KR’TNT !
KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

LIVRAISON 752
A ROCKLIT PRODUCTION
SINCE 2009
FB : KR’TNT KR’TNT
22 / 10 / 2026
JERRY LEE LEWIS
ROKY ERICKSON / LEMON TWIGS
SONIC BOOM / ERIC CARMEN
CHRIS FARLOWE / NO HIT MAKERS
CAVERNOUS CRYPT / EDDIE COCHRAN
SPUNYBOYS / UFOMAMMUT
SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :
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Livraisons 318 – 729 sur :
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Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images
JERRY LEE LEWIS
‘’L’ECLIPSE’’ 1958 - 1970
STORY # 2
ROCKABILLY GENERATION NEWS
(HORS SERIE # 8 / Octobre 2026)

Jerry Lou frappe fort. Julien Bollinger aussi. Attention, ce n’est pas la suite de la carrière de Jerry Lee avec ses (très) hauts et ses (très) bas qui est racontée en ce volume. C’en est une autre, en filigrane mais beaucoup plus essentielle, celle de la survie du rock’n’roll.
L’incroyable histoire continue. Jerry marche sur le toit du monde. Les concerts mirifiques s’enchaînent, la ronde démoniaque des disques n’en finit pas de tourner, le cinéma lui fait les beaux yeux… Le soleil est à son zénith, comme dans les drames antiques le héros flamboyant prépare le piège de ses propres mains.
Jerry l’insatiable est amoureux. Une fille de moins, une fille de plus… pas de quoi en faire un drame. Oui mais cette fois, c’est Myra. Une gamine. Pas n’importe qui. Sa cousine. Deuxième degré. Jerry se marie. Pour la troisième fois. Oui mais avec Myra. Julien Bollinger lui donne la parole. Une enfant peut-être, une forte personnalité sûrement. Elle appartient à la tribu des Lewis, une espèce de gens populaire pétrie d’un sang prétentieusement vindicatif digne de l’Ancienne Rome. Elle n’écoute que la nature de ses désirs et n’en fait qu’à sa tête.
De plus c’est la règle, dans le Sud, rigoriste et traditionaliste, les filles ont le sang chaud, ailleurs tout autant mais c’est une autre histoire, l’on préfère les marier au plus vite, avant qu’elles n’aillent se retrouver engrossées au lendemain de leur premier flirt. Vaut mieux prévoir que guérir. La morale chrétienne est sauve. L’honneur familial aussi.
Bonheur au beau fixe et carrière tous azimuts pour Jerry Lou. Buddy Holly a déjà semé les graines du rock’n’roll en Angleterre. La perfide Albion réclame Jerry Lee Lewis. Il arrive. En toute innocence il a emmené Myra avec lui. Elle a le malheur de déclarer qu’elle est l’épouse de Jerry Lee. Levée de boucliers. Au bout de quatre jours devant le scandale suscitée par la presse Jerry, tournée annulée, rentre en Amérique.
La leçon servira à Elvis qui ramènera la jeune Priscilla à Memphis pour la garder chez lui sans commettre l’irréparable et épouvantable crime perforatif avant qu’elle n’ait grandi… Lors de la tournée d’Eddie Cochran en Angleterre, Jerry Capehart se dépêchera d’envoyer, en tant que fiancée officielle, Sharon Sheeley auprès d’Eddie qui le soir après les concerts batifolait quelque peu avec de jeunes fans…
L’on peut s’interroger sur cet excès de pruderie chez les anglais. Soyons un tantinet conspirationniste, aux Etats-Unis le rock’n’roll passe mal auprès des autorités, cette musique de nègres n’est-elle pas un ferment de mixité raciale, une atteinte insupportable aux saines valeurs d’une société dont les valeurs reposeraient sur le respect de l’ordre établi, l’obéissance et le travail… Dès 1959, l’éteignoir est mis sur le rock’n’roll aux USA, c’est en Europe que le rock’n’roll assurera sa survie…
Le retour de manivelle est terrible pour Jerry. Les grandes salles se referment. Les cachets fondent à vue d'oeil. Pire, Sam Phillips reçoit encore Jerry dans ses studios mais ne pousse pas les disques. Sam a gagné beaucoup d’argent, son ardeur pour le rock’n’roll n’est plus ce qu’il a été… A période de vaches maigres, taureau enragé. Tout autre aurait abandonné. Pas Jerry, il continue, tout au bas de l’échelle, le circuit underground des honky tonks, retour aux sources, alcool, violence, défonce, le genre d’endroits où est né le blues… Jerry, fidèle à lui-même, n’est pas le dernier à refuser le coup à boire et le coup de poing. Parfois les soirées sont chaudes. Très chaudes.
Les temps changent doucement. Il suffit de l’aider en le poussant un peu. En 1962 Jerry revient en Angleterre. Tournée triomphale. L’Angleterre rallume le flambeau du rock’n’roll, qui se communique au reste de l’Europe. Au Star Club de Hambourg Jerry Lou enregistre un des joyaux de la couronne du rock’n’roll.
En Amérique le rock est une cause perdue. Jerry a signé chez Smash, ça marchote mais ça ne smashe pas dans les bacs à disques. En 1968 Jerry passe chez Mercury. Coup d’essai ou coup de poker, en tout cas c’est la quinte flush. Royale. Jerry se met à la country. Ce n’est pas son truc, mais quand il se lance, c’est toujours de son mieux et avec ardeur. Le vieux bourbon country avait un peu cristallisé au fil des âges, Jerry filtre le sucre et le jette à la poubelle. Avec lui la nostalgie devient dure-amère. Il inscrira trente titres n° 1 tout en haut des hits country… Cerise sur le gâteau Jerry Lou sera à l’affiche du Festival de Rock’n’roll de Toronto. L’Amérique redécouvre ses pionniers… Jerry a raccroché les wagons…
Voilà le tome 2 grossièrement résumé. Il vous reste à le lire. Quel feu d’artifice. Julien Bollinger vous emporte. Comment parvient-il à restituer sur un rythme haletant, en une vingtaine de pages, tant d’évènements, d’analyses, d’explications, de témoignages, à redonner vie à de multiples personnages, le récit fabuleux se lit comme une nouvelle grotesque et sérieuse d’Edgar Allan Poe. Que le nuage rock soit rose, noir ou country, c’est toujours un style de grand vent qui vous pousse et vous arrache de votre quiétude. Vous faites grise mine, pourquoi n’ai-je pas dépensé la même hargne que Jerry Lou pour mener ma propre vie… Ne nous apitoyons pas sur nous-mêmes, Julien Bollinger nous permet de vivre celle de Jerry Lou par procuration. Consolation du pauvre, certes, mais méritons-nous davantage…
Jerry, quel homme. Le portrait esquissé au tome 1 se précise. Dans ce premier tome l’on avait un peu le sentiment que Jerry réagissait à l’emporte-pièce aux évènements, favorables ou funestes, qui lui tombaient dessus, dans celui-ci, les épisodes défavorables volent en escadrille, mais Jerry a gagné en assurance. Il se contente d’être ce qu’il est, on ne lui fait pas de cadeau, il rend les coups au centuple, toutefois il encaisse beaucoup mieux, ce n’est pas qu’il accepte les aléas du destin, c’est qu’il s’en moque, bons ou mauvais moments il reste ce qu’il est, une tour que rien de son vivant n’abattra, pour cela il faudra que la mort survienne, il ne l’attend pas, c’est la vie qu’il provoque. Il n’est pas pressé. Il se contente d’être simplement Jerry Lee Lewis. Il est certain que cela suffira. Il est son propre paratonnerre. Si la foudre tombe sur lui, elle retournera à la terre.
Jerry Lee est un torrent impétueux, comment Julien Bollinger réussit-il avec tant de justesse à nous en tracer le portrait, à le restituer en lui-même, à nous dévoiler le mécanisme psychologique de cet homme hors-norme. Il est vrai, qu’il ne triche pas, qu’il est franc du collier, qu’il paraît facile à enfermer dans une case, mais quelle vivacité, quelle exubérance, avec lui c’est la tempête force 10 à toutes les heures, tous les heurts, du jour et de la nuit… Qu’il soit sur scène ou dans sa vie, Jerry ne respecte ni les lois communes, ni le cadre des habitudes acquises. Il brise les carcans sociaux, mais demeure imperturbable en lui-même au milieu du tumulte qu’il a provoqué, il est l’œil de l’ouragan. Julien Bollinger a su saisir et retranscrire cette probité de l’homme envers lui-même et sa propre légende. La musique américaine lui doit beaucoup. Le rock’n’roll encore plus.
Quand l’aigle n’est pas blessé ne revient-il pas quand même à la maison. Jerry y retrouve Myra, mais aussi ses deux sœurs, Frankie Jean et Linda Gail. Frankie préservera l’âme de la maison familiale, Linda Gail Lewis suivra le chemin de son frère, il ne jouera pas le rôle du professeur pointilleux, il lui servira d’exemple. Quand l’artiste est douée le chemin des étoiles est ouvert. Linda possède l’esprit Lewis, chevillé à l’âme, que dire de plus.
Une fois que le magazine est terminé il reste à le regarder. L’iconographie est merveilleusement choisie, elle n’illustre pas le texte, elle le conforte. L’on reconnaît la patte de Sergio pour la mise en page des photographies. Merci à toute l’équipe de Génération Rockabilly pour l’œuvre accomplie. Pour une fois les fans d’outre-Manche et d’Outre-Atlantique vont regretter de ne point jacter la langue des mangeurs de grenouilles.
Damie Chad.
The One-offs
- Roky mountain

Roky Erickson ? C’est une vieille histoire d’amour. On va le dire comme ça. Vieille, oh oui, car il faut remonter dans le temps, jusqu’en 1972, pour en trouver la source. Une source qui s’appelle Nuggets, un double album Elektra qui sort en France

et qui met tout le monde à la fois en alerte et sur la paille. T’as tes petites habitudes, et Nuggets vient tout bousculer. Tu ne trouves ni les Shadows Of Knight ni les Standells chez les disquaires locaux. Coup de pot, tu lis le zine de Greg Shaw, Who Put The Bomp!, et tu y localises les Shadows Of Knight (sur Dunwich) et les Standells (sur Tower). C’est la fameuse auction list de Suzy Shaw. Tu mises et tu peux les avoir. Pour être sûr de les avoir, tu mises un peu gros. Et tu les as. Par contre, pas de 13th Floor Elevators sur l’auction list (ou trop cher, me souviens plus très bien, comme dirait Jeanne Moreau dans sa chanson). Alors t’apprends qu’on les trouve chez un disquaire parisien situé Carrefour de l’Odéon : Music Action. Boum, un samedi matin, tu prends le train et tu files chez Music Action. Ils sont là tous les trois, dans le bac, The Psychedelic Sounds Of The 13th Floor Elevators, Easter Everywhere et Bull Of The Woods, tous les trois sur International Artists. Les vrais, les gros cartonnés US qui te font bander. Tu sors le premier. La pochette t’éblouit. Tu vois le prix sur l’étiquette. Tu

tousses. Vague souvenir d’un 100 ou d’un 200, me souviens plus très bien. Mais pour l’époque, hors de prix. Tes mains tremblent. Tu transpires. Ploc ploc. Les gouttes tombent sur le plastique de protection de l’album. T’es incapable de réfléchir. Ploc ploc. Les trois, c’est sûr, tu peux pas. Faudra revenir. Bon alors ? Black out. Chaque fois, c’est pareil. Face à un problème insoluble, le voile tombe.
Tu te retrouves dans le train avec un sac. Tu sors de la gare de Rouen dans un état second. Tu sais pas trop comment t’es arrivé là. Retour au bercail. Tu sors l’album de la pochette et tu le poses religieusement sur la platine. Et tu retrouves le fabuleux Gonna Miss Me qui se trouve sur Nuggets. Puis tu entres en terre encore plus sacrée avec l’inferno de «Roller Coaster», avant de tomber un peu plus loin sur le coup du lapin, «Reverberation». Te voilà inféodé à vie, tu le sens dans tes os, dans tes chairs, dans ta pauvre cervelle.

Il faudra attendre la paye et donc le mois suivant pour retourner chercher les deux autres. Évidemment, quand tu te pointes devant le bac fatidique, il en manque un : Easter Everywhere. T’es pas le seul en France à écouter Nuggets et tu t’es fait baiser en beauté. Tu demandes au boss du bouclard, un certain Christian :
— Beuleuebeuleu beuleuu sœurtine flôre élévatôres beuleubeuleu....
— Mfffffff chais pas, grumble grumble, mffff-mfffff...
T’auras du mal à rechoper l’Easter Everywhere sur International Artists. Forcément, tout le monde le voulait à l’époque. Tout au moins ceux qui avaient pris Nuggets très au sérieux.
Et cinq ans plus tard, le cirque recommence. Tu farfouines dans le petit bac de 45 tours du disquaire local, le fameux Melody, et tu tombes sur une mystérieuse pochette mauve, estampillée en bas à gauche d’un tampon ‘Roky Erickson’. Tu demandes au p’tit corbeau :
— Beuleuebeuleu beuleuu ché bien le Roky des sœurtine flôre élévatôres ?
— Mfffffff, voui-voui, ché lui, mffff-mfffff...

