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  • CHRONIQUES DE POURPRE 742 : KR'TNT ! 742 : JERRY LEE LEWIS / RONNIE BIRD / BROWN SPIRITS / PINK FAIRIES / LORDS OF ATLAMONT / CHRIS O'DELL / HILL-BROTHERS / TWO RUNNER / ROCKABILLY GENERATION NEWS / PSICORRAGIA/

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 742

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    25 / 06 / 2026

     

    JERRY LEE LEWIS / RONNIE BIRD

    BROWN SPIRITS / PINK FAIRIES

    LORDS OF ATLAMONT / CHRIS O’DELL

    HILL-BROTHERS / TWO RUNNER

    ROCKABILLY GENERATION NEWS

    PSICORRAGIA

     

     

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    http ://feuilletsdhotelliens.hautetfort.com/

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    Livraisons 318 – 729 sur :

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

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             Combien sont-elles autour de moi, cinq, dix, vingt, trente, une centaine, cela m’est totalement égal, j’ai mieux à faire. Par exemple introduire ma clef dans la boîte à lettres et à abaisser le couvercle. Insupportables, elles caquètent à qui mieux-mieux. J’esquisse un geste d’impatience. Silence absolu. Elles se taisent, elles ont compris que j’attends quelque chose d’important. Elles ne savent pas quoi. Elles pressentent. Intuition féminine. J’esquisse un sourire, une enveloppe ! Je ne l’ouvre pas, je la déchire. L’étau froufroutant se resserre autour de moi. Elles me connaissent, elles savent que quand j’aborde mon air concentré numéro 12, c’est du sérieux. Un essaim de têtes curieuses se penchent sur l’objet que je tiens en main, je ne le vois pas, l’est noyé sous une houle de cheveux multicolore. Je subodore qu’avec un peu de chance c’est la revue que j’attends. J’essaie de la tirer à moi, je n’en ai pas le temps, un éclat de rire, que dis-je une hilarité générale, s’empare de mes admiratrices, les quolibets fusent :

             _ Ah, Damie c’est qui ce zigue il ressemble aux photos de mon grand-père quand il était en colonie de vacances !

             _ Hi ! hi ! hi ! t’as vu ces oreilles de Dumbo !

             _ Je me demande si nous avons raison de faire le pied de grue devant chez toi !

             Qu’est-ce encore, comme la dernière fois où j’attendais le dernier numéro de Rockabilly Generation, déception c’était le bulletin des Cheveux Argentés de la maison de retraite !

    Je réussis à me rendre maître de la revue, je pousse un hurlement de joie démoniaque, je brandis le fascicule bien haut, agenouillez-vous péronnelles, vos pensées impures se moquent d’un enfant innocent comme la neige (je sais que j’exagère, c’est la colère), ne savez-vous pas que désormais de grosses boules de feu vous tourmenteront jusqu’à la fin de vos jours !

    Honteuses elles s’éloignent, toute penaudes. Je ne leur adresse même pas un regard, elles n’existent plus. Je lis.

    JERRY LEE LEWIS

     (Part I)

    ‘’ THE KILLER’’ 1935 – 1957

    ROCKABILLY GENERATION

    Hors-Série # 8 / Juin 2026

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             Je me mets dans la tête de l’amateur de rockabilly lambda, les mecs qui me ressemblent, sont comme moi, se sont installés dans leur fauteuil à bascule capitonné préféré, je devine leur pensée, les deux numéros spéciaux que Rockabilly Generation a consacrés aux pionniers du rock étaient super réussis, le Spécial Vince Taylor, deux tomes sur Elvis, deux tomes sur Gene Vincent, continuent sur leur lancée, un premier tome une Jerry Lou, une heureuse initiative  qui se fête, tiens je vais m’offrir une lampée de bourbon, une bonne cuvée de  Four Roses n’a jamais tué un rocker, en plus ceux qui en sont morts ne sont plus là pour me contredire, surtout que je n’oublie pas un bon cigare, non pas un cigarillo, un vrai barreau de chaise, voilà je suis fin prêt, je débranche le téléfon, je sors mon rafalos pour abattre sans sommation la première personne qui oserait me déranger, que voulez-vous on ne lit pas la bio du killer number one du rock’n’roll sans prendre quelques élémentaires précautions.

             J’imagine des centaines de rockers se plongeant dans la lecture  de la biographie. Rédigée de main de maître par Julien Bollinger, l’a du style et sans arrêt il vous sort le petit détail que vous ignorez, sans oublier que la famille de Jerry Lou a fourni détails, anecdotes et documents. Je ne voudrais pas passer pour un empêcheur de tourner en rond. Mais nos pauvres lecteurs vont être foutrement déçus. Ça une bio de Jerry Lou, vous êtes fou ! Des bios sur Jerry Lou on en déjà lu quelques-unes, ça une bio, vous vous moquez de moi.

             Tricherie sur la marchandise ! Une honte, un scandale. Ces quarante- huit pages ressemblent un peu à l’astéroïde géant qui a trucidé les dinosaures. Une vieille histoire, certes. Mais là, c’est vous qui jouez les dinosaures. Pour l’astéroïde, pas de chance ce sont des mégalithes qui vous tombent dessus à toutes les pages. Vous vous en sortirez, mais vous en resterez marqué à jamais. Le seul qui restera vraiment en pleine forme jusqu’à la dernière page, c’est Jerry Lou, aussi frais qu’une rose. Enfin aussi brûlant que Quatre Roses. Vous qui collectionnez les disques de Jerry Lou depuis plus d’un demi-siècle, vous croyez tout savoir sur votre idole. Vous ne savez rien.

             Ne le prenez pas mal, évidemment vous êtes capables de réciter sa discographie en entier, en commençant par la fin, ou dans l’ordre alphabétique, avec le numéro des matrices, mais ce qui vous manque c’est comment dire une juste évaluation du phénomène.

             Victor Hugo devait parler de Jerry Lee quand il a déclaré : ‘’je suis une force qui va’’. L’aurait dû ajouter ‘’et que rien n’arrêtera’’.  En plus le grand Victor l’aurait pu préciser d’où elle sortait cette force. L’aurait dû pomper sur Julien Bollinger, car lui, il sait d’où procède Jerry Lou. Vous conte l’histoire de la famille depuis le début du dix-neuvième siècle. Ce n’est pas l’histoire d’une famille (nombreuse) qu’il vous révèle, c’est celle de la construction de la grande Amérique. Au cœur du peuple. Des individualités. D’une vitalité invraisemblable. Ne savent pas toujours où ils vont, mais c’est sans cesse en avant. Au milieu des autres mais toujours devant. Ce n’est pas qu’ils veulent être les premiers, c’est qu’ils essaient de donner le meilleur, et parfois le pire, d’eux-mêmes. Une espèce d’aristocratie du peuple sans titre mais une race d’hommes et de femmes qui ne s’en laissent pas conter. Une seule ombre au tableau c’est quand on compare avec notre situation présente. Ne le faites pas, vous ressentirez la médiocrité de nos existences.

             Et notre Jerry Lou est l’héritier de cette volition. Il sait ce qu’il veut et encore plus ce qu’il ne veut pas. Pour faire simple depuis tout petit il n’en fait qu’à sa tête. Beaucoup de monde gravite autour de Jerry, je retiens surtout la figure de son père, pas une sombre brute, plutôt un pater familias à l’ancienne Rome, mais l’homme est fidèle à lui-même, aux siens et à Jerry. Ne lui fait pas de cadeau mais il le protège à sa manière. Il n’est pas toujours d’accord, mais il sait car il comprend le fiston n’est pas né de la dernière pluie, tout aurait pu les opposer, ils se respectent, ils se comprennent, ils s’entraident, c’est du donnant-donnant, mais le père donnera beaucoup…

             A quel moment exact Jerry comprend-il que son instinct le pousse vers la musique, c’est un long processus, mais le chemin est continu, il s’aperçoit qu’il retient un air qu’il a entendu, qu’il peut le chanter et le jouer sans connaître la musique. Ses oreilles sont branchées sur la radio, il est curieux, une chanson qu’il aura entendue à treize ans il l’enregistrera quarante ans plus tard, il joue du piano comme un dément, mais il découvre qu’il s’inscrit dans une lignée qu’il ne connaît pas mais qu’il découvre peu à peu. Lui l’impétueux, l’incandescent, il sait écouter, il sait être confiant et reconnaissant lorsqu’il comprend qu’il a encore à apprendre. Il n’a pas de barrière, il se faufile dans les bars et les boîtes réservés aux noirs, il insistera, il n’a pas peur, rien ne l’effraie…

             Les dernières pages sont fascinantes, l’enfant est devenu un rocker, il est chez Sun, il rencontre Elvis, il sent qu’Elvis ressent comme une inquiétude devant son impétuosité, l’Hillbilly Cat a la prescience qu’un jour ce gars-là pourrait prendre sa place, qu’il n’en fait qu’à sa tête, un rebelle dans l’âme, peut-être tout simplement un indocile. Celui qui à l’école n’écoute pas les admonestations du maître, qui adopte une conduite oblique, déviante, celui que les filles regardent en premier…

             L’on sort de ce premier tome époustouflant un peu déboussolé. Certes depuis le premier disque entendu Jerry Lou occupait une place de roi dans notre panthéon mais on ne l’imaginait pas si grand, si entier, on le redécouvre, l’on assiste à la fabrication du mythe, non pas le culte concocté par l’adoration des fans, car l’on s’aperçoit qu’entre le mythe et le personnage il n’existe pas un espace où pourrait se glisser un feuillet de cigarette. Jerry s’est construit tout seul. D’où cette sereine  arrogance et une terrible solitude différentielle totalement assumée aussi.

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             Mais il reste encore un deuxième tome pour évoquer cet aspect… Ne nous reste plus qu’à remercier Sergio Kahz et toute l’équipe de Rockabilly Generation, à Linda Gail Lewis, à Sherrie Jacobs Mc Mahon, cousine de Jerry Lou, preuve que bon sang ne saurait mentir.

    Damie Chad.

    P.S. : je ne l’ai pas mentionnée mais l’iconographie est royale. Normal pour un roi du rock !

     

    The One-offs

     - Du Bird dans les épinards

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             Pour les gens d’une certaine génération, le nom de Ronnie Bird fait partie des talismans, au même titre que les noms de Brian Jones, Bob Dylan et Syd Barrett. Les sixties resteront dans l’histoire culturelle comme l’époque des talismans. Tous ces noms étaient sacrés. Soixante ans plus  tard, tu te réfères toujours à eux. Ils n’ont rien perdu de leur éclat. Ils auraient pu tomber en désuétude, mais non, ils brillent toujours autant au firmament de ton imaginaire.

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             On disait alors que Johnny Hallyday et Ronnie Bird étaient en concurrence et que la maison de disques avait choisi de tout miser sur Johnny, ce qui expliquerait en partie que Ronnie ait petit à petit disparu des radars. Mais à l’époque, t’avais suivi ton instinct et choisi ton camp, celui de Ronnie. Comment pouvait-on faire autrement ? Comment pouvait-on ignorer un rocker  français aussi parfait que Ronnie Bird ? Comment pouvait-on rester insensible à une si belle fuzz, à un art de la reprise aussi flamboyant ? Car Ronnie rendait hommage aux groupes anglais, mais il personnalisait toutes ses reprises et les claquait si bien que tu croyais entendre des originaux. C’est en lisant les crédits au dos des pochettes des EPs que tu découvrais qu’il s’agissaIt de reprises, et les cuts qu’il reprenait n’étaient pas forcément les plus connus. Et c’est pas fini ! Car Ronnie Bird fut sans doute le seul en France, avec Yves Adrien, à savoir swinguer la langue française pour en faire une langue rock. Un vrai prodige ! Son EP le plus abouti et le plus fulgurant fut sans le moindre doute «Où Va-T-Elle», paru en 1965, un Decca comme les EPs des Stones. Et la pochette te renvoyait aussi sec à Brian Jones, t’étais au cœur du mythe, et dans ta tête de fou, tu sortais l’équation définitive : Ronnie Bird = Brian Jones, et paf t’avais les Rolling Stones en France, Brian Jones qui chantait en français, avec la pire fuzz du monde, alors tu remerciais les dieux du rock de t’avoir accordé une telle aubaine, car franchement, c’est ce qu’il pouvait arriver de mieux dans ta vie, wow, les Rolling Stones en France, tout n’était donc pas désespéré. Dans les magazines français de l’époque, tu pouvais voir Brian Jones et Zouzou, mais tu voyais aussi Ronnie Bird poser assis pour une photo de mode, vêtu d’un incroyable costard rouge de chez Renoma, et il entrait une concurrence directe de dandysme avec Brian Jones. Voilà où se situait Ronnie Bird, là-haut dans l’excellence du plus grand mythe des temps modernes, celui du rock anglais des sixties. Toutes cette flamboyance t’épuisait la cervelle, mais en même temps, elle t’aidait à vivre, elle t’aidait à oublier le lycée que tu haïssais de toutes tes forces, et tout le reste qui te bouffait le foie au quotidien, tu puisais tes forces dans l’EP de Ronnie Bird, dans le cœur battant du mythe. Ton cœur battait la chamade dès «Où Va-t-elle ?» - Me voilà devenu jaloux - T’avais le beurre du diable, les coups d’harp, le mec qui faisait le son s’appelait Antoine Rubio, il connaissait les arcanes du power. Rubio inventait le rock de Paris. Et t’avais Ronnie Bird qui t’embarquait tout ça vite fait au je n’ose/ je n’ose/ je n’ose pas le croire ! Il s’agissait en fait d’une reprise du «Come Back Home» des Hollies, mais on s’en foutait des fucking Hollies, parce que Ronnie Bird claquait son beignet avec des allures intersidérales de superstar protozozo. Il battait les Them et les Pretties à la course, les deux doigts dans le nez. C’était à l’époque le SEUL rock électrique digne de ce nom en France. Un critique anglais qualifiait «Où Va-t-elle ?» de «demolition job» et de «driving slice of primal rock». Eh oui, poto, Ronnie Bird explosait complètement les originaux. C’est un cas unique dans l’histoire du rock. Il amenait à la suite «Ma Vie S’Enfuit» et c’est vrai, on a-do-rait la détresse sentimentale de Ronnie - Car ma vie entre mes doigts/ S’enfuit si vite - On avait l’image. On vivait la même chose, la vie qui s’enfuit entre les doigts. Mais il fallait faire gaffe à la B-side, elle t’explosait en pleine gueule ! Boom dès «Je Voudrais Dire», il retrouvait la dynamique des Pretties pour cette cover d’«I’ll Go Crazy» de James Brown, repris par les Moody Blues. Pur genius interprétatoire : Ronnie n’avait vraiment pas besoin de shouter comme James Brown, il faisait tout simplement du Ronnie Bird et ça passait comme une lettre à la poste. Et pour finir, il allumait littéralement la gueule d’un vieux hit des Turtles pour en faire «Ce Maudit Journal», bing bang !, à coups de Bravo tu soignes ta publicité, ah il faut entendre cette riffalama, et ce vous avez l’air heureux si abrasif et tellement proto-punk, Wild Ronnie s’arrachait la rate à coups d’après tout ça m’est bien égal, il y allait au power de protozo-Zeus, je vais le déchirer, et derrière le mec riffait comme une sale brute. Il n’y a pas eu beaucoup de superstars en France dans les sixties, mais on en dénombre quatre : Vince Taylor, Ronnie Bird, Polna et Dutronc. C’est après cet EP du diable, cet EP insurpassable, cet EP clef de voûte, cet EP miraculeux, cet EP modèle du genre, cet EP définitif, que les ces tarés de Tarés ont quitté Ronnie Bird pour devenir les Problèmes et accompagner un newcomer, l’Antoine.

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     Signé : Cazengler, Bird demi-sel

    Ronnie Bird. Où Va-T-Elle/Ma Vie S’Enfuit/Je Voudrais Dire/Ce Maudit Journal. Decca 1965

     

     

    L’avenir du rock

     - Spirits in the sky

             On croira ce qu’on voudra, mais ça lui arrive.

             — Quoi ?

             — De draguer.

             — Qui, lui ?

             — L’avenir du rock !

             Draguer est un jeu d’esprit auquel il aime à se livrer, lorsque le contexte l’autorise. Oh il sait que l’amour physique est sans issue, aussi se contente-t-il généralement des préliminaires, ce qui permet de sauver l’idée. Le voilà au bar du Fouquet’s, à proximité d’une très belle femme.

             — Ça me brime que vous soyez brune...

             — Alors allez bramer dans la brume !

             — La brume quand point le matin/ Retire aux vitres son haleine... Il en fut ainsi quand Verlaine/ Ici doucement s’est éteint... Comment vous appelez-vous ?

             — Eva Brown...

             — Permettez-moi de me présenter : l’avenir du rock. Brown comme Savoy Brown ?

             — Non plutôt comme Charlie Brown !

             — Vous gagneriez beaucoup à mieux nous référencer, voyez-vous...

             — Bon alors Golden Brown...

             — Pas terrible...

             — Brown Sugar, alors ?

             — Vous vous améliorez...

             — Alors que suggérez-vous, gros malin ?

             — Brown Spirits, par exemple. Vous verrez, vous brillerez en société...

     

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             Sont trois. Débarquent tout droit d’Australie. Gentils mecs. Ça tombe bien, car t’as zéro frimeur dans la cave. Les clowns sont pas là. Ouf ! L’air est plus pur. Sous sa grand afro, Agostino bat le beurre, mais pas n’importe beurre, un beurre de barouf, drivé à la main lourde. Il devrait s’appeler Agostino Locomotive. C’est le mighty

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    batteur des Brown Spirits. Pas mal d’hommages dans Shindig!. Pas encore d’articles, mais des bonnes critiques. Leur cote commence à grimper. En les écoutant jouer, on comprend mieux. Car boom. Pas de chanteur. Power-trio instro. T’as un mec très timide à la basse. On l’entend à peine quand il murmure we’re the Brown Spirits, we

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     come from Melbourne. Et de l’autre côté, t’as le grand sorcier psyché, le roi de l’inferno et de la Mad Psychedelia, Tim Wold, qui gratte sa Fender tout en bloquant des touches du petit clavier installé devant lui. Ces braves Spirits créent leur monde vite fait, et tu t’en fous plein la lampe, car c’est précisément de ce type de monde dont tu te nourris, dont tu te délectes, t’as de l’Hawkwind dans le son, mais de l’Hawkwind on fire, car quand Tim Wold part en maraude, c’est uniquement pour foutre le feu à la cave, et diable, il met toute la gomme en secouant les cheveux, et là tu grimpes là-haut,

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     dans ton cher paradis, t’échappe le temps d’un long killer solo flash à la misère du monde moderne, à la peste noire des smartphones et du fucking digital, t’es dans les pattes d’un sorcier qui allume une à une toutes les loupiotes de ta cervelle, histoire de te rappeler que t’as encore une cervelle dans ce monde où tout est fait pour t’en amputer. Tu vis ta vie avec ces trois mecs, et ton esprit voyage, t’as du Can à la tonne, du wild-as-fuck à la pelle, du Bardo Pond par-dessus les toits, t’as du Bevis Frond et du Sun Dial dans l’air, c’est surchargé, ultra-cadencé, avec des zones de calme qui annoncent les tempêtes, c’est à la fois puissant et fin, loin et près, chaud et froid, ça te porte comme un nuage, mieux encore, comme un tapis volant, le trip est garanti 100%. Ton esprit file, pas ton corps, c’est le principe du tapis volant. Voilà encore un concert en forme de clé de voûte, un concert pierre-blanche, un concert tout feu tout flamme perdu dans l’océan des concerts, mais pendant une heure, tu vis le garanti 100% à 100%. Que demander de plus ?

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             Évidemment, leurs cinq albums sont sold-out. Faudra se débrouiller autrement. Tu découvres en plus qu’ils n’ont que deux dates en France : Braincrushing et la Méca. On vit vraiment dans un pays retardé. On préférerait voir les Brown Spirits remplir le Zénith de la Villette. Ils en ont largement les épaules.

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             En attendant, tu sautes sur le #1 que vient tout juste de rééditer Soul Jazz. T’es vite embarqué par Agonisto qui bat un beurre pète-sec à l’australienne, et bien sûr Tim Wold plane derrière. À cette époque, ils ne sont que deux. Et puis voilà l’hendrixien «Kaiser Panorama». Ça tombe sous le sens. Tim Wold t’hendrixifie la calebasse vite fait. C’est un pyromane. Ils montent  «That River Ain’t For Swimming» sur un drive de dub. C’est assez osé, Joséphine. Itou pour «Xan With Red», gros parfum de dub, avec derrière l’évasion fiscale de Tim Wold sur son clavier. Agostino relance la machine avec «Back To Atoms». Il bat ventre à terre et on attend l’envol de l’escadrille Wold. Il arrive, en mode vampire sonique. C’est à la fois dynamique et magnifique. Ils s’en vont climaxer très haut et très loin avec «Precursor» et se dirigent vers la sortie avec une belle cerise sur le gâtö : «Optokinetic Response». On sent la poigne. Ça tient ferme. Bien hypno avec le riff dans l’ombre du raff. C’est même sacrément insidieux et Tim Wold pique une petite crise de wah. Alors tu fais wow ! C’est fabuleusement bien emmené et tempéré au beat aussie.

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             Hop, on saute sur le #2, et, quelle surprise, on tombe sur un big motorik embarqué par Agostino : «Honorable Discharge». La recette marche à tous les coups. C’est en plein dans le Can dira-t-on. Même hypno. Mais après, ça se gâte. Ils filent droit sur l’experiment. «Finite Universe» pue le filler. T’es pas content. Tu sais pas quoi dire. Alors dis rien, connard. On reste encore un peu, le temps d’écouter «Suite: East Meets West». Le Tim y groove un solo jazz dans l’apesanteur. Ils explorent encore les frontières avec «Can Eater». Agostino pose les éléments de «Fist Sign Of Light» et les autres se calent sur lui.

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             Pour faire une pause, on peut lire les deux pages que consacre John Lewis à la red des 3 # dans Uncut. Il qualifie les Spirits de Melbourne kosmische crew. Ah les Anglais, ils auront toujours une bonne longueur d’avance en matière de langage rock. Kosmische crew, pas mal, non ? Pour planter son décor, Lewis va tout de suite piocher dans les grands noms du kraut : Jaki Leibezeit (Can) et Klaus Dinger (Neu!). Bon, Lewis commence à se griller en évoquant des freakout guitars and FX laden keyboards qui n’existent que sur scène, et non sur les albums. L’influence de Can est manifeste sur «Honorable Discharge», comme déjà dit, et d’ailleurs, Tim Wold qualifie Tago Mago de «gift that keeps on giving». Lewis indique en outre que les Spirits viennent de la même scène Melbournoise que King Gizzard, Amyl & The Sniffers et Courtney Barnett. Ils cultivent eux aussi le retro-fetichism local. Lewis s’extasie du jeu d’Agostino capable de battre un beurre «somewhere between a 6/8 shuffle and a jazz waltz.» Il s’extasie encore des cuts ratés de #2, il compare Agostino à Nick Mason et au frimeur de Police, ce qui ruine sa kro.

             Pour Lewis, le #3 marque une nette évolution : les Spitits, dit-il, jouent en 15/4, ce qui nous fait une belle jambe. Lewis s’aventure encore plus dans l’inconnu en déclarant que les Spirits «utilisent la méthodologie du Kraut  pour restructurer le temps et créer une nouvelle signification de la répétition», ce qui ne veut absolument rien dire.

             Nettement plus intéressant : la mini-interview des Spirits en bas de la page. Lewis leur demande pourquoi Brown Spitits, et Agotisno répond un vague truc du genre : Tim ne peut pas les boire. Il dit aussi qu’il peut y avoir une raison spirituelle au choix de ce nom, et ça reste ouvert à l’interprétation. Puis ils racontent qu’ils ont commencé par jammer tous les deux en enregistrant des drives de basse/beurre, puis en revenant dessus avec les poux et les keys. Puis ils ont recruté le bassman Ash Buscombe, et ils sont devenus un gang. Ils tentent de préserver leur stripped-back spontaneity.  

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             On saute sur le #3, histoire de vérifier s’ils jouent en 15/4, comme le prétend le pompeux Lewis. Comme tu sais pas ce qu’est le 15/4, tu te contentes de savourer l’hypno de «Bakelite Dashboard», gros groove kraut bien emmanché. Agostino te bat «Converge Collide» au jazz time de free Kraut. Ils sont dans leur délire. Rien de nouveau sous le soleil de Satan. L’autre gros coup d’hypno se trouve à la fin : «Chemical Imbalance». C’est bien dans le ton du kraut. Encore un joli drumbeat sur «Montage Homage». Tout est savamment cadencé chez les Spirits. «Express Train To Jupiter» sonne comme une démonstration de force. Le Tim se joue dessus, il gratte du funk avec des giclées de dégelées. C’est quand même très spécial. Et puis t’as «Tumultuous Clouds» bien tranché à l’accord cadre de Tim le cake. On entend enfin la Fender et le son d’acier de Damas. Tonitruant ! Mais rien de plus. Si tout le monde jammait comme ça dans tous les coins, où irait-on ? Trois albums d’instros progressifs, il faut oser.

             Pour les deux autres, on verra plus tard.

    Signé : Cazengler, Brown Spirate

    Brown Spirits. Le trois Pièces. Rouen (76). 2 juin 2026

    Brown Spirits. #1. Soul Jazz 2026

    Brown Spirits. #2. Soul Jazz 2026

    Brown Spirits. #3. Soul Jazz 2026

    Brown Spirits. Uncut # 353 - July 2026

    Concert Braincrushing

     

     

    Wizards & True Stars

     - Fairies Tale

     (Part Three)

     

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             T’as trois branches dans la famille Pink Fairies : la première est celle de Larry Wallis/Russell Hunter/Duncan Sanderson, la deuxième est celle d’Andy Colquhoun/George Butler et la troisième est celle de Paul Rudloph/Alan Davey/Lucas Fox. La première est morte. La deuxième s’est éteinte en 2016 avec l’excellent Naked Radio. Il reste la troisième bien vivante, avec trois superbes albums, Resident Reptiles, Screwed Up et celui qui vient de sortir, Covered In Pink, un album de covers, mais sans Lucas Fox. Un certain one-legged Pete le remplace.

