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tom jones

  • CHRONIQUES DE POURPRE 743 : KR'TNT ! 743 :TOM JONES / JIM JONES / BOB MOULD / PINK BREATH OF HEAVEN/ PUNCH LOVE / / ADELE BERTEI / DEFYER / HECATE / NOËL DESCHAMPS

    KR’TNT !

    KEEP ROCKIN’ TIL NEXT TIME

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    LIVRAISON 743

    A ROCKLIT PRODUCTION

    SINCE 2009

    FB : KR’TNT KR’TNT

    02 / 07 / 2026

     

    TOM JONES / JIM JONES / BOB MOULD

    PINK BREATH / PUNCH LOVE / ADELE BERTEI

     DEFYER / HECATE / NOËL DESCHAMPS

     

     

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    Livraisons 01 – 317 avec images + 318 – 539 sans images

     

     

     

     

    AMIS LECTEURS 

    VOICI VENIR LA REDOUTABLE SAISON

    DU SUMMERTIME BLUES

    CES LONGUES SEMAINES D’ENNUI

    DURANT LESQUELLES VOUS ÊTES PRIVES

    DE VOTRE RDV HEBDOMADAIRE

    AVEC VOTRE BLOG-ROCK PREFERE !

    PAS DE PANIQUE, NOUS SERONS

    DE RETOUR FIN AOÛT !

     

    The One-offs

    - Le premier Tom

     

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             C’est encore le mec de Buis qui nous a fait coup : «‘Coute ça !» Boom, il met l’EP sur la platine. Bama Lama, baby, Bama Loo ! Tu reçois ce violent shout de Bama Lama en pleine poire. Ça chante au raw du gut. Tu ravales ta salive.

             — C’est qui ?

             Le mec de Buis te montre la pochette. Tom Jones en chemise rouge, adossé à un arbre. Tu flashes comme un âne en rut :

             — Y vaut combien ?

             Tu rentres chez toi vite fait pour l’écouter sur le crin-crin. T’es dingue de ce raw du gut.  Tu chopes bien le got a girl named Lucinda, mais qu’est-ce qu’y dit après, oh, call her the great pretender, et plus loin Tom Jones demande à Lucinda for a kiss et Lucinda lui dit non, alors il comprend qu’elle le fait tourner en bourrique, it’s about to drive me wild, alors il bama lama bama loote de plus belle, et boom, tu vas le remettre au début, jusqu’à en avoir marre. Bama lama Bama basta ! 

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             Tom Jones n’était pas considéré comme un pionnier du rock, à l’époque. Mais avec son Bama Lama, il s’est imposé. Son Bama Lama rivalise de férocité avec celui de Little Richard qu’on découvrira un peu plus tard. Tu fais donc une petite place à Tom Jones dans ton panthéon des pionniers où sont déjà installés Elvis, Little Richard, Jerry Lee, Gene Vincent, Chucky Chuckah, Buddy Holly et Eddie Cochran. Les autres cracks comme Charlie Feathers et Johnny Burnette viendront beaucoup plus tard, car à cette époque, personne en France ne parlait d’eux.

             Tom Jones est devenu une sorte de secret bien gardé. T’en parles pas trop, car il n’est pas très bien vu. Il est un peu à cheval sur le rock et la variété. Une espèce de Johnny Hallyday du Pays de Galles. Il aime bien le succès et le blé qui va avec. Tout le monde n’est pas Charlie Feathers.

             Dans l’un de ses extrêmement rares moments de générosité, le paternel lance un jour, alors qu’on est à table :

             — Qu’est-ce te ferait plaisir pour ton anniversaire ?

             Ce genre de proposition était tellement inexpected venant de lui qu’il me fallut un moment pour trouver une réponse. Soudain, la pochette de Tom Jones me vint à l’esprit :

             — Une chemise rouge !

             Après manger, il m’a traîné dans un grand magasin Armand & Thierry situé rue Saint-Jean, à dix minutes à pinces de l’appart. C’était le pire endroit. Il devait y acheter ses fringues de représentant de commerce. Bienvenue dans le monde des beaufs ! Évidemment pas l’ombre d’une chemise rouge. Il commença très vite à perdre patience.

             — Alors t’as choisi ?

             Il mettait la pression, alors tu fouillais désespérément.

             — Bon alors, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

             Ça faisait pas dix minutes qu’on était là et il commençait à gueuler :

             — Espèce d’empafé, t’en fais exprès ou quoi ?

             Il gueulait tellement qu’il me foutait la honte.

             — Mais qu’est-ce que j’ai  fait  au bon Dieu pour  avoir un entubé  pareil ?

             Et de rage, il sortit une chemise du rayon, m’attrapa par le bras et fila vers la caisse. Pliée  sous cellophane, la chemise était horrible : à carreaux bruns et noirs, en coton épais. On aurait dit une chemise de grand-père. Ce fut son dernier cadeau. De toute façon, il haïssait Noël et les annives. Donc ça simplifiait les choses. T’apprends à ne rien attendre de personne.

             L’autre grand fan de Tom Jones, c’était bien sûr Gildas (Hello Gildas !) : «Je programme souvent Tom Jones que j’ai découvert dans les auto-tamponneuses quand j’avais 12/13 ans. Ses morceaux, ça dégageait. Dernièrement, il a fait des disques fantastiques, notamment avec Jack White. Du vrai blues et du rhythm & blues génial, avec sa voix un peu âpre. Respect. C’est pour cette raison que j’ai lancé une entreprise de réhabilitation dans le Dig It! Radio Show. Et j’ai étonné plein de gens qui m’ont dit qu’ils ne pensaient pas que c’était aussi bien. Alors chapeau, Tom Jones !» Et dans son dernier Dig It! Radio Show, il a programmé le «Bama Lama Bama Loo» de Tom Jones entre  Turbonegro («Get It On»), et Gino & The Goons («Hello Josephine»). Ravi d’avoir partagé cette passion pour le raw du gut avec toi, my old friend.

    Signé : Cazengler, Tom Jaune

     Tom Jones. Bama Lama Bama Loo/ I Can’t Stop Loving You/Lucille/Little By Little. Decca 1965

     

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    (Pochette anglaise originale)

     

    L’avenir du rock

    - Le péril Jones

    (Part Six)

             — Ah non, c’est pas vrai !

             L’avenir du rock n’en revient pas ! Boule et Bill se sont introduits chez lui nuitamment et se sont glissés dans son lit, Boule à droite et Bill à gauche...

             — Là vous déconnez, sortez de mon pieu immédiatement !

             — Alors, avenir du froc, on rit Jones ?

             Boule glisse une main sous la chemise de nuit de l’avenir du rock.

             — Ah y bande, le sagouin ! Y sait rester Jones, mine de rien !

             — Y faut courber l’rameau quand on est Jones, s’esclaffe Boule.

             Et Bill, hilare, ajoute :

             — Pour d’venir centenaire, y faut commencer Jones, pas vrai, avenir du broc ?

             — T’as mis ton maillot Jones, avenir du croque ?

             L’avenir du rock écume de rage :

             — Vous dépassez la ligne Jones !

             — Allez, te formalise pas, avenir du troc, on est juste venus causer musique avec toi...

             — On voulait juste savoir lequel des Jones tu préférais...

             — Le Brian ou le Steve ?

             — Le Quincy ou le Mick ?

             — L’Edgard ou le Tom ?

             — Le John Paul ou le Paul ?

             — Le Danko ou le Jimmy ?

             L’avenir du rock ne leur répond même pas. Pas question pour lui de s’abaisser à citer le nom de Jim Jones. Jamais de la vie !

     

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             En attendant le concert au Fury, t’as deux albums à te mettre sous la dent : Get Down Get With It et Cat Fight. Le premier est un Live avec les cuts qu’on connaît, et le deuxième est le nouvel album studio.

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             Sur le Live, on retrouve tous les vieux coucous qu’on connaît par cœur, l’heavy groove de  «Cement Mixer», «Gimme The Grease», une belle version de «Parchman Farm» traînée sous le boisseau et un «Soul Trader» dans lequel il ramène de sax des Stooges. Ça chauffe beaucoup plus en B avec «Troglodyte» : il fait sonner ce cut du Jimmy Castor Bunch comme un classique. Pas de meilleur Psychosis que ce «Rock’n’Roll Psychosis» : il replonge dans sa passion pour Little Richard. Il tape une fantastique cover du «Big Bird» d’Eddie Floyd et opère un beau retour aux sources Hypnotics avec une belle mouture de «Shakedown», bien gorgée de coinks de sax. 

