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  • CHRONIQUES DE POURPRE 751 : KR'TNT ! 751 : ROLLING STONES / GYASI /DANIEL MORENO / LITTLE BARRIE / SYLVIA MOY / ROCKABILLY GENERATION NEWS / Ø$⸸Я€Ï / SHEILA KAY ADAMS / VESUVE

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 751

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    15 / 10 / 2026

     

     

     

    ROLLING STONES  

    GYASI / DANIEL MORENO

    LITTLE BARRIE / SYLVIA MOY

    ROCKABILLY GENERATION NEWS    

    Ø$⸸Я€Ï / SHEILA KAY  ADAMS / VESUVE

        

     

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    The One-offs

    - Stunning Stones

     (Part Two)

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             On a tous la tête farcie de ce qu’on appelle les premières phrases, qu’il s’agisse de romans ou de chansons. L’exemple qui vient tout de suite à l’esprit est le fameux «Longtemps, je me suis couché de bonne heure», ou encore «La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide», lorsqu’on entre dans le délicieux Aurélien d’Aragon. Aragon toujours, avec le fascinant «On pense à tout à rien/ On écrit des vers de la prose» qui introduit Blues dans l’antichambre de ton imaginaire. Et t’as le Pont Mirabeau d’Apollinaire, sous lequel coule la Seine. Il en va de même pour les chansons, par exemple l’«Il est morne il est taciturne/ Il préside aux choses du temps/ Il porte un joli nom, Saturne/ Mais c’est un Dieu fort inquiétant», de Georges Brassens, et bien sûr, on a aussitôt après tous les Anglais et les Américains,

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    allez, au hasard, l’«All these sleepless nights I’m so tired of» que claque Gene Vincent à l’entrée de «Bird Doggin’», ou encore, dans le même genre, l’«I’m a tip-top daddy/ And I’m gonna have my way» de Charlie Feathers à l’entrée d’«One Hand Loose». Et puis t’as le «When the sun goes down and the moon comes up/ I turn into a teenage goo goo muck» des Cramps à l’entrée de «Goo Goo Muck», ou encore le «There must be some way out of here» de Bob Dylan à l’entrée d’«All Along The Watchtower». Tous ces vers - car il faut bien les appeler les vers - n’ont jamais quitté l’éponge qui te tient lieu de cervelle, et tu plus tu emmagasines, plus t’entends ta cervelle faire schploufff schploufff, ça baigne dans le jus, et plus tu pompes des infos, plus ça fait schlouffff, et si par malheur tu cherches un nom qui est là mais qui ne veut pas sortir, t’as le fucking smartphone pour te le ramener à la surface. Ah oui ! Et ce petit quatrain magnifique qu’on entend dans le milieu du «Rocking Bones» : «Well when I die don’t bury me at all/ Just nail my bones upon the wall/ Beneath these bones let these words be seen/ This is the bloody gears of a boppin’ machine.» Du Ronnie Dawson jadis repris par les Cramps. Et dans tout le fatras stocké dans l’éponge, t’as une autre merveille : «I was born in a crossfire hurricane/ And I howled at my ma in the driving rain» et là tu redescends d’un ton pour brailler de toutes tes forces : «But it’s all right now/ In fact/ It’s a gas.» Au moins, à cette époque, tu as appris que le gas des Rolling Stones n’avait rien à voir avec le gaz. On a la même chose aujourd’hui avec les mots like et fake : les gens savent leur signification. Alors ils likent et ils fakent à tire-larigot. C’est dire dans quel monde on vit.

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             À l’époque. Justement. 1968. T’avais «Jumping Jack Flash» à la radio. Et ça te foutait en transe chaque fois que tu l’entendais. T’as vite chopé le single pour l’écouter à gogo et te goinfrer de la pochette, l’image d’un groupe parfait, où les quatre Stones ont l’air de piliers de MJC autour du dandy Lucifer Jones, qui brandit son trident rouge et qui tient un verre de pif, et fuck, t’auscultes son visage, tu te rapproches à deux centimètres de lui pour mieux voir ses cernes, sa bouche, sa frange, il n’y a jamais rien eu de plus rock sur cette terre que Lucifer Jones, et quand tu retournes la pochette, il ne tourne pas complètement le dos comme les quatre autres, il tourne juste la tête. Mais comment ont fait ces quatre abrutis pour se débarrasser d’un mec comme lui ? C’est inconcevable. Quand on a la chance d’avoir un mec comme Brian Jones dans son groupe, ON LE GARDE. Même réflexion l’autre jour sur les Pistols : mais comment ont pu faire ces trois pauvres mecs pour tourner le dos à John Lydon ? Quand on a un mec comme John Lydon dans son groupe, ON LE GARDE. Ce sont des trucs de base.

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             En 1968, Brian Jones est encore l’icône des Rolling Stones. Bon d’accord, c’est pas lui qui compose, mais c’est lui les Stones, c’est lui qu’on voit sur les pochettes des cinq premiers albums. Rien que lui. Certainement pas cette crêpe de Jagger. Jamais de la vie. Chante et ferme ta gueule. Les fans ne voient que Brian Jones. Et puis t’as le clip de Jack Flash, avec Lucifer Jones en bug-eye shades à montures vertes, les joues dévorées par ses sideburns, le visage fardé, les lèvres peintes en or, et tu réalises soudain que Jagger et les autres n’existent que par Brian Jones. Avec ce clip, ils visent l’outrance, via les maquillages, mais le seul qui transcende l’image des Rolling Stones, c’est bien sûr Brian Jones. Les quatre autres sont ridicules, Charlie avec ses yeux soulignés à la Cléopâtre et un triangle sur le front, Bill fardé comme une vieille pute, Jagger avec ses peintures de guerre à la mormoille. Keef n’est pas ridicule, il s’abrite derrière des grosses lunettes noires et il chaloupe des hanches en grattant sa Les Paul noire. Bizarrement, on sent que le caméra-man a reçu des consignes pour ne pas trop s’attarder sur Brian Jones. On ne voit même pas sa guitare. Il apparaît un peu en gros plan, mais c’est tout. L’amorce du déclin. Un an plus tard, on retrouvera son corps dans la piscine de Winnie the Pooh. Quel gâchis !

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    Signé : Cazengler, Rolling scum

    Rolling Stones. Jumping Jack Flash/Child Of The Moon. Decca 1968

     

     

    L’avenir du rock

    - Easy Gyasi

    (Part Four)

             L’avenir du rock sautille sur place. Il s’échauffe pour la compétition. Il jette un petit coup d’œil aux muscles halés de ses cuisses et en éprouve une fierté bien naturelle. Ses muscles saillent sous la peau frémissante et huilée. Il sent tous les regards du public fixés sur lui. Les gradins du stade sont pleins à craquer de Tokyoïtes hystériques. Rien de tel que des Jeux Olympiques pour créer du biz et du buzz. Il a des chances de remporter la médaille d’or du 1500 mètres. Sur cette distance, il se sait invincible. Il préfère ça au 100 mètres et au marathon. Le demi-fond est sa distance de prédilection. Pas besoin de se transformer en boulet de canon ou de vouloir faire l’Éthiopien des hauts plateaux. Il faut juste harmoniser les enjambées avec le temps et l’espace. Juste faire la gazelle poursuivie par un lion. L’avenir du rock aime bien cette notion, car elle concorde parfaitement à sa vision littéraire des choses. Courir le 1500 m, c’est comme de lire Proust, se dit-il, on sait quand on part et on ne sait pas quand on arrive, mais on garde un rythme soutenu, pas besoin de sprinter ou d’être éthiopien. Les enjambées sont à l’image des phrases de Proust : longues et légères. Un Tokyoïte hystérique annonce le départ de la course dans le micro. L’avenir du rock prend place dans ses starting blocks. Il jette un dernier coup d’œil sur ses longs bras fins et musclés qui vont régaler les photographes du monde entier. Sur le bord de la piste, un Tokyoïte hystérique brandit un gros calibre et tire un coup en l’air ! Bammm ! Ça résonne dans tout le stade. Les coureurs s’élancent. Ils attaquent souplement leur premier tour de stade sous les acclamations des milliers de Tokyoïtes hystériques. L’avenir du rock court en tête et savoure son écœurante facilité à dominer la compétition. Il se gargarise de sa grâce. Il s’enivre de sa course en tête. Et puis soudain, dans le virage, un mec le double et le distance : il porte de longs cheveux blonds qui flottent dans l’air derrière lui, un petit costard en cuir rouge et des platform boots blanches ! Il court à longues enjambées avec une grâce hallucinante, presque divine. L’avenir du rock le reconnaît : «Fuck ! Michel Gyasi !»

             L’avenir du rock se réveille en sursaut. Quel drôle de rêve !

             — Consignons-le pour les lecteurs des Feuillets Dhôtelliens, marmonne-t-il d’un ton pas très convaincu.