Et t’apprends dans la foulée que c’est sorti sur Sponge, le p’tit label de Philippe Garnier, célèbre journaliste de Rock&Folk, qui est encore au Havre et qui est surtout le grand copain du boss de Melody. Sur le coup, ça t’en bouche un coin. Ploc. Tu retournes la pochette et tu lis en bas : «Production Music Action. 15 Carrefour de l’Odéon. 75006 Paris. France.» Le monde est petit. La boucle est bouclée.
Tu voilà de nouveau avec un disk-Grall dans les pattes. Tu files chez toi en vitesse pour l’écouter et tu tombes sur ce «Two Headed Dog» qui t’envoie directement au tapis. Et t’as l’«I’ve been walking in the Kremlin/ With a two headed dog» qui revient inlassablement comme un leitmotiv. Tu savais que t’étais pas inféodé pour des prunes.
Bizarrement, dans les années 90, quand on faisait les Nuts, notre groupe de reprises, on ne touchait pas aux 13th Floor. On les considérait comme des intouchables. On ne se sentait pas assez texans. Par contre, avec le dernier groupe, celui qui est toujours en activité, on s’est jetés sur Roky pour taper une version incroyablement heavy de «Two Headed Dog». Le jour où on l’a monté pour le faire sonner, Olivier, le chanteur, en a chialé d’émotion. Il n’y croyait pas.
Signé : Cazengler, Roquet
Roky Erickson. Mine Mine Mind/Click Your Fingers Applauding To Play/Two Headed Dog/I Have Always Been Here Before. Sponge 1977
Wizards & True Stars
- Lemon incest
(Part Four)

Trop c’est trop ? Tous les canards anglais s’y mettent tous en même temps : on voit les Lemon Twigs partout, surtout dans Shindig!, où ils font la couve, et Jon Mojo Mills leur déroule le tapis rouge avec trois articles, dont un bien dodu de six pages.

Mills papote avec les frères D’Addario. L’interview est passionnante, bien ancrée dans la rock culture. L’aîné Brian qui a 29 ans cite son premier coup de cœur : le Rock And Roll Circus des Stones, something that completely blew my mind. Son cut préféré dans le film, c’est les Who et «A Quick One» - That performance is just inconic - Quand on leur demande quels sont leurs trois girl-groups favoris, ils citent les Cookies, les Ronettes et les Marvelettes. Brian ajoute les Pleasure Suckers. Puis ils évoquent leurs débuts et leur collaboration avec Jonathan Rado de Foxygen, puis avec Todd Rundgren. C’est l’époque des albums qui ne marchaient pas. Ils en viennent tout naturellement à évoquer Dad D’Addario : ils comparent ses albums à ceux de l’early McCartney, d’Emitt Rhodes et de Pete Dello.

Le cadet Michael dit rester à l’affût du gros son : «I’d love to be able to get the affect of some of those ‘60s recordings, and how they sound homogeneous. The way ‘Be My Baby’ and ‘Mr Tambourine Man’ sound.» Il dit passer des heures à y réfléchir. Brian ajoute qu’Hal Blaine a joué sur ces deux classiques. Brent Rademaker leur demande quel est leur groupe préféré dans les années 80 et 90. Ils répondent Mighty Sparrow. Brian cite aussi les Pastels, Dolly Mixture et Cleaners From Venus. Michael cite Royal Trux. Brian revient sur les Flaming Lips et Go-Kart Mozart. Pas de problème, ils restent en terre sacrée. Côté français, ils citent Polna, Gainsbarre et Françoise Hardy.

Et dans la vague actuelle, leur demande Gary Crowley ? Tchotchke, bien sûr, Sharp Pins, bien sûr, Mod Lang, bien sûr. Ils tournent d’ailleurs avec Mod Lang. Ils rendent aussi hommage à M.J. Lenderman - M.J. Lenderman is huge - Paul Weller leur demande quelle est pour eux the perfect pop song ? La réponse ne se fait pas attendre : Michael cite les Cookies et «I Never Dreamed». Brian préfère citer le «Shades Of Grey» de Barry Mann & Cynthia Weil

Dans un deuxième article, Brian et Michael citent chacun cinq cuts qui ont influencé leur nouvel album, Look For Your Mind. Le p’tit Michael attaque avec Hortense Ellis et «I’ll Come Softly». Puis il cite les Palisades qui sont en fait les Cookies, avec «Heaven Is Being With You». Il s’enfonce encore plus dans l’obscurité avec le petit folk-rock des Sandels et «Always (I Will Remember)», puis Noah’s Ark et l’assez frais «I Think I Wanna Love You Baby». Et pour finir, les Charlatans et «High Coin» : pure magie - It rolls along merrily with the 12-string and some rather distant vocals - Il trouve que ça sonne toujours amazing aujourd’hui. Il pense que c’est le cut idéal à écouter le matin au réveil. Il a raison. Brian attaque sa série de cinq avec le Nirvana anglais et l’orchestral «Rainbow Chaser», puis il tape dans le dur avec The Ivy League et «Funny How Love Can Be» : on se croirait chez Brian Wilson. Il tape ensuite dans les Kit Kats et «Let’s Get Lost On A Country Road». Il passe ensuite aux choses sérieuses avec Jan & Dean et «It’s As Easy As 1, 2, 3». Brian est beaucoup plus dans les Beach Boys que son frère. Il finit avec Bobby Jameson et «All I Want Is My Baby», une compo de Keith Richards & Andrew Loog Oldham qui sonne comme un vieux hit du Brill. On peut écouter tous ces singles sur YouTube, donc on n’est pas obligé de les rapatrier, sauf bien sûr le single des Charlatans.

Toujours dans ce spécial Lemon Twigs de Shindig!, Brian et Michael D’Addario papotent avec Jon Mojo Mills à propos de leur nouvel album, Look For Your Mind. Ça tombe bien, on va l’écouter en même temps. Le p’tit Michael qui a maintenant 27 ans indique qu’il existait une tension entre lui et son frère. Chacun tirait de son côté. Brian voulait être plus heartfelt, alors qu’à l’opposé, Michael voulait être Kim Fowley. Mills parle de «weird Michael songs and the musically refined Brian ones.» En gros, Brian optait pour les balladifs et Michael pour le proto-weird. Globalement, Mills parle de slightly psychedelic folk-rock garage-pop.

Dans Mojo, Will Hodgkinson s’extasie lui aussi sur Look For Your Mind, mais pas jusqu’à lui coller 5 étoiles. Il parle d’un monde où les Byrds et les Beatles règnent sans partage, où l’Internet est coupé, où on prend au sérieux le peace, love and understanding, et où ton copain limité utilise l’IA pour essayer de dire un truc intelligent. C’est l’utopia des Lemon Twigs, AKA harmony-loving brothers Brian and Michael D’Addario, nous dit l’Hodge.

Il situe «Bring You Down» in the vein of Surfin USA-era Beach Boys - This is the ‘60s protest music transplanted to the digital age. C’est drôle, on n’a pas la même oreille. On entend plus le son des Pirates de Mick Green dans ce «Bring You Down», avec des échos d’early Beach Boys. L’Hodge entend des Byrds jingle-jangle guitars dans le morceau titre. Il ajoute qu’en se plongeant si profondément dans la musique qu’ils aiment, les Twigs ont formé une résistance against the tiranny of modernity. C’est vrai que t’as tout de suite les Byrds dans le morceau titre. Ils recréent le jingle jangle des origines. C’est à la fois somptueux et spectaculaire. Pour qualifier ce morceau titre, Mills parle de tremendous Who-meets-Monkees opening track. L’Hodge dit encore que les Twigs on démarré voici dix ans avec un teenage riot of virtuoso musicianship, cheap chic and rock-star theatricality, avant de développer leur classicist, virtuosic, highly personal style, et avec Look For Your Mind, ils viennent d’enregistrer un album that goes to the heart of who they are. Avec «Gather Round», ils capturent nous dit l’Hodge the folksy simplicity worthy of The Beatles in 1967. C’est vrai qu’on sent un léger parfum de Beatlemania. Pour Mills, «Gather Round» est un studio experiment, a McCartney type thing. Il ajoute que Look For Your Mind est un album of naturalistic beat music and organic powerpop. Pour l’Hodge, «I Hurt You» s’inspire directement de Colin Blunstone, mais aussi de leur all-time hero and sometimes collaborator Todd Rundgren. L’Hodge cite aussi Frankie Valli & The Four Seasons et les Who. C’est une vraie foire à la saucisse. On pourrait rajouter Big Star dans la foire à la saucisse : avec «Nothing But You», on entend bien les poux d’Alex. Les frères D’Addario ont une extraordinaire expertise. Tu ne pourrais pas espérer mieux. Retour à la Beatlemania insistante avec «I Just Can’t Get Over Losing You», et un today chatoyé par des harmonies vocales. Un cut sur lequel Mills s’extasie : «How the Lemon Twigs constantly surprise is testament to their vision.» Brian rigole : «We always want to write a song we’ve never heard before.» Le coup de génie de l’album s’appelle «Fire & Gold», saturé de vibes sixties avec un solo de carillon. T’as les grandes giclées d’accords pop, et ça carillonne à outrance. Brian explique qu’avec «Fire And Gold», il a voulu se rapprocher de Todd Rundgren du temps d’Utopia, un Todd bored with rock. Clin d’œil à Brian Wilson avec «Mean To Me». Ils opèrent un grand retour au Brill avec «My Heart Is In Your Hands». C’est d’une rare puissance. Encore un coup d’éclat des frères D’Addario.

Peter Watts leur tend un micro pour Uncut. T’as encore six pages. Ça prolifère ! Et ça commence par un petit retour dans le passé avec les trois premiers albums ratés (Do Hollywood, Go To School et Songs For The General Public), puis les deux suivants, qui sonnent comme des classiques (Everything Harmony et A Dream Is All We Know). Le nouvel album est selon Watts la démonstration «of the brothers’ ability to take the best elements of classic bands - The Beach Boys, Big Star, Zombies, Beatles, T.Rex - and turn it into something that is fresh and exciting.» Bien vu, Watts, c’est exactement ça : frais et excitant. Et leur talent de producteurs leur vaut l’admiration de certains de leurs héros : Todd Rundgren, Jody Stephens, Tony Visconti et Brian Wilson’s musical partner Darian Sahanaja, qu’on peut aussi entendre dans les Wondermints. Sean Ono Lennon chante les louanges des Twig Brothers : «These boys are the real thing.» Les deux frères rappellent aussi que leur Dad Ronnie avait tenté de vivre de son songwriting, qui était sa passion, mais l’expérience l’avait désillusionné. Pour Watts, Look For Your Mind maintain the hot streak des deux albums précédents - It seems that everything the Twigs touch turns to gold - Puis les deux frères racontent quelques souvenirs de rencontres : Tony Visconti à Londres, Jody Stephens, puis Darian Sahanaja qui les présente à Al Jardine, puis à Brian Wilson, juste avant qu’il ne casse sa pipe en bois. Ils évoquent aussi leurs tensions en interne : Michael got cold feet, while Brian became obsessed. Michael écoutait Stevie Wonder, et Brian tapait dans Kim Fowley et les Dolls. Ils avaient besoin d’évoluer. Michael : «It was like going from the Box Tops to Big Star.» Watts revient à la charge pour décrire l’évolution des Twigs : «A yearning quality, a sense of ornate, delicate beauty and a love of playful experimentation - and making it pure potent and powerful.» Comme on peut le constater, toutes ces pages sont bien chargées de la barcasse.

Encore plus chargé de la barcasse : le concert à la Cigale. On ne voit plus guère de concerts d’un tel acabit. Te voilà au pied de Brian D’Addario superstar. Mine de rien, ce petit mec réussit à synthétiser tout ce qui fait la grandeur du rock anglais : il claque ses accords de wham bam comme Stevie Marriott, il saute jambes pliées sous lui comme Pete Townshend, il solote comme Woody au temps des Faces, il drive sa chique comme John Lennon au temps des Beatles à Hambourg, il gratte son Corner Of My Eye comme McCartney au temps de Ram, il se coiffe comme Jeff Beck au temps des Yardbirds, il gratte sa douze comme Stylish Stills au temps de Judy Bue Eyes, il rase gratis, il raise l’enfer, il ruse de sioux, il rise above, il rose qui pique, il ronge son frein, il roule ma poule, il rafle les rôles, il sait absolument tout faire, il est le plus complet, le plus flashy, le plus bondissant, le plus fascinant des guitar slingers de notre époque. Il claque des kilos de killer solos flash, que ce soit sur la douze ou la Les Paul. Impossible d’en perdre une miette, il attaque quasiment chaque début de cut en sautant, jambes pliées sous lui, comme le fit Pete Townshend à l’âge d’or des Who, et comme le fait encore aujourd’hui Keith Streng.

Ils attaquent le set avec l’ahurissant «My Golden Years» et tapent en deuxième rappel «How Can I Love Her More» ce hit interstellaire, qu’on dirait composé par Brian Wilson ! Ils tirent ces deux hits d’A Dream Is All We Know, l’album précédent. «Mean To Me», «Fire & Gold» (les smash hits de Look For Your Mind) s’attroupent

vers la fin du set. Mais on ne sent pas de montée en puissance, car comme les Byrds et les Beatles avant eux, les Twigs ont un tel répertoire que tout navigue très haut en permanence. Même quand ils déroulent les harmonies vocales de la grande pop, ça reste puissant, car une fantastique section rythmique dynamise l’ensemble. Comme McCartney, le bassman joue ses lignes en mélodie. Et puis avec son «Corner Of My

Eye», Brian D’Addario nous fait le coup du lapin blanc : sur son Ovation, il gratte ses coups d’acou avec une infinie délicatesse et la foule reprend en chœur le refrain magique - But when I got you in the corner of my eye/ All my moments are the same when day and night/ I saw you twice before/ Now I really wanna see you more. Tu sors de la Cigale avec ta dose de magie pour l’hiver. Les frères D’Addario héritent de l’empire romain des Beatles et de Brian Wilson.