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             C’est Chris Robinson qui produit le Cat Fight qui vient de paraître. Jim Jones attaque son Cat Fight au hard beat cuivré bien voodoo («Make It Rain») - I need a breath in the weather - Il passe à l’hard Soul blanche avec «Exiled». Il fait son white nigger et ça lui va bien. Il reste bien voodoo sur les cuts suivants, avec des solos de sax rampants. Il repart à l’attaque avec un «Gun Higher» plus gaga et qui sent bon la Stonesy. Le morceau titre qui ouvre le bal de la B des cochons est plus hard funk, avec des ach !, des ouch ! et des ouh ! T’as toute la collection. Il essaye de faire de la white Soul spectaculaire avec «Drink Me Pt1», c’est pas loin. Puis il entraîne son «Chubby» sous le boisseau. Il reste dans le boogaloo de base et ne se casse pas trop la nénette. Disons que globalement, ça reste un bon album de groove jim-jonesy.

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             Et sur scène, il est plus jim-jonesy que jamais. Entouré des All Stars au grand complet, il peut faire feu de tout bois. C’est son cœur de métier. Il a fait ça toute sa vie. Il sait lancer un assaut. Chez lui, c’est même génétique. Il est fabuleusement rockalama, il trépigne un peu moins qu’avant, sans doute à cause de la chaleur, mais la

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    fibre Stooges/Little Richard est intacte. Jim Jones donne le concert idéal, tu sais que tu vas passer l’heure sans la voir passer. Il reste l’un des rockers anglais les plus parfaits, et donc l’un des plus fascinants. Un authentique Soul Trader, comme le cut du même nom, un pur Cat Fighter, comme l’album du même nom, un Gashman de haut rang

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     qui sait rester On Fire et qui est définitivement Born To Ride, tous ses cuts ne font que nourrir sa légende, Hey Hey Hey Hey ! Alors t’en veux encore ! S’il passe par toi, Thru You, c’est pour te demander ta Grease, Gimme The Grease, et s’il passe sa vie au trou, ça ne peut être qu’à Parchman Farm dont il fait une version aussi lourde de

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    conséquences que celle de Georgie Fame. Et pour couronner le tout, il revient en rappel shaker le Fury à coups de Shakedown, ce vieux hit inflammatoire tiré de Soul Glitter & Sin, l’un des plus beaux albums de l’histoire du rock anglais. C’est sa façon de te donner l’absolution. Shakedown te renvoie au firmament des Hypnotics. Tu passes rarement des heures aussi chaudes et intenses.

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             Chaudes et intenses aussi, ses deux pages dans Shindig!, où il passe en revue les 10 LPS «that helped shape the sound, the feel and the danger» de Cat Fight. Il attaque avec

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    le Revolver des Beatles. Il rend hommage à l’ingé-son Geoff Emerick qui à l’époque voulait tout casser, break every rule in the book. Jim Jones parle d’un son tough & immediate, tout est brillant - those compressed drums and the sheer audacity of the arrangements l’ont inspiré pour Cat Fight. Il voulait fait un disk qui soit a «living, breathing and occasionally dangerous object.» Il chante ensuite les louanges du snotty Sky Saxon, et notamment de «Nobody Spoil My Fun», «a relentless fuzz-drenched engine». Pour lui, the rhythm section doit être a physical force, il parle de focus on the groove, «and it sounds exactly like a band that refuses to let anyone fuck with them.» Puis il passe aux Four Tops avec Reach Out. Il pointe «that feeling where the rhythm is so tough it paractically pushes the vocal out of the speakers. It’s soul music with sharp teeth.» Il réserve l’hommage suivant aux Cramps, «our getaway to a whole universe of beautiful weirdness.» Il parle d’un environnement aussi dangereux qu’attirant, «where the sound isn’t just something you hear, but a world you inhabit». Il évoque ensuite deux shamans, Dion et Screaming Jay Hawkins. Puis il passe au MC5 et à Mitch Ryder & The Detroit Wheels - Even at its most chaotic and political, it still swings - Puis retour au Fun House des Stooges, il parle de «specific intersection of the mechanical and the primal». Il encense Ray Baretto puis finit avec Ike Turner & The Kings of Rhythm et un album nommé A Black Man’s Soul - Whatever Ike Turner touches, he makes it filthy and fills it with a sense of brooding danger - et il ajoute ça qui en dit long sur l’étendue de sa classe : «They’re the ultimate blueprint for the All Stars: taking hypnotic R&B and delivering it with grit that is completely unapologetic and entirely alive.»

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             Vive Le Rock pousse le bouchon encore plus loin : le canard file six pages à Jim Jones pour interviewer les frères Robinson, et notamment Chris Robinson qui a produit Cat Fight. En fait, Jim Jones rend un sacré hommage aux deux Black Crowes à leur nouvel album, A Pound Of Feathers. Quand il leur demande s’ils ont un guitariste préféré, ils répondent Nick Drake et son picking. Puis Jimmy Page, puis Peter Green. Puis Jim Jones branche Chris Robinson sur le punk et lui demande de citer les trois groupes qui l’ont influencé. «First off, the Gun Club, and especially X.» Puis il parle des Cramps, et comme il est américain, il ajoute les Replacements. Chris Robinson se souvient aussi d’avoir vu les Hypnotics sous acide. Ce qui paraît logique.

    Signé : Cazengler, qui rit Jones

    Jim Jones All Stars.  Le Fury Défendu. Rouen (76). 25 juin 2026

    Jim Jones All Stars. Get Down Get With It. Assai Recordings 2025

    Jim Jones All Stars. Cat Fight. Silver Arrow 2026

    From London To Atlanta. Vive le Rock # 130 - 2026

    Jim Jones : Star power. Shindig! # 174 - April 2026

     

     

    Wizards & True Stars

     - Bob a du grain à Mould

     (Part Two)

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             Petite agitation à Clochemerle : on annonce la reformation de Sugar. Hop, on saute sur la billetterie. Sugar à l’Élysée Montmartre. Miam miam !

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             Pas de barrière. Te voilà accoudé à la scène. Contact direct. Pas de fosse pour les photographes. Bob n’en veut pas. Ils arrivent sur scène tous les trois avec leurs dégaines d’anti-rock stars, David Barbe (basse), pas encore de cheveux blancs, Malcolm Travis (beurre), qui ventripote et qu’on va voir jouer à l’économie pendant 90 minutes, et puis Bob Mould, toujours aussi fringuant, gros bébé avec un collier de perles noires serré autour du cou et sa Strato noire sur laquelle il va remouliner toute l’histoire de Sugar, un groupe qui à l’époque a traumatisé pas mal de gens, avec un savant mélange de blasters mélodiques et de Wall of Sound. En fait, Bob donnait l’impression de se calmer, mais il jouait comme un démon. Et c’est toujours le cas. Il joue tous ses hits à l’excédée, il s’ébroue comme le fait aussi John Lydon, ce sont des

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    géants du même acabit, avec des histoires longues de cinquante ans et des tonnes d’hits under the belt, comme on dit outre-Manche. Et quand il ne chante pas, le géant Bob se balade sur scène et gratte tout ce qu’il peut sur sa Strato noire, franchement on ne comprend toujours pas comment il fait pour monter son Wall of Sound, il plaque des accords, mais c’est le jeu de sa main droite qui brouille les pistes, il gratte comme s’il faisait n’importe quoi, il gratte à la main molle, et le plus stupéfiant, c’est sa façon de partir en solo, car il se paye en plus ce luxe indécent : placer des solos dans son Wall of Sound. Il est unique en son genre, aucun guitariste ne joue comme lui, sa pop reste

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    enracinée dans le grunge américain, et ses mélodies restent délicieusement abrasives. T’en reviens pas de voir son cirque. Bob s’agite comme une grosse poupée en caoutchouc. Il semble secoué de spasmes. Quand David Barbe chante, Bob va faire son tour, il se pointe juste au-dessus de toi et repart de l’autre côté faire les chœurs au micro. Et tu renoues avec ce vieux sentiment d’avalanche que t’éprouvais en écoutant Copper Blue, Beaster et File Under Easy Listening, cette infernale collection d’hits en flammes, qu’il claquait d’une voix de Dü. Il ressort «A Good Idea», puis le «Changes» de Copper Blue. Vers la fin du set, il va enchaîner trois bombes de Beaster, «Come Around», «Titled» et surtout «JC Auto», qui reste l’hit définitif de Sugar. Il ne pourra jamais faire mieux que «JC Auto», il y crucifie le rock américain, il y crucifie l’Élysée Montmartre, il offre ses souffrances à Dieu pour le salut de l’humanité, c’est un cut extrêmement puissant et déchirant de beauté grunge, c’est du niveau de ce que fait Frank Black avec «Debaser», il redonne au rock ses quartiers de noblesse, il le

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    transforme en or mythique, il en exalte l’essence, et plus la mélodie est abrasive, plus elle rentre dans tes chairs. Bob joue un rock de contact direct. C’est à prendre ou à laisser. Il termine avec «Gee Angel» et l’imparable «If I Can’t Change Your Mind» qui avait enchanté les cervelles en 1992. Quelques géants peuplent encore cette terre. Ne ratez pas l’occasion de les voir à l’œuvre, car ils ne sont pas éternels.

