catégorie, ni celle des ados timides, ni celle des ados expressifs. Ni grand ni petit. Ni drôle ni triste.

         On partageait encore une chambre. On écoutait des 45 tours sur le crin-crin. Le «Do It Again» des Beach Boys semblait être le seul lien qui le rattachait à la vraie vie. Son visage s’animait lorsqu’arrivait le tatapoum d’intro, tchak-atak tchak-atak tchak-atak, et comme par magie, le couplet remplissait la chambre de soleil - It’s automa/ Tic when I/ Talk with/ ole friends - et pouf, aussitôt après the beach was the place to go, il se mettait à claquer des mains avec les Beach Boys. Et puis soudain éclatait le refrain doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah ! Il était complètement transformé. Il rigolait ! Oui, il rigolait !

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Le phénomène se reproduisait à chaque fois qu’on écoutait «Do It Again». Les Beach Boys étaient devenus notre groupe préféré. Bien sûr, on avait aussi le single «Good Vibrations», mais ce n’était pas la même chose. «Good Vibrations» nous paraissait nettement plus sophistiqué, même si ça nous foutait aussi des frissons. Mais «Do It Again» sonnait comme le real deal, l’hit pop parfait, le modèle définitif avec «Strawberry Fields Forever» et «River Deep Mountain High». Ce sont des hits dont tu ne pouvais pas te lasser. Chaque écoute semblait encore les sublimer davantage. Les doses de frissons étaient chaque fois de la même intensité. Plus de cinquante ans après, «Dot It Again» produit exactement le même effet. Mais nous n’eûmes pas trop l’occasion de le réécouter ensemble : le p’tit frère était passé «à autre chose», dirons-nous. Le passage à l’âge adulte fit chez lui pas mal de ravages.

         Back to 1968. On avait tous les deux les cheveux courts, car c’était la volonté du père. En observant un jour le p’tit frère alors qu’il prenait son pied à doubler le doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah ! de Mike Love et Brian Wilson, j’eus soudain une sorte de flash : avec sa petite coupe soignée, sa raie sur le côté et ses cheveux couleur entre-deux, il était une sorte de sosie de l’early Brian Wilson. Stupéfiant ! Il semblait se fondre dans la légende des Beach Boys. Et pour aggraver encore les choses, il portait cet été-là une chemisette rayée bleue et blanche à manches courtes. Pure coïncidence, mais dans ce contexte, ça prit soudain une autre tournure ! Étais-je le jouet de mon imagination ? S’agissait-il d’une distorsion volontaire du réel ? Une simple coïncidence pouvait-elle transformer un épisode banal en événement extraordinaire ? Fallait-il revenir à la raison et admettre que le p’tit frère n’était pas Brian Wilson ? Mais tout semblait vouloir dire le contraire. On le voyait se recueillir pendant le pont et il revenait avec ses copains au deep dee dee lee lee, il gueulait même l’hey now hey now hey now hey now hey now qui précédait l’explosion finale.

         Alors un jour on est descendus tous les deux dans le grand hall de l’immeuble, où se trouvaient les boîtes aux lettres. L’écho y était magique et on s’est mis à chanter le refrain de «Do It Again» comme des dingues, et ça sonnait, doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, jamais le p’tit frère n’avait été dans cet état d’extravagance, l’écho transfigurait nos harmonies vocales primitives et on se regardait en chantant comme deux lapins hypnotisés par des phares, doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, un rayon de soleil traversait la grande porte en verre dépoli de l’immeuble et illuminait son visage au point qu’il semblait connaître enfin le bonheur de vivre, doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, la lumière était si crue que ses cheveux en étaient presque blonds, et il bramait à gorge déployée son doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !, rien n’aurait pu arrêter les deux frères dans leur élan vers le paradis, ils sentirent alors que leur vraie famille était celle des Beach Boys, et lui, de toute évidence, se sentit ce jour-là un Beach Boy à part entière. Nous descendîmes souvent dans le grand hall faire les cons avec doo dap dee/ Dee lee lee dee lee dee/ Dap dee doo wah !. C’est à peu près le seul épisode rock qu’on a réussi à partager. Mais il fut d’une intensité jamais égalée ailleurs, avec quiconque. 

Signé : Cazengler, Bitch boy

Beach Boys. Do It Again. Capitol Records 1968

 

 

Wizards & True Stars

 - Le stomp de Stamp

 (Part Two)

 

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Voici l’occasion rêvée de saluer un label qui fait bien son boulot : Just Add Water, le petit label américain de Jason Duncan spécialisé dans les Hammersmith Gorillas et Third World War.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         En 2021, Duncan lâchait dans la nature Twenty Rough Rockers 1980-1989 The Bomb Shelter Tapes, une compile d’inédits de Terry Stamp. T’y vas en courant. Au dos, Duncan s’amuse bien dans ses liners avec la notion de proto-punk. Pour lui ça ne veut pas dire grand chose, sauf si on parle d’Hasil Adkins, de Crushed Butler et de Buddy Holly. Duncan précise que ces démos ont été enregistrée chez Terry Stamp, dans le Bomb Shelter d’El Segundo, Californie.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Le vieux Terry a gardé toute la niaque de Third World War. Ça fait drôle de le retrouver là, dans sa cave, avec la même voix et la même main lourde. «Six Day Drive»  sonne comme un bit heavy road-runner gratté à l’ancienne. «Rock Candy» sonne comme du pur jus de Third World War, Terry le héros chante à la voix blanche de guérillero urbain avec des accords en disto. Il refait son proto-punk - le pire de tous - avec «This Frozen Star». En B, il fait son Wild Cat avec «Mondo Jumping». Il a tout compris. En C, il renoue avec le génie sonique dans «Brushin With The Law» et il en profite pour gratter des notes d’échappée belle. Et tu tombes de ta chaise à l’écoute de «When Red Light Flash». Sa guitare sonne comme celle de «Pale Blue Eyes» - Put in on the gas when the red lights flash - Nouveau coup de génie en D avec «Miseria», un boogie punk gratté à la dégueulade et tapé au tape-dur de la ferraille. Il évoque un boy whose name was hardnut. Il est encore incroyablement raw sur «Maintenance Man» - I can fix it on her - et il te balance ça qui résume tout son génie working-class : Baby let me be your maintenance man !

Signé : Cazengler, Terry la fronde

Terry Stamp. Disparu en mai 2026

Terry Stamp. Twenty Rough Rockers 1980-1989 The Bomb Shelter Tapes. Just Add Water 2021

 

         On vient d’apprendre la mauvaise nouvelle : Terry Stamp aurait cassé sa pipe en bois. Alors on lui tirera un dernier coup de chapeau en exhumant ‘Le stomp de Stamp’, un texte paru jadis dans les Cent Contes Rock.

 

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Londres brûle. Rares sont les immeubles encore intacts. Les obus ont démoli la plus grande partie de la cité. Des gravats et des carcasses de voitures calcinées encombrent les avenues. Terry Stamp tient Shepherds Bush avec ses troupes. Les combats sont d’une rare violence. On ne fait pas de prisonniers. Terry recharge son AK 47. Il s’essuie le front.

         Soudain, les haut-parleurs juchés sur des véhicules blindés diffusent «Preaching Violence». Terry lance son arme en l’air :

         — Ça y est les gars ! Jim a pris la BBC !

         Terry est fier d’entendre le son de sa chopper guitar rouler sur les toits de Londres. Leaders de Third World War, Terry Stamp et Jim Avery ont commencé par enregistrer deux albums révolutionnaires. Ils y prêchaient la violence et la guérilla urbaine. Terry y scandait :

         — Le pouvoir au peuple ! Le pouvoir aux pauvres ! Tire la goupille de ta grenade ! Rejoins la guérilla urbaine ! Prends les armes contre la couronne !

         Visiblement, le message est passé. En quelques mois, Londres a sombré dans le chaos.

         Terry et Jim ont fait alliance avec les Social Deviants de Mick Farren, les London Angels, les situationnistes de Jean-Jacques Lebel, les analphabètes, les yobos, tous les gueux des banlieues et les Hells Angels. Sentant qu’il ne pourrait pas tenir bien longtemps, Terry Stamp envoya ensuite des émissaires chez tous les chefs d’états tiers-mondistes victimes du colonialisme rampant et connus pour leurs démêlés avec les pouvoirs colonialistes occidentaux. Nasser fut le premier à répondre. Il fit parachuter des vivres et des munitions sur les quartiers de Londres tenus par les insurgés. Pour le remercier, Terry lui fit parvenir la tête d’un ministre britannique capturé sur la route de l’aéroport d’Heathrow, alors qu’il tentait de fuir le pays.

         Deux semaines plus tard, des combattants cubains et l’élite des forces nord-vietnamiennes vinrent gonfler les rangs des insurgés. Puis arrivèrent par leurs propres moyens des White Panthers du Michigan, des membres des Brigades Rouges italiennes et des gangs de rude boys jamaïcains. L’IRA envoya dans la foulée ses meilleurs dynamiteurs, des gens qui avaient encore des comptes à régler avec la couronne d’Angleterre.