     

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             Sur scène, Gyasi court encore en tête : Gyasi superstar, et cette fois, ce n’est pas un rêve. Il arrive vêtu d’un petit blouson noir étoilé et bam, thank you mam, «Cheap High», et ça fonce dans la nuit comme au temps béni du glam-punk, et t’es ravi car t’es là pour ça, no no no babe, ça cheap high dans ta tête, et t’as cette folle de guitar slingueuse qui saute partout. Elle gratte une black Tele Deluxe, elle flashe un coup de killer à la wah et là, c’est dans la poche ! Rocket in my pocket ! Elle amène une énergie

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     considérable sur scène, elle volerait presque le show, elle te cheap la chique, elle te chope le choc, elle t’allume l’éclipse, elle vrille la ville, c’est la killeuse de rêve, un croisement entre Chrissie Hynde et Wayne Kramer, t’as sous les yeux la slingueuse la plus wild d’Amérique. Elle s’appelle Leilani Kilgore. Elle devrait s’appeler Leilani Killeuse. Leilani Killeuse  superstar ! Te voilà avec deux superstars sur scène ! Dès «Cheap High», tu sais que le concert va battre tous les vieux records éculés par tant

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    d’abus. Ça te réconcilie une fois de plus avec la vie. Pendant une heure, tu vas pouvoir oublier tout le bordel ambiant, tout le déclin de l’occident, la nouvelle chute de l’empire romain. Gyasi semble nous dire à tous : profitez bien du paradis, les gars, tant qu’il est encore temps. Et bam, «Mind Explorer» ! Tu crois entendre les Stooges, ça riffe en mode Ron Asheton et ça bat à la Scott Asheton ! C’est encore elle qui fout le feu, car Gyasi ne gratte pas encore sa Les Paul. Et la folle part en killer solo flash

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    d’antho à Toto, elle semble vouloir réinventer le genre, elle se jette toute entière dans la bataille, c’est trop beau pour être vrai, personne n’avait encore songé à mélanger Ziggy avec les Stooges et elle repart de plus belle en mode Stoogy avec «She Says», et bam solo de wah en mode Asheton pur, ça dégouline partout. «Cheap High» et «She Says» sont tirés d’Here Comes The Good Part. Par contre, «Mind Explorer» semble être un inédit. Il va lâcher plus tard quelques bombes tirées de Pronounced Jah-See («Tongue

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    Tied», «Kiss Kiss», «Gohead», et «All Messed Up» juste avant le rappel) et il va faire ses adieux provisoires avec «Bang Bang», histoire de bien enfoncer son clou. Le duo Gyasi/Leilani Killeuse ne nous épargnera aucun shenanigan, on les voit se jeter au sol avec leurs grattes, Gyasi/Ziggy va faire son Ziggy à genoux pour fellationner la gratte de Leilani Ronson, et lorsqu’il sera allongé de tout son long sur la scène, elle viendra s’asseoir sur son ventre pour s’y frotter tout en claquant le plus organique des killer solos. C’est évident qu’elle prend son pied. Elle est très pro. Rien ne manque dans la

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    panoplie. Le sexe glam n’a jamais été aussi bien magnifié. Il faut voir ça comme de l’art moderne. Leilani Killeuse se frottant sur le ventre de Gyasi, c’est exactement la même chose que La Naissance Du Monde de Gustave Courbet : de l’art moderne destiné aux esprits modernes. Gyasi et Pierre Molinier même combat ! Leilani Killeuse et Clovis Trouille même combat ! Ne perdons jamais de vue que le sexe est l’une des deux mamelles du rock. T’as ceux qui t’excitent, et ceux qui ne t’excitent pas. Choisis ton camp, camarade. 

    Signé : Cazengler, Michel Gyasi

    Gyasi. Petit Bain. Paris XIIIe. 3 octobre 2026

     

    Wizards & True Stars

    - Romano n’est pas un romanichel

    (Part Three)

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             Avec son Live In Oslo, l’Outfit de Daniel Romano réinvente Gene Clark. C’est un parti-pris. Le Romano sort son sucre de rêve pour taper la petite pop insistante de «(Gone Is) All But A Quarry Of Stone». Ça sonne comme les Burritos sous acide.

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    Fierce ! Tout l’album est dévoré de dynamiques internes. Tonic ! Ce fantastique brouet flirte parfois avec la Beatlemania («Sucking The Old World Dry»). Le Romano adore la pop qui s’étend jusqu’à l’horizon («Impossible Green»). Il sort un son saturé de qualité pop et ne mégote pas sur l’overdose référentielle. Et il boucle son fiévreux balda avec «The Pride Of Queens», une pop suspendue dans un entre-deux de Burritos et de Gene Clark. On retrouve tout l’éclat de cette pop bourrée d’énergie en B. Avec «State Of Nature», il envoie une énorme plâtrée de dégelée moirée. Il prend son son pour une oie et le gave de magie. Et puis t’as «Downhill» qui sonne comme un hit des Byrds, car t’entends les accords d’«Eight Miles High». C’est Carson McHone qui chante cette petite merveille boréale.

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             Et puis voilà qu’avec Preservers Of The Pearl, l’Outfit de Daniel Romano réinvente les Who. La preuve ? La voilà : «Unseeable Roots». Aussitôt après une grosse intro sur les accords de Dave Davies, ils sombrent dans la pire des Whoisheries qui soient ici bas. T’as les coups d’éclat et la tension comme dans les grands hits des Who - Real is the unseeable root ! - Fantastique ! Il récidive en B avec «Phantasy» et un beau développé de blossom. Ils ont étudié le blossoming des Who de très près, pas de doute ! - It goes Glean, dream, tambourine - Et ça continue avec «Abstract Stone» : le p’tit Romano chante comme Ray Davies et gratte les accords des Who. Il réinvente au passage la clameur symphonique des Who - How shall we fly - «The One/The Many» sonne comme une belle tranche de wild psychedelia étalée au grand jour - When does the one become many - Pour le morceau titre, le p’tit Romano sort le grand jeu : les lyrics du diable !  - The wisdom of the fool/ Realized in rock’n’roll - Il arrose tout ça d’arrangements de cuivres ! Au plan vocal, il sonne vraiment comme Ray Davies - We’re the looking glass seers/ Dressed in the echoes of time - Il bat tous les records de lyrics mythologiques - We remodel the mystic/ And play with the endless design - C’est une ode à la jeunesse éternelle du rock’n’roll - We’re the children of the moon/ We stand still on the wandering stars - T’es dans l’absolue perfection. Rien qu’avec ce hit, le p’tit Romano entre dans la légende. Surtout qu’il prend bien soin de sonner comme Ray Davies. On se régale encore du très fast drive d’«Autopoiet». Il est plein comme un œuf. Et puis au bout de la B, il rend un hommage sidérant aux Beatles avec le come-do-de-ral none-do-de-ral de «Secret Of The Eye» et sa fantastique douceur mélodique. 

    Signé : Cazengler, romanichel

    Outfit. Live In Oslo. You’ve Changed Records 2025  

    Outfit. Preservers Of The Pearl. You’ve Changed Reocords 2026

     

     

    L’avenir du rock

    - Il est cinq heures, Barrie s’éveille

    (Part Two)

             Quand ça tape, ça tape, surtout dans le désert. Peu de cervelles résistent à un tel cagnard, et certainement pas celle de l’avenir du rock, grand erreur devant l’éternel. Comme tous les erreurs, il collectionne les hallucinations, à tel point qu’il reconnaît lui-même ne plus savoir faire la part des choses. Dans la vie, on finit par s’habituer à tout, même à croire ce qu’on voit.

             Un jour, il distingue au loin un gros nuage de sable. Habituellement ils sont petits, même celui que lève le dromadaire de Lawrence d’Arabie. Intrigué, l’avenir du rock avance en direction du gros nuage. Il presse le pas. Il voit petit à petit se dessiner une étrange silhouette.

             — Ah tiens, lâche-t-il d’un ton dubitatif, on dirait bien un éléphant.

             L’animal trotte, éperonné par un barbu en armure. L’incongruité de la scène n’a rien d’incongru pour un erreur patenté. L’éléphant freine à quelques mètres de l’avenir du rock et le barbu s’exclame :

             — Hola, sale chien de Romain ! Je suis Hannibal Barca !

             Vexé d’avoir été insulté en plein désert par ce con, l’avenir du rock ne répond pas.

             — Dis-moi, sale chien de Romain, sais-tu où sont les Alpes ?

             L’avenir du rock tend le bras vers la gauche.

             — Par-là, pauvre con !

             Yaaaaooouh ! L’éléphant repart au petit trot. Le lendemain, l’avenir du rock revoit s’élever à l’horizon un gros nuage de sable.

             — Oh non, pas lui !

             Le nuage approche rapidement, mais ce n’est pas Hannibal Barca. C’est un autre éléphant ! Tout seul ! Pas de connard de cornac. L’éléphant freine à quelques mètres de l’avenir du rock qui fait son blasé.

             — Hola ! Je suis Jumbo, le petit éléphant rose.

             — Et moi l’avenir du rock...

             — Que faites-vous donc ici, avenir du rock ?

             — J’erre !

             — Ah c’est intéressant... Savez-vous barrir ?

             — Je préfère Barrie !

     

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             Pour gagner de la place, on va simplifier Barrie Cadogan en Cado. Il ne s’en formalisera pas. Cado arrive sur scène sans formalités. Il accorde vite fait sa Jaguar et sa Les Paul. Il a fait installer le drum kit au centre de la scène, et devant. À gauche se tient un haut bassman monolithique aux allures rockab. Ils sont donc alignés en rang

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    d’oignons sur le devant et c’est très bien. Cado gratte ses poux dans son coin, et on voit tout de suite qu’il exècre la frime. Il ne vit que pour le groove, pour sa vision du groove qui est celle de l’Underground Britannique, c’est-à-dire la dernière grande scène culturelle encore digne de ce nom. T’auras pas Little Barrie aux État-Unis et encore moins en France, un pays qui reste coincé dans une autre sorte de Little : le Bob. C’est dire la distance qui sépare les deux mondes.