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             Cette reformation de Sugar constitue un événement : ça buzze dans les canards anglais. T’en as deux qui foncent sur les boxes, notamment celle de File Under Easy Listening, dans Record Collector. C’est Rich Davenport qui s’y colle. Ils jonglent avec les «irresistible pop mélodies» et les «steamroller pop agression», c’est-à-dire le son qui rendit Sugar célèbre en Angleterre. La red de Vive le Rock # 130 - 2026 alors on va se calmer. En bas de page, Bob répond à quelques questions. Il rappelle qu’il fut surpris, en 1991, quand Copper Blue fut couronné ‘Album Of The Year’ dans le NME. Puis Beaster fut classé #3 dans les British charts. Quelle bonne surprise ! Côté influences, Bob préfère citer Cheap Trick plutôt que Sabbath - It’s all the pop hooks. The Beatles. The Byrds. The Who - On retrouve tout ça dans Sugar, ajoute-t-il.

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             Dans Uncut, Fiona Shepherd salue la parution de Copper Blue - The Singles Collection, une box de quatre 12’’qui va aussi chercher dans les 60 euros. Pas de problème si t’es riche. Pour la p’tite Fiona, Copper Blue fut une «agreeably meaty, eminently tuneful and turbo-charged collection of his most commercial music to date.» C’est vrai, Sugar n’a duré que trois ans, mais quelle presta ! Dans la box, elle note la présence d’une reprise des Who et de Thunderclap Newman, «Armenia City In The Sky». A freak anthem, dit-elle.

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             Par contre, Vive Le Rock déroule le tapis rouge à Bob, avec quatre pages d’interview. Rich Davenport tend son micro. Bob revient sur ce qu’il appelle ses deux big jumps, Zen Arcade et, plus tard Flip Your Wig, «the real jump». Il voulait faire «a true pop record». Puis il évoque Sugar - Those were wild times. The three years of that band existence - Il dit aussi avoir pavé le chemin pour des tas de groupes : dans la foulée du Dü, sont arrivés les Pixies, Nirvana et My Bloody Valentine. Côté influences, il cite bien sûr les Ramones - With the Ramones, when I heard the 1st album, I was like, ‘Ok this is it. This is what we do’ - Il adore aussi les Buzzcocks - Buzzcocks, I love to this day - Il parle de l’impact que Pete Shelley eut sur lui.

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             C’est en 1992 que Bob monte Sugar avec David Barbe et Malcolm Travis. Leur premier album Copper Blue plut infiniment à Alan McGhee qui le publia sur Creation et ça fit un smash inespéré en Angleterre. C’est vrai qu’à l’époque, on tombait de sa chaise en entendant «The Act We Act», un blast de power-pop vénéneux à souhait, étoilé d’accords arpégiés et rehaussés de montées mélodiques insalubres. Ça relevait du pur génie, et aujourd’hui encore, on se prosterne devant ce truc-là - The acts we act we under my skin - Bob enchaînait avec «A Good Idea», un cut tombé du ciel qui sonnait comme un hit des Pixies, avec un bassmatic à la Kim Deal. Il profitait de l’occasion pour gratter des poux insistants à la Frank Black. «Changes» reste le hit le plus connu de Sugar, car il s’agit là d’une pop (trop) parfaite chantée à l’écho du temps. Un tube de Bob ? Quelle blague ! Il revenait heureusement à son penchant pour l’élévation catégorielle avec un «Helpless» d’une rare puissance et ciselée dans le cristal sonique. Il y faisait courir son I dans le temps d’arpèges infinitésimaux. On tombait en B sur une belle pop atmosphérique, l’implacable «The Slim», cut (trop) parfait et doté d’un pont de cristal atmosphérique. Pendant ce temps, le vieux Bob n’en finissait plus de chanter le tourment relationnel. Avec «Slick», il revenait à l’heavyness - I hate your face/ I hate the wall/ I hate the mirror with alcohol/ There is no wall.

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             Et puis avec Beaster, enregistré en même temps mais publié un an plus tard, Bob revenait à sa chère folie douce, notamment dans «JC Auto», qui vaut pour un blasting définitif - I’ve done my share of drugs/ I’ve done my share of speed - Il fait là un fascinant déballage sonique et il fait croire à tout le monde qu’il est Jésus Christ - You’ll be sorry when I’m gone/I guess you knew this all along - Bob dit qu’à l’époque de cet album, il est à son apogée, à 32 ans et qu’il ne pourra jamais faire mieux. Puisqu’il évoque Jésus, il en profite pour évoquer son copain Judas en A avec «Judas Cradle», du pur jus d’heavyness cataclysmique et quasiment hendrixien. Il déploie une fabuleuse énergie. Il y a quelque chose d’antique dans la grandeur de Bob. Dommage qu’il s’appelle Bob. Alexandre ou Amphytrion eussent été des prénoms mieux adaptés. Il passe aussi un solo de classe intercontinentale dans «Tilted». Quel album !

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             Sugar continue de monter en puissance avec File Under Easy Listening. On prend «Gift» en pleine poire dès l’ouverture du bal. Bob joue ça à la violente urgence sonique. Il joue comme un dieu des catacombes, où, si on préfère, un comte des Carpathes, à la pléthore d’effets miasmatiques. En fait, il faut savoir qu’il joue tout l’album en sur-saturation d’accords. Il s’amuse bien avec son «Company Book» et raconte l’histoire du company man qui take sa company life, c’est-à-dire qu’il se suicide, avec ses company hands. Fantastique ambiance ! Encore un puissant hit marmoréen avec un «What You Want It To Be» bardé d’accords hardis. On sent derrière l’heavy beat de Teenage Fanclub et les clameurs de solos joués à la note tirée. Coup de génie ! On tombe en B sur l’énorme «Granny Cool» gratté au riff lourd - You with your entourage/ And make-up camouflage - Se moque-t-il Andy Warhol ? - You look like such a fool/ Hey look it’s granny cool !

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             Edsel vient de faire paraître un double album live de Sugar intitulé The Joke Is Always On Us Sometimes. Malgré la qualité des compos, on voit les limites du Sugar System, mais certains cuts font tout de même illusion, notamment «Gift» qui ouvre le bal. Bob sort des nappes de son terribles sur sa Strato et on entend mieux la basse de David Barbe sur scène qu’en studio. Ah quelle fabuleuse énormité ! On entend jouer un trio rageur. Par contre, lorsque David Barbe chante, tout s’écroule. On passe à travers «Company Book» qui est pourtant un bon cut. Et puis la pop d’«Hoover Dam» semble s’enliser, sur scène : le cut refuse tout bêtement d’avancer. Le pauvre David Barbe massacre encore «Where Diamonds Are Halos». Le cut s’arrête même en rase campagne, sur-chargé d’arpèges. Par contre, la version de «Suck» qui suit vaut le déplacement, car Bob la fait sonner comme un vieux hit garage des Kinks. En C, on trouve une belle version de «Can’t Help You Anymore» que Bob joue à guichets fermés. Il enchaîne deux merveilles, «Helpless» et «If I Can’t Change Your Mind» qu’il fait sonner comme l’hymne révolutionnaire de la power-pop internationale. Et il boucle sa C avec «In The Eyes Of My Friends», une powerhouse d’une puissance franchement insoutenable. Il faut aussi absolument aller faire un tour sur la D car il s’y niche une version dévastatrice de «Gee Angel». Le problème de Sugar, c’est qu’ils en font trop. C’est un power trio indomptable, trop fougueux. Il faut voir comment il monte le climax d’un balladif comme «Explode And Make Up» avec sa pédale d’effets. Il sait lui aussi noyer l’armée de Pharaon dans la Mer Rouge. Et paf, voilà qu’il nous screame «The Slim» en pleine poire, il screame même ça jusqu’à l’oss de l’ass. Bob ne plaisante pas.