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             Autant le dire tout de suite : ce Covered In Pink te saute à la gueule, dès le «Garden Of My Mind» des Mickey Finn. Ils ont du son à gogo ! Fabuleuse déboulade ! Paul Rudolph est un proto-killer, ça on le savait depuis A Bunch Of Sweetees. C’est terrific, visité, fouillé, battu ! Puis ils rendent hommage au Pretties avec «Rosalyn», c’est claqué à la disto dystopique et pulsé sous le boisseau. Infernal ! One-legged Pete stompe the beat et Paul Rudolph claque ses accords. Puis ils montent au sommet de l’Ararat du glam avec le «Cracked Actor» de Bowie. Alan Davey bassmatique comme un dingue ! Il vrille ses notes de basse ! Ils restent dans l’interlope avec le «Baby’s On Fire» d’Eno, c’est gonflé, mais ça passe. Ils vont droit sur Motörhead» avec «Motorhead». Alan Davey met la basse au devant du mix et Paul Rudolph claque des solos de cathédrale. Ils passent ensuite à Led Zep avec «Communication Breakdown». Le riff du siècle ? Va-t-en savoir ! T’as la cocote sévère. Ils en font du punk. Alan Davey prend le chant. Pas de quartier ! S’ensuit un gros clin d’œil aux Guess Who avec «American Woman». Paul Rudolph injecte tout son gras double dans le cul du cut, mais ça ne marche pas. Ils font main basse sur Feelgood avec «Milk & Alcohol», ça fait pas mal de dégâts, mais ils reviennent aux choses sérieuses avec «The Loco-motion». Paul Rudolph sort sa cocote sévère pour rivaliser avec Grand Funk. Encore une cut idéal pour lui : «Mississippi Queen». Il fond sur Leslie West comme l’aigle sur la belette. Vlooooffff ! Mais il manque l’essentiel : la voix. Retour aux choses sérieuses avec le vieux «Do It». Train fou ! Aveugle ! Puissant ! Hypno ! Ça marche à tous les coups.

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    Signé : Cazengler, Pink féru

    Pink Fairies. Covered In Pink. Cleopatra Records 2025

     

     

    Altamont là-dessus et tu verras Montmartre

     (Part Four)

     

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             Quand tu retournes voir jouer les Lords Of Altamont, t’y vas pas dans l’espoir de jours meilleurs. Tu sais que leur messe est dite depuis belle lurette et qu’ils ne vont pas réinventer ni la roue, ni le fil à couper le beurre. Pas la peine de rêver. Ils jouent leur vieille recette de gaga d’orgue, et comme Jake Caveliere est un showman hors compétition, ça te permet de passer une heure de bon temps. C’est déjà pas si mal, par les temps qui courent.

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             Et donc te voilà confronté pour la énième fois au grand déballage des clichés du rock garage californien. Quand il arrive sur scène, le Lord est assez impressionnant, avec ses bug-eyes shades, son cuir noir, ses gants de biker en cuir noir et ses deux ceinturons portés sur un jean noir taille basse. Il a son petit Farfisa et il peut envoyer sa purée, comme on dit quand on veut parler vulgairement. En règle générale, on entend trois expressions : envoyer la purée, envoyer du bois ou envoyer du pâté. C’est selon. T’en as qui préfèrent la purée, d’autres le bois et d’autres le pâté.

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             Bon bref, il envoie ce qu’il veut. Mais il ne se passe rien de plus que tout ce que tu sais déjà. T’as vu ce cirque mille et mille fois. Encore un groupe qui pourrait se revendiquer du cirque Pinder. Lords Of Pinder ? Ça sonne bien, non ? Le Jake fait bien le clown derrière son Farfisa, il fait aussi l’équilibriste lorsqu’il monte dessus, et le contorsionniste lorsqu’il se glisse en dessous. Et puis il a cette manière de fraterniser avec son public, en descendant dans la fosse pour donner un big hug ici et là. Au fond,

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    le Jake est un mec infiniment sympathique. Mais on peine à s’intéresser à ses cuts. Et il débite ! Dommage qu’il ne joue pas son fantastique album de covers des Stones. Son garage Altamontais reste classique et génère un peu d’ennui. Tu sais qu’il ne va rien se passer, t’as les gros solos de gratte, les drive de basse connus comme le loup blanc, t’as

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    l’excellent batteur et devant, l’ultra-frétillant Jake Caveliere, le plus increvable de tous les gardons californiens. Il fait plaisir à voir. On se réjouit de le voir en si bonne santé. Il offre sa personne en spectacle et comme il est ultra-photogénique, il en met plein la vue. On frise même l’overdose. De ce point de vue, Jake Caveliere est parfait. C’est l’une des grandes rockstars de l’underground californien. 

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             On ramasse le p’tit dernier au merch, Forever Loaded. Et on découvre que les Lords sont bien meilleurs sur l’album que sur scène. C’est le jour et la nuit ! Cet album grouille de coups de génie. T’as l’heavy lard fumant des Lords dès «Got A Hold On Me». Pur Californian Hell ! Fantastique ! Et ça prend de la hauteur. Encore de l’heavy psychout saturé d’électricité avec «What’s Your Bag». Ça pue la stoogerie. T’as des

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    couches de son diaboliques, au sens de Polanski, et t’as des chœurs qui chavirent dans la folie pure. Ils passent en mode stomp californien avec «Rusty Guns». C’est noyé de disto, et monté sur l’hard beat d’écho majeur. Bien meilleur que sur scène. On retrouve aussi la grosse intro de basse de «Get Out Of My Head», et ça se développe. Quelle densité et quelle fabuleuse envolée ! On reste dans le Get Out de génie gaga avec «Get Out On The Run». Belle déboulade ! Tout est classique mais d’une diabolique efficacité. Le Jake porte le flambeau du garage éternel. Sur «Devil Rides», il sonne comme Iggy. Là t’as du gros niveau. Tu retrouves l’attaque traînarde d’Iggy au temps des Stooges. Et t’es frappé par l’incroyable profondeur su son. Ils se dirigent vers la sortie avec un «Twisted Black» bien motorik. Ça fonce dans la nuit californienne, c’est même digne d’Hawkwind, ça bat à bras raccourcis et à coups rebondis. Tu dis bravo, car, oui, quel bel album !

    Signé : Cazengler, Lord of Alamontre

    Lords Of Altamont. Le Fury Défendu. Rouen (76). 11 juin 2026

    Lords Of Altamont. Forever Loaded. Heavy Psych 2026

     

     

    O’Dell du Nord

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             Comment une petite Américaine de rien du tout fut-elle amenée à fréquenter de très près l’aristocratie du rock anglais ? La réponse se trouve dans le recueil de mémoires de Chris O’Dell, Miss O’Dell: My Hard Days And Long Nights With The Beatles, The Stones, Bob Dylan, Eric Clapton And The Women They Loved. Elle y narre un parcours qu’il faut bien qualifier de balzacien.

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             Comme Lucien de Rubempré, elle part de rien : un dîner à Los Angeles où on lui présente Derek Taylor. À la fin du repas, Derek Taylor invite tout le monde chez lui à Laurel Canyon, fait tourner un spliff d’Hawaiian stuff, fait écouter le Bonzo Dog Doo Dah Band, et raconte bien sûr des histoires sur les Beatles dont il fut l’attaché de presse. Et c’est là que Derek propose à la petite Américaine de rien du tout de venir à Londres : «Apple is going to be huge. It would be a very good thing to appear, you know.» Et pouf, la voilà qui débarque le 17 mai 1968 à Londres pour bosser chez Apple. C’est aussi bête que ça.

             Elle va très vite rencontrer les Beatles. Elle tombe sous le charme de George. Juste sous le charme - Lunch with Derek and George. I was in heaven - Pas d’histoire de cul, c’est le début d’une longue amitié, non seulement avec George, mais surtout avec Pattie Boyd, sa femme.

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             En 1968, les Beatles collectionnent les avaries. Yoko fait une fausse couche. La presse se déchaîne contre John & Yoko parce qu’ils ont osé poser nus sur la pochette de Two Virgins. Et Miss O’Dell doit abandonner toute idée de flirter avec Paul parce qu’il vient de rencontre Linda.

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               Le 1er août 1968, Miss O’Dell est en studio avec les Beatles qui enregistrent «Hey Jude».  Paul lui demande de participer aux chœurs. Sing on a Beatles track ? Rien que de l’écrire, ça lui donne des frissons. C’est ce qu’elle appelle son premier Magical Moment. Deuxième Magical Moment : elle assiste au dernier concert des Beatles, le 30 janvier 1969, sur le toit de l’immeuble de Savile Row. Son troisième Magical Moment fut de se retrouver avec Joe Cocker, à l’Olympic Studio en avril 1969 : il enregistrait «She Came Through The Bathroom Window». Puis, elle finira par se faire virer d’Apple par Allen Klein. C’est là que George va lui proposer un job à Friar Park.

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             Entre Apple et Friar Park, elle se paye un petit interlude romantique avec Leon Russell. Impossible de résister au charme de Tonton Leon. Il la drague et la fixe intensément. Un jour, Tonton Leon lui dit qu’il veut rentrer à Los Angeles, car il ne trouve pas le batteur qu’il voudrait à Londres. Alors Miss O’Dell lui demande quel genre de batteur il cherche - Well, someone like Ringo - Pouf, elle appelle le roi George et lui demande s’il peut arranger ça. No problemo, baby. Tonton Leon, Ringo et George enregistrent ensemble «Pisces Apple Lady» qui est bien sûr dédié à Miss O’Dell. Beau cadeau de Tonton Leon. Follement amoureuse, elle part vivre quelques temps avec lui en Californie. Mais Tonton Leon est un queutard invétéré, et comme la pauvre Miss O’Dell n’aime pas trop le voir tremper son biscuit à droite et à gauche, elle décide de rentrer à Londres.

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             Le cœur battant du book ? Le roi George chez lui à Friar Park. C’est comme si on y était. Elle donne tous les détails. Elle raconte qu’il n’y a pas de chauffage dans les chambres, car c’est une demeure très ancienne. Pattie explique à Miss O’Dell qu’elle peut prendre n’importe quelle chambre, il y en a des dizaines. L’O’Dell demande s’il y a des lits dans les chambres. Le roi George éclate de rie : «Beds?» Et il ajoute qu’il n’y a pas de beds dans les chambres, on dort par terre - Terry will give you a sleeping bag - Voilà comment on vit à la cour du bon roi George. Le matin, elle retrouve les autres à la cuisine - Having breakfast with George and Pattie Harrison. It was a dream - Le roi George passe ensuite la journée dans le jardin. Ils sont quatre, George, Pattie, Miss O’Dell et Terry, la pote du roi et homme à tout faire. L’O’Dell rappelle que Friar Park fut construit en 1898 par Sir Frank Crisp, un avocat de Londres très fortuné qui avait envie de bâtir une bâtisse gothique sur le site historique d’un ancien monastère. Sous la demeure se trouvent des grottes mystérieuses peuplées de stalactites et de stalagmites. Gravés un peu partout, on trouve des dictons du genre «Eton boys are a Harrowing sight», le préféré du roi George. Il dit aussi que Friar Park avait été une école, et quand il acheta la demeure, six nonnes et un prêtre y vivaient encore. L’O’Dell se sent chez elle dans le palais royal de rêve. Ils prennent tous leurs repas ensemble, regardent des films et écoutent de la musique - The dinners were the most fun of all - Quand il ne picole pas, le roi George médite et chante ses mantras. Il s’éloigne un peu de Pattie qui adore faire la fête. Alors que George s’interroge de plus en plus sur le sens de la vie. Et donc le fossé se creuse entre eux. Pattie attend qu’il revienne à la vraie vie. Elle a soudain l’idée d’organiser une fête à Friar Park. Elle veut inviter Ringo & Maureen, John & Yoko, Paul & Linda, Neil & Susie, Derek & Joan - Just a few good friends so they can see the house and the gardens - Le roi George finit par accepter.

             Puis il se lasse de Miss O’Dell et suggère qu’elle rentre à Londres bosser chez Apple. Elle comprend - George had tired of me - Ça la démolit. Après Tonton Leon, c’est le roi George qui la répudie. Qu’on se rassure, ils se retrouveront plus tard.

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             Qui dit Pattie Boyd dit Clapton. Un Clapton qui ne sort pas grandi de ce book, loin de là. Au début, l’O’Dell ne sait pas que Clapton et Pattie ont une liaison secrète. Elle est bien pote avec lui et comme elle n’a pas d’appart à Londres, elle demande à Clapton s’il peut l’héberger. Sure. Quand elle débarque chez lui, il y a toute la bande : Jim Gordon, Carl Radle, Jim Price et Bobby Whitlock, c’est-à-dire les Dominos. L’O’Dell est attirée par Jim Gordon, mais ça va très mal se terminer, car Gordon est déjà cinglé et un soir, il va la courser à travers la baraque avec un couteau de cuisine.

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             L’O’Dell finit par s’apercevoir que Clapton se sert de son amitié avec elle pour se rapprocher de Pattie. Quand il débarque à Friar Park soi-disant pour voir sa copine Miss O’Dell, en réalité, il vient baver sur Pattie, la femme de son meilleur ami - he was only interested in Pattie - On voit le niveau du mec. Très vite, Clapton demande à Pattie de quitter George pour venir vivre avec lui. Elle refuse. Alors il menace de sombrer dans l’hero. Eh oui, il faut savoir que cet abruti est capable de tout. Pattie lui demande de ne pas être stupide, mais il plonge quand même dans l’hero et il en rajoute une caisse, car c’est un mec très théâtral. Regardez comme je vais mal ! Il se fait un look de mort-vivant transi d’amour pour la femme de son meilleur ami. Quand on lit ça, on est écœuré. Puis Clapton en rajoute une couche : devant tout le monde, il dit à George qu’il aime sa femme. Pattie est là. Sur le moment, elle a tellement honte qu’elle veut disparaître. Dans son infinie mansuétude le roi George dira à Clapton : «Si tu la veux prends là. Elle est à toi.»

             Elle s’installe chez Clapton. Mais la relation d’amitié entre l’O’Dell et Clapton va se détériorer vite fait. L’O’Dell séjourne chez Clapton et Pattie. Il commence par piquer une grave crise de jalousie quand il surprend Pattie et l’O’Dell en train de téléphoner à George. Alors il demande à l’O’Dell de dégager de chez lui. En partant, l’O’Dell lui gueule : «Fuck you Eric Clapton! Fuck you!». Et elle conclut royalement : «Well, Eric Clapton was no god to me. He was a royal pain in the ass.»

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             Elle évoque bien sûr les drogues, qui jouaient un rôle capital dans toute cette histoire. Elle boit comme en trou et sniffe des tonnes de coke, comme tout le monde à l’époque, et pour sublimer les highs de la coke, elle se tape des Mandrax. Elle adore le mix, ça lui permet de continuer la sniffe - It was all about finding the perfect mixture - Et elle ajoute ça qui sonne juste : «We were all trying to discover happiness, relief, euphorian bliss, and when we found it, we wanted to stay there.» Elle voit aussi les Dominos sombrer dans l’hero. Au retour de leur tournée américaine, ils sont en plein dedans - Things started to fall apart - Surtout pour Jim Gordon, qui a déjà une araignée au plafond et qui devient complètement cinglé et dangereux. L’O’Dell  rappelle qu’elle adore la picole, puis la coke, et en troisième position viennent les amphètes. Quand elle sniffe, elle se sent vivante, incroyablement productive et profondément intelligente. Mais elle sent en même temps qu’elle devient parano - Acohol and cocaine, I had discovered, were the perfect conbination cocktail.

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             Elle est aussi très pote avec Peter Asher qui, après Apple, lui propose de venir bosser pour lui à Los Angeles. Elle adore son accent anglais : «Hello, it’s Peet-ah, Peet-ah Ash-ah.» Le principal  client de Peet-ah Ash-ah n’est autre que James Taylor qu’il avait signé sur Apple. Son agence représente aussi Tony Joe White et Cat Stevens.

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             Et de là, elle passe aux Stones. Marshall Chess lui propose de travailler pour les Stones. Il cherche une assistante. Elle le rencontre et le trouve sexy. Elle accepte le job et sa première mission consiste à trouver des locations pour Mick, Keef et Mick Taylor à Los Angeles. Et pas que ça - take care for daily business, book the recording sessions, attend their personal needs - Puis il faut trouver des chambres d’hôtel pour Bill et Charlie - They’ll need hotel rooms, limos, cash, dry cleaning, that kind of stuff - Plus le secretarial work, les contrats, «can you handle that?». Comme elle a bossé chez Apple, she can handle that. Elle apprend à connaître Keef. Il lui signe des chèques en blanc, et quand il a besoin de quelques chose - cigarettes, magazines, or cash for drugs, he’d call me. Après le roi George, on rentre dans l’intimité de Keef.

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             Quand il parle de Chucky Chuckah, Keef fait son Keef : «He gave me more headaches than Mick Jagger, but I still can’t dislike him.» L’O’Dell va coucher avec Mick - It was no big deal - Ils restent bons amis. Il a confiance en elle. Mais il est imprévisible, «too unfaithful, too - well, just too much.» Et elle part en tournée avec les Stones. Elle en sort rincée.

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    Maureen + Geroge

             Elle devient l’amie de Maureen, l’ex de Ringo, qui séjourne assez longuement à Friar Park. Un jour le roi George avoue à l’O’Dell qu’il est amoureux de Maureen. Wouah ! C’est un peu trop compliqué à gérer. Pendant que Pattie flirte avec Clapton, le roi George flirte avec Maureen. Gros bordel à Friar Park ! Bien sûr, le roi George dit à Ringo qu’il est tombé amoureux de sa femme. Gloups ! Ringo ne le prend pas très bien. Et pour couronner le tout, l’O’Dell va se taper Ringo. En fait, c’est une succession d’histoires de cul. La relation entre George et Maureen va s’arrêter vite fait, Ringo va se maquer avec une autre gonzesse. L’O’Dell sent bien que l’histoire de Pattie et de Clapton ne va pas durer très longtemps. Le roi George le sait : «It will all blow over soon.» C’est lui qui s’en sortira le mieux, parce qu’il rencontre Olivia. L’O’Dell est jalouse d’Olivia qui prend la place de sa copine Pattie.

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             L’O’Dell fait aussi la tournée de réunion de CSN&Y, avec Bill Graham - The most dysfunctional gathering of egos in the history of rock and roll - Elle avait rencontré CS&N à Londres en 1969 quand ils espéraient signer avec Apple. Et bien sûr, pendant la tournée américaine, elle voit Croz et Stylish Stills sniffer des tonnes de coke. On a tous les détails dans le book.

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             Elle termine sa tournée des grands ducs avec Dylan. Derek Taylor disait ceci : «The Emperors were the Beatles in London. The Pope was Dylan in New York.» Elle part en tournée avec The Rolling Thunder Review. Elle dit un soir à Dylan qu’elle est très pote avec le roi George, et il lui répond : «Any friend of George’s is a friend of mine.» C’est comme on sait une tournée légendaire, avec des tas d’invités, Ginsberg, Joan Baez, Joni Mitchell, Mimi Farina et des tas d’autres. L’O’Dell tombe dans les bras de Sam Shepard. Puis un soir à Augusta, dans le Maine, Dylan invite l’O’Dell à danser - Wanna dance? - et elle se retrouve joue contre joue avec lui, pendant que sa femme Sara dort à l’étage. Mais contrairement à ce qu’elle croyait, Dylan ne cherche pas un plan cul. Il coupe court : «I guess I’d better go.» - Bob smiled, that sideways grin that said, ‘I know that you know I’m making a pass at you, and you know that I know that you’re interested,» and then he gave me a little kiss, not quite on the lips, and we said good night - Bob Dylan !

    Signé : Cazengler, O’Dell blanc sec

    Chris O’Dell. Miss O’Dell: My Hard Days And Long Nights With The Beatles, The Stones, Bob Dylan, Eric Clapton And The Women They Loved. Simon & Schuster 2009

     

     

     

    *

    Etrange, je m’apprêtais à verser dans la poubelle l’enveloppe du Special Jerry, lorsque tout comme René Descartes, le fondateur de la philosophie moderne, j’ai été assailli par un doute irrépressible, la coquille de papier vide pesait un peu trop pour l’air qu’elle était censée contenir, j’ai glissé mes doigts, nom de Zeus, une deuxième revue, Sergio Kazh se serait-il transformé en Père Noël, ce n’est tout de même l’époque, voyons voir ai-je dit ! et tout comme Hank Williams : I saw the light !

    ROCKABILLY GENERATION NEWS

     N° 38 / JUILLET – AOÛT – SEPTEMBRE 2026

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             Tiens, tiens, m’étais-je dit lors de la lecture du numéro précédent, je précise : le 37, pour ceux qui ont du mal avec les maths, j’aimerais bien retrouver dans la livraison suivante : Jean-Louis Rancurel et ces photos d’époque, la seule qui compte en notre monde en perdition, celle de l’éclosion du rock en notre douce France de nos enfances. Doit y avoir au ciel, un ange spécialement  chargé de la réalisation de mes désirs les plus fous, car ploum ! douze pages sur celui qui se surnommait lui-même : l’idole des jeunes. Je vous laisse admirer les photos, certaines mythiques, iconiques mais d’autres inédites. L’article est pour ainsi en stéréo, Rancurel raconte son rapport avec Johnny, ses rencontres, son respect, ses anecdotes, certes Sergio Kahz engage les questions mais il ne résiste pas à rebondir sur ses propres rencontres, en tant que photographe professionnel, avec Hallyday, les témoignages se recoupent sur l’imposante personnalité de notre rocker national. Jean-Louis Rancurel nous conte son étonnement, lui qui jusqu’à lors n’avait eu de rapports  qu’avec les premiers groupes de rock français se trouve confronté avec un phénomène exceptionnel : un chanteur sans groupe, attention il n’est pas seul, autour de Johnny vous avez toute une armada, Johnny se révèle parfaitement à l’aise dans ce staff  pléthorique, il maîtrise, d’abord il ne fait que ce qu’il veut, ensuite il tient ses promesses. Maintenant n’allez pas le chatouiller d’un peu trop près.

             Vous avez eu le roi du rock français. Voici le moteur du rhythm’n’blues français.  Richard Nola, son portrait sur la couve, moins connu que le précédent mais reconnu par les passionnés de Rhythm’n’blues un peu partout en Europe. Un parcours étonnant. Commence par le jazz. Bref il connaît la musique. Il sait placer sa voix. Il fait remarquer que lorsqu’il écoute Gene Vincent et les Blue Caps, il est indéniable pour lui que ses gars avaient connu le jazz. Pourquoi parle-t-il de rock’n’roll ? L’époque de sa jeunesse aidant il se passionne pour le rock, chantera même dans un groupe de Teddy Boys, l’a connu l’eigthy reviviscence du rockabilly, l’était du côté des Panthers, l’a joué dans un quarteron de groupes, notamment les Jerry Dixie, Rockin’ Rebels, Rock’n’roll Gang, l’a fondé son groupe qui sent bon le blues, The Red Roosters, sa voix lui a ouvert les portes des festivals, un homme heureux, sa chérie, son fils, la musique et Big Joe Tuner en toile de fond…

    Le numéro est bien foutu, l’ancêtre, la génération suivante et pour la nouvelle : Gallic Crowl ! Blaze anglais, origine France, viennent tous d’un milieu de musiciens, se revendiquent de culture Ted, savent ce qu’ils veulent, leur premier concert leur a déjà valu un article… A suivre.

    Pour rien au monde je ne raterai la rubrique Racines de Julien Bollinger. Cette fois-ci consacrée à William Haney. Comment vous ne connaissez pas ! Moi si, depuis longtemps. Depuis que j’ai fini le Spécial Jerry Lee Lewis, rédigée par la plume d’un certain Bollinger. Jerry Lou l’a connu. Donc vous savez ce qu’il vous reste à faire.

    Vous reste encore  plus de vingt pages à lire. Les plus fascinantes. Un véritable festival. Normal, il s’agit de cinq tranches de nuitées spectaculaires.  L’on y retrouve tout le monde. Sur scène bien entendu. Faudrait écrire Rockabilly Generations. Dans quelques mois, la revue fêtera ses dix années, ces cinq chroniques sont un peu comme le générique de tous ceux dont notre magazine nous a parlés et aussi des nouvelles têtes qui poussent, l’on sent la passion, la fièvre, mais aussi les inquiétudes pour l’avenir, le temps qui passe, l’envie de se tenir les coudes, de résister, de continuer la lutte, de perpétuer la fête…

    Damie Chad.

    Editée par l’Association Rockabilly Generation News (1A Avenue du Canal / 91 700 Sainte Geneviève des Bois), 6 Euros + 5,24 de frais de port soit 11,24 E pour 1 numéro. Abonnement 4 numéros : 40 Euros (Port Compris), chèque bancaire à l’ordre de Rockabilly Genaration News, à Rockabilly Generation / 1A Avenue du Canal / 91700 Sainte Geneviève-des-Bois / ou paiement Paypal (cochez : Envoyer de l’argent à des proches ) maryse.lecoutre@gmail.com. FB : Rockabilly Generation News. Excusez toutes ces données administratives mais the money ( that’s what I want ) étant le nerf de la guerre et de la survie de toutes les revues… Et puis la collectionnite et l’archivage étant les moindres défauts des rockers, ne faites pas l’impasse sur ce numéro. Ni sur les précédents.

     

    *

             Je scrute l’horizon, le dernier bulletin météo est apocalyptique, à le croire des orages dantesques suivies d’inondations apocalyptiques s’apprêteraient à fondre sur le malheureux département en vigilance rouge, l’en faut bien davantage pour faire reculer un rocker, la teuf-teuf filait comme un zèbre talonné par des lions affamés, route déserte et sèche comme le Sahara, à peine si parvenu dans le centre de la bonne ville de Troyes dus-je constater qu’une légère ondée avait quelque peu humidifié la chaussée…

    HILL-BROTHERS

    3 B

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    (Troyes / 20 – 06 – 2026)

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    Sont  trois comme les Mousquetaires. Donc quatre en tout. Notre d’Artagnan, il se nomme Alex, n’est pas sur scène, un complice de longue date, l’assure la logistique, le lendemain le groupe doit être à Wissingen, en Hollande pour un concert, un touche-à-tout, veille à tout, surtout au grain de folie générale.

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    Sont côte à côte tous les trois, pas de souci ils n’ont pas de batteur, ni à œufs ni au beurre, pas besoin de se tordre le cou pour tenter de l’apercevoir dans le coin tout au fond, un choix quasiment idéologique de leur part : dans les combos des Appalaches ils n’en avaient pas non plus… En tout cas ils ont un guitariste. Jimmy, fonctionne à l’électrique. Avec lui c’est simple, pas de sampler pour étoffer le son. Aucune frime attitude. Presque timide. Mais dès qu’il touche une corde elle résonne comme un canon de Navarone. N’en fait jamais trop. La ration réglementaire pour avoir le son adéquat, mais quelle beauté, quelle ampleur, quelle précision, quelle somptuosité sonore, un enchantement. De facto, comme ça, comme si c’était évident, voire même facile à la portée du premier venu, alors que nous sommes face à un véritable artiste, un modulateur, un gars qui a tout compris, tout assimilé, qui s’est tout approprié, et tout recréé. A sa manière. La norme et la flamboyance d’un style inimitable.

