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  • CHRONIQUES DE POURPRE 749 : KR'TNT ! 749 : THE PHANTOM / MAXWELL FARRINGTON / ROLLING STONES / BARNEY HOSKYNS / MORTUARY CAVE / DICK RIVERS / JOAN BAEZ

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 749

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    01/ 10 / 2026

     

     THE PHANTOM / MAXWELL FARRINGTON

    ROLLING STONES / DOOM GONG

    BARNEY HOSKYNS / MORTUARY CAVE  

    DICK RIVERS  / JOAN BAEZ

     

     

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    The One-offs

     - Phantom of paradise

             Sur son parcours, le fan de rock tombe parfois sur une grosse pierre plate. Il s’arrête et se pose la question philosophique : «À quoi peut bien servir une grosse pierre plate, sinon à être soulevée ?». Alors le fan de rock s’agenouille et la soulève.

             T’as déjà soulevé une grosse pierre plate au bord d’un chemin ? Donc tu sais. Tu soulèves et tu découvres un monde grouillant. Comme tu déranges le monde grouillant, il s’affole. Quand on soulève la pierre plate sous laquelle tu vis ta vie d’invertébré, tu t’affoles aussi. C’est normal.

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             Revenons au rock et à nos chères métaphores. La première grosse pierre plate s’appelait Nuggets. Dans la chronologie, elle se situe en 1972. En la soulevant, tu découvrais l’univers grouillant du garage-punk américain des sixties. Cinquante ans plus tard, tu l’explores encore. Tu t’es jeté sur les plus «accessibles», Shadows Of Knight, Standells, Seeds, 13th Floor Elevators, Chocolate Watchband, Electric Prunes, puis t’es allé de loin en loin sur Sagittarius, les Mojo Men, les Cryan Shames et tout le reste de la bande, et ça t’a catapulté vers des tas d’autres groupes, puis vers des séries de compiles, les Peebles, les Back From The Grave, et les Rubble, et vers les coffrets, le Nuggets extended, le Nuggets des héritiers, le Nuggets des Anglais, le Nuggets de la planète Mars, le Nuggets du futur, le Nuggets de l’asile de fous, le Nuggets de prends-moi-pour-un-con, c’est devenu tentaculaire, ça a tourné au bal des balais de Mickey dans Fantasia, ça t’a dépassé, ça t’a ruiné, t’as vendu ta baraque et ton âme pour continuer de financer cette boulimie de Nuggets, et aujourd’hui ça continue, après les albums, les coffrets, et tout ce bordel, il te faut les 45 tours, alors ça repart de plus belle. Ta langue pend encore plus bas, tu passes tes journées sur Discogs et tu fais rentrer 60 à 80 disks par mois dans ta baraque de fou. Plutôt que de soigner ta petite pathologie, tu l’entretiens. Tu l’aimes bien. Elle est là depuis le début. Elle s’appelle la curiosité. La curiosité n’est pas seulement un vilain défaut : c’est surtout un formidable moteur. Vroarrrr ! 

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             L’autre grosse pierre plate s’appelle les Cramps. Même topo que Nuggets. Si tu soulèves, t’es baisé. Comme Stanley et Livingstone, Lux Interior a exploré un continent, via sa passion pour les singles de garage-punk et de rockabilly, plus tout le reste, mais on ne va pas rentrer dans les détails, nous avons des spécialistes qui le feront bien mieux. La grande force de Lux est d’avoir ramené à la surface, en réinterprétant leurs cuts, des fabuleux artistes, ce qu’on appelle par ici des ‘rockabs sauvages’, dont les plus connus sont Hazil Adkins, les Trashmen, Jack Scott, Dwight Pullen et le fantastique «Sunglasses After Dark», Bill Allen & The Back Beats, Randy Alvey & The Green Fuzz, sans oublier le «Strychnine» des Sonics, le «Primitive» des Groupies, le «Crusher» des Novas, Kip Tyler & the Flips. Et, grosse petite cerise sur le gâtö : The Phantom.

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             Le plus dingue de tous est bien sûr The Phantom, avec «Love Me», ce cut échappé de l’asile de fous. La version de Lux est magnifique, mais on ne peut pas résister à l’envie d’écouter l’original sur Dot. Et là tu retournes sous la pierre plate grouiller avec les autres dingos dans les ténèbres de l’underground qui restent, encore à ce jour, la plus belle réserve de vie du rock, car c’est là que tout se joue, que tout vit et que tout meurt, certainement pas dans les lumières de la ville ou sur les sentiers de la gloire. «Love Me» cause à l’animal qui est en toi. C’est un single fulgurant d’une somptueuse brutalité, on y entend les pires screams de l’univers, c’est l’un des sommets du rock, on y goûte l’insurpassable grandeur de la folie lorsqu’elle devient de l’art, et cinquante ans plus tard, tu ne parviens toujours pas à mesurer l’étendue de cette folie, tellement elle te fascine. Rrrrrraaaaaaaaaaaahhhhh ! T’es prévenu dès l’intro. Le scream est toujours aussi pur, aussi glaçant, aussi profond, tu le sens dans tes chairs et tu l’accueilles à bras ouverts. C’est un concentré d’exultation extrême, personne ne peut oser chanter après The Phantom, et t’as cette frénésie de killer solo en plein milieu. Tu ne sais pas comment ça tient debout. Il halète comme s’il éjaculait dans son pantalon. T’es au bout du bout. Chaque fois qu’on l’écoute, on pense à la tête qu’a dû tirer Lux quand il a découvert cette bombe. Tu peux chercher partout, il n’existe rien de plus extrême, de plus edgy, de plus hot-as-hell, de plus wild-as-fuck que ce truc qui menace à tout moment de s’écrouler. Et pourtant, on en connaît tous des tonnes des cuts qui menacent de s’écrouler en route, mais aucun de ceux qu’on voudra bien citer n’arrivera jamais à la cheville de «Love Me». Absolument aucun. Il y a tellement d’écho sur sa voix qu’on se croirait chez Uncle Sam avec un Elvis qui aurait avalé un bocal d’amphètes, et plus tu l’écoutes, plus t’es éberlué par le killer solo flash qui renvoie toute la bande des autres killers au vestiaire.

     Signé : Cazengler, The Phantoche

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    The Phantom. Love Me/Whisper Your Love. Dot Records 1960

     

     

    L’avenir du rock

    - Farrington en fait des tonnes

    (Part Two)

             L’avenir du rock le voit arriver de loin, l’autre cinglé de Stanley. Fuck ! Dans le désert, c’est compliqué d’éviter les gens qu’on ne veut pas voir. Au moins, en ville, on peut tourner vite fait à droite dans une ruelle pour éviter de croiser l’indésirable, mais là, dans l’immensité de cette platitude, c’est impossible. Ah putain, se dit l’avenir du rock, manquait plus que lui ! Pas possible d’être tranquille, même en plein cœur du désert ! Quand t’as de la chance, tu croises un mec tous les 30 du mois, et faut que ça tombe sur cet abruti ! Quelle poisse ! Alors qu’il est encore à bonne distance, l’avenir du rock le voit accélérer le pas. Il sait exactement ce qui va se passer. Stanley va lui demander pour la centième fois s’il a vu Livingstone. L’avenir du rock ne peut plus le supporter. L’idée lui traverse soudain l’esprit de repartir en marche arrière, histoire de faire croire à l’autre débile qu’il a une hallucination. Alors il s’arrête et repart en marche arrière. Au loin, Stanley s’arrête un moment puis il se met à courir. Ah l’enfoiré ! L’avenir du rock essaye de courir en marche arrière, mais c’est pas facile. Essaye et tu verras, c’est même casse-gueule. Et c’est vraiment pas le moment de se vautrer. Au loin, Stanley accélère. Une idée jaillit soudain dans le cerveau ébranlé de l’avenir du rock :

             — Et si je me transformais en baobab ?

             Ah quelle bonne idée ! L’avenir du rock s’arrête et prend la position du poirier, sur la tête, avec les pieds en l’air. Comme le poirier est impossible dans le désert, c’est forcément un baobab. Qui irait adresser la parole à un baobab ? Personne. Stanley arrive, tout essoufflé. Il porte son casque colonial, sa saharienne, son gros short en coton crème, ses godasses de rando et de grosses chaussettes en laine. Il soulève son casque et s’éponge le front avec sa manche. Puis il se penche vers le baobab, l’examine un moment, ne semble pas bien comprendre, et soudain il sourit :

             — Ah vous avez bien failli m’avoir, avenir du rock. J’allais vous prendre pour un baobab.

             Et paf, il pose sa question débile :

             — Je cherche désespérément Livingstone, l’auriez-vous croisé ces derniers temps ?

             Excédé, l’avenir du rock lui rétorque d’une voix aigre :

             — Au lieu de chercher votre fucking Livingston, cherchez plutôt Farrington !

     

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             Maxwell Farrington arrive sur scène coiffé comme un page florentin. Il a rajeuni de vingt ans. On se prépare, car il fait partie des artistes dont on attend des miracles. On l’a déjà vu à l’œuvre en 2021, et depuis, on le suit à la trace. Eh oui, on adore les miracles. Avis aux amateurs.

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             Pas de batterie. À gauche, juste un mec assis derrière des claviers. De l’autre côté, le Super-homard gratte ses coups d’acou et balance ses petites vannes entre deux cuts. Et au milieu danse le plus libre des crooners, le mec le plus mal fringué du monde, l’anti-star/ange de félicité, le groover aux pieds ailés, sans doute l’artiste le moins attiré par la gloire et la frime, mais surtout la meilleure voix qu’on ait entendue depuis Sanford Clark et Lee Hazlewood. C’est du très gros niveau. Fasciné par les vraies voix, Totor aurait adoré produire Maxwell Farrington, comme il a produit Dion et Leonard Cohen, John Lennon et George Harrison, Bill Medley et Bobby Hatfield.

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             Maxwell Farrington va même taper une petite reprise de Frank Sinatra, histoire de faire baver les connaisseurs. Le seul défaut du set serait peut-être la boîte à rythme, mais on finit par l’oublier, on finit aussi par oublier l’omniprésence du Super-homard. Maxwell Farrington est tellement bon. Il a la carrure d’une superstar. Il danse et vit ses chansons, il incarne la liberté de ton, il flirte en permanence avec Dada. S’il ne se dématérialise pas, c’est pour la seule et unique raison que son talent le Nietzsche dans sa niche, il croone donc il est, il incarne l’excès de l’ecce homo, il chante par-delà le bien, le mal et les montagnes, il tient l’humain-trop-humain par la main, il t’offre sur un plateau d’argent le gai savoir-vivre, il joue avec la généalogie de la morue. Maxwell

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    Farrington est l’homme des cimes, le Yéti de l’Olympe. Il te donne le vertige quand il s’élève, au détour du without TV de «Two Hopeless Lovers». T’en frémis encore le lendemain.

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             Le nouvel album de Maxwell Farrington & Le Superhomard s’appelle Window Tax. On tombe aussitôt sous le charme de «Brussel Sprouts». Maxwell Farrington devrait s’appeler Maxwell l’enchanteur. Il crée son monde, il se promène dans le son avec une classe intersidérale. Mais on sent que l’orchestration est trop forte. Ça cogne avec un chant qui réclame de la légèreté. Le coup de génie de l’album est le duo d’enfer Maxwell & Lily Buchanan dans «Do Da Da Da». Il arrive au like the sun obscures the moon et là tu te pâmes. Plus loin, il revient avec the baby bouzoukis below Bach and Beethoven et tu assistes au pur genius de balancement - There’s a party I’d like to go/ I know it’s late/ There’s no mistake - Maxwell l’enchanteur ! Il sait poser sa voix, comme Lee Hazlewood et Sanford Clark. Dans «Supermarket», il est obsédé par le fill the hole et il s’envole à la fin sur That would make me smile. On s’éprend encore du désenchantement de «The Architect» - How long does it take to exist - et on assiste à la fantastique dérive intercontinentale de «Fish & Chips» - Like poetry almost rhymes/ There’s a space I put your name/ Next to mine - Flash encore sur le puissant groove de «Gap Year». Encore un hit - Understanding how it shapes your soul/ The serenading really takes its toll - Magie pure !

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             En 2021, Maxwell Farrington sort un album sans titre, et une belle repro de toile abstraite orne la pochette. Il chante dans un français d’extrême délicatesse purpurine («Je Préférerais»), il swingue sa samba balinaise à la pointe de la glotte. Il reste dans une ambiance de légèreté farringtonienne pour «Weather» et pose son croon sur un canapé de softy softah extrêmement moelleux pour «Norway». Tout ici est bercé au vent des îles. On pourrait ressortir Baudelaire et son Là, tout n’est qu’ordre et beauté/ Luxe, calme et volupté. Ou enore l’Il patinait merveilleusement de Paul Verlaine. Il semble que ce soit le crédo farringtonien. Il farringtone encore en B avec «If It Were Paper» et si avec «Homme Terrestre», on croit trouver le nouveau Lee Hazlewood, c’est raté. Il faut attendre la fin de la B et l’excellent «Stay @ Home» pour frémir. Farrington pose enfin sa voix sur un canapé d’heavy groove, et cette fois, c’est l’heavy groove du paradis.

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             L’année suivante Maxwell Farrington & Le Superhomard réapparaissent avec I Had It All. Il chante sa stance avec prestance, il fait son Lee dès le morceau titre d’ouverture de balda. Il sait se situer à la surface du son. Il devient impérieux avec «Burning». Disons que Farrington est l’un des grands chanteurs de notre époque, il montre une belle insistance. On le voit monter sa mélodie chant au sommet du lard avec beaucoup de tact. «A polka dot dress for my donna !» : ça sonne bien dans la bouche de Farrington. Il chante «Donna» à la seigneuriale, avec l’élégance d’un Stuart Staples. Et puis bien sûr, «Two Hopeless Lovers» nous rendra tous dingues. Mais vraiment dingues.

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             Impossible de faire l’impasse sur Yuletide & I’ll Tide With Yann. Pourquoi ? Parce qu’«Auld Lang Sync» (puissante énormité). Parce que «Feel My Nose» (heavy croon dadaïste supérieur). Parce qu’«Our Treasures Are Warm» (où l’on entend crooner un crooner de génie). Parce que l’heavy pop de «Santa & His Leg Of Ham» à la Waterboys. Parce que le country blues de «Paul Kelly Wants His Gravy Back», où il yodelle comme s’il venait du Kentucky. Parce que «The Whispering Snowman», ce fabuleux mid-tempo qu’il chante d’une voix tellement mure. Et parce que bien sûr «Dogs Howling From The Sky», cette heavy pop swinguée au xylo. Élégance suprême.

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             Quatre merveilles intersidérales se nichent sur Please Wait, à commencer par «The Boat» - The tide goes out in a silken dress - Totor aurait fait un carton avec Maxwell. Il chante comme un prince. Il chauffe son horizon. C’est wagnérien, grandiose, loin de tout. Dans «Plat Du Jour»; il bricole une fantastique apothéose de maybe there’s a way to look within. «Hexagon» est plus dansant. Maxwell adorait le danser sur scène - By way of Mexico/ They land in Tahiti - On s’effare encore de la fantastique clameur de «Beggin’s Not My Business» et de l’I’ll cry for all your sorrows/ I’ll cry for all your good. On flashe encore sur «Topinambur», un petit chef-d’œuvre de songwriting - When we’re on that boulevard/ With our heads up in the stars over here/ And our eyes engaged/ Towards a future clear and bright - et il chute sur ces trois vers miraculeux - When we focus on everything that’s wrong/ We can call out and cry/ Why aren’t we dancing tonight? - On suit Maxwell Farrington les yeux fermés. C’est un phare dans la nuit des temps.

    Signé : Cazengler, roulé dans la Farrington

    Maxwell Farrington. Le 106. Rouen (76). 18 septembre 2026

    Maxwell Farrington. Maxwell Farrington. Beast Records 2021

    Maxwell Farrington & Le Superhomard. I Had It All. Talitres Records 2022

    Maxwell Farrington. Yuletide & I’ll Tide With Yann. Lipton Park 2022

    Maxwell Farrington & Le Superhomard. Please Wait. Talitres 2024

    Maxwell Farrington & Le Superhomard. Window Tax. Talitres 2026

    Concert Délicieuse Récidive

     

     

    Wizards & True Stars

     - Keep on Rolling (Stones)

     

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             On a déjà exploré le Grand Œuvre des Rolling Stones sous des angles divers : via Brian Jones (‘Il faut sauver le soldat Brian’, Part One, Part Two et Part Three), via Ronnie Wood (‘Knock on Wood’), via un ‘Stunning Stones’ pour saluer leur apogée en 1964, et via Charlie Watts, quand il a cassé sa pipe en bois (‘J’ai la Watts qui s’dilate’, Part One, et un Part Two qui nous a donné l’occasion de re-passer au peigne fin tout le Grand Œuvre des Stones, assis derrière la batterie de Charlie Watts, et c’est pas du tout le même éclairage). Et puis nous reprendrons le pèlerinage via quelques ‘One-offs’ ici et là, car souviens-toi, humble mortel, que les Rolling Stones furent un fantastique singles band.

             Mais comme les Stones reviennent dans l’actu avec un nouvel album et leurs bobines de vieux pépères en couvertures des magazines britanniques, on va en profiter pour remettre les pendules au carré.

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             On aurait très bien pu le faire en 2023, quand est paru Hackney Diamonds. On s’est posé la question à l’époque : faut-il l’écouter ? Oui, bien sûr. L’album est même assez stupéfiant. Tu vas de surprise en surprise. Andrew Watt le produit, et Steve Jordan bat le beurre. Il joue heavy et met du poids dans la balance. Avec «Get Close», on se croirait sur Sticky Fingers. Keef regratte son vieux riff de «Can’t You Hear Me Knocking». Incroyable ! Les Stones font encore de la Stonesy. Et là, mon gars, tu tends bien l’oreille. En même temps, tu t’interroges. Quel sens ça peut avoir aujourd’hui ? C’est un peu comme si les Stones se sentaient obligés d’enregistrer un nouvel album et toi de l’écouter. À quoi ça rime ? Eh bien, t’as la réponse avec «Get Close». Les Stones rockent le boat. C’est tout ce qu’ils savent faire, rocker the boat. C’est à l’échelle d’une vie. Et s’ils sont encore capables de rocker comme des cakes, alors tu t’inclines respectueusement. D’autant plus qu’arrive «Bite My Head Off», l’hardcore des Stones, bien chargé de take me down, et là tu reprends ta carte au parti. Keef te fait un break de congestion massive, suivi d’une contrepèterie sublime d’excelsior parégorique. Alors te voilà On the Hook. On retrouve de la Stonesy dans «Mess It Up». On les reconnaît immédiatement, dès les premières mesures. Le rock, c’est eux. Steve Jordan lance l’heavy beat de «Live By The Sword» et ça groove aux accords glam ! On se croirait chez T. Rex ! C’est Keef qui chante «Tell Me Straight» et ça prend aussitôt une dimension mythique. Fabuleux ! Il a toujours cette voix de tell me straight. Puis ils bourrent la dinde de «Sweet Sounds Of Heaven», ils savent injecter du power dans un simple balladif pour en faire un hit tentaculaire. Le Jag qu’on n’aime pas duette avec Lady Gaga qu’on n’aime pas non plus, mais c’est beau. Ils terminent avec leur point de départ : le «Rolling Stone Blues» de Muddy. Ils bouclent la boucle. Et là tu dis amen.

             Il est aujourd’hui de bon ton de cracher sur les Stones. C’est comme de cracher les Beatles. Ça vient en général des clowns, c’est-à-dire ceux qui n’ont rien compris au film. Mais RIEN. Tu les entends pérorer au bar après les concerts, et c’est un désastre. La voix du néant. Des smartphones à deux pattes.

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             Bon c’est vrai que les Stones ne font rien pour arranger les choses. Ils ramènent leurs bobines de pépères gâteux en couverture de Mojo et d’Uncut. Le plus abîmé des trois, c’est Ron Wood, surtout sur l’une d’Uncut, son visage se renfrogne, se creuse, ses yeux rapetissent, on voit le vieillard qui se teint les cheveux. Au moins Keef est beaucoup à l’aise avec son air de Pirate des Caraïbes et ses grandes oreilles. On ne pense toujours rien de bien du Jag. RIEN. Sur l’une de Mojo, il s’est fait une tête d’éternel étudiant, et sur celle d’Uncut, il rit gras comme un trafiquant d’esclaves. C’est pas maintenant qu’on va se mettre à l’apprécier. Depuis l’élimination de Brian Jones, tout repose sur Keef. Les autres sont une sorte de déco. Pour faire les Stones, il faut être cinq, alors Keef a de la déco. Le talent, c’est lui. La pertinence, c’est lui. La longévité, c’est encore lui. Les Stones c’est lui, alors que les Rolling Stones, c’était Brian Jones.

             Si on lit ces deux gros articles (11 pages dans Mojo et 11 pages dans Uncut), c’est pour écouter ce que nous dit Keef. Avec John Lydon, il est l’interviewé le plus captivant et le plus pertinent de l’histoire du rock.

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             Dans Uncut, Michael Bonner commence par rappeler que lorsqu’ils descendent dans un hôtel en ville, les Stones réservent tout un étage. Cette vieille habitude remonte aux années 70 : ça permet de gérer la logistique et les touring parties. T’as des gardes du corps à toutes les portes d’ascenseurs et les couloirs fourmillent de journalistes qu’on convoie comme du bétail de pièce en pièce pour les interviews. Les Stones sont à Londres pour la parution de leur 25e album, et ils donnent des interviews. Ils ont déjà convié la presse à New York, dans des conditions similaires, une semaine auparavant. Keef n’est pas encore arrivé à Londres : il attend la naissance de sa première arrière-petite fille. On apprend dans l’article que Foreign Tongues a été enregistré à Chiswick, west London, en quatre semaines, quickly, «with everyone in the room.» Les Stones n’ont rien perdu de leur «well-timed, high-impact gesture». Il faut se souvenir qu’ils n’avaient rien enregistré pendant vingt ans : leur dernier album, A Bigger Bang, datait de 2005. Les stones continuent de se diversifier : punk, country, four-on-the-floor songs. Comme le dit si bien Keef : «It’s the Rolling Stones. It’s all you get.»

             Uncut avait réussi à choper Keef à New York un peu plus tôt. Keef rappelle son attachement aux studios : «You have to play rooms almost like an instrument, to get a feel from them.» Il dit que c’est un gros boulot que de trouver les «Stones-friendly rooms» : «It’s like putting an old coat: comfortable.» Il rappelle que Some Girls fut enregistré à Paris, alors que l’album ne parle que de New York experiences. Et il ajoute : «‘Rough & Twisted’, that’ll do.»

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             Keef finit quand même par évoquer Darryl Jones et Steve Jordan, les deux black Stones  : «Steve was the guy that Charlie wanted to take the stool if he wasn’t there. There was a great mutual respect between those two that you can’t buy.» On entend encore Charlie sur Hackney Diamonds. En plus de la nouvelle section rythmique, les Stones ont embauché Robert Smith sur deux cuts («Divine Intervention» et «Never Wanna Lose You»). On retrouve aussi Stevie Winwood. Keef le connaît depuis qu’il a 15 ans. Keef rappelle aussi qu’il reste pas mal de cuts des Stones en réserve : «Some Of Us» date de Dirty Work - There’s still so much in the can from those days - Alors il en ressort un de temps en temps, et ça marche.

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             C’est Ron Wood qui aborde la question des solos. Keef préfère gratter ses riffs - The riff makes the song. Anybody can play the solo - Il laisse les solos à Wood qui lui dit : «Keith, I’m not sure about that», et Keef lui rétorque : «I’m the cake. You’re just the icing.» Oh merci Keef ! Et Keef d’ajouter qu’un groupe c’est un body : les Stones savent respirer et exhaler en même temps - You won’t get this in the gym, man.

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             Comme sur Hackney Diamonds, ils finissent avec une cover d’un standard du blues, le «Beautilful Delilah» de Chucky Chuckah. Keef : «To do that sort of thing, you really need your Mick Jagger. That’s the great thing about recording: you got it.» - Le Bonner s’épanche : «It’s also very poignant, because it is you and Mick together, and you’re the last surviving original Stones.» Keef reprend la balle au bond en lance l’une de ces vérités qui font sa grandeur spirituelle : «I never think about that when Mick and I are just sort of plunking away. Then I understand later. It’s the connections in the grander scheme of things, isn’t it?». Il croasse de rire, et ajoute : «What can a poor boy do?».

             Questionné sur la longévité des Stones et leurs 25 albums, Keef  répond que l’humour est toujours là - There’s a sense of continuity, which is a rare thing in this world. I relish it and treasure it. And you know, although guys are dropping by the wayside, I love Mick’s enthusiasm. He’s my best mate in many ways - Et puis au détour d’un saut de ligne, on réalise que le p’tit dernier, Ronnie Wood, est dans les Stones depuis 50 ans. Eh oui, Black & Blue date de 1976. L’occasion est trop belle pour Woody de résumer les Stones : «The spirit of the band has remained exactly the same. Same sense of humour, the same vibe, same challenge, same creativity and striving for the same effect, which is a magic that comes out of the air.» Les Stones naviguent désormais très haut, comme Dylan et McCartney. Par contre, Keef ne sait pas trop si les Stones vont repartir en tournée. Il avoue «some wear and tear», Il envisage plutôt a residency somewhere. Et Woody le philosophe d’ajouter : «We’re not getting any younger. None of us are getting out of here alive.» Keef est plus prosaïque : «Is it still exciting? Yeah, it’ll be exciting until something inside me says, ‘That’s that.’» Et Keef de conclure : «It’s still a bit mind-boggling, even at this age.»   

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             Dans Mojo, Will Hodgkinson rencontre Keef à l’Hit Factory de Manhattan. L’Hodge rappelle que Steve Jordan battait déjà le beurre pour Keef au temps des Xpensive Winos. Et au passage, on apprend qu’Andrew Watt, le new superfan producer, n’a que 32 ans. L’Hodge parle de Foreing Tongues comme d’un «21st century meeting of Exile On Main Street (the essence of Keith) and Some Girls (the most ‘Mick’ of all the Stones’ classics).» Parmi les invités, on compte Stevie Winwood, McCartney sur un balladif et Robert Smith. Un Smith qui se baladait au Metropolis Studio de Chiswick pour rencontrer Andrew Watt et le Jag profita de l’occasion pour l’inviter à se rendre utile sur une session. Choix bizarre. C’est comme si les Cramps avaient invité Bauhaus.

             Keef aborde assez tôt dans l’article le sujet des tournées. Il avoue avoir de l’arthrose dans les doigts. Donc ça va devenir très compliqué, comme ça le fut pour Auguste Renoir.

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             Autre sujet compliqué : Andrew Loog Oldham. Le Jag l’expédie vite fait : «He was a great publicist but he was not a steady hand, wasn’t a person who knew how to manage people or make money off touring. We made absolutely nothing back then.» Le Jag ne voit que le profit. Keef voit les choses différemment. La légende veut que le Loog ait enfermé Keef et le Jag dans une pièce pour qu’ils composent. Keef : «I was never expecting to become a songwriter. It only happened because of the sheer force of the business, to put it crudely.» Keef détaille son point de vue : «I thought writing songs was on another plane, another level. Then I found out that if you worked at it you hear melodies, you catch a phrase, and maybe songwriting is simply about being really quick. (...) So thank you Andrew Loog Oldham for that, even though he was doing it for himself... because we all needed the money.»

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             Jetant un coup d’œil sur sa carrière et sur tous les rebondissements, Keef soupire : «You learn a lot from being famous because of all the crap you’re dealing with.» Il a par exemple découvert à quel point les autorités étaient corrompues - Eventually, they got fed up with planting drugs on us and moved on - Et il ajoute ça qui en dit long sur son sang-froid : «There’s nothing like being chased by Scotland Yard to get the juices flowing.» Il évoque plus loin sa vieille compagne Anita Pallenberg : «Oh yeah, she could swear in five languages.» Elle était extrêmement cultivée et donnait son avis à Keef sur les cuts qu’il composait. «That’s shit!» - Oh right, I’ll give it up then. Those women, Marianne and Anita... amazing people. You don’t know how.

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             C’est Woody qui évoque son prédécesseur Mick Taylor, qui se plaignait d’être maltraité par les Stones. Comme Bill Wyman d’ailleurs, qui se plaignait qu’on ne prît pas ses compos au sérieux, alors Keef lui balançait : «Well if you had written a decent tune, we would have played it.» Le seul crédit que récupère Ronnie Wood est celui d’avoir sauvé les Stones : Keef et le Jag ne se parlaient plus, alors Woody réussit à monter le plan d’un rendez-vous téléphonique. Il parvient à convaincre les deux cocos qui ne voulaient plus se parler. La Jag accepte à contre-cœur et dit à Woody : «Okay but I don’t see any future in it.» Et ça a marché. Au bout de 5 minutes, ils rigolaient tous les deux comme des bossus et se balançaient des trucs du genre : «Mais je n’ai jamais dit ça sur toi !». Woody est fier : «So yes, I am the glue of the band.»

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             Alors on écoute Foreign Tongues. Dès «Rough & Twisted», on retrouve le vieux boogie rock de la Stonesy, et la frappe lourde de Steve Jordan. Mais c’est à peine si tu peux supporter d’entendre le Jag ramener sa grande gueule de trafiquant d’esclaves. Et c’est ça qui va poser un problème sur tout l’album, à deux exceptions près : «Mr Charm» et «Divine Intervention». Keef riffe hard son Mr Charm et ça part en mode Stonesy - Call me Mr Charm - Toujours du riff de Keef sur «Divine Intervention» : t’as la Stonesy, fine et rapide. Ils tentent le coup du blaster avec «Hit Me In The Head», bien chargé de la barcasse, mais ils vont trop loin, c’est un blast de vieux pépères. Sur «Never Wanna Love You», on retrouve la basse de «Miss You». Pas terrible. Ça vire rock à la mode. C’est curieux que Keef se soit prêté à ça, même si les chœurs sont superbes. Et puis ça commence à dérailler sérieusement avec «Jealous Lover» : le Jag fait son Curtis Mayfield. Pauvre crêpe ! On ne le supporte plus, lui et ses fucking mélopifs. Il est d’une vulgarité sans nom, sa voix ne passe plus. Elle ruine l’album. C’est Keef qui va le sauver avec «Some Of Us». Là on passe à la vérité des Stones. Et c’est la raison pour laquelle on écoute chaque nouvel album des Stones : entendre LE Kut de Keef. C’est un rituel qui dure depuis «You Got The Silver», sur Let It Bleed en 1969. C’est Keef qui amène la magie dans les Stones. Il déclenche chaque fois l’éclair de la Stonesy. C’est comme s’il fallait ne garder que lui, au final. Au chant, il est à l’aise sur son mid-rempo. Il porte tout le poids des Stones sur ses épaules -  Some of us on our knees - C’est là que tu fais la différence avec la vulgarité du Jag - Cause we all need a little loving/ You pull the heart right out of me/ You know that we can’t have everything - C’est explosif ! Laisse tomber le reste. Keef te plonge dans l’essence du rock.

    Signé : Cazengler, Rolling Scum

    Rolling Stones. Hackney Diamonds. Polydor Records 2023

    Rolling Stones. Foreign Tongues. Polydor Records 2026

    Michael Bonner : Can’t be satisfied. Uncut # 354 - August 2026

    Will Hodgkinson : You can always get what you want. Mojo # 393 - August 2026

     

    Doom Gong gang

     

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             Doom Gong ? Jamais entendu parler. Gong tout court, oui, mais pas Doom Gong. On descend donc à la cave se faire Braincrusher le bobinard. Par sécurité, on a jeté un œil vite fait sur  Discogs : ils ont enregistré trois albums et on les qualifie ainsi : «7-piece Denim psych amalgam», ce qui est original. Viennent de Louisville, Kentucky. Sont en tournée mondiale avec des dates à la pelle, dont une dans la cave.

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             Pouf les voilà. Sont sept sur scène dont deux ou trois au fond qu’on voit pas bien. Tapis dans l’ombre. Deux batteries, au milieu un mec sympa sur sa strato et à sa droite et un big bassman. Bon contact avec le public. Et le mec sympa annonce la couleur : «Let’s rock !». Et paf, ça part ! Mais ça part pour de vrai avec la locomotive des deux mecs au beurre qui frappent en souplesse, avec cette intelligence du beat qui caractérise les batteurs de jazz. En une minute, t’es déjà scié. Vraiment scié des tibias.

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    D’où sortent ces surdoués ? Le mec sympa mène la danse. Il n’a rien d’une rock star, mais les rock stars devraient venir le voir gratter et chanter, et prendre des notes, car ce mec est non seulement sympa, mais il est brillant, il mène son bal en faisant des grimaces de gamin rigolo, et comme un Anglais surpris par un phénomène surnaturel, tu t’exclames : «What the fuck !». Eh oui, t’en vois pas des tonnes des groupes de ce niveau capables de jouer avec une telle intensité, leurs montées en puissance sont faramineuses, magnifiques, intenses, des modèles du genre, tu sais plus où t’as déjà vu ça, mais peut-être que t’as jamais vu ça, car ça bat des tas de records, des records du monde, des records de splendeur, des records de cohésion, des records de modernité, ça bat tout ce que tu veux, et ce n’est que le premier cut. Alors tu sors ton adjectif préféré

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    : flabbergasted. T’est complètement flabbergasted, cloué à la porte de l’église, tu prends ta carte au parti, t’es d’accord avec eux, t’en finis plus d’admirer leur fluidité et leur aisance, les deux batteurs ne semblent fournir aucun effort et pourtant, ça file à travers la plaine à une allure ahurissante. Doom Gong propose une pop alerte et vive, une pop de caractère qui peut parfois flirter avec le prog massif, mais ça reste toujours extrêmement jouissif, ça te parle, et ça te plaît. Ça correspond exactement à l’idée que tu fais du concert d’un groupe que tu ne connais pas. Tu savoures chaque seconde de cette révélation.