         L’armée anglaise échouait à déloger les insurgés des quartiers qu’ils tenaient. La reine et ses ministres comprirent qu’il fallait négocier.

         Fred le drummer arrive en courant.

         — Terry ! Terry ! Il se met à l’abri et reprend son souffle :

         — Terry, ils ont envoyé un émissaire !

         — Tue-le !

         Joey Sampayo, vétéran cubain des combats de brousse, pose la main sur l’épaule de Terry :

         — À ta place, j’écouterais ce qu’il te propose, amigo...

         — T’as raison, Joey, la haine du pouvoir m’aveugle... Allons voir ce qu’il veut... Fred, file à la BBC et dis à Jim Avery qu’il me rejoigne au QG d’Hammersmith !

         Escorté d’une escouade de Cubains, Terry quitte les premières lignes et s’enfonce à travers les rues dévastées. Une heure plus tard, Terry et ses amis prennent place derrière une grande table en bois. L’émissaire de la reine est introduit dans la cave où est installé le QG. On lui retire le bandeau noir noué autour de sa tête.

         L’émissaire reconnaît Terry Stamp et Jim Avery, assis au centre de la longue table, comme deux Christs au milieu de leurs apôtres. Un peu plus loin, il reconnaît Malcolm X et Ben Barka. Il voit aussi les redoutables combattants vietnamiens en pyjama noir. Il se présente :

         — Lord Sutherland, émissaire de sa gracieuse majesté...

         Terry l’interrompt sèchement :

         — Qu’as-tu à proposer ?

         — Une trêve...

         — Pourquoi ?

         — Le gouvernement souhaite négocier avec vous, mais il a besoin de temps pour réfléchir aux propositions...

         — On en a marre de lécher le cul du gouvernement !

         Terry se tourne vers Jim Avery :

         — Qu’en penses-tu, Jim ?

         — Appelle Fidel !

         Terry se lève et sort. Lord Sutherland affiche un air stoïque, mais la sueur perle à son front. Il sait que sa vie ne tient qu’à un fil. Terry arrive dans la pièce où sont installés les postes de radio. Il appelle La Havane. Il obtient Fidel sans trop de difficultés. Il lui soumet le problème. À l’autre bout du fil, Fidel fait claquer le couvercle d’un briquet. Terry l’entend tirer longuement sur son cigare. Fidel réfléchit... Puis il commence :

         — Hum hum... Pendant que l’émissaire parlemente, les taupes du génie creusent des galeries sous ton QG. Sois prudent, amigo...

         — Fidel, t’as pas répondu à ma question... Que dois-je faire avec cette ordure ?

         — Si tu le tues, ils ne t’enverront plus personne. Et tu sais que tu ne gagneras pas la guerre que tu as commencé de livrer contre cette vieille monarchie dégénérée, même si aujourd’hui des centaines de milliers de combattants luttent avec toi pour la liberté. Le conseil que je te donne, amigo, c’est d’aller prononcer un discours aux Nations Unies, devant les caméras du monde entier. Ainsi, et seulement ainsi, tu légitimeras ta cause. Tant que resteras retranché dans tes quartiers de banlieue, tu seras considéré comme un hors-la-loi, et ils ne te laisseront jamais en paix. Crois-en mon expérience. J’ai délivré mon pays et tenu tête au grand caïman américain. Peut-être parviendras-tu toi aussi à délivrer ton île du joug de l’oppression et tu verras, la reine viendra te sucer la queue, ha ha ha !

         À l’autre bout du fil, Terry se tait. Il est subjugué par le génie politique de Fidel.

         Pour remercier son ami, Terry lui chante le refrain de l’une de ses chansons :

         — Fidel ! Fidel ! I’d rather cut cane for Castro !

         Le leader maximo est ému aux larmes :

         — J’ai l’album,Terry, et je l’écoute souvent. T’es le seul rocker qui ait pensé à moi... Ça me touche, au moins autant que les buts fantastico que mon ami Diego Maradona me dédie...

         Il remercie chaudement Terry et raccroche. Terry revient dans la cave où a lieu la négociation. Il reprend sa place au centre de la grande table et s’adresse à Lord Sutherland :

         — Nous acceptons la trêve. En contrepartie, je ne demande qu’une chose : un avion pour New York. Je dois me rendre aux Nations Unies, et je voudrais voyager en toute sécurité, vous voyez ce que je veux dire ? Je ne tiens pas à rencontrer un missile en plein vol...Vous reviendrez avec cinq otages. Je veux des ministres en poste !

         — Comme celui que vous venez de décapiter ?

         — Mes hommes ont eu raison. C’est tout ce que méritait cette ordure ! Acceptez-vous nos conditions ?

         — La reine décidera...

         — Hâtez-vous, car d’ici quelques jours, nous aurons libéré les derniers quartiers de Londres. Aussitôt après, l’Écosse tombera comme un fruit mûr... On entend gronder Glasgow d’ici...Vous ne pouvez pas tenir face à l’insurrection du peuple !

         Trois jours plus tard, l’avion de Terry se pose sans encombre à JFK. Les ambassadeurs des pays tiers-mondistes ont organisé l’intervention télévisée en direct du siège des Nations Unies. Terry porte son costume Burton élimé. Marchant à ses côtés, Jim porte un minable blouson en cuir synthétique. Terry n’est pas rasé. Il promène sa grosse bouille de camionneur dans le hall du palais. Il monte à la tribune, une bière à la main. Il tapote les deux micros, comme s’il était sur scène. Toc toc toc. Il se racle la gorge et reçoit une ovation. Terry n’a pas de discours écrit. Il fixe les caméras pointées sur lui.

         — Ce que j’ai à déclarer est d’une extrême importance. Je m’adresse au monde entier, et plus particulièrement aux opprimés des cinq continents. Les vues que je vais développer sont si claires dans mon esprit que je n’ai plus besoin de les écrire. Je vais vous parler de ce qu’est devenu le monde, et plus précisément de ce qu’est devenue la soi-disant civilisation occidentale. Rien ne manque à son triomphe. Ni la terreur politique, ni la misère affective. Ni la stérilité universelle. Le désert ne peut plus croître, il est partout. Mais il peut encore s’approfondir. Devant l’évidence de la catastrophe, il y a ceux qui s’indignent et ceux qui prennent acte, ceux qui dénoncent et ceux qui s’organisent. Nous sommes du côté de ceux qui s’organisent !

         Une immense ovation s’élève des gradins. Tous les représentants des pays du tiers monde sont debout et hurlent leur soutien et leur admiration. Ils se mettent à scander :

         — Third World War ! Third World War ! Third World War !

         Terry lève le poing. Les ovations redoublent de violence. Puis il lance un appel au calme :

         — Merci, mes amis, mais je vous prie de faire silence, car je dois continuer mon discours !

         Les représentants de rassoient. Terry reprend :

         — L’inflation illimitée du contrôle répond sans espoir aux prévisibles effondrements du système. Rien de ce qui s’exprime dans la distribution connue des identités n’est plus à même de mener au-delà du désastre. Aussi bien, nous commençons par nous en dégager. Nous ne contestons pas, nous ne revendiquons rien. Nous nous constituons en force, en force matérielle autonome au sein de la guerre civile mondiale !

         Ce discours tout à fait inhabituel surprend par sa modernité. Une nouvelle ovation salue l’éloquence révolutionnaire de Terry Stamp. On le tenait pour un fabuleux chanteur, mais on ne savait pas qu’il pouvait parler ainsi aux peuples du monde entier. Il lève les bras et réclame une nouvelle fois le silence...

         — À toute préoccupation morale, à tout souci de pureté, nous substituons l’élaboration collective d’une stratégie. N’est mauvais que ce qui nuit à l’accroissement de notre puissance. Il appartient à cette résolution de ne plus distinguer entre économie et politique. La perspective de former des gangs n’est pas pour nous effrayer. Celle de passer pour une mafia nous amuse plutôt. D’un côté nous voulons vivre le communisme. De l’autre, nous voulons répandre l’anarchie !

         Assis devant son écran de télévision, Fidel pleure à chaudes larmes. Il s’adresse au Ché qui est assis à côté :

         — Tu vois, Ernesto, Terry Stamp est un géant de la lutte. Il vaincra. Il entrera dans la légende. La troisième guerre mondiale est celle de la lutte contre l’oppression. Les trônes commencent à vaciller...

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

 

 

L’avenir du rock

 - Anagonda

 (Part Three)

         On le sait, l’avenir du rock n’a pas une très haute opinion de Boule et Bill. C’est pas qu’il ne les aime pas, le problème c’est qu’ils sont très cons. Pas facile de fréquenter des cons pareils. Un jour, l’avenir du rock sirote sa mousse à la terrasse d’un rade et les deux autres se pointent, comme par hasard. Ils engagent la conversation sur le mode habituel :

         — Y paye-ty sa mousse l’avenir du froc ?

         Pour éviter les palabres, l’avenir du rock obtempère. Et c’est parti, blih blih blah blah, et ça conduit tout droit à l’étape suivante :

         — On est à marée basse, avenir du troc ! Y payera-ty la rincette ?