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    A ses côté Crazy Dim à la rythmique. La touche trois secondes et vous comprenez pourquoi ils n’ont pas de batteur. Totalement inutile avec ce galop d’enfer qu’il inflige à son instrument. L’a des doigts munis de sabots à la place des ongles. Mais ce n’est pas tout. Dans les trois nouvelles secondes qui suivent vous oubliez cette dégringolade rythmique, l’est supplantée par un autre phénomène. Vocal. Jamais entendu une attaque vocale rockab de cette ampleur. L’a du coffre. De pirate, emplies de pièces d’or et d’objets sacrés pillés dans les églises – c’est peut-être pour se faire pardonner qu’il enchâssera un gospel dans la set-list – les perles rouges ce ne sont pas des rubis mais des caillots de sang. Ce n’est pas qu’il crache comme un cobra, c’est qu’il crache des cobras longs comme des jours sans pain. Ces bestioles s’insinuent dans vos oreilles, se nichent dans votre cerveau dans lequel elles résonnent sans fin. Ma mémoire m’a-t-elle trahi, peut-être, pourtant j’ai   vérifié, mais même chez Sun je n’ai trouvé aucun pionnier capable d’une telle avalanche continue, du début à la fin d’un morceau.

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    Bon moi, avec deux cadors, deux cas d’or de cet acabit, de cet acabeat, au lieu de me fatiguer à me débattre avec une vieille grand-mère de bois, je les laisserais faire et irais tranquillou me taper un œuf-mayonnaise au comptoir. Stéphane ne me ressemble pas, nous l’avons déjà vu   avec Snakes In the Boots (livraison 701 du 05 / 05 / 2025), l’est tout sourire auprès de sa contrebasse, aussi à l’aise sous la mitraille qu’un grognard de Napoléon à Austerlitz, le genre de gars qui se précipite au baston simplement pour le bonheur d’échanger quelques horions. Il se traboule dans le blizzard phonique et vous le trabouque fort joliment. Je ne voudrais pas critiquer sa contrebasse, elle a le vernis qui brille comme un soleil, doit l’astiquer à l’huile de lin trois fois par jour, en tout cas elle mugit comme la baleine blanche de Melville lorsqu’elle aperçoit le Capitaine Achab, alors il la cogne quelque peu sur l’évent du cordier pour qu’elle se taise, elle n’en devient que plus acariâtre, elle bougonne, elle grogne, elle gonfle, elle strombole, elle hyperbole, elle explose, Stéphane sourit, la flatte de la main baladeuse et malmène quelque peu son aquarium, façon de lui rappeler qu’il est le maître de l’horloge (for sure !) de la fin des temps et que la vie est courte. Heureusement pour nous l’on a entendu le chant de l’orque jusqu’à la fin du concert.

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    Donc trois sets, au Trois B c’est la coutume. Le premier parfait. Une douzaine de morceaux, à la suite sans interruption. Une succession de rounds de boxe, mais sans cloche à la fin pour reprendre souffle. Les Hill-Brothers vous volent dans les plumes à la Charlie. Non pas Chaplin, l’autre, le grand. J’avoue qu’il y a un truc qui m’a traumatisé, troma-attisé, une de leurs compos, je vous refile le titre : No Law No Justice, je vous en reparle à la rentrée cars ils avaient deux quarante-cinq, un tsunami qui vous ratiboise les cacahouètes, cette impression effarante que leurs propres morceaux rivalisent sans problème avec les maestros du genre.

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    Le deuxième set fut plus-que-parfait. Le troisième aussi mais plus-que- parfait du subjonctif ! Ce n’est pas tout-à-fait de leur faute. C’est Alex qui a fait monter la poudre. Leur a proposé de jouer un peu plus rapidement. Se sont complus dans ce jeu du rockab-stride, le principe est simple (à comprendre, à exécuter c’est plus difficile) : il suffit d’accélérer en continuité, de plus en plus vite faire monter la mayonnaise jusqu’à ce qu’elle explose sur les murs, Aristote appelle cela la catharsis libératoire, à part que ce samedi soir elle a surtout libéré un gros zeste de folie, Alex est venu montrer ce qu’il savait faire avec une contrebasse, s’est révélé un maître harponneur ! Ensuite s’est installé non pas un dialogue mais une connivence de grande complicité entre le public et le groupe, faut dire que la chaleur et la bière ont un peu accéléré cette ambiance festive. Un véritable triomphe.

    En fait, la vérité historique m’oblige à le préciser, ce que les habitués retiendront ce n’est pas que les Hill-Brothers ont donné un concert exceptionnel c’est que Béatrice la patronne totalement subjuguée n’était pas la dernière à participer à la frénésie collective.

    Damie Chad.

     

    *

             Dans notre livraison 738 du 29 / 29  / 2026, nous présentions ce qui était alors le dernier single de Two Runner, les évènements se précipitent, un deuxième single survient sans préavis, ce n’est pas un oiseau de passage, mais ce que Mallarmé surnommait un oiseau d’annonce nouvelle, en l’occurrence la sortie d’un album le 28 août prochain. Pour une fois nous attendrons la fin des vacances avec impatience. 

    STRAWBERRY RHINESTONE

    TWO RUNNER

    (Gar Hole Records / 15 - 06 – 2026)

             La couve qui accompagne ce morceau rappelle celle du premier Single, Bunout. La même cabane sombre, il est nécessaire d’écarquiller les yeux pour apercevoir Paige Anderson debout. L’on hésite, le sol est-il tapissé de neige ou de lumière… Cette couve est aussi celle du futur album intitulé Porchlight. La photo veut-elle nous avertir que le porche qui permet d’accéder à la lumière est un passage bien sombre… L’on peut dire que le cliché est magnifié car serti en un bois gravé par Robbie W. Jones Woodcuts, les motifs floraux et cette inclusion qui rappelle les antiques clichés ovalisés de la fin du dix-neuvième siècle lui confère une apparence d’atemporalité augmentée par l’anneau ouroborien qui l’entoure…

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             Nous connaissons déjà ce morceau, l’en existe une vidéo ‘’open field’’ que nous avons chroniquée voici plusieurs mois, Paige Anderson et Emilie Rose la jouent, la chantent et la modulent, en plein champ. La scène se passe lors du Jackalope Jamborree de Pendleton, ne vous étonnez pas de la photo du cheval, le rodéo de Pendleton est l’un des plus importants des USA…

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             Len existe une autre version Live at the Garage que vous trouverez sur la chaîne de Max Harms ainsi que beaucoup d’autres enregistrement dus à une multitude d’artistes ‘’country’’. Ces deux versions valent le détour, les images de la première vous accrocheront davantage l’œil. Mais il est temps de se pencher sur celle qui figurera sur l’album.

    Paige Anderson : guitar, vocals / Emilie Rose : fiddle, vocals / Lucas Lawson : bass, vocals / Daniel Young : drums.

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             Evidemment il y a un piège. Quand ils démarrent vraiment vous ne vous rappelez plus du début, pas si joyeux que cela, vous n’y pensez plus, vous êtes emporté par le fuselage des chœurs, l’allant de la voix de Paige, le fiddle d’Emily qui scintille comme des boules multicolores clignotantes sur un arbre de Noël. Et puis vous avez ce palomino qui galope dans le refrain avec tant de fougue qu’il emmène la section rythmique à ses côtés. La voix de Paige comme un coulis de fraise vous emporterait jusqu’au bout du monde. Parfois le sucre est empli d’amertume. Faut savoir le discerner, une inflexion vocale, un violon qui semble verser une larme, tout compte fait, ce n’est pas bien grave, la vie est parfois décevante, surtout gardez l’espoir. Le bonheur rôde autour de vous. Faux conseils, la voix de Paige rebondit rapidement comme un saumon qui de remous en remous remonte un torrent. De larmes. Celles que vous ne versez pas car vous savez depuis toujours que la vie est un diamant qui se change en verroterie, si vous la regardez d’un peu trop près.

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             Vous avez une Official Music Video. L’on y retrouve des chevaux. Pas de palomino. Est-ce le signe que le rêve (serait-il américan) ne se s’incarne pas dans la réalité… De grands espaces. Une jeune fille dépitée. Qui semble reprendre confiance en elle-même. Un chien, beau comme un loup et fidèle. Les grands espaces. Et aussi Paige avec une guitare écaillée. Dès qu’elle évoque le palomino du rêve ou plutôt le rêve du palomino, ses yeux brillent, sur la fin elle sourit, un sourire d’ange, mais d’un ange sarcastique qu’y croit plus trop. Sur la dernière image son visage se tente de mélancolie.

             Ce morceau est comme une orange amère. Une leçon de vie. De celles qui vous empêchent de mourir.

    Damie Chad.

     

    *

    Hasard et algorithme. Une autre manière de poser les vicissitudes du hasard et les probabilités ? Je n’en sais rien, je n’avais pas fermé YT, je méditais quelque peu sur une vidéo d’Eclair Brut qui reprenait une vieille émission de France-Culture consacrée à O. V. de L. Milosz, un de nos plus grands poëtes du vingtième siècle. Beaucoup de témoignages des rares qui ont connu Milosz et de ceux qui par la suite ont tenu à signaler cette œuvre exceptionnelle, notamment André Silvaire qui consacra sa vie à la sauver de l’oubli et à la préserver afin de la transmettre aux générations futures. La présentation chronologique de l’existence et des écrits de Milosz s’achève sur l’évocation des derniers poèmes, sommités qui tentent de percer et d’approcher au plus près la nature de l’essence de Dieu…

    Donc ma pensée batifolait mais l’algorithme ne chômait pas, ma rêverie fut troublée par une musique que je ne connaissais pas, mais qui étrangement s’accordait à merveille (et démons) à la sombre atmosphère, particulièrement dense, démesurée et métaphysique des  textes de Milosz…

    Un groupe péruvien, proviennent de Lima, le titre que j’entendais était une avant-première d’un morceau d’un album à paraître en l’antépénutième jour de ce mois de juin. Ce que j’oyais méritait la chronique d’un album entier, chance z’ont une vaste discographie qui remonte à 1998… J’ai choisi leur premier album, pour la couve allez savoir pour quelle obscure raison  c’est une ‘’image hidden’’ sur Discogs.

    LA PASION DE LO MORTAL

    PSICORRAGIA

    (American Line Prods / 2001)

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             Vous me connaissez je n’ai pas choisi cet opus pour la nudité qu’il offre aux regards dépravés, par contre j’ai compris la raison pour laquelle la pudibonderie des amerloques l’a bannie de leurs écrans, si la mort s’avère, si tentante, si bien en chair, si désirable il est à craindre des vagues monstrueuses de suicides, les gens se précipitant dans la mort pour partager une éternité de plaisir avec la camarde camarade si bien roulée. Ceci nous permet de mieux entendre le premier mot du titre ‘’passion’’ pour tout ce qui touche à la mort.

    Mario Romanet : basse, vocal / Teo Suchero : drums / Alick Gonzalez : guitare / Mario Borra : guitare / Antonio Duncan : keyboards.

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    Vagitus : en langue cicéronienne ‘’vagitus’’ signifie pleurs, n’empêche que si j’emprunte la langue des oiseaux m’effleurent les notions de vagissements et de vagin. Nous espérions le pire. Voici toutes nos supputations douchées à l’eau froide. Nous le font à l’espagnole, pas une hécatombe de taureaux mis à mort dans  l’arène noyée de sang, n’osent même pas un pasodoble, z’y vont tout doux, une caresse engageante, z’avez de belles guitares, elles ne posent même pas des ventouses à l’andalouse, même qu’à la fin vous avez des notes espacées qui vous rappellent le Concerto d’Aranjuez, avant vous avez un long solo comme l’on en tricotait dans les seventies. Les paroles, ne soyez pas surpris c’est de l’espagnol, sont plus explicites : si vivre c’est mourir, autant rechercher la chute pour vivre pleinement. Padecer solamente : (= uniquement la souffrance) : une entrée davantage fracassante, dommage que le synthé noie un peu le poisson, le chant rauque vient apporter un peu de désordre, c’est tout de même un rock qui reste mélodique mais sans emphase, le morceau ne démarre vraiment que vers la moitié, subsiste tout de même un zeste de fiesta ibérique qui empêche le titre de sulfurer  et de carburer. For sure, restent un peu trop dans leurs chaussures. Le texte n’est pas mal, se la joue un peu poésie romantique, avec le symbole de la vague qui s’en vient mourir sur le sable de la plage, la vie se résume à un peu de sexe, un peu de plaisir et beaucoup de souffrances… Otono : titre verlainien, background musical un peu trop emphatique, mais l’instant est grave, l’on reprend l’image de la vague, soit on la subit, belle béatitude de basse, soit on l’affronte tel un chevalier qui fonce au combat, dans lequel l’on y laissera la peau ou dont on reviendra blessé, meurtri, abattu, brisé, l’orgue ricane pour se moquer de vous mais sans trop se faire remarquer, c’est que le vocal est hargneux et ne te fait pas de cadeau. Tu es le seul à pouvoir te sortir de ton marasme. Nuestro rio de recuerdos : repartent à fond de de train, pour mieux s’arrêter, plus de chant, le vocal se transforme en récitation de poème, mais la voix se vrille, la musique s’intensifie, si vous n’avez pas compris que vous marchez sur le fil du rasoir, que le moment est crucial, qu’il suffit de changer le regard que vous portez sur votre existence pour que celle-ci se transforme, toute épreuve passée est une victoire surmontée, les paroles sont un peu nietzschéennes mais la musique trop romantique n’a pas l’agressivité wagnérienne. Estrofas a la muerte : apostrophe à la mort, batterie saccage, vocal barbare, hymne à la mort, cette vieille femme a survécu à toutes les épreuves, elle n’est que la suite de la vie, une autre vie sans souffrance, mourir n’est-ce pas la fin de toute déréliction, de tout chagrin, l’on comprend la femme appétissante de la couve, l’idole désirée  est une déesse, elle est la reine évidente, l’amour pour la mort se teinte de masochisme, n’est-elle pas la maîtresse ultime, celle qui ne trahit pas, celle que l’on vénère, exclamations, glorifications exubérantes, effusions sentimentales, véritable danse macabre de l’âme comblée. Amen : jusqu’à lors nous n’avons point côtoyé l’exceptionnel, nous voici propulsé dans le gothique, dans l’horreur, dans le paganisme et peut-être encore plus loin, une fois ces différents voiles arrachés… en plein soi-même, quel étrange chemin parcouru, nous commençons par une mélopée orientale des plus dépravées, s’agit de passer la porte du seuil trempé de sang, de se transformer en vampires assoiffés, de laper à grands coups de langues altérée la lymphe revigorante de l’humanité dans le seul but de devenir soi-même, une ambiance à la Led Zeppelin du pauvre, une espèce de sarabande piétinante, la musique qui  zigzague en arabesques martelées, quelque chose d’étrange, d’inouïe, une espèce de reniement pour mieux devenir soi. Serait-ce le son de la mort.  La misma historia : la même histoire que précédemment racontée d’une manière moins exaltée, le son est plein, plus lent, voluptueux mais d’une autre manière, nous avons vu le vécu,  entendu les effets, mais là on vous explique, le sang que nous avons bu c’est le nôtre, en mourant, l’homme, le chevalier noir, donne son sang et les morts le boivent pour revivre une fois de plus jusqu’au sacrifice suprême, la souffrance de la vie, c’est le goutte à goutte des morts qui les maintient dans la vie de la mort qui est aussi la mort de la vie, ici le solo de guitare se fait subtil le son des cymbales s’enfuit pour vous laisser réfléchir et comprendre, la mort tout comme la vie n'est pas simple, beaucoup plus complexe même puisque vous vivez les deux en même temps une fois que vous êtes mort… nous sommes le sang éternel qui n’en finit pas de couler. Aspid : il ne reste plus qu’à mourir de la mort de Cléopâtre, l’aspic qui pique entrelacé autour de la rose de la vie qui se drape de sang et de morsure. L’on retombe dans un rock un peu plus conventionnel, un peu metal, un peu exacerbé, tendre la main pour  périr, et renaître, devenir le sang qui transporte et véhicule toutes les morts de l’Humanité, pour un individu mourir n’est-ce pas mourir pour tous, accéder à la plénitude humaine, devenir le réceptacle de tous les morts qui sont morts avant toi, le rythme s’accélère, les guitares hennissent, frénétiques, le son se perd peu à peu, qu’a-t-on besoin de son puisque l’on a le sang, à l’intérieur de soi et à l’extérieur de soi.  

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             Pour ceux qui n’auraient pas tout compris, vous avez une Official vidéo. Non ce n’est pas un film, il irait trop vite pour les esprits lents. Juste quelques images. Pas un max, à peine trois, le reste du temps fond noir sur lequel s’inscrit le texte. Une vidéo spartiate. Juste le minimum. Vital certes, toutefois mortel. Si l’épée de votre comprenette ne vous permet pas de saisir le sens, faites un pas de plus dans votre intelligence, votre épée sera alors assez longue pour décrypter.

             J’avoue que je suis un peu déçu, je ne retrouve pas le son qui a succédé à  O. V. de L. Milosz. L’est vrai qu’entretemps presque trente années se sont écoulées. De quoi progresser et s’améliorer. L’est sûr que la langue espagnole n’aide pas. Trop de décalage par rapport à l’anglais habituel, et au français maternel.

             Nous sommes face à un groupe qui se cherche. Même si plusieurs de ses membres ont déjà joué en d’autres combos. La première moitié de l’opus est un peu trop attendue, la deuxième est beaucoup plus originale même si elle paraît parfois un peu confuse.

    Nous attendons la sortie du nouvel album avec impatience.

    Damie Chad.

             Quelques réflexions élucubratiques sur le nom du groupe. L’on a envie de traduire psicorragia par ‘’rage psychologique’’, mais rage en espagnol c’est rabia. Je n’ai trouvé en français aucune acception actuelle pour le mot psychorragie. Il semble qu’à la  fin du dix-neuvième siècle et tout au début du vingtième, il désignait les ‘’ apparitions psychiques’’ des fantômes et autres phénomènes extraordinaires, en d’autres termes : des hallucinations…  Selon cette acception psychorragique serait l’équivalent de folie psychique. Mais toutes les folies ne sont-elles pas psychiques… Il se peut que ce terme ait été employé dans les milieux ésotériques comme synonyme de théurgie, autrement dit l’art de monopoliser toutes les capacités de son esprit pour maîtriser des forces élémentales naturelles et voire entrer en rapport avec le divin… Nous ne sommes pas loin de pratiques magiques…

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 741: KR'TNT ! 741 : HEARTBREAKERS / PIL / FLESHTONES / ROCKINGBIRDS / MAN OF MOON / SEVERED SOUL / AUTOMATON / S. G. GOODMAN

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 741

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    18 / 06 / 2026

     

     HEARTBREAKERS / PIL / FLESHTONES

    ROCKINGBIRDS / MAN OF MOON

       SEVERED SOUL / AUTOMATON

    S.G. GOODMAN

     

     

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    The One-offs

     - Heart(breakers) attack

     

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             La boutique n’était pas très grande. Dès qu’on y passait un peu de musique, elle fonctionnait comme une caisse de résonance. Bah-boom bah-boom ! Un jour de 1977, il s’y déroula un épisode assez drôle. Ils venaient de recevoir le premier maxi des Heartbreakers, «Chinese Rocks/Born To Lose», paru sur Track, et manifestement, le p’tit vendeur adorait l’écouter très fort. On ne pouvait pas se parler dans le bouclard, tellement ça jouait fort. Le boss commençait à s’énerver :

             — Pourrais-tu baisser un peu, on ne s’entend plus !

             Au lieu de baisser, le p’tit vendeur montait le son. 

             Born to lose/ baby I’m born to lose ! C’est vrai que ça sonnait comme la Marseillaise des punks. Putain d’hymne !

             — T’as pas entendu ce que je t’ai dit ? Baisse le son !

             Et le p’tit vendeur montait encore le son, avec un drôle de sourire en coin. Il avait un faux air de p’tit corbeau pince sans rire.

             Born to lose/ baby I’m born to lose !

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             Forcément, les mecs qui étaient là achetaient le maxi. Le son entrait en nous par tous les pores de la peau. C’était vraiment la meilleure façon de vendre ce maxi extraordinaire. On est tombé dingue de Born To Lose à l’époque, au point de le chanter chaque matin en allant au boulot. On s’identifiait totalement à cette apologie de la perdition. Elle cristallisait tout le mal-être qu’on avait accumulé pendant l’adolescence. Chanter ça à gorge déployée était à la fois une adhésion et une libération. On évacuait en chantant. Et en même temps, on se savait cuit aux patates. Baisé. Alors autant chanter, ça sert à rien de pleurnicher.

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             Et quand les Heartbreakers sont venus jouer au Bataclan cette année-là, on y est allés en bande, comme on le faisait tous à l’époque. Jean-Jean, la Bloque, tous ces mecs étaient là. On a réussi à se mettre devant et quand les Heartbreakers sont arrivés sur scène, tu ravalais ta salive, car t’avais sous le yeux le meilleur groupe de rock du monde, avec un Walter Lure beau comme un dieu, en chemise à pois et qui grattait sa Gibson, un Johnny Thunders hyper mobile et encore plus flamboyant, et derrière, Billy Rath avec son bandeau blanc taché de sang sur le bras, et Terry Chimes derrière les fûts. Et boom, tu l’avais en vrai, «All By Myself» et plus loin, dans le milieu du set, ils claquaient l’hymne international par excellence, «Born To Lose», the city’s so cold/ And I’m/ I’m so sold, t’entrais dans une sorte de moment d’éternité. Les Heartbreakers sont devenus ce soir-là le tenant et l’aboutissant du rock. Tu ne pouvais pas imaginer un seul instant un groupe plus parfait que les Heartbreakers, même pas les Stones qui semblaient complètement dépassés. Les Heartbreakers reprenaient tout à zéro avec douze chansons parfaites.

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             La Seine a coulé sous le Pont Mirabeau, et bien des années plus tard, lorsque Marc Z nous recevait chez lui pour les interviews, nous eûmes bien sûr l’occasion d’évoquer le concert des Heartbreakers au Bataclan, puisqu’il en fut l’organisateur. Lorsque je lui dis que ce concert fut le plus beau concert de ma vie, il me répondit :

             — Tu n’es pas le premier à me dire ça.

             — Et pour toi, c’est aussi ton meilleur concert ?

             — Oh, je ne pourrais pas te dire. J’étais trop défoncé.

             Magnifique ! Il l’a vécu comme il fallait le vivre. In a haze.

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             Quand on a monté les Nuts, dans les années 90, c’était essentiellement pour jouer des covers de Saints. Mais pendant dix ans, on a démarré les répètes avec «Born To Lose», car c’est à ce cut et à ce groupe qu’on s’identifiait le mieux. «Born To Lose» était le cut d’intro idéal. Mais on se goinfrait aussi de «Chinese Rock», ce cut de génie composé par Dee Dee Ramone. Un autre hymne. On aurait pu aussi reprendre «Pirate Love» dont le break de basse est un modèle du genre, d’une effarante simplicité, mais quel effet ! Rien de plus rock que «Pirate Love». L’album L.A.M.F était à l’image du groupe, un album parfait. On a eu deux albums parfaits à l’époque, L.A.M.F et Nevermind The Bollocks, qui furent tous les deux des one-shots. Un album, et la messe est dite. Inutile d’en rajouter.

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             Lorsque l’humeur est morose et l’envie de vivre au plus bas, on ressort de l’étagère le maxi Track acheté au p’tit corbeau. Écoute-le quand ça va très mal, tu verras, rien de tel pour te remonter le moral. Born to lose/ baby I’m born to lose !

    Signé : Cazengler, Heartbreaked 

    Heartbreakers. Chinese Rocks/Born To Lose. Track Records 1977

     

     

    Wizards & True Stars

    - Public Image Illimited

    (Pat Four)

     

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             Le dernier PIL s’appelle End Of World et date de 2023. Si on ne l’a pas écouté avant, c’est parce qu’on redoutait la déception. Alors comme on vient de réserver la place au Trianon, on prend les devants. Sait-on jamais. L’album est peut-être bon. Dès

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    le «Penge» d’ouverture de bal, t’as LE chanteur. Welcome to Penge. Les cuts sont chargés de son, on retrouve le John Lydon des débuts. Il retrouve son sens de l’exaspération. Il chante tout à l’exaspérette d’Espolette. Il replonge même dans le diskö-punk des débuts. Son «Wall» est monté sur un groove de basse. John Lydon écrit des textes à rallonges. Il claque ses syllabes dans «Pretty Awful», ses nick-nacks et desbric-bracs, il roule ses r et claque sa langue. Il rocke le trick yakety-Tack de «The Do That» et veille à rester dans l’esthétique d’heavy groove de PIL. Et puis voilà le coup de génie qui te réconcilie avec ce grand artiste : «North West Passage». Il rallume enfin sa flamme, il roule bien les r de gotta think this one overrrrrr, c’est l’heavy dub, il allume à coups de barely a future, il retrouve la veine de Metal Box - Could have been a dangerous life/ Could be the end of my life - Et là, franchement t’as hâte de le voir sur scène. Il fait de fabuleux adieux avec «Hawaii» - Remember me/ I remember you - T’as ce mec dans la peau. 

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             Bon, c’est vrai, on salue couramment des géants, sur ce bloggy bloggah, mais cette fois, on va saluer le plus grand de tous les géants : John Lydon. Il est le dernier de tous les grands survivants, avec Bob Dylan, Kid Congo, Peter Perrett, John Cale, Billy Childish, Tav Falco, Beat-Man et quelques autres. Si on devait résumer le rock anglais en deux mots, ce serait Beatles et Pistols. Chaque fois qu’on glisse cette formule dans une conversation, t’as toujours un gros malin qui veut rajouter les Stones, et t’es obligé de lui répondre un truc du genre : «Sans les Beatles t’as pas les Stones.» Ni Sabbath, ni les Pretties, ni rien. Les Beatles sont le premier grand groupe working class de l’histoire du rock et les Pistols sont les suivants.

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             Et puis voilà qu’il arrive. T’en reviens pas de voir John Lydon en chair et en os. Haut et fort, il porte un costard clair mal fagoté, et paf, droit sur l’heavy beat d’«Home», ça ta plombe un cortex, et tu le vois, le Johnny, sortir de ses gonds, il swingue ses gestes mécaniques, il pulse au coin du beat, il devient tout de suite fantastique, c’est Ubu Roi, pire encore, t’as le golem qui déboule en ville, ça déclenche une phase d’hyper-conscience, il laboure ton champ, tu germes, tu te transformes en fascination à deux pattes, John Lydon c’est un bullet in the brain, the kiss of death, tu cherches tes mots français, mais ce sont des mots anglais qui viennent, et alors que tu perds en conjectures, voilà que surgit du passé un vieil hymne, «This Is Not A Love Song», il n’a plus sa voix d’arsouille, mais une voix de géant mythique, une voix d’immense performer et il nous fait la grâce de tartiner une version incroyablement lancinante de «Poptones», wow, il la fait durer comme on fait durer le plaisir, et un peu plus loin, une bombe tombe sur le Trianon, une version atomique du vieux «Death Disco», alors si t’as une âme, tu la recommandes à Dieu, et si t’en as pas, c’est plus simple, tu cours nager dans le fleuve de lave, car le Krakatoa Public Image est entré en éruption. Schhhoufffff ! Diable comme Lu Edmonds gratte bien ses poux dans son coin, et diable comme la section rythmique est invincible ! On voit ce mec là-bas battre son beurre avec gourmandise. Il s’appelle Mark Roberts. Il bat à l’anglaise. Heavy on the beat. Le choix des cuts est une sorte de glorification du génie d’Ubu Roi. On réalise soudain que John Lydon a autant d’hits qu’au temps des Pistols et qu’il n’a pas besoin d’aller retremper son biscuit dans cette vielle histoire. Il laisse ça aux autres rats d’égout. Lu Edmonds sort le bouzouki pour «Flowers of Romance» et Ubu Roi entre en transe, ça frise le soufi, cette histoire. Rien de plus infectueux que cette rengaine qui date de quarante ans. Ubu finit par tomber la veste. Il offre sa cravate à un fan. Il conseille aussi aux gens de ranger leurs fucking smartphones. Enjoy the show...

