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  • CHRONIQUES DE POURPRE 741: KR'TNT ! 741 : HEARTBREAKERS / PIL / FLESHTONES / ROCKINGBIRDS / MAN OF MOON / SEVERED SOUL / AUTOMATON / S. G. GOODMAN

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 741

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    18 / 06 / 2026

     

     HEARTBREAKERS / PIL / FLESHTONES

    ROCKINGBIRDS / MAN OF MOON

       SEVERED SOUL / AUTOMATON

    S.G. GOODMAN

     

     

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    The One-offs

     - Heart(breakers) attack

     

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             La boutique n’était pas très grande. Dès qu’on y passait un peu de musique, elle fonctionnait comme une caisse de résonance. Bah-boom bah-boom ! Un jour de 1977, il s’y déroula un épisode assez drôle. Ils venaient de recevoir le premier maxi des Heartbreakers, «Chinese Rocks/Born To Lose», paru sur Track, et manifestement, le p’tit vendeur adorait l’écouter très fort. On ne pouvait pas se parler dans le bouclard, tellement ça jouait fort. Le boss commençait à s’énerver :

             — Pourrais-tu baisser un peu, on ne s’entend plus !

             Au lieu de baisser, le p’tit vendeur montait le son. 

             Born to lose/ baby I’m born to lose ! C’est vrai que ça sonnait comme la Marseillaise des punks. Putain d’hymne !

             — T’as pas entendu ce que je t’ai dit ? Baisse le son !

             Et le p’tit vendeur montait encore le son, avec un drôle de sourire en coin. Il avait un faux air de p’tit corbeau pince sans rire.

             Born to lose/ baby I’m born to lose !

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             Forcément, les mecs qui étaient là achetaient le maxi. Le son entrait en nous par tous les pores de la peau. C’était vraiment la meilleure façon de vendre ce maxi extraordinaire. On est tombé dingue de Born To Lose à l’époque, au point de le chanter chaque matin en allant au boulot. On s’identifiait totalement à cette apologie de la perdition. Elle cristallisait tout le mal-être qu’on avait accumulé pendant l’adolescence. Chanter ça à gorge déployée était à la fois une adhésion et une libération. On évacuait en chantant. Et en même temps, on se savait cuit aux patates. Baisé. Alors autant chanter, ça sert à rien de pleurnicher.

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             Et quand les Heartbreakers sont venus jouer au Bataclan cette année-là, on y est allés en bande, comme on le faisait tous à l’époque. Jean-Jean, la Bloque, tous ces mecs étaient là. On a réussi à se mettre devant et quand les Heartbreakers sont arrivés sur scène, tu ravalais ta salive, car t’avais sous le yeux le meilleur groupe de rock du monde, avec un Walter Lure beau comme un dieu, en chemise à pois et qui grattait sa Gibson, un Johnny Thunders hyper mobile et encore plus flamboyant, et derrière, Billy Rath avec son bandeau blanc taché de sang sur le bras, et Terry Chimes derrière les fûts. Et boom, tu l’avais en vrai, «All By Myself» et plus loin, dans le milieu du set, ils claquaient l’hymne international par excellence, «Born To Lose», the city’s so cold/ And I’m/ I’m so sold, t’entrais dans une sorte de moment d’éternité. Les Heartbreakers sont devenus ce soir-là le tenant et l’aboutissant du rock. Tu ne pouvais pas imaginer un seul instant un groupe plus parfait que les Heartbreakers, même pas les Stones qui semblaient complètement dépassés. Les Heartbreakers reprenaient tout à zéro avec douze chansons parfaites.

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             La Seine a coulé sous le Pont Mirabeau, et bien des années plus tard, lorsque Marc Z nous recevait chez lui pour les interviews, nous eûmes bien sûr l’occasion d’évoquer le concert des Heartbreakers au Bataclan, puisqu’il en fut l’organisateur. Lorsque je lui dis que ce concert fut le plus beau concert de ma vie, il me répondit :

             — Tu n’es pas le premier à me dire ça.

             — Et pour toi, c’est aussi ton meilleur concert ?

             — Oh, je ne pourrais pas te dire. J’étais trop défoncé.

             Magnifique ! Il l’a vécu comme il fallait le vivre. In a haze.

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             Quand on a monté les Nuts, dans les années 90, c’était essentiellement pour jouer des covers de Saints. Mais pendant dix ans, on a démarré les répètes avec «Born To Lose», car c’est à ce cut et à ce groupe qu’on s’identifiait le mieux. «Born To Lose» était le cut d’intro idéal. Mais on se goinfrait aussi de «Chinese Rock», ce cut de génie composé par Dee Dee Ramone. Un autre hymne. On aurait pu aussi reprendre «Pirate Love» dont le break de basse est un modèle du genre, d’une effarante simplicité, mais quel effet ! Rien de plus rock que «Pirate Love». L’album L.A.M.F était à l’image du groupe, un album parfait. On a eu deux albums parfaits à l’époque, L.A.M.F et Nevermind The Bollocks, qui furent tous les deux des one-shots. Un album, et la messe est dite. Inutile d’en rajouter.

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             Lorsque l’humeur est morose et l’envie de vivre au plus bas, on ressort de l’étagère le maxi Track acheté au p’tit corbeau. Écoute-le quand ça va très mal, tu verras, rien de tel pour te remonter le moral. Born to lose/ baby I’m born to lose !

    Signé : Cazengler, Heartbreaked 

    Heartbreakers. Chinese Rocks/Born To Lose. Track Records 1977

     

     

    Wizards & True Stars

    - Public Image Illimited

    (Pat Four)

     

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             Le dernier PIL s’appelle End Of World et date de 2023. Si on ne l’a pas écouté avant, c’est parce qu’on redoutait la déception. Alors comme on vient de réserver la place au Trianon, on prend les devants. Sait-on jamais. L’album est peut-être bon. Dès

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    le «Penge» d’ouverture de bal, t’as LE chanteur. Welcome to Penge. Les cuts sont chargés de son, on retrouve le John Lydon des débuts. Il retrouve son sens de l’exaspération. Il chante tout à l’exaspérette d’Espolette. Il replonge même dans le diskö-punk des débuts. Son «Wall» est monté sur un groove de basse. John Lydon écrit des textes à rallonges. Il claque ses syllabes dans «Pretty Awful», ses nick-nacks et desbric-bracs, il roule ses r et claque sa langue. Il rocke le trick yakety-Tack de «The Do That» et veille à rester dans l’esthétique d’heavy groove de PIL. Et puis voilà le coup de génie qui te réconcilie avec ce grand artiste : «North West Passage». Il rallume enfin sa flamme, il roule bien les r de gotta think this one overrrrrr, c’est l’heavy dub, il allume à coups de barely a future, il retrouve la veine de Metal Box - Could have been a dangerous life/ Could be the end of my life - Et là, franchement t’as hâte de le voir sur scène. Il fait de fabuleux adieux avec «Hawaii» - Remember me/ I remember you - T’as ce mec dans la peau. 

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             Bon, c’est vrai, on salue couramment des géants, sur ce bloggy bloggah, mais cette fois, on va saluer le plus grand de tous les géants : John Lydon. Il est le dernier de tous les grands survivants, avec Bob Dylan, Kid Congo, Peter Perrett, John Cale, Billy Childish, Tav Falco, Beat-Man et quelques autres. Si on devait résumer le rock anglais en deux mots, ce serait Beatles et Pistols. Chaque fois qu’on glisse cette formule dans une conversation, t’as toujours un gros malin qui veut rajouter les Stones, et t’es obligé de lui répondre un truc du genre : «Sans les Beatles t’as pas les Stones.» Ni Sabbath, ni les Pretties, ni rien. Les Beatles sont le premier grand groupe working class de l’histoire du rock et les Pistols sont les suivants.

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             Et puis voilà qu’il arrive. T’en reviens pas de voir John Lydon en chair et en os. Haut et fort, il porte un costard clair mal fagoté, et paf, droit sur l’heavy beat d’«Home», ça ta plombe un cortex, et tu le vois, le Johnny, sortir de ses gonds, il swingue ses gestes mécaniques, il pulse au coin du beat, il devient tout de suite fantastique, c’est Ubu Roi, pire encore, t’as le golem qui déboule en ville, ça déclenche une phase d’hyper-conscience, il laboure ton champ, tu germes, tu te transformes en fascination à deux pattes, John Lydon c’est un bullet in the brain, the kiss of death, tu cherches tes mots français, mais ce sont des mots anglais qui viennent, et alors que tu perds en conjectures, voilà que surgit du passé un vieil hymne, «This Is Not A Love Song», il n’a plus sa voix d’arsouille, mais une voix de géant mythique, une voix d’immense performer et il nous fait la grâce de tartiner une version incroyablement lancinante de «Poptones», wow, il la fait durer comme on fait durer le plaisir, et un peu plus loin, une bombe tombe sur le Trianon, une version atomique du vieux «Death Disco», alors si t’as une âme, tu la recommandes à Dieu, et si t’en as pas, c’est plus simple, tu cours nager dans le fleuve de lave, car le Krakatoa Public Image est entré en éruption. Schhhoufffff ! Diable comme Lu Edmonds gratte bien ses poux dans son coin, et diable comme la section rythmique est invincible ! On voit ce mec là-bas battre son beurre avec gourmandise. Il s’appelle Mark Roberts. Il bat à l’anglaise. Heavy on the beat. Le choix des cuts est une sorte de glorification du génie d’Ubu Roi. On réalise soudain que John Lydon a autant d’hits qu’au temps des Pistols et qu’il n’a pas besoin d’aller retremper son biscuit dans cette vielle histoire. Il laisse ça aux autres rats d’égout. Lu Edmonds sort le bouzouki pour «Flowers of Romance» et Ubu Roi entre en transe, ça frise le soufi, cette histoire. Rien de plus infectueux que cette rengaine qui date de quarante ans. Ubu finit par tomber la veste. Il offre sa cravate à un fan. Il conseille aussi aux gens de ranger leurs fucking smartphones. Enjoy the show...