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             Ils n’ont qu’un seul album au merch, le deuxième, Megagong. Tu l’écoutes dès le lendemain, sachant que tu ne vas pas retrouver le bruit et la fureur du concert. Par contre, tu retrouves leur énergie. Tu renoues avec ce sentiment d’une somptueuse vélocité aérienne. «Never Crossed My Mind» sonne comme un doux groove du Kentucky propulsé aux deux beurres légers et combinés. Le son est nettement plus atmosphérique que sur scène. Ils continuent d’exploiter leur veine de groove du Kentucky avec «Shadow Of Doubt», c’est bien smooth et drivé de main de maître sous le boisseau. Ils utilisent toutes les résonances de la pop. C’est un son très anglais, très Belle & Sebastian. La pureté de leur son est indicible. «The Future Is A Choice» sonne comme une belle flambée de pop anglaise, et ils bouclent leur balda avec une petite explosion de vie, «The Perilous Rise», un cut extravagant de vitalité. La B est nettement plus brutale, ils attaquent avec un «Annihilator» gorgé de blast, abreuvé d’horreur sonique. Ils ont tous les vices et toutes les vertus. Il y a du King Crimson chez Doom Gong. Le morceau titre sonne comme un beau blast du Kentucky. Ils cultivent la virtuosité du doom. Leurs tempêtes sont joyeuses. Ils peuvent virer prog ultra-dynamique, avec des pointes de vitesse ahurissantes. Ah on peut dire qu’ils savent lever des tempêtes soniques. 

    Signé : Cazengler, Doom Cong

    Doom Gong. Le Trois Pièces. Rouen (76). 1er juillet 2026

    Doom Gong. Megagong. Romanus Records 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Hoskyns deep

    (Part One)

     

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             Si on entre dans l’univers de Barney Hoskyns par la grande porte, c’est-à-dire Say It One Time For The Heartbreaked: Country Soul In The American South, on entre dans l’univers d’un auteur extraordinairement documenté, au moins autant que peut l’être Bob Stanley, un autre Britannique. Comme Stanley, l’Hoskyns fonctionne par rasades, d’abord historiques, puis sociologiques, et puis critiques. L’édition 1998 de cette somme consacrée à la Country Soul est un paperback de 220 pages, mais ce sont des pages d’une rare densité, au point qu’il faut s’y reprendre à deux fois pour avaler certaines pages, pas tant à cause du style, mais à cause de l’extrême densité de la masse volumique. L’Hoskyns est un auteur pugnace, s’il bourre sa bouche à feu, c’est à outrance. Il passe au peigne fin toute cette scène devenue mythique, qui va de New Orleans à Muscle Shoals, en passant par Memphis et Nashville. Les pages grouillent littéralement d’informations biographiques et discographiques. Du coup, tu ressors des trésors de l’étagère et tu élèves des piles d’écoute, car tu te dis dans ta tête de fou que tu vas tout redécouvrir à la lumière des louanges de l’Hoskyns, notamment les highlights du book : James Carr, Arthur Alexander, Percy Sledge et Joe Tex. Il faut voir de quelle façon l’Hoskyns les encense. Mais t’as aussi tous les autres, notamment le blancs : Dan Penn, Huey P. Meaux, Chips Moman et Stan Lewis. 

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             L’Hoskyns commence par poser son postulat : «In the main, a black voice is the more emotive instrument - The fuller, stronger sound.» L’Hoskyns commence par étudier l’aspect sociologique de la Country Soul. Quand, dit-il, on demanda au manager blanc d’Otis Redding Phil Walden s’il y aurait un jour un nouvel Otis, Walden répondit : «No, I don’t think things will ever be that rural again.» Il pointe aussi la différence entre la Soul du Nord (Motown) et celle du Sud (Memphis) : «Motown was the victory of Diana Ross over Aretha Franklin, of Lionel Richie over Al Green, of glitz and glamour over grits’n’gravy.» Puis, il vole naturellement dans les plumes de l’esclavage - Comment une institution aussi odieuse et barbare que l’esclavage a pu survivre plus de deux siècles ? C’est un fait qui nous dépasserait si nous n’avions pas eu le génocide des juifs à titre de comparaison. Comment des blancs ont-ils pu haïr et craindre les noirs au point de les lyncher ? Ce qui est encore plus stupéfiant, c’est de constater que les noirs n’ont jamais refusé de travailler avec les blancs, et plus stupéfiant encore, on constate que des gens peuvent subir autant d’oppression et trouver quand même une place dans la société - L’Hoskyns rappelle encore que les premiers noirs sont arrivés en Amérique en 1619, un an avant les pilgrims qui venaient d’Angleterre. On les considérait comme des animaux sans pensées ni sentiments. Le trafic d’esclaves a commencé en Nouvelle Angleterre, poursuit l’Hoskyns, et en 1661, le premier des Codes Noirs a donné à l’esclavage un caractère institutionnel. Chaque fois qu’on rentre dans cette sombre histoire, on ressent de la nausée. Les rednecks n’avaient rien à envier aux nazis.

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    Mayflower / Bateau des Pilgrim Fathers

             Puis la vie va suivre son cours. Aux XVIIIe et XIXe siècles, les esclaves vont injecter leur énergie dans la musique de l’Église protestante. C’est le début de ce que l’Hoskyns appelle the African vocal improvisation, c’est-à-dire la plus grande révolution humaine de tous les temps, l’avènement via l’église de la musique noire : gospel, puis blues et Soul, et donc le parent pauvre de tout ça, le rock blanc. Mais ça n’empêche pas que le nègre va rester jusqu’à aujourd’hui le bouc émissaire des blancs du Sud. Entre la fin de la Guerre de Sécession en 1865 et l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, il y a eu, rappelle l’Hoskyns, 4 000 lynchages dans le Sud, avec une pointe dans les trente dernières années du XIXe siècle. 4 000 lynchages !

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             Puis l’Hoskyns commence à fouiller les racines de la Country Soul et il remonte aux prodigieux Dixie Hummingbirds (Ira Tucker) et aux Five Blind Boys Of Mississippi, the real progenitors of the Southern Soul singer. On tourne la page et sur qui qu’on tombe ? Hank Williams, le plus black des blancs : «Starting out at fourteen as a backwoods gospel Roy Acuff-imitator, Hank gradually developped an inimitable vocal style that had all the rawness and pinched animal pain of Robert Johnson.» Quel bel hommage ! De là, l’Hoskyns glisse naturellement dans le rockabilly, qu’il source dans le country boogie et qui fut inévitablement remplacé par «the most dynamic hybrid of black and white styles yet - rockabilly.» L’Hoskyns développe : «To the acoustic textural base of country music, rockabilly added the drums and biting lead guitar of rhythm and blues, creating a radical bastard offspring of hillbilly sound which was to change the entire nature of youth entertainment.» Et paf, l’Hoskyns déboîte sans clignotant et fonce dans le tas : «The first Elvis Presley records - one side R&B, the other country - are almost too perfect, too symetrical an expression of this racial and stylistic coupling.» Et pouf, droit sur Uncle Sam et Harmonica Frank Floyd, le «white man with the Negro feel» : avec un harmo enfoncé dans un coin de la bouche, il chantait de l’autre coin «in a heavily negroid style.» Un Uncle Sam visionnaire qui est persuadé qu’il y a du Black talent à la pelle à Memphis, au point de transformer «an old radiator shop into a primitive studio, the Memphis Recording Service.» Elvis 1954 ! - The breathless inventiveness of his vocals, heightened by Phillips’s amazing echo teschnique, is like nothing hillbilly music had ever produced - Elvis s’est nourri de cracks du jump-blues comme Wynonie Harris et Roy Brown, dont il va reprendre le «Good Rocking Tonight». Et voilà qu’arrive un autre crack du boom-hue : Carl Perkins : «I like to do John Lee Hooker songs Bill Monroe-style. Blues with a country beat.» Et pourtant, Carl démarre chez Sun en mode «pure honky-tonk songs in the standard post-Hank Williams style.» En 1956, il pond «Blue Suede Shoes» - the first major rockabilly hit - «and Carl had become the quintessential dixie-fried rock’n’roll cat.»

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             L’Hoskyns embraye aussi sec sur un autre chapitre explosif : ‘Fats and Chuck’ : «Domino et Berry sont peut-être les deux exemples les plus évidents de deux black rock’n’roll stars qui ont beaucoup emprunté à la country music blanche, redressant ainsi l’équilibre qu’avait abîmé the rockabilly theft of R&B.» Puis l’Hoskyns rappelle que «Maybeline» est adapté de l’«Ida Red» de Bob Wills, mais en mode «uptempo transposition with crude blues beat and guitar.» Sur la pochette de son premier album, Chuck est qualifié de «rock-a-billy troubadour» et ses classic songs «are pure countryfied rock’n’roll.»

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             L’Hoskyns passe ensuite à un autre géant, Bobby Blue Bland - Bland himself sits at a kind of crossroads of blues, gospel and country music that makes him as much a godfather to Southern Soul as Ray Charles or James Brown - Bobby Blue enregistrait sur Duke, un label racheté par l’«half-caste club-owner and reputed gangster» Don Robey, dont le ‘protégé’ n’est autre que Clarence Gatemouth Brown. C’est sur Peacock, l’ancien label de Robey, qu’enregistraient les superstars du Southern gospel, the Dixie Hummingbirds, the Sensational Nightingales et the Five Blind Boys Of Mississippi. Et l’Hoskyns de rappeler l’essentiel : James Brown fut influencé by screaming Archie Brownlee of The Five Blind Boys, Wilson Pickett by barking Julius Cheeks of the Sensational Nightingales et Al Green by the sweet falsetto of Claude Jeter in the Swan Silvertoned. Et voilà pour les roots. Bien joué Hoskyns !

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             Et de là, il passe à Gatemouth Brown : «We didn’t play zydeco - the Negro version of cajun. We played real cajun and bluegrass, because Daddy was raised by a Caucasian and my mother spoke French.» Le pauvre Gate fut coincé pendant 20 ans par son contrat avec Duke-Peacock, et fut exploité jusqu’en 1964. Puis Gate va connaître le succès en Europe avec son mix d’«innumerable black and white styles into what John D. Loudermilk calls ‘white-hot, red-neck, blue-grass music from a red-hot, blue-collar black man.’»

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             Et voilà un blanc : Dan Penn qui écoutait de la black avant d’avoir entendu Elvis - Penn is the original redneck soulman, the secret hero of Peter Guralnick’s book Sweet Soul Music - C’est lui qui portait le flambeau du R&B chez les blancs de Muscle Shoals. Pour Dan, «the blacks did the foreground and the whites did the background. Country, c’est sûr, mais le chanteur black la transformait en rhythm & blues - Dan : «White people, y’know, the just ain’t as hip as blacks, never was and never are gonna be, but you put ‘em in there and they pull some of that slick and hipness offa the blacks. They put some realness in there, like real earth, and just surrounded those blacks with it.» Dan et Spoon carburent aux amphètes pour composer, two or three songs a night. Ils vont parfois dans une bagnole ou dans un parc. Donnie Fritts rappelle que tous ces mecs, Spoon, Dan et lui, n’aimaient pas la country, mais elle filtrait quand même. Le Penn rend hommage à Aretha : «She’s so slick, she’s way up in the stratosphre somewhere.»

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             L’Hoskyns coince aussi Ralph Bass, chez King, à Cincinnati. C’est lui qui entend James Brown chanter «Please Please Please» dans un club et qui le signe on the spot. L’Hoskyns voit Bass comme a crucial figure, un précurseur de Wexler. En 1960, Bass va chez Chess et signe Etta James. Il produit aussi les legendary bluesmen de Chess. L’Hoskyns saute sur un autre précurseur, Johnny Otis, le découvreur d’Etta James et d’Esther Phillips. Il produit aussi T-Bone Walker, Lowell Fulson et Charles Brown. Il n’est pas devenu membre de la Negro community parce qu’il a épousé une black, dit-il, «I became what I am because as a child I reacted to the way of life, the special vitality, the atmosphere of the black community. I cannot think of myself as white.» Rappelons que Johnny Otis est d’ascendance grecque. Et de là, l’Hoskyns saute sur un autre précurseur, Johnny Vincent, d’ascendance italienne, qui en 1952 était l’éclaireur d’Art Rupe dans le Sud pour Specialty, puis en s’installant à New Orleans, il monta Ace Records et signa des pointures du calibre d’Earl King et d’Huey Piano Smith.

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             Et tu arrives au chapitre ‘Memphis Stew’ avec Chips Moman. Chips commence tôt : à 14 ans, il accompagne Warren Smith puis les Brunette Brothers. Il débarque en 1957 et Californie et découvre le Gold Star studio, «and the first time I heard Stan Ross working on echo there I knew that that was what I wanted to do.» C’est Chips qui monte l’un des premiers groupes mixtes, the Triumphs, avec un très jeune Booker T, et Floyd Newman on baritone sax. Il y aura ensuite les Royal Spades, avec Charlie Freeman, Don Nix et Packy Axton, un Freeman que va remplacer un blanc-bec du Missouri, Steve Cropper. Les Royal Spades vont devenir les Mar-Kays, mais Packy et Crop vont se fritter, alors Crop s’en va. Packy pourrait bien être la cause du départ de Chips de Stax, en 1962. Quand Chips quitte le Stax boat, c’est Crop qui prend la relève. Au même moment, Quinton Claunch fusionne la country et la Soul in a brillant harmony, avec notamment James Carr. Après avoir quitté Stax, Chips est allé à Nashville bosser avec Buddy Killen, mais ça n’a pas débouché, aussi est-il rentré à Memphis pour monter l’American studio. Mais comme il n’a pas un rond, il bosse pour Goldwax pour 20 $ and a bottle of whisky, jusqu’au moment où il en a marre - And the next time Goldwax wanted me to cut Jame Carr, I said it would cost ‘em $5,000. What’s more, they paid it. And that was «Dark End Of The Street» - Quinton Claunch rappelle qu’il était difficile de discuter avec James Carr - He was a real religious-type person - mais il tapait aussi de la dope. Carr était catatonic en studio et Chips demandait à Dan Penn de chanter à sa place. Après la fin de Goldwax en 1970, Claunch décroche un contrat pour James Carr chez Capitol, de quoi le mettre à l’abri pour le restant de ses jours, «but he ended up in jail in Florida. It was cryin’ shame to see that much talent go down the drain.»

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             Chips poursuit Stax en justice et réussit à récupérer 3 000 $ pour fiancer son American studio. Il s’associe avec Seymour Rosenberg, l’avocat qui a gagné le procès, et qui sera plus tard le manager de Charlie Rich. Ça commence à prendre forme en 1965, mais Chips bosse encore un peu pour Goldwax et il doit aussi aller faire des sessions pour Joe Tex à Nashville. Il monte un house band avec Reggie Young, Bobby Wood, Bobby Emmons, Mike Leech, Tommy Cogbill et Gene Chrisman, les fameux Memphis Boys. Chips et Cogbill vont ensemble à Muscle Shoals en 1966 jouer pour Wilson Pickett et Aretha. Chips : «Jerry Wexler knew me from the early days at Stax. That’s how come we ended up in Muscle Shoals.» Chips est un mec qui attire les talents. Il a commencé par décrocher Dan et Spoon de Rick Hall, puis il a transformé American en virtual pop factory. Il attire aussi Bobby Womack qui est venu à Memphis enregistrer son premier album pour Minit, et qui est resté chez American en tant que session guitarist. Robert Palmer décrit une scène d’antho à Toto : «Musicians would show up for scheduled sessions to find Moman, who looked and talked like a country sheriff, and Womack, meticulously reassembling the recording machine, testing connections, and lazily talking shop. ‘I oughta be ready by the middle of next week’, Moman would drawl, while Womack grinned in disbelief.» Puis bien sûr, il y a l’épisode Elvis, un King que Chips va produire : «Elvis wasn’t the world’s greatest singer, but he had a sound and that’s all that’s important.» L’Hoskyns ajoute qu’«it was the meeting of two redneck hepcats reared on black music.» Chips : «When I told him he was off pitch on certain notes, his whole entourage would nearly faint.» But, ajoute l’Hoskyns, «From Elvis In Memphis was his best album in ages.» On y trouve le fameux «Suspicious Minds» avec les Sweet Inspirations en guise de backing. Chips dit aussi qu’il ne pensait jamais aux ventes quand il enregistrait - The only thing I’ve ever thought about is amusing myself with what comes out of the speakers - Et il ajoute plus loin : «There’s only two kinds of music, and that’s good and bad.»

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             Pour attaquer le chapitre Muscle Shoals, l’Hoskyns se fend d’un petit jeu de mots : ‘Muscle Soul’. Ça démarre avec Clarence Carter qui rappelle un truc essentiel du point de vue d’un black : «Muscle Shoals was something to get used to», c’est-à-dire qu’il fallait s’y habituer - I had always played with black folks. But the whites had a way of playing that was different, and I took it as an apportunity to learn something. And hell, they knew about watermelons too ! - C’est en 1958 que Rick Hall et Billy Sherrill monte FAME, ‘Florence Alabama Music Enterprises’ et ils publient le «She Wanna Rock» d’Arthur Alexander. Puis les associés vont se fatiguer de l’arrogance d’Hall. Ils se barrent et Hall garde le nom. Dan Penn : «I remember Rick Hall walkin’ the streets of Florence with a piece of paper in his pocket that had ‘Fame Music’ written on it. I thought he was kinda nuts.» Nuts ? En 1961, Hall enregistrer le «You Better Move On» d’Arthur Alexander - It sounded like a backwoods version of Ben E. King singing with the Drifters, a hillbilly ‘Save The Last Dance For Me’. Arthur’s voice suggested the Little Willie John of ‘Let Them Talk’ gone country - Ça sort sur Dot et Hall ramasse 10 000 $ avec lesquels il achète le Fame studio at 603 East Avalon Avenue, qui existe toujours aujourd’hui. Puis c’est à nouveau le succès avec le «Steal Away» de Jimmy Hugues. L’Hall monte son label Fame car «Steal Away» n’intéresse personne. Il en fait presser 500 ex, les fourre dans le coffre de sa bagnole, et avec Dan, ils foncent à Memphis, New Orleans, Mobile, partout dans le Sud, ils le refourguent à toutes les stations de radio. Les blacks sont très réceptifs à cette démarche. Rick Hall : «For years, most people thought I was black until they met me.»

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             C’est grâce à Rick Hall que «When A Man Loves A Woman» est sorti sur Atlantic. Quin Ivy qui a découvert Percy Sledge indique qu’en concert, le public de Percy est blanc - They’re white country people, almost  exclusively - On ne le booke que dans «les Texas beer joints and honky-tonks, real redneck dives, and we’ve been selling out, the people have been goin’ nuts. And that’s people from nineteen to fifty, people who were making out to ‘When A Man Loves A Woman’ and people who were conceived to it.» C’est le succès de Percy qui inaugure la relation de Wexler avec Muscle Shoals.

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             L’Hoskyns décrit dans le détail la première session d’enregistrement de Wicked Pickett à Muscle Shoals - Lead guitarist was Chips Moman (brought down by Jerry Wexler himself), who had a knack of coming up with licks that, in Hall’s words, ‘you’d damn near have to build the whole session around.’ - Même cirque pour Aretha - She needed a bit of Southern home cooking - Et l’Hoskyns d’exulter : «And all the Fame band did that day was bring the uptown diva back to her Southern gospel roots. The tight, humid shack sound of ‘I never Loved A Man(The Way I Love You)’ is the most perfect record she ever did.» Et l’Hoskyns d’encenser les «brillantly spiky guitar fills» de Chips. Il célèbre aussi la session d’enregistrement new-yorkaise de «Do Right Woman Do Right Man» - Never again would Aretha sing against such a downhome backcloth - just piano, bass and drums and Chip’s acoustic guitar.

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             Ça continue de grouiller de talents à Muscle Shoals : Laura Lee, Millie Jackson, Candi Staton, et Wexler envoie là-bas des stars comme Brook Benton, King Curtis, Don Covay et Lou Johnson qui y enregistre son Sweet Southern Soul LP. Puis après une embrouille avec l’Hall, Wexler va rompre la relation avec Fame. Pour remplacer Dan et Spoon qui sont partis chez Chips à Memphis, l’Hall embauche George Jackson. Puis il monte un nouveau house band avec David Hood. Mais l’Hall a la poisse : son nouveau house band se barre (Hood/Johnson/Beckett/Hawkins), alors il doit en former un autre. Les Swampers montent leur studio, et Wexler leur envoie des clients. Des tonnes de clients.

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             L’Hoskyns salue d’autres superstars : Joe Simon, puis Johnny Adams - His voice was a highly disciplined instrument, capable of amazing ranges - but always tautly controlled - Johnny Adams enregistre avec d’autres super cracks : Wardell Quezergue et Huey P. Meaux.

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             En 1961, on alerte Buddy Killen : on lui dit d’aller écouter un black singer who went by the name of Joe Tex. Quand Killen le voit, il le trouve habillé en cowboy, «and knew that he had found a star.» Joe Tex va rester avec son manager Buddy Killen jusqu’à la fin, en août 1982. Ensemble, ils ont développé un style unique que l’Hoskyns qualifie de Texan pop-country. Tex : «All the things that sold for me I didn’t think would.» Il n’aime pas «Show Me», l’un de ses plus gros hits - I wrote it in about three our four minutes in the studio, which is why it’s so repetitous. It was just to fill up an album - L’Hoskyns salue aussi Bobby Hebb et Dobbie Gray.

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             Pouf, on passe à Meaux dont Richard Parker qualifie le style de «Country-Texan-Mexican-Louisiana-Black-White-Rhythm’n’Blues-Western-Rock’n’roll-Slow-dancin- Jukebox songs» : l’éclectisme parfait. Après son service militaire dans les années 50, Meaux ouvre un barbershop in Winnie, au Sud du Texas. Puis il va produire des tas d’artistes : T-Bone Walker, Johnny Copeland, Roy Head, Doug Sahm et Johnny Winter. Et surtout Barbara Lynn - She had one of the finest voices in all of Southern Soul, a warm, velvety-smooth alto (not unlike that of Irma Thomas) - Meaux l’a découverte dans les back-up de Goldwax, et pour sa première session, il l’emmène enregistrer chez Cosimo à la Nouvelle Orleans. Elle y enregistre son premier hit en 1962 : «You’ll Lose A Good Thing». Puis Meaux va connaître des démêlés avec la justice et passer un peu plus d’un an au trou. Il retrouvera le succès avec Freddy Fender et «Before The Next Teardrop Falls», et l’extraordinaire album de Jerry Lee, Southern Roots - With Southern Roots, Fender’s were the best records Huey produced in the 70s - Le dernier gros succès d’Huey P. Meaux fut la version cajun de «My Toot Toot» par Rockin’ Sidney en 1985.

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             Et puis voilà Stan Lewis qui est disquaire à Shreveport, Lousiana : il fait un one-top distribution point et un mail-order house spécialisé en R&B. Leonard le renard et Art Rupe le font bosser comme talent-scout dans le coin : il signe Hayrider Slim Whitman pour Specialty et Dale ‘Suzie Q’ Hawkins pour Chess. Well done Stan ! Il attire pas mal de monde dans sa boutique : «Jerry Lee Lewis even came to me from nearby Ferriday when he was thirteen. I turned him down.» Elvis va même jouer dans sa boutique - Elvis would come in my shop and check out my stock of R&B records, which was probably the best in the world at the time - Puis il monte son label, Jewel. Son premier artiste n’est autre que Bobby ’See You Later Alligator’ Charles, un Cajun qui avait déjà enregistré sur Chess et Imperial, and had now gone country. Puis il va lancer d’autres labels, Paula et Ronn. Avec Jewel, il se recentre sur les bluemen comme Lightning Hopkins et Lowell Fulson. Avec Paula il se recentre sur les pop acts comme John Fred & His Playboys et Joe Stampley & His Uniques. Sur Ronn, il se recentre sur Ted Taylor, «the spine-chilling falsetto man who’d been produced by Billy Sherrill in Nashville.» Stan Lewis va enregistrer pas mal de trucs à Muscle Shoals - Muscle Shoals was the sound - Chez Stan Lewis on trouve aussi Toussaint McCall, Barbara West et Little Johnny Taylor.

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             L’autre grosse enseigne de la Southern country Soul, c’est bien sûr Malaco, qui a récupéré des tas de laissés-pour-compte, des artistes considérables qui n’avaient plus de contrats : Denise LaSalle, Benny Latimore, Little Milton, Johnnie Taylor et Bobby Bland ! Malaco connaît son heure de gloire en 1970, en engageant Wardell Quezergue qui produit King Floyd et Jean Knight, «in that one weekend», se marre Wolf Stephenson, «we cut records that sold about five million copies.» Tommy Couch pense que Malaco a gardé l’esprit du son d’early Chips Moman et de Rick Hall. «Muscle Shoals was the real country-black sound», ajoute Stewart Madison, «we’re blacker than that, and yet our rhythm section is still three whites and two blacks.» The country-Soul sound of old. 

             Tout va s’arrêter brutalement, comme l’indique Wexler : «How did Southern sound lose its momentum? I dunno, but I just knew in my bones that it was gonna happen, and quickly. I mean, we had Joe Tex, Arthur Conley, Wilson Pickett, Solomon Burke, the Sweet Inspirations, Sam & Dave, King Curtis, the most incredible roster... and in one year, it was all gone. Stopped, ran into a wall.»

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             En 1971, Rick Hall est élu dans le Billboard ‘Producer of the Year’. Rick Hall ouvre un studio à Memphis, mais ça tombe au pire moment : Stax se casse la gueule, Chips ferme American pour aller s’installer à Atlanta. Engagé par l’Hall, Mickey Buckins tente le soup avec Travis Wammack, mais ça ne marche pas. L’Hall découvre qu’on peut se faire du blé dans la pop, alors il laisse tomber la Soul. Il lâche Candi Station qui signe sur Warners. Clarence Carte se barre à Los Angeles et signe sur ABC, and that was that. Terminé pour l’Hall, il a perdu ses poules aux œufs d’or.

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             Et puis Wexler monte une version de Muscle Shoals in the tropical Memphis, à Miami. Il achète le studio Criteria et bosse avec son vieux complice Tom Dowd. Et c’est là que jouent les Dixie Flyers de Jim Dickinson, qui sont en fait le nucleus du Stan Kessler’s band at the Sam Phillips studio. C’est Wexler qui les baptise Dixie Flyers, «a white combo Lelan Rogers had used for Silver Fox sessions on Betty LaVette.» L’aventure Dixie Flyers s’arrête brutalement avec l’overdose de Charlie Freeman, that was really the end of it. Wexler : «They were the last of the great in-house rhythm sections.»

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    Al Bell

             L’Hoskyns revient sur le déclin de Stax. Al Bell fait des choix artistiques assez singuliers : pour faire évoluer le son de Stax, il engage Don Davis, un producteur de Detroit. Al veut qu’il produise des «‘Detroit records’, not nigger music», dit Dickinson. Puis le Prophète Isaac sort Hot Buttered Soul, qui devient le missing link entre les productions de Norman Whitfield pour Motown and the heavy-breathing epics of Barry White in the 70s. Al Bell veut étendre l’empire de Stax, aussi signe-t-il des «terrible white rock groups like Southwest S.O.B and Knowbody Else to its Hip subsidiary.» L’horreur ! Tous les malheureux qui ont rapatrié le Knowbody Else savent de quoi on parle.

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             Wexler salue aussi Eddie Hinton, «thought of as a wonderboy.» Il le voyait devenir une superstar. Hélas, drink & drugs sont entrés dans la danse et hop, terminé. À dégager. Pity.

    Signé : Cazengler, Borné Hoskyns

    Barney Hoskyns. Say It One Time For The Heartbreaked: Country Soul In The American South. Bloomsbury 1998

     

    *

    C’est étrange, il est des personnes qui sont capables de tout. D’être ce qu’elles sont et d’être ce qu’elles ne sont pas. Si vous recherchez quelques renseignements sur Janet  Carmichael il n’est pas difficile d’en trouver. D’abord vous piquez une crise de jalousie. Comment se fait-il que certains individus soient exceptionnellement plus doués que moi, en dessin. Peintre animalière, bref une magicienne, capable de vous portraiturer un animal en quelques coups de crayons. Elle capture notamment les oiseaux sur une feuille de papier, de leurs becs cruels ils vous piqueraient les yeux si vous cédiez aux vertiges de la beauté, résistez  aux attirances, sachez rester au bord de la feuille sans franchir la frontière fragile qui sépare la représentation de la réalité.

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             Oui mais voilà, j’ai vu la couve de cet opus, l’histoire d’un passage, celui de la vie à la mort, tableau virgilien de Karon menant sa barque mortuaire sous les voûtes de l’Achéron, j’ai cherché le nom de l’artiste et je suis tombé sur cette célébration de la vie sauvage. Cette immense volière de papier, et je me suis demandé si artistiquement accorder l’immortalité à un animal ne serait pas en même temps lui conférer une espèce de mort, ne niche-t-elle pas telle un oiseau de mauvais augure pas au cœur lettral (pour ne pas écrire l’êtral) du mot immortalité, graphique… D’où cette facilité de passer de l’oiseau arrêté à jamais en plein vol, à ce dessin infernal.

             Pour ceux qui n’aiment point ce genre de verbiage et aiment à se rattacher aux rameaux de la concrétude des choses sensibles, nous leur conseillerons de regarder le nom de famille du bassiste et d’en tirer les logiques conséquences idoines.

    DARKNESS ECHOES

    MORTUARY CAVE

             (Bandcamp / Septembre 2026)

    Le groupe provient de la British Columbia sise à l’extrême-Ouest du Canada. Capitale Vancouver. Nous en profitons pour saluer Marie Desjardin, amie lointaine dont on attend le prochain roman avec impatience. Ses trois membres ont participé à nombre d’autres formations.

    Dave Hardy : guitar, vocal /  Shane Carmichael : bass, vocals / Kay Smith : drums, vocals

    Hell’s judgement : beauté sans égale de cette intro, facile de déclarer que l’on monte dans la barque de Karon, encore faut-il trouver la bande-son qui vous emporte à jamais sur les flots morbides, attention la déception vous guette, dès la première note la symphonie vous embarque majestueuse, grandiose, funérale, vous voici parti pour une éternité sans fin enveloppé dans l’ouate mortuaire, vous n’avez jamais été aussi bien de votre vie, et plouf douche froide, le voyage ne dure qu’une minute, par Hermès psychopompe pourquoi n'ont-ils pas transformé ce minuscule laps de temps infinitésimal en un long mouvement symphonique qui ne s’arrêterait que lorsque la barque fatidique aurait abordé au rivage de l’absolu. Endless ride : par bonheur une basse basse sombre et élastique ménage une heureuse transition, derrière elle gronde une menace kaotique jusqu’à ce que rugisse en sourdine un effroyable glou-glou vocalique,  transformation vous chevauchez une moto fantastique, elle ne roule pas vraiment vite, peut-être parce que, partie intégrante du mouvement de cette course folle, vous ne vous rendez pas compte de sa vitesse, vous mettez un certain temps à prendre conscience que l’étrange bitume sur lequel vous roulez n’est autre que le serpent infini du temps, la route sur laquelle vous foncez se dirige vers Satan, peut-être Satan est-il cette route-même qui ne mène jamais à lui puisqu’elle vous rapproche sans cesse de lui. Death dealer commandments : la batterie prend le commandement la basse renforce sa monture, puisque vous n’atteindrez jamais le cœur de Satan, retour à son extrême périphérique, coups de fouets lancinants d’une guitare, le moteur de votre machine gronde encore plus fort, il vous emporte et vous ramène au point de départ, au moment où vous perdez la vie par lequel vous entrez dans la mort, par le suicide ou par la violence, que vous soyez votre propre bourreau ou victime d’un exécuteur, vous n’échappez pas à la loi, qu’elle soit intime ou extime, elle vous condamne à descendre dans les Enfers. Ritual instinct : méfions-nous, la musique est encore plus sombre, nous

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    sommes pourtant chez les vivants, des vivants voués à leur terrible solitude, pour la première fois la basse devient consolante, elle vous explique le grondement vocal est presque un chuchotement qui se colle à votre oreille et vous révèle que vous n’êtes qu’une infime partie du troupeau humain voué à la mort, que toute l’histoire humaine n’est qu’un long processus culturel qui vous induit à devenir en votre âme et conscience que vous n’êtes qu’un animal promis à la mort, peut-être même ne mourrez-vous que parce que tous ceux qui vous ont précédé ont accepté de participer à cet étrange rituel qui vous porte à mourir, qui s’est si consubstantiellement substitué à votre propre nature d’être vivant, qu’il est devenu votre instinct de mort.   Brain melter : son prégnant, la basse s’est introduite dans votre cerveau, elle fouille vos tripes cervicales, vous connaissez le grand tourment, celui de l’acceptation, vous refusez de tout votre être, pour la première fois l’on entend vos cris distinctement, vos hurlements de terreurs, le renard de la mort s’est introduit dans le poulailler de vos pensées, votre raison glapit, résistez c’est le moment ultime, celui de l’acceptation à tout ce qui vous détruira à ce qui vous transformera en votre propre absence, une main s’empare de vos neurones, elle les enserre, les presse, les réduit en magma liquide, alors vous abdiquez votre potentialité d’être vivant, vous acceptez de mourir. Que dire de plus : rien. Le disque est terminé. Il est inutile d’en rajouter quelque chose. Il n’est pas de retour en arrière possible.