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             Il propose un break de trois minutes le temps de fumer sa clope et il redémarre avec une nouvelle bombe atomique : «Public Image». Tempête au Cap Trianon. Tu sens le sol onduler sous tes pieds. Ce hit n’a jamais pris une ride. Il le chante à outrance, il développe une puissance considérable, il balaye tout sur son passage, Ubu Roi règne sans partage, c’est la plus belle des apocalypses, et il gueule son Public Image à la cantonade, et Lu Edmonds y gratte les poux du diable, eh oui, rien ne peut résister à «Public Image». Et ça va encore monter d’un cran avec le terrific «Rise», et cette mélodie chant qui colle au papier, et ces chœurs de lads qui te foutent des frissons, c’est l’hymne d’Angleterre - I could be wrong/ I could be rise - Et ce festin de Roi se termine avec l’apothéose d’«Annalisa», rotten-garage-punk-metal. Il le bouffe tout cru et

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    derrière ça pouette à la rythmique, il atteint le sommet du lard fumant, il s’hisse là-haut sur la montagne, en cinq minutes il bâtit sa cathédrale d’«Attack» et passe à son we Chant/ Yes we Chant, il roule deux fois plus d’R, il n’a jamais été aussi punk, aussi rentre-dedans, aussi pousse-toi-de-là, il demande more guitars, alors Lu-le-fou lui gratte more guitars, il demande more drums, alors Mark Roberts lui bat more drums, puis Ubu Roi demande more beiss, alors ce démon de Scotty passe en mode dub et tu sens les infra-basses remonter par les jambes du pantalon.

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             Comme Bernadette Soubirou, tu pourras dire que t’as connu l’extase mystique. 

    Signé : Cazengler, Public Damage

    PIL. Le Trianon. Paris XVIIIe. 4 juin 2026

    PIL. End Of World. PIL Official 2023

     

     

    L’avenir du rock

    - Les Flestones grimpent en flèche

    (Part Two)

             Dès qu’il est question de Flesh, on pense bien sûr aux montagnes du Colorado, aux Crows et à Jeremiah Johnson. Or, l’avenir du rock est coincé dans le désert et ça le fout en rogne. Il aurait préféré mille fois partager un lapin rôti avec Jeremiah sous les Flesh de Crows. Et le voilà sous le soleil exactement, avec personne à l’horizon, que dalle, et t’as même pas une Flesh qui vole, alors ça va être compliqué d’amener les Fleshtones. Ah comme la vie peut être mal branlée ! Mais comme le dit si bien ce proverbe idiot, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. Tu parles ! L’avenir du rock déteste ce genre de pommade qu’on applique sur une jambe de bois. S’il faut en baver, alors bavons-en ! Se voiler la face ? Laisser pisser le mérinos ? L’avenir du rock explose de rire. Jamais de la vie ! Fuck it ! Plus il est contrarié, plus il explose de rire. C’est comme une allergie à la connerie, ça lui donne de l’urticaire. Pas de Flesh, donc pas de Fleshtones ? Non mais tu rigoles ? L’avenir du rock n’est pas du genre à se résigner. Ça sera les Fleshtones, avec ou sans Flesh ! Et le premier qui arrive et qui lui dit que ça n’a pas de sens et qu’on ne peut pas amener les Fleshtones sans Flesh, il prendra sa main dans la gueule. Bon mais pour l’instant, il n’y a personne. Pas grave ! L’avenir du rock a plus d’un tour dans son sac. Il faut toujours affronter son destin. T’as pas de Flesh ? Alors on va en fabriquer ! Galvanisé, il prend son élan et s’exclame : «Des Flesh, des Flesh oui mais des Panzani !» Il s’arrête, complètement ahuri par son génie. Il reprend ses esprits et avec une spontanéité dont il est le premier à s’étonner, il gueule de toutes ses forces : «Une Flesh et ça repart !» Ah quel clown ! Il en vibre d’euphorie, il en claque des dents ! Malheureusement, personne n’est là pour l’applaudir.

     

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             Pour quelle raison retourne-t-on voir les Fleshtones sur scène ? Ce ne sont pas les Fleshtones qu’on va voir, mais le guitariste volant. Keith Streng traverse les airs. Il est le plus aérien de tous. Non seulement il traverse les airs, mais il vole le show. Il est le plus gros voleur de show de l’histoire du rock. Au temps des Ballets Russes, on se

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    précipitait pour voir Nijinski bondir sur scène. Aujourd’hui, on se précipite pour voir Keith Streng traverser les airs. Il rivalise d’ardeur bondissante avec Nijinski. Un Nijinski qui faisait de bonds de sept mètres en longueur alors que Keith Streng fait des bonds de quatre mètres en hauteur, tourne trois fois sur lui-même avant de redescendre pour se recevoir souplement sur des pieds chaussés de snakeskin boots à talons plats. S’il existait un mot plus fort qu’«ahurissant», ça nous arrangerait bien.

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    Keith Streng multiplie à l’infini les figures de style aériennes, il s’est au fil du temps spécialisé dans les loopings inversés, les sauts périlleux arrières, les double-boucles lévitatives. Quand il grimpe sur une caisse et qu’il se prépare à sauter en ciseau, il s’assure que les photographes font le point sur lui pour immortaliser son envol, et chaque fois, ses jambes décrivent une trajectoire différente, et bien sûr, les deux mains sont occupées à gratter les accords des Fleshtones. Keith Streng est le plus grand

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    guitariste volant du siècle, il est le Red Baron du rock, la comète d’Allez-les-gars en feu, l’archange paracelsien, l’aigle qui fond sur la belette, l’Howard Hugues du garage, le Saint-Exupéry du riff-raff, le Mermoz du mayhem, il passe plus de temps dans les airs que sur le sol, franchement on se demande comment il fait pour naviguer si haut à l’âge de 70 ans. Il n’a aucun rival sur ce terrain-là. Les gens de sa génération sont plus occupés à ventripoter qu’à sauter en l’air pour tourbillonner en hommage à Serge de Diaghilev. Avec Keith Streng, on change de catégorie : on passe du garage eighties qui vieillit mal au cirque Pinder qui n’a jamais pris une seule ride. Au lieu de s’appeler les Fleshtones, ils devraient s’appeler les Pindertones. Car quel spectacle ! Devenus les Pindertones, ils pourraient même rajeunir leur public et ouvrir la salle aux enfants. Ça ramènerait un tas de monde, les parents, les grand-parents, enfin le truc habituel. T’aurais même les reporters des actualités locales avec leurs grosses caméras, France machin Normandie et les gens verraient les Pindertones au journal régional de 20 h, et tout le monde devant sa téloche ferait ooooh et ahhhh en voyant Keith Streng gratter

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     ses poux là-haut entre deux trapéziste avant de retomber souplement sur ses pieds à côté du clown Zaramba, qui lui aussi a passé l’âge, mais qui fait contre mauvaise fortune bon cœur. Par contre, celui qui a passé l’âge pour de bon, c’est le vieux pépère derrière les fûts. On a le même problème avec les Damned, t’as un Rat Scabies très ralenti et quand tu les vois aujourd’hui essayer de jouer «New Rose», ça devient extrêmement compliqué, pour ne pas dire ridiculous. S’il est un cut qui demande une vitalité de jeune premier, c’est bien «New Rose». On ne peut pas confier ça à un batteur gâteux. Eh oui, amigo, le serpent se mord la queue. Il est temps pour tous ces mecs de réserver une place à l’ehpad du village. Sauf bien sûr Keith Streng, qui, on l’espère, va encore nous émerveiller pendant quelques années. 

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             Deux cuts vraiment magiques dans le set : leur cover de «Child Of The Moon» et «I’m Not A Sissy» que chante le guitariste volant - I’m Not A Sissy Anymore ! 

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             En conséquence de quoi t’écoute It’s Getting Late (And More Songs About Wherewolfes). Très bel album qui démarre sur un joli stomp à l’ancienne, «Pussywillow», bien dans l’esprit de «Gloria». Le guitariste volant bat le beurre sur «Empty Sky». On y sent un léger parfum de Stonesy. Globalement l’album est bon : t’as des idées, une vraie voix et de la wah à gogo dans «Wah Wah Power», un big stomp sidérant. Encore du stomp avec «That’s Why I’m Turning To You». Jouissif ! Le Beat est celui du Spencer Davis Group du temps de «Keep On Running». C’est infernal ! Quelle perfection ! Nouvelle leçon de gaga perfection avec «You Say You Don’t Mind It». Te voilà bluffé et prêt à replonger. Les Fleshtones méritent le respect.

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             Du coup, tu rapatries l’album précédent, Face Of The Screaming Wherewolf. C’est un album incroyablement cool. Il te surprend et t’épate. C’est là que tu débusques la cover de «Child Of The Moon». Cover du siècle ? En tous les cas, sur scène, ça percute. Le guitariste volant la charge de fuzz et Zaremba la chante superbement. Ils sont incroyablement à l’aise. Comme dirait Eve Sweet Punk Adrien, ils surfent sans encombre. Avec «Swinging Planet X», ils tapent en plein Diddley Beat. Well done Jack ! T’as les coups d’harp et le beat tribal. Ce bel instro assoit leur crédibilité. Du coup, t’as presque envie de réécouter tous leurs albums, car force est de constater que ces mecs sont extrêmement bons. Ils groovent à outrance leur «You Gotta Love, Love», une fast pop de chant vibré et ils emmènent «Violet Crumble Cherry Pie» sous le boisseau du Flesh System, avec des chœurs interlopes et de la petite fuzz maniérée. T’es pas au bout de tes surprises car avec «Waiting On A Girl», ils flirtent avec les harmonies vocales de Brian Wilson. Surprise encore avec «The Show Is Over» qui sonne carrément comme l’hard boogie des Dolls. Zaremba fait son Johansen. C’est dire la classe des Flesh ! Ils regagnent la sortie avec un instro pépère mené à l’harp, «Sommerset Morning». Quelle classe et quel groove ! C’est quasiment un album parfait.

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             Comme t’es sur ta lancée, tu chopes aussi The Band Drinks For Free qui date de dix ans. Que de bonnes surprises ! Ils attaquent avec une cover pas courante, le «Love Like A Man» des Ten Years After. Lisa Kekaula fait des chœurs dans l’écho du temps. Puis ils passent aux choses extrêmement sérieuses avec «Love My Lover», un shoot d’heavy pop rock claqué aux accords de clairette. C’est le guitariste volant qui chante. Glorieux et imparable ! Ils montent «Rick Wakeman’s Cape» sur le riff de «96 Tears». Zaremba le monte bien en neige. Il est parfaitement à l’aise. Il fait plaisir à voir. On salue aussi la belle démesure de «Respect Out Love», un heavy balladif de before it’s too late. T’as tout le poids du monde et en plus, t’as le beat des reins. Nouveau coup de génie avec «Too Many Memories» : ils l’attaquent de front, à l’alerte rouge, avec l’aplomb des Stones d’alors et de la cocote grasse en plus. Dévastateur ! Au chant, le guitariste volant fait des ravages et le cut se noie dans un océan de chorus. Encore de la belle pop magnifique avec un «Stupid Ol’ Sun» bien profilé sous le vent et doté d’un refrain diabolique. Ils regagnent la sortie avec «Before I Go» et la fantastique allure d’I gotta go. Il faut écouter cet album ! 

    Signé : Cazengler, Fleshtorve

    Fleshtones. Le 106. Rouen (76). 20 mai 2026

    Fleshtones. It’s Getting Late (And More Songs About Wherewolfes). Yep Rock Records 2024

    Fleshtones. The Band Drinks For Free. Yep Roc Records 2016

    Fleshtones. Face Of The Screaming Wherewolf. Yep Roc Records 2020

     

     

    Rolling & Rockingbirds

     

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             Si tu entres dans le monde à part des Rockingbirds, fais gaffe de choisir le bon album. T’as les bons et les moins bons. Tiens, pour changer, on va commencer par les moins bons.

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             C’est bien les Rockingbirds, mais quand c’est pas ta came, c’est pas ta came. Tout est gratté à coups à d’acou, tout est plaisant sur Whatever Happened To The Rockingbirds, Alan Tyler impose sa voix profonde. Sur «I Like Winter», on sent un parti pris d’heavy country de London Town. Il passe à l’hard country avec «Everybody Loves With Us». Un banjo pointe son museau dans «Band Of Dreams», puis il passe à l’hard Americana avec «I Woke Up One Morning». Le mec est très fort. Alan Tyler indique qu’il a tiré la photo qui est au dos de la pochette du National Geographic : un cavalier péruvien frappe un vautour attaché en l’air par les pattes : ritual vulture-hunting.

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             Puis t’as More Rockingbirds qui date de 2019 et qui est leur dernier album. Ça tourne un peu en rond. Heavy country. Il faut attendre «Lonelyheart» pour sauter en l’air. Tyler est balèze, il te réveille à coups d’heavy power. L’autre gros cut de l’album s’appelle «Country Music Singing Star», un modèle du genre. On reste sur un petit nuage avec «Up For Grabs», un classic country cut avec beaucoup d’ampleur. Ça t’emporte.

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             Quatre albums en tout. Pas la mer à boire, mais on va faire une pause. Avec un bon book : l’autobio d’Alan Tyler, How To Never Have A Hit: The Confessions Of An Unsuccessful Singer-Songwriter, publiée à compte d’auteur en 2024. Le book porte bien son nom. On y sent planer un léger parfum d’auto-dérision.

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             Tyler raconte surtout l’histoire d’un village, Camden Town. Pour lui, comme pour beaucoup de becs fins, Camden est LE quartier de Londres par excellence, une sorte de Mecque rock dont les pubs sont entrés dans l’histoire de l’underground. Jean-Yves n’en finissait plus de raconter ses soirées au Spread Eagle et à l’Engine Room. Et bien sûr, les rencontres qu’il y faisait. Il était intarissable. Il n’apparaît pas dans le book, mais un autre Frenchy y apparaît à deux reprises, Philippe, en qualité de DJ et «rock’n’roll historian». C’est lui qui explique à Tyler et aux autres qui est ce singulier personnage déguisé en Robin des Bois, qui se fait appeler Edward The Troubadour et qu’on voit traîner dans le quartier : le légendaire Teddy Paige. Légendaire parce que guitariste des Jesters de Memphis, sur «Cadillac Man». Paige y gratte ses poux et Jim Dickinson chante. Tyler oublie de préciser le plus important : Jerry, fils d’Uncle Sam, fait partie des Jesters, et bien sûr, «Cadillac Man» est sorti sur Sun. C’est d’ailleurs le dernier single Sun. Côté rock et légende du rock, c’est à peu près tout ce qu’on va se mettre sous la dent dans ce book.

             Mais le reste n’est pas inintéressant. 

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             Tyler commence par raconter son enfance, et c’est une nouvelle fois l’occasion de plonger dans la vraie culture anglaise, celle de l’éducation musicale. Tyler avoue que son premier groupe favori, ce fut le Dave Clark Five. Très bon choix ! En 1976, il fait un rejet catégorique du punk-rock, mais «New Rose» et «Anarchy In The UK» ne le laissent pas insensible quand il les chope à la radio. Puis il flashe sur le premier album des Modern Lovers - It changed my life - Il aime bien les Cramps, Pere Ubu, Nico, et bien sûr, il va voir les Modern Lovers sur scène quand ils passent à l’Hammersmith Odeon. Il passe naturellement à l’étape suivante qui est de créer un fanzine : le sien s’appelle Cool et il le consacre aux Swell Maps, ses nouveaux chouchous. Il se paye un premier voyage à New York et voit Alan Vega, et surtout James Chance auquel il rend hommage dans Cool #3. Il tombe ensuite sous le charme de Vic Godard - One of the new wave’s most resolute outsiders - et il enchaîne sur sa passion pour les films d’auteurs : il cite Performance et The Man Who Fell To Earth (Nick Roeg), Chinatown et Rosemary’s Baby (Polanski) et bien sûr, Mean Streets, Raging Bull et New York New York de Scorsese. Il rend surtout hommage à Pennies From Heaven de Dennis Potter avec Christopher Walken.

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             Bon tout ça c’est bien gentil, mais pour Tyler, le rock est mort - Rock was shlock - Il s’explique : «Rock had abolished itself. Punk was rock’s last hurrah and its final defeat.» Le verdict est sans appel. Il arrête d’écouter Peely. Il passe au funk et écoute toute la bande : James Brown, George Clinton, War. Il écoute encore «Little Johnny Jewel» sur Ork, surtout la B-side où «a little bit of burning blim fell into a groove».

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             Il faut attendre la moitié du book pour voir enfin apparaître la country : c’est un nommé Myles qui l’exhorte à écouter de la country, «a genre I had previoulsy dismissed as shallow and uninteresting.» Le mec Myles lui fait une K7 avec des cuts de «John Prine, Guy Clark, Emmylou Harris, David Blue, Nanci Griffith, Kris Kristofferson, Kinky Friedman and Willie Nelson.» Pour un mec qui avait flashé sur les Modern Lovers et les Swell Maps, ça a dû être un peu violent. Le mec Myles lui explique aussi Gram Parsons et la Cosmic Americana. Tyler flashe à la suite sur Elvis, puis via Elvis, sur Johnny Cash, Roy Orbison et Jerry Lee, pour enfin tomber sur le pot-aux-roses : Hank Williams - Like Elvis, Hank Williams was a poor white and ignorant hillbilly, touched by divinity - Il ajoute que le destin d’Hank fut tragique de bout en bout - He had tragedy baked in from the start - On sent une immense admiration dans ces deux pages. Ça fait toujours du bien de voir traîner le nom d’Hank Williams, l’un des originators.

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             Tyler monte les Rockingbirds à Camden en 1992. Le groupe entre en lice et décroche un deal avec Warners. Ils ramassent 60 000 £ : le manager Jeff prend sa part du gâtö, Tyler ramasse la moitié de ce qui reste parce qu’il est le songwriter, et le groupe se partage ce qui reste. La pochette du premier album les montre sur les marches du 123 Camden Road où vit le groupe, et Ski a peint des fleurs autour. Ce premier album sans titre des Rockingbirds est un big album. Ça démarre avec une sacrée belle aventure de good time music intitulée «Gradually Learning», vite rejointe par un banjo. Tu sens que The Rockingbirds et sa pochette fleurie vont te plaire. S’ensuit «Further Down The Line», une belle country légère embarquée au banjo. On reste au paradis avec «Standing At The Doorstep Of Love». Alan Tyler sait se couler dans les limbes de l’ombilic. L’animal sait driver sa chique ! Il rend ensuite hommage à Jonathan Richman avec «Jonathan Jonathan» - That’s right/ Ok/ Bye bye ! - «Searching» flirte avec la Stonesy de «Dead Flowers». Puis il repasse à l’heavy country rock avec «Time Drives The Truck». Fantastique clameur de driving beat ! Joli trick de Truck ! T’en prends plein la vue. Ils terminent en mode wild country avec «Drifting». Banjo en folie. Fabuleuse cavalcade ! Fast & wild country ! T’applaudis des deux mains.

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             En Angleterre, les critiques sont fabuleuses, nous dit Tyler. L’album décroche un 9/10 dans le NME. Terry Staunton voulait mettre un 10/10, mais son rédacteur en chef lui demandait  d’ajouter 500 mots pour justifier un 10/10, alors Staunton en est resté là. Et à la fin de l’année, l’album figurait parmi les 20 meilleurs albums de l’année - It wasn’t bad for a first go - Par contre, Peely n’aime pas les Rockingbirds - Peel didn’t like us. I had expected he wasn’t going to like us, and I had been right. I still maintained a disregard for rock, and indie especially, so I expected no sympathy from that genre’s greatest champion - Chacun campe sur ses positions. Mais on comprend parfaitement la position de Peely, qui garde ses distances avec ce type de phénomène.

             Puis après le deuxième album, le sombre Whatever Happened To The Rockingbirds, le groupe splitte. C’est Nikki Sudden qui conseille à Tyler de conserver le nom du groupe.

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             En 1996, Tyler prend un boulot et le soir, il traîne à l’Engine Room. Il y organise une sorte de petit festival local, ‘Come Down & Meet The Folks’, où il invite des tas de gens, dont l’excellent James Hunter, ou encore DM Bob & The Deficits.

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             Tyler rend aussi hommage à un petit label espagnol, Hanky Panky, qui bosse pour les becs fins et qui réédite des raretés comme Into Your Ears de Pete Dello, et March Hare de Colin Hare, deux ex-Honeybus. Tyler ajoute que Dello est le missing link entre Ray Davies et Brian Wilson. Et comme par hasard, Alan Tyler & The Lost Sons Of Littlefield est sorti sur Hanky Panky. Terry Staunton vole encore une fois au secours de Tyler en comparant «Middle Saxon Town» à un cut des Kinks.

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             Les Rockingbirds se reforment en 2008, à la demande du label Heavenly. Et c’est reparti pour un tour : The Return Of The Rockingbirds ? Son énorme ! T’as du power plein la vue dès «Till Something Better Comes Along». Alan Tyler est un puissant seigneur. Oh la prestance de la compo ! Il l’assoit. Impossible de résister à cette élégance de la prestance. Il navigue largement par dessus les toits. Tout aussi terrific de présence, voilà «Fanny», claqué aux accords de London Town. Tu dodelines avec Alan. Il craque le chant de «Now I Do» au crackling baryton. Il dégage une vraie chaleur humaine. Comme ce mec est à l’aise ! Il fait plaisir à voir. T’es encore frappé par la fabuleuse énergie de «Stop The War». Ce magnifique artiste rocke bien son boat. Encore du big time out avec «The Lady Of The Llamas». Il chante au baryton de bonne aventure. Il est à la fois grave et précieux. Il passe en mode vieux boogie d’arrière-pub avec «Fixing The Rot In Your Dreams». Il est bon l’Alan. S’ensuit «Juliet», un heavy country-rock généreusement arrosé d’harp. C’est excellent et bien tempéré. L’Alan est un vrai balèze - Juliet I believe in you ! - C’est de la good time country music. Il finit en mode heavy country avec «The Lonely & The Drunk». Ça sonne comme un hit de saloon. L’Alan n’en finit plus de te convaincre. Sa country est puissante et fraîche comme un gardon.

             Et bien sûr, le petit dernier, More Rockingbirds, va sortir sur Hanky Panky.

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             Dans les dernières pages de son book, Tyler va se livrer à une petite virée introspective, commençant par dire le plus grand mal des smartphones et tous ces incessantes alertes qui «nous distraient, nous dirigent et nous démoralisent.» Il indique aussi que la production artistique «is more safe, more middle-class, more predictable and more shite.» Il va loin dans ses accusations : «C’est le progrès. La raison d’être du capitalisme est de nous couper de notre savoir et de nos aspirations pour faire de nous des consommateurs de tout ce que nous propose l’industrie, et l’éducation fait partie de cette industrie.» Tyler rappelle que Marx préconisait de changer le monde plutôt que de l’interpréter. Et il ajoute que le problème, aujourd’hui, c’est qu’on ne voit même plus le monde, parce qu’on est «en proie à des préjudices basés sur les classes sociales et une réflexion politisée, et donc on ne comprend plus rien - we were getting a lot of things horribly wrong - Il finit son book en beauté, avec le genre de chute qui donnerait presque envie de le relire à partir du début. «Adored or ignored are just things you can be. ‘Amor fati’ était le conseil donné par ce grand self-help guru du XIXe siècle, Friedrich Nietzsche.» (Amor Fati veut dire accepter son destin). «I am with him on that, if nothing else. And so I am determined to embrace my fate, to say a little prayer, and to die happy.» Saut de ligne et «Adieu!» en français. Fantastique petit book.

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    Signé : Cazengler, rockingbeurre dans les épinards

    Rockingbirds. The Rockingbirds. Heavenly 1992 

    Rockingbirds. Whatever Happened To The Rockingbirds. Heavenly 1995 

    Rockingbirds. The Return Of The Rockingbirds. Loose 2013  

    Rockingbirds. More Rockingbirds. Hanky Panky Records 2019 

    Alan Tyler. How To Never Have A Hit: The Confessions Of An Unsuccessful Singer-Songwriter. 2024

     

     

    Man Of Moon in june

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             Tu garderas un bon souvenir du concert de Man Of Moon, deux vaillants Glasgowans venus claquer leurs tornades intersidérales au fond d’une cave déjà éculée par tant d’abus. Ils sont d’autant plus héroïques qu’ils jouent devant une poignée de personnes. À ce niveau d’abnégation, on peut bien parler de sonic courage. Celui de gauche s’appelle Chris Brainbridge. Il gratte tantôt une Tele, tantôt une basse. Et son collègue à droite s’appelle Iain Stewart et il bat un beurre furibard. Ça badaboume sec

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    sur la lune de Man Of Moon. Ils jouent à deux, donc ils jouent dru, et Chris Brainbridge cranke son volume à fond. Sur la caisse d’ampli, il a fabriqué un slogan en grandes lettres de ruban adhésif blanc : FUCK REFORM qui est l’équivalent britannique de notre Fuck FN. Au moins, comme ça, les choses sont claires. Ils n’en veulent pas et nous non plus. Mais c’est pas gagné, d’autant que les beaufs se reproduisent entre eux et prolifèrent comme des cafards. En attendant la victoire finale contre les beaufs d’ici et d’ailleurs, nos deux Man Of Moon multiplient les attaques intersidérales, ils haussent le ton en permanence, il visent des résultats, ils tapent des

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    plans sur la comète, il arquent les bouts et tranchent dans le vif, ils poussent le bouchon et filent sous le vent, ils montent en pression et forment des bataillons, on perçoit des échos de toxic shoegaze, des relents de Britpop gazée, c’est très anglais, très atmosphérique, bien décidé à en découdre, ils ne lâchent rien, ça bat sec et net, et ça gratte les poux du diable. Quand il attrape sa basse, Chris Brainbridge campe sur ses positions, cultivant un curieux mélange d’hyper-chaos et de mélodie chant. Ils passent en force et ils ont raison. C’est pas toi qui passeras pour eux. Le Wall of Sound finit par te donner le vertige. La dégelée psyché te rentre par tous les pores de la peau, par les pores d’attache et les pores de barre, les pores de guerre et les pores autonomes, les pores salut et les pores épiques. T’en veux encore. Ça t’assoiffe et ça t’assoit.   