         L’avenir du rock sait bien que ces deux cons ne paieront jamais un verre, aussi obtempère-t-il. Galvanisés par la Chouffe, Boule et Bill blablatent de plus belle.

         — T’as-ty des projets en cours, avenir du broc ?

         — Oui, mais j’vends pas la peau de l’ours.

         — Nous, on monte une expotte sur la black, lance Bill d’un air entendu.

         — Wouah ! Une super expotte avec des pochettes d’albums, ajoute Boule d’une voix mielleuse.

         — Des pochettes d’albums ?, lâche l’avenir du rock en proie à la consternation.

         — Oui, Average White Band, tu connais, avenir du croque ?

         — Mais c’est pas des blacks !

         — T’en connais, toi, des blacks, gros malin ?

         — Commencez par aller voir Jalen Ngonda, il est en concert dans l’coin... Putain les mecs, faites gaffe... Vous faites n’importe quoi...

 

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Par contre, Jalon Ngonga sur scène, c’est pas n’importe quoi. Il est en train de devenir une superstar. Il a commencé petit, tout seul avec sa gratte sur scène, et le voilà désormais sur la grande scène, accompagné par des loups de mer. Le p’tit Jalen fait partie des mecs qui ont tout bon : il est black, très fin, il gratte des poux à sec sur sa Fender noire, il a les compos, il a la voix. Il ne lui manque rien. Sur scène, il est parfaitement à l’aise. Il balance ses infos d’une voix ferme et réussit à faire chanter la

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

 salle sur son vieux hit, «Give Me Another Day». Il demande à la salle de faire «keep me», alors la sale fait «keep me». De temps en temps, il passe des solos capables de faire frémir les géants du jazz-Soul-funk, il gratte avec une attaque incroyablement moderne et classique à la fois, t’as de l’Eddie Hazel et du Leo Nocentelli dans son jeu, ça va très loin cette affaire-là. Au début on ne le prend pas au sérieux parce qu’il est très jeune, mais on doit vire ravaler sa morgue, car il se met à battre tout le monde à la course. On n’ira tout de même pas jusqu’à dire qu’il est assez hendrixien dans son approche du break de funk, mais on est assez tordu pour oser penser que si Jimi Hendrix s’était mis à jouer du jazz-funk à sec, il aurait pu sonner comme ça, sec et net, la peau sur les os, avec des tiguilis effarants d’efficacité. Oh et puis la voix ! Quand il s’assoit au piano pour chanteur une bluette, il nous fait un numéro de Marvin Gaye. Il a exactement le même timbre et le même génie du groove. Pire encore, il s’assoit une deuxième fois au piano et il nous claque une cover du «Look Of Love» de Burt, mais une cover complètement visitée par la grâce. Déjà que le cut est en lui-même l’incarnation de la grâce, alors avec le p’tit Jalen derrière, on imagine le travail. Ou plutôt non, on n’imagine pas. Il faut l’avoir vu de ses yeux vu. Pure magie du moment ! Ce sont ces rares instants que t’offrent les dieux du rock et la Soul qui font le sel de la vie. Ça justifie pleinement le fait d’être encore en vie. On ne quitte pas de vue le visage du p’tit Jalen. Il incarne l’expressivité de la Soul. On sent bien que ce sera compliqué

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

de le voir plus tard, car il va devenir tellement énorme qu’il faudra se rendre dans les Zéniths et les usines à viande de cet acabit. Dommage, il va sans doute devenir célèbre, mais aura-t-il su conserver sa pureté ? Car c’est la pureté de son art qui frappe le plus. Il en a fait son fonds de commerce. C’est la troisième fois qu’on le voit et il tape toujours les cuts de son premier album. Depuis, il a enregistré pas mal de singles. Tous les cuts qu’il chante sur scène sonnent comme des classiques. C’est toute sa force. Il fait un carton avec «Mr Train Conductor», et en deuxième rappel, il claque son prochain single, «Burning Temptation». Tu sors de là effaré.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

Signé : Cazengler, ngondole à Venise

Jalen Ngonda. Le 106. Rouen (76). 15 mai 2026

 

 

L’avenir du rock

 - Satanic majesty

         À force d’errer dans le désert, on finit par ne plus croire aux surprises. Les erreurs qu’on y croise sont toujours un peu les mêmes. Au bout de quelques années, l’avenir du rock en est arrivé à cette conclusion : la pire menace n’est pas la soif, mais la routine des erreurs. Alors qu’il commence à sombrer dans le plus noir des fatalismes, une silhouette familière apparaît au loin. Elle ondule dans l’air brûlant. Bernard Pavot ! Arrivé à quelques mètres de son animateur favori, l’avenir du rock s’exclame d’une voix chantante :

         — Ah ça par exemple ! Nanard ! Quik tu fous là ?

         — Je vous le donne en mille, avenir du rock ! Je vous cherchais !

         — Mais pour quoi faire, mon Nanard ?

         — Pour vous entendre gloser sur l’errance, bien sûr ! Regardez, j’ai amené mon dictaphone, comme ça je pourrai enregistrer notre entretien, et le diffuser dans le prochain numéro d’Apostroumph !

         — T’es bien gentil, mon p’tit Nanard, mais tu veux que j’te glose de quoi ?

         — Glosez-nous des erreurs, des destins foudroyés, des légendes oubliées, des âmes perdues, des fétus emportés, des fœtus dans les chiottes... 

         — Ah c’est pas donné à tout le monde de dev’nir erreur, mon vieux Nanard... Tiens j’ai même inventé un dicton : Erre dur, erre mou, mais erre dans l’trou ! Pas mal, hein ?

         — Ah ça, bravo, avenir du rock ! En auriez-vous un autre en magasin ?

         — C’est bien parce que c’est toi, mon Nanard... ‘Coute bien celui-là : Errer c’est facile, c’est pas cher et ça peut pas rapporter gros.

         — Auriez-vous croisé des erreurs célèbres dans le désert ? 

         — Oh ya pas mal de gros débiles qui circulent dans l’coin. Comme par exemple Sylvain Tintin porté par les quatre frères Bikila. Ça vaut l’coup d’œil, mon Nanard !

         — Ah mais c’est le même principe qu’Arthur Rimbaud...

         — C’est pas faux mon Nanard, mais entre nous, j’vais t’faire une confidence : j’en pince plus pour Arthur Satàn !

 

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Brillant album que ce Journey That Never Was. T’es vite frappé par la profondeur de champ. L’Arthur fait entrer la grande cisaille satànique dans «The Killer», c’est

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

puissant et chanté à l’overlord, ça monte en saturation et ça plonge dans une mer de wah. Ah les paquets ! L’Arthur tape une pop anglaise d’une ampleur considérable. Il en explore tous les sous-continents. Il invente un nouveau genre : la pop satànique. Il pourrait s’appeler Lucifer Sam. «Losing Hand» est nettement plus profilé sous le vent. L’Arthur chante là-haut, on en attrape le torticolis. On flashe sur l’intro de «Lovely Suzy», il gratte des poux de pro. C’est même très beatlemaniaque, nourri de poux harrisoniens et de chœurs du doux. Des poux claironnants saluent «Son Of The Atom» qui est aussitôt dévoré par le bassmatic de Moloch. Demented ! L’Arthur adore se fondre dans le lagon emblématique, comme le montre encore «After The Night». Il reste extrêmement ambitieux. Il aspire aux plus hautes fonctions. Pouf ! Voilà qu’il fait les Move avec «Glamosaurus Rex». Brillante atteinte à la sûreté de l’étain. Ah on peut dire que ça gicle ! T’en prends plein la vue. Mais c’est quand même pas le White Album. L’Arthur trace sa route dans son coin. Globalement, il tape une pop offensive qui ne fait pas de cadeaux, une pop du genre bing-in-the-noze. Il tente parfois de se faire passer pour un poète préraphaélite, mais c’est un voyou tatoué. Et c’est tant mieux. Il revient à sa chère heavyness avec «To Please You All». il ambitionne le classique anglais des seventies, c’est intéressant, mais gare au torticolis. Nouvelle surprise avec «The Pagan Truth», un pop bien sautée, bien drue, dotée d’un gros développement et ça bascule dans la démesure. Son truc c’est la démesure, comme le montre encore le cut final, «It’s Over (The Last Dance)».