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             Il propose un break de trois minutes le temps de fumer sa clope et il redémarre avec une nouvelle bombe atomique : «Public Image». Tempête au Cap Trianon. Tu sens le sol onduler sous tes pieds. Ce hit n’a jamais pris une ride. Il le chante à outrance, il développe une puissance considérable, il balaye tout sur son passage, Ubu Roi règne sans partage, c’est la plus belle des apocalypses, et il gueule son Public Image à la cantonade, et Lu Edmonds y gratte les poux du diable, eh oui, rien ne peut résister à «Public Image». Et ça va encore monter d’un cran avec le terrific «Rise», et cette mélodie chant qui colle au papier, et ces chœurs de lads qui te foutent des frissons, c’est l’hymne d’Angleterre - I could be wrong/ I could be rise - Et ce festin de Roi se termine avec l’apothéose d’«Annalisa», rotten-garage-punk-metal. Il le bouffe tout cru et

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    derrière ça pouette à la rythmique, il atteint le sommet du lard fumant, il s’hisse là-haut sur la montagne, en cinq minutes il bâtit sa cathédrale d’«Attack» et passe à son we Chant/ Yes we Chant, il roule deux fois plus d’R, il n’a jamais été aussi punk, aussi rentre-dedans, aussi pousse-toi-de-là, il demande more guitars, alors Lu-le-fou lui gratte more guitars, il demande more drums, alors Mark Roberts lui bat more drums, puis Ubu Roi demande more beiss, alors ce démon de Scotty passe en mode dub et tu sens les infra-basses remonter par les jambes du pantalon.

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             Comme Bernadette Soubirou, tu pourras dire que t’as connu l’extase mystique. 

    Signé : Cazengler, Public Damage

    PIL. Le Trianon. Paris XVIIIe. 4 juin 2026

    PIL. End Of World. PIL Official 2023

     

     

    L’avenir du rock

    - Les Flestones grimpent en flèche

    (Part Two)

             Dès qu’il est question de Flesh, on pense bien sûr aux montagnes du Colorado, aux Crows et à Jeremiah Johnson. Or, l’avenir du rock est coincé dans le désert et ça le fout en rogne. Il aurait préféré mille fois partager un lapin rôti avec Jeremiah sous les Flesh de Crows. Et le voilà sous le soleil exactement, avec personne à l’horizon, que dalle, et t’as même pas une Flesh qui vole, alors ça va être compliqué d’amener les Fleshtones. Ah comme la vie peut être mal branlée ! Mais comme le dit si bien ce proverbe idiot, il faut faire contre mauvaise fortune bon cœur. Tu parles ! L’avenir du rock déteste ce genre de pommade qu’on applique sur une jambe de bois. S’il faut en baver, alors bavons-en ! Se voiler la face ? Laisser pisser le mérinos ? L’avenir du rock explose de rire. Jamais de la vie ! Fuck it ! Plus il est contrarié, plus il explose de rire. C’est comme une allergie à la connerie, ça lui donne de l’urticaire. Pas de Flesh, donc pas de Fleshtones ? Non mais tu rigoles ? L’avenir du rock n’est pas du genre à se résigner. Ça sera les Fleshtones, avec ou sans Flesh ! Et le premier qui arrive et qui lui dit que ça n’a pas de sens et qu’on ne peut pas amener les Fleshtones sans Flesh, il prendra sa main dans la gueule. Bon mais pour l’instant, il n’y a personne. Pas grave ! L’avenir du rock a plus d’un tour dans son sac. Il faut toujours affronter son destin. T’as pas de Flesh ? Alors on va en fabriquer ! Galvanisé, il prend son élan et s’exclame : «Des Flesh, des Flesh oui mais des Panzani !» Il s’arrête, complètement ahuri par son génie. Il reprend ses esprits et avec une spontanéité dont il est le premier à s’étonner, il gueule de toutes ses forces : «Une Flesh et ça repart !» Ah quel clown ! Il en vibre d’euphorie, il en claque des dents ! Malheureusement, personne n’est là pour l’applaudir.

     

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             Pour quelle raison retourne-t-on voir les Fleshtones sur scène ? Ce ne sont pas les Fleshtones qu’on va voir, mais le guitariste volant. Keith Streng traverse les airs. Il est le plus aérien de tous. Non seulement il traverse les airs, mais il vole le show. Il est le plus gros voleur de show de l’histoire du rock. Au temps des Ballets Russes, on se

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    précipitait pour voir Nijinski bondir sur scène. Aujourd’hui, on se précipite pour voir Keith Streng traverser les airs. Il rivalise d’ardeur bondissante avec Nijinski. Un Nijinski qui faisait de bonds de sept mètres en longueur alors que Keith Streng fait des bonds de quatre mètres en hauteur, tourne trois fois sur lui-même avant de redescendre pour se recevoir souplement sur des pieds chaussés de snakeskin boots à talons plats. S’il existait un mot plus fort qu’«ahurissant», ça nous arrangerait bien.

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    Keith Streng multiplie à l’infini les figures de style aériennes, il s’est au fil du temps spécialisé dans les loopings inversés, les sauts périlleux arrières, les double-boucles lévitatives. Quand il grimpe sur une caisse et qu’il se prépare à sauter en ciseau, il s’assure que les photographes font le point sur lui pour immortaliser son envol, et chaque fois, ses jambes décrivent une trajectoire différente, et bien sûr, les deux mains sont occupées à gratter les accords des Fleshtones. Keith Streng est le plus grand

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    guitariste volant du siècle, il est le Red Baron du rock, la comète d’Allez-les-gars en feu, l’archange paracelsien, l’aigle qui fond sur la belette, l’Howard Hugues du garage, le Saint-Exupéry du riff-raff, le Mermoz du mayhem, il passe plus de temps dans les airs que sur le sol, franchement on se demande comment il fait pour naviguer si haut à l’âge de 70 ans. Il n’a aucun rival sur ce terrain-là. Les gens de sa génération sont plus occupés à ventripoter qu’à sauter en l’air pour tourbillonner en hommage à Serge de Diaghilev. Avec Keith Streng, on change de catégorie : on passe du garage eighties qui vieillit mal au cirque Pinder qui n’a jamais pris une seule ride. Au lieu de s’appeler les Fleshtones, ils devraient s’appeler les Pindertones. Car quel spectacle ! Devenus les Pindertones, ils pourraient même rajeunir leur public et ouvrir la salle aux enfants. Ça ramènerait un tas de monde, les parents, les grand-parents, enfin le truc habituel. T’aurais même les reporters des actualités locales avec leurs grosses caméras, France machin Normandie et les gens verraient les Pindertones au journal régional de 20 h, et tout le monde devant sa téloche ferait ooooh et ahhhh en voyant Keith Streng gratter

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     ses poux là-haut entre deux trapéziste avant de retomber souplement sur ses pieds à côté du clown Zaramba, qui lui aussi a passé l’âge, mais qui fait contre mauvaise fortune bon cœur. Par contre, celui qui a passé l’âge pour de bon, c’est le vieux pépère derrière les fûts. On a le même problème avec les Damned, t’as un Rat Scabies très ralenti et quand tu les vois aujourd’hui essayer de jouer «New Rose», ça devient extrêmement compliqué, pour ne pas dire ridiculous. S’il est un cut qui demande une vitalité de jeune premier, c’est bien «New Rose». On ne peut pas confier ça à un batteur gâteux. Eh oui, amigo, le serpent se mord la queue. Il est temps pour tous ces mecs de réserver une place à l’ehpad du village. Sauf bien sûr Keith Streng, qui, on l’espère, va encore nous émerveiller pendant quelques années. 

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             Deux cuts vraiment magiques dans le set : leur cover de «Child Of The Moon» et «I’m Not A Sissy» que chante le guitariste volant - I’m Not A Sissy Anymore ! 

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             En conséquence de quoi t’écoute It’s Getting Late (And More Songs About Wherewolfes). Très bel album qui démarre sur un joli stomp à l’ancienne, «Pussywillow», bien dans l’esprit de «Gloria». Le guitariste volant bat le beurre sur «Empty Sky». On y sent un léger parfum de Stonesy. Globalement l’album est bon : t’as des idées, une vraie voix et de la wah à gogo dans «Wah Wah Power», un big stomp sidérant. Encore du stomp avec «That’s Why I’m Turning To You». Jouissif ! Le Beat est celui du Spencer Davis Group du temps de «Keep On Running». C’est infernal ! Quelle perfection ! Nouvelle leçon de gaga perfection avec «You Say You Don’t Mind It». Te voilà bluffé et prêt à replonger. Les Fleshtones méritent le respect.