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             Si on veut comprendre Sugar, il faut revenir sur Hüsker Dü, et remonter jusqu’en 1984, quand est paru Zen Arcade, ce double album considéré à juste raison comme le grand classique du Dü. Dès le premier cut, on sent la bande d’énervés, le genre de mecs incapables de se calmer et qui passent leur temps à trépigner. Ils jouent la carte du trash-punk mélodique et l’ami Bob gueule à s’en arracher la peau de la glotte. Évidemment, comme ils sont américains, ils prennent un malin plaisir à battre tous les records. La température monte brutalement avec l’excellent «Chartered Trips» monté sur des belles nappes d’accords scintillants et l’affreux Bob lâche ses hordes mélodiques sur le vieux monde. On sent nettement chez lui l’âme d’un conquérant à l’ancienne. Il va illuminer «Indecision Time» d’un joli solo flash trash-punké et prendre «Hare Krishna» au Diddley beat. En B, vous trouverez une belle insanité : «Pride». Bob la couvre d’opprobre et la roule dans la fange. Franchement, ces trois mecs excellent dans l’art de déployer une énergie dévastatrice. Ils terminent cette fumante B avec trois belles énormités, à commencer par un «What’s Going On» qui a la carrure d’un hit international - I was talking/ When I should have been listening - Puis un «Masochism World» qui sonne presque comme un classique des Ramones, avec le beat perpétuel de Tinguely, et l’hugolien «Standing By The Sea». On se croirait à Guernesey, face aux éléments déchaînés, dans le néant glacial d’une nuit d’encre de Chine de la Place des Vosges. Bob met dans sa chanson tout le désespoir du monde. On trouve trois autres belles énormités en C et D. «Pink Turns To Grey» sonne vraiment les cloches, Bob y multiplies les nappes d’arpèges. On retrouve ce mur du son dans «Wathever», et en D, avec «Turn On The News», Bob envoie ses accords comme des paquets de mer. Quelle sauvagerie ! Il chante avec une niaque unique au monde - Turn on Turn On - Ça gicle à jets continus de pur jus de trash américain. Extraordinaire spectacle. Il faut avoir vu ça au moins une fois dans sa vie. 

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             Paru l’année suivante, New Day Rising pourrait bien figurer aussi au panthéon du Dü. Si on aime le beau tumulte, le morceau titre qui ouvre le bal en est rempli à ras-bord. Il faut entendre ce batteur fou qu’est Grant Hart retaper sa tapenade exacerbée. On assiste là à une fantastique dégelée d’incontinence de tatapoum, c’est-à-dire le beat du Dü. Retour du mur du son avec «Celebrated Summer». Bob joue la carte de l’ultra-saturation. L’album se veut résolument dur et densifié, ultra-joué et gonflé aux arpèges hormonaux de trash-core. C’est à la fois impénétrable et puissant. En B, Bob nous sort deux merveilles dignes de Dylan : «Terms Of Psychic Warfare» et «Books About UFOs». Il prend ça au grand art de pop déclamatoire et bascule dans l’extravagance. Il pimente son truc d’effluves psyché du plus bel effet. C’est incroyablement sur-vitaminé, dynamique en diable et joué au barrage d’accords de Baby Blue. Quand on écoute «59 Times The Pain», on comprend que Bob est un Hun. Derrière lui, rien ne repousse, surtout pas l’herbe. Il chante comme ce doctrinaire de Lacenaire, sans égard pour ses compatriotes. Il gratte sa pop pressée d’«I Don’t Know What You’re Talking About» en hâtant le pas. Il n’a tout de même pas que ça à foutre ! Cet homme a le sang chaud. Il ne sait pas se contenir. Il s’énerve encore avec «Plans I Make» et emmène son Dû ventre à terre. Le cut sonne comme une flèche décochée dans le crépuscule des dieux.

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             Le problème du Dü, c’est que tous les albums sont énormes. Flip Your Wig n’échappe pas à la règle, malgré la rose rouge de la pochette qui pourrait brouiller les pistes en faisant passer le Dü pour un groupe romantique. Ça rue dans les brancards dès le morceau titre qui ouvre le bal des vampires. Bob le transperce d’un fantastique killer solo flash. Il joue comme un démon et injecte les Sex Pistols dans la power pop. Il joue aussi un solo à l’horizon galactique dans «Every Everything» et pique une belle crise de scream. On ne se lasse pas de l’excellence de cuts comme «Green Eyes», ou encore «Divide And Conqueer» qui semble libérer toutes les puissances des ténèbres. Bob joue comme un dingue ivre de carnage, il entourloupe ses ribambelles d’accords chantants et fait sa bête de somme. Ses accords sonnent comme le tocsin un jour d’apocalypse. En B, il emmène fièrement «Private Plane» à l’attaque. Il ne désarme jamais, on le sent constamment sur la brèche. Il tient bien sa pop en laisse, une pop nerveuse et houleuse, et vous n’y trouverez jamais un seul passage à vide. Il joue la carte du rock d’acier avec «Keep Hanging On», il pousse son bouchon aussi loin que possible dans les corridors de la folie et screame en hommage au néant qu’il vénère. Il passe un solo d’une rare beauté et Grant Hart bat ça à la niaque de Minneapolis. Voilà encore un coup de génie désespéré. On s’effarera aussi d’un «The Wit & The Winsdom» bardé de merveilleux poux d’anticipation. Encore une fois, le génie de Bob éclate au grand jour. Avec un mec comme lui, on est entre de bonnes mains.

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             Fantastique album que ce Candy Apple Grey paru l’année suivante. Bienvenue dans la pure insanité avec «Crystal» - The crystal in your china case/ Is breaking in a million tiny pieces - Bob cherche des noises à sa noise, il screame comme un hérétique tombé dans les griffes de la Sainte Inquisition. On note aussi que Bob et Grant Hart ont pris l’habitude d’alterner leurs compos. Bob pousse la pop dans ses retranchements, il se bat pied à pied pour la repousser aussi loin que possible. Quel vaillant popster ! L’autre énormité de l’album se niche en B. Il s’agit bien sûr de «No Promise Have I Made», une pop envoûtante signé du grand Grant. Il sait lui aussi créer des mondes. Il avance doucement dans cette mélopée envahissante et cordiale et Bob l’allume d’un beau départ en solo final. Bob évoque la mort de ses parents et de ses grand-parents dans «Hardly Getting Over It» - Hardly getting used to getting by - On sent là l’artiste complet et sensible. Il remonte sur ses grands chevaux pour «Eiffel Tower High». Il ne lésine jamais sur la quantité de qualité. Il scande I scream I scream I scream sauf qu’il ne screame pas véritablement, il dit qu’il va et il ne va pas. Oh et puis il faut écouter ce puissant «All This I’ve Done For You» qui referme la marche - Should I talk to the mirror/ Should I talk to a wall/ Should I even talk at all - Bob sait tirer ses lyrics à quatre épingles, pas de doute. On se sent merveilleusement bien dans le monde sonique de Bob Mould.