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Forcément, tu te demandes comment il va pouvoir jouer tous ces cuts très produits sur scène. Ça paraît impossible. Le mystère s’éclaircit rapidement : il les joue, mais en version nettement plus rock, il leur rocke le boat à gogo, et comme les compos sont bonnes, ça te sonne les cloches. C’est même le tocsin ! Il retrouve tout le power du temps d’avant, celui de J.C. Satàn. C’est tout juste si tu reconnais les cuts, tellement le power scénique les transfigure, tu dois dresser l’oreille pour capter les paroles, et pouf

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

 t’as «Lovely Suzy» qui semble avoir bouffé des épinards, comme Popeye, ça culmine et ça fulmine. Avec «Son Of The Atom», l’Arthur et ses mighty copains ravagent la plaine, ça percute les attentes de plein fouet, ça bouillonne dans les tubulures, glou glou glou, ça tranche dans le vif, schliff schlaff, et grosse cerise sur le gâtö, l’Arthur passe des killer solos flash d’antho à Toto sur sa petite Tele, il est comme un poisson dans l’eau, un espadon gorgé de power, plein d’écailles, invincible, il fonce dans le tas, il étripe Hemingway, rien ne peut l’arrêter, il arrive sur terre et affronte l’armée des petits squelettes, il halète au beau milieu de la mêlée et semble surpris quand Dionysos, le dieu du chaos, donc du rock, se penche vers lui pour le sacrer superstar, eh oui, c’est un set qui vacille à chaque instant au bord du gouffre, ils sont à la limite d’une extrême démesure. Le show est sidérant. L’Arthur dépasse encore toutes les attentes avec le

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

 fervent «Glamosaurus Rex», il replonge dans sa vieille heavyness, t’en verras pas souvent des petits Gods of Hellfire de son acabit. Il fout le feu à tous ces cuts soigneusement enregistrés. Sur scène, ça devient des boules de feu. Il allume «The Pagan Touch» et vlloooooooffff !, les imaginaires s’enflamment. Il fait de toi une boule de suif.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Il existe un autre album, So Far So Good, qui, date de 2021. On retrouve l’esthétique de la pochette dessinée, avec le combat des petits squelettes. C’est du Breughel punk. On en examine tous les détails. L’album démarre avec deux coups de maître, «Summer» et «Free», tous les deux terrifiants d’à-propos, très anglais, ambitieux, presque progressifs. L’Arthur y gratte des accords interlopes. Avec «She’s Long Gone», il flirte avec Fairport Convention et boom, il renoue avec l’heavy stomp via «She’s Hotter Than The Sun». Il ramène son vieux beat des forges et là, miam miam ! Il te sature tout ça de power seventies. Il explose les annales du rock anglais. Il creuse encore son sillon avec «The Boy In The Frame» et termine en mode belle petite pop offensive avec «Time Is Mine» et deux autres cuts moins signifiants.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

Signé : Cazengler, Satandait pas à ça

Arthur Satàn. Le 106. Rouen (76). 7 mai 2026

Arthur Satàn. So Far So Good. Born Bad Records 2021

Arthur Satàn. A Journey That Never Was. Born Bad Records 2025

 

 

*

Wizards & True Stars

 - Le roi George

 (Part Three)

 

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         La sortie de Dark Horse correspond à une tournée américaine désastreuse : le roi George n’a plus de voix, mais il tourne quand même. Thompson parle d’un «badly strained bark» en guise de voix et d’une «truly terrible cover» du «Bye Bye Love» des Everly Brothers. Thompson ajoute que Dark Horse was «sloppy and disjointed». Dylan fait encore la différence avec Blood On The Tracks. Et Thompson enfonce son clou dans

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

 le cercueil en ajoutant que «Dark Horse  marked the start of a rapid commercial decline.» - It flopped spectacularly in the UK - pas d’hits sur Dark Horse. Il chante «Simply Shady» à l’éplorée. Il fait du Weirdy Weird avec le «Bye Bye Love» des Everlys et les autres cuts du balda ne marchent pas. La B retombe aussi comme un soufflé. Ainsi va la vie.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Pour soigner sa voix, le roi George fume des Disque Bleu, du reefer et sniffe des tonnes de coke. Il traverse une mauvaise passe : le business de Beatles qui part en sucette, Allen Klein qui le poursuit en justice et le split avec Pattie Boyd. Avec en plus une tournée américaine toute pourrie - The show didn’t work. The flow was all wrong.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Puis il enregistre Extra Texture (Read All About It) avec les mêmes (Keltner, Voormann, Gary Wright), + Jesse Ed Davis et Tonton Leon. «You» est encore un cut rescapé des Ronnie Spector Sessions de 1971. Le roi compte : one, two, three, et c’est vite Harrisonien. Pas de voix mais du spirit. Ça décolle. Pas de texte. You ! Gros niveau. Beatle George est de retour. Il fait partie des gens qui t’inspirent le plus profond respect. C’est pas les Stranglers ! Le roi George travaille sa pop au corps. On est encore au temps d’Apple Records. «This Guitar (Can’t Keep From Cryin’)» sonne comme un enchantement. Il gratte les poux du White Album. Les dynamiques sont les mêmes. On se régale du bassmatic de Klaus Voormann sur «Ooh Baby (You Know That I Love You)». Fantastique présence. Le Klaus double toutes ses notes en escalier. Ça reste de la Beatlemania divine, quoi qu’en disent les cons. Il ramène encore toute la Beatlemania dans ce fantastique balladif qu’est «Can’t Stop Thinking About You». Quelle profondeur de champ ! Il reste dans le spirit du White Album avec «Tired Of Midnight Blue». Beatle George tortille bien sa pop. Il reste terriblement crédible, et maintient cette belle distance vocale par rapport à ton oreille. C’est un son très libre.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Quand il amène Thirty Three & 1/3 chez A&M en 1976, il découvre qu’A&M le poursuit en justice pour «rupture de contrat», tout simplement parce qu’il est un peu à la bourre : deux ans de retard. C’est un prétexte. A&M veut se débarrasser de lui et de son label Dark Horse. Ça ne se vend plus. Ils sont à moitié cons les mecs d’A&M, car t’as trois Beautiful Songs sur Thirty Three & 1/3, à commencer par «True Love», où il ramène ses poux du paradis. Alors ça redevient magique. Encore de l’enchantement avec «Pure Smokey» et il part en suspension avec «Learning How To Love You». C’est un expert de la lévitation. Il passe en plus un solo d’espagnolade. On en connaît beaucoup qui aimeraient bien sortie trois Beautiful Songs sur un album.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Il continue son petit bonhomme de chemin avec l’album sans titre George Harrison, «hardly destined to be a major event in anybody’s life.» Il tourne désormais à la moyenne de trois hits par album. Le coup de génie du sans titre, c’est «If You Believe», hard pop royale avec les fameux poux chantants. C’est de la pure Beatlemania. Tu trouves en A le fameux «Not Guilty» célèbre pour avoir été rejeté du White Album. Incompréhensible ! C’est un cut doux comme un agneau, bien balancé, summum du smooth harrisonien. Et le troisième hit qui est une Beautiful Song s’appelle «Dark Sweet Lady». Délicatesse extrême et enchantement, voilà ce qu’on peut en dire.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Le roi George va se remonter le moral et les bretelles avec l’épisode Monty Python. Il se lie avec Eric Idle, le plus rock de la bande. Ils pondent tous les deux «The Pirate Song» et le roi George y tient le rôle de Pirate Bob. Puis le roi George va prendre un risque énorme pour financer The Life Of Brian. Afin de garantir le prêt de 400 000 £, le roi George met tout ce qu’il possède dans la balance. Coup de pot, le film marche et il réinvestit les bénéfices dans le film suivant.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Thompson enterre encore Somewhere In England, «a weak, rather ugly-sounding record.» Au moins comme ça, les choses sont claires. N’en déplaise à Môsieur Thompson, un hit se niche dans l’album : «All These Years Ago». Avec cette pop onctueuse, la magie est de retour. Encore un cut digne du White Album. On trouve aussi des échos de Beatlemania dans «Unconsciousness Rules». Eh oui, Thompson, on va t’offrir des coton-tiges pour Noël. En B, t’as encore deux bonnes surprises : la belle pop fraîche et pimpante de «Teardrops» et «That Which I Have Lost» et ses ensorcelantes parties de guitare. Et au bout de la B, le roi George ressort sa voix magique pour sauver le monde avec «Save The World».