             Ce disque est d’autant plus diabolique qu’il vous ramène enarrière, qu’il débute par votre entrée dans le monde de la mort et qu’il se termine au moment exact où vous acceptez de vous-même de rentrer dans le monde de la mort. Il est conçu comme un ouroboros négatif, il est par excellence le serpent noir de la mort.

             Terribles implications métaphysiques. Nous voici au moment précis  où le reptile mord et mort sa propre queue. Nous ne résistons pas au jeu de mot : ce n’est pas merveilleux, c’est mortveilleux. En moins de trente minutes Mortuary Cave vous retourne la crêpe de la méditation nietzschéenne en la transformant en l’éternel retour de la mort. De la crêpe au crêpe.

             Prodigieux.

    Damie Chad.

     

     

    *

             J’avais prévu une chro sur Joan Baez, elle était prête, mais je l’ai remisée au frigidaire, pour une autre fois un jour où je serais en manque de copie. C’est que hier soir j’ai visionné : Dick Rivers, l’histoire méconnue d’une légende méconnue sur la chaîne YT Portraits du Monde. Méconnue, méconnue ils parlent pour eux, enfin il est vrai que l’on ne sait pas tout, tenez, moi par exemple je n’ai accordé qu’un coup d’œil et d’oreille sur son album paru en 2008, j’étais sur d’autres sentiers, mes sentes obscures, sa réalisation est évoquée en trois minutes, l’ensemble n’atteint pas les soixante minutes alors qu’il aurait fallu trois heures, ce matin levé aux aurores, je m’attelle à ma tâche. Dick n’attend pas. Moi non plus.

    L’HOMME SANS ÂGE

    DICK RIVERS

    (Mouche Records, EMI / 2008)

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             Un album. Un vrai, pas une collection de douze chansons, avec unité de ton : rien de moins que le London Symphonic Orchestra en arrière-fond, unité de lieu :  dans la tête du héros si nous pouvons nous permettre de qualifier ainsi l’homme sans visage, unité de temps : temporalité humaine. Un seul auteur-compositeur : Joseph d’Anvers. Il a notamment composé aussi pour Bashung, enregistré quatre albums, publié trois livres, né en 1976 il est aujourd’hui un musicien confirmé  dans le  monde audio-visuel français. C’est lui qui a tenu à ce que le disque soit enregistré aux RAK Studios fondés en 1976 à Londres par Mickie Most qui produisit dans les années soixante les  Animals et les Yardbirds…

    Marc Sheridan : guitares, harmonies vocales / Henri Bacon : contrebasse/ Larry Ciencia : batterie, percussions / Joseph d’Anvers : harmonica, harmonies vocales / Marion Benoist : harmonies vocales.

             Dick Rivers né en 1946 est proche de ses soixante-deux années lorsqu’il enregistre  L’Homme sans âge. Joseph d’Anvers naquit trente années plus tard en 1976. Si d’Anvers est encore jeune, Dick est-il l’homme sans âge… Peut-être la couve de son dernier album Rivers (2014), nous ne comptons pas le live paru en 2018, peut-elle nous aider à répondre.

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             Si la couve de Rivers est belle celle de L’Homme sans âge est pharamineuse. Une véritable œuvre d’art, due à Jérôme Macé, hors de tout rapport avec le chanteur Dick Rivers, combien existe-t-il de clichés qui ait su saisir la solitude et le désespoir de l’homme moderne. La photo est parfaite. L’homme seul dans un monde géométriquement anguleux, qui s’y frotte s’y pique, s’y écorche, et s’y blesse, le nom et le titre de l’album comme jetés comme par dépit sur le trottoir, n’est-ce pas le lieu où l’on dépose les poubelles. Et puis ce reflet, ce n’est pas un rai réconfortant de soleil mais un faisceau électrique, sans âme, sans chaleur, froid comme un frigidaire, qui le fiche dans un parallélogramme goudronné, l’enferme dans la prémonition de son futur cadavre gisant dans sa tombe. Dis-moi ce que tu vois dans ton reflet, si ce n’est toi, c’est la mort… Il est peu d’objectifs qui ait su fixer l’immobilité erratique d’un sujet avec une telle objectivité. L’homme face à son destin quand le destin n’est plus là. Tristesse absolue.

             Il existe plusieurs photos de Dick Rivers par Jérôme Macé.

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    L’homme sans âge : l’on a l’impression de voir l’homme de la photo marcher, il pourrait être vous, ou alors c’est vous qui êtes lui, d’ailleurs c’est vous qui déambulez, votre tête opine puisqu’elle marque le rythme lourd et lent, il raconte sa vie, il ne dit pas tout, il suggère, le récit est rempli de trous, mais au travers des mailles du filet vous reconnaissez une existence, facile de la reconstituer, puisque c’est la vôtre, l’homme n’a aucun besoin de s’attarder sur les détails, il a joué, il a perdu, voici l’essentiel, c’est fou comme la voix de Dick si flexible colle à son dire, il est lui et il est vous, sa voix n’est pas sombre mais elle assombrit le monde, elle est la seule lumière fluette et tremblante qui vous mène vers la fin de ce film dont on n’entrevoit que la fin est proclamée et programmée alors qu’elle n’arrive jamais.  Ce premier morceau est un chef-d’œuvre. Louons la parfaite écriture de Joseph d’Anvers.  Réussira-t-il, ce bel auteur  à se maintenir jusqu’au dernier morceau  à une  à  telle hauteur. Par-delà les plaines : faites-gaffe, au mot plaine vous pensez aux westerns et aux grandes chevauchées, d’ailleurs le rythme n’est-il pas plus allègre, ce n’est pas parce que le tranchant de la guillotine est entrain de glisser entre ses rainures qu’il faut penser que tant qu’elle est en train de glisser jusque-là tout va bien, Joseph d’Anvers vous fait le coup du couperet qui vous coupe le cou sans préavis. Salaud de Dick avec la berceuse de sa voix, il vous trompe du tout au tout, avec son timbre teinté de nostalgie vaporeuse, pour un peu vous inviterez la première femme que vous rencontrerez à danser avec vous une valse sur le rythme chaloupé… ne fermez pas les yeux, ne rêvez pas, vous allez prendre une bonne leçon de nihilisme, de celles dont personne ne se relève. Sur le toit du monde : rien qu’au titre vous pensez que vous allez prendre l’air, respirer à pleins poumons, mais pourquoi Dick endosse-t-il cette voix de celui qui a tout vu, tout lu, tout vécu, surtout surtout des épisodes pas très beaux, et qui malgré tout s’en est relevé, un petit rythme country, l’ambiance parfaite pour écouter le vieux sage vous asséner la leçon de la vie,  ce n’est pas qu’elle va être interminable, non même pas longue, c’est lorsque Dick a lu ce texte proposé par Joseph d’Anvers qu’il a décidé de lui proposer de composer un album entier, quant à l’enseignement qui vous relèverait le secret du monde, vous vous en passerez, le vieux sachem se contente d’une seule phrase, il la répètera à n’en plus finir, il n’a rien de grandiloquent à dire, il se contente d’une remarque personnelle désabusée, la leçon est simple si vous lisez la Comédie Humaine de Balzac vous en tirerez la conclusion qu’il vaut mieux être seul que mal entouré, si vous ne désirez pas vous fader les cinquante titres du cher Honoré, je vous refile la phrase attribuée à  Schopenhauer : Plus je connais les hommes plus je préfère mon chien. Les braves : l’on connaît Dick et son amour de l’Amérique mythique, va sûrement nous parler d’un farouche guerrier Commanche lancé au grand galop dans les prairies en feu, pas du tout, soyons logique, lorsque l’on n’aime pas les hommes l’on se renferme en soi, à part que cette fois-ci c’est le soi qui est enfermé dans une cage, en prison, d’ailleurs il s’évade, non il ne scie pas les barreaux de sa cellule, il s’envole sur les ailes du rêve, les braves s’en sortent toujours, la mélodie est amère, la voix de Dick tremble comme les feuilles qui frôlent les branches d’un arbre que l’enfermé ne verra jamais. Une mélodie pas très bluesy, et pourtant plus poisseuse que le blues le plus désespéré. La première heure : l’intro comme une sonnerie de réveil, vous croyez avoir atteint le noir le plus sombre au morceau précédent, Joseph d’Anvers a trempé sa plume dans l’eau du Styx, voici l’homme qui ne peut s’échapper de lui-même qu’en échappant à ce qui  lui est le plus cher, incapable de rester au flanc d’une amante, il s’enfuit au petit matin, il croise des fantômes brisés qui lui ressemblent, il est dans son monde, il marchera désespérément seul car il lui faut encore arracher les herbes folles de son cœur pour se retrouver en lui-même, en sa solitude. Attache-moi : enfin une chanson d’amour, une musique vive, un rythme qui trotte gentiment et le Dick qui se lance dans une déclaration d’amour, pourquoi cette contrebasse qui gémit doucement, non ce n’est pas une déclaration, mais une prière, une supplication, une objurgation, pour comprendre il suffit de réécouter le morceau précédent, il repartira, elle ne le retiendra pas. Mon homme : le morceau que l’on n’attend pas, le plus mystérieux, le plus orchestral, toutes les dix secondes l’instrumentation brille d’un feu nouveau, quel est cet homme dont la voix fervente de Dick chante les qualités, quel est ce héros inconnu, pense-t-il à son père, à moins qu’il n’exalte le portrait de ce qu’il a été, de ce qu’il n’est pas. Les bras des femmes : tout va mieux, la chanson ronronne, un hymne à la femme, aux femmes qui l’ont accueilli, l’homme solitaire n’est plus seul, le problème c’est que c’est nous qui nous ennuyons, le bonheur des autres n’est pas vraiment marrant, l’on a hâte de quitter ce morceau. Bien-sûr ce sont les faux bonheurs que l’on se raconte pour s’accrocher aux herbes hautes qui fleurissent aux bords des abîmes. La voie des anges : l’homme, la femme et les anges quelle gradation, si ça continue l’on va finir au paradis, point du tout, revoici notre lonesome fugitive cowboy, n’a même pas un Jolly Jumper pour lui tenir compagnie, plus country tu meurs, bonjour la pedal steel guitar, en attendant de mourir il marche dans sa solitude, dans sa propre solitude, celle dans laquelle il se sent le plus en accord avec lui-même, quant aux anges, ils ne sont pas là, ils l’attendent, il sait qu’il marche vers la mort, et c’est là qu’il les rencontrera. Lola (veut la lune) : il n’est pas seul, mais elle est comme lui, une âme sœur qui dérive d’homme en homme, d’amant en amant, qui continue son chemin d’infortune, elle est son alter-égo, son double féminin, si par hasard il ne l’a pas rencontrée, il en a rencontré tant d’autres qui lui ressemblaient, les chemins qui se croisent ne convergent pas. La voix de Dick attentive et comme détachée. Il chante comme Elvis chanterait s’il chantait en français. Je reviens : retour au bercail, le cheval fourbu qui n’a pas trouvé qu’ailleurs l’herbe était plus verte et qui s’en retourne à l’écurie, la voix de Dick marche sur la pointe des pieds, sa voix est comme une promesse, n’empêche que la musique est lourde, l’homme revient à la femme comme la rivière à son lit. Gagner l’horizon : il est revenu certes, mais elle ne l’attendait plus, alors il s’en va, il ne reprend plus sa marche solitaire, il noiera son chagrin et sa haine dans la rivière ( la moindre des choses quand on se nomme Rivers) la voix est douce et lasse la musique, le voyage s’achève, peut-être dans l’ultime image de son agonie ? reverra-t-il le petit garçon qui voyait plus haut que l’horizon….

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             Joseph d’Anvers a eu le courage de finir son texte sur un suicide. Dick était assez lucide pour savoir que les radios ne feraient jamais d’un tel album la pierre de touche de leur programmation.  Chaque morceau est à écouter comme un fragment, une réminiscence de l’existence de notre solitaire.

             De toute la discographie de Dick je ne vois qu’un album qui lui soit prémonitoire, L’Interrogation ? paru en 1969. 

             Cet Homme sans visage est magnifique il ressemble à un bijou funéraire, à ces pectoraux d’obsidienne noir dont on décorait la poitrine des intrépides guerriers morts au combat. Car chacun poursuit son propre combat. Jusqu’à la mort.

             Un album immortel.

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    Damie Chad.

     

    *

            Le book a traîné durant trois semaines sur la banquette arrière de la voiture, l’a moisi quelque temps sur le bureau, de guerre lasse je m’en suis emparé pour lui faire un sort, l’a eu de la chance, la défection de l’ordi m’a laissé du temps pour lire, alors j’ai ouvert l’air dégoûté, pourtant il n’y  avait personne qui me braquait un revolver sur la tempe. Oui, vu de loin ça ressemblait à une hagiographie pour fans transis.   

    Par contre j’ai vite ressorti la chro du frigo, un petit séjour à l’hôpital, ne vous affolez pas les rockers sont immortels, m’a grignoté quelques heures…

    JOAN BAEZ

    NICOLE LOGNEY / PIERRE GRUNDMANN

    (Bréa Editions / 1981)

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             Diable (Vauvert, comme disait Gérard de Nerval), rédigé voici presque un demi-siècle. Je ne connais point ses auteurs : Nicole Logney a participé à la fondation de Femmes Actuelles, non ce n’est pas un magazine de rock ‘n’ roll, elle  s’est aussi  occupée des Editions Bréa. Quant à Pierre Grundmann romancier il est reconnu comme l’un des meilleurs spécialistes de l’Australie en laquelle il a résidé dix années. J’ignore leur position politique. En règle générale je ne m’occupe guère de ce genre d’opinion chez les artistes, et mes amis, à moins qu’ils ne les revendiquent stupidement. Oui mais cet ouvrage dont à première vue j’avais décidé qu’il était destiné aux fans transis est un véritable brûlot politique.

    L’est sûr que publié en 1980 ce livre a dû être mis en chantier au moins sur la fin des seventies, années particulièrement chaudes. Ceci n’est pas une allusion au changement climatique. Joan Baez a été une chanteuse particulièrement engagée, elle a pris moulte positions politiques et s’est violemment opposé au gouvernement de son pays. Les lecteurs intéressés par la renaissance du folk dans les années soixante ne trouveront dans cet ouvrage ni étude structurelle, ni révélations fracassantes ou croustillantes.

    Hormis une couverture ratée, une photo pleine-tête retravaillée de Joan mélodramatiquement angoissée, le livre est une réussite esthétique. Larges photographies, souvent pleines, voire doubles, pages, la matité des noirs inocule davantage de blancheur à la sapidité des blancs. C’est beau en soi-même, ce qui est déjà essentiel, mais surtout ça s’accorde autant avec la noirceur du monde à laquelle s’affronte Joan, qu’avec l’innocence candide de l’épure spartiate du mode de vie revendiquée par la star.   

    Le livre débute par une longue interview réalisée au domicile de la chanteuse en Californie, coupée de commentaires éclairants les propos de Joan. Baez raconte son intérieur, nos commentateurs en rajoutent une couche sur la sobriété de l’ameublement, Baez se complaît à décrire la simplicité de ses habitudes et la modestie, toute relative reconnaît-elle, de son mode de vie. Sympa si vous voulez, mais aussi ennuyant que des collègues de travail qui vantent les charmes de leur appartement.  

    Il ne s’agit pas d’une simple description mais d’un discours idéologique. Qui pèse de tout son poids quand elle parle de sa famille. Certes elle n’est pas née dans l’upper-class richissime, une mère aimante et protectrice, un père d’origine étrangère qui a tenu à vivre selon ses idées et ses croyances. Les Baez n’ont jamais vécu dans la pauvreté. Moyenne bourgeoisie de gauche éclairée.

    Sans surprise Joan s’est solidement et spirituellement implantée dans ce terreau natif.  Comme toute sa génération elle a été baignée par le vent de révolte qui a soufflé sur la jeunesse occidentale. Contrairement à l’Europe, dont les jeunes ont bénéficié d’une culture beaucoup plus politisée et d’une déchristianisation assez profonde de leur société, leurs homologues d’outre-Atlantique ont vécu dans une civilisation baignée dans un christianisme diffus mais prégnant. Ce n’est pas tout à fait la même chose de séparer la société en exploités et exploiteurs que de la séparer en riches et en pauvres. Dans le premier cas vous parlez de lutte de classes, dans le deuxième de liberté et de non-violence. Pas de hasard si Joan Baez s’est revendiquée de  Gandhi...    

    La guerre du Vietnam a traumatisé la jeunesse américaine. Quitter le bien-être de l’american way of life pour aller massacrer un peuple dont ils n’avaient rien à faire, ou pire se faire tuer dans une rizière, ne correspondait en rien à la doucereuse et bien-pensante moraline inculquée par les parents et les professeurs dans les écoles. 

    Maintenant il faut avouer que Joan Baez a mis ses idées en pratique. Contre la guerre du Vietnam, elle n’a pas hésité à rejoindre Hanoï sous les bombardements. Certes fidèle à son pacifisme, elle n’est pas allée se battre  fusil à la main contre les GI’s. Remarquons que perso je n’y serais pas allé non plus.  Baez a exulté lors de la victoire des Vietcongs.

    C’est après que les choses se sont gâtées. Des centaines de milliers de vietnamiens libérés de la tutelle américaine ont fui la férule communiste. Reconnaissons que Baez fut l’une des premières à tirer la sonnette d’alarme sur le sort de ces boat-peoples que peu de pays acceptaient d’accueillir. Ne soyons pas dupes, les nations capitalistes ont saisi l’occasion pour vilipender les pays communistes qui retenaient de force leur population. Joan Baez n’élude pas non plus cette contradiction : comment un pays qui subit une oppression devient-il à son tour oppresseur… Ele ne répond pas à la question en la posant autrement : par exemple : comment une action pacifiste se résout-elle par un recours à la  violence… Ce qui la mettrait face à ses propres contradictions.

    Joan Baez confond binarité conséquentielle et dialectique politique.  Que faire ? demandait Lénine. La révolution répondait-il. Trop violente lui aurait objecté Baez. Faute de mieux Joan décide de soutenir les actions de l’Institut Humanitas, sis en Californie, il œuvre à distribuer éducation, culture, santé et nourriture au travers du monde. Je ne voudrais pas être méchant mais heureusement que les malheureux existent afin de soulager (symboliquement s’entend-il, il ne faudrait pas que cela coûte trop cher) la bonne conscience des riches… Joan Baez donne de l’argent et assure gratuitement de nombreux concerts en faveur d’Humanitas chaque fois que l’organisation fait appel à sa générosité.

    Les dernières pages présentent, heureuse initiative, les paroles anglais / français de cinq morceaux de Joan. Suivis d’une discographie sommaire : juste les titres des albums. Notons que l’on assiste tout au long du livre à son parcours musical. Nous ne retiendrons que cet aveu que beaucoup aimeraient faire : elle a chanté naturellement, sans avoir besoin d’apprendre, en pleine possession de sa voix dès le premier instant où elle s’est retrouvée devant le  public. Très vite elle est devenue une vedette. Une dernière mise au point : contrairement à ce que certainsequi n’ont pas vécu cette époque pourraient ne point accroire à Pointe-à-Pître c’est elle qui a propulsé Dylan vers la notoriété grand-public et non l’inverse…

    Dans cette rapide chronique nous n’avons entrevu que l’action politique de Joan Baez afin de ne pas nous éloigner de la volonté la plus signifiante de ses auteurs. Ce qui permet au livre d’être encore aujourd’hui  directement branché sur une époque révolue.

    Entre parenthèses l’idéologie sous-christianiste qui affleure chez Joan Baez est un peu similaire à celle qui perce dans bien des déclarations tardives de Patti Smith.

    Les temps ont changé. Pratiquement un demi-siècle plus tard l’on peut déclarer que Joan Baez est restée fidèle à elle-même. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde !

    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 748 : KR'TNT ! 748 : DMZ / MONO MANN + LYRES / CODEX SERAFINI / WILD BILLY CHILDISH / WILSON PICKETT / WHO / LAURIE / ANDERSON / AUTOPSIED / LAKETIA BENJAMIN

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 748

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    24 / 09 / 2026

     

    DMZ / MONO MANN + LYRES / CODEX SERAFINI

    WILD BILLY CHILDISH / WILSON PICKETT

    WHO / LAURIE ANDERSON

    AUTOSPIED / LAKECIA BENJAMIN

     

     

    SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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    Livraisons 318 – 729 sur :

    http://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

    The One-offs

     - DMZ comme Zorro

             On ne s’était pas revus depuis des lustres. Vingt ans peut-être. En montant les marches jusqu’au deuxième étage, il a levé les yeux et m’a fixé un moment du regard, comme s’il voulait déchiffrer un souvenir. Il n’avait pas changé. Toujours ces yeux clairs de clair-voyant et sa frange sur le front, comme aux beaux jours de sa période Brian Jones. Jean-Yves faisait partie des gens dont on vit la fréquentation comme un privilège. On n’en finissait plus de mesurer la chance qu’on avait de le connaître. On partageait exactement les mêmes passions. On avait traversé ensemble les années de braise, c’est-à-dire 1967, 1968 et 1969, avec un bon disquaire, dans une petite ville de province qui s’appelle Caen et qui avait pour belle particularité d’avoir été reconstruite après les bombardements en pierre de Caen, c’est-à-dire une pierre calcaire d’un joli blanc/jaune clair, aussi les rues du quartier où nous vivions étaient-elles lumineuses. L’ambiance concourait grandement au sentiment diffus que nous éprouvions d’une réelle modernité. Modernité urbaine et modernité de Sharon Tandy & Les Fleur De Lys, le cocktail s’avérait irrésistible. On était formatés.

             Jean-Yves eut la chance de continuer à vivre à Caen. Pas nous. Délocalisation, comme on le dit aujourd’hui des industries. Direction Rouen/Elbeuf, l’antithèse de Caen, un coin où les gens décident d’aller mal, un coin où les gens écoutent Death In June, Christian Death, et les groupes gothiques. Et bien sûr, les gens vont de plus en plus mal. Ils s’extasient des horribles ruelles étroites et humides du vieux Rouen. Rien ne va bien dans cette ville pourrie, ni les gens, ni les rues. Et encore moins les disquaires. À la fin de l’adolescence, on devient plus mobile et on commence à voyager. Direction Londres, le meilleur antidote à ce cauchemar psychomoteur qu’était devenue la vie dans cette fucking Haute-Normandie.

             Le contact avec Jean-Yves fut rétabli par téléphone. On demandait alors un numéro aux renseignements et on l’obtenait. Le cours des conversations reprit tout doucement. Jean-Yves écoutait pas mal de trucs, principalement des compiles Ace, et allait très peu aux concerts. Il avait quitté la ville pour s’installer tout près, à la campagne. Il privilégiait sa vie de famille. Il avait opté pour la tranquillité. Impossible de le décider à prendre la route pour voir un groupe en concert, à Rouen ou à Paris. Jusqu’au jour où on lui fit ce que Don Corleone appelle «une proposition qu’on ne peut pas refuser». Les Pretty Things...

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             Le concert eut lieu en 2005 dans un endroit qui existe encore aujourd’hui et qui s’appelle la Traverse. C’est à cette occasion qu’on se revit physiquement, comme indiqué plus haut. Les réflexes d’antan revinrent automatiquement. La passion pour le rock relève d’une certaine animalité, et nous n’avons pas besoin de l’expliquer : elle s’impose. Donc apéro, apéro, apéro, puis direction la Traverse, à vingt bornes de Rouen. On en charge deux ou trois à l’arrière de Twingo et roule-ma-poule. Bref, on arrive bien rôtis, on nous sert encore des pintes, et on se retrouve tous les deux au pied de la scène au moment où Phil May attaque «Midnight To Six, Man», alors Jean-Yves se transforme en robot du Swinging London, les bras tendus devant lui. Toujours une longueur d’avance ! Alors on imite ses gestes et voilà deux robots hors de contrôle au pied de l’un des groupes anglais les plus légendaires. La suite fut une sorte de black-out. En rejoignant la deux fois deux voies, un mec assis à l’arrière croassa : «Fais gaffe, t’es pas sur la bonne voie.» Pardon. Heureusement, le muret qui sépare les voies n’était pas très haut et la Twingo put l’enjamber. 

             Lendemain de cuite pas très glorieux, mais bon, à l’époque nous avions tous l’habitude. Jean-Yves devait retrouver sa Mini pour rentrer à Caen, mais il eut droit à une petite rasade de «nouveautés». Il restait bien sûr à l’affût, mais pas trop. Il faut se souvenir que dans les années 2000, le revival garage battait son plein et dans le tas, il avait opté pour Anton Newcombe et Joel Gion, du Brian Jonestown Massacre. On lui fit écouter des trucs, mais sans trop insister. Et puis vint le moment décisif.

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             — Tu te souviens de DMZ ?

             Bof. Rien de plus. 

             — Alors, ‘coute ça, comme disait le mec de Buis.

             Un seul cut : «Don’t Jump Me Mother» sur l’album de DMZ paru en 1977 sur Sire. Grosse cocote, l’outrance du whaoouh et ce riff qui pue la stoogerie, et là, t’as un monde qui se crée sous le boisseau, un monde de rock primitif et atrocement abrasif. Il est resté sans voix. Sans doute est-ce la seule fois où c’est arrivé. 

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    Signé : Cazengler, DMZ comme Zinzin

    DMZ. Don’t Jump Me Mother (In DMZ). Sire 1977

     

     

    Wizards & True Stars

     - Mono Mann en stéréo

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             Pour tout savoir de Mono Mann Conolly, le chanteur de DMZ, le plus simple est de se replonger dans les anciens numéros de Dig It!, le zine toulousain qui sut garder vingt ans durant le bon cap. Il faut relire l’interview de Mono Mann que mena Gildas (Hello Gildas), mais aussi les fabuleuses rubriques ‘JJ Says’ que signait Jacques (Hello Jacques) : JJ Rassler (l’un des deux guitaristes de DMZ) racontait ses mémoires et Jacques les traduisait pour Dig It!.

             Mono Mann vient de casser sa pipe an bois, aussi allons-nous tous nous recueillir autour de son souvenir. Avec Willie Loco Alexander, Jonathan Richaman et John Felice, Mono Mann fit partie de l’aristocratie de la scène rock de Boston. On ne peut rien imaginer de plus légendaires que ces mecs- là. 

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             Dans Shindig!, Tim Stegall consacre six pages à ceux qu’il surnomme les Boys from nowhere.  Pour situer DMZ, Stegall ne fait pas dans la dentelle : «No one better translated the fuzz’n’Farfisa-laden snottiness of ‘60s American garage-rock à la Seeds and Standells to the feral blast of early ‘70s New York Doll/Stooges proto-punk.» Mono Mann se dit fan des Blues Magoos à 10 ans, mais aussi des Castaways. Et bien sûr, au cœur de tout ça, on retrouve l’incontournable Nuggets. C’est Mono Mann qui branche JJ Rasler et les autres sur les Sonics, les Groovies et tout le bataclan. Très vite, on trouve DMZ sur le Live At The Rat et sur leur premier Bomp! EP.

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             JJ Rasler et Peter Greenberg ont monté DMZ (Demilitarized Zone) en 1976. Mono Mann est le deuxième chanteur du groupe. Stegall jongle avec les superlatifs pour tenter de décrire la fureur de DMZ sur scène. Pandemonium ! Grit and grunge ! Quand Greg Shaw reçoit une démo de DMZ, il déboule aussitôt à Boston. Leur progression fut fulgurante, se souvient JJ Rassler : The Rat, l’EP Bomp!, et maintenant Sire. Stein les signe sur Sire. Comme le dit si bien Stegall, ils sont prêts à enregistrer leur «30-megaton rock’n’roll album». Mais ils vont devoir poireauter. Beaucoup poireauter. De l’été 1977 (parution du Bomp! EP) jusqu’à février 78, soit sept mois à attendre. En attendant ils répètent. Mais ils répètent trop. Sire ne veut pas des producteurs que propose DMZ, ni Richard Robinson, ni Dave Edmunds. Sire les fout dans les pattes de Flo & Eddie ! Quoi ? Stein leur demande d’enregistrer une bande de pré-production pour donner une idée du son à Flo & Eddie. C’est cette bande que retrouve JJ Rasler 35 ans plus tard et qui sort aujourd’hui sur Crypt. En février 78 Stein les envoie (enfin) enregistrer dans un studio de Long Island. Mais c’est un hiver terrible et DMZ se retrouve dans un studio coupé du monde, with no coffee, no cigarettes. Ils n’ont qu’un jambon à bouloter et trois jours à dormir par terre. 

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             Les 5 mecs de DMZ avaient toutes les qualités et tous les défauts des groupes garage-punk de l’époque, capables du pire comme du meilleur. Ressortez l’album Sire de l’étagère pour vous rafraîchir la mémoire : «Bad Attitude» est un hommage aux Stooges, riffé in the flesh, joué à la bonne insistance, têtu comme une mule, très bloqué du beat. Ça frise le génie bourricot. Et si on ne doit garder qu’un seul titre de DMZ, c’est bien sûr «Don’t Jump Me Mother», l’archétype de l’harsh demented ! L’apologie du jump d’harsh. Chef-d’œuvre apoplectique, tapé au scream d’oooohhh, une vraie merveille de tension malveillante avec du oh! Understand?. Mono Mann chevauche bien le Boston beat. Ils rendent aussi un bel hommage aux Sonics avec une reprise de «Cinderella». Dommage que Mono Mann n’ait pas les épaules de Gerry Roslie. Quant au reste de l’album, on peut l’oublier. Même la reprise de «Out Of Our Tree». Elle n’est pas aussi bigorneuse que le Don’t Jump Me. Mieux vaut écouter l’original des Wailers. Le problème de DMZ est qu’ils ont trop de cuts rock’n’roll qui ne servent à rien. Stegall indique en outre que leur Sire record failed to capture their explosive live mania. Pity ! 

             Greenberg qualifie l’album de fiasco. Mono Mann pense qu’un nouveau mixage aurait pu sauver l’album. On compare le son de l’album à celui d’une roulette de dentiste. Greenberg est le premier à quitter le groupe. Puis Sire les vire quelques mois plus tard. Allez hop, à dégager. 

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             C’est Voxx qui publie Relics en 1981, année de l’élection de François Mitterrand. L’album est nettement plus solide que le sans titre paru sur Sire. On y trouve un «Busy Man» monté sur les accords du «No Fun» des Stooges. Mono Mann se fend aussi d’une cover de «You’re Gonna Miss Me» bien gutsy. Il ne mégote pas sur le raw. Il sait recréer le Texas Power et prend son Miss Me à bras le corps. Mais c’est avec «When I Get Off» qu’il casse la baraque. Il s’en étrangle de rage et ça coule comme un long fleuve trankill, bien sûr. Il sait faire monter sa sauce et Peter Greenberg entretient le suspense avec une grosse cocote bostonienne qui finit par virer stomp. La B n’est pas bonne. On flashe toutefois sur «Guilty Child» : le cut est un peu plan-plan mais le solo du p’tit Greenberg ne l’est pas. C’est même un killer solo flash d’antho à Toto. Il faut atteindre le bout de la B pour trouver une reprise du «Barracuda» des Standells jouée à la cisaille impartiale. Mono Mann chante son don’t you mess with me à la clairette de Boston et les chœurs sont exacts au rendez-vous.

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             Sur Lost Studio Sessions 1978, on entend la fameuse bande de pré-production évoquée plus haut, enregistrée avant le blizzard et le mix foireux. Stegall : «Just five men in a room, detonating.» Effectivement, ça détonate. Ils tapent dans la Stoogerie avec «Bad Attitude». On se croirait sur Fun House. Mono Mann y va à l’ain’t no crime. Il fait bien son Iggy. En B, on flashe sur «When I Get Off/Destroyer», car monté sur le modèle de «Don’t Jump Me Mother», ils amènent ça à l’insidieuse malodorante, ils déroulent, ça baigne dans la folie Méricourt, c’est inflammable et perverti, sans foi ni loi. Leur raison d’être est le groove délinquant. C’est vrai que le son de cette session sauvée des eaux n’a rien à voir avec le son de l’album Sire. Ils tapent une fantastique cover d’«He’s Waiting». Bel hommage aux Sonics. Nouveau chef-d’œuvre de trash-punk : «I Don’t Know When To Stop» : fantastique quadrature de la stature. 

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             Après DMZ, Mono Mann monte les Lyres.

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             Le premier album des Lyres s’appelle On Fyre. On y trouve deux belles énormités, à commencer par «Don’t Give It Up Now», chanté à l’excédée et pas loin du legendary «Dont Jump Me Mother». Mono Mann sait créer sa petite frénésie et dérouler de l’énervement. Ça s’énerve même tout seul. Le batteur des Lyres s’appelle Paul Murphy. Retenez bien ce nom. L’autre gros coup de l’album s’appelle «I Really Want You Right Now». C’est là dans l’insistance que Mono Mann devient excellent. Il ne lâche pas son os. En B, il fait une petite version poignante du «Tired Of Waiting» des Kinks. On le voit ensuite capter l’attention avec «Dolly». Mono Mann sait aussi claquer un pathos dans le claquos. Il est important de savoir que Mono Mann est un fan de Dave Davies, raison pour laquelle on trouve une version de «Love Me Till The Sun Shines» sur l’album. Mono Mann ajoute que ce cut fut la B-side de «Death of A Clown». Il avoue aussi un faible pour «Creepy Jean». Mono Mann affirme que toute grande collection de disques commence et s’achève avec les Kinks. Dans les années 70, il s’est jeté comme pas mal de compatriotes sur les grands albums des Kinks qui valaient déjà la peau des fesses chez les disquaires américains.