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             Du coup, tu rapatries l’album précédent, Face Of The Screaming Wherewolf. C’est un album incroyablement cool. Il te surprend et t’épate. C’est là que tu débusques la cover de «Child Of The Moon». Cover du siècle ? En tous les cas, sur scène, ça percute. Le guitariste volant la charge de fuzz et Zaremba la chante superbement. Ils sont incroyablement à l’aise. Comme dirait Eve Sweet Punk Adrien, ils surfent sans encombre. Avec «Swinging Planet X», ils tapent en plein Diddley Beat. Well done Jack ! T’as les coups d’harp et le beat tribal. Ce bel instro assoit leur crédibilité. Du coup, t’as presque envie de réécouter tous leurs albums, car force est de constater que ces mecs sont extrêmement bons. Ils groovent à outrance leur «You Gotta Love, Love», une fast pop de chant vibré et ils emmènent «Violet Crumble Cherry Pie» sous le boisseau du Flesh System, avec des chœurs interlopes et de la petite fuzz maniérée. T’es pas au bout de tes surprises car avec «Waiting On A Girl», ils flirtent avec les harmonies vocales de Brian Wilson. Surprise encore avec «The Show Is Over» qui sonne carrément comme l’hard boogie des Dolls. Zaremba fait son Johansen. C’est dire la classe des Flesh ! Ils regagnent la sortie avec un instro pépère mené à l’harp, «Sommerset Morning». Quelle classe et quel groove ! C’est quasiment un album parfait.

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             Comme t’es sur ta lancée, tu chopes aussi The Band Drinks For Free qui date de dix ans. Que de bonnes surprises ! Ils attaquent avec une cover pas courante, le «Love Like A Man» des Ten Years After. Lisa Kekaula fait des chœurs dans l’écho du temps. Puis ils passent aux choses extrêmement sérieuses avec «Love My Lover», un shoot d’heavy pop rock claqué aux accords de clairette. C’est le guitariste volant qui chante. Glorieux et imparable ! Ils montent «Rick Wakeman’s Cape» sur le riff de «96 Tears». Zaremba le monte bien en neige. Il est parfaitement à l’aise. Il fait plaisir à voir. On salue aussi la belle démesure de «Respect Out Love», un heavy balladif de before it’s too late. T’as tout le poids du monde et en plus, t’as le beat des reins. Nouveau coup de génie avec «Too Many Memories» : ils l’attaquent de front, à l’alerte rouge, avec l’aplomb des Stones d’alors et de la cocote grasse en plus. Dévastateur ! Au chant, le guitariste volant fait des ravages et le cut se noie dans un océan de chorus. Encore de la belle pop magnifique avec un «Stupid Ol’ Sun» bien profilé sous le vent et doté d’un refrain diabolique. Ils regagnent la sortie avec «Before I Go» et la fantastique allure d’I gotta go. Il faut écouter cet album ! 

    Signé : Cazengler, Fleshtorve

    Fleshtones. Le 106. Rouen (76). 20 mai 2026

    Fleshtones. It’s Getting Late (And More Songs About Wherewolfes). Yep Rock Records 2024

    Fleshtones. The Band Drinks For Free. Yep Roc Records 2016

    Fleshtones. Face Of The Screaming Wherewolf. Yep Roc Records 2020

     

     

    Rolling & Rockingbirds

     

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             Si tu entres dans le monde à part des Rockingbirds, fais gaffe de choisir le bon album. T’as les bons et les moins bons. Tiens, pour changer, on va commencer par les moins bons.

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             C’est bien les Rockingbirds, mais quand c’est pas ta came, c’est pas ta came. Tout est gratté à coups à d’acou, tout est plaisant sur Whatever Happened To The Rockingbirds, Alan Tyler impose sa voix profonde. Sur «I Like Winter», on sent un parti pris d’heavy country de London Town. Il passe à l’hard country avec «Everybody Loves With Us». Un banjo pointe son museau dans «Band Of Dreams», puis il passe à l’hard Americana avec «I Woke Up One Morning». Le mec est très fort. Alan Tyler indique qu’il a tiré la photo qui est au dos de la pochette du National Geographic : un cavalier péruvien frappe un vautour attaché en l’air par les pattes : ritual vulture-hunting.

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             Puis t’as More Rockingbirds qui date de 2019 et qui est leur dernier album. Ça tourne un peu en rond. Heavy country. Il faut attendre «Lonelyheart» pour sauter en l’air. Tyler est balèze, il te réveille à coups d’heavy power. L’autre gros cut de l’album s’appelle «Country Music Singing Star», un modèle du genre. On reste sur un petit nuage avec «Up For Grabs», un classic country cut avec beaucoup d’ampleur. Ça t’emporte.

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             Quatre albums en tout. Pas la mer à boire, mais on va faire une pause. Avec un bon book : l’autobio d’Alan Tyler, How To Never Have A Hit: The Confessions Of An Unsuccessful Singer-Songwriter, publiée à compte d’auteur en 2024. Le book porte bien son nom. On y sent planer un léger parfum d’auto-dérision.

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             Tyler raconte surtout l’histoire d’un village, Camden Town. Pour lui, comme pour beaucoup de becs fins, Camden est LE quartier de Londres par excellence, une sorte de Mecque rock dont les pubs sont entrés dans l’histoire de l’underground. Jean-Yves n’en finissait plus de raconter ses soirées au Spread Eagle et à l’Engine Room. Et bien sûr, les rencontres qu’il y faisait. Il était intarissable. Il n’apparaît pas dans le book, mais un autre Frenchy y apparaît à deux reprises, Philippe, en qualité de DJ et «rock’n’roll historian». C’est lui qui explique à Tyler et aux autres qui est ce singulier personnage déguisé en Robin des Bois, qui se fait appeler Edward The Troubadour et qu’on voit traîner dans le quartier : le légendaire Teddy Paige. Légendaire parce que guitariste des Jesters de Memphis, sur «Cadillac Man». Paige y gratte ses poux et Jim Dickinson chante. Tyler oublie de préciser le plus important : Jerry, fils d’Uncle Sam, fait partie des Jesters, et bien sûr, «Cadillac Man» est sorti sur Sun. C’est d’ailleurs le dernier single Sun. Côté rock et légende du rock, c’est à peu près tout ce qu’on va se mettre sous la dent dans ce book.

             Mais le reste n’est pas inintéressant. 

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             Tyler commence par raconter son enfance, et c’est une nouvelle fois l’occasion de plonger dans la vraie culture anglaise, celle de l’éducation musicale. Tyler avoue que son premier groupe favori, ce fut le Dave Clark Five. Très bon choix ! En 1976, il fait un rejet catégorique du punk-rock, mais «New Rose» et «Anarchy In The UK» ne le laissent pas insensible quand il les chope à la radio. Puis il flashe sur le premier album des Modern Lovers - It changed my life - Il aime bien les Cramps, Pere Ubu, Nico, et bien sûr, il va voir les Modern Lovers sur scène quand ils passent à l’Hammersmith Odeon. Il passe naturellement à l’étape suivante qui est de créer un fanzine : le sien s’appelle Cool et il le consacre aux Swell Maps, ses nouveaux chouchous. Il se paye un premier voyage à New York et voit Alan Vega, et surtout James Chance auquel il rend hommage dans Cool #3. Il tombe ensuite sous le charme de Vic Godard - One of the new wave’s most resolute outsiders - et il enchaîne sur sa passion pour les films d’auteurs : il cite Performance et The Man Who Fell To Earth (Nick Roeg), Chinatown et Rosemary’s Baby (Polanski) et bien sûr, Mean Streets, Raging Bull et New York New York de Scorsese. Il rend surtout hommage à Pennies From Heaven de Dennis Potter avec Christopher Walken.

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             Bon tout ça c’est bien gentil, mais pour Tyler, le rock est mort - Rock was shlock - Il s’explique : «Rock had abolished itself. Punk was rock’s last hurrah and its final defeat.» Le verdict est sans appel. Il arrête d’écouter Peely. Il passe au funk et écoute toute la bande : James Brown, George Clinton, War. Il écoute encore «Little Johnny Jewel» sur Ork, surtout la B-side où «a little bit of burning blim fell into a groove».

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             Il faut attendre la moitié du book pour voir enfin apparaître la country : c’est un nommé Myles qui l’exhorte à écouter de la country, «a genre I had previoulsy dismissed as shallow and uninteresting.» Le mec Myles lui fait une K7 avec des cuts de «John Prine, Guy Clark, Emmylou Harris, David Blue, Nanci Griffith, Kris Kristofferson, Kinky Friedman and Willie Nelson.» Pour un mec qui avait flashé sur les Modern Lovers et les Swell Maps, ça a dû être un peu violent. Le mec Myles lui explique aussi Gram Parsons et la Cosmic Americana. Tyler flashe à la suite sur Elvis, puis via Elvis, sur Johnny Cash, Roy Orbison et Jerry Lee, pour enfin tomber sur le pot-aux-roses : Hank Williams - Like Elvis, Hank Williams was a poor white and ignorant hillbilly, touched by divinity - Il ajoute que le destin d’Hank fut tragique de bout en bout - He had tragedy baked in from the start - On sent une immense admiration dans ces deux pages. Ça fait toujours du bien de voir traîner le nom d’Hank Williams, l’un des originators.

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             Tyler monte les Rockingbirds à Camden en 1992. Le groupe entre en lice et décroche un deal avec Warners. Ils ramassent 60 000 £ : le manager Jeff prend sa part du gâtö, Tyler ramasse la moitié de ce qui reste parce qu’il est le songwriter, et le groupe se partage ce qui reste. La pochette du premier album les montre sur les marches du 123 Camden Road où vit le groupe, et Ski a peint des fleurs autour. Ce premier album sans titre des Rockingbirds est un big album. Ça démarre avec une sacrée belle aventure de good time music intitulée «Gradually Learning», vite rejointe par un banjo. Tu sens que The Rockingbirds et sa pochette fleurie vont te plaire. S’ensuit «Further Down The Line», une belle country légère embarquée au banjo. On reste au paradis avec «Standing At The Doorstep Of Love». Alan Tyler sait se couler dans les limbes de l’ombilic. L’animal sait driver sa chique ! Il rend ensuite hommage à Jonathan Richman avec «Jonathan Jonathan» - That’s right/ Ok/ Bye bye ! - «Searching» flirte avec la Stonesy de «Dead Flowers». Puis il repasse à l’heavy country rock avec «Time Drives The Truck». Fantastique clameur de driving beat ! Joli trick de Truck ! T’en prends plein la vue. Ils terminent en mode wild country avec «Drifting». Banjo en folie. Fabuleuse cavalcade ! Fast & wild country ! T’applaudis des deux mains.