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Ça continue de se dégrader, selon Thompson, avec Gone Troppo, qui est dit-il, «a commercial catastrophe». Pourtant, «Circles» sort des Esher demos de 1968 : fil mélodique imbattable. Le roi travaille dans son coin. C’est vrai que l’album désarçonne avec le «Wake Up My Love» un peu synthétique d’ouverture de bal. On entend des synthés, mais t’as des vieux relents de Beatlemania dans les remontées. Le roi George reste bien ancré dans son univers musical : gentle pop Beatlemaniaque avec un état d’esprit. Il fait du cha cha cha Beatlemaniaque avec «I Really Love You» et dans «Greece», tu vois les poux Harrisoniens s’écouler dans la vallée des plaisirs. Le roi George est un roi lumineux. Belle attaque Harrisonienne sur «Mystical One». Il cultive sa nonchalance Beatlemaniaque. C’est éclatant ! Et voilà l’hit : «Unknown Delight», claqué aux accords royaux. Son unique. Et la voix arrive comme aux grands jours du White Album. Là, t’as la magie.  Quelle merveille ! Ce hit absout l’album de tous ses péchés. Tu te régales de ce claqué de poux si particulier.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         C’est Jeff Lynne qui produit Cloud Nine. Il demande au roi George de mettre le son de sa douze Ricken en avant dans le mix. Ils font l’album à deux, avec Keltner et Ringo au beurre et Gary Wright aux keys. Sur la pochette, le roi George pose avec sa vieille Gretsch Duo Jet, qu’il avait achetée en 1961, mais tout le reste «had a modern make-over», nous dit Thompson en rigolant : «The font, the shirt, the teeth, the backdrop and the shimmering shades are all quintessentially Eighties.» Gered Mankowitz signe la photo de pochette. Bon c’est vrai que «That’s What It Takes» pue l’Elton John et le Clapton. Cloud Nine est un album de fast pop rock. Pas d’hit. Pas de Try Some Buy Some. Avec «Just For Today», Beatle George règne sur l’océan. Retour à la mélancolie harrisonienne avec «Someplace Else», mais sinon, on croise pas mal de cuts qui ne servent à rien.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Puis le roi George refait un bond dans l’histoire avec l’épisode Traveling Wilburys. Il lance le projet - The band was Harrison’s baby - et se pointe avec une idée de cut, le fameux «Handle With Care». Jeff Lynne : «George had half a song ready to go. We finished it in Bob Dylan’s garage, recorded it there and then wrote the words after dinner.» Puis ils vont avec Roy Orbison séjourner dans la baraque de Dave Stewart à Los Angeles. Ils vont faire deux albums à deux ans d’intervalle, mais hélas, Roy Orbison va casser sa pipe en bois entre les deux. Ils pensent à Del Shannon pour le remplacer, puis à Roger McGuinn, mais McGuinn n’a pas le temps.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Les trois Beatles survivants se retrouvent pour Anthology (dont on reparlera ailleurs) et on aura même droit à un album posthume du roi George, le bien nommé Brainwashed, «a brave and characteristically honest record, both warm and spilky.» Thompson parle même d’un «most enjoyable solo record since the mid-seventies.» C’est vrai que l’album est solide. T’as Jeff Lynne et Jim Keltner, derrière, plus le fils Dhani on Harrison guitar. Ça démarre avec un «Any Road» joyeux et posthume. Come that plenty of guitars!. Il repart en mode White Album avec «P2 Vatican Blues». La magie est intacte. T’en en pleine Beatlemania, dans le ton et dans le son. Et dans le tact. Le merveilleux roi George te met sous tension avec «Rising Sun». Il chante son indépendance. C’est la Beautiful Song de service, avec le solo Harrisonien. Dans «Pisces Filsh», il se dévoile : «I’m a pisces fish and the river runs through my soul.» Il passe en mode instro magique avec «Marwa Blues». C’est le roi qui gratte. Retour à la pure Beatlemania avec «Stuck Inside A Cloud». Il s’érige magnifiquement, t’es frappé par la grâce du cut, du chant, du son - Talking to myself/ Cryin’ as we part - Il passe en mode boogie de White Album pour «Between The Devil & The Deep Blue Sea». Nous voilà au sommet du good time britannique, avec un solo de Mark Flannagan. Et cette belle aventure humaine s’achève avec le morceau titre qui est plus corsé, il rocke de vieux boat de Beatle George dans une fantastique ambiance. Ça joue à jets continus, avec des coups de banjo et un Dhani plus royal encore que le roi George.

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         Côté héritiers, Thompson ne cite que Kula Shaker, le groupe de Crispian Mills. Et si on l’interroge sur Oasis, le roi George reste assez circonspect, «suggesting Oasis weren’t very interesting» et qu’ils s’en sortiraient mieux sans leur chanteur Liam Gallagher, «the silly one». Vexé, Liam traite le roi George de «fucking nipple». Il dit que le jour où il va rencontrer George, «I’m gonna stand on his head and play golf.»

         Et puis quand John s’est fait buter au Dakota, le roi George a tout simplement disparu de la circulation. Gone

beach boys,terry stamp,jalen ngonda,arthur satan,george harrison,smart hobos,elvis presley

         La mort va continuer de s’en mêler, avec des rafales de cancers : Maureen Starkey en 1994, puis Derek Taylor, puis Linda McCartney, puis le boyhood hero Carl Perkins. Puis un dingue entre à Friar Park, un certain Abram qui voit les Beatles comme des sorciers. Les alarmes ne fonctionnent pas, mais Olivia, l’épouse du roi George, entend du bruit. Il descend voir. Il tombe sur Abram et se met à chanter Hare Krishna pour l’apaiser l’intrus, mais ça provoque l’effet inverse et le dingue saute sur le roi. Il lui défonce la gueule et l’attaque à l’arme blanche, alors Olivia arrive avec un tisonnier en bronze et frappe le dingue qui s’en prend à elle. L’épisode est violent et le roi George, miraculeusement vivant, n’en revient pas que ça se soit passé chez lui, après tout ce qui est arrivé au temps de la Beatlemania, les foules hurlantes, les menaces de mort, tout ce bordel insensé. Il est grand temps de quitter cette planète.

         Il la quitte en 2001. Le roi George casse sa pipe en bois à l’âge vénérable de 58 ans.

Signé : Cazengler, Georges Harissa

George Harrison. Dark Horse. Apple Records 1974

George Harrison. Extra Texture (Read All About It). Apple Records 1975 

George Harrison. Thirty Three & 1/3. Dark Horse Records 1976 

George Harrison. George Harrison. Dark Horse Records 1979

George Harrison. Somewhere In England. Dark Horse Records 1981 

George Harrison. Gone Troppo. Dark Horse Records 1983

George Harrison. Cloud Nine. Dark Horse Records 1987

George Harrison. Brainwashed. Dark Horse Records 2002

Graeme Thompson. George Harrison: Behind The Locked Door. Omnibus Press 2016

 

*

La teuf-teuf roule sans se soucier des orages apocalyptiques prévues par la météo. La route est sèche et archi-sèche comme les chaussettes de l’archiduchesse. Arrivé en un temps record. Je coupe le contact. Je n’aurais pas dû laisser m’envahir par cette pensée innocente : ‘’Tiens je ne connais rien de ce groupe, tout ce que je sais c’est qu’ils viennent de Bordeaux’’ à peine cette constatation m’a-t-elle traversé l’esprit qu’une diabolique giboulée inonde la chaussée. C’est mouillé comme une poule que je rejoins en courant le :

3B

(Troyes / 13 – 05 – 2026)

THE SMART HOBOS

z31814affiche3b.jpg

         Mercredi soir, une date inusitée, peu de monde en entrant, mais l’affluence ne tardera pas et ceux qui seront venus ne regretteront pas cette soirée.

z31823grossecaisse.jpg

         Premier problème. Sont trois à table à manger au fond du café mais à première vue il n’y a que deux instruments. En attendant de régler cette énigme de haute mathématique, mes yeux ne peuvent quitter la grosse caisse. Rien de particulier, si ce n’est le lettrage en grosses lettres majuscules, The Smart Hobos, normal c’est le nom du groupe, oui mais la rusticité et la naïveté de l’inscription évoquent indubitablement ces photos des combos de blues du début du siècle précédent, effet esthétique du hasard ou ces gars-là seraient-ils des pointures pointues qui ne laissent passer aucun détail…

z31819trosdeface.jpg

Mon problème de mathématique est vite résolu. L’un occupe la chaise, l’autre se plante à côté de son upright bass, et le troisième reste debout, s’aboule avec une maraca dans chaque main. Ne perdent pas de temps commencent à jouer au plus vite. C’est alors que surgit le deuxième problème. Beaucoup plus épineux. Le son est clair, bien en place, sans cafouillage. Débutent indubitablement par un blues. C’est-là où dans mes méninges les Athéniens s’atteignirent, le doute surgit et se met à ronger mes neurones, un blues oui, mais est-ce vraiment un blues. Un blues rapide certes, on en a déjà entendu d’une turboïde plus opiniâtre, mais ce blues n’est pas un blues comme les autres. Non il ne lui manque rien, à vrai dire il est trop plein, mais plein de quoi ?

z31825contrebass++.jpg

Intéressons-nous aux trois suspects méthodiquement de gauche à droite.  Premièrement Julien. L’est grand et filiforme droit comme un I majuscule, sa contrebasse, un véritable mastodonte le dépasse tout de même d’une coudée. C’est-là où le mystère s’épaissit, il slappe comme tout contrebassiste se doit de slapper, le coup est sec, ni méchant, ni tranchant, mais de bonne facture, je n’ai pas dit de mauvaise fracture, mais c’est quand il a fini sa frappe que le plus doux reste à faire. J’ignore comme il s’y prend, toute la soirée pendant de longues minutes j’ai fixé sa menotte, un coup franc et quand sa main quitte les cordes la grand-mère exhale un ou deux dixièmes de seconde plus tard comme un soupir velouté de volupté. Exactement comme quand vous caressez un chaton endormi sur vos genoux, vos doigts parcourent son échine et ensuite il vous semble entendre comme un soupir de bien-être au fond de son ronronnement. Pas de problème, le gars est doué, un artiste, est-ce le bois ou le cordier de son instrument qui résonne doucement sous son toucher, je l’ignore mais je pense avoir établi scientifiquement la présence de cette résonance.