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             Cado s’applique sur son manche. Il met sa virtuosité au service du groove, l’un des genres les plus difficiles à maîtriser. Si on cherche des antécédents chez les blancs, on peut citer Electric Flag (même si Buddy Miles a la peau noire), Hall & Oates, Michael Nesmith, Bobby Charles et bien sûr Johnny Otis. Par contre, ça pullule chez les blackos. Cado s’inscrit donc dans cette veine aristocratique, sa section rythmique met un thème en route et Cado vient groover dessus. Il gratte au doigt. Certains ont cru voir des onglets, mais rien n’est moins sûr. Cado gratte comme un black, au pouce,

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    avec l’index et les autres doigts par en dessous. Il attaque avec trois cuts de Gravity Freeze, «More Bad Miles On The Road», «Is In’t Soul» et l’excitant «December», et boom, tu deviens accro, car ça te parle, ça chaloupe et ça te berce, et Cado développe des énergies sibyllines qui t’emportent au loin, là où t’es bien. Ce mec te met en sécurité dans son monde, qui est d’une modernité criante, en contraste avec le monde réel qui nous entoure, un monde en déclin qui est devenu un vrai tue-l’amour. Avant, le monde te faisait bander. Terminé. Par chance, t’as des mecs comme Cado qui te sauvent la soirée. Demain, ce sera Gyasi. On peut compter sur ces mecs-là.

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             Cado joue tous les cuts de Gravity Freeze, et il saupoudre le set de cuts tirés d’ailleurs, on se régale, car l’ensemble est assez diversifié et toujours captivant. Cado ne se permettrait pas de prendre les gens pour des cons. Au contraire, il offre sa vision du groove en partage, et si le groove fait partie de tes prédilections, alors tu te goinfres. Il en remplit l’heure à ras bord, Il pousse même des pointes hendrixiennes qui renvoient directement sur The Band of Gypsys. C’est dire s’il sait taper là où il faut. Cado dispose de ce genre de virtuosité. Rappelons que Jimi Hendrix reste, avec Charlie Parker, le plus grand groover de tous les temps. Cado s’inscrit dans cette lignée, mais il veille scrupuleusement à rester à sa place. 

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             Il fait donc la promo de son nouvel album, Gravity Freeze. Si t’en pinces pour la modernité, alors cet album est pour toi. Cado crée un monde adroit et groovy. Il chante «It Isn’t Soul» au petit sucre de dents de lapin. Il vise une sorte de Weird Pssychedelia. C’est avec «December» qu’il t’envoûte. Il a presque des accents juvéniles. Le cut sonne comme une énorme construction, il élève des étages. Puis il s’en va groover «Luggin’ Hurt» sous un certain boisseau. Gravity Freeze est un big album tout en demi teintes, mais avec une volonté de modernité affichée. Ce «Luggin’ Hurt» est un long shuffle de génie pur, allumé au solo de Sympathy à la Keef, gonflé de rumeurs subterranean et bardé d’accords qui résonnent au plus haut niveau. Cado cultive l’incroyable densité du shuffle anglais avec virtuosité. Merlin Cadogan chante au charme pur. Encore une belle surprise : «Caralisa», un joli groove traversé par une descente au barbu de demi-caisse allègre et vengeresse. Puis t’as ce «Wire» battu à la cocote. Ça t’exalte. Cado injecte tellement d’énergie dans son son. C’est sourd et bon, ça plait infiniment. Ce mec a des idées. Tout sur cet album est gratté dans les règles du lard, avec des poux triés sur le volet.

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             En 2020, Cado s’est acoquiné avec Catto. Ils ont enregistré une série d’albums underground. Le premier s’appelle Quatermass Seven. Dès «Rest In Blue», tu sens que c’est assez sérieux. Cado gratte une disto aggravée. Il a deux bons mecs derrière, alors il gratte tous les poux psyché qu’il peut. Ça dégouline ! C’est un son très anglais, bien ancré dans la tradition. La suite reste solide et sérieuse. Si tu devais résumer leur style en un mot, ce serait «sérieux». Des cuts se paument dans l’air ambiant, et t’as un «TRABS» qui fonce tout seul dans la nuit, comme le train de Jean Gabin. «Steel Drum» est tellement saturé de vibes qu’il sonne comme un groove intelligent, bien décalé dans le temps, orienté vers l’avenir. Ils montent leur «After After» sur un heavy groove de basse, mais l’ensemble est trop classique pour être honnête. Tu n’en vois pas bien l’intérêt et c’est trop long. Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage. Ils regagnent la sortie avec «Repeater #1». Tu attends le jour qui vient, c’est un peu faible, même si t’as une belle dégelée de wah. Le Cado se joue dessus. C’est un spécialiste, un vertueux, un forcené, un spolieur. 

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             Suite des aventures extraordinaires de Cado avec Electric War. L’album se met en place lentement. Cado opte généralement pour le groove et il développe son petit biz à partir du groove de basse, sans trop se casser la nénette. Comme nous tous, il considère que ça ne sert à rien de se casser la nénette. Et comme on craint l’ennui plus que tout au monde, on reste sur ses gardes. Il repart en mode groovy avec «Zero Sun» avec un riff vaguement hendrixien, ou plutôt de type Cold Turkey. Comme les maçons, il a besoin de fondations. Puis il gratte des accords de biais sur «Spektator», et il maintient ça en tension avec des petites pointes d’emballement, soutenu par un shuffle de drumbeat. L’ensemble est d’une grande modernité. «Said Soul» sonne comme une belle pop de Soul embobinée. Cado devient bon quand il veut. Son Said Soul est délicat et doux à l’oreille : belle sérénade ondulante chargée de tout le sel de la terre. Il repart la fleur au fusil avec «My Now». Sacré coco, le Cado. Il sort sa grosse gratte de freakbeat pour cette belle intro à prétention ravageuse. Il arrive au chant avec une certaine abnégation. Il tape en plein Can et régurgite des riffs ici et là. Comme le montre encore «Count Of Four», Cado reste un guitariste passionnant. Il crée des mondes au fil de ses voyages en Cadoland. Il gratte de fabuleux accords en creux et des dissonances merveilleuses sur fond de petit beat bien serré dans le pantalon. C’est excellent, fin et solide, coloré et inspiré, bardé d’accords en demi-teintes, il devient réellement fascinant, il remplit le spectre à sa façon. 

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             Pour Shindig!, Paul Osborne fait un beau cadeau à Cado en lui tendant son micro. Eh oui, t’as rien sans rien. Un Cado qu’Osborne qualifie de «guitar wizard supreme». Il n’y va pas de main morte, l’animal ! On apprend au passage que le collaborateur Malcolm Catto vient des Heliocentrics. Mais Cado tient à différencier les deux projets, c’est-à-dire Little Barrie et Little Barrie & Malcolm Catto : c’est pas exactement la même chose. Avec Catto, Cado rebosse les cuts, et avec Little Barrie, il amène des cuts bien ficelés. Cado avoue ne pas avoir très confiance en lui, en tant que songwriter, mais il adore le process. Il veut dit-il composer une musique more soulful, not in genre, in spirit. Il parle aussi d’un constant work in progress. Osborne ajoute que Cado amalgame le funk, le rock’n’roll, le blues et la Soul, et donc il influence, dit-il, des gens comme les Black Keys, The The et Liam Gallagher. Dans «Loggin’ Hurt», Osborne entend des bouncing drums, chugging funk guitars and rock solid bass. Nous aussi, d’ailleurs. Cado ajoute qu’il adore le groove de son «Luggin’ Hurt». Nous aussi, d’ailleurs. Et puis voilà l’aveu de Cado qui te fend le cœur : «I guess I’ll always be old-fashioned and I’m okay with that.» Cado est vraiment un mec bien.  

    Signé : Cazengler, little barrique

    Little Barrie. Le 106. Rouen (76). 2 octobre 2026

    Little Barrie & Malcolm Catto. Quatermass Seven. Madib Invazion 2020

    Little Barrie & Malcolm Catto. Electric War. Easy Eye Sound 2025

    Little Barrie. Gravity Freeze. Easy Eye Sound 2026

    Paul Osborne : The big freeze. Shindig! # 175 - May 2026

     

     

    Comptez sur Moy

     

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             Tous les fans de Motown connaissent le nom de Sylvia Moy. Ce nom reste attaché à celui de Stevie Wonder, via deux hits énormes, «Uptight» et «I Was Made To Love Her». Sorti de là, Sylvia Moy reste un personnage mystérieux, quasiment un second couteau dans cette usine à tubes interplanétaires que fut Motown. Et puis voilà qu’un jour, en feuilletant les pages ‘Books’ d’un canard anglais, on tombe sur la kro d’une bio a paraître : It’s No Wonder: The Life And Times Of Motown’s Legendary Songwriter Sylvia Moy, signée Margena A. Christian. Qui qu’on fait ? On vote le budget en comité restreint et on rapatrie aussi sec. Pas question de rater une telle occasion d’entrer chez Motown par la porte de derrière. Car ce sont les petites mains de Motown qui racontent la vraie histoire, avec un luxe de détails qui laisserait un putois pantois. Et comme Motown est avec Sun, Stax et Atlantic ce qui est arrivé de mieux à l’Amérique du XXe siècle, alors on bave d’impatience en attendant l’arrivée du facteur.