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             S’ensuit Lyres Lyres, deux ans plus tard, mais le groupe perd de la vitesse. L’album est nettement plus faible que le précédent. Mono Mann injecte du nothing to lose dans «Not Looking Back», il a des beaux chœurs de lads derrière, mais ça ne suffit pas à en faire un hit. Il fait avec «You’ll Never Do It Baby» du garage classique et sans histoire, qui nous vient des Boots. Il retrouve son allure avec une cover des Alarm Clocks, «My Reasons To Complain». Il tient bien son rock en laisse. Il attaque sa B avec «How Do You Know». Il joue sur la résonance du beat. Il en cultive même la science. Mais c’est avec cette belle dérive de psychedelia intitulée «Stormy» qu’il sauve l’album. Il s’agirait d’un cut des obscurs Jesters Of Newport. «Stormy» révèle un goût du délire jusque-là inconnu chez Mono Mann. On trouve aussi sur l’album deux reprises ratées des Outsiders, «Teach Me To Forget You» et «I Love Her Still I Always Will». Mono Mann dit adorer les Outsiders et avoir étudié le chant de Wally Tax. Dommage qu’il n’ait pas choisi les bonnes chansons des Outsiders.

     

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             Chez Munster, on fait bien les choses : la réédition d’A Promise Is A Promise s’accompagne du Family Tree des Lyres et cet album correspond à la treizième mouture du groupe. On note aussi la présence de Stiv Bators sur «He’s A Heart-W» et Jack Hickey nous régale de belles guitares. Puis Mono Mann retrouve ses vieilles routines d’hits gaga d’antho à tata avec «On Fyre». Tout est bien senti, sur cet album, bien foutu, bien fute fute, et même funky dans «Every Man For Himself». Le Family Tree éclaire bien le génie instable de Mono Mann et son sens aigu de l’énergie souterraine. Il sait aussi faire de l’heavy balladif à la Reigning Sound, comme le montre «Feel Good». C’est torride, mais pour de bonnes raisons, et soutenu à l’orgue balloche, un peu à la Augie Meyers. Wally Tax vient duetter avec Mono Mann sur «Touch». On se croirait chez les Them, c’est le gaga mythique with Tax in tow. En B, Mono Mann rend hommage aux Sonics avec une version live de «Witch» et profite de l’énorme «Knock My Socks Off» pour renouer avec le beat sauvage de «Don’t Jump Me Mother». Big binarisme intentionnel ! Mono Mann donne au gaga ses lettres de noblesse. C’est fin et violent sans l’être, un brin stoogy, car il ramène dans le chant des accents de «Dirt». Encore un sacré son et une belle présence incandescente dans «Running Through The Night». On y sent une réelle dimension artistique. Ceux qui s’intéressent à Mono Mann savent pourquoi ils le font. Nouveau shoot Mono Manniaque avec «She’s Got Eyes That Tell Lies», garage pop alambiqué d’ambition certaine. Il cherche sa voie tout en veillant au grain et une belle basse gronde dans le cortex du son. On reste dans la belle ambiance avec l’excellent «Jagged Time Lapse». Mono Mann crée les conditions de ses ambitions, il élève son art gaga assez haut dans la hiérarchie et fait bien revenir le lard de sa matière. 

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             Dans le quatre pages qui accompagne la red d’A Prosmise, Mono Mann dit à Lenny Helsing sa passion pour le garage sixties et notamment le deuxième album des Blues Magoos. Il raconte que l’arrivée du premier album des Stooges en 1969 changea sa vie et qu’il était difficile de trouver à Boston les disques des Deviants et des Pretty Things. Il flashe aussi au jour de l’an 1968 sur le premier album de Red Crayola et notamment «Hurricane Fighter Plane». Il dit surtout sa passion du son mono et met le mono mix du premier album de Steppenwolf au-dessus de tout. Puis il indique s’être passionné pour le freakbeat dans les années 80 et vante les mérites de l’album Fontana de Dave Dee Dozy Beaky Mick & Tich. Lors d’un séjour à Paris, chez Stiv & Carolyn, Stiv et lui se découvrent une passion commune pour Dave Dee Dozy Beaky Mick & Tich, notamment pour «Here’s A Heart», et là ils font le serment de l’enregistrer. C’est cette version qui fait l’ouverture du balda. Mono Mann se passionne aussi pour John’s Children dont il collectionne les originaux. Dave Bass qui battait le beurre par intermittence dans Lyres rappelle que Mono Mann voulait que tout soit parfait dans son groupe, il le dirigeait comme on dirige un orchestre. Il faisait répéter chaque musicien indépendamment jusqu’à ce que sa partie soit parfaite.

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             Attention, le Live At Cantones 1982 est de mauvaise qualité, mais en même temps, il se laisse écouter. On y voit Peter Greenberg faire des siennes dans un «Lily» monté sur un drumbeat explosif de Paul Murphy. Sur scène, les Lyres cèdent facilement à la facilité et jouent du mauvais rock’n’roll.

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             C’est Crypt qui récupère la lanterne rouge avec The Early Years. 1979 to 1983, une espèce de Best Of qui propose aussi le set de Cantones. Ça démarre en trombe avec cette belle cover des Kinks, «Never Met A Girl Like You Before», atrocement punkish et noyée de son. Mono Mann est un fou qui fout le souk. Il enchaîne avec un «Soapy» joué au meilleur groove de garage bostonien. Mono Mann est un excellent ramoneur de cheminée, comme le montre «Gonna Find A New Love». C’est un peu comme s’il écrivait les lettres de noblesse du garage. Il a un ton, une authenticité. Son «I Really Want You Right Now» sent bon le garage primitif et les eaux troubles. Fabuleuse présence Mono Manniaque, son côté psychotique fait le sel de la terre, il monte son truc en neige et entre dans la légende. Il n’arrête jamais, même quand le cut est fini, il continue. Avec «Nobody But Me», ils jouent leur va-tout en mode boogie-rock embarqué. Back to the furiosa del sol avec «Busy Body». Ces mecs sont des fous et le plus fou d’entre-eux est Mono Mann. «What A Girl Can’t Do» reste dans la veine du big Boston rock, du pur jus de juke. Mais le coup de génie c’est «How Do You Know», un hit embarqué au petit gratté de guitare. Wild à souhait. Tout ça accompagné de liners de Tim Warren.

    Signé : Cazengler, Monoculteur

    Jeff Mono Mann Conolly. Disparu le 31 juillet 2026

    DMZ. DMZ. Sire 1978

    DMZ. Relics. Voxx Records 1981

    DMZ. Lost Studio Sessions 1978. Crypt Records 2026

    Lyres. On Fyre. Ace Of Hearts Records 1984

    Lyres. Lyres Lyres. Ace Of Hearts Records 1986

    Lyres. A Promise Is A Promise. Ace Of Hearts Records 1988  

    Lyres. Live At Cantones 1982. Munster Records 2011

    Lyres. The Early Years. 1979 to 1983. Crypt Records 1994

    Tim Stegall : Boys from nowhere. Shindig! # 174 - April 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - Serafini c’est pas fini

    (Part Two)

             Bernard Pavot bourre sa pipe et souhaite la bienvenue à ses vingt millions de téléspectatrices et téléspectateurs. Puis il se tourne mollement vers l’avenir du rock :

             — La France se demande s’il vous arrive de chanter sous la douche, avenir du rock...

             — Oui, comme tout le monde...

             — Serait-ce indiscret de vous demander ce que vous chantez ?

             — La Lutte Serafinale !

             — Vous n’avez rien perdu de votre panache militant !

             Dans le studio, les gens applaudissent.

             — Mais il m’arrive aussi de chanter «The Serafinal Solution», ce vieux tube underground de Pere Ubu.

             Et il se met à psalmodier, en tapant du pied pour marquer le beat :

             — I don’t need a cure/ I don’t need a cure/ I need a Serafinal solution !

             Les gens applaudissent de plus belle. Bernard Pavot attend le retour au calme pour poser la question suivante :

             — Et quel serait pour vous l’aboutissement Serafinal de votre prestigieuse carrière, avenir du rock ?

             — Participer à une Serafinale de la Coupe du Monde ! Mais je saurais me contenter d’un huitième de Serafinale. La vie voyez-vous nous apprend à modérer nos ambitions.

             — Faites pas le Serafinaud, avenir du rock, tout le monde sait bien que vous méprisez le ballon rond. Soyons sérieux. Abordons un sujet qui vous tient à cœur : la Serafinalité de la vie... Quelle est-elle, selon vous ?

             — Oh c’est simple ! Codex Serafini !

     

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             Eh oui, l’avenir du rock ne raconte pas que des conneries. Un deuxième concert de Codex Serafini sonne comme une sorte de Serafinalité du rock. Car t’as tout là-dedans : le blow, le blew et le blown ! Ça te blow le blew, et ils montent leur biz avec les moyens du bord, quasiment rien : des grooves de basse en La et des coups d’hot sax à la Nik Turner. Et pour couronner le tout, ils ont derrière eux le meilleur batteur

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    d’Angleterre. Ou la meilleure batteuse, on n’a pas osé poser la question, des fois que le sujet soit sensible. Mais quelle frappe et quelle célérité et quelle justesse et quel sens du drive et quelle dynamique propulsive ! Dans son coin, l’hot sax fout le feu quand il veut, il joue en franc-tireur : c’est le Capitaine Conan du psychout so far-out - Tu vois mon vieux Norbert quand il faut aller à la « riflette » avec mes gars, j’y vais le premier avec le sax entre les dents - Et Coan d’ajouter, en tapant du poing sur le bar : «Le rock, il y a ceux qui l’ont fait et ceux qui l’ont gagné !»

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             Non seulement ils arrivent sur scène vêtus de toges rouges, mais ils préservent soigneusement leur anonymat. Ils nous font croire qu’ils viennent de Saturne et on les croit. Au point qu’en plein set, on les soupçonne d’être dotés de pouvoirs extra-terrestres, car oui, quand ils mettent le turbo, ils arrachent facilement un cut du sol, et t’as les murailles de la cave qui frétillent. Comme ils refusent de décliner leurs noms saturniens, alors on les a baptisés : Dave Brick à la basse et Nik Ta Mère Turner à l’hot sax. Au beurre, t’as Meilleur-batteur/batteuse-in-the-UK, et t’as la petite gonzesse au chant, Ice Scream. C’est donc un groupe sans guitare. Un groupe qui flirte avec la perfection. Ils ont du souffle et ça ne court pas les rues. Ils vont jouer un peu moins d’une heure, c’est le dernier concert d’une petite tournée européenne, et tu sens qu’ils tirent la langue. Mais diable, comme ça joue ! Dave Brick se surprend parfois à danser sur son groove. Ils sortent tous les quatre un son épais qui n’en finit plus de redire la grandeur du rock psychédélique anglais.

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             Mother Give Your Children Sanity t’attend au merch et te tend les bras. Tu l’écoutes aussi sec et tu tombes sur un «Pity Them For Giving Life» saturé de bassmatic. T’es défenestré d’avance. Ah les Codex savent mettre en œuvre, ils savent

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    monter leur biz en neige, et ça donne une belle dégelée extra-sensorielle. Et voilà le «Cause & Effect» qu’on entend dans le set, monté sur un groove de basse conquérant, et soudain, Ice Scream prend le pouvoir. Wow ! C’est monté sur l’heavy beat de tes rêves inavouables, terrific de fonce-dans-le-tas ! Ça pulse dans les colonnes du temple. Ice Scream ramène bien sa fraise. Ça bascule dans le génius fondamentalus avec le sax à la traînasse de la rascasse. Et sur le tard arrive une nouvelle flambée de violence, ça grimpe dans les crans, ils connaissent tous les secrets de la Sainte-Barbe. «Alpha Sista With The Heel To The Mouth First» sonne comme de l’hard nut entreprenant, têtu comme une bourrique orientale, monté sur un beat obtus comme un obus, oblong comme un oblat au long cours. Ils touillent leur soupe aux choux et arrosent le tout d’hot sax. Ça bat sec, et même très sec sur «Mother Give Your Children Sanity». C’est un démon qui bat le beurre, ça groove le jazz des toges. Le fouetté de caisse claire est un modèle du genre. Ils se dirigent vers la sortie avec le big time out de «Marching Like A Toad». L’hot sax vient te couiner dans les oreilles et ça bat à la remote control, ça groove au bassmatic Serafini. Ils n’en finissent plus de t’éberluer, ça explose au coin du bois Serafini, l’hot sax se met en rogne et ça tue les mouches. Ce cut foncièrement puissant te dévore le foie, avec ses explosions d’exhalaisons incongrues, c’est pire que tout, le sax rôde comme un serpent à la surface d’une mer de feu.

    Signé : Cazengler, Codex Sépafini

    Codex Serafini. Le Trois Pièces. Rouen (76). 16 septembre 2026

    Codex Serafini. Mother Give Your Children Sanity. Echodelik Records 2025

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le rock à Billy

     (Part Eleven)

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             En 2026, Big Billy ressort deux de ses atouts majeurs : Thee Headcoats et Thee Headcoatees. Les deux albums sont d’une véracité Childishienne remarquable.

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             T’as cinq bombes sur le Man Trap des Headcoatees, dont quatre covers. À commencer par le «KKK Took My Baby Away» des Ramones. Ludella le plie en quatre. Elle l’explose au never got back. Elle fracasse plus loin le «Paint It Black» des Stones, sur un fabuleux tatapoum de Bruce Brand. En B, Kyra la punk explose le «Walking On My Grave» de Dead Moon. Ah comme elle est bonne, la Belge ! Dernière cover de choc : «The Money Will Roll Right In» de Fang. Fantastique déboulade ! Kyra drive ça comme une pro. L’hit de l’album est un cut de Big Billy, «I Can’t Find Pleasure» que Kyra emmène en enfer, avec les accords garage de son ex Big Billy. On entend Bongo Debbie chanter «Signals Of Love», mais ce n’est pas du tout la même voix. Et Holly Golightly ramène son petit sucre vieillissant sur «The Double Axe» et fait à peine illusion. Kyra et Ludella sont les cracks de la bande.

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             The Sherlock Holmes Rhythm N’ Beat Vernacular des Headcoats est surprenant de vitalité carnassière. Ça rue dans les brancards dès «And The Band Played Johnny B Goode». Niaque intacte sur «100 Yards Of Crash Barrier». Il claque sa diction sous sa moustache et fait du Dylan punk. Bel hommage à Bo avec une cover de «Dearest Darling», c’est brillant et sauvagement gratté. On retrouve aussi le «Goddess Tree» d’un album précédent. En B, il attaque «The Friends Of The Buff Medway Fancier Association» aux accords classiques - Good evening ladies & gentlemen - Il a les Headcoatees derrière et il gueule Rock’n’roll ! Punk rock ! Encore un vieux shoot de garage moderne avec «The Devil & God Entwined», le kilo de killer est servi brûlant. Encore un énorme killer au coin du cut dans «Sally Sensation». Il pousse son waouhhh vainqueur, comme il l’a fait toute sa vie. On croit qu’il va faiblir en fin de B... Pas du tout ! Il repart en mode heavy gaga avec «The Boy Who Mutilated Everybody’s Heart» et les vieux accords des Headcoats. T’as le meilleur gaga d’Angleterre. Il finit en mode Dylanex avec «Modern Terms Of Abuse».

             L’affiche Beatwave du vendredi annonce deux «mysterious bands». Bon d’accord. On est au p’tit restau turc situé à deux pas du Pig, on est un peu à la bourre et soudain, qui qu’on voit passer dans la rue ? Wild Billy Childish sous un chapeau de paille. On a la clé de l’énigme ! Incroyable. The Last Punk Standing ! On se dépêche d’avaler nos conneries de starters et on file au Pig. Lord Rochester joue en première partie. C’est donc une soirée prestigieuse. T’as les deux meilleurs groupes de garage anglais le même soir. Pas mal. Elle est pas belle, la vie ?

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             Big Billy monte sur scène avec Wolf et Nurse Juju. Il porte bien sûr son fameux headcoat en souvenir de Don Craine et des Downliners. Ses bras sont couverts de corbeaux tatoués, les fameux crows qu’on retrouve sur les bois gravés, notamment l’excellent ‘Man with crow’. Des crows qu’on retrouve sur le vieil album de Jack Ketch & the Crowmen. Big Billy porte un T-shirt MIC avec les deux quilles croisées, comme les deux tibias de la flibuste. Il n’est jamais très loin de cet univers sacré. Wolf porte lui aussi un headcoat. Et voilà, c’est parti mon coco, t’auras le meilleur set de l’année, enfin l’un des meilleurs, car t’as encore dans les yeux les trente-six chandelles de Jon Spencer, des Cowboys et de Jim Jones. Alors avec Big Billy, ça fera trente-sept. Il gratte sa gratte rouge, la Cadillac guitar, qu’il designa en 1999 et qui fut fabriquée à 13 exemplaires. On ne peut pas faire plus mythique. La p’tite Courette en possède une. Et sur sa Cadillac guitar, il gratte tout le saint-frusquin mythique en partant de «Troubled Times» - I need you girl/ To ease... My troubled mind - jusqu’au «Last Punk Standing» - Who’ll be the last punk/ Standing/ Who can give you/ Undertanding/ Of lost knowledge/ That you can’t apply - Et tu prends tout ça dans la barbe, mot sur mot, riff sur raff, t’auras jamais rien de mieux en la matière, et tu vois Nurse Juju gratter impassiblement son bassmatic en disto. T’as sous les yeux une sorte de couple idéal. Big

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    Billy étale à ses pieds ses lyrics, car il dit avoir un peu de mal à tout mémoriser, mais diable, il a encore du répondant. Big Billy n’est pas encore un vieillard. Quelle belle corpulence ! On sent bien la force de la nature. Même sa moustache s’est épaissie. Il démolit tout à coups de «Punk Rock Ist Nicht Tot», il multiplie les killer solos flash, il fait feu de tout bois, il s’appuie au mur tellement il titube de génie protozoaire, il mène encore le bal du rock anglais, avec une élégance et une abnégation qui n’en finissent plus de te bluffer. Comment un homme peut-il régner sur l’art moderne tout en restant aussi simple ? Big Billy, c’est le Gauguin du rock, le Rabelais du riff, le Buff de l’universalisme, le Caesar de son Mighty empire, et donc du tien, puisqu’il te l’offre en partage depuis cinquante ans, il est le Dregg des droogs que nous sommes tous, il est le grand Musician of the Billy Empire, il est là, tu peux prendre ce qu’il t’offre, alors prends-le, c’est fait pour ça. Ce qu’il propose va bien au-delà du concert de rock garage. C’est le l’art moderne, dans son expression la plus pure et la plus directe. Il est le Ketch du sketch, l’ice king for Crows, l’unbelievable Loveday Intention qui, t’en souvient-il, sonne un peu comme le couronnement d’une ‘carrière’ de folle intensité. Et pour donner le coup de grâce, il gratte de bam bam d’intro de «Fire», oui, celui de Jimi Hendrix, une cover qu’il tapait au temps des Buff Medways, qu’on eut l’immense privilège de voir jouer au Nouveau Casino. Graham Day bassmatiquait dans les Buff et ils portaient tous les trois ces belles vestes d’uniformes d’officiers de l’armée coloniale britannique. Nurse Juju simplifie la ligne de basse de Noel Redding, mais ça pulse bien quand même, surtout qu’ils jouent ça au débotté. Fantastique concert. Un ‘fantastique’ qu’il faut entendre au sens littéraire. Mélange supérieur d’effroi et de fascination. Ça te bloque la cervelle.

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             Et boom, voilà que vient de sortir l’House On Fire de Wild Billy Childish + CTMF. Encore un album qui va te clouer à la porte de l’église. 10 bombes sur 14 cuts. C’est de pire en pire. Uppercut dans le foie avec «The Magpie’s Flown». Big Billy ramène sa voix de vieil homme. Il enchaîne avec une énorme cover du «Shapes Of Things» des Yardbirds, montée sur la walking bass de Juju. Ah il faut avoir entendu, au moins une fois avant de mourir, l’intro sauvage de «Beneath Your Touch», et ça file ventre à terre, avec un Big Billy qui harangue les tonneaux de harengs. Puis t’as Juju qui fait un fantastique numéro de charme avec «Traces Of You», un heavy balladif CTMique. Joli sucre cherokee, elle a même des accents dylanesques. Juju récidive avec un «Untitled» qui sonne comme «All Along The Watchtower». En B, Big Billy gratte des accords gaga de «Keep Mojave Weird» et reste en mode rentre-dedans avec «Blues That Kills» - Wouuuahhh I’m singing the blues that kills - C’est Juju qui se colle au morceau titre, un mid-tempo d’une effarante élégance, monté sur les accords de Gloria. Comme le montre «Have You Seen The Devil?», les wouahhh de Big Billy restent les meilleurs wouahhh du monde, avec ceux des Sonics, et ses accélérations, propulsées par Wolf, restent aussi les plus foudroyantes avec celles des Sonics. Plus Big Billy vieillit et plus ses albums sont bons. Dans «Searching From The Losing Place», il fracasse son kilo de killer habituel. Stuff classique, mais avec tout le poids de sa légende. Inégalable !

             Pas question de faire l’impasse sur The Genius Of Billy Childish et Billy Childish Is Dead, deux DVD Cherry Red. À l’époque, on ramassait ces trucs-là chez Gibert, sur le Boulmich.

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             Le premier propose deux concerts : Milkshakes et Headcoats. Big Billy et Mickey Hamshire se partagent les duties au chant. C’est Mickey qui chante «Jezabel». Ils font aussi l’«I Want You» des Troggs, bien sec et net, et les killer solos de Mickey sont aussi ravageurs que les incursions intestines des Mescaleros. C’est encore lui qui prend «Please Don’t Tell My Baby» et le «Brand New Cadillac» final. Diable comme les Milkshakes étaient bons, avec leur straight rock’n’roll et le bon beurre de Bruce Brand. Un Bruce qu’on retrouve derrière Big Billy dans les Headcoats. Il porte une casquette de marin et une chemise à carreaux. Big Billy gratte une Vox Phantom, et ça rocke vite fait au Cricket de Liverpool avec «All My Feeling Denied», «Lie Detector», «Girl From 1962», ils sont passés en mode straight gaga-punk et Big Billy gratte sa Vox avec toute la niaque de son génie incommensurable. Il retape l’instro «Jack The Ripper» comme au temps des Milkshakes et passe en mode hard gaga à gogo avec «Just Like A Dog». Il ramone «Again And Again» à coups de torse. Big Billy est une magnifique rockstar en T-shirt blanc. Les Headcoats sont une sorte de perfection rock absolue, Bruce bat un beurre incroyablement souple et décontracté. Sur «Good Times Are Killing Me», il part en killer solo avec le torse jeté en arrière et les Headcoatees arrivent sur scène, alors c’est un vrai festival, avec Kyra, la plus punk des quatre, sur «Wild Man». Quelle folie ! Debbie chante «Meet Jacqueline» et Miss Ludella «Around Every Corner». Big Billy regagne la sortie avec le pur punk 77 d’«Action Time & Vision», puis un «Young Blood» zébré d’éclairs killer, suivi de l’impérissable I need you girl/ To ease... My troubel mind !

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             Encore mieux : le docu de Graham Bendel :  Billy Childish Is Dead. T’en as pour deux heures. C’est d’une rare densité, tellement le bonhomme Childish est dense. Pas mal d’intervenants, dont un certain Charles Thompson co-fondateur avec Big Billy des Stuckists, un mouvement artistique de protestation et de peinture figurative, autrement dit, d’agitprop. On y retrouve aussi Sexton Ming, Ella Guru et Wolf Howard. Mouvement fondé en 1999. Big Billy le quitte en 2001. C’est une sorte de pot-aux-roses. Un mec comme Big Billy ne tombe pas du ciel. Les interviews sont entrelardées de plans scéniques. On voit les Mighty Caesars sur scène en Belgique ! Puis les Buff Medways en 2002. Dans un bout d’interview, Big Billy affirme son indépendance. Comme Mark E. Smith, il refuse de participer. Et crack, voilà la période Van Gogh, et tout à coup, ça saute aux yeux : Big Billy est le sosie de Van Gogh. Et on voit ses autoportraits : pur jus de Van Gogh. Il fait même une expo en hommage à Van Gogh. Et crack, voilà les Headcoats sur scène au Texas en 1998. T’en prends plein la vue. Petit interlude à propos de l’incident ‘White Stripes’. Big Billy : «The White Stipes are not charismatic. That’s not an insult. That’s the truth». Et il retourne à son tableau. Et crack, les Milkshakes en 1984 ! Puis il se fout de la gueule de son ex Tracey Enim : «She’s the white Billy Childish» (lui se considère comme le black, culturellement parlant, elle n’est donc qu’une pâle copie). Et crack, il déclare encore : «I refuse to be famous.» Voilà Shane McGowan qui rend hommage aux Buff Medways : «They were The Beatles in Hamburg.» Chez lui, Big Billy gratte «All My Feeling Denied» en acou. Puis il raconte qu’il est persuadé d’avoir été, dans une vie antérieure, abattu en avion pendant la Seconde Guerre Mondiale. C’est la période Messerschmitt. Et on constate une fois encore à quel point le punk des Buff est immortel : «Girl From 1962» ! Et en Belgique, les Mighty Caesars tapent le «Neat Neat Neat» des Damned. 

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             On se régale à lire ‘An Audience With Billy Childish’, dans Uncut. Big Billy dit avoir adoré X-Ray Spex et les Jam en 1977. Puis c’est Russ Wilkins qui lui fait écouter Link Wray, John Lee Hooker, Muddy Waters, and that was that. Et crack, il ouvre une première brèche : «Quand j’ai découvert que la plupart des punk rockers étaient des fans de David Bowie, I was quite disgusted. Alors j’ai décidé de plonger dans les profondeurs de la musique, celles qui n’intéressaient personne and play to audience who were not interested. And we carried on trying to get rid of audiences!». Il dit aussi que les Beatles au Star Club de Hambourg étaient bien meilleurs que les Sex Pistols. Quand Rob Symmons le questionne sur la passion, Big Billy répond qu’il n’est pas vraiment passionné : «I’m commited.»

    Signé : Cazengler, Billy Chaudepisse 

    Wild Billy Childish. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 17 juillet 2026

    Thee Headcoatees. Man Trap. Damaged Goods 2025     

    Thee Headcoats. The Sherlock Holmes Rhythm N’ Beat Vernacular Damaged Goods 2025

    Wild Billy Childish + CTMF. House On Fire. Damaged Goods 2026

    The Genius Of Billy Childish. Cherry Red DVD 2004

    Graham Bendel. Billy Childish Is Dead. Cherry Red DVD 2005

    An Audience With Billy Childish. Uncut # 350 - Uncut 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part Three)

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             En 1972, Wilson Pickett doit renouveler son contrat avec Atlantic. Quand il voit qu’Atlantic verse des millions de dollars aux Rolling Stones, Pickett demande la même chose. Mais on lui répond que Warner Brothers a racheté Atlantic et donc, c’est eux qui décident. Ça fout Pickett en rogne. Il vient trouver Wexler et lui dit : «C’est avec toi que j’ai signé, pas avec Warner.» Et paf, il sort son flingue, et menace de descendre le premier connard qui va se pointer. Mais Wexler va lâcher Pickett. Fletcher : «A decade of making hit records together had come to an end. Loyalty for Wexler, as for Pickett: hard won, easily lost.» Pickett s’en va signer chez RCA - and he would regret his decision for the rest of his life - Eh oui, rien ne sera plus comme avant. Fletcher parle de «déclin artistique».

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             Comme Elvis avant lui, Wilson Pickett atterrit en 1973 chez RCA et va y enregistrer quatre albums, le premier s’appelant Mr Magic Man. La pochette n’inspire aucune confiance, car Pickett y prend un air un peu gnangnan, mais hâte-toi d’aller en B pour écouter «Sin Was The Blame» et tu verras Vesoul ! Fabuleuse attaque d’heavy funk ! C’mon Wicked ! C’est un véritable hit de raw r’n’b joué au treble de gratte. Pickett chauffe le cul du cut, won’t you help me ! Avec Little Richard, Wilson Pickett est le screamer définitif. Encore deux bombes en B : «I Can’t Let My True Love Slip Away» et « I Keep Walking Straight Ahead», énormes shoots de Soul ! Wilson Pickett donne toujours l’impression d’entrer en ville conquise, il a cette grandeur et ce port altier, cette majesté de screamer suprême. Rien qu’avec ces deux heavy romps de Black Power, Pickett reçoit l’absolution définitive. Il le faut le voir chevaucher son beat ! Fouette cocher ! Fletcher se moque de Pickett sur la pochette : «He looked like a ventroloquist’s dummy.»

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             Avec Miz Lena’s Boy, la panthère noire ne perd pas la main, car ça chauffe dès «Take A Closer Look At The Woman You’re With», un big shoot de raw n’n’b funké dans l’âme. Pickett swingue ses fantastiques relances à coups d’aooouhh ! Les autres énormités sont en B, par exemple ce «You Lay’d It On Me», vrai shagging de wild r’n’b. Avec Pickett, ça ne traîne pas, il te charge ça comme s’il chargeait la chaudière d’une loco qui fonce dans la nuit. Il monte ensuite «Why Don’t You Make Up Your Mind» sur le beat de Mustang Sally, alors forcément, ça lui donne de la vigueur. Il arrose tout de scream, et voilà, le tour est joué. Pickett reste le Raw Soul Brother # 1. Il fait aussi une version caraïbe de «Memphis Tennessee», jouée aux percus, avec un solo de sax. Son «Soft Soul Boogie Woogie» fait le dos rond et ondule au clair de la lune. Il revient ensuite à la Soul de Muscle Shoals avec «Help Me Make It Through The Night», c’est cuivré à gogo et bourré de Southern swagger, de piano et de rythme. On le voit aussi se battre pied à pied avec ses slowahs, comme par exemple «Never My Love» qu’il screame à la folie. Il chante même ses cuts plus classiques comme «Two Women And A Wife» jusqu’à la racine. Il les travaille tous au corps, il en épouse la moindre particule. Si on veut se faire une idée de ce que peut être le black inferno, la hot Soul des enfers, il faut écouter Pickett. Mais ce rabat-joie de Fletcher indique que pour la première fois, un album de Wilson Pickett n’entre pas dans l’American Top 200. Selon lui, l’idée du déclin se précise, alors que l’album est solide.

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             Retour aux pochettes sérieuses avec Pickett In The Pocket. Pickett joue au billard entouré de poulettes lubriques, et ça lui correspond mieux. Retour aussi au vrai son, car nous voilà à nouveau à Muscle Shoals avec Brad Shapiro. Pickett renoue avec son cher vieux raw dès «Iron It Out», une compo de George Jackson. Idéal pour un black panther comme Pickett. Tout sur cet album est tellement bardé de son que ça fait rêver. «Take A Look» vaut pour un heavy groove rampant hanté par les screams d’un screamer fou. Il fait encore un festival de scream dans «I Was Too Nice» et pouf, il tamponne le coquillard de la B avec «Take Your Pleasure Where You Find It». Il nous pulse sa Soul à la meilleure pulsion de Muscle. Voilà encore de l’hot raw chauffé à blanc et screamé à gogo. Joli shoot d’heavy Soul aussi que ce «Young Boy Blues». Globalement, ça nous donne un album de rêve, bardé de son, de chant, de cuivres et de Soul. Fletcher critique encore l’album, l’accusant de manquer de la précision rythmique des old days. On va se cotiser pour payer des coton-tiges à Fletcher.

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             Avec Join Me And Let’s Be Free, Pickett opte pour une pochette plus psychédélique. Mais qu’on se rassure, c’est un album de funky r’n’b, comme le montre «Let’s Make Love Right», bien raw dans le traitement et assez imparable d’un point de vue rock, joué à la wah dans l’épaisseur du son, un peu à la Sly Stone, très LA. Encore un fantastique shoot de funk avec «Smokin’ In The United Nations». Look-a-here ! C’est pulsé de frais, comme chez Sly Stone - There ain’t no more room in ly life/ For wasting time ! - Excellent ! Avec «Join Me And Let’s Be Free», Pickett tape dans la pop de Soul de Los Angeles. Un son plus pépère, un peu Soul rock des seventies, à l’image de la pochette. Pas de grosse surprise en B. On écoute «Good Times» sans ciller. C’est un groove rampant goody goody bien travaillé sous le boisseau. Pickett sait polir le chinois d’un beat. «Hyper Conciousness» se situe à la croisée des chemins, c’est-à-dire entre Sly et Ike. C’est bardé de son et de bonnes intentions. Tous ses géants de la Soul passent par le même impératif de survie musicale. On note aussi l’incroyable santé du boogaloo de «Bailin’ Hay On A Rainy Day». Superbe demonstration time de beat héroïque.

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             RCA paye rubis sur l’ongle. Pickett ironise : «RCA gave me millions of dollars and didn’t sell one fucking record.» RCA ne sait pas quoi faire de Pickett, de la même façon que Columbia ne savait pas comment vendre Aretha, affirme Dennis Coffey. C’est toute la différence avec Berry Gordy qui savait vendre ses artistes - Columbia and RCA never got it. They never knew how to work with funk and soul and stuff. RCA finit par dropper Pickett, qui tente de sauver la face en déclarant : «I wasted enough time with them. I was just taking their money.»