z31836geoffrey.jpg

         Pas de chance nous passons à Geoffrey dit Lucky. Je vous rassure, ce n’est pas qu’il jouerait mal, il joue même très bien mais surtout beaucoup. Ne soyez pas étonnés par ce dernier adverbe. Je vous explique. D’abord vous vous dites, il est pénard avec sa guitar sur sa chaise. Oui, mais il chante. Oui, mais il souffle dans son harmonica. Oui, mais son pied gauche active la grosse caisse. Oui, mais son pied droit active la caisse claire. Tout ça en même temps, enfin à peu près. N’en concluez pas que c’est un one band man  puisqu’ils sont three men on stage, par contre osez l’expression double guitariste. Il n’a qu’une guitare, enfin deux puisqu’il en changera quand il aura cassé une corde mais je ne voudrais pas vous embrouiller. Je schématise : une fois il joue en haut et en noir et tout de suite après il joue en bas et en blanc. Bref une fois les cordes font le gros dos et pond des sons bien ronds, bien graves, et aussitôt après le chaud voici le froid, les cordent vous tintent une dégelée claire comme des cristaux de neige dans les oreilles. L’évidence vous assaille, Geoffrey synthétise entre autres dans son jeu l’essence fondamentale du rockabilly, cette espèce de déhanchement rhytmique, ce décrochage incessant qui alterne la succession de courtes séquences ultra-rapides entrecoupées de ruptures brutales, qui résonnent chaque fois comme une catastrophe sonique, le rocher jeté au milieu du courant qui détourne le fleuve de sa direction initiale et le catapulte vers un azimut inattendu mais secrètement espéré par l’auditeur.

z31837maracas.jpg

         Enfin Sébastien. Vous souffrez pour lui. Malgré son sourire épanoui. Il ne peut pas, il est impossible, il ne doit pas. Un traitement inhumain. L’a deux paires de maracas. Et c’est tout. L’en choisit une et illico presto il joint ses deux mains, effectue une espèce de moulinet incessant, une sorte de roulement à billes inarrêtable, interminable. Vous avez l’impression qu’il roule dans une invraisemblable perpétualité les dés inéluctables de l’attente décisitionnelle ininterrompue dans le cornet du destin. Au début vous vous dites, c’est sympa mais ça risque de devenir monotone. Au bout d’une minute vous comprenez que sans ce remuement infatigable il vous manquerait quelque chose, imaginez que marchant le long d’une plage, brusquement les vagues continueraient à moutonner et à déferler mais que la rumeur océanique, ce magistral bruit de fond quasi-cosmique viendrait à cesser, vous auriez alors l’impression que le cœur palpitant de la planète Terre se serait arrêté pour marquer par son silence le commencement de la fin.

z31818les3vusdedos.jpg

         Dans ses Pensées, Marc Aurèle le grand  empereur nous apprend que lorsqu’ une grande difficulté ou une grosse épreuve  surgit devant vous, il est vain de se lamenter, qu’il suffit de l’affronter en séquençant les multiples éléments qui la composent. Maintenant que j’ai dissocié nos trois mousquetaires je suis à même de résoudre l’irritant problème qui me turlupine. J’ai compris le trop plein de ce blues initial, qui fut d’ailleurs suivi d’un second assez identique, du blues certes mais aussi du rockabilly, du hillbilly, la musique des manipulateurs de serpents, du western swing, du country, du rhythm ‘n’ blues, du rock’n’roll, bref toute la musique que l’on aime. Le blanc et le noir intimement mêlés. Z’ont quelques originaux et des reprises. Chaque morceau  possèdera sa dominante, un des ingrédients précipités s’adjuge la meilleure part mais aucun des autres n’est totalement absent. Nos habiles hobos, empruntent en même temps toutes les voies des chemins de fer de la musique populaire américaine. Sont comme des escargots (ultra-rapides, des escagrocks) qui emportent toutes les maisons musicales avec eux. Sont incapables de choisir. Veulent tout et en même temps. Des forgerons spécialisés en alliages rares.

z31816tshirt.jpg

         Une anecdote significative : mes pauvres yeux n’arrivent pas à lire l’inscription qu’arbore le T-shirt de Geoffrey, je déchiffre avec difficulté, For Ever Hillbilly. Je doute de moi. Je demande à un copain, il n’arrive pas à déchiffrer d’un seul coup, les lettres se confondent plus ou moins serties dans des carrés noirs et et orange, Larry Williams me répond-il enfin. J’émets un doute, ne serait-ce pas Hank Williams. Mais non, il s’agit bien de Larry Williams, quand je m’approcherai à l’inter-set mes doutes s’évaporent, il y a même le portrait de Larry Williams avec sa magnifique pompadour. D’ailleurs plus tard nous aurons droit à un titre de Larry et un autre de Bo Diddley. Racines noires et blanches intimement mêlées.

z31839chant.png

         Geoffrey chante. Un beau phrasé, un vocal parfaitement maîtrisé. Mais comment fait-il entre sa guitare, son harmonica et ses tambours pour être si disponible à tout ce qu’il entreprend en même temps, à chacune de ses actions ? Mais ce n’est pas tout. Il parle. Plus exactement il saisit la balle au bond. Vous fait ce que l’on appelle des arrêts de mort. Subite. Faut avouer que la zique de nos avisés Hobos contente tout le monde et toutes les chapelles rock. L’ambiance est chaude. Ça crie, ça hurle, ça danse, ça discute, ça rit. Chacun manifeste sa satisfaction à haute voix. Geoffrey a de l’humour, Sébastien le seconde bien, quant à Julien il se contente de sourire, mais un de ces sourires complices qui vous fait du bien sans que vous sachiez pourquoi au juste. Toutefois nous laisserons le dernier mot à Béatrice la patronne. Z’ont aligné trois sets impeccables, personne ne veut les lâcher, peut-être aurions-nous dû les retenir en otage.  Comment cette idée simple ne nous est-elle pas venue à l’esprit. Nous aurons notre rallonge de picotin, Béatrice est montée au créneau, elle a quitté le bar, s’est avancée et a lâché la phrase définitive qui tue : ‘’ Vous n’avez qu’à ne pas être bons !’’

         Alors, comme ils sont bons, ils se sont exécutés !

 

Damie Chad.

Merci Duduche pour les photos !

z31838duduche.jpg

 

 

EARLY 50’S STUFF

THE SMART HOBOS

(CD / 2022)

z31815disqueerlystuff.jpg

Belle pochette. D’une simplicité exemplaire, deux mecs debout devant une palissade. Déjà vous vous croyez à OK Corral, leurs chapeaux de cowboy confirment l’imagerie country et western, toutefois il y a un hic qui fait toute la différence et toute la beauté, leur pose hiératique, ils ne se regardent pas, à eux deux sont comme le Dieu romain Janus dont l’unique visage possède deux faces dont l’une était tournée vers le passé et l’autre vers le futur, l’impression est confirmée par la surexposition de la photo qui leur confère la blancheur d’une statue de pierre antique. Certes les anciens peignaient et parfumaient leurs sculptures, seraient-ils allés jusqu’à oser pour une telle reproduction une douce fragrance de crottin de cheval, en tout cas nos deux hobos fûtés évoquent la statuaire grecque.

Old stuff is good stuff, souvent old stuff is stuffefiant !

Geoffrey Lucky Pepper : vocals, guitare, harmonica, drums / Julien Bourousse : contrebasse.

z31834travis.jpg

Merle Travis

Nine pound hammer : l’original de Merle Travis, un des rois du pickin’, né en 1917 décédé en 1983, est sorti en 1952) : je préférons la version hoboïque,  Merle la chante du bout des lèvres, ce qui compte pour lui c’est de nous filer son jeu de pickin’  une démonstration de tout ce qu’il est capable de faire en moins de trois minutes, la version des hobos forme un tout beaucoup plus harmonieux, guitare et chant sont à égalité, mais la contrebasse de Julien et les deux lampées d’harmonica habillent le morceau pour l’hiver. Vous pouvez tout de même l’écouter en maillot de bain. En hors-sujet je remarque que le titre de ce morceau serait idéal pour un album de metal. Stack a record :  une reprise de Tom Tall (1937 – 2013), natif du Texas, entre 1954 et 1975 a publié une trentaine de 45 tours, Bear Family lui a consacré deux anthologies, l’a enregistré Stack a record en 1958 sur  Crest ce qui lui a permis d’avoir Eddie Cochran comme musicien : en tout cas ce qui est sûr c’est que la voix paraît un peu vieillotte comparée à la guitare, Tom Hall raconte plus qu’il ne chante, lui manque l’urgence du phrasé rockabilly :  ici c’est le contraire le vocal s’adjuge la part du lion, l’harmonica prend un peu la place de la guitare, Geoffrey respecte quand bien même l’ambiance pré-rockabilly, la voix davantage mordante mais il n’en profite pas pour saigner la barbaque à mort. Bumbershoot : est un morceau de Phil Spector enregistré sur Imperial (quel hasard, Julien portait un T-shirt Imperial !) en1958 sous le nom de Phil Harvey : cette version nous propulse quelques années plus tard, très surfin’ baby, mais l’instrumental n’est pas vraiment un aircraft paré pour l’envol : faut l’avouer, nos deux Hobos sont plus performatifs que Phil Harvey, leur version sonne beaucoup plus, au 3B en direct elle fut particulièrement appréciée, elle ne surpasse pas le futur mur du son spectorien mais elle casse des briques. You gotta pay : Benny Barnes (1936 – 1985) n’a enregistré qu’une dizaine de singles. L’on sait peu de choses sur cet enfant du Texas, à part qu’il a été vu sur la scène du Louisiana Hayride et qu’il fut l’ami de George Jones : sur Starday paru en 1958, le genre de morceau que l’on se repasse une dizaine de fois, guitare sonnante, incisives pianistiques, chœur féminin tout est là pour vous séduire : nos Hobos font tout pour s’aligner en pole position mais ils n’ont point de chœurs féminins, sont plus roots que la version initiale qui sonne un peu pré-beatles. S’en tirent avec les honneurs de la guerre.