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             Comme c’est un premier tir, le book est relié, sous une belle jaquette rouge. Sylvia Moy est une blackette magnifique. Son portrait force l’admiration. Comme c’est du Da Capo, le print est soigné, t’as l’objet bien en main, c’est important pour le confort de la lecture. Le book est ce qu’on appelle par ici une distance moyenne, c’est-à-dire 300 pages, avec au cul un index bien pratique. Rien à reprocher aux choix typo : t’as un empatté en corps douze habilement justifié et interligné dans les règles de l’art. Lecture fluide, tu glisses jusqu’en bas des pages sans t’en rendre compte. Le seul défaut serait peut-être le cahier central de photos imprimé sur un couché brillant d’une rare vulgarité. Et les choix icono laissent à désirer : il semble que Sylvia Moy ait eu un faible pour les photos de cérémonies. Dommage.

             L’histoire de Sylvia est l’histoire classique des blacks de cette génération : son père Melvin quitte la Louisiane with only $5 and a pair of baseball shoes pour aller chercher une vie meilleure à Detroit et échapper à Jim Crow. Il réussit à installer sa famille à Detroit en 1937. La famille Moy fit partie de la grande migration qui eut lieu entre 1916 et 1970. L’idée était de fuir le Sud des blancs racistes. Les blacks amenaient dans le Nord leur culture, la musique : gospel, jazz, blues - Because of the factories our music got a little louder.

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             Petite, Sylvia a deux héroïnes : «The Divine One» Sarah Vaughan et «The Queen of Jazz» Ella Fitzgerald. À l’école, elle fréquente Erma Franklin, les futurs Four Tops Obie Benson et Lawrence Payton, et le futurs Miracles Smokey Robinson et Warren Pete Moore. Elle est donc prédestinée ! Sylvia peut chanter, c’est une soprano et, petite cerise sur le gâtö, elle compose des chansons ! En 1963, elle repérée par la presse à Detroit : «Detroit’s newest singing discovery.» Elle chante chez Baker’s, accompagné par un trio dont le leader n’est autre que Johnny Griffith, membre des Funk Brothers, l’house-band de Motown. Et voilà. Griffith lui conseille de venir passer une audition chez Motown.

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             Motown est parti de zéro : «Money» co-écrit par Berry Gordy et sa réceptionniste, Janie Bradford, et chanté par Barrett Strong, avec Gordy au piano. C’est le premier hit de Tamla Records. En 1960, Gordy change le nom du label qui devient Motown. Puis il développe une réputation de tubes soignés, avec des cœurs soignés, des arrangements soignés, des performances soignées, des magnetic stage presences et des chorégraphies dynamiques. Il demande aux musiciens de commencer par composer la musique et de sortir les textes après, car ça permet d’économiser du temps et de l’argent. Alors que partout ailleurs, on faisait le contraire : lyrics first et music later. En 1960, Smoke tape son premier hit, «Shop Around» : catchy, up-tempo, ça se vend à un million d’exemplaires. C’est au tour des Marvelettes, l’année suivante, de décrocher le jackpot avec «Please Mr. Postman». L’A&R en chef est Mickey Stevenson. C’est un fast-talker qui vient de la rue. C’est lui qui combine les gens les uns avec les autres. Gordy lui fait confiance. Il ne lui demande qu’une seule chose : sortir des hits. Alors Mickey met le bon chanteur ou la bonne chanteuse avec les bons musiciens et le bon producteur. C’est grâce à Mickey que Gordy développe un management révolutionnaire : tout construire autour de la personne, plutôt que d’adapter la personne à la structure. Mickey Stevenson a carte blanche. Il en profite un peu pour rajouter son nom dans les crédits, même quand il n’a rien composé.

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    (2002)

             La base de Motown, c’est le Funk Brothers, et les Andantes, un trio de background singers composé de Louvain Demps, Jackie Hicks et Marlene Barrow. On les retrouve partout, sur tous les hits. Pas la peine de chercher un album des Andantes : ça n’existe pas. Motown doit tout aux Funk Brothers et aux Andantes qui ne sont même pas crédités ! On les paye 5 à 10 $ par session. Le tromboniste Paul Riser se souvient d’avoir été payé 2,5 $ au début, puis d’avoir été augmenté jusqu’à 7 $ ! Pas de syndicats des musiciens chez Motown. Les seconds couteaux sont baisés. On les paye à coups de lance-pierres, alors que Gordy s’en fout plein les poches. Mais à l’époque, l’histoire est banale. Les pires sont peut-être les frères Chess qui se sont comportés avec les blackos comme des esclavagistes. La haine des Américains blancs envers les noirs et la même que celle des juifs envers les Palestiniens. C’est une haine viscérale. La haine gouverne le monde, ne l’oublions pas. Tous ces petits détails ne font que confirmer ce qu’on sait du comportement des gens qui ont le pouvoir. Et ça ne fait qu’aggraver encore l’anxiété qu’on nourrit tous, à des degrés divers, lorsqu’on pense à toute cette injustice institutionnelle. On ne peut pas écouter les hits Motown sans penser à tout ça. Pareil avec les singles Chess : on pense chaque fois à ces deux canailles que furent les frères Chess.

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             Gordy a installé le Studio A dans le garage d’Hitsville U.S.A, au 2648 West Grand Boulevard. On l’appelle le snakepit à cause des câbles qui recouvrent le sol d’un mur à l’autre. Donc on enregistre la musique, et on file la bande aux paroliers. On ajoute les vocaux à la fin - Just like an assembly line. Et comme à l’usine, t’as le service qualité, the Quality Control meetings ont lieu le vendredi. Gordy y rassemble des producteurs et des compositeurs sous la présidence de Billie Jean Brown, qui a commencé chez Motown comme assistante : elle rédigeait des liner notes. Si elle dit non, c’est non. Gordy lui fait confiance, «because she was strong, opinionated, honest, witty and has a good ear.» En 1963, Motown compte une centaine d’employés. C’est une entreprise familiale, avec un ou une Gordy dans chaque département. Gordy voit Motown comme une extension de sa famille, «with all of its fierce closeness and fierce competition and constant collaboration.» Il en fait un concept managérial. Il donne aussi des responsabilités aux femmes : Frances Heard est la tape library director, Fay Hae dirige le processing department, et Maxine Powell dirige l’in-house finishing school fo all its artists. C’est dû au fait que Gordy a grandi entouré de sisters - The Gordy women were always strong women - La seconde épouse de Gordy, Raynoma Gordy Singleton, fut la première productrice/arrangeuse de Motown. Dans les early days, on la considérait comme «Motown’s backbone».

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             C’est Mickey Stevenson qui installe Sylvia chez Motown. Il est convaincu de son talent. Elle passe l’audition en chantant «I’m Still Loving You» a capella devant les frères Holland, Lamont Dozier, Mickey Stevenson, Hank Cosby et Ivy Jo Hunter. Elle tape le beat sur la table pour s’accompagner et tous les autres tapent aussi avec elle - That was the beginning of it all - Elle est acceptée. Stevenson : «She had the gift.» Mais Stevenson la considère comme une parolière, pas comme une chanteuse : «That’s what I went with. End of conversation.»

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    Holland - Dozier- Holland

             C’est lui Stevenson qui recrute pour Motown, en tant qu’A&R. En contrepartie, il prend sa part de crédit. 50/50. C’est le deal. C’est la raison pour laquelle des gens le haïssent. On le traite de «chauvinist pig» ou encore d’«asshole». Et même de Duce. Stevenson ne veut pas laisser la responsabilité de la prod aux gonzesses. Il considère le job de producteur comme une énorme responsabilité : «On avait le monde entier contre nous. So eveything we came out with had better be not good but fantastic. Nobody understood that but the Berry Gordys, the Smokey Robinsons, and the Holland-Dozier-Hollands.» Gordy lui donne sa bénédiction en vertu d’un principe de base : le profit : «Still, as long as Sevenson kept making money, Gody was reluctant to rock the boat.» Gordy ajoute ça qui éclaire bien le personnage : «Mickey was a street cat, a wheeler dealer, but I knew it was that same hustling quality that made him the superstar A&R man he was.»

             Eddie Holland voit Sylvia comme «humble and thoughtful, fiendly but silent, with a level of professionalism that was bar none.» Chez Motown, Sylvia ne flirte pas. Elle ne participe pas aux parties. Elle est là pour bosser, point final. Mais elle n’a pas encore réussi à s’imposer : il lui manque deux choses, l’artiste et le hit. Coup de pot, elle va les trouver chez Little Stevie Wonder.

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             Stevie va mettre lui aussi du temps à s’imposer. Il arrive très tôt (11 ans) chez Motown et se dit meilleur que Smokey. Au début, c’est Clarence Paul, l’adjoint A&R de Mickey Stevenson, qui le prend sous son aile. Stevenson lui donne sa bénédiction. Mais Little Stevie va mettre un temps fou à décoller. Gordy veut en faire le Little Willie John de Motown, d’où le Little Stevie Wonder des débuts. Little Stevie commence à enregistrer en 1962, avec Marvin qui bat le beurre. Mais tout ce qu’il enregistre ne marche pas. Gordy fout le paquet sur les Supremes et les Tempts. On commence à s’inquiéter sur le sort de Little Stevie. Pas d’hit, pas de chocolat. Smokey est concentré sur les Miracles, et HDH sur les Supremes. Personne ne s’occupe de Stevie. Sauf Sylvia.  Gordy pense que Stevie n’est pas un grand chanteur, mais il affirme qu’il n’est pas question de le virer. Alors il rebat les cartes, il sort Stevie des bras de Clarence Paul et le jette dans ceux de Sylvia. Stevie le vit mal, car Clarence était un père pour lui. Le problème, c’est que Clarence ne produisait pas d’hits. Gordy fait le pari que Sylvia a besoin de faire ses preuves en tant que songwriter. Elle supplie Stevenson de la laisser produire Stevie. Stevenson accepte à une condition : «You come up with a hit on him, we’ll keep him. If not, we’ll let him go.» C’est un ultimatum. Sylvia n’attendait que ça : une mise à l’épreuve, avec le destin de Stevie en jeu. Tout le monde considérait Stevie comme un genius, Mais, comme dirait Cornelius Grant, «Être un genius et avoir des hits sont deux choses différentes.» C’est toute la philosophie de Motown.