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             Et comme d’hab, tu vas faire ta petite razzia au merch. Tu fonds sur Dark Sea comme l’aigle sur la belette. Schllooooffff ! T’es ravi car tu retrouves le pounding dès l’«Intro», ça t’explose bien en pleine poire, oh la la ! Quelle folie, t’as tout Hawkwind,

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     ça file dans le ciel en feu ! Puis ils tapent «The Road» à la dure, c’est vraiment sévère et terrific de climaxing, pour dire les choses proprement. Le mec est bon au beat des forges, comme le montre encore «Stranger». C’est assez pur et dur, ce mec Iain est un vrai père tape-dur. L’«Interlude» dure une éternité et finit par basculer dans le chaos. «When We Were Young» sonne comme une belle machine de guerre, ils te chargent ça jusqu’à la gueule, comme un chargeait un canon de flibuste avant l’abordage, quelle belle ampleur, tu salues leur power candide ou la candeur de leur power, c’est comme tu préfères. Ils cumulent encore tous les avantages avec «Black Snow», puis ils regagnent la sortie avec un «Ride The Waves» gratté à la basse et bien endommagé, très insidieux, et même gangrené.

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             On a aussi ramassé Machinism, plus récent. Pas de quoi t’envoyer au tapis, mais tu l’écoutes attentivement. On sent la présence d’une petite urgence dans «You & I», ils cherchent leur voie dans la noise anglaise. C’est une bonne bourre de bonne guerre. Chris Brainbridge tape son «Video» à la Big Muff et l’emmène sous le boisseau d’Écosse. C’est terriblement insidieux, presque barbare. On ne retrouve pas l’enfer et l’haze du concert, le son est nettement plus lisse en studio. Pas de vague. Pas d’écume des jours. La B s’ouvre sur une petite pop de stand-by («In The Water»). T’attends qu’il se passe quelque chose. «Reign» tombe sous le joug du duo bass/drum, le mec au beurre fait un festival, il bat à la vie à la mort et on retrouve les dynamiques du concert. 

    Signé : Cazengler, dans la lune

    Man Of Moon. Le Trois Pièces. Rouen (76). 18 mai 2026

    Man Of Moon. Dark Sea. Cosmic Pool 2020

    Man Of Moon. Machinism. Cosmic Pool 2024

    Concert Braincrushing

    *

             La lecture de nos livraisons s’avère être une richesse incroyable pour les esprits curieux. Non, nous ne parlons pas de rock’n’roll mais de géographie. Certes nous avons depuis presque dix-huit ans évoqué des milliers de groupes de rock. Tous styles confondus. Répétons-le, nous ne traitons pas ici de musique. Prenez une carte du monde et marquez un petit point rouge sur les pays, et si possible sur les villes d’où proviennent nos idoles adorées. Vous serez surpris de voir que rares seront les pays ou les continents sur lesquels n’apparaîtra aucune, serait-elle infime, tache rouge. Bien sûr certaines zones seront privilégiées : par exemple les Etats-Unis et la Grande-Bretagne totalement écarlates. Il est vrai que l’antarctique restera blanche. Maintenant j’aimerais attirer votre attention sur une petite bizarrerie, en France, tout en bas, en Ariège, l’on n’en parle jamais sur les ondes nationales, sauf pour signaler que le département est si dépeuplé que l’on a dû pour remédier à cette dommageable situation le repeupler avec des ours !

             Comment se fait-il alors se demanderont les esprits soupçonneux que l’on puisse au premier coup d’œil compter au minimum une vingtaine de points rouges sur cette région inconnue et réputée désertique, notamment autour du point central : Pamiers ?

             A notre grand désespoir nous ne recevons, hélas, en sous-main aucune valise bourrée de billets de cinq cent euros de la part du Comité Ariégeois du Tourisme… L’explication est des plus simples, notre chroniqueur Damie né en l’appaméenne cité lacustre ne manque jamais de signaler un concert ou un groupe originaire de l’antique Frédélas. Ce n’est pas qu’il soit chauvin, c’est qu’il a peur de la colère du Seigneur.  

    WRATH OF LORD

    SEVERED SOUL

     (Bandcamp / Août 2025)

             Vous l’avez deviné Severed Soul est né en 2023 à Pamiers l’ancienne cité gauloise des Tectosages. A l’origine deux jeunes garçons qui ont envie d’en découdre avec le metal extrême. Seront rejoints par deux ‘’grands’’ qui apporteront leur expérience.

    Sami (34 ans) : chant / Damien (35 ans) : guitare / Téo : (18 ans) drums / Keon (19 ans) : basse.

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             La couve attire l’œil. Un rouge d’un rose orangé agréable qui plaît instantanément. Si fort que l’on en oublie de se demander ce qu’elle représente. Nul besoin de se chercher des excuses, ces lambeaux informes de brume grisâtre, ne serait-ce pas des guenilles de toiles d’araignées, cette déduction hâtive vous conforte dans votre paresse. Pris de remord vous décidez d’une autre interprétation : ne serions-nous pas confronté à un fourmillement, vraisemblablement grossi, d’un espace végétal quelconque, Vous examinez avec davantage d’attention, dans le coin gauche supérieur, n’y aurait-il pas deux calottes crâniennes, c’est alors que vous sentez que l’on vous regarde, vous frissonnez, une tête de mort, au centre de l’image, munie d’une dentition d’anthropophage préhistorique, vous sourit, vous n’ignorez pas que c’est impossible, mais vous serez prêt à parier que les spécimens hominidiens affublés de telles canines devaient vivre au temps des dinosaures. Cette tête de mort arbore le sourire carnassier d’un T-rex. Vous saute à l’esprit qu’elle repose en toute tranquillité au milieu d’un feu rougeoyant, n’est-elle pas posée parmi des branches d’arbres déjà calcinées par les flammes, un pauvre gars innocent n’aurait-il pas été offert par une tribu barbare en sacrifice à des dieux cruels, à moins que ce ne soit l’idole elle-même qui a bâti sa demeure au cœur d’un feu dévorant…

             Bref une fois que vous avez vu, vous commencez à avoir des doutes quant à la mansuétude du Seigneur en colère qui a donné son titre à l’album.   

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    Photo : Mathias Cloetens

    Wrath of Lord : l’on se croirait dans une sonate pour orgue de Bach,  imaginez que vous êtes dans une église, bercé par des chœurs séraphiques, je vous rassure, hélas (barrez la mention inutile) ça ne dure pas, la batterie prend le commandement, elle vous en veut personnellement, d’autant plus que le vocal comminatoire qui survient ne témoigne pas d’un optimisme délirant, quant à la guitare elle adopte le bourdonnement d’un essaim de frelons excités qui vous déclarent la guerre, n’ayez aucune confiance en cette baisse inopinée de tension apparente, reviennent encore plus fort, encore plus rapides, le Lord dicte ses ordres, la guitare part en vrille, la batterie ponctue, la basse funébrise, la cavalcade irritée des drums vous rappelle à l’ordre, les frelons s’énervent, ils vous injectent à coups de piqûres ulcérantes un venin mortel, le vocal se prend pour le souverain du monde, la fin est abrupte, l’on vous pousse du haut d’une falaise, afin que vous vous empaliez sur des pieux rougis au feu. Pawn’s war : les guitares marchent au pas, la batterie suit, le vocal prend la tête, il donne les ordres, il lance l’assaut, les guitares se ruent, la batterie fracasse les crânes, le vocal jouit de ces bribes de cervelles qui giclent un peu partout, hurlements de volupté, il boit le sang à longues goulées, sa gorge en grogne de délectation, l’est atteint d’une logorrhée verbale délicieuse, le drapeau des guitares flotte dans le vent, La guerre est le vecteur préférée de la mort, la batterie fatiguée pousse des monceaux de cadavres. Mission accomplie, le combat cessa faute de combattant. Essential truth : la vérité s’énonce clairement. Et rapidement. Les guitares ne tergiversent pas. Ruée vers l’or de la parole. La batterie forge l’épée du dire pourfendeur. Le vocal insiste et persuade point par point. Ne faut pas trop s’alentir, l’exhortation reprend de plus belle, les morts sont des punching-balls que l’on envoie sur les ennemis pour les convaincre en leur écrasant le visage. Silence. Absolu. Surgit l’éructation dernière, la vomissure annonciatrice des pires avanies à venir. Profération des dictats essentiels, juste des aboiements ponctués de silence coupant comme des lames de faux, ensuite le galop final de la persuasion, la vérité est admise sans équivoque. Violent punishment : corne d’avertissements, buccins fanfarons, il est trop tard si vous n’avez rien compris, murs battériaux, tours guitariques, étendards de vocaux, l’heure n’est plus à l’énonciation de la vérité mais à la violence des coups et blessures. Le groupe appuie là où ça fait le plus mal, sur l’ectoplasme de votre âme délirante qui n’a pas compris que la révolte est inutile. La machine broie les cerveaux, parfois elle beugle quand elle rencontre une idée récalcitrante. Mais elle repart encore plus fort, rien ne l’arrête. Hunter of the Crown Beast : il ou elle avance, un drôle de bruit, le vocal se campe devant et ne lui laisse pas monopoliser l’espace sonore, piétinement lourd, les mots sont plus dangereux que la parole. Silence. Reprise. Silence. Paroles contre murmures. Parler plus fort que l’autre, baisser la voix, jouir des mots. Se taire, grogner. Le lord et la bête ne sont-ils pas la double déclinaison d’une seule chose, d’une même puissance. Ancrée au fond de chacun.

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    Photo : Mathias Cloetens

             Cet Ep vous marche sur les pieds. Se rappelle à tous moments à vous. Ne vous laisse pas en paix. Pas un temps de repos. Des cassures rythmiques qui vous déstabilisent. Des vols de corbeaux sur votre esprit qu’il enchaîne, qu’il cloue au pilori. Death Metal. La mort vous mord, elle ne vous lâche plus. Parfois elle relâche sa morsure. Juste pour vous croire que vous êtes un être libre. Mensonge aussitôt tranché.

    Un bel EP.  Plus que cela. Un style. Une touche (lourde) particulière. Des idées, des plans, des tracés, des trouvailles, de l’imagination. Une grammaire sonore parfaitement maîtrisée. De l’aisance.

    L’on attend l’album. Avec impatience. L’on souhaite qu’il y ait un label qui s’occupe d’eux.

    Damie Chad.

     

    *

             Longtemps que je n’avais trouvé un groupe grec, vous connaissez ma prédilection pour le pays des Dieux, qui me satisfît, sapristi les salsifis ça suffit ! N’avais-je pas prononcé la formule rituelle qu’immédiatement mes vœux furent exaucés. Non seulement une pochette noire comme les moires se profila en tête de gondole des nouveautés, certes il porte un nom de photomaton, ne regardez pas le cliché, c’est votre face qui est dessus, votre destin s’assombrit.

    /LABYRINTH

    AUTOMATON

    (Sound-Effect Records

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    La couve est monstrueuse. Elle ne se regarde pas. Elle se décrypte. Ne vous fiez pas à ce que vous voyez. Au début j’ai pensé à une proue de porte-avions mythologique, puis à un monument, étrangement plus près d’une cathédrale que d’un temple, enfin à une stylisation technologique d’un taureau. M’a fallu un peu de temps pour discerner le personnage.  

    Le nom du groupe est à mettre en rapport avec les automates que les grecs aimaient à construire. Ce n’était pas de leur part un simple amusement. Archytas de Tarente, il fut l’ami de Platon, construisit un oiseau qui volait, les lourdes portes d’un temple d’Alexandrie auraient pu s’ouvrir et se fermer mus par une machine à vapeur mise au point par le mathématicien Héron… Aujourd’hui encore l’on se demande pourquoi les grecs n’ont pas exploité plus à fond leur ingéniosité. Une réponse assure qu’ils n’avaient guère besoin de machines puisqu’ils possédaient des esclaves…

    Munis de ces réflexions nous en déduisons que la couve de l’opus est une représentation du minotaure qui emprunte autant à la technologie de nos robots modernes qu’aux nombreuses vignettes qui dans les bandes dessinées mettent en scène les dieux de l’Olympe et leur nombreuse progénitures…

    Viennent d’Athènes, se sont formés en 2011, premier concert en 2012. Labyrinth est leur troisième album. Ils définissent leur projet en quelques mots : ‘’Enraciné dans la mythologie’’. Grecque, évidemment.

    Lykourgos Tzardis : drums /  Nicolas Kelaidis : guitare lead / George Stavrakakis : guitar / Takis Sam : basse.

    Rebirth : l’impression d’entrer dans un couloir noir et lugubre, normal si l’on est dans un labyrinthe, depuis Minos et son taureau blanc ils ont mauvaise réputation, une batterie qui fait durer le suspense, pourtant l’ambiance ne correspond pas au titre, une renaissance c’est un moment joyeux, même l’idée d’n comin’ out indique une désir de libération, mais là les guitares noircissent salement l’atmosphère, une menace qui gronde dans l’obscurité, l’on ne comprend pas trop ce qui se trame dans cet instrumental, l’on reste dans l’expectative, une question insistance tourne dans notre esprit, qui est en train de renaître dans une atmosphère si lourde. Le morceau s’arrête, est-ce ici que les Athéniens s’atteignirent, ce qui est sûr c’est que nous ne rentrons pas dans une arène aux lions, mais dans la partie la plus sombre du souterrain, là où le monstre nous attend. Minotaur : là au moins la musique lourde et noire correspond à la bête maléfique qui nous attend, on l’entend mugir de loin, approchons-nous courageusement, il a l’air d’être engoncé dans un étrange monologue, ce qu’il dit est incroyable, il plaide non coupable, il n’est pas un Godzilla assoiffé de destruction, d ’ailleurs la musique s’affaiblit, dans le silence synthétique l’on entend des cliquètements comme des pas qui tournent en rond mais qui se rapprochent, l’angoisse est à son comble la Bête se tait, elle bouffe les mots comme si elle ravalait ses paroles ou proférait un grand secret indistinct, c’est alors que les mots prennent sens nous attendions une bête hideuse, elle n’existe pas nous sommes confrontés à quelque chose de plus incapable, le Minotaure vient d’accoucher d’un mythe, il n’est qu’un pauvre ruminant enfermé dans une grotte, il est un mythe, non pas une belle histoire, mais quelque chose visqueuse qui gît dans le labyrinthe des sinuosités cérébrales des êtres humains. Ariadne : jaillissements d’imprécations, la voix est sourde, la musique encore plus noire, Ariane, abandonnée par Thésée sur son île, maudit son égarement et les Dieux trompeurs, elle a cru à l’amour, son désir fut tel qu’elle trahit son père, elle a armé le héros de son cœur, elle a révélé à son amant le stratagème qui lui a permis de vaincre le monstre, pour qui sont ces serpents de haine qui sifflent dans sa tête, contre qui lance-t-elle sa malédiction, encore une fois la marée noire de l’orchestration envahit le morceau, Ariane prise dans les filets de son destin se débat en vain, elle croit en la justice des Dieux, ne ferait-elle pas mieux de se regarder elle-même, de renaître à elle-même, de porter un regard lucide sur ses égarements, sur son manque de lucidité, sur ses propres responsabilités. Black sails : ondes organiques, le nom du héros n’est pas prononcé, taisez-vous donc, voici une réécriture de l’histoire, moment de méditation, retour sur soi-même, non pas les regrets de Thésée, l’analyse froide et objective des évènements, pas une élucubration à la tonton Freud, non les faits réinterprétés à leur juste mesure, les voiles noires n’ont pas été remplacées par les blanches, il ne s’agissait de tuer le père (ni la mère Egée) mais de suivre son destin, une fois le roi mort, vive le roi, nos actes sont aussi noirs que l’obscurité des méninges humaines, blanches à l’extérieur, peuplée d’une ombre incommensurable à l’intérieur, nous possédons tous un labyrinthe enfoui en nous avec une victime propitiatoire à l’intérieur pour nous baigner dans son sang, pour nous baptiser de l’eau lustrale de la noirceur des Dieux à la table desquels nous voulons nous asseoir, à laquelle nous nous invitons pleins de notre inconséquence native. Là aussi l’instrumentation en nous tendant un  so long miroir nous laisse le temps de nous pencher sur nous-mêmes. Your bull nature clouds your human self : instrumental, juste le titre ‘’Ta nature bestiale obscurcit ton humanité’’, une montée chaotique, une remise en place, un ré-alignement conceptuel, soyons lucide, le combat contre le monstre n’est qu’une image de nous-mêmes, nous jouons le justicier mais le monstre : c’est nous, nous sommes des outres gonflées de sang et de violence que nous répandons sans vergogne sur le monde. Battle in the labyrinth : scène finale, fini la mélopée introspective, nous voici dans le tumulte, au coeur de la cécité du labyrinthe nous combattons le monstre, nous naîtrons de cette lymphe sanglante, la pauvre bestiole se débat en vain, nous sommes armés de la volonté criminelle de tuer pour établir notre puissance sur la faiblesse de nos ennemis, le vocal vole en éclats, tout se précipite, les guitares nous poussent au méfait, la batterie accélère le rythme, nous ne le savons pas mais nous sommes dans la main des Dieux qui se régalent de ces joutes nauséeuses, nous aussi nous prenons plaisir à ces récits fabuleux, nous sommes tous des héros en herbe, Thésée nous indique le chemin. A notre tour de rentrer dans le labyrinthe.

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    Photo : Effi Galia

             Automaton se livre à une noire interprétation de la mythologie. Ce sont des grecs qui refusent de succomber aux charmes homériques de cette culture fondatrice de la civilisation homériques. Ils se méfient des envoûtements du chant mélodieux de la poésie, ils s’inscrivent davantage dans l’autre mamelle de la lucidité grecque, celle du drame physico-métaphysique, celle des tragédies d’un Eschyle, d’un Sophocle, qui explorent la duplicité humaine confrontée à l’étau labyrinthique dans lequel les Dieux tiennent les hommes prisonniers.

             Cette manière si particulière de s’ancrer dans la mythologie nous a donné envie d’écouter leur précédent album.

    TALOS

    (Sound-Effect Records / Novembre 2018)

             Nous ne quittons pas la Crète, l’histoire de Talos est moins connue que celle du Minotaure à laquelle on réduit le plus souvent la mythologie crétoise. Les épisodes talosiques se déroulent antérieurement à celle du labyrinthe. Mais pas de beaucoup, elle débute elle aussi par un taureau blanc. Qui n’est autre que Zeus qui s’est métamorphosé en cet animal magnifique pour séduire et enlever Europe la fille du roi de Tyr, Agénor. Nous ne nous attarderons pas sur cet épisode qui a fait de nous des européens. C’est sur l’île de Crète que Zeus et Europe engendreront trois enfants dont un fils nommé Minos. Nous voici en pays connu. Zeus reparti, Europe se mariera avec le roi de Crète Astérion. La Crète est un royaume dont les richesses attirent voleurs, pillards, pirates, malandrins de toutes sortes. Zeus n’a pas oublié ses tendres émois avec Europe, il lui offre Talos pour surveiller les côtes de l’île…

             Talos n’est pas un être humain : c’est un automate géant tout en bronze façonné par Héphaïstos. Il ne possède qu’un défaut tout au bas de sa cuirasse d’airain, un clou qui permet de libérer le souffle vital qui court dans son unique veine qui part de son cou et se termine au niveau de son clou. Toute ressemblance avec le talon d’Achilles ne saurait être fortuite.

             Talos est un peu une sombre brute, un véritable molosse de garde. A grandes enjambées il fait le tour de la Crète en jetant d’énormes rochers sur les navires suspects. Toute ressemblance avec la fuite d’Ulysse pourchassé par le Cyclope ne saurait être fortuite. (Bis repetita placent) Quant à ceux qui parviennent à débarquer, Télos les débusque après avoir pris soin de s’allonger sur un immense feu. Lorsque le métal est chauffé au rouge, il s’empare des brigands et les laisse rôtir sur son armure…

             Talos finira par mourir lors de l’expédition des Argonautes. Lors de leur long périple les Argonautes s’octroient certaines haltes pour éliminer quelques monstres. Jason, fortement aidée par Médée parviendra à arracher le clou de sa cheville qui libèrera le souffle ichorique indispensable à la vie du Géant…

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    Trapped in darkness : des coups de semonces sur des plaques d’airain, nous sommes au plus profond des Enfers parmi le peuple des morts, les coups spasmodiques de Talos pour se relever ne cessent pas, cela fait des milliers d’années qu’il s’efforce en vain de se tenir droit, l’est retenu à terre par une force colossale, est-ce pour cela que la musique devient plus lourde et plus rapide, des cris dans le lointain, ceux de Talos résonnent plus fort que le brouhaha de ses compagnons d’infortune, hurlements d’agonie sans fin, de terreur et de douleur, Talos est un combattant il secoue les chaînes de la mort, il retombe sur lui-même, se replie sur ses muscles de fer, il bande son énergie, un monstre de la trempe de Talos ne saurait s’avouer vaincu, il gît parmi des milliers de guerriers morts parmi les combats, Talos ne se résigne pas à s’accoutumer à son sort, il mène son dernier combat contre la mort de lui-même, il est le petit-fils de Zeus détenteur de la foudre, l’enfant d’Héphaïstos le forgeron, des relents d’immortalité flottent encore dans la veine cave de son corps. Il rassemble son énergie, ses doigts  de fer se referment-ils sur la gorge sans chair de la Mort, ces derniers coups de batterie, sont-ce des os qui craquent… Giant of steel : libre, enfin libre ! Libéré par lui-même, l’on ne se remémore pas sans effet, sans conséquence, la puissance des Dieux, point de chant, des paroles, est-ce un journaliste affolé, un de ceux qui commentent l’actualité sur nos ondes radio ou télé qui rendent compte de l’Incroyable, du Miracle, de ce monstre de ferraille surgi d’on ne sait où qui s’ébroue, se remue et qui se met à marcher, au grand étonnement de nos contemporains qui ne savent comment envisager ce phénomène qui semble provenir d’une autre planète, le monde se tait, la musique bruyante aussi, que dire, quelle explication apporter, il growle comme la grêle sur les versants de l’Annapurna, le géant recueille en lui l’ancienne vibration des Dieux qui subsiste encore sur la terre mais que les hommes modernes ne perçoivent plus depuis longtemps, son cri de délivrance est une clameur sans fin qui inonde le monde. Automaton marching : l’automate s’est mis en marche, il retrouve ses anciennes habitudes, n’arrêtait-il pas de longer les rivage de l’île de Crète, d’en faire trois fois le tour en une seule journée, infatigable, increvable, sans s’essouffler, une force brute qui va sans savoir pourquoi ni comment, un chien enragé lancé en pleine course, qui ne sait rien sinon que ses mâchoires sont faites pour mordre et pour tuer, son rythme s’accélère, un ouragan métallique qui passe sans se soucier de vous, sans se soucier de rien. Talos awakens : réveillez-vous, imaginez ce qui se passerait si Talos était parmi nous, mélodie bluesique, cahotante, effrayante, encore embrumée de sommeil, Talos déjà à moitié conscient, à moitié dans vos rêves, à moitié dans vos cauchemars, voix mélodramatique, ressorts de guitares, angoisse pianistique, la chose approche, elle creuse son trou dans votre tête, votre conscience essaie de réaliser, de supputer l’inquantifiable, de soupeser l’insoutenable, de mesurer l’incommensurable, avez-vous déjà entendu une guitare hurler comme celle-ci, une scie qui crie et vous coupe en deux, d’ignobles grincements percent vos tympans, Talos s’éveille, il est là, parmi nous, il est l’inéluctable, ce qui ne peut pas ne pas être, ce avec quoi il va falloir faire avec alors que cette chose hors-norme est tout contre nous, et peut-même même complètement contre nous. Les pas se rapprochent ceux de la terreur, non pas celle qui arpente la terre, celle qui grignote votre cerveau, ce pied qui écrase votre tête sur le bitume. The punisher : voici le justicier, des coups de fouet, des trombes de barres de

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    fer, Talos pourchasse les méchants, sans pitié avec haine, il tue, il frappe, il assène, il ne ménage pas ses efforts, une catastrophe ambulante qui écrase ses ennemis, qui protège les innocents en les ignorant, il est le fléau de Dieu comme disait Attila en riant mais Talos ne rit jamais, il accomplit sa tâche méthodiquement avec zèle, avec fureur, un automate, un robot que personne ne saurait arrêter dont on aurait perdu les commandes à tout jamais… Submerged again : musique noire, sombre, des notes qui retentissent comme les secondes fatidiques de l’horloge du destin, des gammes, des escaliers qui montent, des escaliers qui descendent, tout le monde les emprunte dans les deux sens, seuls les Immortels les exhalent, les exaltent  en montée permanente vers l’Olympe, ils sont au-delà du bien et du mal, nous autres pauvres mortels et vous aussi nos frères automates, nos actes sont imparfaits, tous nos gestes sont réversibles, comme les symboles, le tigre n’est-il pas tantôt l’image du courage et tantôt le dessein de la cruauté, l’incomplétude nous ronge et rouille tous nos agissements, la mort s’approche de nous sans effort, à pas sereins, elle nous attend, elle vient à notre rencontre, en fin de compte elle nous prend par la main, quel est cet instrument qui ricane, et nous entraîne sous le porche des sentiers ombreux. Dans les profondeurs marines, imaginez-les autrement à votre guise, voici Talos, un mort couché par les morts, ne grommelle-t-il pas, les Dieux rangent leurs petits soldats lorsqu’ils n’ont plus envie de jouer. Epilogue : une guitare qui résonne sur un bruit de fond, comme une mélopée de doux vent qui souffle, peut-être une brise d’ichor, cette liqueur de vie qui s’échappe de la cheville d’Automaton, l’histoire est terminée, cet épilogue de deux minutes pour que vous puissiez réfléchir comment Automaton utilise les choses mortes de la mythologie pour leur redonner vie, pour les replacer dans notre présence, pour savoir comment nous nous comporterions…

    Il est temps de regarder la couve. L’artwork est de Viral Graphics, l’on reconnaît le style. Sans doute a-t-il aussi réalisé la pochette de Labyrnth. Son FB est à visiter.   

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    Un très beau portrait de Talos. Il ressemble un peu à un des membres du groupe… Est-ce une manière de réinitialiser l’antique mythologie dans notre modernité…

    Talos est un œuvre superbe. Un concept album qui vous force à manipuler et à faire circuler les concepts dans votre tête. L’on en ressort plus intelligent qu’on y est entré.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Toujours des surprises surprenantes sur Western AF.  Une chanteuse qui chante. Jusque-là nous sommes dans l’ordre des choses. Question insidieuse : pourquoi n’a-t-elle droit qu’à un morceau et pas à quatre comme d’habitude. Peut-être me suis-je débrouillé comme un pied. Sans doute est-ce de ma faute. Voyez-vous comme je pousse la contrition. Bref je cherche, mes deux chiens sur les talons. Ce détail est important. Evidemment je trouve. Pour tomber sur une double anomalie. Pas de doute il faut insister.