Signé : Cazengler, l’immonde twig
Lemon Twigs. La Cigale. Paris XVIIIe. 11 octobre 2026
Lemon Twigs. Look For Your Mind. Captured Tracks 2026
Jon Mojo Mills : Gather round. Shindig! # 175 - May 2026
Jon Mojo Mills : The minds of change. Shindig! # 175 - May 2026
It’s as easy as 1,2,3. Shindig! # 175 - May 2026
Will Hodgkinson : Fill your head. Mojo # 390 - July 2026
Peter Watts : Peel slowly and see. Uncut # 352 - June 2026
L’avenir du rock
- Sonic Boom reducer
(Part Three)
Ce mardi soir, l’avenir du rock fait les choses en grand : au-dessus du porche d’entrée de sa célèbre demeure de la rue de Rome, il a fait accrocher une immense banderole. Composé dans une typographie avant-gardiste, on peut y lire le slogan suivant : «Welcome to the Club of the Proto-Pouets Disparus !» Alléchés par cette réclame sibylline, les invités pressent le pas et s’engouffrent sous le porche. Ils gravissent la volée de marches menant à l’étage, et pénètrent dans le salon. Sous les grands lustres de cristal règne une allégresse qu’on pourrait qualifier d’historique. Les Pouets Disparus savent l’avenir du rock prêt à tout pour les surprendre, mais ce soir, ils se préparent à vivre une soirée phénoménale. S’il n’y avait pas le brouhaha de l’excitation collective, on entendrait battre les cœurs.
Cling cling cling ! Pour réclamer le silence, l’avenir du rock fait cliqueter l’améthyste de sa chevalière contre le cristal de sa flûte de champagne. Puis bombant le torse, il ulule, d’une voix d’Apollinaire qu’on incarcère à La Santé :
— Brothers and sisters ! The time has come for each and every one of you to decide : Whether you are gonna be the problem ! Or wether you are gonna be the solution !
Ovation ! Wouahhh ! Les Pouets Disparus vident leurs verres d’un trait et les jettent derrière eux. Cling clong cling !
Stuart Peril-en-la-demeure grimpe sur un guéridon, et au péril de sa vie, il s’écrie :
— Kick out the jams ! Motherfuckers !
C’est l’explosion générale. Les Pouets Disparus empoignent les chaises et brisent toutes les vitres, celles des fenêtres et celles des portes du salon. Cling clang cling !
Au milieu de ce chaos généralisé, ivre de joie dionyso-proto punk, Tristan Corbillard crie de toutes ses forces :
— Let’s fuuuuuuuck in the streeeeeeeeet !
Jamais les Pouets Disparus ne se sont autant surpassés. Des paquets de caviar et des canapés de foie gras volent à travers la pièce. Des bouteilles s’écrasent contre les murs. Voyant venu le moment propice pour culminer au sommet de l’avant-garde proto-punk, l’avenir du rock soulève le couvercle d’argent d’un grand plat. Oh une bombe d’anarchiste ! Il sort son zippo, allume la mèche et hurle à s’en déchirer les ovaires :
— Sonic Boom !

Panda Bear & Sonic Boom récidivent comme de vieux malfaiteurs avec A ? Of When. Victoria Segal chante les louanges de leur récidive dans Mojo. Deux pages !

Enfin, une page de texte et une illusse plein pot. Et quatre étoiles, pas cinq. On apprend dans l’article que Sonic Boom est allé s’installer comme Panda Bear au Portugal. Mais c’est pas tout : Sonic Boom est devenu un adventurous gardener qui cultive des organic bananas. La Segal évoque une «aura of rainbow fuzz or a torrent of squashy graphics.» Elle qualifie A ? Of When de «grand modernist pop record» et attaque au «six-fingered Brian Wilson sway of ‘Never Givin’ In’», cet incroyable cut d’heavy pop qui referme la marche de l’album. Power in the flesh ! Sonic Boom sort tout son génie pop, c’est heavy et bubblegum à la fois, on sent que ce mec Sonic a écouté les Stooges et qu’il a tout compris. Il shoote du power extrême dans son bubblegum et ça chauffe bien la carlingue, ça stompe dans l’air du temps. C’est franchement invraisemblable !

Impossible que ce soit aussi bon ! Mais si, messie. Et au fond de «Never Givin’ In», t’as l’heavy background trash de la pire espèce. De toute évidence, le diable rôde derrière ce «Never Givin’ In» d’apparence si pop. Bizarre que la Segal ne l’ait pas senti. Elle souligne le «Graveyard»’s «perversely cherry comb-and-paper jive, wich concludes ‘I’m busted’.» Elle parle aussi de l’«incantatory spell-casting» de «Revive Him», hanté par les tambourins de Brian Wilson. Quelle incroyable profondeur ! Sonic Boom semble planer dans les jardins suspendus de Babylon Wilson. Elle parle encore d’un «stricky dizzle of doo-wop» pour situer «Like A Moth To A Flame», mais en vérité, Sonic Boom et son complice s’embarquent avec ce cut mirobolant dans l’aventure d’une pop ultime. Ça culmine au plus haut niveau du Brill sound, t’en as le vertige tellement c’est d’un niveau exponentiel. Même toi, le blasé en blouson, t’en reviens pas. Le balancement de sweet sweet sweet berce tes langueurs monotones et tout le reste de tes abattis. «Lucky Charm» tape en plein Brian Wilson, avec des chœurs qui éclatent au soleil de la Californie. Pour le morceau titre, la Segal ramène l’idée d’un «Spectrum-like drone», ce qui n’est pas complètement idiot. Elle parle encore des «romantic strings and yodelling combo of ‘Pray To You’» (qui est en réalité un wild boogie de dance floor, l’ahurissant punch-glam de Sonic Boom) et du «robot-cowboy country» de «Something That Lasts» qui est en réalité une belle tentative de Totoring. Car Sonic Boom n’en finit plus d’osciller en permanence entre Totor et Brian Wilson qui sont comme chacun sait les deux mamelles du génie pop.
Signé : Cazengler, Sonic Bouse
Panda Bear & Sonic Boom. A ? Of When. Domino 2026
Victoria Segal : The Boys in the bubble. Mojo # 395 - August 2026
Wizards & True Stars
- Carmen n’est pas un opéra
(Part Two)

Histoire de nous rappeler au bon souvenir d’Eric Carmen, Think Like A Key nous pond un bel œuf : Play On: A Raspberries Tribute. Cot cot ! Alors attention, ça grouille de puces. Tous les surdoués de la terre se sont donné rendez-vous sur ce tribute et ils tapent comme des dingues dans un répertoire aussi balèze que celui des Beatles ou de Brian Wilson.

Et ça démarre au big time d’high energy rock avec Rick Springfield et «Go All The Way», cover de rêve éclatée aux harmonies vocales. C’est stupéfiant de fraîcheur. Rick Springfield est un Australien à discographie cavalante, donc tu gardes tes distances. Vicki & Debbi Peterson te magnifient «I Wanna Be With You», elles te poussent ça au max du mix, c’est carrément de la magie. Pour les ceusses qui ne le sauraient pas, les deux sœurs Peterson étaient dans les Bangles avec Susanna Hoffs. Eux, on les connaît : les Lemon Twigs montent directement au paradis avec «Let’s Pretend». T’as le gorgeous du chant et les chœurs des anges du paradis. Si tu veux un petit shoot de sidération, écoute ça. «Let’s Pretend» est l’un des plus beaux hits d’Eric Carmen. Et voilà une autre équipe de démons : The Caulfields et «Goin’ Nowhere Tonight». Encore des cracks de la cover, t’as l’énergie du son et la classe intrinsèque. C’est un groupe du Delaware. Back to the fat power-pop avec les Spongetones et «It Seemed So Easy». Quelle classe, quelle assise et quelle élégance ! Ces mecs de Caroline du Nord ont aussi une discographie cavalante, alors tu gardes tes distances, même s’ils se réclament des Beatles. On retrouve notre vieil ami des Wondermints, Darian Sahanaja, avec une cover wilsonienne d’«On The Beach» et il t’envoie ça valdinguer dans le lagon d’argent de la magie pop. Tiens voilà une autre superstar inconnue : Ken Sharp et «If You Don’t Change Your Mind». Il tape ça au sucre excédentaire, il magnifie l’Eric à outrance, un Eric qui avec ce cut était en pleine Beatlemania. Encore une révélation avec les Popdudes et «Drivin’ Around» : ils vont droit sur l’On The Beach. On croirait entendre Brian Wilson ! John M. Borack et Mike Simmons sont des cracks.

Et ça repart de plus belle sur le disk 2 avec Lou Gramm et «Tonight». Il faut partir du principe qu’avec les Rasp, on a l’outrance de la jouissance. C’est une pop qui éjacule avec tout le power du monde. Bon, d’accord, Lou Gramm est le mec de Foreigner, mais il rend bien hommage à l’Eric. Les Lemon Twigs reviennent exploser «Play On». Hit idéal pour les Twigs. On retrouve les accords des Who dans le «Don’t Know What I Want» que tape un certain John Waite, un Anglais dont la discographie cavalante inspire la méfiance. Les Shoes sont les rois de l’«Overnight Sensation». C’est prodigieusement monté en neige. T’as la magie de l’Eric combinée à celle de Brian Wilson. Les Shoes vont droit sur l’On The Beach. Pareil, faut creuser. Dig baby dig! On a commencé avec les albums Elektra, mais il faut continuer, car les Shoes sont dans la lignée. Nouvelle révélation avec Kasim Sulton et «Cry». Ce New-Yorkais a traîné avec les New Cars. Il chante exactement comme John Lennon. Brasko est un swedish remixer et il attaque «Making It Easy» au barrage d’accords. On retrouve l’outrance de la jouissance porté à son extrême. Ta cervelle est soumise à rude épreuve, car t’as du glam power et du scream. John Powhida a des chœurs de folles sur «I Can Hardly Believe You’re Mine», et Bob Bonfiglio entre de plain pied dans la mythologie des Rasp avec cette cover magique de «Rose Colored Glasses». Bob a fait partie du Brian Wilson band et de Wonderlust dont l’album Prize fait partie des passages obligés. On y revient sous peu. Ken Sharp fait son retour avec «I’m A Rocker». Lui, c’est un enragé, un fabuleux glamster, il tape l’hit d’Eric en mode glam. Attention, voilà Ronnie d’Addario, le père des Lemon Twigs. Il avait déjà du prestige avant le succès de ses deux fils, et le voilà qui emmène «Cruising Music» droit sur l’On The Beach, dans l’univers magique de Brian Wilson. Power du diable ! On salue le grand retour de Cherrie Curie avec une belle cover d’«Hands On You» qu’elle tape en mode Runaways avec des cris d’animaux. Elle colle fabuleusement au papier et elle descend bien dans ses propres bas-fonds, wouahhhh ! The Toms tapent une cover fulgurante d’«Every Way I Can», transpercée en plein cœur par le killer solo du diable. The Toms est l’one-man band de Tommy Marolda et il peut même se vanter d’avoir au moins un album culte à son actif. Pas d’info sur Bambi Kino. Leur «Baby Please Let Me Come Back Home» est fantastiquement joué, en plein dans l’oss de l’ass des Rasp. L’état dans lequel tu sors de cette écoute est indescriptible.
Signé : Cazengler, Eric Camé
Play On: A Raspberries Tribute. Think Like A Key Music 2025
Wizards & True Stars
- Farlowe à la bouche
(Part One)

Paraît enfin une bio de Chris Farlowe. Ouf, il était temps !
Personne n’arrive à la cheville de Chris Farlowe. Parce qu’il se situe au-delà des histoires de chevilles. Le titan Farlowe règne en maître absolu sur l’empire mondial du blues blanc.

L’Allemand Peter Brummund rend hommage à Chris Farlowe en publiant The Voice: Chris Farlowe. C’est un hommage imposant par sa taille, mais embarrassant pas sa texture. Voilà encore un book relié qui pèse son poids, puisqu’il se positionne à mi-chemin entre l’A5 et l’A4. Il pèse son poids car les 300 pages sont roulées sur un couché mat qui doit avoisiner les 150 g, d’où ce sentiment de somme. C’est roulé en Allemagne, donc avec un gros souci d’efficacité. T’as dans les pattes une bio Panzer. Par contre, le Panzer présente deux talons d’Achille : les choix typo et l’obsession référentielle. Le graphiste a choisi de composer le book en Helvetica light, ce qui est un crève-l’œil, sur cette distance. En plus, c’est pas roulé en noir intense. Ce choix typo est généralement réservé aux notices techniques, pas aux récits biographiques au long cours. Du coup, ça rend la lecture pénible. Et puis on tombe en permanence sur des référencements : indépendamment de son concert de louanges, Brummund ne fait que compiler des extraits soigneusement référencés dans le corps de texte, comme s’il rédigeait une thèse. Du coup, tout redevient cohérent, car les choix narratifs et typo en font un ouvrage technique. T’as un Chris Farlowe Mode d’Emploi Panzer.

En bon entomologiste, Brummund commence par le commencement, c’est-à-dire sa propre enfance en Allemagne, puis son premier concert de Colosseum à Oldenburg en 1970, et donc le premier coup d’œil sur Chris Farlowe, qu’il ne connaît pas. Ça se passe un an avant le split de Colosseum en 1971. Puis il passe à l’enfance de Chris Farlowe sous les bombes nazies. Son père est allé combattre en Allemagne et il ramène deux cadeaux au p’tit Chris éberlué : un casque et un fusil nazis. Plus loin, Brummund dira que c’est le point de départ d’une passion de Chris Farlowe pour la paraphernalia nazie.

L’autre passion du p’tit Chris, c’est le travail du bois et la charpente. Il est organiquement working-class. Et puis, bien sûr, arrive la musique, comme pour tous les kids d’Angleterre nés dans les années 40 et qui ont grandi sous les bombardements nazis. Le p’tit Chris se jette sur Ray Charles, Bobby Blue Bland, T-Bone Walker et Ella Fitzgerald, nous dit Brummund qui est bien renseigné. En 1962, Chris Farlowe & The Thunderbirds tournent déjà en Allemagne. Le Brummund les qualifie d’one of the hardest working bands around, mais ils n’ont pas d’hit. Pas d’hit, pas de chocolat.