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             Sylvia s’enferme dans un bureau avec Stevie et lui demande de pianoter ses «little ditties».  Play them for me. Il joue tous ses little ditties. Elle lui demande si c’est tout ce qu’il a : Anything else ? Alors il joue un autre petit ditty. Sylvia dresse l’oreille : «Play it again». Stevie le rejoue et chante : «Baby everything is alright/ Uptight.» C’est l’hit. Sylvia n’a plus qu’à rajouter des paroles. Uptight ! Little Stevie Wonder devient Stevie Wonder. Avec «Uptight», Sylvia a sauvé Stevie, confirme Louvain Demps. Mais c’est Stevenson et Hank Cosby qui tirent les marrons du feu, car ils ont produit l’hit. On a minimisé le rôle de Sylvia. Quand elle a présenté la démo, Mickey l’a félicitée et lui a dit qu’il allait confier ça à un «real pro to produce this record the way it should be done.»

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             Puis en 1966, Gordy provoque une révolution de palais : il remplace Mickey Stevenson par Eddie Holland à la tête de l’A&R. La première chose que fait Eddie Holland, c’est d’engager le couple de compositeurs Ashford & Simpson. Au bout d’un an, Eddie Holland démissionne et Gordy le remplace par un blanc, Ralph Seltzer. Puis Steve enregistre «I Was Made To Love Her», avec James Jamerson au bassmatic.

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             C’est quasiment la fin de la carrière de Sylvia chez Motown. Elle est aussi bien pote avec Shorty Long. Mais le pauvre Shorty ne fera pas long feu, car son bateau va chavirer lors d’une partie de pêche. Il n’avait que 29 ans. Sylvia compose aussi «My Cherie Amour», un hit qui fait l’admiration de Smokey.

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             Nouvelle révolution : Gordy déménage à Los Angeles. Il monte MoWest et signe des pointures comme Franlie Valli, les Crusaders, Lesley Gore et Thelma Houston. Dans son déménagement, il emmène Diana Ross, les Tempts, Stevie Wonder, Smokey, et les Jackson Five. Comme Sylvia ne veut pas quitter Detroit, un gorille vient trouver son père pour faire pression. Si elle ne vient pas à Los Angeles, sa carrière est finie. Alors elle y va et ne tient que six mois. Elle rentre à Detroit.

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             Un peu plus tard, elle s’associe avec Ian Levine qui monte Nightmare Records. Puis Nightmare va devenir Motorcity. Ainsi va la vie.

             Signé : Cazengler, Moy je

    Margena A. Christian. It’s No Wonder: The Life AnTimes Of Motown’s Legendary Songwriter Sylvia Moy. Da Capo 2026

     

    *

    1

             Je ne les voyais plus. Au début elles n’osaient rien dire. Quand elles me voyaient descendre les marches de l’escalier extérieur, leurs visages se crispaient, mentalement elles comptaient mes pas, certaines fermaient les yeux, elles les rouvraient quand elles en étaient à douze, les douze secondes les plus longues de leur vie, juste le temps qui m’était nécessaire pour me trouver devant ma boîte à lettres, je respirais profondément et plongeai ma main dans la poche de mon jeans. Certaines poussaient de petits cris d’espoir, lorsque je glissais la clef dans la serrure, l’atmosphère se tendait, d’un geste rapide j’ouvrais et refermais la porte. Elles comprenaient tout de suite, alors elles s’éloignaient doucement sans oser me tourner le dos, se formaient ensuite de petits groupes silencieux, aucune ne se serait permise de prononcer un mot, elles savaient qu’encore une fois le soleil de leur vie ne brillerait pas de la journée, qu’il leur faudrait attendre le lendemain, jamais elles n’avaient vu un tel voile de tristesse sur mon visage, elles auraient donné leur corps, leur fortune, leur vie pour me voir sourire, elles avaient compris que ces dévouements n’auraient servi à rien, cette lamentable cérémonie se répéta douze jours, de premier au douze octobre pour ceux qui aiment les comptes d’apothicaire.

    2

             J’étais inquiet. Le douzième matin je fonçais sur Paris, j’ouvris la porte de SSR, le Service Secret du Rock’n’roll, assez brutalement je l’avoue, Molossa et Molossito sur mes talons, le Chef était assis à son bureau, placidement il relâcha gros un nuage noir de son Coronado :

    • Agent Chad vous voici, quel plaisir de vous revoir, m’est avis que les jeunes péronnelles qui vous attendent toute la journée devant votre maison, vous détournent de votre devoir le plus sacré : le rock’n’roll !
    • Justement Chef, le rock’n’roll est en danger, nous sommes le douze octobre et le numéro 39 de Rockabilly Génération n’est pas encore paru !
    • Agent Chad, retournez chez vous et dormez sur vos deux oreilles je m’en occupe, c’est comme si c’était fait !

    *

    Je dormais profondément lorsque des vociférations me tirèrent de mon sommeil. Elles étaient là, au bas mot une quarantaine, toutes guettes hurlant  à pleine voix :

             - Damie ! Damie ! Damie ! le facteur arrive !

    J’ouvris la porte du jardinet pour me retrouver nez à nez avec le facteur qui d’un geste fébrile me tendit cérémonieusement une large enveloppe que je reconnus immédiatement. Je l’ouvris et exhibai fièrement le contenu tant attendu ! Je n’ai jamais su comment le Chef s’est débrouillé, mais oui c’était bien le :

    ROCKABILLY GENERATION NEWS N° 39

    (OCTOBRE – NOVEMBRE – DECEMBRE 2026)

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             La première fois, il y a très longtemps, que j’ai lu un texte sur Dolly Parton, je ne citerai pas le journal pour ne pas lui faire honte, la seule chose remarquable que lui concédait le journaliste, c’est qu’elle avait de gros nénés, quant à sa voix, son style, rien n’était digne d’intérêt, mais le pire c’était encore son public de rednecks alcoolisés… il faut dire qu’à l’époque la country avait très mauvaise presse par chez nous. Par contre tout est parfait dans le portrait qu’en trace Sergio, Dolly aujourd’hui reconnue comme une des reines du country se sera battue toute sa vie, pour exhiber sans ostentation  ni fausse retenue au monde entier l’exubérance de sa forte personnalité. Partie du bas de l’échelle sociale, l’Amérique est un grand pays, la preuve c’est que la misère y semble encore plus grande qu’ailleurs… Dolly savait chanter, composer, écrire, ne pas se prendre au sérieux et être attentive aux faibles. Elle a tout donné et n’a rien repris de la joie et de l’appétit de vivre qu’elle a distribués autour d’elle.

             Suit un article pas tout à fait comme les autres sur Béthune Rétro. On n’y commente pas les groupes qui sont passés sur les différentes scènes. Mais ceux qui ont été déprogrammés. On ne dit pas pourquoi. On s’en doute, certains artistes ne sont pas dans la ‘’bonne’’ ligne politique. Sujet mouvant. Sur lequel la lettre ouverte ne s’engage pas. Quant à moi je pars du principe que si l’on déprogramme c’est qu’il y a eu d’abord un engagement signé en bonne et due forme. Alors pourquoi déprogramme-t-on, par idéologie, ou parce que l’on a économiquement peur de perdre pour l’année suivante une partie du public… Par idéologie, alors on ne les engage pas. Faut être clair avec soi-même. Pour raison économique, je pense que l’argent ne doit pas mener le monde…

    Un gros morceau, malheureuse expression, sur les photos l’on peut voir que tout au long de ses cinquante ans de carrière la stature d’Alain Chennevière  est toujours restée aussi svelte. L’emploi de l’adjectif gros est relatif au nombre des dix-huit pages pleinement méritées qui lui sont consacrées, l’homme a beaucoup donné pour notre musique, quels que soient  les styles qu’il ait abordés. Les rockers préfèreront les deux périodes Alligators, laissons de côté les goûts et les couleurs, c’est surtout sa manière de raconter qui vous emporte, il porte un jugement en même temps enthousiaste et pondéré sur ses différentes périodes, il possède une certaine philosophie de l’existence qui fait chaud au cœur, il est chanteur et dessinateur, s’est adonné à ses deux passions sans en renier aucune, on sent un individu droit dans ses bottes, et puis que pourrait-on reprocher à un homme qui avoue que le premier choc de sa vie fut d’entendre Gene Vincent chanter Be-Bop-A-Lula dans La Blonde et Moi.

    L’on saute deux pages, pour le contraste, sept pages dédiées à Moews Dominic, artiste allemand de la nouvelle génération, n’a à son actif que des concerts un peu partout  et deux EP quatre titres, suffisants pour attirer l’attention, fan d’Elvis depuis toujours, il n’est pas un fils des Stray Cats, il s’interroge sur lui-même et son apport au rockabilly qu’il décrit comme un peu ‘’grand public’’, il s’est trouvé mais il se cherche encore, une figure attachante.