z31835hobobop.jpg

Baby goodbye : morceau de Hi Strung Ramblers qui a sorti en 2005 un album titré Hobo Bop – tiens-tiens – chez Wild Records : des énervés, des ricains à la fibre espagnole, des matadors sanglants : nos hobos ne rechignent pas à descendre dans l’arène, eux aussi vous expédient el toro en trois minutes, repartent avec la queue et les deux oreilles. Heart o matic : les gens qui affirment que le lion est le roi de la jungle ont tort, indiscutablement c’est Bo Didley : sur ce morceau le grand Bo est amoureux, se frotte un peu contre un baobab ce qui produit une espèce de barrissement éléphantesque mais il se tient bien : nos deux hobos adoptent une attitude un peu plus virile mais ne déracinent pas les cocotiers non plus, mais comme Bo s’est servi trente secondes d’un harmonica, Geoffrey en profite pour donner libre cours à ses racines bluezy, déjà qu’à écouter le vocal on le confondrait avec Bo, que voudriez-vous de plus ! Three alley cats : Roy Hall (1922-1984) est connu pour deux exploits mémorables : avoir composé Whole lotta Shakin goin’ on et avoir trouvé Elvis Presley  particulièrement nul en 1954 : ne nous laissons pas emporter par une ire vengeresse, ce morceau est méchamment en place, ce gars avait tout compris, enfin presque tout…  : soyons francs, difficile de faire mieux, Geoffrey est rusé, l’en donne une version qui semble avoir été enregistrée cinq ans avant, à l’époque tout allait très vite, très réussie mais elle n’atteint pas l’ampleur instrumentale de l’originale.  Normal, sur ce coup les Hobos sont des précurseurs. Tornado : (A. Anderson – J. Hedges) : l’interprétation de ce morceau a occasionné une grosse houle (force 10) au 3B, the Jiants l’enregistrèrent en 1959, ce 45 tours fut leur  unique disque : quand on a dans les oreilles le souvenir de la boule de feu que fut ce Tornado l’on est un peu déstabilisé par l’écoute de l’original qui paraît un peu fouillis, par contre le gars au piano est un as : la version est davantage ramassée et racée, joyeusement foutraque aussi, toutefois sur la fin une bonne guitare ne peut pas rivaliser avec un piano fou et déglingué. You make it, they take it : Jerry Reed à ne pas confondre avec Jimmy Reed (1925- 1976) qui  connut une véritable gloire au début des années soixante. Jerry est né en 1937 et mort en 2008.  Gene Vincent lui a emprunté Crazy legs. Chanteur, compositeur, guitariste, acteur, Jerry Reed est un peu oublié par les temps qui courent. C’est dommage ! Elvis Presley a repris son Guitar man et son US Male : je regrette mais comparé aux deux morceaux précédents ce make it… m’a semblé un peu ennuyeux : Je préfère et de loin l’interprétation de nos deux Hobos, peut-être suis-je malade, toutefois le vocal et la guitare me semblent davantage affirmées et surtout moins monotones. Stumbling

z31833dupree.jpg

block : (Lucille Dupree) : attention  Champion Jack Dupree (1908–1992) fut le premier album de blues que j’ai acheté, voici longtemps, Lucille Duprree qui composa le morceau fut l’épouse de Jack : quelle voix ce vieux Jack et quel pianiste, le morceau enregistré en 1955 sonne très rock : la version qu’en offrent les Hobos, elle dure quatre minutes, est une réussite parfaite, un bel hommage au vieux Champion. Merci les boys ! Attention, ne coupez pas quand le son disparaît… une belle surprise vous attend.

         Quand j’écoute des reprises j’aime à comparer avec les originaux. C’est ainsi que je procède (à l’extension du domaine de la lutte), peut-être ai-je tort, je peux toutefois vous assurer que pour ce CD vous n’avez pas besoin de suivre mon exemple. Il se suffit à lui-même. Amplement.

Damie Chad.

 

 

*

         Doit bien avoir une quinzaine de bouquins sur le stand. Tous sur Elvis. Ce n’est pas une denrée rare, un collectionneur qui se débarrasse de ses books. A-t-il renié ses amours de jeunesse. Non, il est mort et sa famille se débarrasse de ce qui ne les intéresse pas. Gide avait raison de déclarer : Familles, je vous hais ! Si vous ne voulez pas que cela vous arrive, déshéritez vos enfants ! Faut être juste, ces bouquins se ressemblent, grand format, maximum de photographies couleur. Lequel vais-je choisir ? Le choix n’est pas évident. Piocher au hasard ? Ce geste est bien peu mallarméen, respectons le grand Stephanos. C’eût été vingt livres sur Gene Vincent, je les aurais tous pris, ne rêvons pas. Soyons efficace, je farfouille, l’est bien caché, totalement recouvert sous les autres. Pourtant l’est épais comme un porte-avions, en plus l’auteur paraît être français, de toute évidence aucun cliché en rutilance kodachromique. Mon choix est fait.

ELVIS MON AMI

JACQUES DELESSERT

(Editions Pierre-Marcel Favre / 1983)

Z31805BOOKELVIS.jpg

         Dissipons les malentendus. Le petit carré de présentation de la couverture est alléchant, le gars a rencontré  Elvis en 1959, il a établi des liens avec la famille Elvis, celle-là SVP ne la haïssez pas, ni une ni deux, quatre cent cinquante pages, aucune hésitation. On plonge. J’avale les cent premières pages en courant. Que du connu. Les premières années d’Elvis c’est celle que les rockers sont capables de réciter par cœur. On n’apprend rien, c’est comme un film que vous regardez pour la dixième fois, vous connaissez le début, le milieu et la fin mais vous ne vous en lassez pas. Le doute s’installe dans votre esprit, le gars il n’est pas un familier d’Elvis, juste une biographie comme une autre. Faut comprendre le titre comme le morceau de Dick Rivers intitulé : Mon ami lointain. Encore que le Rivers il a été vraiment présenté à Elvis. L’est des amitiés fondatrices et indestructibles, des passions, des admirations, des sympathies, des télescopages, des rencontres, des reconnaissances qui se déroulent davantage selon les plans d’un imaginal télépathique que sur la concrétude d’un ordre sordide et évènementiel.

Z31806DELESSERTgraceland.jpg

         Faut dépasser les quatre cents premières pages pour découvrir Jacques Delessert. L’est devenu fan de rock tout jeune en découvrant Bill Haley, puis, cheminement classique, Elvis Presley. Son premier 45 tours d’Elvis il le volera. Nous ne pouvons que le féliciter. Entre parenthèses avec tous les disques d’Elvis qu’il achètera par la suite, il l’a bien mérité. Entre la Suisse et l’Allemagne la distance n’est pas bien grande. En 1959, il se lance dans un grand raid : objectif militaire rencontrer Elvis sur sa base américaine. La fortune sourit aux audacieux. Il le rencontrera et prendra même une photo avec Vernon le père du King. Deviendra membre de plusieurs fan-clubs elvisiens, fondera même le sien. En 1982, il se rend à Graceland. Une fois encore la chance lui sourira....

z31811thtsallright.jpg

         Ces pages sont à lire, revenons à Elvis. Une simple biographie. Dans l’ordre chronologique, ce qui n’empêchera pas notre auteur vers  la fin de consacrer quelques thématiques à des thèmes traversaux : comme La Religion, ou La Maffia. Un livre de fan, Delessert ne se livre pas une analyse du phénomène presleysien ce qui ne veut pas dire qu’il ne l’aborde pas. Le livre est rédigé après la mort d’Elvis, le public francophone qui en son immense majorité n’entrave que couic à l’anglais est avide de renseignements, de faits, de détails sur la vie du King. Delessert sert les lecteurs affamés à volonté. Il livre toutes les connaissances qu’il a accumulées depuis des années. Ne donne pas un nom sans préciser quel est le rôle de l’individu. Agit à l’identique avec les décors. Au fur et à mesure que vous dévorez le bouquin vous vous sentez comme chez vous. En pays de connaissance.