             En 1975, Pickett se retrouve à la rue. Fletcher : «The million-dollar deal for Wilson Pickett was a thing of the past.»

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             Et c’est là où Fletcher entre dans le chapitre ‘violence’. Il commence par citer des extraits du book de Louella Pickett-New, Don’t Let The Green Grass Fool You, et notamment les plans où Pickett cogne sa copine Dovie et son fils Michael, qui déclare : «Basically she had it worse than I did.» Elle prend plus de coups que lui. Dovie est obligée de porter des lunettes noires pour planquer ses deux yeux au beurre noir. Pickett va faire deux séjours au ballon. Puis à force de prendre des coups, elle finira par se barrer, au bout de 15 ans de vie commune - She has seen the good, the bad and the ugly.

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             En plein cœur de tout ce bordel, Pickett enregistre Chocolate Mountain qui pourrait bien être son plus bel album. Ça grouille littéralement d’énormités. S’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là, oh-oh oh-oh ! Tu tombes de ta chaise dès «I’m Gonna Do It All Over». Fantastique attaque ! Pickett tape dans le tas, il shoote comme au temps de Mustang Sally, il râle son look it up à bon escient. Wow, le Black Power éclate au grand jour ! Et paf, il enchaîne avec une compo de son vieux copain Mack Rice, «Let Me Know», heavy slab de funk. Tout tient par le grain de la voix et le power du backing. Pickett sort victorieux de chaque combat. «Love Will Keep Us Together» est un hit de Don Kirshner, donc plus radio friendly, mais dans les pattes de Pickett, c’est admirable. Et voilà un «Sweet Water Jail» assez swingué du ciboulot et dûment caraïbisé. Une belle gratte rôde dans le lagon. Mais c’est en B que se trouve la pétaudière. «It’s Gonna Be Good» est du pur Pickett : infernal ! Chanté au raw de so good, so good baby. Il enchaîne avec une autre rasade d’heavy raw, «I’m Changed». Il l’ultra-chante au scream latent, c’est bardé de chœurs de folles et Pickett n’en finit plus de sur-screamer ses relances, alors t’as qu’à voir ! Une fois de plus, tout est parfait sur cet album : les chansons, la voix, les orchestrations et les chœurs d’hot blackettes. C’est Donnie Fritts qui signe «That Woman». Une pure merveille. Pickett l’emmène au raw dans les nappes montantes de violons. Il restera l’une des plus belles incarnations du Black Power. Il termine cet album qu’il faut bien qualifier de faramineux avec «Are You Ready», un shoot de gospel batch de Muscle Shoals. Explosif et bien screamé. Déclin artistique ? Tu rigoles, Fletcher !

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             Pickett fait un retour aux sources avec A Funky Situation, puisqu’enregistré à Muscle Shoals et produit par Rick Hall. Very big album et Pickett le sait, car il faut le voir danser en costard sur la pochette. Avec «Dance With Me», il donne le ton. Sapé comme un milord, il groove l’urbain en profondeur. Il porte une grosse gourmette en or et une monstrueuse chevalière, on le sent riche, au faîte de sa gloire. Son invitation à danser sonne comme la diskö des jours heureux. L’hit de l’album pourrait bien être «Hold On To Your Hiney», un shoot d’heavy Soul screamé dans la force de l’âge. Retourne la pochette et tu verras ce que veut dire la force de l’âge. L’autre hit est le morceau titre qui se trouve en B. Funky, comme son nom l’indique. Pickett tient bien son funk en laisse, il chante à la pure hargne, la black. Avec «She’s So Tight», il fait du big diskö-funk de Muscle Shoals et revient au r’n’b avec «Dance You Down». C’est gorgé de son, de percus et de cuivres. Pickett se sent chez lui, en Alabama. Il fait aussi une reprise du «Groovin’» des Young Rascals et revient au raw avec «Lay Me Like You Hate Me». Il porte son raw à bouts de bras. Pickett est un géant de la Soul dressé dans la nuit pour l’éternité. Hélas, il s’embrouille avec Jimmy Johnson qui mixe l’album. Il lui reproche d’être trop lent sur le mix : «If you don’t have that in my hands by tomorrow, I’m gonna kill you.» Les gens de Muscle Shoals vont arrêter de bosser avec Pickett pendant 25 ans. Jimmy Johnson n’en veut pas plus que ça à Pickett. Il sait que la coke n’arrange rien : «He was mean. He got meaner. And not just wicked, but mean.» C’est-à-dire malsain. Mais bon, c’est Pickett, l’un des plus grands artistes de tous les temps.

             Dans une interview accordée à Nick Kent, Pickett se plaint de la détérioration du son : «Cos you sure can’t get that ole gritty sound, that dirty, raunchy, punchy kind of sound that we got on those old sides.» Il ne supporte pas le son des années 80.

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             Il se retrouve sur EMI America avec un nouvel album : I Want You. La bouille luisante de Pickett apparaît en gros plan. C’est un son années 80, mais il réussit à chauffer sa Soul comme on chauffe une poule. Pickett joue la carte de la mode avec un certain panache, il faut bien l’avouer. Il fond son Black Power dans la chaleur de la nuit. On peut qualifier «Shameless» de Soul puissante, car Pickett reste dans les schémas classiques. Il rugit encore un peu de temps en temps. En B, il vire diskö-funk avec «Groove City». Get hot tonite, c’est cavalé ventre à terre, ça ne traîne pas avec un mec comme Pickett. Il aime bien voir les choses filer doux. Puis il finit par disparaître dans le son, comme le montre «Superstar». Il montre encore un peu les dents, mais ça ne sert à rien.

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             En 1981, année de l’élection de François Mitterrand, Pickett enregistre Right Track. Autant le dire tout de suite, c’est un album de diskö-funk, mais dans les pattes de Pickett, «Back To The Right Track» prend une sorte d’allure fondamentale. Il met autant de niaque à jerker son diskö-funk qu’à jerker son vieux raw d’antan. Tout l’album est extrêmement dansant et l’hit se trouve en B : «Don’t Underestimate The Power Of Love». Fantastique petit éclair de bonne guerre, slow dancing groove d’excellence parégorique. Fletcher indique que l’album est un désastre commercial. EMI America le droppe. Le voilà une fois de plus à la rue.

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             Pickett s’enfonce dans sa spirale de violence - The women often served as secretary, bedroom partner and punching bag - Elles passent toutes à la casserole : Karine Zein et sa fille Soumaya, puis Jean Marie Cusseaux, qui finit par porter plainte. C’est encore plus compliqué pour les musiciens qui l’accompagnent : on leur recommande de ne pas lever les yeux sur lui, «stay out of his face, don’t have anything to do with him.» Pickett trouve n’importe quel prétexte pour cogner. Il y a un mec que Pickett ne peut pas encadrer : c’est Sam Moore. Il ne rate jamais une occasion de lui sauter dessus. La seule qui lui tient tête, c’est Carla Thomas - She stood up to him.

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             En 1987, il finit par atterrir sur Motown pour enregistrer American Soul Man. Pickett sent tout de suite que c’est mal barré, car le producteur Margouleff utilise des synthés et les techniques des années 80. Alors Pickett décide foutre le souk dans la médina. Il demande un costard blanc pour le studio et une voiture avec chauffeur. Pour corser l’affaire, il arrive défoncé au studio. Margouleff lui dit qu’il ne peut pas être à la fois dans une party et dans un studio. Pickett fait bien sûr la sourde oreille. On écoute l’album avec, il faut bien l’avouer, une certaine délectation. Pickett reste une immense star. Il démarre avec une belle tenue de baraque de Soul, «A Thing Called Love». Il veille à son bon grain. D’ailleurs, la pochette indique qu’il atteint une certaine respectabilité. Mais ça se gâte très vite avec «When Your Heart Speaks». En fait, il joue la carte de la Soul progressiste. Comme Jerry Lee dans un autre domaine, Pickett chante son cœur de métier qui est la classe. Jerry Lee et lui sont de magnifiques stylistes et il ne faut pas sous-estimer les albums des périodes de vaches maigres. D’ailleurs «(I Wanna) Make Love To You» arrive à point nommé pour renforcer cette hypothèse, car oui, voilà un fantastique shoot de Soul soutenu à la wild electric guitar. Quel coup de swagger ! En B, il fait une version un peu popotin d’«In The Midnight Hour», mais bon, Pickett a tous les droits, surtout celui de bouffer son vieux Midnight Hour tout cru. Crounch crounch...

             Évidemment, les gens de Motown ont la trouille de Pickett. Ils n’attendent qu’une seule chose : qu’il se barre. Margouleff affirme que Pickett était devenu complètement alcoolique, mais il chantait toujours juste - He just wanted to be called an American soul Man, cause that’s what he was. Right out of the dirt, right out of the field, he was a real American Soul Man, one the few genuine articles, and with the wrinkles and stuff that came along with it.

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             Fletcher rapporte un incident qui a concerné un jeune bassman, Kevin Walker. Walker fait partie du backing-band de Pickett et un soir, Pickett le frappe alors qu’il n’a rien fait. Il l’accuse d’avoir baisé sa femme. Walker le prend mal et remonte dans sa chambre chercher de quoi faire une arme : il arrache la tringle du porte-serviette et descend affronter Pickett qui lui fonce dessus comme un taureau. Walker le frappe eu visage et lui pète l’os au-dessus de l’œil. Pouf, au tapis ! Direction l’hosto. Pickett sauve son œil et ne porte pas plainte. Kevin Walker ne jouera plus pour Pickett. Walker est ensuite recruté par Patti LaBelle, puis par Prince. Il va se forger une drôle de réputation, celle de best young bass player of American R&B. Pour couronner le tout, Motown droppe Pickett. Brisé, Pickett va rester dix ans au tapis, sans enregistrer.

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             C’est grâce à Margo Lewis qu’il va renaître de ses cendres. Margo Lewis est une ex Ginger & The Gingerbreads qui a monté son agence artistique. Elle représente déjà Bo Diddley, Eddie Kendricks et David Ruffin, rien que des cracks déclassés. L’autre événement qui va relancer la carrière de Pickett, c’est bien sûr le film culte The Commitments. Il y a dans le film une scène où Pickett est censé se trouver à l’arrière d’une limousine, à Dublin. Mais ce n’est pas lui. Par contre, il va monter sur scène pendant la tournée des Commitments aux États-Unis.

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             Nouvelle scène de violence avec Jean Cusseaux qui cette fois porte plainte et l’envoie au placard. Il n’est pas la seule Soul legend à se retrouver à l’ombre : En 1988, James Brown prend trois piges de placard pour délit de fuite. Ike Turner fait lui aussi des séjours au trou pour possession de cocaïne. Les addictions de Ray Charles, de Johnnie Taylor, d’Etta James et de Bobby Womack ne sont plus un secret pour personne. En 1996, c’est la nouvelle copine Elizabeth Trapp qui envoie Pickett au placard.

             Puis Fletcher fait entrer en scène le dernier sauveur de Pickett, Jon Tiven. Le Tiven en question bricole à Memphis avec Alex Chilton, Sir Mack Rice, Eddie Floyd, Don Covay et Arthur Alexander. Il produit aussi Syl Johnson, B.B. King et Donnie Fritts. C’est Mack Rice qui dit à Tiven d’entrer en contact avec Pickett. Tiven sait tout faire : composer, jouer, produire et il a des contacts dans l’industrie musicale.

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             Ils font l’album ensemble. Pickett veut Soul Survivor comme titre, mais le p’tit Bobby l’a déjà pris. Alors ce sera It’s Harder Now. C’est son dernier album et il date de 1999. Le gravel est là dès «Outskirts Of Town». Pickett charge bien sa chaudière, pas de problème. Il n’a rien perdu de ses habitudes. Soul Brother number one avec James Brown. Il explose ensuite «Taxi Love», le cut n’a aucun intérêt mais Pickett a de l’intérêt, il racle sa Soul et il passe sans coup férir à «What’s Under The Dress», groové dans la pire couenne de lard, il navigue au même niveau que James Brown sur ce coup-là, avec une animalité en plus. Il screame dans son pantalon. Et puis avec «Stomp», il fait du pur James Brown. Il s’en va ensuite staxer son «Soul Survivor». Il ultra-chante «It Ain’t Heavy». De toute façon, il ultra-chante le moindre de ses cuts. Il est le seigneur des annales. Black power all over. Il titille le sex boogie d’«All About Sex» aux tisons ardents et nous replonge dans l’heavy groove avec «Better HimThan Me», idéal pour une panthère noire comme Pickett. Il se coule dans l’ombre du groove. On sent la fantastique vibration de sa peau noire. Il est tellement à l’aise dans le groove de funk final («Stone Crazy World») qu’il rugit comme cette panthère qu’il n’a jamais cessé d’être. C’est Mick Rock qui signe la pochette. Pickett porte une $6,000 Prada silk jacket achetée exprès pour l’occasion. Typical Pickett.

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             À une époque, Crypt commercialisait un bootleg de Pickett, Live in Germany 1968. Le son est pourri, mais quelle clameur ! Ça explose dès «Everybody Needs Somebody To Love». Il allume, il tisonne, il touille sa braise. Live, il est encore plus démoniaque qu’en studio, il va dans une surenchère du scream. Quand on entend la version live de «Ninety Nine And A Half», on voit tout de suite la trilogie suprême : Pickett, Sam & Dave et James Brown. Cette horreur dévorante qu’est 99 1/2 est idéale pour chauffer la cabane en hiver. Et ce n’est rien à côté du «Mustang Sally» qui suit. Version explosive, le son est bourré du mou jusqu’à la nausée. Pickett screame à la surface ondoyante du chaos environnemental. C’est une version monolithique, d’un seul bloc, un peu lourde. En B, «Stagger Lee» se noie dans les cuivres. Il court après son Stagger Lee, c’est hyper soutenu et chauffé à blanc. On assiste médusé à une authentique charge de cavalerie dans «Funky Broadway». Le mec à la basse joue comme Bootsy Collins, tout est surchauffé, complètement culminé du Mont-Blanc, complètement déboîté sans clignotant, complètement ratiboisé de Boulogne, complètement Attilanisé de la Hune. S’ensuit un «Land Of Thousand Dances» encore plus despotique. Aucune once de démocratie là-dedans, Pickett règne en maître sur les steppes. Il nah nah nahte et hurle ses relances comme le wherewolf of London, ça cogne dans l’os du tibia, ça grouille de congas de Congo Square, ça va et ça vient entre tes reins, Lorelei des Trois Lumières.

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             On retrouve Wicked Pickett dans le fantastique docu de D.A. Pennebacker, Only The Strong Survive. Ce docu est un passage obligé pour tout fan de Soul, car on y croise aussi Sam Moore, Rufus et Carla Thomas, le prophète Isaac, les Chi-lites, Jerry Butler, Mary Wilson et Ann Peebles. Pennebaker nous ressort le grand jeu avec quelques secondes de Sam & Dave en noir et blanc : «Soul Survivor», vertige, Stax ! Et Wilson Pickett. Toujours frais comme un gardon, inoxydable, Wicked Pickett se vante d’être le mec le mieux sapé du business. Claquer mille dollars pour une chemise ne le dérange pas. Il peut se permettre ce genre de cabotinage. Normal, puisqu’il est le roi des showmen. On lui demande si d’autres performers lui arrivent à la cheville, question hurlements. Il en connaît, ah oui, mais dans le gospel. «James Brown ?». Il se marre. Arf ! Arf ! Arf ! Il explique que James Brown chante avec ça. Il montre son gosier. Puis il explique que lui, Pickett, il chante avec ça. Il montre son ventre. Il peut tout se permettre. Il est mieux qu’un roi, c’est un dieu. On le voit live on stage quelque part aux USA en 2000 avec «Land Of Thousand Dances». Dément !   

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             On passe ensuite sur la banquette arrière d’une bagnole qui croise dans les rues de New York. Rescapé des sixties, Sam Moore raconte ses années de drogue, ses hôtels et ses deals, son hero et sa coke. «Comme Belushi», répond-il aux questions sur la nature de sa conso. Une blanche avec des cheveux tressés et perlés comme ceux de Stevie Wonder assise à côté de lui raconte à son tour comment elle lui a mis le grappin dessus et comment elle a réussi à chasser le diable en exerçant un contrôle absolu sur toutes les entrées et toutes les sorties de Sam. Puis on retrouve Mary Wilson, l’ex-Supreme. Elle claque «Love Child» et on danse avec elle. Elle bouge comme Aretha dans le restaurant des Blues Brothers. Quarante ans après l’apogée des Supremes, elle continue de briller au firmament. Grâce à elle, tout s’illumine : le rhythm & blues, c’est le groove du bonheur amoureux, le printemps de la vie éternelle. Mary fait bander la terre entière. Elle interprète ensuite le «Someday» de la Ross, dont se moque Wicked Pickett. Il raconte qu’elle était si laide, cette pauvre Ross, qu’en tournée, on la mettait au fond du camion pour ne pas la voir. Et il explose d’un rire carnassier.

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             On reste chez les têtes couronnées : après Mary Wilson, reine de Sabbath, voilà the crowned princess, Carla Thomas, fille du vrai roi de Memphis. Elle décrocha son premier hit à seize ans. Aujourd’hui, c’est une grosse dondon édentée avec des mâchoires caoutchouteuses et un chapeau de paille, mais quand elle envoie «B.A.B.Y», elle règne sur Memphis. Et puis voici la reine de Nubie, Ann Peebles, qui interprète un «Breaking Up Somebody’s Home» poisseux de swing. Et puis voilà les Chi-Lites avec «Have You Seen Her», suivi de Jerry Butler, qui fut lead singer des Impressions, Jerry a fait carrière dans la politique puisque le voilà préfet du Comté de Corck. Il chante «Only The Strong Survive». Sam Moore réapparaît sur scène pour un blues, puis il tombe la veste et refait à lui tout seul Sam & Dave. «Soul Man» ! Bouleversant ! Suivi par la caméra, il retourne en coulisse, épuisé, expliquant que ce n’est plus de son âge, et il ajoute : «Soul music is a feeling and you put a little emphasis on that feeling.»

             Wicked Pickett claque un «Midnight Hour» quasi fatal. Il fait monter une grosse black sur scène et danse avec elle, ventre à ventre. Et puis, quand le prophète Isaac attaque «Shaft», ton petit cœur bat la chamade et voyage à travers le temps.  

    Signé : Cazengler, Wilson Piqué (des vers)

    Wilson Pickett. Miz Lena’s Boy. RCA Victor 1973

    Wilson Pickett. Mr Magic Man. RCA Victor 1973

    Wilson Pickett. Pickett In The Pocket. RCA Victor 1974

    Wilson Pickett. Join Me And Let’s Be Free. RCA Victor 1975

    Wilson Pickett. Chocolate Mountain. Wicked Records 1976

    Wilson Pickett. A Funky Situation. Big Tree Records 1978

    Wilson Pickett. I Want You. EMI 1979

    Wilson Pickett. Right Track. EMI 1981

    Wilson Pickett. American Soul Man. Motown 1987

    Wilson Pickett. It’s Harder Now. Bullseye Blues & Jazz 1999

    Wilson Pickett Show. Live in Germany 1968. Crypt Records 2009

    D.A. Pennebacker. Only The Strong Survive. DVD 2002

    Tony Fletcher. In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett. Oxford University Press 2017

     

     

     

     

     

     

     

     

    *

    Débuter une liste est toujours facile, la continuer est plus difficile, si je pose les Rolling Stones en premier, quel autre groupedoit prendre la suite, limitons le terrain de jeu immediately, entre 62 et 68, en Angleterre bien sûr, inutile de se battre comme des chiffonniers, l’actualité éditoriale oblige à poser les Who.

    THE WHO

    COLLECTION ROCK&FOLK

    HORS-SERIE #37 / Juillet 2026

    EN COLLABORATION AVEC UNCUT

             Le principe est simple : ordre chronologique de sortie des albums. Dans l’analyse des opus sont disséminées quelques minimales notules critiques… Entre deux albums des interviewes d’époque des protagonistes patentés, de fait très vite ce sont des entretiens avec le seul Pete Twonshend, normal, c’est l’intello du groupe, la tête pensante, d’ailleurs il s’est chargé de rédiger  lui-même l’édito de présentation.

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             Une sacrée douche froide pour les esprits non avertis, super s’exclameront les têtes curieuses de la génération Z, celle qui est plus près de l’oméga que de l’aleph, un gros bouquin sur les Who, j’ignore qui ils sont en fait, mais ils ont une sacrée réputation, je vais lire ! Le Twonshend ne bombe pas le torse, il ne relate pas ses exploits, pas le genre fier-à-bras qui a tout fait, tout vu, tout vécu. Se contente d’exposer ses doutes, se questionne sur l’efficience présente de ce passé, donne l’impression non seulement qu’il n’y croit plus mais surtout qu’il n’y a jamais cru. Heureusement que la vie lui a épargné de de devenir un représentant de commerce payé au pourcentage ! Ses gosses n’auraient pas mangé à leur faim tous les jours !

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             Les débuts et les atermoiements du groupe sont passés sous silence, le book commence en fanfare.  My Generation. Ça tombe bien, ma génération a été emportée dans le flot torride de ce tsunami. Me souviens encore du transistor posé sur le frigo quand la trombe est survenue. Pour un auditeur, difficile de trouver mieux. Pire, difficile de faire mieux. Pour les créateurs. 

             Les Stones ont mis les pieds dans la fange du blues. Pour s’extraire des eaux glauques du Mississippi, z’ont pris leur temps. Sont passés au rock’n’roll doucement, mais sûrement. Les Who sont restés plantés dans la Tamise. Pas n’importe laquelle, ne sont pas remontés aux temps antédiluviens des années vingt et trente, ont opté pour la modernité. Z’ont été des Mods. Le problème quand on plonge dans l’actualité c’est qu’il faut suivre le courant pour se maintenir la tête hors de l’eau durant des lustres. Les Kinks réussiront mieux que. Parce qu’ils parlent des autres. Les Who eux parlent d’eux. Tout est dans le ‘’my’’ !

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             Les deux albums suivants, A Quick One, The Who Sell Out, essaient de ne pas répéter le premier. Moins de colère, déjà ils ont appris à se supporter, à ne pas être dans la surenchère individuelle. Les attitudes   s’affinent : Keith Moon chien fou dans un jeu de quille, John Enwistle musicalement déterminé à rester solitaire tout en restant solidaire, Roger Daltrey le plus conciliant, prêt à se couler dans tous les personnages, Townshend figure de proue. Davantage de mélodies, un peu plus d’humour. Ils ne se sont pas trouvés, mais ils se cherchent. Ils sont prêts à tout.

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             Je me souviens de m’être enfermé seul dans la buanderie. En Angleterre, les Who interprétaient pour la première fois Tommy, leur opéra rock, diffusion en direct, était-ce sur Europe 1, ou Inter, je ne sais plus, mais quelle envolée dans les oreilles. Townshend a trouvé la formule, l’a tué le ‘’je’’, l’a remplacé par l’’’Ego’’. Tommy le gars enfermé en lui-même, dans ses problèmes, dans ses souffrances, dans son autisme. Un adolescent, un inadapté, une victime, le propre roi de son royaume désolé, mais Tommy c’est aussi le crocodile dans son marigot qui avale  tous ceux qui passent pas trop loin de lui. Tout le monde se reconnaît dans Tommy, vous ne pouvez qu’être de son côté, vous avez envie de le protéger, de le défendre, vous êtes prêt à signer une pétition pour qu’on laisse la bestiole phagique en liberté bouffer ce qu’il veut. Succès planétaire.

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             Pour leur cinquième album, les Who tapent dans la facilité, quand tu es à sec d’idées un petit Live (ce sera) At Leeds, c’est reposant et les fans sont contents. Les Who sont un groupe de scène. De toutes les manières quand tu as Keith Moon à la batterie derrière toi t’a intérêt à assurer devant. Bref ils accouchent d’une tuerie, un ravage. Comme l’on ne prête qu’aux riches plus tard on les créditera de l’invention du hard. Perso, c’est l’album des Who que j’écoute le plus souvent.

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             Vous avez eu de la tonitruance pour le suivant Who’s Next vous aurez du synthé. Pas vraiment de la mélodie. Esthétique et violence. Même si vous n’y adhérez pas totalement, vous y revenez souvent. De retour à la fac le lendemain d’un concert, Won’t Get Fooled Again  a profondément choqué mes congénères, certains se demandent à haute voix s’ils n’ont pas été ‘’ victimes d’une agression fachiste’’. Non amateurs de Yes ce n’était que du rock’n’roll !

             Vous en avez pris plein les oreilles avec les deux disques précédents, bande d’égoïstes, infâmes jouisseurs, vous ne vous souvenez plus du petit mignon crocodile, le gentil morfalou, que vous avez laissé tout seul dans son marigot, ben il a fait une grosse bêtise, l’a encore avalé un gars, mais là attention, quelqu’un de célèbre, Pete Townshend son géniteur. Il lui a donné la vie et l’autre l’a tué.

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             Car le Pete, l’a son idée fixe, lui faut refaire un grand coup, pas un nouveau Live, pas une collection de bons tubes mis bout à bout sans véritable lien entre eux, veut une œuvre comme… comme Tommy ! oui mais cinq années se sont écoulées, les temps ont bien changé, la jeunesse aussi, les Mods ne sont plus à la mode, tant pis Tommy ne mourra jamais, enfin si, l’esprit Tommy survivra en Jimmy, le héros de Quadrophenia. Quadrophenia c’est Tommy mais un Tommy dark de chez dark, c’est la fin du rêve, le mouvement Mod est mort, il n’y a plus rien, pourquoi continuer à vivre, pourquoi survivre. L’album est le plus violent de tous les disques des Who, le plus sombre, le plus désespéré. Le plus fort. Un chef d’œuvre.

             Deux ans plus tard, à la cafétéria de la fac Serge sort de son sac The Who by Numbers, pas de problème le premier mec qui l’a acheté sur Toulouse c’est Serge, l’album passe de main en main, on n’en a pas écouté un morceau que déjà l’on sait qu’il est décevant. Il ne vaincra pas mais plus ennuyant : il ne convaincra pas.

             Un second truc inquiétant, quelques mois auparavant, on n’y avait pas trop fait gaffe, la sortie de Tommy, le film. Il ne s’agit pas de savoir si le film est un bon ou un mauvais signe. L’important se passe hors de la pellicule. C’est Townshend, une terrible addiction, bientôt il nous refourguera Tommy en version classique, en pièce de théâtre, en tout ce que vous voulez.  Townshend réfléchit un peu trop. Too old to rock’n’roll. Le surgissement du punk lui file un sacré coup de pied au cul. Il se sent dépassé. ‘’Sa génération’’ est hors-circuit. La nouvelle se détourne de lui. La suivante l’ignorera. Bientôt il n’existera plus.

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             Le cinéma prend la relève, des films se penchent sur le passé des Who, en 1979 ce sera The Kids are Allright, suprême justification du pourquoi l’on a existé… La même année sort Quadrophenia the Movie. Ces deux films sont le chant du cygne des Who. D’ailleurs les Who sont morts : Keith Moon est mort l’année précédente. Comment faire marcher une voiture quand elle n’a pas de moteur. Travaillant sur les rééditions des albums du groupe, Townshend écoutant les pistes de Keith trouve les mots justes, Keith se foutait du beat et de la mesure. Il avait une frappe symphonique. Il imposait l’avalanche et les autres se posaient dessus, comme les alcyons qui font leurs nids dans la tempête. Keith buvait. Bizarrement il était le membre le plus dépendant du groupe. Il s’accrochait au groupe comme la moule au rocher. Peut-être a-t-il pressenti la mort du groupe et est-il parti pour ne pas voir l’inéluctable.

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             Les Who ont survécu. Mais ceci est une autre histoire. Townshend a survécu en lui-même, avec difficulté… N’en finit pas de se regarder le nombril, de vieillir, de courir après sa jeunesse, un insatisfait attachant. Entwistle est parti discrètement en 2002, la musique l’a aidé à vivre et vraisemblablement à mourir. Dans toutes ces pages c’est Roger Daltrey qui tire son épingle du jeu, une plasticité étonnante, Daltrey n’était pas particulièrement Mod, il n’a jamais spontanément adhéré aux délires de son guitariste, mais il savait s’immiscer dans les personnages symboliques créés par Townshend, un véritable interprète prêt à endosser n’importe quel rôle.  

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             Quatre personnalités. Un groupe.

    Damie Chad.

     

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             Les vidéos défilent je cherche un truc sur Edgar Poe, mon œil gauche accroche sous l’extrême-gauche d’un rectangle coloré le nom de Laurie Anderson, ah oui la compagne de Lou Reed, je n’ai rien contre elle, je n’ai rien pour non plus, elle ne fait pas partie de mes préoccupations habituelles, je passe oui, mais mon œil droit accroche à droite  sur Waiting for the Barbarians. Un des titres les plus célèbres de Constantin Cavafy. Arrêt obligatoire.

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             Il s’agit d’une soirée du festival Archives du Désir organisée par la Fondation Onassis regroupant plusieurs artistes contemporains, Laurie Anderson clôture la soirée, le concert s’est déroulé en avril 2023, dans l’église gothique Saint-Thomas sur la Cinquième Avenue à Manhattan. Si vous voulez voir le concert en son entier choisissez la vidéo : ‘’Waiting for the Barbarians : Από τη Νέα Υόρκη στο Onassis’’. Pour ceux qui ne connaissent pas Cavafy les sous-titres en anglais permettent une première approche. Toutefois les traductions françaises facilement accessibles en librairie me paraissent d’une qualité supérieure.

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             Constantin Cavafy né en 1963 – 1933, n’a écrit durant toute son existence déroulée dans la ville d’Alexandrie qu’un livre unique, sobrement intitulé Poèmes. Ses courts poèmes n’excèdent jamais deux pages, ils n’évoquent que l’essentiel : la Grèce, la mort, le désir, le manquement des hommes. Il fait partie de cette génération de poëtes européens de grande amplitude  dont la vie a enjambé le dix-neuvième et le vingtième siècle tout comme : Rilke, Valéry, Yeats, Juan Jamon Jimenez…

    WAITING FOR THE BARBARIAN

    LAURIE ANDERSON

    Laurie Anderson : diction / Brooklyn Youth Choir, sous la direction de Dianne Berkun Menaker / The Knights : Ensemble musical Eric Jacobsen : Colin Jacobsen : directeur artistique et chef d’orchestre / Christina Courtin : directeur artistique et violon /  Mario Gotoh : violon alto /  Caitlin Sullivan : violoncelle / Andrew Trombley : basse / Jessica Han : Flûte : Alexandra Knoll :hautbois / Paul Cho : clarinette / Edward Burns : basson / Ian Sullivan : percussions / Kristi Shade : harpe / Mavrothi Kontanis : Guitare, bouzouki.

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             L’église est pleine comme un œuf de Pâques, lorsque la séquence  Anderson débute, Laurie est déjà au micro, elle annonce qu’elle va lire deux poèmes de Cavafy, En attendant les Barbares et Ithaque dont le thème commun est l’attente.  Pendant qu’elle résume en quelques mots les Barbares, nous en profitons pour la regarder, elle arbore une espèce de coupe punk, but chic, pas une crête plutôt un hérisson, elle est sanglée dans une espèce de veste d’aspect militaire, elle est prise d’assez près, l’on n’aperçoit qu’une partie du chœur une trentaine de jeunes vierges, nous le subodorons

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    puisque nous sommes dans une enceinte sacrée, nous avons toutefois du mal à confirmer notre propos, mais quel est ce bruit, ces gens qui jacassent doucement, ce sont nos gentes damoiselles, elles psalmodient, peut-être imitent-elles le peuple romain réunis autour des Sénateurs, silencieux en leurs toges cérémoniales… elle nous promet une fin surprenante, ce qui est dommage car elle déflore un peu le poème, sans préavis elle se lance dans la lecture du texte, il est constitué de questions posées par les curieux et des réponses apportées par ces gens qui savent toujours tout, mais peut-être aussi par le poëte qui voit au plus profond des choses, depuis un petit moment l’orchestre bourdonne de frottis de cordes, coup de percu, à proprement parler pas percutant, qui lance le rythme, les vers du poèmes sont alors proférés et répétés comme des mantras, montée sonore graduelle, l’on n’atteint aucune cime vertigineuse, c’est une lourde

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     menace qui plane,  jetons un coup d’œil au chef d’orchestre, l’est heureux au tout début il prenait sa pose romantique numéro quatre, mais maintenant il saisit la rythmique comme une occasion pour s’agiter, le stabilo rouge des violons émet une plainte funèbre, l’angoisse monte, Laurie récite, elle ne mime pas, ses gestes sont là pour suivre la rythmique, nul effet de manche, nous ne sommes pas dans un prétoire, lorsqu’elle évoque les toges scarlatinées des consuls, le chœur laisse échapper comme quelques gouttes de sang audible, pourtant l’on sent une ironie dans la voix de Laurie qui énumère les colifichets censés plaire aux Barbares, j’en profite pour donner mon avis, pourquoi avoir douze musiciens pour les entendre tapoter et tripoter leurs instruments,  ils ont dû m’entendre puisque les cordes déploient quelques arabesques orientalisantes, note noire des vents, changement de prise de vue, vue d’ensemble de la nef, la voix de Laurie met la pression, pas une tragédienne non plus, c’est que tout le monde rentre chez soi, le chœur se lamente, point de barbares, les barbares ne sont pas venus, qu’allons-nous devenir sans eux,  violon de Laurie funéral, les coins coupés

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     droits de son instrument sans aucune rondeur ne sont pas sans évoquer un cercueil… quelques gouttes d’eau claire s’échappent de la harpe, Laurie garde son violon et récite Ithaque, changement d’ambiance, si vous cherchez à atteindre votre Ithaque, ne vous pressez pas, Ithaque est peu de chose comparée aux merveilleuses aventures que vous vivrez en parcourant le chemin qui vous permettra d’y arriver. Une revisitation des aventures d’Ulysse à la mode de Cavafy, pour toucher à la nostalgie de Cavafy, lisez quelques pages de Naissance de l’Odyssée de Giono, exactement le même thème mais baignées de lumière et de joie ardente. Puis prenez un bout de l’orange au goût de cendre que vous tend Cavafy. Vous comprendrez mieux la nostalgie du violon de Laurie Anderson. Elle pause sa boîte à musique, sourit, applaudissements.