Chris Farlowe s’obstine. Il veut devenir le meilleur. En 1965, il a déjà enregistré un album et 5 singles, mais ça ne marche pas, malgré l’excellent «Buzz With The Fuzz». Il enregistre le «Stormy Monday Blues» de T-Bone Walker sous le nom de Little Joe Cook, sur Sue. C’est là qu’il rencontre Guy Stevens. Brummund ajoute que «Stormy Monday Blues» by Little Joe Cook is the greatest British blues record ever made. Dans le film de Mike Figgis, Red White & Blues, Chris Farlowe raconte, du ton magnanime d’un roi viking repu de carnage, comment il s’est fait rouler la gueule par Chris Blackwell, le patron d’Island Records. Un jour, Blackwell lui a dit : «Vas-y mon gars, chante dans le micro !» Puis sans rien dire à Chris, il a fabriqué un single avec cet enregistrement et l’a commercialisé sous un autre nom, Little Joe Cook. C’est sorti sur Sue. Quand Chris Farlowe est tombé sur le pot-aux-roses, il en est resté baba, mais ça n’érailla quand même pas le marbre de son génie. «On ne pouvait rien dire. Ils ne nous prévenaient pas !» Ces petites arnaques faisaient partie de la normalité du Swingin’ London. Brummund évoque le film de Figgis en citant l’hit-parade du blues anglais établi par Richard Wallace : un n°1, Little Joe Cook, suivi dans l’ordre de Rod Stewart, Them, Cyril Davies, Duffy Power, John Mayall, Animals, Rolling Stones, Alexis Korner et Graham Bond Organisation.

Les enregistrements de Chris Farlowe & the Thunderbirds ont été réédités mille fois. Charly s’est chargé de la besogne dès 1977 et RPM en a remis une couche en 2001 (Dig The Buzz. First Recordings 62-65). Les Thunderbirds étaient le premier super-groupe anglais : on avait là-dedans Albert Lee, Dave Greenslade et Carl Palmer. Ils cassaient déjà la baraque au Flamingo en 1962. Les disques de Chris Farlowe & the Thunderbirds sont bourrés à craquer de jerks épouvantablement bons et chantés du gras de la glotte, comme «Girl Trouble» ou «The Blue Beat» qui ont dû faire sautiller pas mal de Mods londoniens. Comme Graham Bond, le titan Farlowe adorait le swing. Il pouvait balancer des horreurs shaky comme «Buzz With The Fuzz». Il bouffe toute crue une cover d’«Hound Dog». Même énergie que Wolf. Avec «Itty Bitty Pieces», on a un spécimen étonnant de British beat primitif, une vraie perle de juke avec un rythme entêtant.

Chris Farlowe va très vite passer aux choses sérieuses. Paul McCartney lui propose d’enregistrer «Yesterday» qu’il vient de composer et le titan fait la moue : «C’est pas du rock.» Puis le Jag l’approche à son tour pour lui proposer «Out Of Time». Les Stones vont l’enregistrer en 1966 sur Aftermath, mais ils aimeraient voir ce que ça donne avec la glotte d’un titan. Le Jag supervise l’enregistrement et «Out Of Time» devient le premier gros hit (et unique #1) de Chris Farlowe. Il bénéficie en outre du support inconditionnel d’Andrew Loog Oldham. Immediate est alors à son apogée avec un roster fabuleux : P.P. Arnold, Humble Pie, Billy Nicholls, The Nice et Jeff Beck.

Puis le titan enregistre l’autre sommet de sa carrière, «Handbags & Gladrags» composé par le songwriter maison d’Immediate, Mike d’Abo. On retrouve cette bombe atomique sur une anthologie Immediate qui propose, en plus des deux albums édités par Andrew Loog Oldham, tous les singles sortis sur Immediate : Out Of Time. The Immediate Anthology. Un régal pour les fans. On retrouve «Treat Her Good», l’hymne Mod du Swingin’ London, produit par Eric Burdon. Les Stones lui laissent «Ride On Baby» et Chris Farlowe en fait de la charpie. Il chante avec les reins. Big Jim Sullivan joue du sitar pour «Moanin’», un vieux standard de jazz et Chris Farlowe nous farcit tout ça de feeling. Pur Mod jazz - oh yeah mooonin’ baby ! - La voix de Chris Farlowe éclate au milieu des bouquets de cuivres. Single légendaire. Encore deux singles de choc, «The Last Goodbye» & «I Just Need Your Lovin’», et l’aventure Immediate s’arrête.

Si tu veux récupérer une copie de The Last Goodbye sur Immediate, faut sortir deux billets de 100 : l’album n’a mais été réédité.

Par contre, ses deux autres albums Immediate sont INDISPENSABLES. Tout est bon sur 14 Things To Think About. «Think» est cuivré à ras la gueule et le titan Farlowe chante comme une brute féroce. Il arrache les couplets du sol et les jette au ciel, par-dessus les montagnes - caus’ you know why - yeahhh ! On entend le plus grand chanteur d’Angleterre dans «Think». «Lipstick Traces» est un pur jerk de juke, une pure jute de fute. On danse le jerk des Carpathes. Le titan tape ensuite dans «Summertime». Il sonne comme Nina Simone. Il a ce pouvoir ! Solo démentoïde d’Albert Lee. «Looking For You» sonne comme l’hymne des Mods. Ça se danse jusqu’à l’aube. Monstrueux et pulsatif. Puis il lance «It’s All Over Now Baby Blue» comme une locomotive. Il en fait une version éternelle. Il écrase tout dans sa bouche et recrache du blues blanc mouillé de cuivres. Insurmontable. Il faut le voir poser ses syllabes. C’est lui le véritable héros des sixties.

L’autre album classique est bien sûr The Art Of Chris Farlowe, paru la même année en 1966. «What Becomes Of The Broken Hearted» sonne comme le slow jerk du diable. Tout le monde s’est levé pour danser. Irrésistible ! Invraisemblable puissance cosmique ! The Voice of England. Qu’on retrouve dans «We’re Doing Fine». Grandeur dramatique et barbare avec «Life Is Nothing». C’est la force sombre de la Terre des Angles qui fut le cauchemar de Jules César. «Paint It Black» t’arrache la tête. Le titan ridiculise les Stones. Il relance à coups de yeah hurlés ! On croit qu’«Open The Door To Your Heart» vient d’Alabama, mais non. Avec ça, il blanchit le r’n’b. «Out Of Time» est la reprise ultime qui se situe au-delà de toute cosmogonie. Il chevauche au grand large, il caresse les écailles du dragon, il réinvente l’immensité hugolienne, il sort des gonds de l’humanité. Nouveau morceau de bravoure : «North South East West». Tout y est, le sock it to me, les cuivres, les chœurs de louves noires et la chaleur de la nuit. Un hit de fou, et Chris Farlowe allume la fin du cut. Il tape dans les Righteous Brothers avec «It Was Easier To Hurt Her». Il fait les deux pour le prix d’un, avec le falsetto de Bobby Hatfield et le baryton comme Bill Medley. Puis il repasse l’«I’m Free» des Stones à la casserole. Il fait la loco, flanqué de louves noires qui couinent des chœurs lubriques et d’une basse métallique. Effarant ! Il tape encore une version démente de «Reach Out I’ll Be There», histoire de faire la nique aux Four Tops. Son énorme et basse sourde. Tout a été dit sur Chris Farlowe, mais pas sur l’énormité de son Reach Out et la manière dont il en fait de la charpie. Il bouffe tout cru l’un des plus grands hits de l’histoire du r’n’b. Il gueule par-dessus les micros, sa voix porte au loin, à travers le temps et l’espace. Il enfonce ses clous comme Thor, un hurlant de rire dans le chaos de la nuit. Il mériterait d’être couronné roi d’Angleterre, rien que pour cet exploit.

Il va ensuite rebondir de projet en projet. Il enregistre From Here To Mama Rosa que Brummund qualifie de désastre commercial. Puis Dave Greenslade qui jouait de l’orgue dans les Thunderbirds se rappelle au bon souvenir du titan et lui propose de venir chanter dans Colosseum. Un super-groupe avant l’heure puisqu’on y retrouve Dick Heckstall-Smith, Jon Hiseman et Clem Clempson. Hiseman et Heckstall-Smith jouaient dans le Graham Bond Organisation. Quand ils en ont eu marre des excès et du junk de Graham Bond, ils ont décidé de monter en 1968 un groupe clean : pas de dope. Démarrage en force en 1969 avec un premier album et une version explosive du «Walking In The Park» que signe Graham Bond. Au départ, c’est Clem qui chante, mais il n’a pas vraiment de voix. Lors d’une tournée américaine, Colosseum croise Blood Sweat & Tears. Leur chanteur David Clayton-Thomas les impressionne au point qu’ils se posent la question : et si on embauchait un vrai chanteur ? Ils testent le black de Juicy Lucy, Paul Williams. Mais Williams préfère rester dans Juicy Lucy. C’est là que Greenslade fait sa proposition - Il appela Chris Farlowe qui était libre pour lui dire que Colosseum were looking for a good singer - la formulation est marrante.

Pour un titan, Colosseum est le groupe idéal. La presse anglaise va célébrer l’événement. Le premier album qu’ils enregistrent avec le titan Farlowe s’appelle The Daughter Of Time, un album beaucoup trop prog pour être honnête. C’est même assez imbuvable. Heureusement que le titan Farlowe rôde dans les parages. L’autre héros de l’équipe, c’est bien sûr Dick Heckstall-Smith qui double souvent le chant de sax. Le titan Farlowe embarque le morceau titre jusqu’à la démesure apocalyptique. C’est en B qu’on se régale. Magnifique reprise du «Theme For An Ordinary Western» signé Jack Bruce et Pete Brown. Le titan Farlowe le bouffe tout cru. Crouch crouch !

On retrouve cette énergie décuplée dans le double album Live de Colosseum qui sort un an plus tard. Ils tapent dans un autre hit de Jack Bruce, «Rope Ladder To The Moon». Le titan Farlowe te croque ça vite fait, crouch crouch, mais cet abruti de Greenslade ruine tout avec un solo d’orgue aussi pénible que ceux de Keith Emerson. Sur scène, le pauvre titan devait s’ennuyer comme un rat mort. On se réveille en sursaut avec le mythique «Walking In The Park» de Graham Bond. Ça démarre en mode gros popotin, comme si on remontait le ressort de la manivelle et soudain, le titan fait Ahhhhhhhhhhh ! - il prévient une seconde fois, ça jazzifie un petit coup de Spoonful et ça explose sur un riff magique qui avance tout seul. On danse sur les braises du Swinging London. C’est absolument monstrueux ! On se tape une suite de solos et l’Heckstall-Smith mène le bal. Le Clem en rajoute une couche. Ils sont bien, ces petits Anglais ! En fin de course, le titan repêche la carcasse du Park et la déchiquette, éclaboussant tout l’univers. Les autres morceaux de l’album sont intéressants à écouter, pourvu qu’on ait le temps. «Tanglewood’63» est beaucoup plus jazzy, et donc plus intéressant. C’est Heckstall-Smith le boss. Comme Roland Kirk, il souffle dans son sax et sa clarinette en même temps. On trouve aussi sur ce live une belle version de «Stormy Monday Blues». Idéal, car le Clem est un vrai guitariste de blues et les nappes d’orgue bercent la voix du titan Farlowe. C’est une version exceptionnelle. Les grooves se lâchent. Si on veut savoir à quoi ressemble un live inspiré, c’est là. Brummund le considère comme l’un des best live albums to date.

Après la faillite d’Immediate, Colosseum fait faillite à son tour. En 1971, Humble Pie fait au Clem une offre qu’il ne peut pas refuser : 26 000 £ et «l’usage» d’une Bentley. Donc Colosseum splitte. Le titan se retrouve une fois de plus le bec dans l’eau. Pas pour longtemps. Atomic Rooster va le récupérer un an plus tard.

Brummund s’interroge longuement sur la faillite de Colosseum. La raison officielle est le départ du Clem. Mais il en trouve d’autres, notamment le mal qu’avait le leader Jon Hiseman à composer pour renouveler le répertoire. Ils ne gagnaient pas leur vie et devaient tourner constamment. Heckstall-Smith : «We ran out of music.» Et puis Colosseum n’était pas vraiment un groupe en bonne santé. Ils auraient pu remplacer le Clem. La raison principale était en fait un mélange de malaise et de fatigue. Personne n’a essayé de maintenir le groupe en vie. Et un observateur plus fin avait remarqué que Chris Farlowe ne se sentait pas vraiment à sa place dans Colosseum - he didn’t feel right - Eh oui, le titan est l’homme du blues et non du prog.

Brummund aborde enfin la question des objets nazis. Il commence par affirmer que Chris Farlowe n’est pas un mec d’extrême droite, c’est un conservateur, mais pas un nazi. Il a commencé à ramasser des objets nazis lorsqu’il tournait en Allemagne en 1961 et s’est aperçu qu’il pouvait se faire du blé avec, beaucoup plus qu’avec la musique. Il achetait sur les brocantes d’Hambourg et revendait sur le flea market de Camden. Il en a fait un business, au point d’ouvrir une boutique à Islington: Call to Arms. Il l’a tenue de 1971 à 1983. Sur chaque objet ramassé en Allemagne, il faisait une marge considérable. Avec ses croix de fer et ses casques, il ramassait quatre fois plus de blé qu’avec la musique.