z31812letsplayhouse.jpg

         Attention, ce n’est pas un livre sur la musique de Presley. C’est un livre sur Presley. Sur Elvis. Vous êtes dans le cocon du coton familial, du premier cercle, du deuxième et du troisième. N’oublie pas non plus le nom des domestiques. Le projo est sur Elvis et ne le quitte pas, hors d’Elvis le monde est vide. J’exagère, hors d’Elvis il n’existe qu’un groupe d’êtres humains : les fans d’Elvis. Le reste de l’Humanité n’apparaît que lorsque Elvis entre en communication avec un de ces zombies lointains et inutiles dont il révèle l’existence par le simple regard qu’il porte sur lui.  

z31832parker.jpg

Le Colonel + Elvis

         Dans une montre, toute pièce (boîtier, engrenages, aiguilles, remontoir) possède son utilité, le moindre élément est au service de l’heure. Dans le monde d’Elvis tout tourne autour d’Elvis. Prenons un exemple particulier : souvent les amateurs d’Elvis se plaignent du Colonel. Faut être franc, dans le livre de Delessert, Parker bosse sans arrêt. Il n’oublie jamais de se faire payer, il se paye tout seul car ce serait idiot de déranger Elvis pour quelques misérables centaines de milliers de dollars, l’est toujours en train de négocier un contrat, s’active à mort pour préparer les tournées, l’a toujours un désir d’avance sur les besoins d’Elvis.

z31830peacevalley.jpg

         Elvis a-t-il besoin du Colonel. Pas du tout, il a besoin de ses millions de dollars. Sachez faire la différence. Ce n’est pas qu’Elvis soit avide d’argent. C’est Dieu qui a besoin qu’Elvis ait de l’argent pour qu’il puisse être généreux avec le reste du monde. Parce que quand Elvis se montre généreux – par exemple il distribue des voitures de luxe un peu à n’importe qui – l’heureux bénéficiaire des largesses d’Elvis ne peut en toute logique que remercier deux personnes : Elvis bien sûr mais surtout  Dieu  qui permet dans son infinie générosité qu’il y ait sur cette terre de disgrâce des élus comme Elvis pour venir en aide à de pauvres pécheurs…

z31831redwest.jpg

Elvis and Red

         Delessert a tenté de nous expliquer le fonctionnement d’Elvis selon la mentalité américaine. Nous propose aussi une autre explication. Tout enfant Elvis a été surprotégé par sa mère, l’est un gamin solitaire, sans ami, à l’école son copain West davantage costaud et déluré le protègera, sans Red West ce garçon étrangement habillé et un tantinet différent des autres élèves aurait pour employer une expression contemporaine été victime de harcèlements. Le succès est venu très vite. Elvis a su s’entourer. West est resté, petit à petit s’est créé autour de lui un groupe de boys, la fameuse maffia, qui ont été chargés de jouer le rôle d’intercesseur entre lui et le reste du monde.

z31829lizamarie.jpg

         TCB, ce sigle signifie Taking Care of Business. C’est une organisation mise au point par Elvis. Une espèce d’ordre de chevalerie, avec insigne et chaînette, en or évidemment, qui voit le jour en 1975. Sans doute parce que le King se rend compte que non seulement sa santé décline mais qu’elle affecte la qualité de ses shows. Chaque membre de la Mafia est chargé de tâches dont il ne doit pas s’acquitter au mieux, mais parfaitement. Près de deux cent cinquante personnes recevront cet insigne, soit parce qu’elles ont rendu un service éminent à Elvis, soit parce qu’elles font partie de la mise en place des tournées et des concerts.

z31807giblues.jpg

         Delessert n’en parle pas, mais je me demande si Elvis qui a l’habitude d’être servi au doigt et à l’œil ne développe pas des comportements paranoïaques. Elvis est en quel sorte prisonnier de son mode de vie. Pendant longtemps les évènements se sont déroulés comme un conte de fée. Une enfance pauvre mais heureuse. Brutalement tout change. Dès que les premiers succès arrivent dans l’euphorie d’une nouvelle existence une mécanique redoutable se met en place. D’autant plus effroyable que tout se déroule comme dans un rêve. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elvis est le roi du rock. Le public qui l’acclame, le suivra fidèlement au travers de toutes ses métamorphoses. Elvis n’est pas un révolutionnaire, même pas un révolté. L’est un américain moyen qui se trouve conforté dans sa vision du monde et ses agissements par la bénédiction de l’argent qui coule à flot. Une première blessure intime la mort de sa mère. Un deuxième obstacle le service militaire en Allemagne.  C’est alors que le Colonel sort ses cartes magiques et biseautées. Elvis vend encore des disques, mais il n’est plus le roi du rock. L’a gardé son public mais perdu son impact fracassant sur la société américaine. Le système a digéré le rock, il est à même de proposer des produits frelatés de substitution. Parker, ses  dents rayent le parquet du profit, propose une nouvelle orientation : le cinéma. Vise juste notre amateur de cigares. Elvis adore le cinéma, adolescent son rêve n’était pas de devenir chanteur mais acteur. Si les premiers films ne sont pas mauvais, ce ne sont pas non plus des chefs-d’œuvre du septième d’art. Bientôt suivra une kyrielle de navets… Comment Elvis s’est-il laissé embobiner dans une si mauvaise passe… La réponse est simple. L’argument de Parker est des plus décisifs : des mauvais films certes mais qui rapportent  un million de dollars à chaque coup… Ce n’est pas qu’Elvis aime l’argent mais il est incapable de renoncer à son mode de vie. Le King n’est pas un spartiate, la consommation est l’idéologie la plus prégnante de la société américaine. Son efficacité est redoutable. Elvis n’en est-il pas le symbole le plus éclatant. Parfois nos actes nous sont dictés à notre insu par des forces extérieures qui s’exercent sur nous et dont nous n’avons aucunement conscience. Elvis fut une victime d’autant plus consentante que son innocence lui interdit toute introspection méditative du phénomène qui l’accabla. La fulgurance de la gloire lui tomba dessus, elle  le submergea. Un bon petit gars qui touche le gros lot, son égo gonflé à l’azote le propulse vers des cimes inconcevables, le voici prisonnier de lui-même hors de sa native illumination. Ce dont Delessert ne doute point c’est qu’Elvis fut un grand artiste. Certes il avait une voix merveilleuse, elle lui permettait de chanter n’importe quoi. Il ne s’en priva pas pour alimenter les besoins de sa cagnotte. Chez Elvis la médiocrité confina au génie. Qui aurait pu interpréter mieux que lui certaines chansons de ses films. 

z31808bluehawai.jpg

         On attendait autre chose d’Elvis, il se contenta d’être ce qu’il était : Elvis. Il ne pouvait pas se surpasser. Il se duplicata. A force d’être reproduite les copies s’émoussent, même le marbre s’effrite. L’est sans arrêt en concert. La répétition, la fatigue, la lassitude, les médicaments, tout s’accumule. Elvis s’ennuie de lui-même mais il n’a plus la force de s’exhausser hors de sa léthargie créatrice. Au milieu des années soixante après son Big Boss Man il avait retrouva son énergie artistique. Avec son NBC Show, ses enregistrements avec Chip Momans, son étoile brille de son plus bel éclat, ce n’est plus la fouge de sa jeunesse mais l’accomplissement de sa plénitude. Le rock’n’roll ne l’attend plus, il a évolué sans lui.  La jeunesse se tourne vers d’autres groupes, vers une nouvelle musique qui ne correspond plus à la sienne… Il n’a pas changé, le monde a continué à vivre sa vie, sans bruit ou avec une tonitruance incongrue qu’il n’entend pas, à ses côtés…

z31809nbcshow.jpg

         Elvis meurt seul. Trahi par l’évolution du monde et les membres  les plus anciens de sa maffia. Il est vrai qu’il les a renvoyés, virés sans ménagement, sur un coup de colère. Une ire subite est mauvaise conseillère. Elvis était en colère contre lui-même. Plus exactement envers le monde qui pensait-il s’était incompréhensiblement éloigné de lui-même, alors que lui-même s’était, parce qu’il avait simplement continué à être simplement, ingénument Elvis, déconnecté du monde. L’on a envie de paraphraser la célèbre formule de Montaigne pour expliquer son amitié avec La Béotie, ‘’parce que c’était lui, parce que c’était moi’’, en ‘’parce que c’était le monde, parce que c’était Elvis’’.

z31827whathappened.jpg

         Comme le Moi cartésien, Elvis est devenu à sa manière un invariant philosophique de notre monde. Autrement dit un mythe.  Une étoile noire, beaucoup plus astreignante que celle de Bowie, qui brille plus fortement que toutes les autres dans la voûte stellaire de notre modernité. Même lorsque nous fermons les yeux, elle nous baigne de son aura obscure. Maléfique ou bénigne son influence reste suspendue au-dessus de notre horizon.

z31828elvismort.jpg

         Remercions Jacques Delessert de nous avoir, par son livre de fan transi d’une acuité sans pareille, permis de pénétrer  bien plus intensément dans les zones d’ivoire et de corne du rêve nervalien, celles qui s’entrouvrent et nous entraînent plus avant dans les sombres et mystérieuses landes de la solitude et de la mort...

         Un livre à méditer.

Damie Chad.

 

Écrire un commentaire

Optionnel