    (Re)PLANTING BY THE SIGNS

    S. G. GOODMAN

    ( / Mai 2026)

    J’avoue, je n’étais pas chaud. C’est comme quand un couple attend un enfant et qu’il en arrive deux. Je ne suis pas un aigle en anglais et je ne voyais pas ce que le titre de l’album signifiait au juste. J’ai demandé à Molossos et Molossa. N’en savaient rien eux non plus. Sont sympas m’ont soutenu. Z’avaient du flair, m’ont guidé sur Bandcamp, y avait tout un laïus. J’ai compris, toutefois ça ne me disait rien, une espèce de truc de hippie, moi un rocker… c’est alors que les cabots se sont mis à hurler à la mort. Impossible de les faire taire. Enfin qu’avez-vous ? Molossos a posé sa patte sur l’écran, regarde, là, à cet endroit. Même pas eu le temps de lire, Molossa s’est écriée : Howard est mort ! Ella a du chagrin, tu ne peux pas la laisser toute seule, tu te rends compte, son vieux chien adoré, tu as intérêt à écrire ta chronique, on ne peut pas la laisser toute seule ! Si tu refuses on t’avertit on aboie à la mort toute la nuit !

    J’ai cédé à leur désir. Y avait encore un truc qui me turlupinait, son chien est mort, c’est triste, elle sort son album en 2025, elle le ressort en 2026, mais sur les deux couves elle l’a mis une tortue, l’aurait pu la remplacer par une photo de son chien ! Molossa a toujours réponse à tout : Howard il est dans son cœur, il est tatoué dans sa mémoire, alors la tortue n’a aucune importance. Z’ont trifouillé sur le net, tiens on croit que c’est la photo d’Howard, tu la colleras sur le blogue, au moins les lecteurs auront quelque chose de beau et d’intelligent à regarder. 

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    Donc j’ai écrit pour Howard, pour Molossos et pour Molossa. Pour S. G. Goodman aussi, une rencontre extraordinaire.

    S. G Goodman est originaire du Kentucky, ses deux premiers albums ont suffi pour qu’elle soit reconnue comme une des compositrices les plus originales de sa génération. Elle est capable d’exceller en divers styles, elle est même parfois classée parmi les artistes country rock.

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    Les deux couves sont très représentatives de l’art de Josh Bovender, tattoo artist aux couleurs vives et formes symboliques.

    S.G. Goodman : vocals, guitar, keys / Matthew Rowan : guitar, keys, bass, vocals / Matt Pence : drums, percussion / Craig Burletic : bass / Ben Tanner : keys / Eddy Dunlap : pedal steel (“Fire Sign” and “Planting by the Signs”) / Rich Ruth : guitar (“Nature’s Child”) / Bonnie “Prince” Billy : vocals (“Nature’s Child”) / Zak Riles : baritone Guitar (“Nature’s Child”) / Clyde Charles, Mary Overbey and Myrtle Turner : additional voices (“Heat Lightning”).

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    Heaven sold : le paradis en solde, pas mal pour une traduction, de plus une parfaite introduction au monde sensible de S. G. Goodman, un monde assez déglingué. De l’intérieur. Parce que de l’extérieur elle a plutôt pris la décision de s’adapter aux différents cycles de l’univers, ce qui ne se révèle pas aussi facile qu’il pourrait le sembler. Cet heaven sold de moins de deux minutes est à mettre en relation avec le Heaven song de neuf minutes qui   clôturait le disque à la couverture jaune, celui-ci est le rouge, dit augmenté, de cinq morceaux. Cette intro est magnifique, pas du tout folk et country, je dirais une espèce de noise mélodif, ça ne respire pas la joie de vivre, quant à la voix de Goodman elle oscille entre récitatif dramatique et constat

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    philosophique bouffé par les termites. Satellite : en français on dirait faire un vœu à une étoile filante. En espérant que le royaume vienne. Au rythme du morceau l’on se dit qu’il n’est pas pressé de venir. Si vous y croyez la voix désabusée de Goodman vous fera comprendre qu’il ne faut pas trop y croire, si vous avez l’oreille fine vous percevrez une goutte d’ironie dans sa voix, même la lune a son côté obscur, alors n’espérez pas trop. Vous avez une vidéo, au début vous avez bien un satellite, un vrai, ça ne dure que deux secondes ensuite vous voyez le groupe en train d’enregistrer. De temps en temps les images des musicos sont entrecoupées par quelques daims en liberté. Elle n’en dit rien dans les paroles, mais Godman vous lance le message subliminal : les progrès de la technologie certes, mais la lenteur des rythmes de la Nature est préférable. Fire sign : vous avez la suite du film, Goodman et ses musicos en studio, avec encore les images des daims en liberté, le rythme est à peine accéléré, ce n’est pas une chanson, c’est un conte, pour faire signe ou faire feu de tout bois, le soleil se lève-t-il tous les jours sur le cul du même chien, certains perdent leur temps, elle coud de l’or, elle écrit des poèmes, boules de feu lancées dans le monde, elle n’a pas les réponses aux questions qu’elle ne pose pas, elle constate. I can see the devil : des notes de guitare comme des gouttes d’eau, elle pose les mots comme des bâtonnets, des petits trucs qui vont leur chemin, elle marche vers le soleil, le diable répand la misère, prendre quelques provisions et se mettre en route vers l’ailleurs, vers le meilleur, vous n’êtes pas obligé d’y croire la batterie martèle un minimum, les guitares jouent un peu plus fort, Goodman se tait, parler n’est-ce pas une manière de pactiser avec le diable.

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    Snapping turtle : vous avez une official video que j’affublerai de l’adjectif symbolique, car elle n’est qu’un moyen de poser des images sur ce qu’elle évoque, rythmique toute lente, elle parle, elle cause posément, l’horreur coule de ses mots, vous pouvez être sûr qu’elle a vu le diable de près, qu’elle n’a pas pactisé, qu’elle l’a combattu, qu’elle a rarement gagné, qu’elle a tout perdu, ses illusions d’abord, les souvenirs d’enfance qui remontent, les petits villages, les grandes horreurs. Pas un mot plus haut que l’autre. Elle chante pour elle. Pour les fantômes qu’elle trimballe dans sa tête. Michael told me :   elle est là avec ses musiciens dans le studio mais la caméra s’attarde surtout sur elle, parfois l’objectif se détourne par pudeur, comme toujours le rythme est lent et long, pourtant dans sa tête c’est le kaos, la mort, l’amour, l’amitié, une histoire sanglante, elle chante pour mettre de l’ordre dans ses pensées, pour tirer le sens de ce jeu de cartes renversé, elle essayait de faire le point, mais c’est le point final qui est arrivé, l’ombre n’est noire que parce qu’il existe le soleil. Mais parfois il ne brille pas. Une chanson magnifique, qui met mal à l’aise, des mots sans fard, sans tromperie, d’autant plus crus que très pudiques. Une âme nue. Solitaire : toute seule, quelques notes de guitare, mais l’on n’entend qu’elle, n’est-on pas jamais plus seul que lorsque l’on parle à soi comme si l’on s’adresse à Dieu, à la nature, à ses rêves, à ses fantômes, le kaos est d’autant plus grand dans sa tête qu’elle a éliminé tout le reste, tout ce qui n’est pas elle, son chant est une supplique sans espoir à elle-même, c’est si beau que lorsqu’elle s’arrête l’on aimerait encore qu’elle continue pendant des heures, car pour une fois on a l’impression d’être bien avec nous-même. I’m in love : turning point, nous sommes à la moitié de l’opus, c’est à ce moment que l’on se rend compte que depuis le début nous n’avons cessé de nous enfoncer dans le noir de plus en plus sombre. Sur la vidéo on la voit même sourire et rire. C’est comme à la météo quand on vous dit qu’il fait soleil, tant pis si par la fenêtre le ciel est tout gris, vous faites comme si… C’est comme ici, elle est amoureuse certes, on veut bien la croire mais de qui ? Nature’s child : tout peut arriver dans un disque de S. G Goodman, l’on était dans les Indes noires du désespoir et nous voici, presque dans un morceau de country, les musicos se

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    lâchent, ce n’est pas Metallica non plus, vous avez les plus douces et plus belles sonorités, y a même un prince charmant, son acolyte chanteur ne s’appelle-t-il pas Bonnie Prince Billie, qui donne la réplique et qui joue le rôle, en vérité celui dont elle parle peut-être pas vraiment charmant, mais apparemment il lui plaît, ils donnent un peu l’air d’être des rescapés de la vie, mais l’on est heureux pour eux, pour nous aussi. Heat lightning : elle ne chante pas, elle parle presque, d’ailleurs à la fin ils discutent, un moment de bonheur au septième ciel, tant pis pour nous pauvres humains les pieds salis par la boue des chemins. Planting by the signs : deux voix unies, Goodman et

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    Matthew Rowan, une vieille histoire fondatrice, quelques notes d’ukulélé, ils prennent le temps, non pas parce qu’ils ne sont pas pressés, mais pour s’accorder aux rythme des saisons, des cycles, de la nature, un étrange phénomène se produit, le morceau est d’une extraordinaire lenteur et lorsqu’il se termine vous avez l’impression qu’il vient de commencer voici à peine quelques secondes, nous sommes propulsés, enkystés, dans un fragment temporel aussi long que l’éternité aussi court qu’une minute. Heaven song : je ne vois que Dylan pour écrire un tel morceau, si vous pensez aux rochers rocailleux du jeune Bob, vous avez tout faux, elle ne bouscule pas les mots, elle n’est pas un torrent impétueux, une rivière paisible qui ralentit, qui paresse dans les détours de ses méandres, à peine si vers le milieu du morceau le chant prend un semblant d’ampleur, insensiblement elle passe du chant au cri, avec toujours cette mélancolie implacable qui fait plus de mal que la violence et la colère. Vous n’oublierez jamais cette randonnée dans cette vieille Malibu, vous voyagerez longtemps avec les fantômes que Goodman transporte dans sa tête et dans sa voiture, l’éden ressemble à s’y méprendre à l’enfer des morts-vivants que nous sommes tous. Une ballade et une balade américaine, une course de côtes sur les collines du bonheur et du désespoir, les longues files de charriots qui se dirigent lentement vers l’ouest des rêves en carton-pâte… le monde entier se bouscule dans cette bagnole… si vous vous rendez au paradis en auto-stop, si elle s’arrête devant vous, n’hésitez pas à y monter. Vous êtes arrivé. Même si les choses ne sont jamais ce qu’elles devraient être. I’m in love : un invité

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    surprise, Dan Reeder une figure marginale du folk, il est amoureux certes mais il a quelques décennies de plus que Goodman, sa version est chargée d’une certaine mélancolie… Attention le disque est terminé. Les morceaux qui suivent sont à écouter comme la bande son de l’autoradio de la vieille Malibu.   Heat lightning redux : tiens un revenant, inutile d’avoir peur : autant la première version nous emportait, convolant en de justes noces, tout en les hauteurs paradisiaques des sphères éthérées de l’amour, autant celle-ci nous révèle un aspect qui était pratiquement passé inaperçu sur ce disque : nous voici en plein rock’n’roll. Il serait bon de se rappeler que dans sa jeunesse S. G.  Goodman a débuté dans des groupes punks ! Pepper : au début du morceau Goodman reprend la voix qu’elle a utilisée pour le tout premier morceau, les guitares sont lentes mais rock, le texte est à la hauteur de Heaven song, mais l’on n’est plus en partance pour le paradis, nous restons dans la réalité américaine, dans sa folie, dans sa violence, dans son tumulte fascinant, attention c’est une reprise des Butthole Surfers, groupe expérimental de rock’n’roll, les mouvements de la vidéo ne sont pas s’en rappeler ceux de la caméra du la vidéo originale de nos Texas (dé)rangers, cette dernière partie du disque c’est un peu comme la nef des fous, tout le monde peut y monter les plus barrés comme les plus sages. Open bar.  Planting by the signs : Senora May et Tyler Childers, artistes country renommés, couple d’amis de longue date de S. G. Goodman, comme par hasard du Kentucky. Ils nous offrent une version rapide très country, très différente de l’original. Une véritable re-création. Respectueuse et authentique.

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    Tyler Childers + Senora May

             Un disque destiné à devenir une légende.

    Damie Chad.

    P. S. : le pire c’est que Molossa et Molossos ne sont pas satisfaits : tu aurais pu parler davantage d’Howard, elle y fait allusion dans Heaven Song et tu ne l’as même pas noté !

     

     

     

  • CHRONIQUES DE POURPRE 740: KR'TNT ! 740 : GUN CLUB / BUZZCOCKS / MARVIN GAYE / YOUNG GODS / CLARENCE CARTER / HOWLIN' JAWS / ABYSSAL LITURGY / DRAGGEG INTO OBLITERATION

    KR’TNT !

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    LIVRAISON 740

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    11 / 06 / 2026 

     

    GUN CLUB / BUZZCOCKS / MARVIN GAYE

    YOUNG GODS / CLARENCE CARTER

      HOWLIN' JAWS / ABYSSAL LITURGY

    DRAGGED INTO OBLITERATION  

     

     

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    The One-offs

    - Bienvenue au Club

             Dans The One & Only: Peter Perrett, Homme Fatale, Nina Antonia rapporte que Peter Perrett était obsédé par «Sister Ray» - «Sister Ray» was my weapon - Dans les fêtes, dit-il, les gens le suppliaient d’arrêter de passer «Sister Ray». Il en rigole : Ha ha ha ! Arrêter ça ? - I said I couldn’t hit it sideways/ I said I couldn’t hit it sideways/ Oh, just like Sister Ray said - Impossible ! C’est le détail qu’on retient le mieux de Peter Pan, son obsession pour «Sister Ray».

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             Comme chacun sait, «Sister Ray» est la première mamelle de l’Apocalypse. Quelle est donc la deuxième mamelle ? Le (ou la) «Death Party» du Gun Club.

             Quand Kid Congo tape une cover du Gun Club, ça peut être «She’s Like Heroin To Me» et plus systématiquement «Sexbeat». L’autre groupe habilité à taper des covers du Gun Club, ce sont bien sûr les Cowboys From Outerspace. Michel Basly opte généralement pour «Goodbye Johnny». À une autre époque, il tapait le «Preaching The Blues» de Robert Johnson qu’on trouve sur le premier album du Gun Club. Mais bizarrement, ni le Kid ni les Cowboys n’ont approché «Death Party».

             Trop extrême ? C’est en effet l’un des cuts qui va le plus loin en matière d’insistance apocalyptique. Qui à part Jeffrey Lee Pierce peut chevaucher un tel dragon ? Qui à part Lou Reed peut chevaucher le dragon de «Sister Ray» ?

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             À travers «Death Party», on comprend deux notions fondamentales : d’une part, le chaos est source de vie, et d’autre part, il nous ramène à l’origine des temps. Aussitôt après le larsen d’intro, t’as le plus primitif des beats, l’heartbeat organique jaillit de la nuit des temps et te rimbaldise littéralement, au sens du bouleversement de tous les sens et de tous les sangs et de tous les sons, car Jeffrey Lee Pierce chante au chat perché de la barbarie, tu le sens couvert de peaux de bêtes et penché sur toi pour t’articuler en pleine gueule l’I arrive at the death party/ I won’t be back at all, et tu le crois sur parole, car c’est un démon qui te cause, et tu ne remets jamais la parole d’un démon en question, tout simplement parce que ça dépasse ta pauvre petite compréhension. Alors subis ! Et tu n’en seras que grandi, et pendant que tu te perds en conjectures, Jeffrey Lee  pilonne de plus belle à coups d’all the kids/ ba-ba-boum-ba-ba-boum/ and they look all the same, il écorche son same, il l’étripe, jamais un same n’a sonné aussi étripé, alors il répète sa phrase pour le cas où t’aurais pas pigé, et il descend d’un ton pour te claquer juste en dessous du menton They’re at the death party/ We know why they came. Et là, tu plonges dans le radicalisme apocalyptique, tu t’en réjouis, t’hoches la tête en mode binaire et il redescend au barbu te crier come to the death party en prenant bien soin de mâcher l’ain’t got nothing to lose qui suit. Et c’est là qu’il pousse un cri d’orfraie pour lancer le solo le plus dégueulasse de l’histoire des solos dégueulasses, c’est une vraie leçon de délinquance et t’en as besoin pour participer à cette Death Party qui t’atomise. Il a raison quand il dit you’re at the death party/ And you’ve reached your end, car après ça, il n’y a plus rien d’autre qu’un deuxième solo dégueulasse qui bat absolument tous les records de no way out, et pour finir Jeffrey Lee te conjure de tout jeter, throw down all your love/ Throw down all your blues, t’as plus rien à perdre, c’est pour ça que Death Party est le cut ultime par définition, et seul Jeffrey Lee Pierce pouvait t’emmener aussi loin dans le flamboiement du chaos des origines. Du moins t’en donne-t-il un avant-goût.

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             À l’époque, nous formions une petite équipe cosmopolite avec Brahim et Cui-Cui. Le premier était kabyle, le second chinois. Le premier était illettré, et le second écrivait des poèmes. Ils n’avaient qu’un seul point commun : ils étaient des aventuriers des temps modernes. Ils avaient fui tous les deux leurs pays respectifs pour sauver leur peau. On avait fait connaissance dans des circonstances un peu surréalistes et on a fait équipe ensemble pendant un an ou deux. On fêtait Noël ensemble, même si pour eux, ça ne signifiait rien. On s’offrait même des cadeaux. On bouffait du homard et on sifflait du champagne. Cui-Cui m’avait demandé quelques jours avant le réveillon ce qui me ferait le plus plaisir et je lui avais répondu, pour rigoler, le mini-album du Gun Club sur lequel se trouve Death Party. Quand est arrivé le moment des cadeaux, on en avait tous un grand coup dans la gueule et Cui-Cui a sorti de son sac un paquet. Au vu de la forme, ça ne pouvait être qu’un album, et bien sûr, il s’agissait de Death Party. Incroyable ! Ce mini-album est resté l’un des objets les plus précieux de tous ceux qui s’entassent ici, dans cette caverne d’Ali-Baba. Au travers des fumées du chaos engendré par Jeffrey Lee Pierce brille toujours le regard de Cui-Cui, un mec qui figure parmi mes amis les plus chers. À la vie à la mort de la Death Party.

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    Signé : Cazengler, Gun Cloche

    Gun Club. Death Party. Animal Records 1983

     

     

    L’avenir du rock

     - Alors ça Buzz, cock ?

    (Part Four)

             Chaque année, l’avenir du rock va passer ses vacances de Noël au Colorado. Il rôde pendant deux trois jours dans les montagnes, jusqu’au moment où il repère le filet de fumée qui s’élève du bivouac de Jeramiah Johnson. En vrai mountain man, Jeremiah n’a pas d’adresse fixe. Il dort sous les sapins et fait rôtir des petits lapins.

             — Tiens, Jeremiah, voici ton cadeau de Noël !

             Jeremiah sort son énorme Bowie knife et éventre le paquet comme s’il éventait un Crow. Shloummfff !

             — C’est quoi c’truc là ?

             — Un smartphone !

             — Ça sert à quoi ?

             — À téléphoner... Tu peux aussi mater du porno.

             — T’es bien gentil, avenir du rock, mais j’préfère enculer des chèvres. Et puis tu veux que j’téléphone à qui ?

             — Aux Crows !

             — Yzont des téléphones, cette bande de débiles ?

             — Évidemment. Ya que toi qu’en a pas.

             — Attends,  les Crows y téléphonent ? Arrête de m’prendre pour un con !

             — Tiens donne-moi un nom au hasard...

             — Triplebuzz... C’est leur chef.

             L’avenir du rock tape ‘triplebuzz’ sur le clavier. On entend sonner un portable au loin.

             — Tu vois, y sont tous connectés.

             Jeremiah est complètement scié. Intrigué, l’avenir du rock demande :

             — Drôle de nom pour un chef Crow. Pourquoi qu’y s’appelle comme ça ?

             — Cet abruti écoute les Buzzcocks !

     

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             Un vieux dicton périgourdin dit : «Si tu veux te remonter les bretelles, écoute les Buzzcocks.» Ça tombe bien, leur nouvel album vient de paraître. Il s’appelle Attitude Adjustment et Steve Diggle attaque de front avec «Queen Of The Scene». T’as le son

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     aussitôt. Diggy Boy fait claquer l’étendard des Buzzcocks dans l’azur marmoréen. Il charge bien sa barcasse. C’est noyé de son ! S’ensuit un «Games» très classique, mais Diggy Boy pèse de tout son poids dans la balance, et il passe un joli shoot de killer solo impromptu. Puis l’album va sonner comme un passage à vide. Pas facile de se renouveler. Il essaye de battre le fer pendant qu’il est encore chaud, mais c’est du boulot. On entend les accords de «Shot By Both Faces» sur «Tears Of A Golden Girl» et il tente d’étendre son empire avec «Heavy Streets», c’est de bonne guerre, mais il n’a pas les compos. Les cuts les plus intéressants de l’album sont les Part One et Part Two de «One Of The Universe», des intercalaires bien hendrixiens. Diggy Boy passe un beau killer solo dans «Just A Dream I Followed», et dans «Break That Ball & Chain», Chris Remington vole le show avec un bassmatic qui renvoie tout droit au «Keep On Running» du Spencer Davis Group.

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             Dans la vaste étendue de sa mansuétude, Shindig! donne à Diggy Boy l’occasion d’évoquer ses 10 formative long-playing influences, autrement dit, les 10 albums qui l’ont influencé. Oh la belle double ! On y voit Diggy Boy gratter une Ricken. Il attaque avec Little Richard et when I was young. Il y va de son petit commentaire, rappelant

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    qu’il a découvert Little Richard à la black & white television. Puis il passe directement aux Who avec «My Generation» qu’il entend en 1965. Chaotic but great ! Puis il glisse mollement sur Who’s Next qui est pour lui the definitive Who album. Il revient à ses souvenirs d’enfance pour Dylan : il raconte qu’il avait 7 ans et la sœur de son pote avait le premier album des Beatles et le premier album de Dylan. Mais il préfère New Morning, car there’s a kind of relaxed country feel. Il flashe aussi sur les Kinks et choisit Something Else By The Kinks et cite the fabulous «Waterloo Sunset». Diggy Boy est aussi fan de Can, puisqu’il cite Tago Mago et le weird guitar style de Michael Karoli. Et de là, pouf, il saute sur Bowie et propose Diamond Dogs - I saw Bowie on the Ziggy tour - Il rappelle que l’album fut enregistré at Olympic Studios in London, where Buzzcocks recorded a lot. Il rend hommage à John Lee Hooker et rappelle que quand les Buzzcocks ont démarré à Manchester, it felt like we were doing our punk-rock blues.

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    Puis il se vautre avec le Kick Out The Jams du MC5, croyant que Rob Tyner fait le speech d’intro, alors qu’il s’agit de Brother J.C. Crawford. Bon, c’est pas grave, mais comme Diggy Boy montre une légère tendance à vouloir jouer les musicologues, le petit conseil qu’on pourrait lui donner serait de vérifier ses sources. Il rappelle aussi que le MC5 were part of the blueprint of what later became known as punk-rock ce qui est parfaitement juste. Et il conclut ainsi : «If this album doesn’t wake you up, I don’t know what will.» Il passe aussi sec aux Stones et choisit Goats Head Soup, a very ‘70 album qui a some really cool songs. Bon, il dit que même si c’est un peu overlooked in their catalogue, it’s the Stones, man, and that’s that. Et il conclut son petit panorama avec l’Odgens’ Nut Gone Flake des Small Faces, a mod band going psychedelic. Enregistré à Olympic, a Buzzcocks favourite, se plait-il à répéter. Il est comme ça Diggy Boy, très nature, il a le sourire facile, c’est pour ça qu’on l’adore. Parmi les great songs d’Odgens, il cite «Rolling Over», «Afterglow», and of course «Lazy Sunday». Pour lui, c’est Londres en 1968 - For me, having a mod scooter as a teenager, this album made sense in a nonsencical way.

    Signé : Cazengler, gros Buzzcon

    Buzzcocks. Attitude Adjustment. Cherry Red Records 2026

    Steve Diggle : Good Attitude. Shindig! # 173 - March 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Le Gaye savoir

     (Part Three)

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             Avec After The Dance: My Life With Marvin Gaye, Jan Gaye (aidée par David Ritz) nous fait entrer dans l’intimité de Marvin Gaye. Jan est la seconde épouse de Marvin.

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             Elle raconte ce qui fut au commencement une vraie histoire d’amour. L’approche est pure, tactile, sensible, pudique et torride à la fois. Jan cite Marvin en permanence. Marvin ne dit jamais rien au hasard. Il ne parle pas, il groove. On croit parfois entendre sa voix. On ne peut pas être fan de Marvin Gaye et ne pas entrer dans la danse de ce book.

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             Comment Janis Williams rencontre-t-elle Marvin ? Grâce aux relations de sa mère, Barbara, qui connaît le producteur Ed Townsend. Et pouf c’est parti, une invitation à MoWest, le studio Motown de Los Angeles où enregistre Marvin. Dès qu’elle le voit, Janice qui est métissée tombe amoureuse - I felt myself in the presence of a prince, impossibly handsome yet familiar and down-home funky - Marvin parle d’une voix douce - a whisper-quiet voice - Pour l’entendre, il faut se pencher. Et son haleine ! - His breath smells like pot mixed with apples, fresh and sweet - Jan swingue ses phrases. Marvin allume un spliff et le fait tourner - The pot was strong, the high powerful - Mais ce n’est pas le pot de tout le monde, this was Marvin Gaye weed, another essential element of his sensuous aura. The high went with the music, the music went with Marvin, and the intoxication was complete - C’est remarquablement bien écrit : on assiste à un coup de foudre sous influence. On sent la patte de David Ritz. Et Jan se met à délirer sur le prince qu’elle dévore des yeux : «He liked quiet. He liked shy. I heard that in his music. I heard that in his speech. Gentleness was the key. Grace was his style. He lived for subtlety. His way was nuanced, not agressive.»

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             Quand Jan fait part à ses parents de ses sentiments pour Marvin, son père la met en garde : «Tu aimes tout ce que fait Marvin. Mais te souviens-tu de l’histoire ? Quand il dit : ‘Il n’existe que trois choses qui soient sûres, taxes, death and trouble.’» Alors Jan demande à son père ce qu’il veut dire par là. «I’m not saying nothing, baby, except that Marvin Gaye is calling himself ‘Trouble Man’.» Un homme à problèmes. C’est une mise en garde que Jan refuse d’entendre. Elle veut le trouble Man.

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             Elle apprend un peu plus tard que Marvin est allé séjourner dans le désert, somewhere beyond Palm Springs. Jan demande ce qu’il est allé foutre dans le désert. Ed répond : «Mushrooms. The cat likes to trip and read Castadena.» Eh oui amigo, t’es pas chez Guns’n’Roses.

             Jan n’en revient pas. Marvin intello ? Il va se faire un plaisir de le lui confirmer : «Shrooms are fascinating. Tripping is really something else. Really takes another turn.» Il cite le book de Castedena, A Separate Reality et demande à Jan si elle veut le lire - Would you read it?