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             En Angleterre, les critiques sont fabuleuses, nous dit Tyler. L’album décroche un 9/10 dans le NME. Terry Staunton voulait mettre un 10/10, mais son rédacteur en chef lui demandait  d’ajouter 500 mots pour justifier un 10/10, alors Staunton en est resté là. Et à la fin de l’année, l’album figurait parmi les 20 meilleurs albums de l’année - It wasn’t bad for a first go - Par contre, Peely n’aime pas les Rockingbirds - Peel didn’t like us. I had expected he wasn’t going to like us, and I had been right. I still maintained a disregard for rock, and indie especially, so I expected no sympathy from that genre’s greatest champion - Chacun campe sur ses positions. Mais on comprend parfaitement la position de Peely, qui garde ses distances avec ce type de phénomène.

             Puis après le deuxième album, le sombre Whatever Happened To The Rockingbirds, le groupe splitte. C’est Nikki Sudden qui conseille à Tyler de conserver le nom du groupe.

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             En 1996, Tyler prend un boulot et le soir, il traîne à l’Engine Room. Il y organise une sorte de petit festival local, ‘Come Down & Meet The Folks’, où il invite des tas de gens, dont l’excellent James Hunter, ou encore DM Bob & The Deficits.

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             Tyler rend aussi hommage à un petit label espagnol, Hanky Panky, qui bosse pour les becs fins et qui réédite des raretés comme Into Your Ears de Pete Dello, et March Hare de Colin Hare, deux ex-Honeybus. Tyler ajoute que Dello est le missing link entre Ray Davies et Brian Wilson. Et comme par hasard, Alan Tyler & The Lost Sons Of Littlefield est sorti sur Hanky Panky. Terry Staunton vole encore une fois au secours de Tyler en comparant «Middle Saxon Town» à un cut des Kinks.

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             Les Rockingbirds se reforment en 2008, à la demande du label Heavenly. Et c’est reparti pour un tour : The Return Of The Rockingbirds ? Son énorme ! T’as du power plein la vue dès «Till Something Better Comes Along». Alan Tyler est un puissant seigneur. Oh la prestance de la compo ! Il l’assoit. Impossible de résister à cette élégance de la prestance. Il navigue largement par dessus les toits. Tout aussi terrific de présence, voilà «Fanny», claqué aux accords de London Town. Tu dodelines avec Alan. Il craque le chant de «Now I Do» au crackling baryton. Il dégage une vraie chaleur humaine. Comme ce mec est à l’aise ! Il fait plaisir à voir. T’es encore frappé par la fabuleuse énergie de «Stop The War». Ce magnifique artiste rocke bien son boat. Encore du big time out avec «The Lady Of The Llamas». Il chante au baryton de bonne aventure. Il est à la fois grave et précieux. Il passe en mode vieux boogie d’arrière-pub avec «Fixing The Rot In Your Dreams». Il est bon l’Alan. S’ensuit «Juliet», un heavy country-rock généreusement arrosé d’harp. C’est excellent et bien tempéré. L’Alan est un vrai balèze - Juliet I believe in you ! - C’est de la good time country music. Il finit en mode heavy country avec «The Lonely & The Drunk». Ça sonne comme un hit de saloon. L’Alan n’en finit plus de te convaincre. Sa country est puissante et fraîche comme un gardon.

             Et bien sûr, le petit dernier, More Rockingbirds, va sortir sur Hanky Panky.

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             Dans les dernières pages de son book, Tyler va se livrer à une petite virée introspective, commençant par dire le plus grand mal des smartphones et tous ces incessantes alertes qui «nous distraient, nous dirigent et nous démoralisent.» Il indique aussi que la production artistique «is more safe, more middle-class, more predictable and more shite.» Il va loin dans ses accusations : «C’est le progrès. La raison d’être du capitalisme est de nous couper de notre savoir et de nos aspirations pour faire de nous des consommateurs de tout ce que nous propose l’industrie, et l’éducation fait partie de cette industrie.» Tyler rappelle que Marx préconisait de changer le monde plutôt que de l’interpréter. Et il ajoute que le problème, aujourd’hui, c’est qu’on ne voit même plus le monde, parce qu’on est «en proie à des préjudices basés sur les classes sociales et une réflexion politisée, et donc on ne comprend plus rien - we were getting a lot of things horribly wrong - Il finit son book en beauté, avec le genre de chute qui donnerait presque envie de le relire à partir du début. «Adored or ignored are just things you can be. ‘Amor fati’ était le conseil donné par ce grand self-help guru du XIXe siècle, Friedrich Nietzsche.» (Amor Fati veut dire accepter son destin). «I am with him on that, if nothing else. And so I am determined to embrace my fate, to say a little prayer, and to die happy.» Saut de ligne et «Adieu!» en français. Fantastique petit book.

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    Signé : Cazengler, rockingbeurre dans les épinards

    Rockingbirds. The Rockingbirds. Heavenly 1992 

    Rockingbirds. Whatever Happened To The Rockingbirds. Heavenly 1995 

    Rockingbirds. The Return Of The Rockingbirds. Loose 2013  

    Rockingbirds. More Rockingbirds. Hanky Panky Records 2019 

    Alan Tyler. How To Never Have A Hit: The Confessions Of An Unsuccessful Singer-Songwriter. 2024

     

     

    Man Of Moon in june

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             Tu garderas un bon souvenir du concert de Man Of Moon, deux vaillants Glasgowans venus claquer leurs tornades intersidérales au fond d’une cave déjà éculée par tant d’abus. Ils sont d’autant plus héroïques qu’ils jouent devant une poignée de personnes. À ce niveau d’abnégation, on peut bien parler de sonic courage. Celui de gauche s’appelle Chris Brainbridge. Il gratte tantôt une Tele, tantôt une basse. Et son collègue à droite s’appelle Iain Stewart et il bat un beurre furibard. Ça badaboume sec

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    sur la lune de Man Of Moon. Ils jouent à deux, donc ils jouent dru, et Chris Brainbridge cranke son volume à fond. Sur la caisse d’ampli, il a fabriqué un slogan en grandes lettres de ruban adhésif blanc : FUCK REFORM qui est l’équivalent britannique de notre Fuck FN. Au moins, comme ça, les choses sont claires. Ils n’en veulent pas et nous non plus. Mais c’est pas gagné, d’autant que les beaufs se reproduisent entre eux et prolifèrent comme des cafards. En attendant la victoire finale contre les beaufs d’ici et d’ailleurs, nos deux Man Of Moon multiplient les attaques intersidérales, ils haussent le ton en permanence, il visent des résultats, ils tapent des

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    plans sur la comète, il arquent les bouts et tranchent dans le vif, ils poussent le bouchon et filent sous le vent, ils montent en pression et forment des bataillons, on perçoit des échos de toxic shoegaze, des relents de Britpop gazée, c’est très anglais, très atmosphérique, bien décidé à en découdre, ils ne lâchent rien, ça bat sec et net, et ça gratte les poux du diable. Quand il attrape sa basse, Chris Brainbridge campe sur ses positions, cultivant un curieux mélange d’hyper-chaos et de mélodie chant. Ils passent en force et ils ont raison. C’est pas toi qui passeras pour eux. Le Wall of Sound finit par te donner le vertige. La dégelée psyché te rentre par tous les pores de la peau, par les pores d’attache et les pores de barre, les pores de guerre et les pores autonomes, les pores salut et les pores épiques. T’en veux encore. Ça t’assoiffe et ça t’assoit.   

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             Et comme d’hab, tu vas faire ta petite razzia au merch. Tu fonds sur Dark Sea comme l’aigle sur la belette. Schllooooffff ! T’es ravi car tu retrouves le pounding dès l’«Intro», ça t’explose bien en pleine poire, oh la la ! Quelle folie, t’as tout Hawkwind,

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     ça file dans le ciel en feu ! Puis ils tapent «The Road» à la dure, c’est vraiment sévère et terrific de climaxing, pour dire les choses proprement. Le mec est bon au beat des forges, comme le montre encore «Stranger». C’est assez pur et dur, ce mec Iain est un vrai père tape-dur. L’«Interlude» dure une éternité et finit par basculer dans le chaos. «When We Were Young» sonne comme une belle machine de guerre, ils te chargent ça jusqu’à la gueule, comme un chargeait un canon de flibuste avant l’abordage, quelle belle ampleur, tu salues leur power candide ou la candeur de leur power, c’est comme tu préfères. Ils cumulent encore tous les avantages avec «Black Snow», puis ils regagnent la sortie avec un «Ride The Waves» gratté à la basse et bien endommagé, très insidieux, et même gangrené.

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             On a aussi ramassé Machinism, plus récent. Pas de quoi t’envoyer au tapis, mais tu l’écoutes attentivement. On sent la présence d’une petite urgence dans «You & I», ils cherchent leur voie dans la noise anglaise. C’est une bonne bourre de bonne guerre. Chris Brainbridge tape son «Video» à la Big Muff et l’emmène sous le boisseau d’Écosse. C’est terriblement insidieux, presque barbare. On ne retrouve pas l’enfer et l’haze du concert, le son est nettement plus lisse en studio. Pas de vague. Pas d’écume des jours. La B s’ouvre sur une petite pop de stand-by («In The Water»). T’attends qu’il se passe quelque chose. «Reign» tombe sous le joug du duo bass/drum, le mec au beurre fait un festival, il bat à la vie à la mort et on retrouve les dynamiques du concert. 