Puis Vincent Crane lui propose de chanter dans Atomic Rooster. Brummund prend soin de rappeler que Crane a racheté l’Hammond organ de Graham Bond. En 1967, Crane a monté The Crazy World Of Arthur Brown avec Arthur Brown. Mais Crane est dépressif. Il se retrouve parfois sous camisole. Quand il se sent mieux, il revient aux affaires, se qualifiant de «fiftieth-rate, but with lots of ideas.» Pourquoi Atomic Rooster ? Le nom vient du bassman de Rhinoceros qui avait pris tellement d’acide qu’il se faisait appeler the atomic rooster. Vincent Crane va recruter John Du Cann, le chanteur/guistariste d’Andromeda. Quand Carl Palmer quitte Atomic Rooster pour rejoindre ELP, Crane recrute Paul Hammond au beurre. Puis c’est au tour de Peter French de quitter Atomic Rooster pour rejoindre Cactus aux États-Unis, suivi de Du Cann et Hammond qui montent Hard Stuff, avec Johnny Gustavson de Big Three. Vincent Crane ne se déballonne pas : il recrute Ric Parnell au beurre, Steve Bolton aux poux, et Chris Farlowe pour remplacer Peter French. Au moins, on a tout le détail de l’histoire d’Atomic Rooster dans ce Panzer book. Crane voulait sonner plus comme James Brown et s’éloigner du son prog/hard rock qu’il avait développé jusque-là. Brummund voit Atomic Rooster comme l’un des most dynamic groups of the prog rock era. Il les voit comme beaucoup plus innovants que les autres groupes de l’époque.

Le titan enregistre Made In England avec Atomic Rooster. Il doit à nouveau lutter contre les remous du prog dont est si friand Vincent Crane. Le titan emmène «Stand By Me» au front et en fait un r’n’b torride. Il hurle ses fins de phrases, il les envoie rouler comme d’immenses boules de feu dans le ciel noir des seventies. Par chance, c’est aussi bien cuivré que chez Stax. Mais Vincent Crane se disperse, il va du prog au funk et passe parfois par des tendances classiques. Sur l’instro «Breathless», on entend Steve Bolton gratter un solo de guitare fabuleux. Le titan Farlowe tente de sauver «Space Cowboy» du marasme proggy. Il y parvient. C’est même le morceau qu’on retiendra de l’album. Il tente aussi de sauver «All In Satan’s Name» en en hantant tous les couloirs.

Leur second album s’appelle Nice N’Greasy. Pour les fans d’Atomic Rooster, c’est Noël. Mais en dehors de ce cercle restreint, l’album floppe. Avouons qu’il est assez médiocre. Ça groove sur «All Across The Country», mais on reste dans les limites de l’heavy blues. Un certain Johnny Mandala gratte ses poux. Vincent Crane pianote son «Moods». On le sent en quête du Graal. Nouvel instro diabolique avec «Ear In The Snow». Dans un recoin sombre du studio, le titan secoue sa crinière, parce que ça swingue. Brian Auger, Graham Bond et Vincent Crane sont les rois du shuffle d’Angleterre. On ne s’en lasse pas. Ils finissent avec «What You Gonna Do» qui est un heavy blues classique, terrain idéal pour le titan Farlowe. Il rallume son brasier.
Mais sur scène avec Atomic rooster, le titan est tout le temps bourré - Drunk as a lord - On ne voyait plus que le pochard en lui - the well-known Farlowe capacity for drowning ale - Mais il a des impératifs avec sa boutique et il quitte le groupe. Il avouera plus tard que c’était trop compliqué d’entretenir une relation avec Crane - Vincent Crane’s manic-depression moods - Chris Farlowe n’est resté que neuf fois avec Atomic Rooster.

Un jour, un fouillant dans le bac des nouveautés chez Gibert, on est tombé sur un double Live At The BBC d’Atomic Rooster. Pouf, ni une ni deux, directement dans le caddy, sans même regarder le prix. Il y a trois concerts répartis sur les quatre faces. Il s’agit de la formation avec Ric Parnell au beurre et Steve Bolton à la guitare. Vincent Crane et Chris Farlowe complètent le line-up. Farlowe comme on s’en doute chante admirablement, mais il faut bien dire que Bolton est moins flashy que John Du Cann. Il faut attendre «Devil’s Answer» pour renouer avec la big heavyness. Pour un titan, c’est du gâtö. Crane noie tout ça d’orgue. On retrouve une version de «Breakthrough» en C et Crane vient crâner sur «Black Snake». Il en a les moyens, ce sacré bougre. Son truc, c’est d’allumer le shuffle et de le faire rôtir en enfer. Tout est joué à l’inferno climaxique. On retrouve une dernière version de «Breakthrough» en D. C’est la troisième. De là à penser que ce bel objet est en fait une petite arnaque, c’est un pas qu’on franchit allègrement, pendant que Vincent crâne sur les remparts de Varsovie et qu’il pulse son Breakthrough au big boom boom.

Puis va commencer une longue période qu’on pourrait qualifier de ‘carrière solo en creux’. Chris Farlowe n’est plus à la mode. Il est devenu une sorte d’has-been. Il fréquente le studio de Mike Verson, the Chipping Norton Recording Studio, et y enregistre Born Again. Il fait un peu de placard parce qu’il refuse de payer la taxe du magasin : il conteste la ‘politique socialiste’ d’Islington. Il dit avoir adoré le placard - I’ll always try anything once - Il se retrouve en cellule avec un Indien qui avait insulté le juge et qui ne parlait pas un mot d’Anglais.

Pour sortir Waiting In The Wings dont aucun label ne veut, son manager Kris Gray est obligé de monter un label : Elastic Cat. C’est le premier album du titan en 20 ans, et pour ses fans, c’est le meilleur. Waiting In The Wings ne paye pas mine, comme ça, au premier abord, mais attention, ce disque passé complètement inaperçu (comme ceux d’avant et ceux d’après) réserve son lot de bonnes surprises. Dans les notes de pochette, quelqu’un nous explique que Chris Farlowe n’avait ni contrat ni maison de disques et qu’il a fallu bricoler pour pouvoir sortir ce disque. C’est l’une des plus grandes énigmes du XXe siècle. Comment se fait-il que personne ne s’intéresse à un tel titan ? Décidément, on aura passé notre vie à ne rien comprendre. On se posait la même question à propos de Jackie Lomax. Même problème avec Jesse Hector et Andy Ellison. Les morceaux de l’album sont pour la plupart classiques - du boogie-rock - mais quand c’est un chanteur comme Chris Farlowe qui s’y colle, ça change tout. «Working In A Parking Lot», par exemple. Le morceau en lui-même ne présente aucun intérêt, mais Chris Farlowe en fait un truc sur-puissant, il chante d’une voix de chef guerrier qui part tout seul à l’assaut. Ses troupes l’admirent tellement qu’elles préfèrent l’observer plutôt que d’aller se faire tuer. Dans un autre boogie-rock, «Too Late To Run For Cover», on sent la présence d’Alvin Lee. Chris Farlowe chante ça de main de maître. Présence toute aussi exceptionnelle dans «Don’t Walk Away» avec les filles qui font des petits chœurs bien frais. Chris Farlowe chante «Blues Anthem» a capella et c’est stupéfiant. On sent l’ogre bourré de génie. Ça se confirme avec le morceau titre, une chanson digne de Burt Bacharach, sorte de contre-mélodie enfumée et grandiose, savamment orchestrée. Chris Farlowe abat son jeu, celui d’un titan de la Soul. Il va chercher des accents mélodiques dramatiques et il grimpe si haut qu’on peine à le suivre du regard. Si on aime la grandeur, alors il faut écouter «Waiting In The Wings». C’est digne des géants du delta. Chris Farlowe y accomplit des miracles. Il suffit simplement de lui confier de bonnes chansons. Il va les bouffer toutes crues. Ce n’est pourtant pas compliqué !

Nouveau rebondissement : Colosseum se reforme en 1995 ! Concerts sold-out ! Brummund fait encore l’éloge de Lonesome Road et de The Voice. Lonesome Road est un album live qu’on pourrait situer dans le haut de gamme. Ouverture du bal avec un blues-rock solide, «Who’s Been Sleeping In My Bed» et une partie de guitare musclée de Norman Beaker. Puis on se tape un très beau balladif explicatif, «Jealous Kind». Le titan Farlowe se prosterne ensuite devant Lonnie Mack et reprend «Tough On Me Though On You». Il bouffe ça cru sans sel, évidemment. Belle pièce alarmante. Il rend ensuite hommage à un autre héros du Deep South, Tony Joe White, avec une reprise de «The Guitar Don’t Lie».

Nouvelle puissante merveille en 1998 avec The Voice. Il commence par un petit heavy blues nommé «I Want To Do Everything», suivi d’une beau mid-tempo surprenant d’excellence, «Easy As That». Il embarque ça directement au firmament, rien qu’à la seule force du chant. C’est de la magie pure. La couleur d’une voix, ça fait tout. En l’espace de deux cuts, Chris Farlowe redevient le génie ultime du rock anglais. Sur «Langage Of The Heart», il est accompagné par les guitares acoustiques de Ricky Bird et de Clem Clempson et croyez bien que c’est d’une rare beauté. Chris Farlowe est hallucinant de démesure artistique. Puis il embarque «Feel So Good» comme un ogre embarque le petit poucet, c’est dément, il fait tout à la voix, le gros, le méchant, le prêcheur, le narrateur, c’est un prétexte à tous les coups de Trafalgar. Peu de chanteurs atteignent à cette grandeur dans l’expressivité des choses - Oooh yes I will tonite ! - Chris Farlowe n’a pas fini de nous tétaniser. Puis il tape dans l’«All Or Nothing» des Small Faces et là, il va déplacer des montagnes. Il fait monter tout de suite la fucking mayo, c’est l’abominable homme des neiges, un admirable Yéti hurlant dans la tempête, mais il se garde bien d’exploser au premier couplet. Il se racle la glotte et fait monter la température, ça devient assez vite intenable, mais par miracle, il se calme. On attend la montée en tremblant. Il va dévorer ce hit marriottique tout cru. Chris Farlowe est le plus haut des titans et voilà, il est dessus, il déchiquette les lambeaux, explose le firmament et bouffe tous les nuages qui traînent dans les parages. C’est Chris Farlowe. La démesure est son langage. Il reste encore à se taper «She Knows», gorgé de feeling élémentaire. Il broie le destin. La musique danse sous ses mâchoires d’alligator royal. C’est pianoté à le revoyure et il empoigne tout ça comme le manche d’une bêche. Blam ! C’est lui le précurseur de la prédation sublime. Il est insupportable de puissance tribale. Il nous javanise la javanaise.
Aujourd’hui, Chris Farlowe a 86 ans. Sa voix ne le trahit pas, nous dit Brummund.

Pourquoi Chris Farlowe n’est pas devenu une superstar ? À la fin de son book, Brummund s’interroge. Peut-être qu’Andrew Loog Oldham avait trop de chats à fouetter. Peut-être que Chris Farlowe n’avait pas la tête de l’emploi. Il ne composait pas, mais Elvis ne composait pas non plus, alors ? Brummund pense que Chris Farlowe aurait fait merveille aux États-Unis avec un producteur comme Bert Berns. Ou un amateur de big voices comme Totor. Un A&R de Polydor dit un jour à Chris Farlowe que s’il avait eu la tête de Boy George, il lui aurait proposé un deal. Alors le titan lui a répondu que s’il avait la tête de Boy George, il aurait sauté du toit de l’Empire State Building. Le titan nourrit depuis longtemps une terrible aversion pour les foies blancs du music biz.
Signé : Cazengler, Chris Charlowe
Chris Farlowe & The Thunderbirds. Featuring Albert Lee. Charly Records 1977
Chris Farlowe & The Thunderbirds. Dig The Buzz. First Recordings 62-65. RPM 2001
Chris Farlowe. 14 Things To Think About. Immediate 1966
Chris Farlowe. The Art Of Chris Farlowe. Immediate 1966
Chris Farlowe. Out Of Time. The Immediate Anthology. Castle Music Ltd 1999
Colosseum. Daughter Of Time. Vertigo 1970
Colosseum. Live. Bronze Records 1971
Atomic Rooster. Made In England. Elektra Records 1972
Atomic Rooster. Nice N’Greasy. Brain Records 1973
Atomic Rooster. Live At The BBC & Other Transmissions. Repertoire Records 2018
Chris Farlowe. Waiting In The Wings. Line Records 1992
Chris Farlowe. Lonesome Road. Indigo Recordings Ltd. 1995
Chris Farlowe. The Voice. Cloud Nine Records 1998
Peter Brummund. The Voice: Chris Farlowe. Isensee Verlag Oldenburg 2025
Mike Figgis. Red White And Blues. The Blues, A Musical Journey Vol 5. DVD 2004
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La teuf-teuf suit le bœuf, doit sacrément galoper rapide le bovin car elle vole un œuf, excusez-moi elle vole à toute vitesse. Elle a raison, ce n’est pas exactement un bœuf que l’on va voir mais un concert en bonne et due forme. On arrive fissa au bout de la ficelle de notre route. Normal c’est la teuf, pas de keuf mais des meufs.
NO HIT MAKERS
Le 3 B
(Troyes / 17 – 10 / 2026)

Certains noms de groupes claquent comme des drapeaux, No Hit Makers, ce n’est pas de la modestie, c’est l’affirmation de n’en faire qu’à sa tête, de revendiquer sa liberté d’être un groupe de broncos indomptés qui ne tiennent qu’à parcourir les prairies en flammes d’un rockabilly sauvage et sans concession. J’ai toujours détesté le nom de Million Dollar Quartet dont on a affublé la fameuse réunion inopinée autour d’un piano dans les studios Sun. Qualifier les individus, fussent-ils des sommités du rock’n’roll selon une valeur argentifère m’a toujours paru extrêmement réducteur.
Sont là tous les quatre. Faudrait presque dire tous les trois, car devant Eric et Ludo bouchent quelque peu le paysage et Frank derrière sa batterie est presque invisible, heureusement il sait se faire entendre. N’est pas du genre à caresser doucement dans le sens du poil la peau de ses tambours, leur tape dessus sans pitié, genre ni prisonnier, ni survivant.