    Passons rapidement aux festivals, je vous laisse découvrir, un retour sur le Rockabilly ‘’ Bonnie Blue Boy’’ en juin de cette année. Une catastrophe due aux impondérables, samedi une chaleur torride l’après-midi et un orage diluvien le soir. Annulation des concerts du dimanche. Pas de panique, le festival a pris l’eau mais n’a pas coulé le dimanche, les artistes présents ont improvisé sous le soleil revenu un final grandiose, tous ensemble. Par contre le premier Boogie Rough Trip a bénéficié d’un temps agréable : avec Mojo Blues Band, Crazy Legs, Alex And The Rock-A-Sound et Ghost Highway.

    Nous avons gardé deux pages pour finir  en beauté avec Mr Paul Whitehead, ce n’est pas un oublié, mais un inconnu. Qui se souviendrait de lui aujourd’hui s’il n’avait pas rencontré Jerry Lee Lewis, incroyable mais vrai Whitehead a été en quelque sorte le  mentor du jeune  Jerry Lou, il ne lui a pas tout appris car le gamin était doué, mais il lui a révélé les ‘’trucs’’ qui vous font sauter les étapes et vous assoient sur des bases solides. Ce qui est un comble quand on pense que Jerry Lou ne s’est pas toujours contenté de rester assis derrière son piano. Ce bel émouvant et instructif article est de Julien Bollinger. Attention c’est ce même Julien Bollinger que vous retrouverez  dans le numéro Spécial JERRY LEE LEWIS STORY #2 que nous chroniquerons dans notre livraison 752 du 22 / 10 / 2026.

    Damie Chad.

    Editée par l’Association Rockabilly Generation News (1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 6 Euros + 5,24 de frais de port soit 11,24 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 40 Euros (Port Compris), chèque bancaire à l’ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal (cochez : Envoyer de l’argent à des proches) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that’s what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues… Et puis la collectionnite et l’archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l’impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents.

      *

    *

    Je me croyais incorruptible. Je vous rassure, je le suis. Depuis toujours. Sauf une fois. Ce n’est pas de ma faute, j’ai vu le tréma, ça m’a trématisé. Je n’ai pas pensé à lire ce qu’il y avait dessous. C’est fou tout ce que l’on trouver sous deux points. A croire que l’infiniment grand et l’infiniment petit sont une seule et même chose. Bref dessous, c’était écrit en gros : Cörrupt. Comme carte de visite chez un agent corrupteur il est difficile de trouver mieux. Soyez honnêtes, est-ce que vous regardez le nom de la marque de la tablette de chocolat que vous venez de voler dans un grand (parce que dans la vie il faut faire les choses en grand) magasin. Bref je m’en suis voulu. Je n’aurais pas dû, j’ai été terriblement irradié… Je m’en suis remis, parce que les rockers sont immortels. Mais voici qu’ils recommencent, ils ont changé de nom et de screamer pour que l’on ne les reconnaisse pas, méfiez-vous tout de même, c’est un des plus terribles agents infectieux du rock français.

    Ↄ.Ø.Я.Ǝ

     Ø$⸸Я€Ï

    (Bandcamp / Septembre 2026)

    Ne vous prenez pas la tête à essayer de déchiffrer le message caché. N’oubliez pas que dans les livres de sciences occultes ce qui est écrit de gauche à droite se lit de droite à gauche. Le groupe se nomme Ostréi parce qu’ils adorent, tous les goûts même les plus dépravés, sont dans la nature : les huîtres. Sont basés à Port-des-Barques, qui comme chacun sait est une bourgade de 2000 habitants située à l’embouchure de la Charente et le titre s’énonce Core comme dans mathcore. Un genre de metal core encore plus dur que les maths de sixième.

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    Renaud Galliot : guitar, lyricist / Benjamin Mialon : vocals / Pablo Fathi : drums / Florian Piet : bass, productions.

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             La couve, les esprits distraits y verront un monstre, pas du tout, un homme, peut-être un peu plus musclé que le quidam moyen. Mais un homme tout de même. A part qu’il a une tête d’huître. Oui, d’huître pas de druide. D’ailleurs il l’ouvre en grand. Même que du fond de son gosier, il projette un rai de lumière si puissant qu’il doit illuminer le monde. Toutefois il est des chances pour que ce soit le rayon de la mort vitrifiant le vivant planétaire de son haleine empestée. L’a dû rester longtemps enfermé dans un sombre cachot. Il n’a pas de dents mais il est en train de briser sa chaîne comme un vulgaire spaghetto. In the ghetto, disait Elvis. Non, vous ne le rencontrerez pas. C’est juste une image. Un symbole de tout ce qui est mauvais en vous. Que vous tenez soigneusement caché au fond de votre fondement mais que vous finirez par expulser. Un jour ou l’autre. Car vous êtes comme ces tonneaux de déchets nucléaires qui gisent au fond des océans, que la rouille corrode lentement et sûrement…

    La couve est de SLO artiste multitâches, principalement concerné par l’iconographie métalifère, c’est ainsi qu’il se présente sur son site Facebook que je vous conseille de visiter…

    Deceveir : sans doute connaissez-vous ces ronronnements de félin qui s’échappent du museau d’une panthère noire, la même couleur que son âme, endormie, vous vous croyez en sécurité, c’est exactement ce qui se passe  quand vous entendez les premiers frissons de ce morceau, le feulement de Benjamin Mialon, où a-t-il appris à feuler de cette manière, vous persuade très vite que vous êtes en danger,  Fathi ne vient pas à votre secours, il tape sur ses caisses comme s’il s’ingéniait à faire sauter dans le désordre les vertèbres du long cou d’une girafe géante, il file ses coups d’une manière si méthodiquement désordonnée que votre esprit vacille, sous cette faucille percutante,  à la guitare et à la basse Renaud et Florian, jouent à plus noir que moi tu meurs, ce n’est pas cris et chuchotements, mais borborygmes et tapotements insidieux, la guitare vous file des turbos d’égoïne et la torpille de la basse vous foudroie sous la ligne de flottaison. Vous ressortez de cela comme du Livre de L’Intranquillité de Pessoa. Silence polyphonia : superbe titre, maintenant c’est beaucoup plus polyphonique que silencieux. Je n’ose pas dire qu’ils prenaient leur temps dans le premier morceau, mais là ils vous dégueulent direct toute leur hargne dans la soupière, en deux minutes vous éclaboussent de la tête aux pieds, le pire c’est qu’ils y prennent un plaisir jouissif et malsain, à fond de train vous rejouent la charge de la cavalerie de Murat, ventre à terre à Eylau, ils y laissent tripes et boyaux, mais ce sont les vôtres qui flottent au vent mauvais des baïonnettes. En plus il y a en un qui souffle dans une espèce de langue de belle-mère juste pour se moquer de vous. Entre nous, il n’a pas tort. Vampire scum : quel est ce vampire qui hurle ? Mauvaise question, se sont tous mués en morts-vivants et se  sont lancés à vos trousses. Vous rattrapent très vite, vous égorgent et se baignent dans les gargouillements de votre sang qui gicle sur les murs de l’enfer. C’est ce que l’on doit nommer une exagération rock, une outrance maladive non remboursée par la Sécurité Sociale. Stain : encore un morceau qui fait tache, déboule si vite que vous êtes au tapis en moins d’une minute et demie. L’impression d’être allongé sur la ligne d’arrivée et qu’une quarantaine de bolides vous passent dessus et que c’est à celui qui aura les gentes les plus sanglantes. The hubris syndrome : de la même mouture que le précédent mais  là ils ont laissé je frein à main de la basse en position haute ce qui les oblige à démultiplier leurs possibilités phoniques. Jouent comme des Dieux.  Surhumanité du rock’n’roll.  L’opus a été enregistré live au LAPLJ de Poitiers, les 21 et 22 juin 2025. La liste des survivants n’a jamais été communiquée. Blue Öyster Cult : ils disent 26 secondes, chrono en main c’est moins. Un hommage à un groupe Cult. Peu de metalleux le citent. De grands ancêtres. Z’avaient beau faire semblant d’être comme tous les autres, z’avaient dès le début des seventies un son tyrannausorique. Ne reprennent pas un morceau, jute cinq départs, pas plus, pas moins. En cinq secondes vous faites la différence.

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    Un EP monstrueux.

    Damie Chad.

    P. S. 1 : mon honnêteté intellectuelle m’oblige à avouer que jamais de ma vie je n’ai gobé une huître.

    P. S. 2 : ne remarquez-vous pas comme une référence hommagiale entre Ø$⸸Я€Ï et Blue Öyster Cult…

     

    *

            Toujours des surprises chez Western AF, mais cette fois-ci il est conseillé de s’accrocher aux petites branches, l’on n’est pas n’importe où, je ne vous emmène pas à Sodome et Gomorrhe, nous nous contenterons d’un petit arrêt dans la Sodom Laurel community of Madison County, North Carolina. Vous aurez du mal à trouver mieux. C’est pire que ceux qui manipulent des crotales lors des offices religieux.