             Et on en arrive à la première relation sexuelle. Marvin ramène Jan chez elle, il s’assoit, et elle s’installe à ses pieds. Il aimerait bien une petite pipe. Pas de problème. Jan a pigé - I could feel his excitement - Elle a déjà pratiqué l’oral sex avec son boyfriend du lycée, alors elle sait de quoi il s’agit. C’est après la pipe que Marvin demande à Janis s’il peut l’appeler Jan. Pas de problème.

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    Marvin + Anna

             Marvin passe d’une femme (Anna Gordy) qui pourrait être sa mère à une deuxième femme (Jan) qui pourrait être sa fille. D’ailleurs Marvin dit qu’il doit tout à Anna. Il dit aussi qu’il ne voulait pas entrer en compétition avec les autres stars de Motown et faire du r’n’b, il voulait faire du Sinatra et chanter «A Foggy Day In London» - He wasn’t a dancer. He didn’t wanna get up there and shimmy and shake - Alors Anna a pris son parti et a demandé à Berry de laisser Marvin faire son Sinatra et chanter des balladifs, elle pensait qu’il pourrait vendre des millions de disques comme Tony Benett ou Andy Williams. Mais ça n’a pas marché, Berry Gordy avait raison - His records didn’t sell shit - Alors Marvin s’est mis à composer, «Stubborn Kind Of Fellow», puis «Dancing In The Streets» pour Martha & The Vandellas. La seule qui pouvait pousser Marvin à bosser, c’est Anna - Marvin est un rêveur. Marvin est un philosophe. The boy’s a poet. Il devrait vivre dans une île à Tahiti, se nourrir de coconuts et chanter pour les oiseaux. I don’t think Marvin was made for this world. He’s too sensitive. Show Business is about the grind. Show Business is cold - Ed Townsend le connaît bien. Anna poussait Marvin en permanence - She lit the fire under his ambition - Ed ajoute que Marvin est un rebelle - You got to understand that. He’s Aries the ram. A hardheaded motherfucker. Hates authority. Hates being told what to do. Natural-born contrarian - Alors que Berry Gordy est un controller. «He’s got to be. He’s got to herd all these stray cats around Motown. He’s the fucking boss. But please do not try and boss Marvin Gaye. It might work for a little while but then it’ll blow up in your fuckin’ face. That’s what happened when Marvin did What’s Going On.» Ed ajoute : «All hell broke loose. It was the end of the sixties and Marvin was fed up with produced by Holland-Dozier-Holland and Norman Whitfield. He was gonna produce himself.» Tout ça on le savait, mais c’est encore mieux dit par Ed Townsend. Et il poursuit l’explication : «Marvin was creating a landscape. He wasn’t thinking about the songs, he was just thinking about telling it like it is. Berry didn’t get it. When he heard it, he said it would never sell.» Eh oui, on voyait Marvin comme le lover man, l’homme des duos avec Tammi Terrell - That was all about romance. But What’s Going On was all about reality. Berry said : ‘I ain’t putting that out.’ Then Marvin said : ‘Fine, but I’ll never sing another fuckin’ note for you again.’ Berry had no choice. He released it, and the world went crazy. The world finally saw Marvin for the genius that he is. Berry had to eat his words. The producer was no longer king.

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             Jan s’installe avec Marvin. Ils fument de la marijuana - Marijuana was a day-and-night part of Marvin’ life. He lived high - Et Jan ajoute : «Marijuana is an aphrodisiac. Marijuana is a buzz. Marijuana is a giggle-producing intoxicant. Marijuana puts a sensuous filter between you and the rest of the world.» Elle s’enflamme : «We got good and stoned.» Plus elle fume, plus elle se sent bien. Et donc Marvin aussi. On entre littéralement dans leur vie privée - The explosive power of our sexual union was incredible - Ils font l’amour tout le temps, night and day - I found beauty and excitement in his sexual beast - Elle comprend rapidement que Marvin veut des gosses. Elle fait le récit d’une passion amoureuse parfaite.

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             Marvin remet toujours les choses en perspective : «I’m an artist. I’m not made for show business. Show business views artists as products. I’m a highly sensitive person and you, dear, are all I need to be happy - not the fawning crowds or the mad demands of money-hungry Motown.» Puis Marvin cherche à ouvrir un peu la relation - I went along with his program, which, from time to time, involved fantaisies of me with other women - Alors elle connaît de nouveaux plaisirs. C’est logique - The omnipresence of pot and the increasing use of cocaine facilitated my willingness and widened my enjoyment.

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             Elle voit Marvin sur scène : «Il chantait «Trouble Man». He WAS Trouble Man - sexy and dangerous, gentle and sweet. He was flying high in a friendly sky, il murmurait ‘mercy mercy me’, nous avertissant du danger que courait l’écologie, he was walking throught the inner city landscape of the blues - Pas de plus beau portrait de Marvin sur scène. Jan finit par rencontrer Father, c’est-à-dire the Beast. Marvin a acheté une baraque pour ses parents à Los Angeles et Father débarque. Jan le voit descendre les escaliers avec des bigoudis dans les cheveux. Il porte une chemise moulante ouverte sur le torse - It was not a pretty sight - Il portait les sandales de sa femme. Jan sent tout de suite qu’elle ne pourra pas le schmoquer. Elle apprend qu’il porte aussi les sous-vêtements de sa femme. Il sort même dans la rue avec ses bigoudis. Il fait honte à Marvin. Jan est catégorique : «I could no longer see him as Father. I saw him as the Beast.»

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             Voilà pourquoi Marvin cherche la paix à travers la marijuana et Jan. Il le dit fort bien : «I am in love with Jan. I am in love with my new life. Let me live life outside the madness of show business. Give me peace.» En fait, Jan est arrivée dans la vie de Marvin au moment où il travaille avec Leon Ware sur un prochain album, I Want You - Marvin and Leon, who was an exceptional vocalist, producer, and writer, were musical soul mates. Leon’s lush orchestrations were perfectly suited to Marvin’s sensibilities. Adding fuel to fire was the fact that both men were deep into cocaine. The drug drove the creative work to a feverishly high level - Avec I Want You, Marvin sublime sa relation avec Jan - In «Feel All My Love Inside», il revenait aux premiers jours quand il m’a demandé de quitter la maison de ma mère pour venir à Cattaraugus so he could explore all my «treasures» and indulge in «freakish pleasures» - Tout est très sexuel sur cet album. Jan entre encore dans les détails - Dans «Feel All My Love Inside», il démarre en demandant un autre joint, il peint a picture of sweet sexual passion, stroking me «in and out... up and down... all around», because he loved to hear me «make those sounds.» In «Soon I’ll be Loving You Again», he fell into a daydream where he documented the first time he performed cunnilingus, describing how, despite past reservations, he had made up his mind to «give some head».  

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             Jan évoque aussi les bons amis de Marvin : Muhammad Ali, Ray Charles, Ike Turner et Natalie Cole. Et puis Marvin va mal tourner. Il va démarrer une petite parano et s’imaginer que Jan est attirée par d’autres mecs. Il la pousse littéralement dans leurs bras. Bêtement, elle cède et Marvin lui en veut : «You were once my angel. But now you have fallen.» Ça va très vite. Et pourtant, ils ont deux enfants.

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             Puis Marvin enregistre Here My Dear pour Anna - This is the record that the judge ordained. This is the record that our mariage made possible, the one that our divorce demanded. Here my dear. This record belongs to you, but I belong to Jan.

             Marvin n’en finit plus de réclamer son indépendance. Alors qu’il marche sur une plage d’Hawaï avec Jan, il déclare : «I declared my independance from Berry long ago. That was the point of What’s Going On. Free myself of the Motown machine. Go my own way.» Mais il est encore sur Motown.

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             La relation avec Jan va se désagréger - Marvin lost his cool. He cursed me. He threatened violence - Elle se barre. Le lendemain, il appelle pour s’excuser. On assiste à la dégradation du lien en direct. Jusqu’au divorce. Elle voit Marvin comme un mélange d’espoir et de désespoir, d’amour et de haine, il veut la guerre et la paix avec Jan, il veut qu’elle lui pardonne. La fin du book est désespérante. On voit un géant s’enfoncer dans les sables mouvants. D’autant plus vite qu’il est passé à la freebase cocaine. Comme Croz. Il tire sur la pipe - The pipe led us to utter madness - Il est à Londres et tire sur la pipe. Au téléphone, il est trop fucked up. Jan aussi. Ça la fait marrer, car elle tire elle aussi sur la pipe. Motown sort In Our Lifetime enregistré à Londres sans l’accord de Marvin. C’est là qu’il rompt avec Motown - Il jura de ne plus jamais enregistrer pour Berry Gordy - and never did.

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             Et pouf, Marvin débarque à Ostende chez Freddy Coussaert, son sauveur. Il se refait une santé grâce à Freddy qui l’accueille dans sa famille. Marvin mange bien et se couche de bonne heure. Il est content d’avoir enfin échappé à Motown and all the madness. Jan vient le rejoindre à Ostende, avec les enfants. Ils feuillettent ensemble un livre d’art consacré à James Ensor et Marvin flashe particulièrement sur l’auto-portait au chapeau fleuri. Mais l’embellie ne dure qu’un temps. Marvin a signé avec CBS qui sort Midnight Love. Il doit donc rentrer aux États-Unis pour affronter son destin.

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             Marvin : «I need to stay on the move. The devil’s on my trail. The devil can’t know my plan. No one can. I have a plan that will shock the world.» Jan précise la nature du plan : «His plan was to record a follow-up to ‘Sexual Healing’ with ‘Santified Pussy’.»

    Signé : Cazengler, Gay luron

    Jan Gaye & David Ritz. After The Dance: My Life With Marvin Gaye. HarperCollins 2015

     

     

    Young Gods of hellfire

     

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             Comme tu sais par ouï dire que les Young Gods tripotent des machines, tu joues la sécurité avant d’aller les voir sur scène. Tu testes un Best Of. Il est tout jaune et s’appelle XX Years 1985-2005. Pas mal de bonnes surprises, à commencer par

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     «Lucidogen». Tu te croirais chez Ministry. Ils ont une niaque surhumaine. Ça t’emporte la bouche. Tout sur ce Best Of est heavily tourneboulé. Beat de machines, mais glorieux. Ministryiel. Ils font du John Lee Hooker avec «Gasoline Man» et reviennent à Ministry avec un gros blast nommé «Kissing The Sun». Même chose avec «Envoyé». Tout est solide, ici, t’en as pour ton billet, pas de problème. Ces mecs explorent encore les frontières avec «Our House». Ici, les machines règnent sans partage. Ils terminent avec un beau clin d’œil à Jimbo et à Kurt Weill, «Alabama Song». Belle cover des catacombes.

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              Bon alors tyva ou tyvapas ? Tyva. Pas la même faune que d’habitude. Sur scène, t’as des colonnes de spots comme dans le ‘69 Comeback d’Elvis. Sont trois les jeunes dieux, et pas si jeunes que ça : un mec au beurre qu’on ne voit pas, car le gratteur de poux cache la vue, et de l’autre côté, un mec aux machines. Au centre, rien. Choix esthétique. Et c’est parti pour une heure d’electro-rock qui fut jadis jeune et qui ne l’est plus trop, mais le mec aux poux fait le show. Il s’appelle Franz Treichier, pas un nom facile à porter, mais bon, il a dû apprendre à faire avec à l’école. Il porte désormais les cheveux blancs taillés cours et des lunettes de vue. P’tit pépère. Comme nous. Bienvenue dans le troisième âge, electro Franz. Bientôt l’Ehpad.

             On pourrait diverger comme ça pendant des heures pour éviter d’aborder le sujet qui fâche : les choix musicaux. Toujours fait un rejet catégorique des machines. Kraftwert ? Laisse tomber. Berk ! Tout ce qui est synthé et boîtes à rythmes est interdit de séjour ici. Mais bon, comme les Young Gods étaient des chouchous de Laurent (Hello Laurent), on fait exception.

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             Laurent faisait une fixette sur les Young Gods, La Muerta et Ministry. Il avait quand même des goûts particuliers, mais on s’entendait bien sur le rockab et le garage. Chaque année, on se jurait qu’on irait voir Ministry à Paname. Pareil pour George Clinton qui passait chaque été à l’Élysée Montmartre. Mais on n’y pas allés, on avait trop de bonnes dates à droite et à gauche. Pendant des années, c’était le cirque Binic/Cosmic/Bethune Rétro/Le Havre, plus tous ces concerts parisiens qui nous mettaient littéralement sur la paille. La pompe à phynances toussait autant que la Dame aux Camélias. Dumas fils et Alfred Jarry même combat ? Va-t-en savoir.

             Et donc les voilà sur scène. Electro Franz a une bonne présence scénique. L’autre asticot derrière ses machines, on ne le calcule même pas. Mais les gens le regardent. Quand t’as un DJ sur scène, les gens le regardent, alors qu’il n’y a RIEN à voir, à part un buste derrière sa fucking bécane. On a assisté à ce cirque une fois à Douarnenez dans un festival, t’avais une DJ à la mode et la foule entière la regardait comme on regarde un groupe, sauf que là, il n’y avait RIEN à voir. C’est la situation la plus absurde qui se puisse imaginer ici-bas.

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             Tu flashes sur le deuxième cut d’Electro Franz. Tu découvriras par la suite qu’il s’appelle «Systemized». Deuxième cut de leur dernier album, alors tu rapatries ce fameux deuxième album. Le ventre mou du set est un long passage à vide avec des cuts qui n’ont pas le moindre intérêt, mais vers la fin, t’as du truc beaucoup plus stoogy. Electro Franz laisse tomber sa gratte et il fait le show avec son pied de micro, il se prend littéralement pour Alan Vega, et on peut bien dire, à son corps défendant, qu’il n’est pas ridicule. Bien au contraire. Tu flashes aisément sur «Mes Yeux De Tous» et ce vieux boogie suicidaire nommé «Gasoline Man». Encore une belle dégelée de droning avec «Blue Me Away». Sa recette marche à tous les coups. 

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             Tu retrouves bien «Systemized» sur Appear Disappear, mais ça ne produit pas du tout le même effet. Au milieu de l’electro-storm, tu te demandes ce que tu fous là. Par contre, t’as le beat des forges sur le morceau titre. T’as même du Ministry là-dedans. C’est comme s’il fallait négocier chaque fois l’écoute du cut qui arrive. Surmonter chaque fois ton rejet des machines. «Blue Me Away» passe comme une lettre à la poste, parce qu’heavy as hell. Ça bombarde à outrance. Avec «Hey Amour», ils basculent dans les Limiñanas à coups de couloirs de l’hôpital/ Par-delà le bien et le mal. C’est très condescendant. Pas très Nietzschéen. Quand t’arrives au pied d’«Intertidal», tu te poses la question suivante : t’attendais quoi ? Des miracles ? Tu sens que ce mec est paumé dans son monde et son monde n’est pas le tien. C’est le sien. Les machines te sautent dessus dans «Mes Yeux De Tous». Patacam patacam ! Par contre, tu flashes en demi-teinte sur l’heavy bassdrum de «Shine That Drone».  

    Signé : Cazengler, Young Godemiché

    Young Gods. Le 106. Rouen (76). 22 mai 2026

    Young Gods. XX Years 1985-2005. [PIAS] Recordings 2005

    Young Gods. Appear Disappear. Two Gentlemen Records 2025

     

     

    Wizards & True Stars

     - L’aisance de Clarence

     (Part Two)

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             Ne vous fiez pas à la pochette pépère de Love Me With A Feeling paru en 1982. Oui, c’est vrai, Clarence porte un chapeau de paille et une chemisette à carreaux, mais quand on écoute «Funky Fever», on crie au loup. C’est un dancing cut qui prend vite ses aises. Clarence amène ça à la pointe de la Soul et chante d’une voix foutrement

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    émotionnelle. Il fait vibrer son timbre d’airain. Il passe au blues d’heavy carnation «Love Me With A Feeling». L’ogre doux n’a plus rien à prouver, il peut attaquer un blues et l’envoyer paître au firmament de la Soul. Et ça continue en B avec «Fighting To Keep My Head Above Water», joli groove colorié et cadencé à la cartésienne, une Soul joyeuse et dansante qui force le respect. Encore un fabuleux groove de Soul, «Hold On To What You Got», et il se dirige vers la sortie avec «We Are A Good Act Together», un jerk de rêve qu’il nous chauffe à point.  

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             Déguisé en docteur, Clarence examine un squelette sur la pochette de Dr CC. Sur cet  album, il joue de tous les instruments. Ça part en mode diskö avec le morceau titre et il faut passer en B pour trouver la viande. Du funk, avec «Try Me», du solide, bien monté sur son beat, et ça continue avec «Let’s Funk». Il entre dans le funk comme un crocodile dans le marigot et louvoie à la surface - We got the boot ha ha ha - Il s’amuse comme un petit fou. Il boucle avec «Strokin’», un coup de génie - Which time of the day do you like to make love ? - Il fait les dialogues avec sa femme - How long since we made love/ Did we make love yersterday?/ Last week? Last year?/ Just remember - Et il s’élance dans un couplet hilarant - When I start making love to my woman/ I don’t stop until I know she is satisfied/ Because when she’s satisfied she starts calling my name/ Clarence Carter! Clarende Carter! Clarence Carter! Oh shit!  

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             On le retrouve assis sur des marches pour Hooked On Love, mais il ne porte pas les godasses ridicules qu’il portait sur la pochette de Loneliness And Temptation. Dès «Trying To Sleep Tonight», on retrouve le géant de la Soul. Sa puissance évoque celle de Wolf. On sent chez les deux géants un aplomb hors normes. Il prend «Can’t See Myself» à la Percy Sledge, plaintif comme ce n’est pas permis. En prime, on nous noie tout ça d’orgue d’église et le beat s’apparente au pas du brontosaure. Le coup de génie se planque en B : «I Feel It» - Last night I was making love to my woman/ And she said I feel it all over - Fantastique pièce de funk ! Clarence discute sur les transitions. On s’enivre de l’extraordinaire énergie du feel it all over. On trouve plus loin un autre slowah intense, «Let Me Be The Other Man». Encore une pièce maîtresse. 

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             Il attaque Touch Of Blues avec un diskö-funk extraordinaire, «I’m No Just Good I’m The Best». Doctor CC s’amuse bien, il chante ça au stomp de baryton, celui du mec qui a tout vécu, surtout Fame, alors pour le reste, pas de problème - I got women from the east to the west ha ha ha - Clarence rigole toujours quand il groove le funk - Makin’ love is havin’ fun - et c’est blasté au son de pro. L’autre énormité de l’album est le cut de fin, «Dance To The Blues». C’est du synthé mais Clarence le prend par les cornes - I’m gonna dance dance dance all my life... to the music - Ça devient poisseux et fameux - Keep on dancin’ - On a là un cut définitif, c’est du Clarence Carter, peu importent les effets de son, Clarence préserve l’esprit de la Soul. Il fait quelques reprises, dont un «Rock Me Baby» monté sur un groove diskö des années de vaches maigres. Clarence est gentil de se prêter à cette mascarade. Il jette aussi du son clinique sur le vieux «Stormy Monday Blues» de T. Bone, mais la moralité fait défaut. Clarence n’aurait jamais dû accepter de se fourvoyer.

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             Sur Between A Rock And A Hard Place, Clarence joue de tous les instruments. Album passionnant. Dès les premiers titres, on retrouve l’haleine chaude du géant. Toute la viande se planque en B : on retrouve la magie CC dans «Pickin’ Em Up». Il joue avec des machines et réussit à faire danser son cut. C’est gorgé de jus. S’ensuit le morceau titre qui est un balladif hors normes, de la taille d’un hit planétaire. Le dernier cut de l’album vaut lui aussi le détour : «Love Building», un groove prodigieusement dansant, bardé de Caraïbes, de percus et de petites nappes d’orgue fruitées. Il semble prêcher dans une église où on s’amuse bien.  

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             Have You Met Clarence Carter Yet ? date de 1992. Bel album. On croirait entendre les Edwin Hawkins Singers dans «I Can’t Stand It». Les chœurs éclairent la terre. Quel souffle ! À la fois glorieux et divin. C’est même relayé à coups d’accordéon. Il nous refait encore une fois le coup du grand cut final avec «How Did You Feel», une extraordinaire party de dancing r’n’b up uppy. Clarence nous emmène toujours danser en fin de disque. Il montre sa jeunesse éternelle. On flashe encore sur «Cheater», Soul de blues insistante - Are you gonna be the cheater yeah ! - Et plus loin «Let’s Get A Quickie» - So let’s get a quickie now baby/ Sure can be fine - avec des chœurs magiques à l’ancienne mode de Fame. Il passe au funk pour «Hot Dog» et revient au r’n’b joyeux comme pas deux avec «Hand Me Down Love».

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             Dernier album en date : Slippin’ Away, sorti en 2003. On y retrouve «Patches» - I was born and raised back in Alabama/ In a farm back in the woods - une pop incroyablement bonne et sérieusement violonnée. Il chante «Slip Away» à la glotte alarmiste, c’est poppy en diable, mais tellement chanté ! Même si le thème musical du cut reste ridicule, ça passe, car Clarence chante comme un démon. Les choses sérieuses se trouvent en fin d’album. «Woman Don’t You Go Astray», fantastique cut de r’n’b pulsatif, «I Got Caught Making Love», belle pièce de Soul pop avec ses montées de fièvre. Rien qu’avec ce cut, il montre qu’il reste l’un des géants du r’n’b. Il tape ensuite dans un vieux coucou du Brill, «You Don’t Have To Say You Love Me», que Dusty chérie rendit célèbre.

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             S’il faut emmener une compile sur l’île déserte, c’est de toute évidence Slip Away. The Ultimate Clarence Carter. Ace ! On y retrouve tous les hits qui font la grandeur de Clarence Carter - «Looking For A Fox», ha ha ha ! Beat magique, hit définitif, CC donne de violents coups de menton et traîne sa gosse voix comme s’il labourait ton champ. Il est accompagné par l’équipe de choc de Muscle Shoals, David Hood et Roger Hawkins en tête. Il reste le Soul Man #1 avec «The Road Of Love» et «I’m Qualified», hit universel ponctué aux nappes d’orgue - Oh I’m qualified/ Take your chance with me babe - «Too Weak To Fight», fantastique giclée de good time music, Clarence appuie son yeahtage - You’re breaking down my heart girl - «Look What I Got», Soul qui s’embobine toute seule, et la fête continue sur le disk 2 avec «Tell Daddy» et ses excès de brass motion, drivé au meilleur beat qui soit ici bas, «Funky Fever», beat vainqueur au premier round, complet avec ses clap-hands, «The Feeling Is Right», party de groove des jours heureux, enfin bref, t’as la compile exceptionnelle d’un artiste exceptionnel. 

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             Et pour les trajets en voitures, on recommande chaudement les deux compiles Kent, The Fame Singles Volume 1 1966-70 et The Fame Singles Volume 2 1970-73. Trois coups de génie pour démarrer la première, «Tell Daddy» (hit de juke hyper-dansant, le meilleur son du Sud, déboulade absolument démente de son et de cuivres, certainement l’un des plus grands hits de tous les temps), «Thread The Needle» (tapé à l’Africaine, mambo du diable capable de faire danser la terre entière, trompettes, groove de basse, tout est bon là-dessus) et bien sûr «Looking For A Fox» (hit éternel amené à la menace du grand méchant loup ha ha ha, profilé pour traverser la nuit et les siècles, persuasif, imbattable, impérieux). On tombe plus loin sur «Funky Fever» (terrifiant de maîtrise, pur jus de r’n’b-hahaha), «Back Door Santa» (groove de popotin à la Fox), «Scratchin’ It Back» (impérial), «The Feeling Is Right» (pur jus d’Atlantic joué au drive de basse pur), «You Can’t Miss What You Can’t Measure» (encore un hit de r’n’b qui éclate au grand jour).

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             Sur la deuxième compile Kent, on retrouve l’immense «Patches» (hit éternel que Clarence chante à la remontée), «Court Room» (vieux groove de baryton), «Slipped Tripped And Fell In Love» (on se croirait chez les Temptations), «Scratch My Back» (intense et même doublement intense, absolument jouissif, certainement le meilleur groove de l’univers) et «I’m The One» (pur hit de juke avec un break de flûte). On retrouve aussi le fameux «If You Can’t Beat ‘Em» qu’il chante avec Candi, sa femme. Infernal, car Clarence chante avec une voix de crocodile. Oh et puis ce monstrueux shoot de r’n’b qu’est «Back In Your Arms», du pur sous-jacent explosif. Ça continue avec «Holdin’ Out» qui monte directement au cerveau. Inutile d’aller écouter les autres, avec Clarence, on a tout. On retrouve le groove de Fox dans «Put On Your Shoes And Walk», mais un cran au dessus, plus beau et plus menaçant. Il reprend aussi le hit d’Ernie K-Doe, «Mother In Law» et en fait une merveille uni-latérale. Clarence crée de la magie à tous les coins de rues, comme on le voit encore avec «Sixty Minute Man» et dans «I’m The Midnight Special». Il n’aura chanté toute sa vie que le grand r’n’b de Muscle Shoals. Avec Midnight Special, il tape dans la démesure - That’s what they call me around town !

    Signé : Cazengler, carter alu

    Clarence Carter. Love Me With A Feeling. Big C Records 1982 

    Clarence Carter. Dr CC. Ichiban Records 1986     

    Clarence Carter. Hooked On Love. Ichiban Records 1987  

    Clarence Carter. Touch Of Blues. Ichiban Records 1988

    Clarence Carter. Between A Rock And A Hard Place.

    Clarence Carter. Have You Met Clarence Carter Yet ? Ichiban Records 1992

    Clarence Carter. Slippin’ Away. Black Cat 2003

    Clarence Carter. The Fame Singles Volume 1 1966-70. Kent Soul 2012

    Clarence Carter. The Fame Singles Volume 2 1970-73. Kent Soul 2013

    Clarence Carter. Slip Away. The Ultimate Clarence Carter. Kent Soul 2014

     

     

    *

             Longtemps que nous n’avions pas fait un petit tour chez les Mâchoires Hurlantes, c’est comme les quarantièmes rugissants mais en mieux. L’envie m’a pris ce soir, comme elle aurait pu se nicher ailleurs, oui mais le hasard n’échappe pas à une certaine logique. Fonctionne un peu comme l’aiguille d’une boussole, ça tournicote à fond, au bout d’un moment elle finit par indiquer le nord, celui qu’il ne faut pas perdre, justement ils viennent de… j’arrête, tout sera révélé dans le paragraphe suivant.

    LIVING THE DREAM

    HOWLIN’ JAWS

    (Bellevue Music / Mai 2026)

             Leur dernier album remonte à 2023. Ensuite z’ont tourné un peu partout, jusqu’aux Etats-Unis. Fin 2025, ils ne doivent pas aimer l’hiver, z’ont disparu des radars. Se sont réveillés dès que le printemps fut venu. En avril. Réveil en fanfare un 45 tours deux titres, un clip, l’annonce d’un concert au Trabendo le 18 novembre 2026, le prochain album paraîtra en octobre.