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    La cérémonie est terminée aurait déclaré Jim Morrison.

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    Invitation au voyage. Sous les lauriers d’Apollon.

    Damie Chad.

    P.S.: Cavafy ou Cavafis (dernière transcription à la mode). Perso je pense qu’un Y ce n’est pas mal pour un grec !

     

    *

             Parfois vous pensez que la vie est un long fleuve tranquille. Prenons un cas particulier le mien au hasard : tiens une chronique intéressante à écrire, un nouveau groupe, un cadavre sur la couve, un titre qui tout de suite vous annonce la couleur : black metal very darkly, j’écoute, une véritable tuerie phonique, pour les paroles à première lecture : de la petite bière.

             Hélas, le diable se niche dans le détail : en l’occurrence trois petites lignes insignifiantes. Un topo sur la souffrance du peuple russe. Normal c’est un groupe russe, mais une précision : ils n’évoqueront pas la Sibérie. En ma naïveté je pense que c’est une allusion au goulag soviétique. Je commets une erreur lourde de conséquences. Je ne crois pas en moi, disons en mes compétences linguistiques en langue anglaise, certes la traduction est évidente, par acquis de conscience je fais appel à un traducteur, je sursaute, je relis la notule, je n’y avais prêté aucune attention, il est vrai que deux mots comportent une majuscule,  moi dans ma tête j’avais compris les termes ‘’vieux croyants’’ comme la désignation des vieilles pensées idéologiques d’avant la révolution russe fin du dix-neuvième siècle – début du vingtième,  l’ignorance est la mère de tous les errements, wikipédia me sauve la mise, il y a bien eu un mouvement appelé Vieux Croyants en Russie qui remonte à la seconde moitié du seizième siècle.

             Pour mieux comprendre rappelons-nous que dans les années soixante en France catholique, le Concile Œcuménique Vatican II a tenté de moderniser le déroulement traditionnel de la messe. L’abandon du latin a offusqué nombre de catholiques, certains prêtres et évêques minoritaires n’ont plus reconnu le Pape… ce mouvement a fait quelque bruit et perdure encore dans l’indifférence générale de la population.…

             En Russie les conséquences ont été plus dramatiques : toute une partie des fidèles, qui ont été surnommés les Vieux chrétiens, ont refusé de suivre les remaniements de la liturgie orthodoxe. La situation ne s’est point déroulée de la même manière : l’Eglise Orthodoxe russe plus ou moins soutenue par les tsars qui se sont succédé au pouvoir a déclenché plusieurs vagues de persécutions qui ont amené plusieurs centaines de milliers d’opposants à périr sur des bûchers… à la manière de nos Cathares de Montségur, mais à une échelle beaucoup plus grande... Certains persécutés se sont volontairement réfugiés en Sibérie loin du pouvoir central. Au cours du vingtième siècle les Vieux Croyants et la hiérarchie de l’Eglise Orthodoxe se sont, sous la férule d’un gouvernement athée, bon gré mal gré, plus ou moins rapprochés… aujourd’hui ils ont signé la paix mais ne sont pas vraiment rabibochés…

             Des centaines d’articles sur le Net renseigneront les lecteurs soucieux d’en savoir plus. S’y mêlent petite foi et grande politique.

    THE VICTORY OF DEATH

    AUTOPSIED

    (Prachshkn Records/ Août 2026)

             Une couve froide comme la mort : un cadavre anonyme dans son cercueil, la photo date probablement du dix-neuvième siècle, ce n’est pas un mort quelconque mais la mort, dans toute sa froideur, dans toute son horreur, dans toute sa victoire.

    Plague : il ne s’agit pas ici de la Grande Peste qui a touché l’Europe en 1347 et 1352, mais la peste qui a ravagé Moscou en 1770-1771, soit pratiquement un siècle après les persécutions. Des émeutes populaires violentes se sont déroulées en septembre 71, les émeutiers s’en sont pris au Kremlin et aux monastères. Le morceau ne fait aucune allusion à ces manifestations dirigées contre les autorités orthodoxes tant religieuses que politiques… : phonation écrasante, qui vous plaque en vous-même, vous interdit de penser, d’avancer, un peu comme quand vous arrivez au bord d’un cercueil et que vous réalisez que vous ne pouvez plus effectuer un pas de plus, vous êtes devant une caisse pas plus d’une soixantaine de centimètres de profondeur et en même temps à  la limite ultime du bord d’un gouffre sans fond, ce cri n’est pas celui du mort qui passe la porte des enfers mais le vocal, une giboulée de glace qui vous conte les derniers instants de la maladie, la souffrance endurée, la douleur, le mal, les tremblements, les saignements, lorsque la batterie frappe vous ne savez plus si c’est sur les clous du cercueil, ou dans votre tête, maintenant vous réalisez que l’on n’évoque pas  un cas unique ou individuel, mais une épidémie, sans doute faut-il multiplier le zéro de la mort, par dix, par cent, par mille… Pestilence : peut-être n’avez-vous pas compris, peut-être vous êtes-vous confronté à un seul cadavre, les guitares sont aussi lourdes que sur le morceau précédent mais elles vous écrasent rythmiquement, la mort est partout, levez la tête, regardez partout, tout le monde y passe, les jeunes, les vieux, les enfants, le chant ressemble à un gouffre sans fond qui se déverse sur l’humanité entière, peut-être serez-vous épargné, n’empêche que vous êtes confronté à une horreur sans nom, de toutes les manières vous n’échapperez pas à sa présence, maintenant ou demain, le rythme s’accélère, à croire qu’il court devant vous pour vous enlever tout espoir de vous soustraire à sa serre, un jour ou l’autre, dans le restant de votre existence. Shadows : Que sont ces ombres, la sommation phonique est moins écrasante, elle se déplace lentement mais plus vite, qui sont ces ombres, serait-ce  le souvenir des horreurs qui défilent dans votre tête ou les âmes de morts qui quittent le cadavre, qui sont délivrées, qui sourient, qui se lancent en d’alertes cavalcades dans la quatrième dimension, tristes d’être mortes, joyeuses d’être mortes, elles se meuvent dans le noir ce qui ne vous empêche pas de voir, troisième œil ou imagination, la nuit les recouvre, les avale, elle ne vous les rendra plus. Vous êtes dans l’incertitude de la mort, parfois le son semble s’éloigner comme un moteur d’avion dans le lointain, parfois le monde s’emplit de clameurs, dans les deux cas, tout vous paraît insoutenable, un monde s’écarte de toi, calmement, dans lequel tu n’as plus accès… Imperishable : Tu es mort et tu n'es pas mort. La partition galope, elle a deux nouvelles à t’apporter, te rends-tu compte que tu es mort et qu’en même temps tu n’es pas mort, tu as perdu la vie et tous les ennuis qui te pourrissaient l’existence, la voix crie dans tes oreilles pour que tu comprennes, tu ne bouges plus mais tu n’es pas mort puisque enfin tu peux te reposer, car tu reposes en paix, tu n’es pas condamné à te morfondre sans fin, la mort est plus douce que tu ne le crois, elle t’éblouit et t’illumine, sans fin, sans fin, sans fin… la musique court sur son ère et sur l’ère de ton cercueil, peut-être dans ta mort danses-tu sur tes os et ton cercueil. Brouhaha sonorock, souffle de mort et souffle d’éternité. Autopsied : autopsie magnifiée ici ce n’est pas celle qui a cours sur les tables de dissection de la morgue, tu es bien mort dans ton cercueil, mais la mort est le résultat du pêché, tu reposes, tu as tout oublié même si ce qui est survenu est inscrit dans l’inéluctabilité de ton existence, pourquoi le magma sonore accélère-t-il ainsi, est-ce parce que la fin approche, oui l’on sait que tu es déjà mort, mais maintenant le couteau qui s’insinue en toi c’est la pesée de ton âme, nous ne saurons pas le résultat de l’opération, celui qui n’a pas de Nom la garde pour lui et pour toi, cela ne nous concerne pas, le rythme s’accélère, sans doute porte-t-il ton jugement, positif, négatif, l’on ne saura jamais, Celui qui officie et tient le scalpel garde le silence d’une tombe. N’empêche que la musique fait un bruit énorme. Jusqu’à la fin. Until the end.

             Même si l’opus est présenté comme une évocation du mouvement historial des Vieux chrétiens, le texte refuse de parler directement de cet épisode dramatique du fait religieux russe. Aucune description d’ensemble. Aucun détail. Nous assistons aux deux derniers jours de l’agonie, autrement dit : le moment de la mort, le tout début lorsque l’on est en train de s’éloigner du vivant. Ensuite voici le cadavre. Jamais il ne nous est dit que c’est celui d’un vieux croyant assassiné, c’est un mort, dans sa nudité de mort. Ne sommes-nous pas des êtres-pour-la-mort pour employer une expression typiquement heideggérienne. Quand au final le grand thanatonaute en chef survient, il n’est pas nommé. Est-ce pour signifier que la mort est plus importante que Dieu pour les vivants.

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             Je vous laisse répondre à cette question que certains trouveront difficile. Peut-être parce que la difficulté est en eux !

    Damie Chad.

     

    *

    Tu devrais l’écouter me dit Michel, il est des conseils amicaux qui sont des ordres, je tape son nom et plouf je tombe sur un endroit que j’aime bien, nous nous y retrouvons régulièrement pour écouter des artistes de la musique bluegrass, folk, country, mais cette fois c’est le Black Music Month, et le saxophone déboule déjà avant l’image.

    LAKECIA  BENJAMIN

    TINY DESK CONCERT

    (NRP Music / Juin 2024)

    Lakecia Benjamin : alto sax, lead vocals / Melodie Ray : vocals / Miki Hayama : keys / Oscar Perez : piano / Elias Bailey : bass  / E.J. Strickland : drums.

             Si je vous dis que les étagères du Tiny Disk sont encombrées, un sacré capharnaüm d’objets attendus et hérotéroclitement inattendus vous me croirez au premier regard, mais vous apprécierez mieux l’adjectif ‘’ tiny’’ quand vous visualiserez le minuscule espace encombré d’une batterie, de deux claviers, d’une contrebasse, et de cinq musiciens.  Amis rockers ne vous débinez pas, c’est du jazz, du jazz qui pousse les murs, qui poursuit son aventure hors des routes battues fussent-elles celles empruntées par Coltrane.

             Laketia Benjamin a connu des débuts difficiles, elle a pris très jeune l’habitude de monter sur scène sans y être invitée pour envoyer hors des clous un solo de saxophone aussi vif et incisif qu’un abordage de pirate. Elle a fini par être remarquée par Miss Eliott et Alicia Keys. Sur conseil d’une amie elle écoute un disque d’Alicia Coltrane, c’est alors qu’elle apprend l’existence d’un certain John Coltrane. Son troisième album s’intitule : Pursuance : The Coltrane. Les titres que nous allons écouter sont extraits de ses deux albums suivants Phoenix (2024) et Phoenix Reimagined (2025). Elle vient de sortir We dream cette année.

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    Phoenix Reimagined : une prestance de panthère noire, longue touffe de jais décalée, elle semble évadée d’un tableau doré de Klimt, entre ses mains son sax brille comme de l’or, elle vrille un solo, derrière l’orchestre semble ramper aussi dangereux qu’un cobra qui glisse dans l’herbe pour se rapprocher de sa proie, alors elle use de son alto altier comme d’un poignard qui s’abat à chacun de ses cris de coupere cuivrés. Let Go : elle crie de joie, elle sourit, le jour s’éclaire, toute joyeuse elle se présente, un mot pour ses musiciens, elle appelle Melodie Ray pour chanter avec elle. Elle se lance dans une espèce de spoken words rythmés qui dérive vers une sorte de flow dans lequel s’insinue le doux fredonnement de Melodie Ray, des paroles davantage fleur bleue tu meurs, l’orchestre est tapi par-dessous comme s’il méditait un mauvais coup, pas de bruit mais une pulsation âpre, la joie du gospel et avec le sourire enjôleur le rappel de l’évidence que c’est à toi d’être maître de ta vie, les musicos suivent le conseil se lancent dans une espèce de solo collectif, un feu de prairie qui dévore tout sans que tu y prennes garde, maintenant elle parle, à croire qu’elle se fout de ce qu’elle vient de dire, qu’elle est pressée d’en finir, elle hoche la tête, c’est pour que compreniez que c’est à vous de jouer. La balle est dans votre camp. Mercy :  le public bat des mains, le sax se balade sur cette houle tranquille, à petits coups brefs de pic-vert qui tape sans arrêt sur

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    l’écorce tendre du monde, Melodie chante en sourdine, la figure levée vers le ciel, maintenant Lakecia est seule dans la tour d’ivoire non pas de sa solitude mais de son continuum vital, Melodie la rejoint, et le combo l’accompagne dans son cheminement, bruissement de feuilles mortes et branches cassées. Trane : elle remercie le public et annonce le dernier morceau dédié à John et Alicia Coltrane, elle nous conseille de poursuivre nos propres rêves. Be bop sans lula, mais l’énergie première, syncopée, arque-boutée sur elle-même comme le scorpion qui s’inocule son propre poison puisque c’est le venin qui le maintient en vie tant qu’il n’est point mort, le sax fragmente le son, le combo essaie de boucher les trous de l’irréparable, le morceau bascule dans sa propre mort, le seul moyen pour lui de ne pas s’amenuiser et se dissoudre dans l’infini. Le sourire éclatant de Lakecia vous remercie. Vous l’emporterez comme une lampe de poche pour éclairer les nuits accaparatrices.

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    Damie Chad.

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 747 : KR'TNT ! 747 : SMALL FACES / DON CAVALLI / CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT / EARTHLORE / GRAVES FOR GODS / JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 747

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    17 / 09 / 2026

     

    SMALL FACES / DON CAVALLI

    CRAMPS / BEATPACK / WILSON PICKETT

    EARTHLORE / GRAVES FOR GODS

    JOHNNY HALLYDAY / ELVIS PRESLEY

     

     

    SUR CE SITE : livraisons 730 + suivantes :

    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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    Livraisons 318 – 729 sur :

    http://chroniquesdepourpre.hautetfort.com/

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

     

    The One-offs

     - Pile ou Faces

     (Part Two)

             Nous nous engouffrâmes dans une petite bouche d’ombre de la rue Caponière et traversâmes à la queue leu-leu un minuscule jardin peuplé d’arbustes aussi rabougris que des pieds de geishas. Disséminées au sol, des figurines animales hétéroclites semblaient nous observer d’un air goguenard. Notre hôte donna un nouveau tour de clé et nous fîmes irruption dans l’ample volume d’une cuisine singulièrement haute de plafond. Il y régnait une fraîcheur salvatrice, en contraste avec la fournaise urbaine qui brûlait tellement l’air de la rue qu’on peinait à respirer.

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             Ah l’endroit valait le coup d’œil ! On y avait accumulé un capharnaüm d’objets gothiques et moyenâgeux. Félicien Rops y eût à n’en point douter trouvé son bonheur ! Au centre, une table de bois massif tranchait la pièce en deux, flanquée de deux rangées de hautes chaises toutes aussi baroques que les vases et les lampadaires en pâte de verre qui surchargeaient les murailles. On ne savait plus où donner de l’œil. Cette orgie d’objets plus rococo les uns que les autres agissait sur la cervelle avec l’ampleur d’une féerie vertigineuse.

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             Notre hôte brisa net notre état de stupeur en nous priant de prendre place pour festoyer. Nous nous retrouvâmes devant des assiettes et des couverts dûment appareillés à l’environnement. Sans crier gare, notre hôte extirpa de son antique réfrigérateur des plats et les disposa au centre de la table : une grande assiette de viandes froides, accompagnée d’un vaste récipient rempli à ras-bord d’une salade de légumes frais, le tout arrosé d’un cru «dont», annonça-t-il avec un sourire complice, «vous me direz des nouvelles», ce que nous ne manquâmes pas de faire deux verres plus tard. Et nous festoyâmes ! Nous dévorâmes de vastes tranches de rôti de bœuf rouge et tendre à la fois, un rôti, commentait-il, qu’il avait choisi avec circonspection et cuit sous l’égide de Brillat-Savarin. Nous nous délectâmes de cette sargasse de légumes échouée dans un océan de sauce blanche et dont la fraîcheur aurait éberlué le moins frileux des esquimaux.

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             Puis vint le moment de passer aux choses sérieuses : une séance d’écoute de 45 tours. Nous dûmes pour cela gravir un étage. En débouchant dans le salon, nous restâmes pétrifiés sur place, comme le fut la femme de Loth, transformée en statue de sel : sur le mur du salon rayonnait un gigantesque portrait encadré de Jules Barbey d’Aurevilly.

             — Ah ça par exemple ! Que le diable m’emporte ! Le Connétable des Lettres ! Que fout-il donc ici ? Serait-on arrivés au tournebride de la rue Rousselet ?

             Notre hôte nous pria de prendre place dans les fauteuils installés face au portrait de Barbey. Sur une table basse s’élevait hardiment une belle pile de 45 tours destinés à divertir, mais surtout à instruire les invités. L’hôte, d’une espèce devenue rare, veillait non seulement à régaler ses invités, mais aussi à leur transmettre ces précieuses connaissances qui sont, dans la vie d’un amateur d’art, l’aboutissement d’un très long parcours. Cette pile de 45 tours en était le symbole et nous nous apprêtâmes à vivre l’un de ces moments sacrés dont le destin est hélas trop avare.

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             Nous eûmes le privilège d’entendre l’éléphantesque Solomon Burke barrir «Keep Looking» sur Atlantic. Puis Gary Walker et «You Don’t Love Me», agrémenté à la suite d’un extrait soigneusement choisi de l’album devenu culte de Gary Walker & The Rain, que rechercherait activement Des Esseintes s’il vivait à notre époque. Le tonitruant Chuck Jackson et «I Keep Forgettin’» nous sortirent à temps de la torpeur dans laquelle menaçait de nous plonger la digestion. Un petit vent frais de rockab souffla sur le salon avec Johnny Horton et «Lover’s Rock». Puis nous plongeâmes dans les gouffres de l’inconnu avec Steve King et «Satan Is Her Name» sur Mercury, The Rumblers et «I Don’t Need You No More» sur Downey, The Lloyd Alexander Real Estate et «Watcha Gonna Do» sur President, The Falling Leaves et «She Loves To Be Loved» sur Parlophone, comme d’ailleurs les Sons Of Fred et «Baby What You Want Me To Do?» Et ça repartit de plus belle avec The Redcaps, puis Shyster et «Tick Tock» (qui sont en fait les Fleur De Lys),  The Clique et «We Didn’t Kiss Didn’t Love But How We Do», The Poets de Glasgow et «That’s The Way It’s Got To Be», The Jynx et «How», et The Downliners Sect et «Bloodhound». On eût droit à une grosse cerise sur

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    le gâtö : les Small Faces et «Wham Bam Thank You Mam», une B-side qu’on ne connaissait pas, alors qu’elle ne fût pas notre consternation d’entendre Stevie Marriott monter sa voix au sommet de la gloire londonienne, dans l’Immédiateté d’Immediate, dans le prodigieux ramdam des origines du monde et des nappes d’orgue du mec Mac, et au cœur de ce prodigieux maelström grondait la basse de l’ineffable Plonk Lane, alors nous nous prosternâmes jusqu’à terre. 

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    Signé : Cazengler, Small Fesse

    Small Faces. Afterglow Of Your Love/Wham Bam Thank You Mam. Immediate 1969

    Chez Gérald. Caen (14). 25 mai 2026

     

     

    L’avenir du rock

    - Un bon Cavalli n’est jamais le dernier

    (Part Three)

             Cette fois, l’avenir du rock a une bonne raison d’aller rendre visite à Jeremiah Johnson dans les montagnes du Colorado. Pourtant, il déteste claquer des dents à cause du froid, mais quand on veut voir Jeremiah Johnson, il faut arrêter de chipoter. C’est pas le genre de mec qu’on croisera sur une plage à Saint-Tropez. Comme d’usage, l’avenir du rock arrive sur les hauteurs et repère au loin le bivouac de Jeremiah Johnson grâce à son filet de fumée. Il approche, descend de cheval, s’assoit près du feu, enlève ses moufles et tend ses mains gelées au-dessus des flammes pour les dégeler. Comme d’usage, Jeremiah Johnson fait rôtir un p’tit lapin atteint de myxomatose.

             — T’en veux ?

             — Bof...

             Pas de mondanités chez Jeramiah Johnson. Si t’es pas content, tu te casses. L’avenir du rock relance la conversation :

             — Faudrait enlever les flèches que les Crows vous ont tirées dans le dos, Jeremiah Johnson. Ça risque de s’infecter...

             — Occupe-toi de tes fesses.

             Il grignote son p’tit lapin calciné. Puis il sort son énorme Bowie knife pour se curer les dents. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Shcrrrrrrrr. Ça fait un bruit dégueulasse.

             — Bon, quesse tu fous là, avenir du rock ? Tu veux ma photo ?

             — Non j’étais juste venu pour vous poser une question importante...

             — Vazy, accouche !

             — Qu’est-ce que vous pensez de Cavalli ?

             — Rien. Connais pas ton cavalier... Pourquoi tu m’poses cette question à la con ?

             — Vous fâchez pas, Jeremiah Johnson, j’essayais juste de vous sortir de la misère intellectuelle dans laquelle vous sombrez depuis cinquante ans. C’est simple : cavalez avec Cavalli. Vous avez déjà le cheval... Vous m’en direz des nouvelles !

     

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             Quand Don Cavalli revient dans ta vie via la wild country de «Don’t Give Your Heart To A Rambler», tu penses aussitôt à Onie Wheeler : même présence et même classe. Cette cover de Jimmy Skinner ouvre le balda de Sounds Of Faith & Sorrow, le

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    nouvel album de Don Cavalli. Puis il passe en mode pur rockab avec «The Old Crossroad», une cover de Bill Monroe, qu’on ne connaît que de nom, mais cette fois t’as le beat rockab d’entre les reins et le deep du doo. Tu ne retrouves cette qualité du slap que sur les grands albums, et ceux de Don Cavalli en font partie. Il attaque son «Body & Soul» au see that train coming round the bend, toujours sur un fabuleux beat rockab. Cette fois, Don Cavalli a des faux accents d’Elvis. C’est faramineux de qualité chant et de qualité son, plus le slap sourd comme un pot. Et cette voix écœurante de feeling ! En B, il passe en mode country rockab de force majeure avec «Memories Of You». Il country-rocke son boat de blend. Il plonge dans une belle dramaturgie avec «The Drunkard’s Hell». Il a cette fois des accents de Charlie Feathers. Il pose sa vraie voix sur un slap sound et ça gratte des poux allégés. Il a les accents de voix de vieil homme qu’on entend chez Charlie Feathers, à la fin. Même fibre de vibe ultra américaine. Album de l’année ? Va-t-en savoir.

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    Signé : Cazengler, Don Casanis

    Don Cavalli. Sounds Of Faith & Sorrow. Doghouse & Bone Records 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Cramps it up !

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             Petite agitation à Clochemerle : on annonce la parution d’un «nouvel» album des Cramps. On entend d’ici les charognards croasser sur leur branche d’arbre. Après Dead Hendrix, on va nous faire le coup des Dead Cramps. Crank it up ! L’hic c’est qu’il reste une survivante des sessions de 1977 à Memphis : Ivy. Enfin, bref, tout ça pue la charogne. Baudelaire redevient d’actualité - La puanteur était si forte, que sur l’herbe/ Vous crûtes vous évanouir - Eh oui, amigo, on y est. Le spectacle n’est pas gratuit : 25 euros si tu veux voir ça en CD, et 100 euros si tu le veux en vinyle coloré - Alors, ô ma beauté ! dites à la vermine/ Qui vous mangera de baisers/ Que j’ai gardé la forme et l’essence divine/ De mes amours décomposés ! - Merci Baudelaire pour ce divin chef-d’œuvre d’humour macabre.

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             Tous les canards s’y mettent, y compris les français. Matt Snow en fait deux pages dans Mojo et Tim Murray six dans Shindig!. Ni l’un ni l’autre ne sont des spécialistes des Cramps. Pourquoi n’a-t-on pas demandé à Dick Porter de se charger de la besogne ? C’est incompréhensible. Sauf tout le respect qu’on doit à ces deux canards, ils traitent «l’événement» comme s’il s’agissait du nouvel album de U2, mais en plus exotique, car sortis de leur contexte, les Cramps sont forcément un groupe exotique. Et le malaise commence à planer dès que le nom d’Henry Rollins apparaît dans le chapô. Tu sais tout de suite que c’est foutu. Ces deux articles devraient être des articles extraordinaires et ils ne le sont pas. Les deux textes n’ont rien dans la culotte.

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    Henry Rolling et Larry Hardy

             On apprend très peu de choses. Dévastée après le départ de Lux, Ivy se serait consacrée «à son jardin, au yoga and a spiritul path under a new name.» Larry Hardy raconte qu’elle filait tout ce qu’elle possédait, les lampes, les films - I’ve gotten their tiki bar  with the giant dinosaur bones that flanked it - L’Hardy rappelle pour les ceusses qui ne seraient pas au courant que Lux et Ivy étaient inséparables - To lose someone like that, I can’t imagine - Ivy n’encaissait plus ses chèques de royalties - She wasn’t interested anymore - Puis l’Hardy et Jimmy Maslon ont proposé à Ivy de monter une société de gestion, The Cramps Inc, pour gérer «the band cultural legacy», et dont Ivy serait bien sûr la principale bénéficiaire. The Cramps Inc va opérer dans trois domaines : photo, vidéo et merch. Apparemment il y a de la demande. Les bootlegeers s’en foutent plein les poches, avec notamment l’out of print. C’est même assez industriel. Et t’as des mecs qui achètent ça ! Quelle puanteur ! Et pour lancer The Cramps Inc, pouf, on réanime le vieux label Vengeance. Tant qu’à faire !

             Meanwhile back in 1977. Alex voit les Cramps à New York et leur propose d’aller enregistrer à Memphis. Rilly? Wow!!!! Lux : «We got together 800 bucks, stole a car and went to Memphis with Alex.» Lux avoua aussi à Snow en 1985 que les Ardent Studio sessions étaient ses «favorites of the Cramps output at that point.» Snow ressort aussi un bout d’interview de Lux concernant Bryan Gregory : «He wanted to be like the Clash and write songs about the Sandinistas. He liked the Bee Gees. He wanted to get rich quick. He was a dumb glue-sniffer from Detroit... not that I’ve got anything agaisnt the glue-sniffers from Detroit.»

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             Dans Shindig!, Kid Congo sait trouver les mots pour dire la spécificité des Cramps : «This music didn’t exist before they existed.» Le Kid aime bien rappeler son examen d’entrée dans les Cramps : Lux lui demande s’il est prêt à se couper un doigt pour entrer dans le groupe, et le Kid lui répond :

             — I think I would, yes.

             — Okay, well, then you can be in our band.

             Le Kid rappelle aussi qu’Ivy lui a appris à mieux jouer, «and she gave me my first fuzz pedal.» Le Kid paraît encore émerveillé d’avoir vécu cette aventure - It was like being into a whole world. That was the Cramps. They were people with a very strong vision - Il atteint une sorte d’apothéose prophétique : «The Cramps were an absolute whole world. It’s timeless music, rock’n’roll as spirituality, rock’n’roll as sexuality, something to enjoy, and to go wild and let loose to.»

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             On apprend que Lux et Ivy avaient mixé Gravest Gravy pour une parution en 2008, mais Lux got sick et le projet fut shelved. On apprend en outre qu’il existe des live recordings, assorted demos and more (A&M demo session including their cover of The Third Bardo classic ‘Five Years Ahead Of My Time’) - It’s a surprise that these have never surfaced before - Par contre, les versions studio d’«Hungry», de «Problem Child» et de «Rocket In My Pocket» semblent inédites. Lux et Ivy planquaient leurs bandes. Même l’Hardy ne savait pas que ça existait - And that’s why this record is such a miracle ‘cause you just haven’t heard it before - L’image de Stephanie Chernikowski qui orne la pochette de Gravest Gravy avait été choisie par Lux & Ivy. 

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             Les Cramps restent les Cramps, quoi qu’on dise. Et sur Gravest Gravy, t’as du son, my son. Dès «TV Set», t’as le luxe de Lux. C’est vraiment gratté dans les règles du lard et soudain t’as le crash trash de Bryan Gregory. Argghhh ! Solo dégueulasse et révolutionnaire. Pur spirit. Tu réécoutes le cut. T’en reviens pas. L’Hardy dit que Bryan Gregory grattait son solo «with the back of his hand». Et ça continue en mode Ardent Memphis Sound avec «Weekend On Mars» et la frappe sèche et magnifique de Nick Knox. Tix tox ! Les Cramps déroulent. Tout est déjà là, tout le déroulé demented de «Twist And Shout», Lux chante dans le coin, c’est de la pure folie ! Far away in Africa et voilà «Jungle Hop». C’est très Dollsy Crampsy, c’est l’exotica des catacombes ! «Hungry» est suivi à la fuzz et là, t’as les heavy Cramps. Cover puissante et menaçante. Lux devient dingue. Mais dingue ! Laisse tomber tes groupes garage. Lux a déjà fait tout le boulot. Et puis voilà l’enfer sur la terre : «The Natives Are Restless», I walk down my street, les Cramps déboulent, baby, pur jus de wild-as-fuck. On assiste à l’incroyable articulation du son derrière Lux. Oh la version de «Domino» ! Oh oh ! Claquée sec ! Craquée ! Violente ! Saturée de son ! Ah Domino ! Lux pose encore ses conditions d’alligator shoes dans «Can’t Find My Mind», avec la réverb maximaliste. Et la cerise sur le gâtö est la cover de «Rockin’ Bones». Roll On ! Mais qui fait les chœurs derrière ? Bryan, dit Philippe. C’est le balancement définitif du when I die/ Don’t you bury me at all/ Just nail my bones up on the wall/ Beneath these bones let these words be seen/ This is the bloody gears of a boppin’ machine ! Autrefois, Jean-Yves adorait scander ces quatre vers mirobolants.

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             La suite de Gravest Gravy est déjà prête, nous dit le Murray : le prochain coup de biz est prévu pour le Record Store Day 2027, «and the one beyond that is pretty much decided too.»

             En plus des bandes d’enregistrement, le Rollins stocke la collection de posters de Lux, et ses fringues - there’s a lot of Lux’s stuff here - Sa videotape collection. Il dit que tout ça appartient à l’histoire.

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             Dans Record Collector, Johnnie Johnstone en rajoute une petite louche en signalant non pas the rebirth of the Ghoul, comme l’a fait son collègue Snow, mais carrément the birth of the Ghoul. Gravest Gravy a failli sortir deux fois, en 1989 et en 2008, précise-t-il. Le Johnstone qualifie les Cramps de deparaved weirdo degenerates, amateurs de «50s rockabilly, B-movie sleaze, exploitation films, garage punk and Vegas-y trash culture.» Les Cramps ? - Here was the true spirit or rock’n’roll, pure in its impurity, feral - Pour situer l’harsh de la cover d’«Hungry», Johnstone parle d’éviscération. Il trouve que «some of the material rocks harder than the later versions», notamment «The Native Are Restless». Ça grunt and grate  ! Et le Johnstone de conclure : «It perfectly encapsulates both their magic aesthetitic and the rebel spirit that spawned these unfforgettable songs.»

    Signé : Cazengler, crampette

    Cramps. Gravest Gravy. Vengeance 2026

    Matt Snow : Rebirth of the Ghoul. Mojo # 393 - August 2026

    Tim Murray : Grave concerns. Shindig! # 178 - August 2026

    Johnnie Johnstone : Birth of the Ghoul. Record Collector # 587 - September 2026

     

     

    L’avenir du rock

     - British Beat(pack)

             Un soir qu’il se promenait dans la rue, l’avenir du rock vit passer d’étranges silhouettes encapuchonnées. Piqué par la curiosité, il décida de les suivre discrètement. Bon c’est vrai que la curiosité est un vilain défaut, mais sans curiosité on ne ferait pas grand-chose dans la vie. Suivant pas à pas les mystérieux inconnus, l’avenir du rock remonta l’avenue René-Coty et les vit s’engouffrer un à un dans une bouche d’ombre. Il s’y glissa à leur suite. S’éclairant à l’aide de son smartphone dernier cri, il descendit les marches humides et manqua cent fois de s’y rompre le cou, se rattrapant chaque fois de justesse à une vague rampe en métal rouillé. Mais la curiosité restait la plus forte, alors au lieu de remonter vers la surface, il continua de s’enfoncer dans les ténèbres. Il finit par atteindre le sol d’un couloir et se dirigea vers ce qui semblait être une rumeur. Il aperçut enfin une lueur au fond de ce long couloir taillé dans la roche et il éteignit son smartphone dernier cri. Il déboucha dans une grande crypte et se dissimula derrière un pilier. Les silhouettes encapuchonnées se tenaient alignées devant un autel, comme des gens faisant la queue au guichet d’une gare. Assis derrière l’autel se trouvait une singulière créature, plus haute qu’un homme, cornue et vêtue d’habits de cérémonie très anciens, semblait-il. Le diable ? De toute évidence. L’avenir du rock vit les silhouettes encapuchonnées approcher du diable une à une, s’emparer d’un couteau posé sur l’autel, s’ouvrir le pouce et apposer le pouce ensanglanté au bas d’un parchemin. Ils recevaient en guise d’assentiment un grognement qui faisait trembler les piliers de la crypte. Ils étaient tous là pour signer un pacte avec le diable. L’avenir du rock se joignit à la file d’attente et quand enfin vint son tour de signer le pacte, il repoussa le parchemin d’une main ferme. Interloqué le diable grommela d’une voix atrocement sourde :

             — Pourquoi ne signes-tu pas ce pacte, avenir du rock ?