Au bout de trente secondes Vincent ira se réfugier derrière son ampli. Ce n’est pas de la timidité. Avec ses gretsch, la noire d’abord, la rouge ensuite, il a l’air de mener le groupe consentant à la baguette. Pas le genre de gars à accorder quinze secondes de répit à ses acolytes, l’a à chaque fois les doigts qui brûlent sur ses cordes, une, deux notes, ultra-rarement trois, et le combo démarre en mode sulfateuse.
Les baguettes, les vraies, pas la métaphorique, c’est Frank sur un coup d’œil de Vincent qui les frappe l’une contre l’autre, à la manière de la trompette de l’Apocalypse, mais ici elles n’annoncent pas la fin du monde mais à chaque morceau le torride renouveau terrifiant du rock ’n’roll. Un échange de regard entre Vincent et Frank et notre batteur émérite nous rejoue illico le choc du Titanic contre son iceberg et dans un fracas de roulements démiurgiques il vous entraîne jusqu’au fond de l’océan. Nous avons visionné le début fulgurant et la terminaison agonique de la quarantaine - et plus car il y a eu forte affinité avec le public – de titres très véners que les Makers nous assénèrent en trois séances plénières. Il est temps de nous adonner à une vision d’ensemble.
Devant, côte à côte Eric et Ludo. La guitare de Vincent envoie le son. Vous voici englobé dans un espace phonique d’une présence hégémoniale. Vous avez l’impression d’assister au mariage époustouflant de la puissance et de la beauté. De quoi devenir fou. De la musique psycho-psychique pourrait-on dire, car vous êtes invité à l’union du rockab le plus pur, le plus dur, à l’intensité sonore ensorcelante du psykö. L’alliance de la verticalité du Baobab avec l’horizontalité des lianes du Gingko (Biloba).

Donc Ludo, droit serré, collé contre sa up-right bass, une lutte de titans, l’homme défiant la matière inerte. Les doigts crochetant les cordes comme s’il essayait d’arracher les entrailles d’un monstre froid. Un combat. Peu spectaculaire. Mais si prenant, émouvant. Une lutte incessante, toujours recommencée, une espèce de complicité entre l’individu et l’instrument, entre le sorcier et la matière organique, l’un insiste, l’autre résiste, l’un incite et l’autre s’excite, de ce corps à corps monolithique le son monte et résonne, il ne se déploie pas dans l’espace, mais possède la dureté de la pierre et l’allant propulsif de la fronde. Un ricochet qui cogne le monde, si obstinément, que l’on se demande si Ludo ne scande pas les secondes qui nous séparent de l’anéantissement ou celles qui nous rapprochent de l’épanouissement. Ludo impulse le pouls de la vie. Qui ne meurt jamais. Qui renaît à chaque instant de ses cendres.
Eric et sa belle rythmique noire, luisante, attirante, dans les robes Gretsch jamais de gris terne, encore moins de grisâtre. Toutefois chez Eric c’est la voix qui supplante l’instrument. Il ne la force pas, il ne lui fait pas subir moultes stridences, il ne rugit pas, il ne hulule point pour la rendre plus chouette. Il la pose et c’est tout. Un jouet magique. Un organe qui vit sa vie tout seul, se débrouille sans que l’on n’ait besoin de lui apporter une aide quelconque, même pas Eric. Le chant épouse l’air de chaque morceau, à croire qu’ils ont tous été écrits spécialement pour sa tessiture. Une voix universelle comme chez ces clefs à molettes qui s’adaptent sans problème à tous les écrous. Dans un demi-siècle tout le monde sera capable d’en faire autant. Avec l’aide de l’Intelligence Artificielle. Rien de moins trafiquée que l'embrasure vocale d’Eric. L’est des gens qui naissent naturellement doués ou alors peut-être possèdent-ils la rare faculté de reconnaître ce pour quoi la nature les ont mis au monde. Peut-être le monde est-il fait pour aboutir au rock’n’roll !
Revenons aux guitares de Vincent, la noire hégémonique, envoûtante, comme venue d’une étoile noire plus sombre que la nuit, la rouge qui semble-t-il nous laisse davantage respirer, se colle moins à nous, car le feu a besoin de davantage d’oxygène pour mieux brûler. Quel artiste. Des fingers de fer. Une précision absolue, il déclenche à volonté des déferlantes sonores zénithales, les riffs ne répètent pas ils courent vers l’apothéose, il initie les brisures et oblitère de subtils changements de caps, il module mais ne modère jamais, l’est comme ces drivers de diligences westerniennes à huit chevaux, huit doigts, un pour chaque bête, un autre pour l’ensemble de l’attelage, enfin en toute ultimité un dixième pour échapper aux poursuites des comanches.
Quant à Frank, il frappe mais n’assourdit pas, il ne suit pas plus qu’il ne le précède le rythme, il le crée mais d’une façon si absolue qu’il fait office de charpente translucide sans laquelle l’avion ne parviendrait pas à prendre son envol. Capitaine Fracasse en chef.

En tout quatre chefs à trancher, si vous désirez les surpasser. Un concert splendide. Le premier davantage psychö, le deuxième un peu plus nuancé rockabilly sans rien perdre de l’intensité du précédent, the last but not the least intrinsèquement azimut No Hit Markers. Ils ne fabriquent pas de hits qu’ils disent, mais jouent tous les morceaux, les leurs et ceux des autres comme s’ils étaient des hits. Pour les titres je ne citerai que Watcha Gona Do et All I Can Do Is Cry, parce que voici quelque temps j’avais envie de les entendre jouer d’une manière ébouriffante, et mes vœux ont été comblés à satiété. Pour leurs propres compos, nous verront cela dans notre livraison 752, puisque j’ai ramené leur album.
Bref une soirée à marquer de trois pierres alchimiques, la noire, la blanche, et la rouge. Un merci spécial à Béatrice la patronne de ce lieu de perdition rock pour cette soirée exceptionnelle. Elle travaille sur la suite de la programmation qui s’annonce prometteuse…
Damie Chad.
( Les photos ont été prélevées sur des vidéos de Rocka Billy)
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Ce n’est pas pour l’originalité de son appellation que j’ai décidé d’écouter ce groupe. Une vingtaine de formations de par le monde doivent fièrement se parer de cette estampille des plus convenues. En moins de trente secondes j’en ai découvert une quinzaine. Passe encore pour des adolescents au lycée, mais ici tous les membres du combo, proviennent d’autres groupes. Pas des perdreaux de l’année. Z’ont sauté à pieds joints dans la facilité. Quant à la lecture du titre de l’album, j’ai fortement renâclé tel un cheval qui se cabre à la vue d’un serpent, j’ai toujours eu une sainte horreur de ces individus qui se prennent pour l’envoyé d’un Dieu. Point d’affinité ni d’atomes crochus, ma décision irrévocable était prise, illico presto j’allons voir un autre disque.
Oui, mais la couve m’a figé de stupeur. Un nom s’est inscrit en lettres de feu en mon esprit, Barbey d’Aurevilly, non la pochette ne représente pas un portrait du Connétable des Lettres, auteur maudit du dix-neuvième siècle, la vision d’une scène d’un de ses romans m’est revenue, Un Prêtre Marié, Sombreval, le prêtre en question, qui fait semblant de faire pénitence, il s’administre une fervente discipline flagellatoire pour faire croire aux autorités ecclésiales qu’il tient à retourner à l’Eglise, alors qu’il n’est qu’un simulateur, un athée… Evidemment la couve ne fait aucune allusion à cette scène, mais le portrait de cet homme nu, recouvert de rets qui n’en marche pas moins en avant, court-il à sa perte ou à sa délivrance, son poing fermé, sa tête de taureau baissée, donne l’impression d’une force surhumaine, d’une volition chevillée au corps, que personne ne saurait arrêter.

Pour la petite histoire, après vérification ce tableau est de Sascha Schneider (1870-1927) et s’intitule : Le Christ dans sa souffrance. Les tableaux de notre peintre sont à regarder : il exalte la force virile et mythique de l’Homme… N’oubliez pas que le Christ est un homme. Nietzsche n’a-t-il pas intitulé un de ses livres : Ecce Homo…
LAST MESSIAH
CAVERNOUS CRYPT
(Bandcamp / Octobre 2026)
Le groupe provient de Krasnodar une ville russe de plus d’un million d’habitants située près du bord de la Mer Noire, pas très loin de Sébastopol.
Le nom de ses membres n’est pas connu mais ils proviennent de différentes formations : Hexadrone, Kalendar, Tafna.
Опустошитель : (Dévastateur) : ce n’est pas de la musique, juste une force qui va, l’impression que la machine avance, qu’elle se dirige vers vous, que vous ne l’arrêterez jamais parce que rien ne saurait s’opposer à elle, les guitares mugissent comme le taureau affamé dans son labyrinthe, les pistons de la batterie vous harcèlent, elle frappe sans arrêt, elle ne vous laisse aucun répit, quand le hurlement du vocal s’arrête vous avez envie qu’il reprenne, car il vous laisse seul, désemparé, devant l’irrévocable, lorsque le silence survient vous réalisez que c’est un acte d’accusation qui vous était adressé spécialement à vous et à toute l’Humanité, vous n’êtes qu’un chaînon de cette engeance maudite qui a créé les Dieux et souillé la terre. Nos esprits tombent en poussière, pour un peu tu te prendrais pour le Christ, mais tu n’es qu’un vandale. Уроборос Трагедий : (Ouroboros des tragédies) : la terreur sonore, portée comme des bombes sous les ailes des bombardiers que sont les guitares, la batterie ricoche comme des bombes à fragmentation qui sautent en tous sens, de génération en génération tu n’as qu’à répéter tes abominations, tu t’es cru le fils des Dieux que tu avais inventés, tu es le déconstructeur par excellence, pourquoi le bruit se métamorphose-t-il en coups de bélier incessants, tu as détruit la nature et l’univers entier se précipite dans le néant. Tu as assassiné jusqu’à la palpitation de l’Être. Ложная Слепота : (Aveuglements des origines) : voici venir la grande explication, la musique renverse les murailles, tu as créé les Dieux et les Dieux ont créé la mort, dans le Mahabaratha le Dieu Ajurna, l’archer impitoyable, s’interroge sur les méfaits de la violence, elle est nécessaire, c’est elle qui nécessite les Dieux et les hommes, pourquoi l’ambiance phonique s’obscurcit-elle ainsi, quelle est cette de guitare qui rend la nuit encore plus noire. L’espèce humaine n’engendre-telle pas des enfants tout en sachant qu’ils sont voués à la mort. Экзистенциальный Ужас : (Angoisse existentielle) : l’homme est-il autant coupable qu’il le croit, la batterie ne cogne pas en forcené, elle ménage des pans de grandeur pour que vous preniez mieux conscience de la nature des choses, le monde est régi par le principe de la destruction, même la lumière est un leurre, elle n’est qu’un piège rampant, l’éclat de la peau du serpent, elle trompe les hommes, ils la confondent avec les Dieux qu’ils créent de toute pièce, c’est leur manière à eux de se prémunir de l’anéantissement, en vain, tumulte indénombrable, la fin accourt, la fin du monde, la fin des hommes, la fin du morceau.

Enfin pas tout à fait la fin puisque sur Bandcamp vous avez un texte d’une vingtaine de lignes qui s’avère être le résumé de la pensée du philosophe norvégien : Peter Wessel Zapffe (1899 – 1990). Vous trouvez chez Allia traduit en français, paru en 2023, son texte : Le dernier Messie dans lequel il expose ses vues quant à la nécessité de La perpétuation de l’Espèce Humaine pour la survie de la terre. J’ai le regret de vous annoncer qu’il nous juge comme une espèce destructrice, nuisible et inutile.
Ce n’est même pas de l’écologie exaltée, la pensée pessimiste de Zapffe s’inscrit plutôt dans une vision philosophique qui d’après moi est historialement davantage entée sur une critique radicale de l’existentialisme notamment français et sartrien. Norre propension à trop nous pencher sur nous-mêmes est selon lui le mécanisme qui provoque nos angoisses. Le dernier Messie sera celui qui nous ordonnera de ne plus nous reproduire et de disparaître de la surface de la terre.
Métal éminemment philosophique et métaphysique des plus intéressants.
Cette sombre méditation est-elle une pétition de principe totalement assumée ou liée à l’actuel état de guerre de la Russie…
Un bel et fort album à méditer.
Damie Chad.
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FOR FANS ONLY !
Je dois cette kronic informative à un post sur le FB d’Eric Calassou, alias Bill Crane, nous avons déjà consacré sur Kr’tnt ! nombre de pages sur ses concerts et enregistrements rock, mais aussi sur ses photographies, ses lectures de poèmes, ses talents de compositeur, un homme à multiples facettes miroitantes dans lesquelles vous pouvez tout aussi bien vous reconnaître ou vous perdre.
Bill Crane a notamment repris Completely Sweet, C’mon Everybody, Strollin’ Guitar, du regretté Eddie Cochran. Je corrige, de l’immortel Eddie Cochran. Aujourd’hui Eddie approcherait ses quatre-vingt-dix ans… Son souvenir survit parmi les fans de rock. Notamment en Angleterre, pays dans lequel il perdit la vie en 1961.
Killertones Records, New & Exciting Record Label Bringing you a Whole New Wave of Rockabilly & Rock 'n' Roll, est né voici cinq ans dans le Kent. A l’origine une boutique de disques tenue par des amateurs. Un label est né proposant rééditions et nouveautés : Sonny West, The Voodoovendors, The Congo Faith Healers, Matchbox, The Delta Bombers. En sus vente de livres consacrées aux pionniers du rock. Enfin le Kent 50’s Festival, concerts, voitures anciennes et organisation d’une exposition.