    Signé : Cazengler, dans la lune

    Man Of Moon. Le Trois Pièces. Rouen (76). 18 mai 2026

    Man Of Moon. Dark Sea. Cosmic Pool 2020

    Man Of Moon. Machinism. Cosmic Pool 2024

    Concert Braincrushing

    *

             La lecture de nos livraisons s’avère être une richesse incroyable pour les esprits curieux. Non, nous ne parlons pas de rock’n’roll mais de géographie. Certes nous avons depuis presque dix-huit ans évoqué des milliers de groupes de rock. Tous styles confondus. Répétons-le, nous ne traitons pas ici de musique. Prenez une carte du monde et marquez un petit point rouge sur les pays, et si possible sur les villes d’où proviennent nos idoles adorées. Vous serez surpris de voir que rares seront les pays ou les continents sur lesquels n’apparaîtra aucune, serait-elle infime, tache rouge. Bien sûr certaines zones seront privilégiées : par exemple les Etats-Unis et la Grande-Bretagne totalement écarlates. Il est vrai que l’antarctique restera blanche. Maintenant j’aimerais attirer votre attention sur une petite bizarrerie, en France, tout en bas, en Ariège, l’on n’en parle jamais sur les ondes nationales, sauf pour signaler que le département est si dépeuplé que l’on a dû pour remédier à cette dommageable situation le repeupler avec des ours !

             Comment se fait-il alors se demanderont les esprits soupçonneux que l’on puisse au premier coup d’œil compter au minimum une vingtaine de points rouges sur cette région inconnue et réputée désertique, notamment autour du point central : Pamiers ?

             A notre grand désespoir nous ne recevons, hélas, en sous-main aucune valise bourrée de billets de cinq cent euros de la part du Comité Ariégeois du Tourisme… L’explication est des plus simples, notre chroniqueur Damie né en l’appaméenne cité lacustre ne manque jamais de signaler un concert ou un groupe originaire de l’antique Frédélas. Ce n’est pas qu’il soit chauvin, c’est qu’il a peur de la colère du Seigneur.  

    WRATH OF LORD

    SEVERED SOUL

     (Bandcamp / Août 2025)

             Vous l’avez deviné Severed Soul est né en 2023 à Pamiers l’ancienne cité gauloise des Tectosages. A l’origine deux jeunes garçons qui ont envie d’en découdre avec le metal extrême. Seront rejoints par deux ‘’grands’’ qui apporteront leur expérience.

    Sami (34 ans) : chant / Damien (35 ans) : guitare / Téo : (18 ans) drums / Keon (19 ans) : basse.

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             La couve attire l’œil. Un rouge d’un rose orangé agréable qui plaît instantanément. Si fort que l’on en oublie de se demander ce qu’elle représente. Nul besoin de se chercher des excuses, ces lambeaux informes de brume grisâtre, ne serait-ce pas des guenilles de toiles d’araignées, cette déduction hâtive vous conforte dans votre paresse. Pris de remord vous décidez d’une autre interprétation : ne serions-nous pas confronté à un fourmillement, vraisemblablement grossi, d’un espace végétal quelconque, Vous examinez avec davantage d’attention, dans le coin gauche supérieur, n’y aurait-il pas deux calottes crâniennes, c’est alors que vous sentez que l’on vous regarde, vous frissonnez, une tête de mort, au centre de l’image, munie d’une dentition d’anthropophage préhistorique, vous sourit, vous n’ignorez pas que c’est impossible, mais vous serez prêt à parier que les spécimens hominidiens affublés de telles canines devaient vivre au temps des dinosaures. Cette tête de mort arbore le sourire carnassier d’un T-rex. Vous saute à l’esprit qu’elle repose en toute tranquillité au milieu d’un feu rougeoyant, n’est-elle pas posée parmi des branches d’arbres déjà calcinées par les flammes, un pauvre gars innocent n’aurait-il pas été offert par une tribu barbare en sacrifice à des dieux cruels, à moins que ce ne soit l’idole elle-même qui a bâti sa demeure au cœur d’un feu dévorant…

             Bref une fois que vous avez vu, vous commencez à avoir des doutes quant à la mansuétude du Seigneur en colère qui a donné son titre à l’album.   

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    Photo : Mathias Cloetens

    Wrath of Lord : l’on se croirait dans une sonate pour orgue de Bach,  imaginez que vous êtes dans une église, bercé par des chœurs séraphiques, je vous rassure, hélas (barrez la mention inutile) ça ne dure pas, la batterie prend le commandement, elle vous en veut personnellement, d’autant plus que le vocal comminatoire qui survient ne témoigne pas d’un optimisme délirant, quant à la guitare elle adopte le bourdonnement d’un essaim de frelons excités qui vous déclarent la guerre, n’ayez aucune confiance en cette baisse inopinée de tension apparente, reviennent encore plus fort, encore plus rapides, le Lord dicte ses ordres, la guitare part en vrille, la batterie ponctue, la basse funébrise, la cavalcade irritée des drums vous rappelle à l’ordre, les frelons s’énervent, ils vous injectent à coups de piqûres ulcérantes un venin mortel, le vocal se prend pour le souverain du monde, la fin est abrupte, l’on vous pousse du haut d’une falaise, afin que vous vous empaliez sur des pieux rougis au feu. Pawn’s war : les guitares marchent au pas, la batterie suit, le vocal prend la tête, il donne les ordres, il lance l’assaut, les guitares se ruent, la batterie fracasse les crânes, le vocal jouit de ces bribes de cervelles qui giclent un peu partout, hurlements de volupté, il boit le sang à longues goulées, sa gorge en grogne de délectation, l’est atteint d’une logorrhée verbale délicieuse, le drapeau des guitares flotte dans le vent, La guerre est le vecteur préférée de la mort, la batterie fatiguée pousse des monceaux de cadavres. Mission accomplie, le combat cessa faute de combattant. Essential truth : la vérité s’énonce clairement. Et rapidement. Les guitares ne tergiversent pas. Ruée vers l’or de la parole. La batterie forge l’épée du dire pourfendeur. Le vocal insiste et persuade point par point. Ne faut pas trop s’alentir, l’exhortation reprend de plus belle, les morts sont des punching-balls que l’on envoie sur les ennemis pour les convaincre en leur écrasant le visage. Silence. Absolu. Surgit l’éructation dernière, la vomissure annonciatrice des pires avanies à venir. Profération des dictats essentiels, juste des aboiements ponctués de silence coupant comme des lames de faux, ensuite le galop final de la persuasion, la vérité est admise sans équivoque. Violent punishment : corne d’avertissements, buccins fanfarons, il est trop tard si vous n’avez rien compris, murs battériaux, tours guitariques, étendards de vocaux, l’heure n’est plus à l’énonciation de la vérité mais à la violence des coups et blessures. Le groupe appuie là où ça fait le plus mal, sur l’ectoplasme de votre âme délirante qui n’a pas compris que la révolte est inutile. La machine broie les cerveaux, parfois elle beugle quand elle rencontre une idée récalcitrante. Mais elle repart encore plus fort, rien ne l’arrête. Hunter of the Crown Beast : il ou elle avance, un drôle de bruit, le vocal se campe devant et ne lui laisse pas monopoliser l’espace sonore, piétinement lourd, les mots sont plus dangereux que la parole. Silence. Reprise. Silence. Paroles contre murmures. Parler plus fort que l’autre, baisser la voix, jouir des mots. Se taire, grogner. Le lord et la bête ne sont-ils pas la double déclinaison d’une seule chose, d’une même puissance. Ancrée au fond de chacun.

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    Photo : Mathias Cloetens

             Cet Ep vous marche sur les pieds. Se rappelle à tous moments à vous. Ne vous laisse pas en paix. Pas un temps de repos. Des cassures rythmiques qui vous déstabilisent. Des vols de corbeaux sur votre esprit qu’il enchaîne, qu’il cloue au pilori. Death Metal. La mort vous mord, elle ne vous lâche plus. Parfois elle relâche sa morsure. Juste pour vous croire que vous êtes un être libre. Mensonge aussitôt tranché.

    Un bel EP.  Plus que cela. Un style. Une touche (lourde) particulière. Des idées, des plans, des tracés, des trouvailles, de l’imagination. Une grammaire sonore parfaitement maîtrisée. De l’aisance.

    L’on attend l’album. Avec impatience. L’on souhaite qu’il y ait un label qui s’occupe d’eux.

    Damie Chad.

     

    *

             Longtemps que je n’avais trouvé un groupe grec, vous connaissez ma prédilection pour le pays des Dieux, qui me satisfît, sapristi les salsifis ça suffit ! N’avais-je pas prononcé la formule rituelle qu’immédiatement mes vœux furent exaucés. Non seulement une pochette noire comme les moires se profila en tête de gondole des nouveautés, certes il porte un nom de photomaton, ne regardez pas le cliché, c’est votre face qui est dessus, votre destin s’assombrit.

    /LABYRINTH

    AUTOMATON

    (Sound-Effect Records

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    La couve est monstrueuse. Elle ne se regarde pas. Elle se décrypte. Ne vous fiez pas à ce que vous voyez. Au début j’ai pensé à une proue de porte-avions mythologique, puis à un monument, étrangement plus près d’une cathédrale que d’un temple, enfin à une stylisation technologique d’un taureau. M’a fallu un peu de temps pour discerner le personnage.  