    SAILOR BEING TIRED

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    SHEILA KAY ADAMS

    (Western AF / Octobre 2026)

             A l’arrêt la vidéo est trompeuse, vous ne voyez rien, du gris, deux mains, la personne a passé la limite de péremption, du tissu, d’origine indienne peut-être, vous n’avez pas le temps de méditer, vous avez appuyé, la caméra remonte lentement, vous saisissez sur l’extrême gauche le bas d’une chevelure, la voix, vous saisit, seule sans accompagnement, vous pariez une indienne, le timbre nasillard et cette veste qui vous fait penser à une tunique dont on affublait les peaux-rouges dans les westerns, ces longs cheveux blancs qui l’enveloppent, non ce n’est pas une squaw, une visage-pâle, la même dignité, ce port altier et cette cambrure du corps, elle est belle, une guerrière, vous ne savez rien d’elle mais vous  comprenez tout sans rien connaître d’elle. Et puis la chanson, une longue comptine, une histoire d’amour si vous voulez, mais tellement réduite à l’essentiel qu’elle en devient une leçon de vie, des paroles d’une extrême simplicité qui touchent à l’immémorialité des choses humaines, pas vraiment un hymne féministe mais l’humour contenu du texte marque d’une pierre rouge la scène fondatrice de toute perpétuation.

    Vous reviendrez souvent sur cette vidéo elle coule comme un mince filet d’eau pure, une offrande originelle de la terre, n’en tirez aucune gloire, vous ne la méritez pas.

             L’état de la Caroline du Nord s’ouvre à l’est sur l’Océan Atlantique et fait à l’Ouest frontière commune avec le Tennessee. Le Comté de Madison, ainsi nommé en l’honneur du quatrième président des Etats-Unis, jouxte le Tennessee. Le nom de Sodome est surprenant, plus tard la bourgade a été rebaptisée Revere, mais les habitants usent encore de l’ancienne appellation due à un prédicateur itinérant qui lors de la Guerre Civile avisant l’impudicité d’un groupe de prostituées déclara qu’il se croyait dans la Sodome biblique… Dans ce  petit coin perdu des Appalaches s’est fixé dès le  mitan du dix-septième siècle un groupe d’immigrés venus d’Ecosse et d’Irlande, s’est ainsi maintenue la tradition de chansons, venues, et aujourd’hui disparues en Angleterre, interprétées a cappella. S’est aussi perpétuée la tradition orale d’histoire transmises de génération en génération.

             Sheila Kay Adams née en 1953 a été naturellement initiée à cette tradition par sa grand-tante Dellie Chandler Norton (1898–1993), elle est ainsi devenue l’héritière d’une filiation qui remonte à sept générations. Chanteuse, récitante, joueuse de banjo, elle passe sa vie à transmettre autour d’elle ce qu’elle a reçu. Elle est une activiste reconnue par les institutions musicales et les jeunes artistes qui cherchent à préserver un legs précieux.

             Il existe de nombreuses vidéos de Sheila Kay Adams, nous avons choisi de visionner la suivante parce qu’elle s’inscrit dans la tradition des mythiques enregistrements effectués par la Bibliothèque du Congrès, la Library du Congress pour reprendre l’appellation originale.  Tous les amateurs de blues et de folk américain, savent que c’est en cette institution sise à Washington que furent recueillis les premiers documents sonores fondateurs de notre musique. Les amateurs de rock ont conscience de ce qu’ils doivent à John Lomax et à son fils Alan.  C’est au début des années trente que la collecte débuta. Notons que certaines archives ont été récoltées en Europe…

    SHEILA KAY ADAMS

    LIBRARY OF CONGRESS

    (Enregistrement du 19 / 04 / 1917)

             Si vous vous attendez à une cérémonie grandiloquente, avec applaudissements et discours, vous faites fausse route. Le but n’est pas de récompenser un artiste mais de le saisir en action dans son authenticité la plus pure. Pour ceux qui renâclerait à cette vision un tantinet spartiate, nous conseillons de regarder  la vidéo : Sheila Kay Adams Oral History  dans laquelle Sheila Kay interviewée par Stephen Winnick témoigne de cette transmission séculaire. Nous y apprenions  non pas ce que nous ignorons mais la simplicité  avec laquelle les choses, les plus humbles comme les plus significatives, se déroulent. Dans ce qu’elle raconte il y a quelques fortes têtes, quelques curieuses personnalités, mais ni héros ni héroïnes, seulement un peuple qui prend conscience de lui-même.

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    Traditional music performance : Elle joue, elle sourit, sa longue chevelure blonde enveloppe ses épaules, sobrement vêtue d’une veste parsemée de points argentés, elle tient son banjo sur sa poitrine, le son est maigrelet, sans aucun artifice, pas de Sam Phillips derrière elle pour pousser la reverbe, c’est cru, sans assaisonnement, elle chante, pas vraiment, comme moi, peut-être moins bien que vous, admettons qu’elle fait semblant de ne pas chanter, elle parle, normal puisqu’elle raconte une histoire, un conseil laissez la petite Dinah tranquille, ce n’est pas qu’elle n’aurait pas davantage de vocabulaire, c’est qu’elle le répète, au moins on ne pourra pas affirmer qu’elle ne l’avait pas dit, le gars rouspète : s’il n’a pas Dinah il n’aura aucune autre fille, il pleut, il neige, il garde Dinah pour la nuit. C’est fruste et expéditif. Nos ancêtres des temps révolus ne pondaient pas des alexandrins à la queue leu leu. Quant à la mélodie, disons qu’elle est dans la rythmique. Banjo stories and origins : elle présente un nouveau

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    banjo, plus petit que le précédent, vu sur l’écran il semble avoir été fabriqué avec une grosse boîte de camembert bien de chez nous, elle annonce qu’elle va interpréter un morceau de Frank Prophet Junior, fils de Frank Prophet le chanteur, un gars timide, mais il ne fallait pas le voir en colère car il était alors comme bien d’autres montagnards qu’elle a connus, il perdait un peu la tête, elle est allée le voir et lui a demandé de jouer pour son prochain spectacle Tom Dooley. C’était osé car dans sa famille ils collectionnaient les disques, et l’un d’entre eux a atterri dans les mains d’une personne qui l’a passé au Kingston Trio qui ont enregistré le morceau, il faut que vous sachiez que Frank Senior a touché à peine sept cents dollars, Ballad of Tom Dooley :

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    voici comment Frank Junior me l’a joué et apprise. Le mini banjo possède un son encore plus maigrelet que le précédent, elle ne chante pas vraiment, elle la commente en quelque sorte, Tom Dooley fut pendu pour avoir tué la jeune Laura Foster, il a ‘’avoué’’ le meurtre à demi-mots, les paroles sont de Tom Doolie il les a chantées dans sa cellule, Tom Doolie était un confédéré et le juge provenait de l’Union, il a demandé son banjo et son violon, quelqu’un les voulait-il, personne n’a répondu alors il a cassé le violon sur le cul de la monture sur laquelle il était assis la corde au cou… Quinze années plus tard Ann Melton qui aurait dû se marier avec Tom a déclaré qu’elle avait tué Lura qui était la maîtresse de Tom… Un drame oui, mais à l’entendre vous avez l’impression qu’elle vous raconte qu’elle a trébuché dans l’escalier et qu’elle s’est sans gravité tordu le pied. Un petit épisode de la vie d’autrefois. Il semble que dans l’ancien temps quand le destin s’en venait frapper à votre porte, il ne se prenait pas pour Beethoven, les temps étaient rudes, c’était comme ça. Nietzsche nous dirait que l’accumulation du ressentiment prépare l’explosion du nihilisme. Exploring traditional

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     ballads : elle explique qu’elle aimerait chanter le traditionnel Lord Bateman, que la ballade est longue qu’elle possède quatre-vingt-seize couplets mais qu’elle n’aura eu à en apprendre qu’une quarantaine, de toutes les manières elle interprètera plutôt une super petite historiette : Marty Grooves, toutefois elle choisirait bien  Mary Hamilton qui parle d’infanticide, un peu spéciale, beaucoup de femmes ne s’en souviennent pas, les temps étaient durs, en ces temps-là les femmes sans mari faisaient comme elles pouvaient, donc je fais celle-là ou Matty Groves, c’est vous qui voyez, levez la main, ah bon, dommage pour Mary, et elle se lance dans la longue complainte de Mary qui finira par être pendue pour avoir jeté à la mer son bébé à qui elle vient de donner naissance. Attention, cette ballade parle de lutte de classe et de revendication, Mary monte au gibet mais elle revendique sa pureté. La séquence est glaçante, pourtant Sheila ne chante jamais plus fort un vers que l’autre, elle se contente de dire la cruauté du monde, et vous n’en menez pas large. Ancestry and personal travels  / Memory of Madison County /The green room experience / Final song and conclusion : je vous résumerai ces dernières séquences, qui n’en forment qu’une seule : Sheila raconte son monde, sa famille, son County, ses amies qui chantent avec elles, plus quelques grivoiseries, ce n’est pas que je veux vous en priver, c’est que si je les transcrivais, même mot à mot avec la plus grande exactitude – j’en suis incapable - mais simplement parce que partant du principe que les lecteurs de ce blogue doivent aimer le rock ‘n’roll et que je ne voudrais pas les priver d’un document extraordinaire sur le rock’n’roll dont elle ne parle pas, il n’y a qu’à écouter ce qu’elle dit sur le bluegrass pour comprendre ce qu’elle doit penser du rock, mais en l’écoutant vous toucherez à l’essence même du rock’n’roll, qui je vous le rappelle n’est qu’une musique populaire.

    Damie Chad.

     

     

    *

             Certains recherchent la difficulté. Exprimer par la musique seule ce que l’écriture nous a légué est une véritable gageure. Bien sûr, il y a eu des romans et des films qui vous aident à y voir plus clair. Façon de parler car la scène évoquée était des plus sombres. Il s’agit d’un des épisodes les plus tragiques de la Rome Antique. Tout ce qui touche à l’antiquité gréco-latine m’étant particulièrement sacré, je n’ai pas pu résister, d’autant plus que la manière d’aborder le sujet  est des plus courageuses.