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             Warehouse. Songs And Stories paraît en 1987. Ça cingle aussitôt avec «These Important Years». Trop puissant. La power-pop pistolienne de Bob écrase tout sur son passage. Ses dissonances courent bien sur l’haricot. «Charity Chastity And Hope» sonne comme l’outrage du Dü. Ça chante à la cantonade de vaillant soudard. Bob porte un marcel, il se rit des barrages et gratte mille accords de concordance. Il fait de l’omniprésence un jeu d’enfant, il enfile les cuts bien battus et mélodiques comme des perles. Puis il va faire sa maniérée au chant dans «Bad From Somewhere» et passe même un petit coup de yodell, histoire de bien nous énerver. Son yodell se fond dans les hamoniques sidérantes. Ça tourne au manège infernal de variations de rythme. Encore de la powerhouse hors d’âge avec «Ice Cold Ice» - Never penetrating/ Always contemplating - On le voit aussi embarquer «You’re A Soldier» à 200 à l’heure. On ne voit pas l’intérêt d’un tel déballage, et pourtant le riff est celui de l’«Eight Miles High» des Byrds. Pas moins ! Plus loin, il s’amuse à prendre «Friend You’ve Got To Fall» au petit garage d’expression primitive. Il joue ça au petit tourbillon d’accords tourbillonnaires. C’est délicieux, chanté à pleine bouche, Bob aime le vice. Il se sent encore obligé de faire ses preuves et pourtant on sait qu’il n’a plus rien à prouver. Pauvre Bob. Il rame. Il continue de gueuler en direction du plafond, les jambes bien écartées sous la Flying V. Il passe toujours des solos incendiaires, en souvenir de l’âge d’or SST. En C, Bob souffre mille morts dans un «Bed Of Nails» de fantastique ampleur compositale et monté sur un beat d’entre-deux très spécial et captivant - Please don’t drive your nails/ Into this heart of mine - Il faut aussi dresser l’oreille lorsque le grand Grant intervient, et notamment avec «Actual Condition», pop enjouée et emballée aux pirouettes riffales de l’ami Bob. Ou encore «She’s A Woman» (And Now He is A Man)» : Bob et Grant même combat, pourrions-nous dire à la hâte. Sur cette belle pop d’Hart, Bob fait claquer ses arpèges triomphants. On a là dans les pattes un double album complètement faramineux, il faut le savoir. On a du son et du chant à la pelle et rien que des chansons intentionnelles et denses. Et soudain, tout explose avec «No Reservations». Bob s’épanche et tourneboule ses riffs - Never chose the things I feel inside/ Sit by a lake and cry - Le refrain envoûte. Voilà un cut balayé aux arpèges du Dü. On entend jouer un immense guitariste. Il monte un véritable mur du son et joue à l’évanescence multi-directionnelle. Encore un coup de pop-rock incroyablement swingué avec «Turn It Around». Grant bat le beurre, et quand on a dit ça, on n’a rien dit. Bob joue avec des re-re de voix et ça prend très vite des allures d’hit mélodique. C’est d’une rare puissance, ça claque comme l’étendard sanglant de la révolte. Véritable coup de génie insistant. C’est l’hymne de la bénédiction têtue. Dans le texte, il lui demande de prendre sa décision avant qu’il ne soit trop tard - We gotta turn it around/ Before it goes into the ground - Bob trousse ses hits à la hussarde. Et ils terminent cet album stupéfiant avec «You Can Live At Home». Bob l’explose à coups de poux furibards.

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             Avec No Sleep ‘Til Hammersmith et Kick Out The Jams, The Living End pourrait bien être le plus bel album live de tous les temps. Il y pleut d’épouvantables blasters, «New Day Rising» (t’as le Dü et le beurre du Diable), «Friend You’ve Got To Fall» (et sa fabuleuse approche chantante), «From The Gut». T’as toute l’effarante clameur du Dü dans «Girl Who Loves On Heaven Hill». Greg Norton fait un carnage de bassmatic sur «Everytime», c’est lui le Norton qui drive cet enfer ! Pas de plus puissant power trio que le Dü sur «Target». Pas de pire Wall of Sound que celui de «Keep Hanging On» : tu peux mettre au défi n’importe quel power trio d’égaler le Dü, c’est impossible. Ils préfigurent tellement les Pixies ! Sur «What’s Going On», Bob Mould gratte le killer solo définitif. Ça virevolte ! Et t’as tous ces cuts qui sonnent comme des coups de génie, «Standing In The Rain», «Back From Somewhere» (mélodie chant + power inexorable, c’est l’équation du Dü), «Ice Cold Ice» (et sa mélodie chant parfaite), «Terms Of Psychic Warfare» (incroyable stature de la clameur !), et on voit le Bob flotter entre deux eaux dans «Powertime», c’est stupéfiant, et ça continue avec le big pop-out de «Books About UFOs», puis ce «Divide & Conqueer» terrifiant de power. Pour mesurer l’étendue du génie de Bob Mould, il faut écouter «Data Control» et cette grosse cocote lourde qui prend feu. Tout prend feu, même les solos. Ils terminent ce festin de roi avec une cover fantastique de «Sheena Is A Punk Rocker». Elle est aussi magistrale que celle d’«Eight Miles High» qu’on ne trouve que sur une compile.

    Signé : Cazengler, Bob Mou

    Sugar. Élysée Montmartre. Paris XVIIIe. 13 juin 2026

    Husker Dü. Zen Arcade. SST Records 1984

    Husker Dü. New Day Rising. SST Records 1985

    Husker Dü. Flip Your Wig. SST Records 1985

    Husker Dü. Candy Apple Grey. Warner Bros. Records 1986

    Husker Dü. Warehouse. Songs And Stories. Warner Bros. Records 1987

    Husker Dü. The Living End. Warner Bros. Records 1994

    Sugar. Copper Blue. Rykodisc 1992

    Sugar. Beaster. Rykodisc 1993

    Sugar. File Under Easy Listening. Rykodisc 1994

    Sugar. The Joke Is Always On Us Sometimes. Edsel Records 2013

    Do Whar Thou Wilt. Vive Le Rock # 126 - 2026

    Sugar. Copper Blue/The Singles Collection. Uncut # 347 - January 2026

    Sugar. File Under Easy Listening/The Singles Collection. Record Collector # 546 - May 2026

     

     

     

    Puncholove it to death

             T’as des soirs comme ça où les planètes s’alignent bien. Un exemple pour illustrer le propos : tu descends à la cave et t’as deux groupe shoegazés à la suite. Non seulement ils sont shoegazés, mais ils viennent d’Amérique, alors que la shoegaze sévit plutôt en Grande-Bretagne. L’avantage de cette incongruité sociologique est que dans les pattes des Américains, la shoegaze prend, comment dire, du volume, ou plus exactement, des muscles et des poils. Elle sort de son état d’hermaphrodite pour devenir machiste. La shoegaze américaine pue la transpiration et la salle de sport, le short et les altères. Ne nous méprenons pas, ce n’est pas un défaut, c’est une altération morphologique, rien de grave.

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             La première équipe de shoegazés s’appelle Pink Breath Of Heaven. Ils viennent de San Francisco. Une petite gonzesse nommée Liv Fiels chante comme une banshee. T’as un bassman et un mec au beurre, mais celui qui capte l’attention est le guitariste chevelu qui gratte ses poux sur une SG décorée de motifs géométriques. Il s’appelle Rex John Shelverton et il t’en fout plein la vue, il révolutionne la shoegazerie en lui donnant du volume et des poils, il en fait une shoegaze charnue et téméraire, il lui donne le tonnerre de Zeus et remplit la cave à ras-bord de power sonique, t’en reviens pas de voir un mec aussi brillant et aussi inconnu. Les cuts sont classiques, mais ce qu’il en fait t’intéresse au plus haut point. Rex John Shelverton est ce qu’on appelle un rock’n’roll animal. Tu t’inquiètes sérieusement pour le groupe suivant.

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             Tu vas jeter un œil au merch, car l’idée de ramasser l’album te traverse l’esprit, mais tu recules horrifié devant le prix. Trente balles ! En concert, c’est incongru. T’en fais une question de principe. Quitte à le regretter plus tard. Bon tant pis. Encore un groupe qu’il faudra suivre à la trace. Rex John Shelverton s’inscrit dans la lignée d’Anton Newcombe. Même carrure.