    Le nom du groupe est à mettre en rapport avec les automates que les grecs aimaient à construire. Ce n’était pas de leur part un simple amusement. Archytas de Tarente, il fut l’ami de Platon, construisit un oiseau qui volait, les lourdes portes d’un temple d’Alexandrie auraient pu s’ouvrir et se fermer mus par une machine à vapeur mise au point par le mathématicien Héron… Aujourd’hui encore l’on se demande pourquoi les grecs n’ont pas exploité plus à fond leur ingéniosité. Une réponse assure qu’ils n’avaient guère besoin de machines puisqu’ils possédaient des esclaves…

    Munis de ces réflexions nous en déduisons que la couve de l’opus est une représentation du minotaure qui emprunte autant à la technologie de nos robots modernes qu’aux nombreuses vignettes qui dans les bandes dessinées mettent en scène les dieux de l’Olympe et leur nombreuse progénitures…

    Viennent d’Athènes, se sont formés en 2011, premier concert en 2012. Labyrinth est leur troisième album. Ils définissent leur projet en quelques mots : ‘’Enraciné dans la mythologie’’. Grecque, évidemment.

    Lykourgos Tzardis : drums /  Nicolas Kelaidis : guitare lead / George Stavrakakis : guitar / Takis Sam : basse.

    Rebirth : l’impression d’entrer dans un couloir noir et lugubre, normal si l’on est dans un labyrinthe, depuis Minos et son taureau blanc ils ont mauvaise réputation, une batterie qui fait durer le suspense, pourtant l’ambiance ne correspond pas au titre, une renaissance c’est un moment joyeux, même l’idée d’n comin’ out indique une désir de libération, mais là les guitares noircissent salement l’atmosphère, une menace qui gronde dans l’obscurité, l’on ne comprend pas trop ce qui se trame dans cet instrumental, l’on reste dans l’expectative, une question insistance tourne dans notre esprit, qui est en train de renaître dans une atmosphère si lourde. Le morceau s’arrête, est-ce ici que les Athéniens s’atteignirent, ce qui est sûr c’est que nous ne rentrons pas dans une arène aux lions, mais dans la partie la plus sombre du souterrain, là où le monstre nous attend. Minotaur : là au moins la musique lourde et noire correspond à la bête maléfique qui nous attend, on l’entend mugir de loin, approchons-nous courageusement, il a l’air d’être engoncé dans un étrange monologue, ce qu’il dit est incroyable, il plaide non coupable, il n’est pas un Godzilla assoiffé de destruction, d ’ailleurs la musique s’affaiblit, dans le silence synthétique l’on entend des cliquètements comme des pas qui tournent en rond mais qui se rapprochent, l’angoisse est à son comble la Bête se tait, elle bouffe les mots comme si elle ravalait ses paroles ou proférait un grand secret indistinct, c’est alors que les mots prennent sens nous attendions une bête hideuse, elle n’existe pas nous sommes confrontés à quelque chose de plus incapable, le Minotaure vient d’accoucher d’un mythe, il n’est qu’un pauvre ruminant enfermé dans une grotte, il est un mythe, non pas une belle histoire, mais quelque chose visqueuse qui gît dans le labyrinthe des sinuosités cérébrales des êtres humains. Ariadne : jaillissements d’imprécations, la voix est sourde, la musique encore plus noire, Ariane, abandonnée par Thésée sur son île, maudit son égarement et les Dieux trompeurs, elle a cru à l’amour, son désir fut tel qu’elle trahit son père, elle a armé le héros de son cœur, elle a révélé à son amant le stratagème qui lui a permis de vaincre le monstre, pour qui sont ces serpents de haine qui sifflent dans sa tête, contre qui lance-t-elle sa malédiction, encore une fois la marée noire de l’orchestration envahit le morceau, Ariane prise dans les filets de son destin se débat en vain, elle croit en la justice des Dieux, ne ferait-elle pas mieux de se regarder elle-même, de renaître à elle-même, de porter un regard lucide sur ses égarements, sur son manque de lucidité, sur ses propres responsabilités. Black sails : ondes organiques, le nom du héros n’est pas prononcé, taisez-vous donc, voici une réécriture de l’histoire, moment de méditation, retour sur soi-même, non pas les regrets de Thésée, l’analyse froide et objective des évènements, pas une élucubration à la tonton Freud, non les faits réinterprétés à leur juste mesure, les voiles noires n’ont pas été remplacées par les blanches, il ne s’agissait de tuer le père (ni la mère Egée) mais de suivre son destin, une fois le roi mort, vive le roi, nos actes sont aussi noirs que l’obscurité des méninges humaines, blanches à l’extérieur, peuplée d’une ombre incommensurable à l’intérieur, nous possédons tous un labyrinthe enfoui en nous avec une victime propitiatoire à l’intérieur pour nous baigner dans son sang, pour nous baptiser de l’eau lustrale de la noirceur des Dieux à la table desquels nous voulons nous asseoir, à laquelle nous nous invitons pleins de notre inconséquence native. Là aussi l’instrumentation en nous tendant un  so long miroir nous laisse le temps de nous pencher sur nous-mêmes. Your bull nature clouds your human self : instrumental, juste le titre ‘’Ta nature bestiale obscurcit ton humanité’’, une montée chaotique, une remise en place, un ré-alignement conceptuel, soyons lucide, le combat contre le monstre n’est qu’une image de nous-mêmes, nous jouons le justicier mais le monstre : c’est nous, nous sommes des outres gonflées de sang et de violence que nous répandons sans vergogne sur le monde. Battle in the labyrinth : scène finale, fini la mélopée introspective, nous voici dans le tumulte, au coeur de la cécité du labyrinthe nous combattons le monstre, nous naîtrons de cette lymphe sanglante, la pauvre bestiole se débat en vain, nous sommes armés de la volonté criminelle de tuer pour établir notre puissance sur la faiblesse de nos ennemis, le vocal vole en éclats, tout se précipite, les guitares nous poussent au méfait, la batterie accélère le rythme, nous ne le savons pas mais nous sommes dans la main des Dieux qui se régalent de ces joutes nauséeuses, nous aussi nous prenons plaisir à ces récits fabuleux, nous sommes tous des héros en herbe, Thésée nous indique le chemin. A notre tour de rentrer dans le labyrinthe.

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    Photo : Effi Galia

             Automaton se livre à une noire interprétation de la mythologie. Ce sont des grecs qui refusent de succomber aux charmes homériques de cette culture fondatrice de la civilisation homériques. Ils se méfient des envoûtements du chant mélodieux de la poésie, ils s’inscrivent davantage dans l’autre mamelle de la lucidité grecque, celle du drame physico-métaphysique, celle des tragédies d’un Eschyle, d’un Sophocle, qui explorent la duplicité humaine confrontée à l’étau labyrinthique dans lequel les Dieux tiennent les hommes prisonniers.

             Cette manière si particulière de s’ancrer dans la mythologie nous a donné envie d’écouter leur précédent album.

    TALOS

    (Sound-Effect Records / Novembre 2018)

             Nous ne quittons pas la Crète, l’histoire de Talos est moins connue que celle du Minotaure à laquelle on réduit le plus souvent la mythologie crétoise. Les épisodes talosiques se déroulent antérieurement à celle du labyrinthe. Mais pas de beaucoup, elle débute elle aussi par un taureau blanc. Qui n’est autre que Zeus qui s’est métamorphosé en cet animal magnifique pour séduire et enlever Europe la fille du roi de Tyr, Agénor. Nous ne nous attarderons pas sur cet épisode qui a fait de nous des européens. C’est sur l’île de Crète que Zeus et Europe engendreront trois enfants dont un fils nommé Minos. Nous voici en pays connu. Zeus reparti, Europe se mariera avec le roi de Crète Astérion. La Crète est un royaume dont les richesses attirent voleurs, pillards, pirates, malandrins de toutes sortes. Zeus n’a pas oublié ses tendres émois avec Europe, il lui offre Talos pour surveiller les côtes de l’île…

             Talos n’est pas un être humain : c’est un automate géant tout en bronze façonné par Héphaïstos. Il ne possède qu’un défaut tout au bas de sa cuirasse d’airain, un clou qui permet de libérer le souffle vital qui court dans son unique veine qui part de son cou et se termine au niveau de son clou. Toute ressemblance avec le talon d’Achilles ne saurait être fortuite.