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             — Parce que je préfère le Beatpack ! Et de loin !       

     

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             C’est Simon Harvey, le guitariste des Beatpack, qui te cède une belle copie d’All Good Things (Turn To Dust) pour 15 £ sur un trottoir d’Hastings. Bonne opération car quel album ! On entend des chœurs Whoish sur «Or So It Seems», et on passe aux choses très sérieuses avec ce «Greek Street 2am» quasi proto, monté sur un shuffle à la Spencer Davis Group. Hot stuff ! Incroyable giclée d’élégance funky ! Alors attention, la viande est en B et ça pulse dès «Money In My Pocket», early British beat avec des beaux coups d’harp - Money in my pocket/ But I’m broke - Encore du beau British Beat avec «Ramblings From Green To Green», c’est le Beat des origines, bien formulé, puissant comme pas deux, ça groove à l’ancienne, et avec ferveur. Ces mecs sont vraiment bons, comme le montre encore «Poor Old Billy Wren». C’est une pop sixties, très anglaise. Ils terminent avec le morceau titre qui sonne comme un shook de gaga sauvage, bien titillé par un riff malingre, et ça donne un garage extra-sharp. Et bien sûr, Simon Harvey passe un killer killah dévastateur. Ça joue gras avec une appétence pour le proto. Ils frisent le Downliners. 

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             Qui a fait l’apologie du nouvel album des Beatpack, The Violet Hour ? Probablement Shindig!. Celui-là n’est pas produit par Wild Billy Childish, mais il est enregistré par Ed Deegan, ce qui revient au même. T’es hooké aussitôt l’affreusement violent «Chill Is The Night». Ces mecs sont d’épouvantables brutes ! Ils tapent dans une sorte de genius barbare supérieur. Et ça continue en mode fantastique énergie avec «Cafe Conversation #48». Ils enfoncent un sacré clou dans la paume du beat. On croit entendre les Seeds. C’est la même énergie. Au chant, Hugh Dellar est extrêmement incisif. Et toutes les compos sont signées Simon Harvey. Puis on va perdre le panache de «Cafe Conversation #48». Il faudra attendre «People In The City» pour assister à une nouvelle explosion de violence. Ils tapent dans le Whoish System et le couplet s’en va exploser en plein ciel. Ils visent clairement le ramdam des Who. Ils attaquent «The Violet Hour» à la basse pouet pouet d’Ace Kefford. Quel capiteux brouet ! Ils attaquent ensuite «Down On His Luck» à la fuzz box, c’est assez punchy et même presque stoogy. Alors t’applaudis des deux mains.

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             Tant qu’on y est, on peut écouter leur premier album, le moyennement excellent Could You Walk On Water paru en 1991. Même si la pochette est ratée, on peut quand même l’écouter, ne serait-ce que pour entendre le killer solo de Simon Harvey sur «Nobody = Nothing». En plein dans l’œil du colimaçon ! On les sent encore bien déterminés à en découdre avec «Anything Goes». Simon Harvey est hors de lui. On sent une tendance Whoish dans le gratté de poux Ricken de «Two Tracks Missing», et en fin de balda, ils tapent avec «Jasmin» en plein dans l’esprit Pretties, et c’est là qu’ils sont bons, Hugh Dellar fait son Phil. Et en B, tu ne sauves qu’un seul cut, le morceau titre qui sonne comme un hit avec de beaux échos de Stonesy. Simon Harvey se fend à nouveau d’une pimpant killer solo flash.

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             Et voilà le Beatpack sur scène au Pig. Simon Harvey est au fond dans son coin d’ombre avec son Epiphone. Hugh Dellar porte un headcoat, comme Wild Billy Childish, et juste devant toi, t’as Will Bourton lui aussi chapeauté de frais. Le Beatpack va se lancer dans une folle équipée de British Beat avec le son des origines. Ça swingue, c’est sûr, mais ça ne t’emporte pas la bouche. Trop classique, dirons-nous. En tous les cas, tu ne vois aucun des hits que tu connais sur la set-list. Tu découvriras pas la suite qu’ils tapaient dans leurs EPs. On se croirait en 1965. Mais t’iras jamais cavaler après les Beatpack EPs, t’as bien trop de boulot ailleurs. Will Bourton gratte des lignes de basse affreusement dynamiques qui pourraient évoquer le proto, mais Dellar sur scène est tout sauf proto, il est même un brin bourrin et c’est agaçant. C’est un peu comme s’il tentait de passer en force. On sent les efforts. Ça demande à exploser mais ça n’explosera pas. Dellar souffle des coups d’harp comme s’il marquait son territoire. C’est un set enraciné dans le straight British Beat. Même Simon Harvey sonne classique, alors que sur les albums, il casse comme on l’a dit toute la baraque. On ne retrouve pas le panache de The Violet Hour. Ils n’auraient jamais dû monter sur scène après Big Lightning. T’as pas ta dose. Et quand t’as pas ta dose, tu chougnes. Gnagnagna. 

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    Signé : Cazengler, Beatpack de bière

    Beatpack. Beatwave. The Pig. Hastings (UK). 18 juillet 2026

    Beatpack. Could You Walk On Water. Screaming Apple 1991 

    Beatpack. All Good Things (Turn To Dust). Spinout Nuggets 2022

    Beatpack. The Violet Hour. Spinout Nuggets 2024

     

     

    Wizards & True Stars

     - Pickett c’est pas de la piquette

     (Part Two)

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             On en revient toujours à Wilson Pickett. On s’est penché voici quelques semaines sur le book que lui consacra sa frangine Louella Pickett-New, Don’t Let The Green Grass Fool You. Plutôt que de célébrer son talent, elle mettait essentiellement l’accent sur la violence de Wicked Pickett et les coups qu’il distribuait à son entourage. Tony Fletcher aborde le personnage sous un autre angle : dans In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett, il célèbre la carrure du Soul Brother, comme le ferait le biographe d’un champion de boxe. Fletcher revient sur la violence vers la fin du book, lorsqu’emporté dans un tourbillon d’alcool et de coke, Pickett se met à cogner tous ceux qui l’entourent. Pif paf pouf !

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             Pour Fletcher, il n’y a aucun doute : Wicked Pickett incarne la Soul plus que tout autre, parce qu’il est le plus viscéral et qu’il a su transformer le scream en art, comme d’autres transforment le plomb en or. Fletcher rappelle encore que Pickett fut un pionnier, la première Atlantic star à descendre enregistrer chez Stax et chez Fame, puis chez Gamble & Huff à Philadelphie. Il fut aussi le premier à emmener un black American package en Afrique. Wicked Pickett a deux particularités : il est extrêmement agressif, et très noir de peau - too black, disaient de lui les autres blackos. D’où son surnom de panthère noire. Et pour couronner le tout, il ne fait confiance à personne.

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    Tony Fletcher

             Pour remonter aux sources, Fletcher commence par expliquer que les esclaves n’ont pas d’ancêtres, et qu’on leur donnait le nom de leurs propriétaires, d’où les 200 Pickett listés dans les comtés d’Autauga et de Montgomery, en Alabama. C’est donc mal barré pour Wicked Pickett : il sait qu’il porte le nom d’un blanc. Et en Alabama on ne cultive qu’une seule et unique plante : le coton. Wicked Pickett est donc doublement enragé. C’est une sorte de prédisposition. Et pour couronner le tout, sa mère lui fout des raclées sauvages (savage beatings) quand il renâcle - Whoaaaa she almost killed me - Alors il va dormir dans les bois, mais il finit par revenir «à la maison». Ça forge un caractère. Fletcher rappelle que les descendants d’esclaves étaient éduqués à la dure, les parents avaient eux-mêmes été frappés par leurs parents, just to keep them in line, alors le traitement à la dure se transmettait de génération en génération. Frappé quand il était petit, Wicked Pickett va frapper quand il sera grand. Par contre, Fletcher ne nous dit pas si les enfants de Wicked Pickett continuent de frapper leurs proches. Encore une fois, la violence est inhérente à la misère : plus la misère est profonde, plus le désespoir est grand et plus les coups pleuvent. C’est mécanique. Le seul antidote au désespoir est la mort. 

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             Wicked Pickett réussit à quitter l’Alabama pourri pour aller retrouver son père qui est installé avec une autre gonzesse à Detroit. Pickett fait la connaissance d’Aretha qui tourne avec la preaching caravan de son père le pasteur Franklin depuis qu’elle a 10 ans. Si tu lis la bio que consacre David Ritz à Aretha, tu apprendras que les soirées gospel sont des baizodromes. À 13 ans, Aretha met un premier gosse au monde. Wicked Pickett devient pote avec Aretha et chante à la New Bethel church du pasteur Franklin. Ils n’ont qu’un an d’écart et Fletcher avoue qu’il ne sait rien de la nature de la relation qu’entretient Pickett avec Aretha. Pickett fréquente aussi les futures stars de Motown. C’est à la New Bethel church qu’il entend pour la première fois les Soul Stirrers de Sam Cooke, puis deux autres superstars du gospel, Archie Brownlee des Blind Boys From Mississippi et Clarence Fountain des Blind Boys of Alabama. Deux des plus grands chanteurs de tous les temps. Il suffit d’écouter les albums pour le savoir.

             Très tôt, Wicked Pickett s’impose comme un crack - He was good, dit Debose de Pickett. Il sait déjà tenir a tuneful scream, il saut déjà splitter les notes d’un octave like a mystical throat singer, sans se casser les cordes vocales. Tout vient du gospel.

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             Fletcher attaque le chapitre Falcons, sans doute le plus mystérieux et le plus fascinant de l’histoire de la Detroit Soul. C’est un super-groupe avant l’heure, puisqu’on y trouve Eddie Floyd, Sir Mack Rice, et Wicked Pickett. On surnomme les Falcons The World’s First Soul Group. Eddie Floyd monte le groupe en 1955 et recrute Joe Stubbs, le frère de Levi Stubbs, qui ramène le guitariste Lance Finney. Puis Floyd recrute Mack Rice, originaire de Clarksdale, Mississippi. L’autre membre des Falcons s’appelle Willie Schofield. C’est en sortant d’un rendez-vous chez un docteur que Schofield entend dans la rue la voix de Wicked Pickett. Installé au balcon, Pickett chante et gratte à coups d’acou «The Sky is Crying» d’Elmore James. Et pouf, Schofield lui propose de venir auditionner pour les Falcons. Voilà à quoi ça tient : à un fil.

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             Pourquoi Wicked Pickett ne s’est-il pas retrouvé chez Motown ? Bonne question Mister Fletcher. La réponse est pourtant évidente : Motown était beaucoup trop pop pour un mec comme Pickett. Les Falcons, c’est complètement autre chose. Comme Joe Stubbs sait qu’il attire les regards, son ego se met à enfler et il voudrait que le groupe devienne Joe Stubbs & The Falcons, selon le modèle de Nolan Strong & The Diablos. Alors les Falcons le virent et c’est là où Schofield ramène Pickett. Mais ça renâcle. Schofield s’attendait à tout, sauf à ça : les autres Falcons trouvent Pickett trop black. Too black ! Schofield ne comprend pas - What the hell you mean he’s too black ? - Les Falcons proposent le job à Marvin Gaye qui vient d’arriver à Detroit avec Harvey Fuqua, mais Marvin décline l’offre. Alors les Falcons s’habituent à l’idée du too black Pickett. Joe Stubbs revient, et le groupe se retrouve avec deux leaders. Les Falcons partent en tournée et Fletcher précise qu’ils sont tous armés. Ils évitent systématiquement le Mississippi. Fletcher raconte qu’une nuit sur la route, un camion roulait à la hauteur de la bagnole des Falcons et comme dans Easy Rider, un blanc pointait un fusil sur eux. Alors les Falcons ont baissé les vitres et tiré des coups en l’air. Ce sont aussi les Falcons qui dédouanent le jeune Pickett en l’initiant aux joies de l’alcool et de l’herbe. Et puis voilà la fameuse anecdote du concert avec James Brown : les Falcons passent juste avant James Brown. Pickett fait son numéro de screaming, ce qui ne plait pas à James Brown qui les vire de la tournée. Avec le temps, cette rivalité se transformera en respect mutuel. 

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    ( 1963 / Double - Records)

             Wicked Pickett quitte les Falcons pour entamer une carrière solo. Il s’achète une Cadillac verte et part avec sa poule Dovie pour New York. En 1963, il participe à un package tour avec Little Johnny Taylor, Garnett Mimms & The Enchanters et Rufus Thomas. Pickett bricole un peu, jusqu’au moment où Jerry Wexler le signe sur Atlantic. Wexler : «Pickett is, to me, the greatest Rhythm & Blues singer of today.» Et pouf, il lui présente Don Covay, chez Atlantic, on 61st Street & Broadway. C’est le début d’une grosse relation - Give me some juice, turn me loose, let me hang out like a wild mad goose - Don Covay avait été le protégé et le chauffeur de Little Richard qui le surnommait Pretty Boy. Wexler qui vient de signer Tami Lynn, présente ensuite Pickett à Bert Berns qui a eu la main verte avec les Isley Brothers, Solomon Burke et Garnett Mimms. On demande à Pickett de chanter «Come Home Baby», un hit signé Mann & Weil, mais il ne parvient pas à le groover. C’est trop blanc. Alors il se barre. C’est là que Wexler opte pour Stax.

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    Steve Cropper

             Chez Stax, Steve Cropper sait que son job est de composer des hits - That’s what we did. They (Atlantic) were coming from the days of LaVern Baker, that crossover from jazz church. It’s still swing music, it’s still kind of jazzy, it wasn’t really R&B - Crop trouve le son Atlantic trop smooth, trop sophistiqué, trop méticuleusement arrangé, alors que chez Stax, «Otis et Carla Thomas, on the other hand... now that was R&B.» Après son expérience malheureuse avec Bert Berns, Pickett est content de se retrouver à Memphis avec Crop et sa Tele. Ils composent tous les deux dans une chambre de l’Holiday Inn avec les deux grattes. Sans bourbon, précise Crop qui suivait la ligne claire imposée par Jim Stewart - a tight, dry ship - Crop et Pickett composent ce jour là «In The Midnight Hour», «perhaps the song most emblematic of the whole southern soul era.» Crop et Al Jackson vont vite mettre ça au carré en studio. Fletcher précise au passage qu’Al Jackson bat son beurre avec the thick end of his stick. Chez Stax, on travaille from scratch : pas de partitions comme à New York, pas d’arrangements écrits. Wexler est éberlué. Cette expérience dit-il lui a changé la vie, et du même coup, elle a changé l’approche d’Atlantic en matière d’enregistrement et de production. 

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             Pickett retrouve aussi à Memphis son vieux compère Eddie Floyd. Ils composent à trois avec Crop. Pickett fait trois sessions chez Stax, ce qui donne neuf masters, dont quatre vont devenir des classiques. Mais Jim Stewart informe Wexler que les artistes Atlantic ne sont plus les bienvenus chez Stax. Stewart : «Pickett got to be an asshole.» Il ajoute : «The guys didn’t want to work with him, and I wouldn’t ask them to do it.» Pickett a réussi à irriter Jim Stewart. Wexler a aussi abusé de l’hospitalité de Stax. Il a ensuite envoyé Sam & Dave, puis Don Covay. Stewart ne s’entendait pas avec Don Covay - Just didn’t understand Don - Don Covay n’est jamais revenu à Memphis. On reprochait à Jim Stewart d’être top blanc. Wayne Jackson : «He didn’t have a black leg in him.» Puis Pickett va oser dire qu’il a tout composé, ce qui attriste Crop qui est crédité comme co-auteur. Il précise que les compos de Pickett étaient «unfinished».

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             Wicked Pickett va bâtir son empire six ans durant grâce à Atlantic. In The Midnight Hour qui est son premier album sur Atlantic paraît en 1965, et c’est la première d’une série de dix belles bombes atomiques, car oui, franchement, ces dix albums sur Atlantic font partie de ce qui s’est fait de mieux à l’époque en matière de raw Soul. Wicked Pickett disposait de la meilleure des agglutinations : le bon label, les bons producteurs, les bonnes chansons, les bons baking-bands et la vraie voix. Dans le cas d’un mec comme Pickett, on peut même parler de cocktail explosif. Rien qu’avec le morceau titre, Wicked Pickett rafle la mise. Il y va au heavy slow groove, il y va à l’hot ! Yes I am, il travaille déjà ses cuts à l’extrême, il les chante au max des possibilités. Toute l’A de cet album est du pur raw. Wicked Pickett rugit au grand jour dans «Take A Little Love» et surtout dans «I Found A Love». Ce blackos est un chanteur né, il explose tout le concept du doo-wop. Extraordinaire séance de screamerie ! La B est purement apocalyptique, avec notamment «I’m Gonna Cry», un cut digne de Motown mais avec en plus une sorte de drive demented. Encore un hit co-écrit avec Crop : «Don’t Fight It». Ça se sent que c’est ça. Pur jus de Stax Power ! On retrouve la patte d’Eddie Floyd avec «Take This Love I’ve Got». Pickett te screame ça jusqu’au bout de la nuit. On retrouve aussi le «Come Home Baby» de Barry Mann & Cynthia Weil. Power max ! Pickett duette avec on sait pas qui, car rien n’est dit sur la pochette. Belle fin de non-recevoir avec le raw r’n’b de «Let’s Kiss & Make Up» et son solo de gras-double. Crop s’y fend d’un joli killer solo flash. 

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             Comme Jim Stewart ne veut plus travailler avec Atlantic, Wexler emmène Pickett à Muscle Shoals, chez Rick Hall et l’année suivante paraît la deuxième de la série des dix bombes atomiques : The Exciting Wilson Pickett. Belle pochette ! On y voit Pickett en petit costard rouge sauter en l’air. Voilà encore un album bourré à craquer d’hits. L’album est à cheval sur Stax et Fame, car Wexler récupère six cuts enregistrés chez Stax. C’est la raison pour laquelle on retrouve dans la distribution toute la fine équipe Isaac & Spooner, Duck & Tommy Cogbill, Crop, Jimmy Johnson et Chips, Roger Hawkins et Al Jackson, Packy, Andrew Lowe et Floyd Newman, c’est-à-dire toute la crème de la crème. Et pouf, Pickett part en trombe avec l’un des hits les plus wild de la frontière, le «Land Of 1000 Dances» de Cannibal & The Headhunters, une suggestion de Wexler. C’est là, chez Fame, que Pickett assoit sa souveraineté. Il a enregistré «634-5789» chez Stax, une compo de Crop & Floyd, heavy raw de Stax Sound, idéale pour une panthère noire. Il boucle son balda avec «You’re So Fine». Il travaille l’hit au corps. C’est l’un des fleurons des sixties. Et pouf, il remet le couvert en B avec le Midnight Hour de son album précédent et on reste chez Stax avec «Ninety Nine & A Half (Won’t Do)», un cut d’heavy Soul chauffé à blanc, cosigné par Crop. C’est indestructible. Encore un hit infernal avec «Danger Zone», Lord have mercy ! Puis Pickett taille «I’m Drifting» dans la masse, c’est soloté au sax, battu sec et cuivré dans l’âme. Il termine avec une belle compo de Bobby Womack, «She’s So Good To Me». Idéale pour une panthère noire.

             Il va faire trois sessions en neuf mois à Muscle Shoals. Rick Hall indique que Pickett et lui sont des Soul brothers, we really were. L’admiration est réciproque, I love Rick Hall, s’exclame Pickett, qui est assez avare de sentiments. Puis Wexler ramène Tom Dowd à Muscle Shoals.

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             C’est The Wicked Pickett paru en 1967 qui donne son surnom à Pickett. Belle pochette et big album. Pickett sourit comme un diable black sur la terrasse d’un gratte-ciel. On a là l’LP de Soul music idéal, aussi idéal que peut l’être le gendre idéal. On est chez Rick Hall, avec cette bande de surdoués que sont Chips, Jimmy Johnson, Spooner, Roger Hawkins et Tommy Cogbill. Et ça se sent dès «Mustang Sally», signé Mack Rice. Ah la brute ! Pickett bouffe Sally toute crue, sans sel ni poivre, ride Sally ride font les succubes des enfers. Chips joue lead et Cogbill drive son bassmatic comme un crack. Heavy & huge. On fera difficilement mieux dans le genre. Pickett se tape un vieux shuffle de Mississippi Queen avec «New Orleans» et prend «Sunny» à l’heavyness de rêve, avec un Chips planqué dans l’écho du temps. Et puis tout explose avec «Everybody Needs Somebody To Love», beat de stomp, tout le monde joue derrière ce merveilleux screamer. Rrrrrrrraw ! Pickett explose le «She Ain’t Gonna Do Right» de Dan Penn et Spooner, et en B, il reprend le «Knock On Wood» d’Eddie Floyd. Encore deux hits signés Dan Penn : «Up Tight Good Woman» et surtout «You Left The Water Running», extraordinaire raw de gros popotin. Classic sound ! Puis c’est le «Three Time Loser» de Don Covay. Sans doute l’un des plus gros stomps de l’histoire du stomp. Pas de Soul brother plus carnassier que Pickett. C’est le même raw que celui de Sam & Dave.

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             On reste dans l’hot Soul d’Atlantic avec The Sound Of Wilson Pickett paru en 1967. On y retrouve la même équipe de surdoués derrière cette panthère noire qui démarre en trombe avec «Soul Dance Number Three». Gros popotin de Muscle Shoals. Et tout explose une fois de plus avec «Funky Broadway». Chips y fait du Disraeli Gears, il claque ses notes au tremolo, énorme présence du son et hypertension du chant. Pickett boucle son balda avec «You Can’t Stand Alone», sur fond d’une extraordinaire débinade de bassmatic signée Tommy Cogbill. «Something Within Me» palpite au cœur de la B. Il n’existe rien de plus excitant que Wilson Pickett à cette époque. Il fait de l’heavy country Soul, une invention à lui, une sorte de raw Southern brawl, alors évidemment, avec un tel screamer, c’est couru d’avance. On salue aussi le «Mojo Mama» qui ouvre le bal de la B, car voilà une nouvelle lichée de raw to the bone. Tout Muscle Shoals est derrière lui, alors il en profite pour secouer les colonnes du temple. Fantastique artiste !

             Quand Bobby Womack rejoint le backing-band de Pickett, celui-ci lui demande : «Bobby have you got a gun?». Oui, car pour partir en tournée, il faut être armé. Pourquoi ? Pour se défendre. En 1967, tous les blackos qui tournent dans le Sud sont armés. Et comme James Brown, Pickett se comporte en despote avec son groupe.

             Mais à la différence de James Brown qui reste fidèle à son public noir, Pickett travaille avec Atlantic son cross-over vers le public blanc. James Brown : «Ah Pickett, you know you’re a good singer, can’t nobody out-sing you. But you know there’s one thing wrong with you.» Interloqué, Pickett demande : «What’s that, James?». Et James lui met ça dans la barbe : «You ain’t black enough.»

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             Dans le groupe de Pickett se trouve une autre future superstar : Buddy Miles. Pickett lui botte le cul parce qu’il joue «too much drums». On ne botte pas le cul de Buddy Miles. Il ira aussi sec rejoindre Mike Bloomfield pour monter Electric Flag. Puis comme chacun sait, Buddy ira battre le beurre pour Jimi Hendrix. C’est avec le p’tit Bobby que Pickett s’entend le mieux : ils entretiennent tous les deux une «productive and faithful musical relationship». Pickett montre plus de respect au p’tit Bobby qu’aux autres membres du groupe. Le p’tit Bobby apprend à amadouer la panthère noire : «Tu pouvais plaisanter avec lui et soudain, il te sautait dessus pour essayer de te tuer. Tout le monde l’appelait Wicked Pickett parce qu’il était le genre de mec à ne pas se poser de questions sur ce qu’il faisait.»   

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    Chips Moman

             Puis une shoote éclate entre Rick Hall et Wexler pendant une session d’enregistrement d’Aretha. Alors Wexler envoie Pickett chez Chips qui vient de monter American Studios à Memphis. King Curtis et Bobby Womack font partie du staff de Chips, avec les autres surdoués, Reggie Young, et Gene Chrisman qui a battu le beurre pour Jerry Lee. 

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             C’est donc chez American que Pickett enregistre l’excellent I’m In Love, «the most advanced and mature of Pickett’s albums to date.» La panthère noire part en trombe avec «Jealous Love». Ça sent le bon vieux Southern thang. Elle chante avec des accents animaliers étranges, elle rugit dans la chaleur de la nuit, fabuleux carnassier ! L’autre big hit de l’album est le morceau titre signé Bobby Womack qui en plus joue lead sur ce gospel Soul infesté de tortillettes. On est au cœur de la Southern Soul, avec des orchestrations sublimes et le p’tit Bobby dans le son. On trouve aussi sur cette big A un «Stagger Lee» embarqué au Memphis beat. Tommy Cogbill roule pour nous et Gene Chrisman bat un beurre bien sec et bien net. S’ensuit un «That Kind Of Love» signé Don Covay, avec un Reggie Young on fire. Ils cassent tous la baraque, sur cet album. Et le festin se poursuit en B avec King Curtis qui vient saxer «Don’t Cry No More» - Cry me a river/ Cry me a sea - Alors le vieux King entre dans la danse et tout le monde grimpe au paradis. Tiens, encore un coup de Jarnac avec «We’ve Got To Have Love», du raw meat + du Memphis beat, ça donne une bombe atomique. Wilson Pickett et le p’tit Bobby co-signent ce monster hit. Ils sont tellement dans le vrai. «She’s Looking Good» sonne comme Mustang, même hargne barbare, même sens aigu de l’hot-as-hell.

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             Pas vraiment d’hits sur The Midnight Mover, deuxième album enregistré chez American, et paru en 1968. Pickett compose pas mal de trucs avec son pote le p’tit Bobby, notamment le morceau titre, «I’m A Midnight Mover» - They call me the midnight mover - On peut lui faire confiance. Ils composent aussi le slow burner «Remember I Been Good To You». Co-signé avec le p’tit Bobby, voilà encore «I Found A True Love», en gage de qualité. Bien dur et chanté au petit popotin. Avec Pickett, le client n’est jamais déçu. Ils co-signent aussi «Let’s Get An Understanding», nouveau slab d’hot raw. L’autre co-auteur de choix est bien sûr Don Covay. Ils pondent ensemble l’infernal «I’m Gonna Cry», joliment soutenu par des blackettes délurées. Pickett boucle son bouclard avec «For Better Or Worse» qu’il chante à la pointe du progrès. Ah quelle glotte !

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             Reggie Young dit que le p’tit Bobby a déteint sur lui - Now I’m playing like Bobby Womack - Et quand il va aller jouer à Nashville, il continuera de jouer «that Womack style on country records, instead of the hillbilly stuff.» Puis le p’tit Bobby finit par en avoir marre des «poor conditions» dans lesquelles les musiciens de Pickett sont traités, même s’il roule dans la Cadillac de Pickett. Fletcher indique au passage que le p’tit Bobby a initié Pickett à la coke. Il se souvient de la première fois : «Man, he was dancng like James Brown, all over the place.» Mais en contrepartie, la coke n’a fait qu’aggraver les mauvais penchants de Wicked Pickett, notamment son penchant pour la violence domestique.

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             Malgré sa pochette un peu neuneu, l’Hey Jude paru en 1969 pourrait bien être l’un des meilleurs albums de Wilson Pickett. Il est de retour à Muscle Shoals et Rick Hall produit l’album. Le coup de génie est évidemment le morceau titre, où Pickett outrepasse McCartney, ce petit black originaire de l’Alabama make it better. Barry Beckett le soutient à l’orgue et les guitaristes s’en donnent à cœur joie, évidemment. Pickett sonne comme un damné de la terre, il sonne comme un brasero à deux pattes, c’est la pire partie de scream de l’histoire du rock. Toute l’A est une partie de plaisir, et ce dès «Save Me». Toute la bande est là : Roger Hawkins, David Hood, Jimmy Johnson, Duane Allman et les Sweet Inspirations. «Back In Your Arms» sonne comme l’«A Change Is Gonna Come» de Sam Cooke, Pickett le chante jusqu’à l’oss de l’ass. On passe au Stax Sound avec «Toe Hold», un hit signé Prophète Isaac et David Porter. Pickett en fait de la charpie, il est encore plus hot que Sam & Dave réunis, il chante à la glotte cramée. Don Covay signe «Night Owl», encore un cut hot as hell, fabuleux shake de scream bien secoué, c’mon in the morning, et David Hood dégringole ses gammes. Pickett boucle son balda avec «My Own Style Of Loving», un pur joyau de Southern Soul bourré de cuivres, de piano, d’orgue et de guitares. La B est un tout petit peu moins dense, heureusement. Pickett screame son ass off dans «A Man And A Half», signé George Jackson et joué à la clameur du Fame Sound. S’ensuit un groove typique de la Soul des seventies, co-signé avec Bobby Womack : «Sit Down And Talk This Over». Pickett y fait des étincelles. Tout y est : le son, la voix, la compo et le beat. Il fait aussi une cover brûlante de «Born To Be Wild». En fait, il fout le feu à tout ce qu’il touche. Il hurle tout ce qu’il peut hurler. Fletcher : «Hey Jude was the perfect Wilson Pickett album for early 1969.»

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             En 1970 paraît Right On. Une moitié des cuts est enregistrée à Muscle Shoals, et l’autre dans le nouveau fief d’Atlantic, le studio Criteria à Miami. Le coup de génie se trouve en B et s’appelle «It’s Still Good». Eddie Hinton le shake au Southern riff, ça screame et ça rue dans les brancards, de grosses nappes d’orgue viennent lécher les flancs du cut, c’est chargé d’électricité, still good I like it ! On trouve aussi en B un très belle cover d’«Hey Joe» très électrique et très screamée. Sur cet album, Wilson Pickett semble se battre pied à pied avec sa Soul, c’est en tous les cas l’image qu’inspire «Funky Way». Eddie Hinton fait des merveilles dans le «Groovy Little Woman» d’ouverture de balda. On retrouve Cissy Houston dans les chœurs. Wexler et Tom Dowd veillent au grain. L’autre hit du disk s’appelle «Sweet Inspiration». Joli raw de r’n’b d’époque, beau final sexuel avec des filles exubérantes. Back to Muscle Shoals avec «This Old Town». Sacré beau brin de Soul, solide et bien ficelé. Pickett fait aussi une version un peu heavy de «You Keep Me Hanging On». C’est du big business. Il nous fait aussi le coup de la ferveur spectaculaire du gospel batch dans «Lord Pity Us All» et il screame sa crème dans «Women Likes To Hear That».

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    Wilson Pickett + Jerry Wexler

             Mais on reproche  à l’homme qui a créé le modèle d’une authentique black Soul de mal tourner en reprenant de la white pop. Il est temps pour Wicked Pickett de se recentrer. Wexler louche sur Gamble & Huff à Philadelphie et leur envoie Archie Bell & The Drells, puis Dusty Springfield, puis les Sweet Inspirations. Non seulement Gamble & Huff supervisent tout, le studio, la section rythmique, l’enregistrement, mais ils supervisent aussi le sweetening, la production, et bien sûr les compos. Alors Wexler envoie Pickett chez ces surdoués. En prenant cette décision, Wexler prend aussi le risque d’adoucir sa panthère noire.

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             Paru aussi en 1970, In Philadephia est le huitième Pickett album sur Atlantic. Alors, attention, comme l’indique le titre de l’album, on change de son. Pickett passe à une Soul beaucoup plus sophistiquée. Ce sont aussi d’autres musiciens, ce qui n’empêche pas Pickett de faire son cirque habituel dans «Run Joey Run». Il sait se maintenir au sommet. On va droit sur «Bumble Bee», monté sur le bassmatic d’un nommé Ronnie Baker. Pas de meilleur rumbler que ce Bumble Bee. «Don’t Let The Green Grass Fool You» vaut pour de la belle Soul bien carbonisée. C’est en B que se joue le destin de l’album. Notamment avec «Get Me Back On Time Engine Number 9». Big Wicked beat, c’est le popotin de Philly avec un bassmatic extraordinairement luisant dans la matière du beat, le mec joue au takatak rebondi, et on a en plus une guitare une peu folle dans le fond du son, du scream et des nappes d’orgue. L’ensemble stupéfierait un régiment d’hussards. Pickett chante son «Days Go By» à s’en dilater la rate. Il brûle, brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé. Back to the big raw avec «International Playboy». Pickett ne mégote pas sur le raw, il est même l’incarnation du raw, le Soul screamer # 1, avec Bobby Womack, Al Green et James Brown.