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             Ce sont des New-Yorkais qui prennent la suite : Punchlove. Ils proposent un set de rock dynamique, avec un petit mec assis dans un coin qui double le set d’un cirque vidéo expérimental, ce qui ramène un peu de lumière dans cette cave habituellement si

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    sombre. Le meneur de cette bande de shoegazés est le p’tit bassman, un hyperactif à la Brooklynoise, ce qui déroute les cargos que nous sommes tous, car le principe de la shoegazerie est de rester planté à contempler ses pompes, alors que lui, le p’tit bassman brooklynois, il saute partout comme ces haricots mexicains qui fascinaient tant Roger Caillois. Donc ça brouille bien les pistes, car on assiste à un set expérimental ultra-dynamique, qui est complètement à l’opposé de leur album. Sur scène, toute la shoegazerie vole en éclats, pif paf pouf, le mec saute partout avec sa belle basse blanche

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    et sur sa Jaguar, le guitariste gratte des poux d’une résonance diabolique. Tu vas de surprise en surprise.  Ils brûlent une énergie folle pour des prunes, car le public atteint un niveau de maigreur alarmant. Franchement, tu te demandes où sont les gens. Et pourquoi des groupes aussi passionnants n’intéressent qu’une poignée d’amateurs ? Quand t’as deux groupes américains de ce niveau en ville, tu descends les voir. Tu ne devrais même pas avoir à te poser la question.

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             L’album de Punchlove est beau. Il s’appelle Channels. Gros ramassis de shoegazerie, avec un «Breeze» en forme de belle clameur envahissante. C’est l’adhésion totale. La shoegazerie new-yorkaise te plait infiniment. Tu savoures leurs dynamiques et tu salues leur belle énergie. Le Big Atmospherix de «Pigeon» sonne comme une pièce montée de layers, t’as vraiment tous les layers dont tu peux rêver. Tu flottes encore en pleine shoegazerie avec «Dead Lands», ça plane pour toi, ils font du gros Bloody Valentine, et dans «Apartment», t’as ce mec à la gratte qui domine bien le son. La fête se poursuit en B avec «Birdsong» et une belle énergie de la dissolvance. Ils se fondent dans les layers. Ils frisent l’overdose de shoegazeie avec «Guilt», ça t’éberlue, tellement c’est puissant. T’es surpris par la qualité de l’album, qui est nettement plus homogène que le set qui semblait plus farfelu, avec une suite de cuts entraînés dans une sorte de déroute apostasiée.

    Signé : Cazengler, poshlove

    Pink Breath Of Heaven. Le Trois Pièces. Rouen (76). 17 juin 2026

    Punchlove. Le Trois Pièces. Rouen (76). 17 juin 2026

    Punchlove. Channels. Karine Records 2024

    Concert Braincrushing

     

     

     

    Lis Bertei

     

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             Une chronique enthousiaste dans un canard anglais ? Hop on y va ! L’heureuse élue publie son autobio et s’appelle Adele Bertei. Inconnue au bataillon. Le titre ? No New York: A Memoir Of No Wave And The Women Who Shaped The Scene. Par contre, la No Wave n’est pas inconnue au bataillon. C’est pour ça qu’on y va.

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             Ce brave book tient bien en main : relié, jacquetté, 300 pages roulées sur un moelleux bouffant, justif classique, interlignage de rêve, excellents choix typo, c’est un bonheur que d’avoir ce No New York dans les pattes. C’est un petit objet d’art. Par contre, t’as pas d’index, t’as intérêt à annoter, si tu veux retrouver tes petits. Ah, autre chose ! Le style ! Adele n’en manque pas. Voici comment elle décrit sa première rencontre avec Lester Bangs : «Imagining the worshipper of Stooge-ian trash as a feral-eyed punk, he of the torn black clothing and hughouse hair, the door opened to a boyish man in dirty curdoroy pants smelling like stale potato chips.» Il y a du Nick Kent en Adele. Elle sculpte son portrait dans la matière d’un langage rock. Elle récidive un peu plus loin avec Joey Ramone : «The band was tight as a baby’s fist and they knew exactly how to work the crowd. Six-foot six-inches topped by a luxurious mane of black hair and hubba-hubba lips, Joey resembled an anorexic hermaphrodite, replete with alien sex appeal.» Elle excelle la petite Adele ! - The Ramones were the epitome of the punk aesthetic; the attitude, the uniform, the choreographed three-chord trash-and-burn - Te voilà conquis.

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             Bienvenue sur l’île de Lesbos. Adele met très vite les choses au clair : pas de bonhommes dans sa vie. Par contre, elle collectionne les bon potes, à commencer par Peter Laughner, car elle vient de Cleveland, et quand elle débarque à New York en juillet 1977, elle commence à rencontrer des tas de gens intéressants : James Chance, Lydia Lunch, Jerry Nolan, Brion Gysin, Richard Hell, Jim Jarmush et Robert Quine. Adele est un bec fin. 

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             C’est Peter Laughner qui la présente à Lester bangs. Adele et Peter vont ensemble faire des razzias chez les disquaires. Adele se paye un single de Patti LaBelle & The Blue Belles, «I Sold My Heart To The Junkman», «inspiration for the last song Peter and I wrote together.» Oui, car Peter Laughner va disparaître très vite, et très jeune. Adele le voit décliner alors qu’il boit comme un trou et qu’il se goinfre de dope.

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             Elle commence par flasher sur Mars, avec Constance China Burg à la gratte - Connie played like a drunken reptile dancing on olive oil - Connie va influencer Lydia Lunch et Pat Place, la guitariste des Contorsions. Mars est le premier groupe de la No Wave. Adele décrit aussi les accès de violence d’Alan Vega, «he suddenly banged the mic stand onto the stage floor with a loud BOOM and rushed his body toward the audience, as if he were going to bite off the heads of the entire first row.» Et puis elle sort des formules fabuleuses - Compared to the West Village, Avenue A was a maximum-security gulag gone to hell - Elle rencontre Lydia Lunch, ce qui nous vaut un nouveau portrait sculpté dans le langage rock : «Lydia Lunch was seventeen when we met, a teenage Anna Magnani in torn back slips and fishnets with a baby face and a take-no-shit attitude.» Adele la compare à Patti Smith, «a baby Patti Smith, but with more of a snarl.»

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             Puis on arrive au pot-aux-roses : la première fois qu’elle voit James chance avec Teenage Jesus & The Jerks - A skinny little guy with an alto sax was with them, all Mick jagger petulance, shifty little eyes, and a greased pompadour. he sulked and posed, a petite prince (sic) of damage in a sharkskin suit. This was James Chance - Puis Adele décrit le show dans un langage d’apocalypse, et elle conclut ainsi : «This was no baby Patti Smith - more like Medusa resurrected to riot and tip your face off. The music was painful, disturbing, bombastic. And liberating.»

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             Ce qui l’amène à définir sa perception de la No Wave. Elle part d’Artaud dont lui a parlé Lester Bangs, et notamment le Théâtre De La Cruauté - Mix with a kind of Dada brutalism, exposing nerves and fascia and you get NO WAVE, a negation of every wave that had come before. And Lydia was its oracle - Elle parle encore de «thunderstorms of artistic rage around the world». Parlant des sonic contemps of Teenage Jesus, elle murmure dans l’oreille d’une fille : «This is the theatre of cruelty.» La fille ne comprend pas et se tourne vers son copain qui demande à Adele d’où elle vient, et Adele répond : «Cleveland, home of the burning river.» Elle sait se mettre en scène, au plan littéraire.

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             Lydia Lunch finit par virer James Chance de son groupe : il est trop agressif avec le public. Lydia ne veut pas de contact avec le public. Elle veut que le public souffre, «as willing victims, there to suffer and be tortured in the name of nihilistic rage.» Adele ne sait pas comment qualifier ce son - I understand it now as polyrhythm. Rhythm and silences punctuated with unwordly dissonant squeals. It worked on some crazy level that made you want more - Quand James Chance monte son groupe, il prospecte dans la faune et repère Adele : «Hey, you look like a little pimp. Do you wanna join my band?» Adele demande si c’est pour battre le beurre. James Chance lui répond : «I want you to play my Ace Tone organ. I’ll show you how.»

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             Elle note que James Chance ne regarde jamais personne dans les yeux. Il écoute Fela Kuti - James wanted that on-the-one funk as foundation to the noise - Il écoute aussi Albert Ayler et Cecil Taylor - He’d bit their more extreme cacophonous styles, bending them to his own unique style - Chico Hige (drums), James Nare, Pat Place, Adele and the inimitable James Chance in the lead composent les Contorsions. Le nom du groupe vient de Robert Palmer qui qualifiait James Chance de «contortionist».