    PLINE

    VESUVE

    (Bandcamp / Février 2023)

             C’est la couve qui m’a attiré, une véritable vignette de bande dessinée, mais surtout cette odeur de romanité qui ne trompe pas. Une image paisible. Un homme en toge vu de dos qui contemple le soleil qui se couche. Dans la mer. Solei rose, l’on a envie de réciter les vers d’Homère, l’aurore aux doigts de rose, d’ailleurs sur cette image l’astre se couche-t-il ou se lève-t-il… Autre hésitation, des deux mots Pline et Vésuve, lequel désigne-t-il le groupe et quel autre l’album.

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             La Discorde, vous pouvez visiter son Instagram, peu d’œuvres mais une sensibilité rock, goth et plus étonnant (pas tant que cela) une influence de la peinture classique. Certains objecteront que cela sent le pompier, je leur rétorquerai que s’il y a des pompiers c’est parce que le feu menace. Une œuvre qu’elle évoque, des sujets légendaires ou issus de notre modernité, peuvent être qualifiées de facture mythologique en le sens qu’elle ne présente pas  simplement des scènes humaines, des êtres, des situations, mais qu’elle les transcrit et les fige dans le cadre de l’une temporalité qui confine à l’atemporalité. 

             En tout cas les deux vocables sur la pochette évoquent le même évènement, le volcan du Vésuve et la célèbre anecdote de Pline, mort par asphyxie pour s’être approché un peu trop près de l’éruption qui ensevelit les villes de Pompéi et d’Herculanum.

             Un groupe français basé sur la belle ville de Montpellier. Il semble n’avoir effectué que quelques apparitions minimales depuis le début de l’année.

    Victor Bassinot : basse / Cyril Vinmill : guitare / Julien Vésuve : batterie.

    Ad gloriam : (Vers la gloire) : la gloire de qui ? Il existe Deux Pline, l’Ancien celui qui fut victime de sa curiosité scientifique et de son courage, et Pline le Jeune, son neveu et fils adoptif qui fut un proche de l’Empereur Trajan. Le trépas de Pline l’Ancien est rapporté dans une de ses célèbres Lettres, rédigée à la demande de Tacite. L’on prononce le mot gloire si l’on pense au triomphe dévolu à un général romain qui était fêté par un immense défilé dans la ville de Rome, des cris de joie, des fanfares, des applaudissements, des distributions de nourritures, mais ici vous risquez d’être surpris par une orchestration lourde, lente, solennelle, une marche presque funèbre, c’est que la gloire dont on parle ici n’a rien à voir avec celle qu’un sportif acquiert aux Jeux Olympiques, ou un acteur au théâtre, la gloire n’est ni la fille d’un éphémère succès ni la résultante d’une passagère célébrité, la gloire ne survient pas de notre vivant, elle n’est pas une couronne de laurier déposé sur la tête d’un contemporain, mais une couronne d’immortalité que la renommée dépose sur la mémoire des morts.   Historia Naturalis : (Histoire Naturelle) : si vous n’avez pas choisi sur lequel des deux Pline

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    l’auréole de la gloire a été attribuée le titre de ce morceau vous l’apprend : Pline l’Ancien est l’auteur de la monumentale Histoire Naturelle, c’est un peu l’équivalent antique de l’Encyclopédie de Diderot, encore qu’un siècle après sa parution l’ouvrage du dix-huitième siècle avait perdu toute prétention scientifique, alors que durant des siècles les trente-sept volumes de notre compilateur firent référence. Lent est le flot instrumental, mais la batterie guide le rythme de la lecture, pas le temps de se reposer en route, l’on tourne les pages régulièrement, parfois l’on peut avoir l’impression d’une surcharge d’informations, de passer du coq à l’âne, d’être rassasié mais l’auteur ne vous laisse pas le temps de digérer, le monde est si vaste qu’il faut accélérer, devant le flux de connaissances dont vous êtes gavés vous avez l’impression de toucher du doigt, non à celui d’un savoir universel, mais à la notion d’éternité.  Uiscera montis : l’on aurait envie de traduire par les viscères du monstre, en pensant à la montée turgescente de la lave dans les entrailles du volcan, claires sonorités vite recouvertes de lointains grondements, Pline a laissé ses livres derrière lui, son navire fonce vers la baie de Naples, quelque chose d’étrange est en train de se dérouler, il le pressent en tant que responsable de la Flotte de la Méditerranée, il s’interroge, déjà son esprit émet des hypothèses et court au-devant du mystère. Abitio : douces sonorités, des flocons de neige effacent le paysage, des pierres tombent, des rafales de cendres tournoient dans l’espace, il n’y a plus rien, la montagne gronde encore mais tout semble avoir disparu, une pluie de poussière noire obscurcit les yeux et gomme le paysage, tout est mort. Point d’orgue. Umbris inhfernis : où est l’enfer, dans ces couloirs que l’âme des morts emprunte, si nombreux que la foule avance lentement, peut-être même  Cerbère les a-t-il laissé passer sans rien demander, peut-être n’ont-ils plus peur, l’enfer ils l’ont connu, ils l’ont déjà traversé lorsque le volcan s’est entrouvert et a vomi sa mort brûlante, maintenant peut-être se sentent-ils en sécurité, et ont-ils eu l’impression de descendre dans un abri souterrain, la musique n’est-elle pas davantage nerveuse pour traduire l’émoi de l’effroi qui accable ses pauvres âmes, la trière de Pline est-elle devenue la barque de Karon, celle qui vous transporte irrévocablement de l’autre côté. Définitivement. Sepelito : nous avons vu l’intérieur de la mort, voici leur sépulture, l’extérieur, le cimetière, un bien grand mot, même si la musique n’a jamais été aussi tragique, il ne reste rien, l’on ne voit rien, pas une tombe, pas une allée, pas un mur, une couche de cendres, une place désertée toute noire, un linceul de tuf qui recouvre les morts, les ruines, la vie qui s’est enfuie, qui ne reviendra plus, les populations sont ensevelies dans une gangue de boue solidifiée, Pline lui aussi est mort, nous n’avons perdu qu’un seul homme aimerions-nous proclamer, son fils adoptif a eu l’esprit de s’enfuir juste à temps, la musique se tait, que pourrait-elle ajouter de plus. Ou de moins. 

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             Nous sommes loin de l’harmonie imitative. L’on attend un péplum multiphonique, Vésuve nous offre un poème pas du tout symphonique, l’on est tenté de dire minimaliste. Un poème sans mot. La musique aussi légère qu’un grain d’encens qui s’élève vers le ciel, dans lequel il ne trouve aucun dieu à qui se vouer.

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             Mais nous avons les ouvrages de Pline l’Ancien et de Pline le Jeune à relire. Le méritons-nous…

             La discographie de Vésuve est plutôt succincte. Profitons-en pour écouter leur dernier opus :

    L’HORIZON DES EVENEMENTS

    (Bandcamp / Mai 2025)

             L’on ne change pas une équipe qui gagne : La Discorde a donc été chargée de la couve. Changement de style. La précédente est une illustration, une effigie symbolique, ce coup-ci le résultat est beaucoup plus abstrait.  Du moins à première vue. Car si l’on y regarde de plus près, il nous semble reconnaître un tant soit peu la silhouette de Pline, mais à la réflexion on a plutôt l’impression de voir Empédocle face au volcan dans lequel il ne va pas tarder à se jeter. L’horizon des évènements ne serait-il pas la mort, le néant. Pensons à Hölderlin, ce poëte annonciateur de Nietzsche.

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    L’horizon des évènements (Part I) : le son est beaucoup plus fort, plus majestueux que sur l’opus précédent, ce qui n’empêche pas une certaine sérénité, quand l’on s’approche de la fin, l’on commence à avoir une idée de ce sur quoi on va déboucher, à moins que nous soyons pas en train d’avancer, et que c’est l’horizon qui viendrait à nous, d’ailleurs ce n’est plus une certaine tranquillité qui monterait en nous mais un sentiment de plénitude qui nous absoudrait de n’importe qu’elle angoisse, même de la plus légère inquiétude. L’horizon des évènements (Part II) : il n’existe pas vraiment de coupure entre ce qui précède et ce qui advient, une espèce tout au plus de très léger hiatus, comme si ce qui serait en train de survenir n’adviendrait pas vraiment puisque le phénomène était déjà en nous, depuis longtemps, depuis toujours, un soupçon de gravité un peu plus suave mais qui se déplacerait sur des escarpins de soie, la batterie bat de l’aile, des notes de guitares plongent au fond de l’aquarium, ici le fond et le haut naviguent de conserve, l’un prend une direction et l’autre son opposé, il semble toutefois que tous deux parcourent un même chemin, celui de l’immobilité, l’instrumentation produit quelques vagues, juste pour nous montrer que nous ne les ressentons pas, que nous sommes au-dessus de tous ces faux mouvements, que l’horizon de la tragédie humaine n’est pas autre chose que notre origine, que nous sommes la vie et la mort mélangées en une eau trouble qui ne retrouvera jamais la limpidité qu’elle n’aura jamais eue. Faut-il parler d’exultation ou d’alanguissement lorsque la musique s’arrête…

             Que trouve-t-on au fond du maelström lorsque l’on touche le fond. Vortex ou vertigo.

    Damie Chad.