Abordons le véritable sujet de ce papier : en effet Killertone Records gère et soutient activement l’exposition itinérante et gratuite The Eddie Cochran Lost Locker Collection, financée par Sony West et hébergée par Graeme Corner. Cette exposition présente des artefacts historiques, des souvenirs rares et des photographies exclusives de la légende du rock’n’roll Eddie Cochran.

Je vous retranscris in extenso deux flyers en relation avec The Lost Locker Collection, puisque les bénéfices réalisés par le pack suivant serviront à la poursuite de cette exposition.
1
PACK ORIGINAL ET TRÈS RARE
DU FAN-CLUB D’EDDIE COCHRAN
CREE VERS 1959,
ISSU DIRECTEMENT
DES ARCHIVES ORIGINALES D’EDDIE.
Nous avons le privilège d’offrir aux fans l’occasion unique de posséder un véritable morceau de l’histoire d’Eddie Cochran, bouclant ainsi un parcours entamé il y a près de 70 ans.

Cliquez ici pour accéder au pack fan-club de la collection « Lost Locker » d’Eddie Cochran – Killertone Records Ces packs originaux du fan-club étaient destinés aux fans d’Eddie en 1959 et sont restés remarquablement préservés depuis lors. Ils proviennent du carton d’origine de l’imprimerie de Bell Gardens (Californie), accompagnés du système de classement original de Gloria et Eddie contenant les coordonnées des membres du fan-club datant d’environ 1959.
Eddie et sa sœur Gloria géraient eux-mêmes le fan-club depuis la chambre d’Eddie, dans la maison familiale de Bell Gardens. Outre ces archives remarquables, la collection comprend plus de 200 lettres de fans originales, magnifiquement conservées par Alice, la mère d’Eddie.
Le pack proposé contient : une enveloppe originale imprimée au nom d’Eddie / Un badge métallique original à l’effigie d’Eddie / Une carte de membre originale du fan-club / Une photographie originale d’Eddie (tirage gélatino-argentique) / Le certificat d’authenticité officiel de la collection « Lost Locker »
Chaque pièce a été conservée dans un état neuf, telle qu’elle était à l’origine dans la maison d’Eddie. Chacune porte en elle une histoire extraordinaire et un lien direct avec Eddie, Gloria et les fans qui ont contribué à pérenniser son héritage. Les fans ont désormais l’opportunité incroyable de posséder un fragment de cette aventure originale : une pièce véritablement unique et rare de l’histoire du rock’n’roll. Initialement destinés aux fans, ces objets peuvent aujourd’hui leur appartenir, contribuant ainsi à perpétuer son héritage.
Chaque centime récolté sert à préserver et promouvoir l’héritage d’Eddie Cochran, en soutenant l’exposition « Lost Locker Collection », qui entame aujourd’hui sa cinquième année. Gérée entièrement par des bénévoles et gratuite pour le public, cette exposition perpétue l’histoire d’Eddie pour les générations futures. Possédez un morceau d’histoire. Faites vivre l’héritage d’Eddie. Joyeux anniversaire, Eddie !
2
Une sortie très spéciale pour l'anniversaire d'Eddie ! Nous ne mettons en vente qu'un nombre très restreint de ces articles ! Il s'agit de véritables « packs fans » d'Eddie Cochran, issus d'un stock d'époque (jamais vendus auparavant) et provenant directement de la maison de l'artiste. Chaque pack comprend une carte de membre, une enveloppe imprimée à l'effigie d'Eddie, une photographie argentique, un badge du fan-club d'Eddie, ainsi qu'un certificat d'authenticité de la collection « Lost Locker ». Ces objets sont dans un état neuf d'origine (datant de 1958-1959) et n'ont jamais appartenu à un tiers ; Eddie et sa sœur Gloria géraient eux-mêmes le fan-club depuis leur domicile. Il s'agit d'un stock d'époque resté intact que nous proposons à nouveau aux fans. C'est une pièce de collection tout à fait exceptionnelle, provenant directement de la maison d'Eddie à Bell Gardens (Californie) ; la quantité est très limitée, cette vente servant à financer l'exposition organisée pour l'anniversaire d'Eddie.
Attention : 210,95 Euros.
For Fans Only !
Damie Chad.
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Flash Info : Cauchemar, trois loups altérés de sang se sont introduits dans un wagon du métro pour s’attaquer à de paisibles voyageurs.
LOOK UP !
SPUNYBOYS

Ce n’est pas la télé qui le dit, c’est la couve du nouveau single des Spunyboys. N’accusons pas, sans apporter de preuves tangibles et redondantes, nos Garçons Tourbillonnants, ils ont un complice un certain Jérôme Pibolo, ce nom vous dit quelque chose, nous confirmons, il a déjà été mêlé avec notre redoutable trio dans une sombre affaire d’alcool trafiqué un soir de pleine lune. Examinons sans attendre notre première pièce à conviction.
Inspectons de près les trois présupposés et futurs coupables, trois loups, avec leur veste rouge trempées du sang de leur futures victimes, vous pensez qu’ils ont de grandes dents, celles qui leur ont permis de déchirer les chairs du petit Chaperon Rouge, non c’est une fausse piste, examinez soigneusement leurs dentitions, pas besoin d’être un savant en biologie animale pour comprendre qu’elles n’appartiennent pas à de vulgatis canis lupus lupus, aucune erreur possible ce sont des mâchoires de crocodiles, soyons précis car comme l’affirmait Paul Valéry, ce qui est précis est précieux. Nous sommes en présence de terribles mandibules d’alligators, ces prédateurs affamés qui hantent les eaux troubles des bayous de La Nouvelle Orléans. Or qui dit alligator, dit rockabilly. Et qui dit rockabilly, dit Spunyboys !
Passons aux cadavres. Mais les victimes ne sont pas mortes s’écrieront les lecteurs qui du haut de leur naïveté croient en ce qu’ils voient. Esprits simples, ce n’est pas parce qu’un macchabée bouge qu’il n’est point mortibus rasibus. Ce sont les vers pas très reluisants qui grouillent dans le cervelas de leur cerveau qui leur donnent cette impression de mouvement. Concentrez-vous plutôt sur le petit cercueil portatif qu’ils emportent toujours avec eux. Il n’est pas grand, je vous l’accorde mais comme ils sont morts depuis longtemps, leur corps n’est plus qu’une coquille vide friable, une fois émiettée elle contiendra aisément dans cet espace extrêmement modeste.
Maintenant nous pouvons évaluer en toute sérénité la situation : nos trois coupables présumés sont totalement innocents, puisque les victimes sont mortes depuis longtemps. Certaines froidement assassinées par leur mère, qui cyniquement dès que leur chieur ou pisseuse commence à criailler dans son berceau… oui leur marâtre indigne leur tend son cercueil personnel pour qu’ils se dépêchent de crever au plus vite.
Nous voici rassurés, nous pouvons dès maintenant écouter en toute innocence et en toute bonne conscience le dernier single des Spunyboys, enregistré en Belgique, le pays qui vous file la frite, aux Daft Music Studios.
Rémi : vocal, contrebasse. Eddie : guitar. Guillaume : drums.

Pour une fois ils ne nous offrent pas une vieille bouteille de whisky de dix ans d’âge avec le crotale encore vivant qui de colère crache son venin. Rassurez-vous c’est pire, les boys ont gardé le crotale ulcéré, mais ils l’ont replongé dans l’élixir de longue vie. Une réussite. On se croirait transporté dans les années cinquante. Attention pas dans le bon vieux temps, dans le présent maléfique qui pique et vous requinque le clafoutis de vos neurones en trois minutes. Tout est parfait dans cette exhortation à vivre : la guitare d’Eddie distribue ses notes comme des coups de cran d’arrêt dans votre arrière-train, la basse-contre-vous de Rémi vous pousse pas du tout en douce sous les tressautements infernaux de la batterie de Guillaume qui elle passe après le carnage pour ramasser les morceaux et les jeter dans le camion poubelle. Non je n’ai pas oublié ce vocal de crotale ondulatoire et visqueux qui se colle à votre âme et se hâte de vous refiler l’extrême-onction. Pêchon de patachon !
Comme quoi les alligators n’ont jamais tort.
Ravageur !
Damie Chad.
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Parfois vous avez des réalisations qui ne vous attirent guère, trop de ceci, pas assez de cela. Pas de quoi griffonner une kronic. Par contre vous percevez l’idée, confusément vous ressentez l’ampleur du projet. Pas convaincu par la chose, mais séduit par sa conception. Les alchimistes ne cessent de le répéter, parfois le plomb se change en or. D’ailleurs, quel hasard Balthazar, le groupe s’appelle UFOMAMMUT. Des italiens, formés en 1999, encore en action, ils ont commis une quinzaine d’albums. Dont deux qui nous intéressent particulièrement. Attention nous les présentons successivement mais ils sont aussi indissociables que les deux faces d’une pièce de monnaie. En or, évidemment.
Toutefois le mot valise ufo-mammut relie nos lointains ancêtres du néolithique chasseurs émérites de mammouths aux mystérieux extraterrestres qui de temps en temps viendraient voir ce que nous faisons et qui ne sont peut-être que nos futurs ancêtres qui effectueraient des études sur leurs origines…
ORO : OPUS PRIMUM
UFOMAMMUT
(Neurot Recordings / 2012)
Le groupe a sorti plusieurs disques sur Neurot, une étymologie quasi-fantaisiste permet de le traduire en ‘’conscience pourrie’’, ce qui n’est pas loin de névrose…
Urlo : bass, synth, vocal / Poia : guitars, synth, vocal / Vita : drums, vocal / Lorenzo : vocal.
Donc une œuvre en deux. Notez bien que je n’ai pas dit en deux parties. Car deux parties n’en forment qu’une. Pour parler comme Parménide : n’en forment qu’Un. Car si le Un existe, l’Autre n’existe pas, puisque l’Un ne serait plus unique. Platon résout le problème en affirmant que l’Autre n’existe pas. Mais le non-être ne serait-il pas l’altérité de l’Etre, ce qui quelque part lui octroie une certaine êtralité… Quoi qu’il en soit Ufomammut part du principe que le monde s’inscrit dans sa propre binarité. Ne serait-ce que parce qu’il y a Moi et le Monde.
Nous ne nous attarderons pas pour le moment sur la couve. Ce n’est pas qu’elle serait de piètre importance. Bien au contraire. Les membres d’Ufomammut ont fondé dès 1999 le Malleus Rock Art Lab. Malleus signifie Marteau ce qui met l’accent sur la production de son, toutefois il s’agit d’un collectif graphique au sens large du mot, destiné à produire des posters psychédéliques rock, des pochettes de disques, et des films animés. Malleus a travaillé avec des dizaines de groupes, je n’en citerai que trois significatifs : Mastodon, Magma, The Cure. L’idée de base, déclinée sous de multiples formes repose sur la silhouette mythique de la Grande Déesse Primordiale… Pour ceux qui trouveraient ce parti-pris un tantinet farfelu nous conseillons comme première approche la lecture de Les mythes celtes : La Déesse Blanche de Robert Graves.

Empireum : notre introduction fleure bon la philosophie grecque, ce sont des italiens, ils se réfèrent donc à la notion d’Imperium Romanum. Mais l’empire dont ils parlent n’est pas celui du monde mais du Moi. En tout cas nous voici projeté bien au-delà de notre minuscule planète bien-aimée. Nous nous déplaçons vraiment en fusée interplanétaire, les synthés s’en donnent à cœur joie, ils ne dépassent pas le misérable mur du son puisque ils produisent de la musique qui n’est que du son, mais ils vous donnent l’impression de voler dans les étoiles à des milliards d’années-lumière, contrairement à ce que l’on pourrait craindre, l’on s’y habitue très vite, alors que l’on a démarré en trombe le rythme s’alentit, et l’on entend battre le cœur de la batterie à moins que ce ne soit le cœur du Voyageur. L’opus en son intégralité est accompagné d’une vidéo psychédélique. Moins colorée que les projections du Pink Floyd mais à mettre en relation avec la wagnérienne notion d’Art Total. Pour ce premier morceau, l’informalité des images dans lesquelles apparaissent pieds et jambes humains ne nous convainc guère…sur la fin du morceau davantage tumultueux je ne sais si ce que j’aperçois est ma propre perception ou ce que le groupe a voulu évoquer. Sur la couverture du disque vous remarquerez la discrète représentation de la déesse blanche, plutôt mordorée… La première fois que je l’ai regardée j’ai intuitivement pensé à Aleister Crowley, ce que confirme les paroles qui ne sont que la reprise du commandement davantage initial qu’initiatique de Magick : Fay ce que voudras. Quitte à mettre le feu à tous les déchets inutiles qui encombrent ton cerveau. Preuve que nous devant prendre le contrôle de l’Empire de notre Moi.