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             Puis Anya va devenir la compagne de James Chance et la manageuse des Contorsions - She was working for Terence as a dominatrix - Sur scène, James Chance fait des ravages, Adele se régale à le décrire : «At our very first gig, I realized James was a dazzling frontman. Totally weird and fascinating.» Et elle monte en puissance avec le son : «On the instrumental bits, he’d lauch into utterly insane sax runs, then do his little dance with eyes closed, lips pursed in a pout, wiggling his tight little butt-cheeks across the stage in his contorted version of James Brown meets Mick jagger.» Il insulte le public, «said they should eat shit and die.» Les concerts des Contorsions sont des «short, rapid-fire sets of sonic theatre. The Contorsions quickly became the misfit darlings of avant-garde New York.» On fait la queue pour les voir à Max’s Kansas City.

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             James Chance veut qu’Adele gratte ses poux sur «Contort Yourself» - I’d leave the Ace Tone and strap on the 1957 Fender Duo-Sonic that Peter had given me to play manic funk guitar - Quand les Contorsions jouent avec les Cramps en 1978, Adele salue «the stunning Poison Ivy on surf-a-billy guitar.» Adele voit la dynamique scénique de James Chance évoluer - Chance’s histrionics escalated as a type of violent performance art - Les concerts dégénèrent - No one was hurt aside from Chance, who loved it, and the rest of us went along with it, nerves in high gear - Ils jouent le jeu Dada/Brutalism/Artaud à fond - Where punk and new wave had become commercial, No Wave was an anti-movement; the negation of every wave previous - C’est aussi ce que raconte Kim Gordon dans son autobio. La No Wave ne fait aucune concession. Bien sûr, Adele rencontre Eno qui s’intéresse de près à la No Wave. Eno lui montre son jeu de cartes d’Oblique Strategy.

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             Et un soir, le boss d’un club refuse de payer les Contorsions, alors James Chance pète une bouteille, s’ouvre le torse, le sang gicle, et il menace de se tuer s’il n’est pas payé. C’est là qu’Adele décide de quitter le groupe. Trop c’est trop - James masochistic performance streak was now teetering over the edge of a violence that felt unmanageable and dangerous - Fin des Contorsions. James et Anya décident de redémarrer sous la forme de James White & The Blacks. L’hero entre dans la danse. James & Anya were paying homage, «with money that should have been going to the band. Their attitude grew pompous and ugly.» Adele va jouer sur Off White, mais elle ne sera pas payée. Elle décide d’arrêter les frais avec ce couple maudit. Quand BUY sort, James Chance s’approprie tous les crédits - produced, composed, arranged and mixed by James White - No mention of the band members. En tournée à Paris, James et Anya disparaissent avec la recette du concert «and a Gallic heroin connection. The rest of the band were stranded in Paris and had to figure out how to get home on their own.» C’est la fin des haricots - No Wave was never meant to last. Self-destruction was inherent in the DNA of the scene’s fierce, combustible resistance to com-modification - L’hero a bien sûr précipité cette chute.

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    Brouillons du Coup de Dés de Mallarmé

             Adele voit aussi Television au Bottom Line - It remains one of the most exciting concerts of my lifetime - Et elle développe magnifiquement : «The way Tom Verlaine and Richard Lloyd played off one another felt transcendant. It wan’t poet Paul Verlaine informing Tom’s and Richard’s style, it was Stéphane Mallarmé. The songs on Marquee Moon had the guitars and drums placing notes and hits like Mallarmé placed words on a page; with an esoteric understanding of space.» Elle est extatique : «The two guitarists danced off into the stratosphere. I felt their notes like stars shooting through my bloodstream.» Quel hommage ! Et quel style !

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             Elle en a autant au service de Robert Quine, «shredding the most diabolically fresh and outrageous solos. His playing stood out as absolute genius on the first Richard Hell LP, Blank Generation.» Quine bosse lui aussi au Strand, une grande librairie new-yorkaise - Quine was the downtown guitar king. His musical action painting mixed razor-sharp lyricism with a jazz-outlier sensibility that elevated any outfit enough to play with him - Et elle ajoute ça qui tue les mouches : «Quine had a look, too. Baldheaded in trench coats and fuck-you sunglasses, he ressembled an ambulance chaser or a bureaucratic grumpy banker.»

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             L’un de ses voisins d’immeuble n’est autre que Jerry Nolan. Il vit au rez-de-chaussée de l’immeuble. Quand Johnny Thunders ne vient pas aux répètes, Adele se joint aux Heartbreakers et chante sur leurs covers de «Something Else» et de «C’mon Everybody». Elle rencontre aussi Brion Gysin qui lui raconte l’histoire de Bou Jeloud, «the human/goat creature» et donc des master musicians of Joujouka. Elle évoque encore Valerie Solanas venue descendre son éditeur Girodias, et ne le trouvant pas, elle est allée descendre Andy Warhol. Elle voulait devenir célèbre en butant Warhol et ça a marché. Adele essaye de parler avec elle, mais elle ne peut pas supporter «the wild stare in her eyes - vortex eyes you’d rather avoid at all costs.» 

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             Bel hommage encore à Richard Hell : «Back then, Richard was a poet and bass player high on French symbolism, broke and living in a tenement apartment on a heroin block with a bathtub in the kitchen.» Elle ajoute qu’il se fringuait comme les poètes maudits - Style had everything to do with mood, poverty for some, and whatever film, book, or music sparked your imagination - Elle cite en vrac Pasolini, Fellini, Godard, Marlene Dietrich, Jean Seberg, Barbarella, Antonin Artaud, Anaïs Nin, Monique Wittig’s Les Guerrières, Valley Of The Dolls, Bertold Brecht, kakubi, the Zulus, Kerouac, Jackson Pollock, les Brigades Rouges et Baader-Meinhof. C’est assez typique de l’époque. On est tous passés par là. Elle devient pote avec Teenage Jesus & The Jerksx, an inimitable visionary. En 2015, Lizzy est en train de mourir à l’hosto, à Paris, et le seul qui l’aide financièrement, c’est Richard Hell qui vient de vendre ses archives à une université. 

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             Adele rend aussi hommage à Genya Ravan, c’est-à-dire la Goldie de Goldie & The Gingerbreads : «She had a distinctive, fierce-kitten type of voice capable of ripping out a perfectly scratchy rock wail with spot-on timing.» Adele fricote encore avec Pat Place et Laura Kennedy qui ont monté les Bush Tetras. Pas de mélodies chez les Bush Tetras - A unique and hypnotic sense of rhythm and brillant distorted sound.

             Adele évoque bien sûr le sexe et les drogues, mais de manière assez elliptique - I was not alone in being a No Wave narcissist. Sex was, most often, free and easy, with no strings attached - Et plus loin, elle sort ça : «Where clothing was anti-fashion, fluid sexuality was fashion, even for those who didn’t choose it.»

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             Si elle prend des opiates, comme elle dit, c’est dans un contexte littéraire, une admiration pour tout ce qui est marocain, Paul and Jane Bowles, et Isabelle Eberhardt, qui comme Bowles, fumait du kif, a psychoactive hashish. Pas de kif à New York, but something much better : opium.

             Par contre elle ne supporte pas l’hero - When I was high on smack, I vomited constantly and had visions of actual demons invading me - Jusqu’au moment où elle monte les Bloods et qu’elle passe à l’hero - Eventually, I used a needle. I couldn’t bear to be on the outside of that inner circle.

    Signé : Cazengler, Bertei au grand pied

    Adele Bertei. No New York: A Memoir Of No Wave And The Women Who Shaped The Scene. Beacon Press 2026

     

    *

             Je cherche et je ne trouve pas. Je passe une par une toutes les revues de Pop Koréenne, avec un peu de chance Metallian a peut-être été glissé par erreur dans ce marécage variétoche, que nenni, il reste invisible, me reste un dernier atout, une dernière carte, le gars qui est en train de feuilleter un magazine ne tiendrait-il pas le dernier exemplaire metallianique, je ne pense pas, d’habitude Metallian est présenté dans un étui plastifié, un coup d’œil discret mais opératif me rassure, non le gars est plongé dans la lecture de Rock Hard, la conversation s’engage, il me demande si je suis dans un groupe, non je rédige des kroniques rock je lui retourne aussi sec sa question, non pas moi, mais mon fils oui… Maintenant vous savez l’origine de cette kro…

    WAGE WAR… UNDER A FALSE SUN 

    DEFYER

    (Bandcamp / 15 – 05 – 2026)

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             Pochette abrupte. Ni thé, ni sympathie. Le nom du groupe inclus dans un poignard, à moins que ce ne soit le contraire, une dague effilée dont il vaudrait mieux mieux se défiler, se défier. Se defyer. Un rouge glauque, un rouge rose sang séché, un rouge mortuaire, le cavalier qui charge n’éprouvera aucune pitié pour votre cas personnel. Ne faites pas les fiers-à-bras en affirmant que les armées modernes possèdent de nos jours des montures  bien plus performantes que les chevaux de chair à canons. Apprenez plutôt à déchiffrer les symboles, la  guerre que le titre vous promet a déjà commencé. Tous les faux prétextes sont bons.