             Mais il ne retournera pas à Philadelphie. Pickett : «Gamble and Huff, that’s two black Jews, man. They was good. But I was good too, you know, man. So if they’re gonna make some money, I’m gonna make some money too. Right? Okay?».

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             Pour son dernier album Atlantic, Don’t Knock My Love, Wilson Pickett pose en costard de dragueur accoudé au radiateur d’une Rolls. Il ne lésine pas sur les moyens. Mais quel album ! Et ce dès «Fire & Water», pur jus d’hot raw cuivré de frais et chanté à la Soul revue de rêve. Derrière Pickett, on retrouve Dennis Coffee (sic) et David Hood, plus les Memphis Horns. Cette fois, c’est Brad Shapiro qui produit. On entend Pickett passer un coup d’harp dans «A Mighty Long Way» et tout explose avec le morceau titre, une sorte de dancing raw. Pickett trace la voie du real jive de Muscle Shoals. Ce morceau titre en deux parties est monté sur le riff de basse de David Hood, et Shapiro orchestre à outrance. Quel beau brin d’hit ! La B est encore plus explosive. Pickett chante «Hot Love» au raw du dégueulis, il ne fait pas semblant, il rugit dans la chaleur de la nuit. Coff ramène sa wah dans «Not Enough Love To Satisfy». Que de son my son ! Encore plus raw, voici la reprise de «You Can’t Judge A Book By Its Cover». Rien de plus raw que ce raw. Pickett tortille sa braise, il reste fabuleusement intense. On s’installe dans les classiques avec «Mama Told Me Not To Come», tout est bon là-dessus, le bassmatic, les cuivres, Coff et les filles derrière. Là-bas dans le Deep South, le moindre cut s’ultra-chante à tire-larigot, c’est encore ce que montre «Woman Let Me Be Down Home». La panthère noire règne sans partage sur la Southern Soul. Fletcher : «Don’t Knock My Love was surely Wilson Pickett’s finest Atlantic LP. It was also to be the last.»

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    Signé : Cazengler, Piqué (des hanetons)

    Wilson Pickett. In The Midnight Hour. Atlantic 1965

    Wilson Pickett. The Exciting Wilson Pickett. Atlantic 1966

    Wilson Pickett. The Wicked Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. The Sound Of Wilson Pickett. Atlantic 1967

    Wilson Pickett. I’m In Love. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. The Midnight Mover. Atlantic 1968

    Wilson Pickett. Right On. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Hey Jude. Atlantic 1969

    Wilson Pickett. In Philadephia. Atlantic 1970

    Wilson Pickett. Don’t Knock My Love. Atlantic 1971

    Tony Fletcher. In The Midnight Hour: The Life & Soul Of Wilson Pickett. Oxford University Press 2017

     

     

    *

    Dans la terre, c’est quoi ce titre, une reprise du Voyage au centre de la Terre de ce très curieux Jules Verne, non  cette coulée de feu ne serait-ce pas plutôt Les Derniers jours de Pompéi du non moins étrange Edward Bulwer-Lytton… quoi qu’il en soit dès que je vois sur une pochette ce qui de près ou de loin ressemble à un édifice de la Grèce Ancienne ou de la Rome Antique, faut que j’aille voir de près, les anguilles ne remontent-elles pas les océans, les fleuves, les rivières et les torrents pour retrouver le lieu où elles ont été engendrées…

    WITHIN THE EARTH

    EARTHLORE

    ( Bandcamp / Août 2026)

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    La pochette est de Marcio Blasphemator, brésilien, si vous aimez l’esthétique   romantik dark metal, abstenez-vous de visionner son instagram, vous y passereiz des heures sans fin emplies de beauté cauchemardesque. Magnifique !

             Viennent de Boston, capitale du Massachusetts, une ville qui nous agrée puisque hantée par le souvenir de Lovecraft… se sont formés en 2017, ont sorti un EP  au beau nom Age of the Monolith en  2019 : Lars Nicewiez : bass  / Gabe Haydar : guitars / Drew Pelrine : guitars, vocals / Troy Welling : drums.

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    Within The Earth : des guitares oui, comme rouillées sous terre à la suite d’un séjour un peu trop prolongé, survient la batterie qui agit comme une main qui se pose sur le bras d’un malade pour le rassurer, pour réfréner les battements d’un cœur affolé, la voix glaireuse, même pas la force de growler avec ardeur, elle conte le récit d’une lente extraction, d’un chemin de taupe qui s’obstinerait vers la lumière, maintenant c’est la batterie qui s’affole, les guitares qui grincent plus fort, la basse qui le pousse vers haut, qui le tire en avant, lorsque le son baisse durant d’interminables secondes l’on se demande si l’être qui rampe pour monter plus haut est en train d’abdiquer ou s’il vient de comprendre qu’il a fait le plus dur du chemin, qu’il ne lui reste plus qu’à surmonter  quelques mètres d’ensevelissement… All : l’on s’attendait à des bouffées d’angoisse expirantes, mais non les cordes vous rassurent, la voix a pris de l’intensité, quant à ce qu’elle raconte, nous sommes en pleine confusion, tantôt en chemin vers les voûtes astrales, tantôt encore une forme humaine, maintenant elle a pris conscience d’elle-même, elle dit ‘’je’’, elle parle à la première personne, veut-elle nous signifier qu’elle est la personne première, le futur héros vainqueur, mais n’est-elle pas encore un pantin de glaise qui essaie de s’évader de son pétrin, qui dérape etglisse sur le rebord des entrailles terrestres, peut-être est-il les deux postulations à la fois, en même temps, celui qui est englouti et celui qui s’efforce d’échapper à l’étreinte mortelle de ce solo de guitare qui s’enroule autour de lui comme un serpent visqueux, maintenant l’idée clairvoyante s’insinue en lui, il est tout en même temps, l’être prisonnier d’un sombre passé et celui qui s’exhausse vers ce qu’il n’est pas encore mais dont il est certain de son advenue. Epitaph : instrumental, normal les morts et les mots ont disparu : de belles résonances, inutile d’être triste, ce qui est mort est mort, ainsi est réduit le passé des choses révolues, tout cet effort produit pour renaître à lui-même n’est plus de mise, l’histoire ancienne est abolie, il est vivant, il s’est arraché à l’étreinte de la terre qui voulait le garder pour elle seule dans sa gangue mortuaire… nous n’y pensons pas, n’étions nous pas morts avant notre naissance alors que nous gisions dans un néant informe, et maintenant ne sommes-nous pas créature conquérante à hauteur d’homme… Tempest Skies : hard is good, ici musique revigorante, faut un peu

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    d’ardeur pour prendre mesure d’un homme. Vocal hurlé, tempétuosité instrumentale, vous voulez savoir ce que c’est qu’un homme, alors ils vous racontent l’histoire d’Edward Dimond, vous ne le connaissez pas, normal c’est un ancien résident du Massachussetts, pas n’importe qui : un sorcier, tremblez il vivait dans un cimetière et se livrait à des pratiques douteuses, vous savez sous les épitaphes vous trouvez une pierre tombale et sous le granit un cadavre, réjouissez-vous Dimond ( mon Dieu comme ce nom sonne comme « démon » ), les soirs de tempêtes il s’adonnait à de terribles rituels, par lesquels, grâce auxquels, il ramenait les navires et leur équipage à l’abri d’un port salvateur. Blinding Star : sombres ondes musicale, l’on vous raconte la même histoire que celle des trois premiers morceaux, relents d’orgues, mais vue sous une autre facette, d’ailleurs la musique adopte une rythmique presque joyeuse et la voix s’élève pour vous rappeler que vous bâtissez votre personnalité en recueillant des évènements perdus dans la nuit des temps écoulés, comment cela se fait-il, transmissions orales et légendaires, toujours est-il que  vous savez ce que vous ignorez, l’étoile du savoir, sa lumière vous aveugle, vous ne la voyez pas, vous l’ignorez mais elle vous enseigne le début et la fin qui se résout en catastrophe pourquoi, comment, peut-être parce que tout fragment d’un cycle, parce qu’il s’inscrit dans le déroulement-même du cycle, porte en lui ce que l’on pourrait appeler l’ADN du cycle. Vous êtes la partie du Tout, mais le Tout lui-même n’est qu’une partie du Tout. Le son disparaît jusqu’à devenir un imperceptible bourdonnement d’abeille. Sont sympathiques, ils laissent à l’auditeur un peu de temps pour méditer… Siècles : tiens la guitare grinçonne un peu mais le rythme s’accélère et l’ambiance s’adoucit, normal, vous avez eu au morceau précédent l’exposé un tant soit peu philosophique du principe de l’écoulement des choses et de leur résurgence, voici  que de la théorie nous passons à la pratique, derrière nous gît le passé, les civilisations perdues, effacées, dont il ne subsiste que quelques ruines, oui des mondes d’humanités successives se sont  empilés les uns sur les autres, se sont engloutis, mais il existe encore des traces, des indices, des ruines – c’est exactement ce que nous décrit la pochette – presque tout a disparu, mais le souvenir s’est enkisté dans la mémoire des hommes, un peu comme les ruines d’Hiroshima se sont cristallisées dans l’explosion atomique, un jour tout de nous disparaît, mais quelque reste subsiste, une espèce de mémoire fantôme qui passe d’esprit en esprit comme un témoin invisible transmis de génération en génération… Au Printemps : guitare apaisante, chant pas tout à fait séraphique mais planant et rassurant, le titre est assez évocateur, le cycle de la nature, les atomes qui forment votre corps se dispersent, mais se réuniront plus tard, il est inutile d’avoir peur de mourir, ce n’est qu’une entrée en hibernation, la fleur qui naîtra de la graine au printemps prochain, ce n’est pas la même fleur, l’individu est perdu à tout jamais, mais celui, ou ceux qui le remplaceront, connaîtront un destin similaire… Le morceau se termine comme votre vie s’arrêtera. Mais si vous voulez assister à la prochaine germination il suffit de cliquer sur le premier morceau du disque. Acceptation panthéiste.

             Musicalement rien de nouveau sous le soleil. Ce n’est pas un album qui révolutionnera l’histoire du rock. Mais combien d’individus survivent dans la mémoire du monde... Ce qui est sûr, c’est que c’est très bien fait, plus subtil qu’il n’y paraît au premier abord. Parfois, il est bon que l’on nous remette le nez dans le caca de notre impermanence.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Tiens des français, ben non certes la Meuse prend sa source en France, mais elle coule aussi en Belgique, j’ai une tendresse particulière pour ce fleuve, à peine si je l’ai entrevu un jour en la franchissant sur un pont, m’a paru un tantinet étroit, mais dès que j’entends le mot Meuse s’élèvent en moi les mots de Charles Péguy : Adieu Meuse Endormeuse… Sans le savoir je ne suis pas si loin de ce sur quoi je m’apprête à tomber, Meuse Music Records est un label Belge spécialisé dans le doom funeral, le genre de musique parfaite pour ceux qui rêvent de mettre fin à leurs jours en beauté. Bref j’épluche leur catalogue, je tique sur le titre d’un album, erreur c’est le nom du groupe, il faut que j’aille voir cela de près. Le premier titre que j’écoute me séduit, comme ils n’ont à ce jour produit qu’un EP et un seul album, je chronique l’intégralité.

    THE OLDEST GODS

    GRAVES FOR GODS

    (Sleeping Chuch Records / 2022)

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    Couve en blanc et noir. N’empêche qu’elle est très belle. N’ont pas pris de risque non plus : un arbre, un bel arbre, le tronc certes, en fait il y en a deux mais on a tendance à ne pas les voir tant le regard est happé par les ramures prises en contre-plongée. L’image est si prenante que l’on en vient à regretter la présence du nom du groupe dans le large coin droit inférieur. Pourtant l’arche de branches et de squelettes qui entoure le blaze aurait pu prendre toute la place sur la pochette, cet arc de triomphe et de mort aurait suffi à lui tout seul pour servir de logo à ce premier opus.

    Viennent d’Australie, d’Adélaïde, ville de plus d’un million d’habitants située tout en bas plein sud et presque à l’est.  Jak Shadows : voices of doom / Ryan Quarrington : drums / Matt Spencer : resonant strings.

    Firetop mountain : avez-vous déjà entendu un monstre gronder près de votre porte si sourdement que vous comprenez que le frêle rempart de bois qui vous sépare de lui ne le retiendra pas, vous n’êtes pas pressé, la musique lourde comme un iceberg non plus, vous vous inquiétez pour votre survie, arrêtez de nous embêter avec votre petite personne, ici l’on ne s’occupe pas des mortels aussi fragiles que des tranches de mortadelle, pourquoi ce grandiose silence et ses coups de batterie si lents, si lourds, sachez qu’ici vous n’existez pas encore, vous n’êtes pas dans le casting, d’ailleurs un seul nom sur la liste que la voix épelle tandis qu’une guitare frissonne, Anu le premier des Dieux celui qui sépara en une immense irruption, en une immense éruption, le monde d’avant qui n’existait pas, qui a déchiré le néant pour qu’il apparaisse en premier, lui Anu, le premier des Dieux, personne ne saurait écouter son histoire, nulle musique ne saurait l’accompagner, d’ailleurs à part un frémissement de guitare incertain et le pas de la batterie qui avance à regret, pourtant maintenant des dieux dansent dans le jardin paradisiaque, ils imitent Anu, ils créent à leur manière en mélangeant de la terre au sang issu du souffle d’Anu, ils sont en train de vous vous faire naître, de fabriquer l’Homme, car pour être seul le Dieu le plus puissant ne peut créer que la mort, sans laquelle l’immortalité d’Anu serait comme un concept invisible, une pensée sans mot, le destin d’Anu est terrible pour être immortel il doit créer la mort, elle est le signe qui permet de le reconnaître, de le supputer. Ne dites pas que vous n’avez jamais vu Anu, son immensité est sur la photo de la couve, les ramures innombrables des arbres sont à l’image d’Anu, une métaphore du réseau arachnéen  des étoiles sur la voûte du Ciel qui n’est que le reflet d’Anu, alors ne vous étonnez pas si ce morceau n’est guère bruyant, si son allure est celle d’un enterrement, écoutez l’insondable secret, pour que vous puissiez voir Anu, Anu a dû créer son contraire, sa négativité comme dirait Hegel, tout ce qui n’est pas lui : la mort.  Embalmed embrace : enfin du son, d’agréables cadences, que voulez-vous les Mésopotamiens ne connaissaient pas Wagner, z’étaient tout de même heureux sans avoir jamais entendu Le Crépuscule Des Dieux, pour une simple et bonne raison, quoi qu’il arrive, Anu vous a laissé quelques instants pour jouir des fruits de la Terre, mais que maintenant votre tour survient, si les Dieux sont porteurs de mort pourquoi les hommes ne le seraient-ils pas aussi, il est temps qu’ils rentrent sous la Terre pour saluer la Grande Dame, celle qui les retiendra prisonniers, elle ne leur fera pas l’amour, elle leur fera la mort, avez-vous remarqué que le riff se calme et se tait, un pas qui marche et c’est tout, les morts deviendront une matière uniforme dans laquelle ils perdront leur personnalité, leurmorphologie humaine, imaginez-vous sous la forme d’une pâte de dentifrice… même les Dieux meurent, peut-être parce qu’ils sont la mort, peut-être parce que tu es dans l’incapacité de les imaginer. Par contre pour rester dans la mort tu mangeras la poussière de la mort. The oldest gods : pas de panique l’Histoire n’est pas finie, pour la simple raison que la mort ne peut pas mourir, d’ailleurs pour qu’elle ne puisse pas mourir il faut que d’autres meurent, des hommes, quantités négligeables, et des Dieux, tous sont en quelque sorte les héros de l’histoire l’Humanité. L’éructation par lequel débute le morceau vous surprend, quelle énergie, quelle intensité dans le récit qui suit, normal c’est la revanche des animalcules humains sur les Dieux souverains, d’ailleurs l’amplitude phonique se calme et une voix énonce quelques vérités difficiles à entendre, les dieux se rebiffent et vous entendez leurs voix de stentors, car lorsque les hommes meurent, meurent avec eux les dieux qu’ils avaient dans leur tête, l’Histoire déroule ses fastes, ses victoires, ses défaites, les cités croulent si puissantes soient-elles, car un jour où l’autre tout un chacun doit passer à la trappe, tels sont pris qui croyaient prendre, à chacun son tour, comme toujours ! Même Dame Terre oublie qu’elle est une suprême déesse car en vous tuant elle se tue elle-même à petits feux, est-ce pour cela que le riff hausse sa stature, la revanche des petits contre les grands, les Dieux eux-mêmes sont mortels, le riff perd de sa puissance, il ne faut pas trop réfléchir à d’épineuses questions, du genre mais que font les Dieux quand ils sont morts, ne serait-ce pas pour eux le moyen d’acquérir une immortalité qu’ils n’ont de fait jamais perdue. Wake : quel tintamarre, au moins on ne sonne pas le glas, mais pourquoi ce vocal si puissant, il fait peur même si cette fois il nous entraîne dans une danse macabre, les temps sont venus de l’irrespect et de la vengeance, on ne danse pas la carmagnole sur les tombes des Dieux, car les Dieux sont morts, incroyable mais vrai, entre parenthèses notons tout de même que la mort des Dieux n’est pas la mort nietzschéenne de Dieu, mais en attendant la guitare ne se retient plus, elle se lance dans un petit solo, ne nous affolons pas non plus, réfléchissons, si les Dieux sont morts nous aussi ne sommes-nous pas morts, nous aussi ne sommes-nous pas immortels à notre manière certes, mais immortels tout de même, qui poussent ce grondement monstrueux, sont-ce les Dieux, sont-ce les hommes, en tout cas une chose est sûre, le ton a changé pas franchement joyeux mais tout de même revigorant, c’est qu’à force de se prendre la tête les hommes ont compris la nature de leur immortalité, aucune nécessité de la chercher hors de soi, dans les contrées lointaines du monde, si elle n’est pas si loin, c’est même pas qu’elle serait toute proche, mieux que cela, elle est en nous, elle a même un nom, nous sommes mortels mais notre âme, elle, est immortelle !

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             La partie (mortelle) s’achève sur un nul : 2 à 2. Les Dieux sont immortels et mortels, les hommes sont mortels et immortels. Les Dieux ont marqué en premier, mais les hommes ont remonté au score.

    L’on attend la revanche ! Elle ne saurait tarder !

    LAST LIGHT FADES

    GRAVES FOR GODS

    (Meuse Muic Records / 2026)

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             Au vu de la  pochette écarlate de Quand la lumière s’éteint l’on peut s’interroger s’il n’aurait pas été plus juste d’écrire quand la lumière s’est éteinte, car le spectacle de cette nonne qui s’est pendue en son lieu habituel  de dévotion semble marquer le dernier épisode du christianisme… Un peu kitch tout de même ce mauvais goût intentionnel.

             La couve est due à Greallach Art dont je vous conseille la visite de son Instagram. Il joue aussi dans Varw un groupe celtic dark australien  auteur de l’album : Wights of the Barrow Fume. (Spectres des tumulus fumant). A suivre.  

    Perpetua fell : (ne pas traduire : La chute perpétuelle ! Perpetua est une jeune chrétienne  qui fut martyrisée à Carthage en l’an de grâce (ou de disgrâce) 203 sous l’empereur Septime Sévère) : entrée triomphale, l’animal qui grogne c’est la Louve romaine, celle qui enfanta Romus et Romulus… en six minutes ce sont huit siècles de la Rome Antique que résume le groupe, même système phonique, lenteur du riff, voix semi-growlée, cette fois-ci la batterie est moins lourde et les guitares plus intenses, en quelques vers se déroule la conquête, l’Empire s’empare de la Méditerranée et semble invincible, les serres de l’Aigle sont impitoyables, la révolte ne viendra pas des provinces conquises mais de l’intérieur, le christianisme s’installe peu à peu, un siècle après la mort de Perpétue la nouvelle religion devient grâce à Constantin la religion officielle de l’Empire… ce morceau d’une facture un tantinet monotone est un peu comme l’exposé nécessaire pour comprendre ce qui s’est passé depuis la mort des Dieux mésopotamiens et  l’émergence de ce qui va devenir la religion chrétienne. The Dark Age : une espèce de trompe pour saluer les temps nouveaux, le diapason de l’optimisme ne tient pas ses promesses, les héritiers du Dieu d’amour censé guérir les âmes malades remplissent bien mal ses promesses, le chant n’annonce que deuils, violences, famines, épidémies, à l’Empire succède l’âge sombre, l’Eglise s’enrichit les pauvres s’appauvrissent, sur la fin du morceau le vocal est comme une morsure de fer, le dieu nouveau n’est guère différent de ses prédécesseurs, il n’y a que la musique qui s’éclaircit, les cordes qui fredonnent et festonnent, est-ce l’évocation de la joie des élites festoyeuses, l’égoïsme insouciant du clergé n’a cure de cette présence souterraine de la mort, le vocal a beau aboyer la caravane sacrale ne voit pas les morts qui surviennent… Unholly ghost : esprit impie : pratiquement un instrumental, nous ne sommes plus à l’extérieur du monde sanglant mais à l’intérieur qui sonne les matines de l’inconscience, bien sûr vous avez un grésillement désagréable mais le ton s’il n’est pas enjoué est satisfait, il y a plusieurs manières de mourir, dans la misère ou le fer, mais il en est une autre plus agréable, ce n’est pas le corps morcelé par la faim et la peur, mais l’esprit qui est pourri, la conscience qui s’aveugle, l’âme cette part d’immortalité humaine qui meurt de sa belle mort, qui réduit l’homme sa part maudite, à sa moitié désormais prépondérante et mortelle. Covered in blood : une note qui vient de loin, la catastrophe surgit impavide et lourde comme un catafalque, le riff accusateur  sonne le glas, non pas celui de la repentance, mais celui de  l’accusation, le vocal qui referme sa gueule sur toi, tel un chacal qui ne délaissera jamais l’os de ton âme qu’il ronge sans discontinuer… Vois tout le sang répandu, c’est ton œuvre, le monde est rouge d’hémoglobine, ton dieu n’est que le nom de ton crime, en le tuant tu t’es tué toi-même, la voix gronde comme l’orage intérieur qui agonise en toi, un seul avenir : la mort. Tu as brisé ton propre rêve et le rêve de ton dieu. Tu as fait très fort, deux morts d’un seul coup, le riff implacable t’accable, le grésillement du feu qui brûle ton âme est insupportable. Last night fades : une corde qui vibre sans fin, et qui n’en finit pas de te condamner et de te tuer, n’oublie pas que seule la mort est immortelle, tu t’es mis au service de ton Dieu, tu en as profité, tu as ripaillé, ton Dieu n’est qu’un Dieu de mort, comme les autres qui l’on précédé, mais lui joignait la fausse parole consolatrice à ses égarements, encore faut-il faire la différence entre ceux qui ont suivi par obéissance stupide et ceux qui n’ignoraient point le sens de leurs actes, la musique appuie comme un index sur le cœur que le doigt va percer, maintenant il faut payer les fausses promesses et le poids de tes fautes, le vocal ne chante plus, il écume de rage, l’on comprend le sens de la couve, comparez-la au disque précédent, les ramures symboliquement étoilées de la Divinité et cette mauvaise bonne soeur acculée au suicide. Ce n’est pas un crime, puisqu’elle est morte depuis longtemps, le christianisme a sécrété l’Eglise comme la plaie dégénère en chancre et celui-ci en pourriture…

             Les esprits mous n’accepteront pas ce verdict final auquel ils reprocheront d’être teinté de paganisme et d’antichristianisme. C’est oublier que la démarche de Graves For Gods s’inscrit dans la volition systématique  d’une condamnation de tous les Dieux, non pas seulement du Dieu chrétien. Que dans cet album l’on ne s’en prend pas uniquement au Dieu mais à ses sectateurs.  Il est vrai que les sectateurs des autres Dieux ne sont point évoqués avec une telle virulence. L’Histoire n’en a point retenu l’existence alors que le christianisme et ses églises sont encore présents et agissants dans nos sociétés. Exposés de plain-pied sous les feux de la critique. Le processus de déchristianisation des sociétés occidentales n’est pas encore parvenu à son terme, il est normal qu’il produise encore remous et controverses dans les deux camps…

             Un bel album, je préfère toutefois le premier davantage ramassé sur son impact musical.

             Question subsidiaire : est-on athée lorsque l’on s’attarde sur les Dieux ?

    Damie Chad ;

     

     

    *

             Je ne voudrais pas que l’on me prenne pour un râleur patenté, mais trop c’est trop. Ceux qui ont mis le contenu de cette boîte à livres en un tel fouillis devraient être fusillés sur le champ, sans jugement, sans pitié. Une pagaille innommable, un tel tohu-bohu que vous ne pouvez même pas en tirant de toutes vos forces dégager un seul volume, tellement ils sont imbriqués les uns dans les autres, impossible de l’extraire de cet immonde fatras. Quand je pense que Salman Ruhsdie, l’auteur des Versets Sataniques, rapporte qu’enfant il ne manquait pas par signe de respect d’embrasser la couverture d’un des livres de sa collection du Club des Cinq, lorsque par mégarde il l’avait laissé tomber sur le sol, j’ai l’impression de vivre parmi les barbares.

             Soyons juste, pour une fois ce ne sont pas les bouquins qui ont motivé ma saine colère. Non, ce sont ces trois centimètres carrés d’une couverture tout au fond du caisson qui ont attiré mon attention. Je ne voudrais pas ô lecteurs vous injurier mais je suis certain que si vos yeux s’étaient posés par hasard sur ces trois centimètres carrés de carton gris vous ne les auriez même pas remarqués. Moi mon cœur a tressailli. J’ai envie d’affirmer qu’avant même de les voir, je les avais déjà reconnus.

             Pour votre défense, je dois reconnaître que ce n’est pas tout-à-fait de votre faute. Car l’objet sur lequel ma prunelle s’est fixée n’est pas un livre. L’est vrai que l’on trouve de tout dans une boîte à livres. Ce matin même par exemple, trois volumineux sachets débordant de grosses pommes rouges appétissantes, je suis déjà tombé sur des pelotes de laine, des tasses à thé dépareillées, des jeux pour enfants, d’anciens téléphones, des lampes de chevet, des sandales et autres objets insolites…

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             Je ne vous fais pas attendre. Ce n’est pas un livre, c’est un disque. De Johnny Hallyday. Je l’ai reconnu. Non ce n’est pas une ou plusieurs lettres de son nom qui m’ont permis de savoir. Juste trois centimètres de papier gris. C’est un de ses anciens disques, un 45 tours, sorti en 1966, dessus un de mes titres favoris de Johnny, La Génération Perdue, texte de Long Chris, j’ai toujours été transporté par l’orchestration, ces coups de timbales wagnériennes… sur le coup j’ai décidé de le sortir de cet amoncellement titanesque sous lequel il repose. Je ne vous décris pas les épisodes de la longue extraction, par contre faut que je vous raconte les deux surprises, la première pas vraiment surprenante, la deuxième déstabilisante. Je précise : intellectuellement déstabilisante.

             J’ai longuement œuvré, dans ma tête j’imaginais être un archéologue mettant à jour une vieille mosaïque romaine. Cette idée ne m’est pas venue par hasard, vraisemblablement instillée dans mon esprit par la structure apparente de la trame de la photographie, une espèce de désintégration du portrait de l’Idole en pixels de mini cubes blancs et noirs, en parfaite adéquation avec la période troublée, tentative de suicide, que traversait Hallyday…

             Première surprise : ce n’est pas le 45 tours auquel j’avais pensé, ça y ressemble comme deux gouttes d’eau, pas encore totalement dégagé mais manifestement le format ne correspond pas, je n’ai même pas besoin de demander à mon cerveau de faire la conversion : me la propose de lui-même non plus le 45 mais le 33 tours. Même pochette, sorti lui aussi en 1966. Bizarre tout de même, l’est presque dégagé, ça me paraît plus épais que la pochette originale. Bingo, c’est une réédition !

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             Enfin la voici dans mes mains : La Génération Perdue  / Super Deluxe Editions / 2016. Manquent les deux CD et le DVD. Le premier CD est la copie conforme de l’album original, toutefois un petit plus, quatre morceaux donnent accès à leur reprise complète. Le deuxième CD propose quinze morceaux titrés Les singles 1966, notons que Les coups et Respect arborent la mention : reprise complète. Le DVD intitulé Je suis seul : est composé d’extraits de l’émission d’information Cinq Colonnes à la Une consacrée à Johnny. Le livret est à admirer : belles photos de Johnny, la plupart en noir et blanc. A lire aussi, le texte n’est pas exhaustif mais l’on note la participation de Long Chris.

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             Deuxième surprise : Je vous ai décrit l’objet succinctement en essayant d’être le plus objectif possible. J’aurais pu rédiger la même notule sur tous les exemplaires de cette réédition de Johnny, effectuée en l’honneur de l’album original, je rappelleparu en 1966 soit exactement cinquante ans après sa parution. Oui mais pas de l’exemplaire déniché dans cette sacrée boîte à livres. Non, collectionneurs, aucun autographe de Johnny, aucun paraphe de Long Chris, même pas une signature des musiciens : les fameux Blackburds.

             Vous avez aussi des pages de garde noire, intensely dark. Oui mais dans mon exemplaire, elles ne sont pas noires, elles sont en couleur. Ni rouge, ni bleue, ni verte, ni jaune. Elles sont recouvertes de photos. Ni de Johnny ni d’autres personnalités. De gens comme vous ou moi. De parfaits inconnus. Des photos de familles. Je mets un ‘’s’’ parce que j’ai l’impression que ce sont deux familles, j’imagine vraisemblablement rassemblées pour des fiançailles, un mariage ou un baptême. Ou simplement pour un bon restau. Attention l’on n’assiste à aucune cérémonie. Les gens sont bien habillés mais sans ostentation, sans tape-à-l’œil.

             Que font-elles en cet endroit incongru ? Les a-t-on oubliées ? S’en est-on débarrassé parce qu’elles évoquaient des souvenirs encombrants… Les a-t-on collées-là pour les dissimuler, les cacher, ou au contraire parce  qu’à l’époque Johnny représentait pour le propriétaire du disque des jours heureux… Elles ne m’appartenaient pas, je les ai décollées, elles s’enlevaient très facilement, aujourd’hui, voici quatre mois de cela, je ne sais plus ce que j’en ai fait, les ai-je mises à la poubelle, ou glissées dans une enveloppe et rangées dans un de ces cartons que l’on remise à  la cave en sachant pertinemment que  l’on ne les ouvrira jamais… Mon cerveau ne répond pas quand je lui pose la question.

             Entre ces inconnus et moi, Johnny a été un trait d’union. Je n’ai gardé que Johnny, le trait d’union qui ne relie plus personne.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Doit y avoir une soixantaine de 45 tours, dispatchés en trois cartons, vu l’état des pochettes, l’ensemble date des années soixante, je feuillette, pas grand-chose d’intéressant, mais je m’obstine. Tiens un Michel Paje, c’est assez rare, un chanteur yé-yé gentillet tombé dans l’oubli. (Pour rafraîchir vos mémoires au point mort nous citerons deux titres : Ton Cahier de Chansons et Les 12 /18).  L’a tout de même survécu, sous des noms d’emprunt, l’est devenu animateur de radio, de télé, l’a composé des musiques de film, s’est débrouillé pour ne  pas sombrer. Je tilte, sans Michel Paje je serais probablement sur un autre stand, oui mais par expérience, que voulez-vous fouiller dans de vieilles collections de disques s’apparente à des enquêtes sociologiques dont on tire des conclusions théoriques,  je sais que si vous trouvez un des microsillons de cet artiste dans un lot ciblé, vous n’êtes pas loin de l’époque 63 - 65, peu après l’éclosion du rock en France, l’on risque alors de tomber sur un ou deux pionniers du rock, acheté à l’époque non pas par un rocker pur et dur, mais par un amateur de variété qui s’en est procuré un ou deux, par curiosité peut-être, surtout pour ne pas passer pour un has-been dans les conversations de l’époque…

    Bingo ! dans le troisième carton Marie me sourit, pas la sainte Vierge, mieux que ça, Elvis and His Lasted Flame, pas vraiment le graal, toutefois mentalement j’accorde un bon point à son lointain possesseur, mais Elvis me sourit une deuxième fois, et ce coup-ci je frémis, la pochette a connu des jours meilleurs, elle est d’ailleurs collée tout au fond du carton servant en quelque sorte  de tapis aux autres disques qui essuient dessus sans vergogne les pieds de leur  tranche inférieure, zoui, mais le style de la pochette saute aux yeux, cela sent l’imitation des 45 tours français des pionniers du rock anglais et américains, impossible de s’y tromper.

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    Je retourne la pochette, sortie en septembre 1960. A la maison je vérifie sur Discogs, pas de chance : reprise de la première édition 1957 ! Pour les amateurs, pochette dite orange, la version jaune apparaîtra quelques mois plus tard.

    C’est le deuxième 45 tours issu en France de la série consacrée aux morceaux du premier film d’Elvis : Le Cavalier du Crépuscule, je préfère le titre français, le Love Me Tender original m’a toujours paru nunuche. Mais revenons aux titres de la galette : All Shook Up / That’s were where your heataches begin / Too Much / Playing For Keeps.  Je vous laisse les écouter, vous êtes assez grands, vous n’avez pas besoin de moi.

    Sont sur la pochette. Jusqu’ici rien d’original. Sauf que : sont inscrits dans de fins ‘’rectangles’’ blancs aux contours irréguliers. Elvis was a punk ! The first punk !

    Damie Chad.

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    La pochette américaine  du single All Shook Up / That’s were where your heataches begin est bien plus belle, le destin ne m’a fait part du  nom du maquettiste de la pochette française.