             Talos est un peu une sombre brute, un véritable molosse de garde. A grandes enjambées il fait le tour de la Crète en jetant d’énormes rochers sur les navires suspects. Toute ressemblance avec la fuite d’Ulysse pourchassé par le Cyclope ne saurait être fortuite. (Bis repetita placent) Quant à ceux qui parviennent à débarquer, Télos les débusque après avoir pris soin de s’allonger sur un immense feu. Lorsque le métal est chauffé au rouge, il s’empare des brigands et les laisse rôtir sur son armure…

             Talos finira par mourir lors de l’expédition des Argonautes. Lors de leur long périple les Argonautes s’octroient certaines haltes pour éliminer quelques monstres. Jason, fortement aidée par Médée parviendra à arracher le clou de sa cheville qui libèrera le souffle ichorique indispensable à la vie du Géant…

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    Trapped in darkness : des coups de semonces sur des plaques d’airain, nous sommes au plus profond des Enfers parmi le peuple des morts, les coups spasmodiques de Talos pour se relever ne cessent pas, cela fait des milliers d’années qu’il s’efforce en vain de se tenir droit, l’est retenu à terre par une force colossale, est-ce pour cela que la musique devient plus lourde et plus rapide, des cris dans le lointain, ceux de Talos résonnent plus fort que le brouhaha de ses compagnons d’infortune, hurlements d’agonie sans fin, de terreur et de douleur, Talos est un combattant il secoue les chaînes de la mort, il retombe sur lui-même, se replie sur ses muscles de fer, il bande son énergie, un monstre de la trempe de Talos ne saurait s’avouer vaincu, il gît parmi des milliers de guerriers morts parmi les combats, Talos ne se résigne pas à s’accoutumer à son sort, il mène son dernier combat contre la mort de lui-même, il est le petit-fils de Zeus détenteur de la foudre, l’enfant d’Héphaïstos le forgeron, des relents d’immortalité flottent encore dans la veine cave de son corps. Il rassemble son énergie, ses doigts  de fer se referment-ils sur la gorge sans chair de la Mort, ces derniers coups de batterie, sont-ce des os qui craquent… Giant of steel : libre, enfin libre ! Libéré par lui-même, l’on ne se remémore pas sans effet, sans conséquence, la puissance des Dieux, point de chant, des paroles, est-ce un journaliste affolé, un de ceux qui commentent l’actualité sur nos ondes radio ou télé qui rendent compte de l’Incroyable, du Miracle, de ce monstre de ferraille surgi d’on ne sait où qui s’ébroue, se remue et qui se met à marcher, au grand étonnement de nos contemporains qui ne savent comment envisager ce phénomène qui semble provenir d’une autre planète, le monde se tait, la musique bruyante aussi, que dire, quelle explication apporter, il growle comme la grêle sur les versants de l’Annapurna, le géant recueille en lui l’ancienne vibration des Dieux qui subsiste encore sur la terre mais que les hommes modernes ne perçoivent plus depuis longtemps, son cri de délivrance est une clameur sans fin qui inonde le monde. Automaton marching : l’automate s’est mis en marche, il retrouve ses anciennes habitudes, n’arrêtait-il pas de longer les rivage de l’île de Crète, d’en faire trois fois le tour en une seule journée, infatigable, increvable, sans s’essouffler, une force brute qui va sans savoir pourquoi ni comment, un chien enragé lancé en pleine course, qui ne sait rien sinon que ses mâchoires sont faites pour mordre et pour tuer, son rythme s’accélère, un ouragan métallique qui passe sans se soucier de vous, sans se soucier de rien. Talos awakens : réveillez-vous, imaginez ce qui se passerait si Talos était parmi nous, mélodie bluesique, cahotante, effrayante, encore embrumée de sommeil, Talos déjà à moitié conscient, à moitié dans vos rêves, à moitié dans vos cauchemars, voix mélodramatique, ressorts de guitares, angoisse pianistique, la chose approche, elle creuse son trou dans votre tête, votre conscience essaie de réaliser, de supputer l’inquantifiable, de soupeser l’insoutenable, de mesurer l’incommensurable, avez-vous déjà entendu une guitare hurler comme celle-ci, une scie qui crie et vous coupe en deux, d’ignobles grincements percent vos tympans, Talos s’éveille, il est là, parmi nous, il est l’inéluctable, ce qui ne peut pas ne pas être, ce avec quoi il va falloir faire avec alors que cette chose hors-norme est tout contre nous, et peut-même même complètement contre nous. Les pas se rapprochent ceux de la terreur, non pas celle qui arpente la terre, celle qui grignote votre cerveau, ce pied qui écrase votre tête sur le bitume. The punisher : voici le justicier, des coups de fouet, des trombes de barres de

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    fer, Talos pourchasse les méchants, sans pitié avec haine, il tue, il frappe, il assène, il ne ménage pas ses efforts, une catastrophe ambulante qui écrase ses ennemis, qui protège les innocents en les ignorant, il est le fléau de Dieu comme disait Attila en riant mais Talos ne rit jamais, il accomplit sa tâche méthodiquement avec zèle, avec fureur, un automate, un robot que personne ne saurait arrêter dont on aurait perdu les commandes à tout jamais… Submerged again : musique noire, sombre, des notes qui retentissent comme les secondes fatidiques de l’horloge du destin, des gammes, des escaliers qui montent, des escaliers qui descendent, tout le monde les emprunte dans les deux sens, seuls les Immortels les exhalent, les exaltent  en montée permanente vers l’Olympe, ils sont au-delà du bien et du mal, nous autres pauvres mortels et vous aussi nos frères automates, nos actes sont imparfaits, tous nos gestes sont réversibles, comme les symboles, le tigre n’est-il pas tantôt l’image du courage et tantôt le dessein de la cruauté, l’incomplétude nous ronge et rouille tous nos agissements, la mort s’approche de nous sans effort, à pas sereins, elle nous attend, elle vient à notre rencontre, en fin de compte elle nous prend par la main, quel est cet instrument qui ricane, et nous entraîne sous le porche des sentiers ombreux. Dans les profondeurs marines, imaginez-les autrement à votre guise, voici Talos, un mort couché par les morts, ne grommelle-t-il pas, les Dieux rangent leurs petits soldats lorsqu’ils n’ont plus envie de jouer. Epilogue : une guitare qui résonne sur un bruit de fond, comme une mélopée de doux vent qui souffle, peut-être une brise d’ichor, cette liqueur de vie qui s’échappe de la cheville d’Automaton, l’histoire est terminée, cet épilogue de deux minutes pour que vous puissiez réfléchir comment Automaton utilise les choses mortes de la mythologie pour leur redonner vie, pour les replacer dans notre présence, pour savoir comment nous nous comporterions…

    Il est temps de regarder la couve. L’artwork est de Viral Graphics, l’on reconnaît le style. Sans doute a-t-il aussi réalisé la pochette de Labyrnth. Son FB est à visiter.   

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    Un très beau portrait de Talos. Il ressemble un peu à un des membres du groupe… Est-ce une manière de réinitialiser l’antique mythologie dans notre modernité…

    Talos est un œuvre superbe. Un concept album qui vous force à manipuler et à faire circuler les concepts dans votre tête. L’on en ressort plus intelligent qu’on y est entré.

    Damie Chad.

     

     

    *

    Toujours des surprises surprenantes sur Western AF.  Une chanteuse qui chante. Jusque-là nous sommes dans l’ordre des choses. Question insidieuse : pourquoi n’a-t-elle droit qu’à un morceau et pas à quatre comme d’habitude. Peut-être me suis-je débrouillé comme un pied. Sans doute est-ce de ma faute. Voyez-vous comme je pousse la contrition. Bref je cherche, mes deux chiens sur les talons. Ce détail est important. Evidemment je trouve. Pour tomber sur une double anomalie. Pas de doute il faut insister.

    (Re)PLANTING BY THE SIGNS

    S. G. GOODMAN

    ( / Mai 2026)

    J’avoue, je n’étais pas chaud. C’est comme quand un couple attend un enfant et qu’il en arrive deux. Je ne suis pas un aigle en anglais et je ne voyais pas ce que le titre de l’album signifiait au juste. J’ai demandé à Molossos et Molossa. N’en savaient rien eux non plus. Sont sympas m’ont soutenu. Z’avaient du flair, m’ont guidé sur Bandcamp, y avait tout un laïus. J’ai compris, toutefois ça ne me disait rien, une espèce de truc de hippie, moi un rocker… c’est alors que les cabots se sont mis à hurler à la mort. Impossible de les faire taire. Enfin qu’avez-vous ? Molossos a posé sa patte sur l’écran, regarde, là, à cet endroit. Même pas eu le temps de lire, Molossa s’est écriée : Howard est mort ! Ella a du chagrin, tu ne peux pas la laisser toute seule, tu te rends compte, son vieux chien adoré, tu as intérêt à écrire ta chronique, on ne peut pas la laisser toute seule ! Si tu refuses on t’avertit on aboie à la mort toute la nuit !

    J’ai cédé à leur désir. Y avait encore un truc qui me turlupinait, son chien est mort, c’est triste, elle sort son album en 2025, elle le ressort en 2026, mais sur les deux couves elle l’a mis une tortue, l’aurait pu la remplacer par une photo de son chien ! Molossa a toujours réponse à tout : Howard il est dans son cœur, il est tatoué dans sa mémoire, alors la tortue n’a aucune importance. Z’ont trifouillé sur le net, tiens on croit que c’est la photo d’Howard, tu la colleras sur le blogue, au moins les lecteurs auront quelque chose de beau et d’intelligent à regarder. 

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    Donc j’ai écrit pour Howard, pour Molossos et pour Molossa. Pour S. G. Goodman aussi, une rencontre extraordinaire.

    S. G Goodman est originaire du Kentucky, ses deux premiers albums ont suffi pour qu’elle soit reconnue comme une des compositrices les plus originales de sa génération. Elle est capable d’exceller en divers styles, elle est même parfois classée parmi les artistes country rock.

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    Les deux couves sont très représentatives de l’art de Josh Bovender, tattoo artist aux couleurs vives et formes symboliques.

    S.G. Goodman : vocals, guitar, keys / Matthew Rowan : guitar, keys, bass, vocals / Matt Pence : drums, percussion / Craig Burletic : bass / Ben Tanner : keys / Eddy Dunlap : pedal steel (“Fire Sign” and “Planting by the Signs”) / Rich Ruth : guitar (“Nature’s Child”) / Bonnie “Prince” Billy : vocals (“Nature’s Child”) / Zak Riles : baritone Guitar (“Nature’s Child”) / Clyde Charles, Mary Overbey and Myrtle Turner : additional voices (“Heat Lightning”).