Aureum : (= Or) : le mort or ne nous surprend pas la démarche de Crowley n’est-elle Pas une expérimentation d’ordre alchimique par excellence. Sur l’écran les doigts d’une main s’agitent, les phalanges esquisseraient-elles des signes cabalistiques, le décor change du tout au tout, nous sommes au centre du creuset, il pleut des boules rouges symboliques, sur un tapis de cendres granuleux gît comme un minerai d’or hérissé semblable à une pyrite, encore faut-il la clarifier et la soumettre à diverse opérations alchimiques, symbolisées par le jeu des couleurs, notamment cette image où sont représentées les étapes de l’œuvre au noir, puis celle au jaune et enfin celle au rouge, la matière se métamorphose, instants critiques, la musique s’assombrit d’autant plus que l’image étincelle, liquéfaction, évaporation, combats de titans, prédominance du rouge, en incrustation la main du faber, de l’opérateur, main noire, c’est bien nous la matière noire, parcelles d’or flottantes, naissance de l’homonculus, aurait-il des ailes de marbre blanc, et dans sa tête y a-t-il des mammouths, ne seraient-ce pas plutôt des objets volants inidentifiés, l’Homme serait-en train de supplanter le Monde, le Moi devient-il le Roi, une silhouette sombre qui envahit le champ des étoiles, va-t-il avaler le soleil, le brûlera-t-il, qui se transformera en or, l’astre ou le sang de l’Homme, le combat semble interminablement indécis, le noir, le rouge et le blanc s’affrontent, membres épars, membra disjecta, l’ombre blanche du squelette, formes de femme, dans l’entrelacement ossique semble se cacher une ouverture, une ogive, l’œuf d’une nouvelle germination, la chair s’est-elle faite or, pour que l’os se fasse chair, jeu incessant des métamorphoses, a-t-on triomphé du temps, est-ce pour cela qu’André Breton a écrit sur sa tombe : je cherche l’or du temps. Infearnatural : il suffit de

franchir la porte. De nous-mêmes. Nous voici. Nous marchons peut-être en nous-mêmes, peut-être en une projection de nous-même dans le soleil de l’Être ou du Non-Être, est-ce pour cela que nous paraissons si vivant sur notre chemin, le monde s’est fragmenté et des fantômes de nous se démultiplient, le noir s’est-il métamorphosé en blanc, est-ce pour cela que des backing vocals essaient d’imiter des chants séraphiques, le monde s’embrase, serions-nous la déesse blanche, devant moi s’ouvre le péristyle d’un temple, les blocs de pierre taillée deviennent incandescents et reviennent à l’état naturel de rochers, après la maison des Dieux, la maison des hommes s’enflamme aussi, se dessine une route, une montagne, des ombres s’échappent de mon corps, ma forme blanche fait demi-tour, a-t-elle peur d’avancer, l’œil du soleil me regarde, est-il dans sa tombe, ou dans la mienne, peut-être ne suis plus moi-même, ma main me fait signe, je la tends jusqu’à rencontrer les branches dénudées d’un arbre, elles ressemblent à mes propres ossements, est-ce la preuve, le signe que je viens de traverser ma propre peur. Magickon : arbre, natura naturans,

Magick de Crowley est un livre de magie cérémoniale nous enjoignant à suivre le seul commandement de la loi de Thélème, être ce que l’on veut être comme l’arbre déploie ses branches dans l’espace, une fraction de seconde le tronc se transforme en homme, maintenant des feuilles poussent sur l’arbre, il neige des points rouges sur les arbres blanc, la déesse blanche étend ses bras comme l’arbre déploie ses branches, embrasse-t-elle la silhouette noire dont elle guide les bras, l’acte magicke n’est-il pas par excellence, un acte sexuel ritualisé, l’on devine une forme noire dessinée par le croisement des branches d’une allée d’arbres blancs, une présence tutélaire masquée par la brume, efflorescence, la grande déesse étend ses bras, des oiseaux sombres s’envolent, vols de corbeaux lâchés dans le ciel, essaim symbolique de corps beaux disparus sur l’écran blanc des neiges éternellement intérieures, l’arbre est une route, un signe talismanique, une lettre à valeur de sceau, un être caricatural vous regarde depuis les branches, survient alors non pas la lumière mais les couleurs qui se fondent en un visage, il ressemble à toutes les images déjà vues, ce ne peut-être un Dieu puisque nous ne reconnaissons que nous-même, du jaune et du rouge, nous nous dirigeons vers l’apothéose, nous voici avec notre masque de béatitude et d’incandescence, des mains s’étendent vers des seins verdoyant, elles accueillent le chemin de terre. Serions-nous l’idole de nous-mêmes qui rentre dans le temple des Dieux, pleinement nous, baigné de notre propre lumière, nous nous envolons vers l’espace blanc, comme une caméra qui ne filme plus rien, la batterie joue, elle tape comme si elle ne savait pas quoi faire. Séquence onirique de moi-même. Mindomine : les images ne se renouvellent guère,

elles se suivent et se ressemblent, elles n’ont plus trop d’importance puisque maintenant je suis parvenu au terme de moi-même, je suis le maître de mon esprit et mon esprit domine le monde. Masque de clown ou masque de la mort rouge. Je suis le grand cornu des bois. Ma tête est une corne d’abondance qui se déverse en mon esprit. Autosuffisance du Moi. Toutefois un décalage entre l’image et ce qu’elle représente, le même que je ressens entre Moi et Moi-même. Je possède les mots magiques du commandement. Mais celui qui commande se fonde sur l’obéissance. Je suis l’Un mais je ne suis que l’Autre face de Moi-même. La répétition des images n’est que l’image de mon insatisfaction. Le monde s’obscurcit, il devient bleu, il se mue en rouge, en jaune, en blanc, mon esprit ne se stabilise jamais, la réalité changeante du monde est le signe qu’il ne m’obéit pas puisque je ne fais que suivre les étapes que j’ai déjà traversées. Preuve qu’en moi-même je ne me domine pas en moi. Le propre de la puissance. Effulgence de couleur. L’œil symétrique n’est pas dans ma tombe mais en moi. Est-ce que ma tombe serait en moi. Le rythme des images et de la batterie s’accélère, affolement incoercible. Dans le ciel les étoiles ne sont jamais fixes. Moi-même ne suis-je pas ma propre étoile.
ORO : OPUS ALTER
UFOMAMMUT
(Super Natural Cat / 2012)
Beaucoup de leurs disques sont sortis sur Super Natural Cat, ce chat super naturel doit être le cousin du super conceptuel chat de Schrödinger qui est à la fois, premièrement et autrement, vivant et mort.

Etrangement cette deuxième couve est beaucoup plus crowleyenne que la précédente. Au plumage de l’aigle impérieux du premier artwork s’est substitués toute un fatras de symboles magicke que je ne commenterai pas. Je ferai simplement remarquer que Crow/Ley signifie en langue des oiseaux : la loi du corbeau.
Urlo : bass, synth, vocal / Poia : guitars, synth, vocal / Vita : drums, vocal.

Oroborus : pourquoi le serpent ? Parce qu’il vient de faire un tour sur lui-même et que maintenant il aborde un autre tour, l’autre tour, autant dire qu’il revient sur lui-même, qu’il se retrouve à son point de départ, mais maintenant l’Imperium porte un autre nom : orobouros, autant dire que l’Empireum est maintenant totalité, dans Oro 1, il se manifestait dans sa présence, mais ce coup-ci il est considéré en sa totalité temporelle : passé-présent-futur. Il était présence invariable, il est devenu additionnalité changeante. Est-ce pour cela que les images sont plus nettes et les couleurs plus vives, que l’on distingue la dureté des pierres et l’efflorescence botanique, que la cabane végétale ressemble à la petite maison dans la prairie, pourtant si l’on regarde bien l’on perçoit les mêmes structures ce qui nous pousse à déclarer que les différences sont essentiellement identiques, que nous parcourons le même chemin mais en une autre saison. Nous étions en hiver, nous voici au printemps ou en automne. Les arbres étaient blancs, les voici noirs. Est-ce que le tempo accélère, en tout cas les herbacées sont saisies de folie, elles s’agitent comme prise de parkinson, qui vaticine dans la tempête en levant les bras au ciel, serait-ce la déesse blanche, Perséphone qui vit sous la terre et sur la terre, sur le serpent et sous le serpent. Luxon : de l’or d’aureum nous passons à

la lumière, à ces particules qui ne peuvent survivre que si elles acquièrent la vitesse de la lumière : la musique gronde et les arbres pris dans la tempête agitent leurs bras noirs, chaos extrêmes dissonances phoniques, mains sanglantes, qui s’approche à pas lourds et insistants, procurateurs d’angoisse, grognements, un film vêtu de gris, deux ombres noires qui s’éloignent, telles des duellistes qui s’écartent l’un de l’autre dos tournés qui attendent le signal pour se retourner et tenter d’éliminer l’autre, qui est et qui n’est pas soi-même, ces ombres ne seraient-elles pas les deux mains noires perdues dans un ballet frénétique, deux chevaux noirs qui se trémoussent flanc contre flanc, maintenant les ombres sont blanches comme si elles étaient dans le domaine de Perséphone, les voici réunies en la déesse blanche, les mains noires essaient de s’en saisir, maintenant ce sont ses mains qui s’élèvent vers le ciel, dans la pointe dorée du triangle pointu aux mains dégoulinantes de sang, tornade rouge, une espèce de barbouillage colorique et colérique, sonnation condensatoire, les mains d’en haut sont comme celles d’en bas, jouent-elles une partition sur la table smaragdine au cœur du triangle des Bermudes, la nuit noire s’épanche en aube laiteuse, profils d’asphodèles matutinales, tournesols psychologiques édentés, une montagne noire baigne l’horizon. Cette lumière aurifique ne fut-elle pas horrifique, grâce à elle nous avons traversé notre nuit intérieure. Sulphurdew : à la peur infernale d’Oro 1, correspond la rosée du

soufre, précipitation alchimique que l’on nomme aussi rosée du kaos, des rais de lumière viennent percuter l’infranchissable matière noire de mon cerveau opaque, apparition de la déesse noire, personnification de ma propre confusion, combat de titans entre moi et moi-même, houle incessante entre ce que je suis et ce que je suis en train d’advenir, longue maturation de cet or que Cipango mûrit dans ses mines, weird scenes inside me, sur la crête que franchit l’ombre noire pousse la ligne d’asphodèles de démarcation, seule face à la paupière du soleil, un puits de lumière fore la montagne, séparation vaticinatoire, le fantôme noir blanchit, ouvre-t-il ses bras pour recevoir la lumière du soleil, ou est-ce de sa poitrine, de son regard limpide que la noirceur du monde se métamorphose en or illuminatif, don de l’aigle ou illuminations rimbaldiennes, l’œil kaotique de Caïn triomphe, cosmologique abraxas tentaculaire, annonce au monde, roulement battérial, deux mains, serres de l’aigle, se tendent pour se saisir de l’œil du soleil, l’œuf de l’œil cosmologique entre la paupière formée par deux doigts, triangle d’or conciliatif du Moi et du Moi-même, sur la crête maintenant je m’approprie le ballon d’or du soleil du monde, ellipse et croissant de lune bleue, le monde est un anneau d’or que je passe à mon doigt, celui de l’esprit créateur et ordonnateur, lune bleue sur chaos de neige, je modèle le monde à ma façon, j’impose ma marque sur le monde, mon sceau propage l’équilibre, moment d’équinoxe, le jour est égal à la nuit, selon ma seule volonté. Sublime : en relation avec Magickon,

l’atteinte d’un état supérieur, nuit blanche et déesse noire à moins que ce soit le contraire, l’inversion des valeurs n’est que la valeur des contraires, sous l’arcade le soleil de la nuit et la nuit du soleil, reflet inversé de miroir, œil papier froissé, houppelande de stries noircies, l’œil ne voit-il que le blanc spectrographique et le noir pentagrammique, œil limpide de l’univers, princesse d’obscurité, du plus profond de la nuit surgit l’incandescence de la connaissance, retour des anciens motifs, gouffre d’orange absconse, il est temps de se pencher sur cette lettre G qui de temps en temps apparaît et disparaît depuis Oro 1 comme si elle était en même temps en un lieu quantique, ici et ailleurs, serait-ce le signe d’une gnose supérieure qui transcende tous les antagonismes, la pâmoison du noir, du blanc, du rouge alchimiques en une couleur qui serait tombée du ciel, une pourpre générationnelle, une pluie d’or qui nous serait chue dessus comme la grâce ou plutôt la crasse d’un Dieu, rosée kaotique, soierie de grenade, herbe folle emmêlée, la nuit sera blanche et noire, pupille de l’œil bleu, n’est-ce pas elle qui teinte le monde de différentes couleurs, est-ce pour cela que la paupière se referme, chevelure noire vole au vent, est-ce pour cela que je suis la prêtresse, le culte et la déesse, sifflement insouciant de celui qui sait qu’il se met le doigt dans l’œil jusqu’au néant des formes passagères, œil vert de vipère, culte ophidien de l’intelligence qui rayonne sur le monde. Conquis. Deityrant : l’autre face de

Mindomine, les images ne trompe pas, retour dans les maisons des hommes et des Dieux, gratte-ciel – n’est-ce pas une terrible définition de celui qui s’immisce chez les Dieux et splendeurs animales de la nature, n’est-ce pas un filigrane anamorphosique de celui qui quitte sa nature naturante pour s’en emparer d’une autre supérieure, ronde échevelée de toutes les images, de toutes les métamorphoses, catastrophes et cataclysme, le soleil se lève sur l’Empire des hommes, nous sommes au bout du chemin, sur le chemin du retour vers l’Empire, prêtresse vestale qui rallume le feu sacré qui n’a jamais arrêté de brûler, invocation aux flammes souveraines, l’individu qui domine est maintenant parmi les Dieux, l’Oroborus n’est pas un serpent qui tourne en rond mais la spirale d’un reptile malfaisant. La déesse blanche s’élève vers le ciel. Elle porte une chaîne autour du cou, au bout de laquelle un pendentif mystérieux, un peu à la Vince Taylor, aussi noir et sombre que la musique du groupe, la caméra descend, l’on entrevoit un corps féminin nu, mais pas le sexe, peut-être parce que le pendentif circulaire de la puissance fait office de sexe.
L’opus se termine-t-il à la manière du Faust de Goethe sur l’Eternel Féminin. Une œuvre difficile à saisir. La musique m’a laissé indifférent. J’ai suivi avant tout l’autre sillon, non pas imagé mais imaginal, au sens d’Henri Corbin, cet intermonde entre ce que nous appelons la réalité de notre monde et celui, que je ne nommerai pas archétypal mais mythique.
Cette kronic est à lire surtout pas comme un vertige poétique mais comme un verbiage diarrhétique. Matière noire.
Une œuvre totale qui exige nombre de lectures et d’écoutes.
Fabuleuse tentative.
Damie Chad.