    Baptiste Léon : drums / Lucas Humbert : guitar / Djivan Abkarian : basse, vocal.

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    Living the dream : bien sûr l’on regarde le clip. Les Howlin’ ont l’art des vidéos incertaines. Faut s’attendre à tout. Détiennent la palme d’or du n’importe quoi significatif. Ça commence bien ou mal. Selon vos préférences politiques. Un drapeau rouge qui claque au vent. Voudraient-ils nous refaire 68. Ne vous agitez pas, attendez la complémentaire. C’est le vert. Ne répondez pas sans réfléchir, vous avez tout faux : c’est le green. Pour les ignares qui avaient proposé le bleu, pensez à la chanson : l’herbe qu’on voit traîner sur les golfs clairs. D’ailleurs une main dépose une balle de golf sur un tee. Attention ! accélération tragique, une golfette surgit de nulle part, montée par trois malandrins qui cartonnent à mort, à fond de train, roulent comme des madurles, en gros plan sous leurs lunettes noires, ce sont les Hawls, entre temps nous avons entraperçu un golfeur lambda, c’est-à dire riche et maladroit, pas de chance la voiturette s’arrête près de lui, les Jaws descendent et se mettent à jouer, vous accordez un bon point à Baptiste et à sa cloche de vache, ne pouvait pas trouver mieux pour un instrument à propension herbique, Djivan tient son micro avec la fougue d’un crooner qui laisse passer les violons, quant à Lucas avec sa guitare a l’air préoccupé d’un malade qui tente de déchiffrer la notice d’un médicament mortel, pour la suite, un entrecoupement de prises de vues et de séquences ultra-courtes, je laisse le scénario à votre discrétion imaginative.  Félicitons Louise  Lenepveu qui avec trois fois rien (cette expression ne désigne en rien nos trois compères complices) nous donne une œuvre champagne qui n’est pas sans évoquer les premiers films comiques du cinéma américain. Lesquels étaient muets, ce qui n’est pas évident pour un clip musical.

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    Troubled mind : bien sûr aussi un clip. Beaucoup moins farfelu que le précédent. Nos trois lascars font semblant de jouer en live leur morceau. A part le serpent blanc enroulé autour du cou de Djivan, tous deux ne se regardent même pas en chiens de faïence, le clip classique bien fait, irréprochable, mais guère original. Un avantage sur le précédent, vous accorde le privilège d’écouter le morceau. Il est d’ailleurs difficile à écouter. Non qu’il soit particulièrement rugueux ou retors. Tout au contraire. Semble même relativement simple. Structure de basse évidente : couplet, refrain. Un faux semblant. A tout moment vous avez un truc qui monopolise votre attention, presque rien, par exemple trois notes de guitares qui surviennent d’une couleur différente. Elles se démarquent, vous les remarquez. Fallait pas, vous êtes perdu, z’avez le refrain qui déboule comme trois coups de règles sur le museau, désormais vous êtes paumé brut de paume, emporté par un tourbillon ingérable, votre cerveau n’arrive pas à intégrer toutes les données qui vous sont offertes sans que vous les ayez demandées. Vous voici obligé de courir après la musique qui ne vous attend pas, c’est un peu comme si vous étiez sur le tapis magique d’Aladin, attention l’arrêt est brutal. De quoi devenir fou, ou de mourir. Ce qui est peut-être la meilleure solution.

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             Du coup on  réécoute Living the dream sans les images.  Procédé identique au précédent. Ce ne sont plus les pitreries du film qui vous accaparent mais la profusion sonore, qui vous assaille, c’est comme si une collection de reptiles entreprenaient de grimper le long de vos jambes afin de  vous enlacer, votre cerveau ne sait plus sur quelle de ces ravissantes bestioles,  fixer son attention, pour moi, il en est une, la basse de Djivan est-elle vraiment la fautive, je soupçonne aussi fortement la guitare de Lucas, une pensée se glisse dans ma pauvre tête, je me dis que ces deux cordages avec leur sonorité trompeuse de trompe jouent le rôle des trompettes dans les sections cuivriques des groupes de rhythm and blues. Je vous en prie n’agitez pas la croix rouge des ambulances qui me conduisent à l’asile. Je ne suis pas fou, juste une crise de synesthésie sonore provoquée par nos musiciens de Brême verdoyante. Redescendons sur notre terre. Gazonnée. Toutefois. Abordons les choses qui fâchent : les problèmes sociaux. Les riches sont-ils vraiment heureux ? Ne leur manque-t-il pas quelque chose : l’essentiel ! Ce qui est certain, c’est qu’avec la richesse musicale, d’obédience britannique, que les Howlin’ Jaws nous déversent dans les oreilles, nous sommes à la tête d’une immense fortune.

    Damie Chad.

     

    *

    Au début j’ai rigolé. A private joke, de chroniqueur. Quand j’ai aperçu la couve, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à la pochette de Owl Over Oaks, voir la livraison 738, celle-ci encore pire que le hibou solitaire perché sur la branche d’un arbre dans un cimetière, dans la série funeral doom à toutes deux elles formeraient un magnifique diptyque. J’aime les diptyques et encore plus les triptyques, il me plaît parfois à songer que je descends du peintre Matthias Grünewald  auteur du fameux retable d’Issenheim, bien sûr je ne possède aucune preuve de cette filiation fantaisiste aucunement attestée, si ce n’est le nom d’une branche maternelle familiale… Bref je me suis attardé quelque peu sur cette belle illustration… C’est alors que j’ai commencé à rire jaune.  Le problème c’est qu’au bout d’un moment je n’ai plus ri du tout.

    LAMENTATIONS OF THE DESOLATE

    ABYSSAL LITURGY

    (Bandcamp – Mai 2026)

             Intuitivement j’ai pensé que c’était un groupe européen. A tort. Un coup d’œil sur bandcamp j’ai vu qu’ils provenaient de Venus, ne se mouchent pas avec la manche, ai-je bougonné dans l’absence de ma barbe mais tout de suite après j’ai appris que Venus était une charmante bourgade, moins de quatre mille âmes, du Texas. Des amerloques, pas du tout, un amerloque, un seul… Un homme à tout faire : Greg Ritchey qui s’adjuge de lui-même le titre impérial et impérieux de compositeur.

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    Portrait de Friedrich par Gerhard von Kügulen

             Pour la couve vous ne ferez jamais plus romantique allemand qu’en employant une œuvre de Caspar David Friedrich (1774-1840). Le peintre était pénétré de foi chrétienne, mais très vite l’interprétation de son œuvre n’a pas correspondu à sa cette vision, l’homme moderne ne se sent pas minuscule face à la grandeur sublime et écrasante de la nature, il se confronte à elle, il esquisse le rêve et la prétention de l’égaler, voire de la surpasser. En d’autres termes de surpasser Dieu, le Créateur de la Nature. Voir le conte  Le Domaine d’Arnheim d’Edgar Poe. Goethe, pensez à son Traité des Couleurs, a tenu à rendre visite à Friedrich. L’on ne saurait parler de Friedrich sans citer la tentative prométhéenne d’Hölderlin isolé en sa folie. Notons que Friedrich céda lui aussi à certains délires mentaux.

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    Le Domaine d'Arheim selon Magritte

             Friedrich exposa son tableau L’Abbaye dans la Chênaie. L’original si j’en juge par les vues sur le Net paraît très sombre. L’image sur Bandcamp permet d’apercevoir la scène du premier plan, généralement totalement noyée dans l’ombre d’un vernis, nous supposons vieillissant, sur la plupart des reproductions visibles sur le réseau.  

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             En 1806, après la victoire de Napoléon sur les forces prussiennes à Iéna les troupes françaises occupent l’Allemagne et choisissent de s’installer dans les églises et autres bâtiments religieux… à l’époque le succès du tableau auprès du public n’est pas  dépourvu d’aspects politiques… Toutefois  l’écume de l’historicité ne doit pas nous faire oublier l’intention première de Friedrich. Le vitrail béant de cette abbaye réduite à un seul pan de mur, la dizaine de personnes s’apprêtant à ensevelir le cercueil  dans la terre gelée, sont là pour nous rappeler que tout passe, que rien des œuvres des hommes et des hommes eux-mêmes ne subsiste… pour mieux célébrer la grandeur de Dieu, le protestantisme se complaît, avec une certaine délectation morose et masochiste, à insister sur le néant de l’hominitude…

             Première fois que je rencontre un artiste metal qui tend à expliciter sa démarche avec tant de soin. Abyssal Liturgy ne s’attarde guère sur les conditions d’enregistrement de son opus, par contre il l’accompagne, le fait précéder en quelque sorte, par un Manifeste. Que l’on pourrait qualifier de philosophique. Tout en gardant à l’esprit que la voie religieuse et la voie philosophique ne se recoupent pas.

             En premier lieu Greg Ritchey pose l’Un, le seul, l’Unique. Il ne dit pas Dieu. Car qui pourrait se targuer de connaître Dieu.  Car l’Un n’est-il pas tout ce qui existe en dehors de lui. L’on ne peut connaître Dieu que selon sa négativité, selon ce qu’il n’est pas. C’est ce que l’on appelle la théologie négative. L’Un ne nous parle pas, c’est à l’individu de s’apercevoir de sa présence. Il n’en saura jamais plus.

             L’on peut peut-être rattacher ce mode de pensée à la pensée grecque, de Plotin voire de Platon, toutefois cette manière d’entrevoir Dieu qui naît au moment où l’unité ‘’universelle’’ de l’Eglise catholique se trouve confrontée à la Réforme protestante ne pourrait-elle pas s’expliquer autrement. S’il n’existe qu’un seul Dieu pourquoi deux idéologies religieuses qui s’affrontent durement, n’oublions pas : les guerres de religion furent sanglantes… Dieu existe-il encore ? Cette scission ne serait-elle pas le signe de la mort de Dieu ? La seule manière de sauver Dieu, selon les esprits inquiets, ne serait-ce pas de déclarer que Dieu n’est pas. Qu’il n’est pas de ce monde dont il est la négation. Dieu est la négativité de toute affirmation. Ne pas dire Dieu est, dire Dieu n’est pas. La théologie négative est une manière pour les esprits croyants des deux religions de contrer l’insidieuse montée de l’athéisme générée par la redécouverte de la littérature gréco-latine.

             Seul le silence permet d’accéder à Dieu. Ce genre de phrase reste sujet à controverse. La proférer vous rapproche du bûcher inquisitorial. Elle entre en contradiction avec le message  christique, le Christ n’est-il pas venu pour nous sauver…

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             L’on s’attendrait à ce que le Manifeste fasse appel à des mystiques chrétiens reconnus comme Ange Silesius (1624 – 1677), il n’en est rien, la seule personne sur laquelle Ritchey s’attarde est une poétesse américaine du dix-neuvième siècle : Emily Dickinson (1830 -1886) qui vécut pratiquement toute sa vie recluse  dans sa chambre en la maison familiale.

             Enfermée dans une solitude obstinée, Emily Dickinson se demande si la souffrance des êtres humains confrontés à la viduité de Dieu est égale ou inférieure à la sienne. Cette question n’ouvre-t-elle pas une brèche dans la viduité absolue de Dieu, si d’autres souffrent autant ou moins qu’elle n’est-ce pas la preuve que le cheminement de certains qui sont enfermés dans une interrogation incessante quant à la négative absence de Dieu, se tiennent à différentes distances de ce néant divin. Ceux qui souffrent le moins sont des esprits les moins avancés en cette approche, en cette plongée dans la négativité divine.

             C’est le moment de s’interroger sur la signification du titre de l’album. Nous laissons pour le moment le sens de ‘’ lamentations’’. Si ‘’solus’’ signifie ‘’ seul’’ le préfixe ‘’de’’ induit l’idée de rendre encore plus seul. Faut-il en déduire que l’on est davantage seul parce que nous sommes au plus près ou au plus loin de la solitude du Dieu négatif. Selon le cas que vous choisirez vous en déduirez que le mot ‘’lamentations’’  sera connoté positivement ou négativement.

             Le paragraphe précédent procède de mes élucubrations personnelles. Suite à une écoute attentive de l’opus.

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    Apophasis : le terme apophasis définit cette manière de penser Dieu en tant que négativité, en tant qu’inconnaissance, voir les Notes d’Inconnaissance de Joë Bousquet (1897 – 1950) : comment faire pour exprimer le silence de la négativité divine lorsque l’on est musicien, vous pouvez vous livrer aux facéties de John Cage dans ses 4’33’’ de silence, durant lesquelles certes vous n’entendez aucune note de musique, mais dans lesquelles sont enregistrées les bruissements de la salle qui ‘’écoute’’ le musicien qui ne joue aucune note sur son piano. Tricher c’est encore jouer a-t-on envie de dire. Greg Ritchey ne triche pas, il a composé son morceau de musique et vous avez tout le loisir de l’entendre. Il commence par vous asséner un mur de bruit, c’est autre chose que le ce wall of sound de Phil Spector que les rockers adorent. Ce bruit n’a rien d’une tonitruance, encore moins d’un murmure, à l’intérieur vous avez même un piano, l’est-là pour établir une certaine continuité, car le fracas répétitif dans lequel le piano se fraie un chemin - imaginez un professeur chahuté à mort par ses élèves qui continue malgré tout son cours inutile - des tombereaux de fracas, disons des bruits de cymbales, qui n’ont pour but que de vous empêcher d’ouïr le bruit qu’elles produisent par leur aspect répétitif qui vous ramène toujours au début de ce que vous voudriez entendre in extenso un peu comme un disque rayé qui vous empêche de prendre votre plaisir à l’écoute d’un morceau qui ne commencera jamais vraiment. Toutefois  miracle : le bruit s’estompe, ou plutôt se met à orchestrer le pianiste, à lui manifester obédience et respect, mais vous êtes obligé de reconnaître que ce n’est que partie remise, que le morceau que vous tentez de suivre ne démarre pas, qu’il reste sur place, qu’il ne se soucie guère de vous, que votre oreille toque à sa porte en vain, un truc à vous rendre toc-toc, il y a de quoi, c’est crispant, c’est rageant, ce morceau qui n’a jamais débuté vous offre un long finale, une espèce d’agonie sonore sans fin. Quand la dernière note retentit, z’avez l’impression d’être gros jean comme devant une porte close, qui a décidé de ne pas s’ouvrir, pour la simple raison qu’elle ne possède aucune poignée. Endless and formless : Whoua ! que sont ces chœurs, seraient-ce les anges qui vous auraient ouvert les portes du paradis. Ne rêvez pas. Dites-vous que ce que vous entendez n’est pas un magnifique Te Deum à la gloire de Dieu qui n’existe pas, c’est votre âme qui chante, qui s’interroge, qui sanglote peut-être, vous vous posez des questions, si le Dieu se fout de vous comme de sa première chaussette qu’il n’a jamais

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    eu, certes le seul silence est grand a dit Alfred de Vigny, justement en parlant de Dieu, d’ailleurs ce ricanement, est-ce le vôtre ou celui de votre crâne après votre mort, si Dieu n’existe pas, est-ce que la mort et la vie existent vraiment, ne seraient-elles que des illusions, des inutilités adjacentes sans intérêt, peut-être simplement le reflet de la négation divine, un violon paisible perce la partition et votre cœur, serait-ce le chant nuptial du Dieu qui s’auto-engendre dans sa propre autodestruction, ce qui est sûr c’est que ce Dieu qui n’existe pas s’adjuge, l’on ne sait pas trop comment toute la place dans ce morceau qui tend vers l’infini, mais comme l’infini n’existe pas il finit par se taire. CQFD, ce qu’il fallait démontrer. Ce qu’il fallait Dieu. The infinite decay of the desolate of the Abyssiverse : magnifique composition pianistique, le piano joue tout seul comme s’il était mené par une intelligence artificielle, comme si les hommes n’existaient pas, et peut-être comme si Dieu n’existait pas, qu’il aurait laissé à sa place un jouet mécanique pour nous tenir le crachoir, un automate vachement au point car bientôt se déclenche un accompagnement orchestral symphonique, vous auriez presque envie de pleurer, tout est donc terminé, non vous souffle Dieu dans le creux de votre oreille, mais ne serait-ce pas simplement, stupidement, vous qui vous parlez à vous-même, Dieu n’est-il pas mort, mais cette mort n’est-elle pas immortelle en elle-même, une voix s’élève ce  n’est pas un ange mais peut-être le poème d’Emile Dickinson, la mort n’est-elle pas une profondeur sans fin, un abîme sans fond, qui ne touche jamais le fond, qui ne parvient jamais au fond de lui-même, une espèce d’éternel retour de la mort qui revient sans cesse, une spirale qui progresse dans l’immensité d’une infinie et interminable inexistence, d’ailleurs pour vous aider à comprendre voici une image sonore, des espèces de clignotements bruités qui foncent dans l’espace d’en bas comme un dans un film de science-fiction un vaisseau spatial qui aurait dépassé les limites de l’univers qui continuerait malgré tout son exploration au-delà de l’au-delà… Dieu serait-il l’utopique entropie infinie… Lamentation of the desolate : que voulez-vous ajouter de plus à ces trois morceaux, tout ou n’importe quoi ne seraient qu’insipides billevesées. Nous laissons Dieu continuer à creuser sa propre tombe, retour à l’Homme. Pas aux pauvres vivants qui s’obstinent à vire dans un monde incertain. Nous quittons Dieu mais nous ne quittons pas la négativité, cette fois celle des hommes, ceux qui n’ont pas atteint la sagesse, la compréhension ultime qu’il faut imaginer comme une douce sérénité, une savoureuse sérénité à s’être approprié l’essence négative de Dieu, non à ceux qui sont morts bêtement, bestialement, dans leur ignorance. Eux aussi s’enfoncent dans leur négativité mais ressentie comme une douleur et non comme un accomplissement. Les trois premiers morceaux font références au plan supérieur du tableau de Friedrich. Les ruines, les arbres faméliques, qui quelque part désignent malgré tout, envers et contre tout, le ciel et Dieu, sa grandeur négative, relative peut-être diront certains, mais sa grandeur tout de même, nous voici dans le bas du tableau, le cercueil, l’enterrement, la petitesse de l’homme dont la négativité s’avère en quelque sorte négative alors que celle de Dieu est sa réelle plénitude, son implénitude, le morceau est magnifique, une longue suite orchestrale dédiée à ses âmes isolées qui ne trouvent aucun repos dans la mort comme ils n’ont trouvé aucun repos dans leur existence. Dieu est l’Un, l’homme est morcelé. A murder of crows keeping watch and the graves on the fallen : cris de corbeaux. Si les Anges sont morts avec Dieu, les corbeaux restent vivants avec les hommes. Les corbeaux mangent les charognes humaines, ils gobent leurs yeux, ils sont des figures prophétiques de la mort, des intercesseurs du morcellement, de notre dissolution atomique dans la carbonisation de la mort… sont comme la chouette de Owl Over Oaks sur la branche du cimetière,  des sentinelles qui veillent sur les tombes, preuve que si nous sommes morts, nous ne sommes pas apaisés, que nous âmes geignent et gémissent… mais que signifient-ils ces oiseaux d’ombre noire d’outre-tombe, que nous sommes éternellement morts depuis la nuit des temps, depuis la mort de Dieu, que nous n’avons jamais été puisque seule la mort est, nos âmes seraient-elles des âmes perpétuellement en détresse… que sont-elles ces sombres effigies corbiques et symboliques de la mort du Dieu… le morceau qui débute comme une suite orchestrale se fissure lentement en bruits divers et incertains… sur la fin l’on entend, incessant retour, le croassement des corbeaux.  Si familiers. Nos frères de chair et de sang. Oiseaux de malheur, nous qui sommes le malheur. Puisque nous nous ne sommes pas vraiment morts de la bonne mort, ne serions-nous pas un peu vivants, réduits à l’état de volatiles, corbeaux échappés des rivages plutoniens dirait Edgar Poe, qui s’en viennent cogner à l’huis de notre psyché dévastée…

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    Illustration du Corbeau : Edouard Manet

             Ces Lamentations of the Desolate s’avère être une œuvre totale, un phare noir chargé d’éclaircir les pénombres des nuits les plus sombres. Une œuvre dense et difficile. Qui vous perd dans un labyrinthe sans mur, sans galerie, san rien autour, sans rien à l’intérieur, sans rien à l’extérieur, qui se tient en deçà et au-delà de lui-même, en deçà et au-delà du nihilisme.

             Un pur chef-d’œuvre.

    Damie Chad.

     Pour ceux qui voudraient quelques lueurs complémentaires, il nous semble que la lecture d’Eureka d’Edgar Alan Poe s’impose.

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    Eureka + Aristote + Emerson

    Dans les longs commentaires disponibles sur Bandcamp, lorsqu’il aborde le quatrième morceau, Greg Gritchey fait une courte allusion à Orion, nous nous permettons de renvoyer dans notre livraison 739 à notre notule finale par laquelle nous mettons aussi en relation le premier opus d’Ayd  avec Orion… Soyez comme Lamartine, plongez-vous dans vos Méditations…

     

    *

             Je ne sais pas ce que c’est. J’ai trouvé la chose sur Bandcamp. Au début j’ai cru que c’était mexicain. Mais non, ça provient de Barranquilla, quatrième grande ville de Colombie. Un pays violent. Au début j’ai pensé à un opus politique. C’est pour cela que j’ai choisi de le chroniquer. Le Metal, sous toutes ses formes, porte souvent un regard critique sur la marche et le fonctionnement de notre société. Mais les groupes prennent garde à ne pas s’immiscer dans des problématiques précises et actuelles…

    BENEATH THE RUINS LIE THE LIFELESS

    DRAGGED INTO OBLITERATION

    (Studio : Putrid Phlegm Studio / 19 -04 -2026)

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             La pochette n’est guère rassurante, un homme armé dans une chambre miteuse, debout à la fenêtre, caché par les stores, modèle des années soixante, qui est-ce, un militaire, un paramilitaire, un résistant, un militant qui fait le coup de feu, un tueur, un assassin, aucun détail précis qui permettrait de supputer le rôle qu’il endosse, pour indice nous n’avons que la traduction du titre de l’EP : Sous les ruines gisent les sans-vie, et celle du groupe : Traîné dans l’anéantissement. Faut-il mettre le participe passé au pluriel, le traduire par exemple par : Plongés dans l’anéantissement, change quelque peu la donne. 

             Mais en regardant de plus près l’on discerne, du moins mes yeux fatigués, un corps rivé au lit, vraisemblablement une femme, ne penser ni à Eros ni à Thanatos mais à meurtre et à cadavre… L’assassin guette à la fenêtre… L’aspect politique se précise. Tout le monde a entendu parler des escadrons de la mort de sinistre réputation...

             Nous avons utilisé le terme de ‘’groupe’’, tout porte à croire qu’un homme seul s’est chargé de l’écriture, de l’enregistrement, du mixage, du mastering et de la production visuelle de cet opus.

             Le label suisse Leçons de Ténèbres ainsi que Concrete Tomb Prods doivent se charger de la diffusion. Notons que l’expression Leçons des Ténèbres qui semble avoir été inventée par et pour les amateurs de Death Metal désigne à l’origine des compositions musicales dédiées aux messes de la semaine sainte. Elles doivent exprimer la déréliction du Christ abandonné par ses disciples endormis à la suite de la Cène. Les plus célèbres et remarquables Leçons des Ténèbres ont été composées en 1714 par François Couperin né en 1668 décédé 1733. Il fut un maître du baroque. Perso, j’aime à rappeler que nous préférons le hot rock !

             Si de prime abord j’ai pensé à groupe mexicain, c’est évidemment parce que  j’avais en mémoire les récentes révélations des exactions et des crimes  perpétrées, avec les yeux fermés de la police, par les gangs mexicains. En Colombie, le pays a été pendant des décennies déchiré par une guerre civile, je ne sais si récemment et particulièrement ces dernières semaines se sont déroulés des évènements tout aussi ignobles et monstrueux, mais la Colombie a tellement connu de crimes et d’assassinats que la colère des survivants n’a besoin d’aucune piqûre de rappel pour répondre à son devoir de mémoire…

    Echoes trapped in flesh : crissement insupportable, une espèce de rouleau compresseur en marche, gargouillements, un semblant de mélodie noisique, par-dessus ou par-dessous, une parole sans mot qui s’élève dans le corps en agonie, quelque chose, une volonté irrémissible de dire ce qui n’a pas été dit, pas vraiment dire mais tenter d’exprimer, respiration enfiévrée, déjà ne plus être soi, se diluer dans l’espace de la chambre close, une odeur putréfiée qui s’exhale de la chair… reste une présence attachée à la chair… Ashen weight : des bruits lointains, des voix incompréhensibles, une radio bourdonnante, est-ce le monde qui s’éloigne, bruit, concassage, des mains me prennent, m’attirent, me jettent à terre, je me débats, contre l’ouragan de la mort qui déferle sur moi, de plus en plus prenante, elles s’obstinent, je rugis à l’intérieur de moi, ai-je encore la force de lutter, ne suis-je pas en train de m’asphyxier, de râler de gargouiller, une mouche s’obstine contre la vitre de mon gosier, elle reprend des forces tente de forcer le passage frappe de tête dans la glue de la toile de l’impuissance, je rugis comme un tigre vaincu qui ne veut pas admettre sa défaite, la dernière image valorisante que je me donne de moi à moi-même, alors que je sais que jamais je ne parviendrai à m’échapper de cette pression insupportable, de ces mains qui me plaquent sur la mort, qui se colle à moi, comme la dernière épousée, qui se confond au cadavre auquel je suis en train de m’assimiler. Drowned in Tar : des pelleteuses qui creusent, qui entassent la terre, qui tassent la terre, dessous c’est la fin, le temps passe, quelques secondes, une éternité, des jours, des années, menu identique pour tout le monde, le mort lâche prise, désormais tout lui est égal, tout lui est indifférent, c’est peut-être cela le nihilisme, le blizzard froid de l’indifférence à laquelle l’on ne fait plus attention, à rien, à sa propre disparition… Outro : l’on se croirait dans un hall de gare, vraisemblablement dans une réunion publique, depuis l’estrade une voix incompréhensible portée par le micro se perd dans ses propres échos, d’autres voix noyée dans le brouhaha de l’orateur, sans doute une femme, il y a aussi des hommes qui discutent, sortie nous dit le titre, la mort n’est pas sortie de la tombe, peut-être le charnier, la fosse commune a-t-elle été ouverte, la photo d’un homme qui porte un masque à gaz sur le visage, elle a remplacé celle du tireur dans la chambre, évoque-t-elle ces scènes d’exhumation, ce qui est sûr c’est que les morts sont sortis non pas parce l’on extrait leurs cadavres de la fosse, mais parce qu’ils ne sont plus oubliés, parce que symboliquement ils reprennent leur place parmi les vivants, dans la mémoire vive des vivants…

             Horrortario funèbre.

    Damie Chad.