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    Heaven sold : le paradis en solde, pas mal pour une traduction, de plus une parfaite introduction au monde sensible de S. G. Goodman, un monde assez déglingué. De l’intérieur. Parce que de l’extérieur elle a plutôt pris la décision de s’adapter aux différents cycles de l’univers, ce qui ne se révèle pas aussi facile qu’il pourrait le sembler. Cet heaven sold de moins de deux minutes est à mettre en relation avec le Heaven song de neuf minutes qui   clôturait le disque à la couverture jaune, celui-ci est le rouge, dit augmenté, de cinq morceaux. Cette intro est magnifique, pas du tout folk et country, je dirais une espèce de noise mélodif, ça ne respire pas la joie de vivre, quant à la voix de Goodman elle oscille entre récitatif dramatique et constat

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    philosophique bouffé par les termites. Satellite : en français on dirait faire un vœu à une étoile filante. En espérant que le royaume vienne. Au rythme du morceau l’on se dit qu’il n’est pas pressé de venir. Si vous y croyez la voix désabusée de Goodman vous fera comprendre qu’il ne faut pas trop y croire, si vous avez l’oreille fine vous percevrez une goutte d’ironie dans sa voix, même la lune a son côté obscur, alors n’espérez pas trop. Vous avez une vidéo, au début vous avez bien un satellite, un vrai, ça ne dure que deux secondes ensuite vous voyez le groupe en train d’enregistrer. De temps en temps les images des musicos sont entrecoupées par quelques daims en liberté. Elle n’en dit rien dans les paroles, mais Godman vous lance le message subliminal : les progrès de la technologie certes, mais la lenteur des rythmes de la Nature est préférable. Fire sign : vous avez la suite du film, Goodman et ses musicos en studio, avec encore les images des daims en liberté, le rythme est à peine accéléré, ce n’est pas une chanson, c’est un conte, pour faire signe ou faire feu de tout bois, le soleil se lève-t-il tous les jours sur le cul du même chien, certains perdent leur temps, elle coud de l’or, elle écrit des poèmes, boules de feu lancées dans le monde, elle n’a pas les réponses aux questions qu’elle ne pose pas, elle constate. I can see the devil : des notes de guitare comme des gouttes d’eau, elle pose les mots comme des bâtonnets, des petits trucs qui vont leur chemin, elle marche vers le soleil, le diable répand la misère, prendre quelques provisions et se mettre en route vers l’ailleurs, vers le meilleur, vous n’êtes pas obligé d’y croire la batterie martèle un minimum, les guitares jouent un peu plus fort, Goodman se tait, parler n’est-ce pas une manière de pactiser avec le diable.

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    Snapping turtle : vous avez une official video que j’affublerai de l’adjectif symbolique, car elle n’est qu’un moyen de poser des images sur ce qu’elle évoque, rythmique toute lente, elle parle, elle cause posément, l’horreur coule de ses mots, vous pouvez être sûr qu’elle a vu le diable de près, qu’elle n’a pas pactisé, qu’elle l’a combattu, qu’elle a rarement gagné, qu’elle a tout perdu, ses illusions d’abord, les souvenirs d’enfance qui remontent, les petits villages, les grandes horreurs. Pas un mot plus haut que l’autre. Elle chante pour elle. Pour les fantômes qu’elle trimballe dans sa tête. Michael told me :   elle est là avec ses musiciens dans le studio mais la caméra s’attarde surtout sur elle, parfois l’objectif se détourne par pudeur, comme toujours le rythme est lent et long, pourtant dans sa tête c’est le kaos, la mort, l’amour, l’amitié, une histoire sanglante, elle chante pour mettre de l’ordre dans ses pensées, pour tirer le sens de ce jeu de cartes renversé, elle essayait de faire le point, mais c’est le point final qui est arrivé, l’ombre n’est noire que parce qu’il existe le soleil. Mais parfois il ne brille pas. Une chanson magnifique, qui met mal à l’aise, des mots sans fard, sans tromperie, d’autant plus crus que très pudiques. Une âme nue. Solitaire : toute seule, quelques notes de guitare, mais l’on n’entend qu’elle, n’est-on pas jamais plus seul que lorsque l’on parle à soi comme si l’on s’adresse à Dieu, à la nature, à ses rêves, à ses fantômes, le kaos est d’autant plus grand dans sa tête qu’elle a éliminé tout le reste, tout ce qui n’est pas elle, son chant est une supplique sans espoir à elle-même, c’est si beau que lorsqu’elle s’arrête l’on aimerait encore qu’elle continue pendant des heures, car pour une fois on a l’impression d’être bien avec nous-même. I’m in love : turning point, nous sommes à la moitié de l’opus, c’est à ce moment que l’on se rend compte que depuis le début nous n’avons cessé de nous enfoncer dans le noir de plus en plus sombre. Sur la vidéo on la voit même sourire et rire. C’est comme à la météo quand on vous dit qu’il fait soleil, tant pis si par la fenêtre le ciel est tout gris, vous faites comme si… C’est comme ici, elle est amoureuse certes, on veut bien la croire mais de qui ? Nature’s child : tout peut arriver dans un disque de S. G Goodman, l’on était dans les Indes noires du désespoir et nous voici, presque dans un morceau de country, les musicos se

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    lâchent, ce n’est pas Metallica non plus, vous avez les plus douces et plus belles sonorités, y a même un prince charmant, son acolyte chanteur ne s’appelle-t-il pas Bonnie Prince Billie, qui donne la réplique et qui joue le rôle, en vérité celui dont elle parle peut-être pas vraiment charmant, mais apparemment il lui plaît, ils donnent un peu l’air d’être des rescapés de la vie, mais l’on est heureux pour eux, pour nous aussi. Heat lightning : elle ne chante pas, elle parle presque, d’ailleurs à la fin ils discutent, un moment de bonheur au septième ciel, tant pis pour nous pauvres humains les pieds salis par la boue des chemins. Planting by the signs : deux voix unies, Goodman et

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    Matthew Rowan, une vieille histoire fondatrice, quelques notes d’ukulélé, ils prennent le temps, non pas parce qu’ils ne sont pas pressés, mais pour s’accorder aux rythme des saisons, des cycles, de la nature, un étrange phénomène se produit, le morceau est d’une extraordinaire lenteur et lorsqu’il se termine vous avez l’impression qu’il vient de commencer voici à peine quelques secondes, nous sommes propulsés, enkystés, dans un fragment temporel aussi long que l’éternité aussi court qu’une minute. Heaven song : je ne vois que Dylan pour écrire un tel morceau, si vous pensez aux rochers rocailleux du jeune Bob, vous avez tout faux, elle ne bouscule pas les mots, elle n’est pas un torrent impétueux, une rivière paisible qui ralentit, qui paresse dans les détours de ses méandres, à peine si vers le milieu du morceau le chant prend un semblant d’ampleur, insensiblement elle passe du chant au cri, avec toujours cette mélancolie implacable qui fait plus de mal que la violence et la colère. Vous n’oublierez jamais cette randonnée dans cette vieille Malibu, vous voyagerez longtemps avec les fantômes que Goodman transporte dans sa tête et dans sa voiture, l’éden ressemble à s’y méprendre à l’enfer des morts-vivants que nous sommes tous. Une ballade et une balade américaine, une course de côtes sur les collines du bonheur et du désespoir, les longues files de charriots qui se dirigent lentement vers l’ouest des rêves en carton-pâte… le monde entier se bouscule dans cette bagnole… si vous vous rendez au paradis en auto-stop, si elle s’arrête devant vous, n’hésitez pas à y monter. Vous êtes arrivé. Même si les choses ne sont jamais ce qu’elles devraient être. I’m in love : un invité

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    surprise, Dan Reeder une figure marginale du folk, il est amoureux certes mais il a quelques décennies de plus que Goodman, sa version est chargée d’une certaine mélancolie… Attention le disque est terminé. Les morceaux qui suivent sont à écouter comme la bande son de l’autoradio de la vieille Malibu.   Heat lightning redux : tiens un revenant, inutile d’avoir peur : autant la première version nous emportait, convolant en de justes noces, tout en les hauteurs paradisiaques des sphères éthérées de l’amour, autant celle-ci nous révèle un aspect qui était pratiquement passé inaperçu sur ce disque : nous voici en plein rock’n’roll. Il serait bon de se rappeler que dans sa jeunesse S. G.  Goodman a débuté dans des groupes punks ! Pepper : au début du morceau Goodman reprend la voix qu’elle a utilisée pour le tout premier morceau, les guitares sont lentes mais rock, le texte est à la hauteur de Heaven song, mais l’on n’est plus en partance pour le paradis, nous restons dans la réalité américaine, dans sa folie, dans sa violence, dans son tumulte fascinant, attention c’est une reprise des Butthole Surfers, groupe expérimental de rock’n’roll, les mouvements de la vidéo ne sont pas s’en rappeler ceux de la caméra du la vidéo originale de nos Texas (dé)rangers, cette dernière partie du disque c’est un peu comme la nef des fous, tout le monde peut y monter les plus barrés comme les plus sages. Open bar.  Planting by the signs : Senora May et Tyler Childers, artistes country renommés, couple d’amis de longue date de S. G. Goodman, comme par hasard du Kentucky. Ils nous offrent une version rapide très country, très différente de l’original. Une véritable re-création. Respectueuse et authentique.

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    Tyler Childers + Senora May

             Un disque destiné à devenir une légende.

    Damie Chad.

    P. S. : le pire c’est que Molossa et Molossos ne sont pas satisfaits : tu aurais pu parler davantage d’Howard, elle y fait allusion dans Heaven Song et tu ne l’as même pas noté !