    Gwendal Graulier : basse / Elias Deshayes : drums / Tom Storrer : lead guitar / Enzo Loviton : guitars, vocals.

    Intoxication : vos oreilles sifflent désagréablement, pas le temps de vous boucher les tympans le vocal mamba vous mord à la gueule, pas de cadeau que croyez-vous être, la vie n’est  que l’imminence de la mort,  les guitares modèrent le son, elles glissent en vous comme un couteau qu’on vous enfonce dans les reins, mais la véritable lame c’est le poison idéologique qui s’introduit dans votre tête, Dieu vous a donné un corps, créé spécialement pour la mort et la destruction, le vocal vous hache menu, la batterie vous concasse la comprenette, voici un spray volatil pour délabrer votre cerveau, le poisson pourrit par la tête, votre corps aussi. Un solo de guitare s’enfonce en vos os pointu comme une baïonnette. Blood suckers : pas un nouveau morceau, le précédent qui continue, comment voudriez-vous arrêter un flot de sang qui jaillit de la grosse entaille dnnt votre compréhension a été la victime, un cri, les guitares adoptent le son sournois des torpilles qui se dirigent vers la coque pourrie de vos dernières illusions, ensuite c’est l’explosion, pas du tout finale, mais déferlante, vous voici emportés en un maelström vertigineux, qu’y pouvons-nous, rien, nous sommes tous des buveurs de sang, toutefois tout dépend de nous, mais ne sommes-nous pas identiques à l’ennemi qui fond sur nous. Morceau d’une effroyable beauté, un tumulte tumulus qui vous englobe en sa folie destructrice.  Warmonger : l’on est surpris, sont des malins, ce morceau ne ressemble pas au précédent, un peu plus rythmé, un autre tempo, ce n’est plus un déchirement vers sa propre ultimité, c’est un vomissement sonore, une folie phonique, celui qui s’est goinfré de sang, peut-être celui des autres, peut-être le sien propre, n’est plus qu’une vapeur de guerre, une tornade de gloriole assumée, une torche humaine enflammée d’une incandescence divine, le son se grippe, la démence de l’hybris l’habite, les cordes crissent, voici Jésus-Christ qui se radine, que vient-il faire dans ce marasme, un solo de guitare prend le commandement, Nietzsche dirait qu’il vaut mieux entendre ça que la voix chevrotante du crucifié. Vous pouvez ne pas être d’accord, mais musicalement parlant c’est extraordinaire. The Fall : encore un morceau d’une autre fracture, d’une autre fracture que les précédents tout en assumant l’unité de ton, l’unité de son de l’EP, nous sommes face à un groupe qui promet, qui ne doit pas quitter les radars des amateurs de Death Metal. Plus vous êtes lourd, plus la chute est rapide, Et attendue, d’autant plus qu’elle est annoncée  dès le titre, z’ont trouvé le truc, pas question de tomber, ce sont les instruments qui périclitent, qui donnent l’impression qu’ils ne peuvent plus offrir ne serait-ce qu’une note de plus, sont à la limite, à l’extrême limite, le son prêt à la brisure, mais loin de la cassure, car il se régénère selon sa propre perdition, se nourrit de sa propre déperdition, un peu à la manière de ces requins qui dévorent leurs propres entrailles pour assurer leur survie...   

             Cet EP est une merveille. Musicalement inventif. Il peut être entendu comme un dialogue entre Dieu et l’Homme, celui-ci obligé de reconnaître que la guerre est un faux soleil. Ce qui ne nous empêche pas de remarquer qu’ils condamnent la violence en prouvant que la violence de leur musique est d’une beauté diabolique, ou si vous préférez divine. Barrez la mention adjectivale qui vous déplaît !

             Magnifique !

    Damie Chad.

     

     

    *

             Ne faites pas comme moi. Quoi me suis-je écrié Hecate’s Breath vient de sortir un nouvel album. J’ai cliqué dessus sans réfléchir. Y avait un os, cette couverture ne correspondait pas au monde funèbre d’Hecate’s Breath ai-je décidé au premier coup d’œil. Erreur profonde, la divine Hécate, la terrible déesse des carrefours miroite dans plusieurs âmes. Ici ce n’est pas le Souffle d’Hécate mais  attention avec cette chienne ? ce n’est jamais simple, c’était simplement Hécate !

             Inconnu au bataillon, un petit tour sur Bandcamp  m’a séduit, un groupe qui a sorti voici dix ans a produit un album intitulé Apeiron, moi qui suis un grand fan d’Anaximandre, cela m’intéresse. Voici un album à chroniquer pour la reprise du blogue en août. En attendant écoutons leur dernier opus…

    COMMENT EST LA NUIT ?

    HECATE

    (CD InfiniteAeon / Bandcamp / Juin 2026)

             Entre 2011 et 2020 le groupe a déjà produit cinq opus de belle facture. Ce CD est comme une résurgence. Comme les thèmes abordés dans les précédents albums et ep’s nous en reparlerons. Le titre de l’album le laissait deviner, une formation française. Viennent de Tours.

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             La couve est magnifique. Elle couvre la façade et le dos du digipack. Elle est de Thomas C : j’ai cru reconnaître son style, de troublantes similitudes mais je ne suis sûr de rien. Imagerie romantico-symboliste, dans le halo de l’astre hécatien, danse une ronde de nageuses… issu des racines d’un vieil arbre, serait-ce un aulne au tronc tourmenté qui hante les berges  lacustres, un satyre tend les bras, il aimerait les atteindre, nous pensons à L’Après-midi d’un Faune perdu dans les eaux ombreuses du rêve de Mallarmé et aux wagnériennes filles du Rhin, quant au renard il nous semble sortir tout droit du Renard dans l’île d’Henri Bosco. Une précision importante : les lyrics sont écrits en alexandrins.

    Aharon : vocals / Thomas DM : vocals / Nox L : guitars, bass, piano / Colin Forveille  : guitars / Nicolas Bristol : drums, lyrics. + Marie Noëlle : flûte traversière + Tiphaine Glever : Cello.

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    Le roi des aulnes :  l’on ne peut écouter cette intro au piano sans évoquer le poème de Goethe, certes le piano est dansant, il nous sert un joli menuet, mais nous voici tout remué lorsque souffle le blizzard du vocal, les fantasmes des cauchemars ne sont-ils pas inséparables des fantaisies du rêve, la flûte est tentante, autant que le joueur d’Hamelin, mais l’on est prêt à céder, à passer de l’autre côté… Hymne au clair de lune : rien à voir avec une sereine sonate  au clair de lune, nous sommes emportés dans une immense cavalcade, nous chevauchons le tigre, c’est notre vie qui défile à cent à l’heure, nous descendons à une vitesse vertigineuse, nous glissons des anges de nos limbes  aux corridors de notre enfance, et de celle-ci à la désunion des corps des amants, il ne faut pas confondre mièvrerie et romantisme, que reste-t-il de nos actes les plus altiers lorsque tout se défait, se tiennent-ils debout quelque part comme fossilisés en une double statue de sel que le temps finira par éroder et disjoindre. Le néant n’est-il pas l’autre face de la poésie. Vois en dedans de moi : condensation sonores, supplications et admonestations, la forme noire des échecs se débat en nous, toute lumière espérée et entrevue se transforme en forêt obscure, nos rêves sont promis au naufrage, vocal enragé, festons de piano ironiques sur les entrechocs de guitares, la batterie mène le bal des ardents, toute flamme se transforme en vil charbon, la vie est un parcours alchimique à rebours, le morceau se termine en une ultime dissolution kaotive éruptive du meilleur effet. Aubes aux pâles salives : contre-rythme, après la fureur, piano classique soutenu par des guitares dansantes, survient la tornade espérée,  l’espoir est mort, solitude et effarements, tout est perdu, le héros touche le fond nauséeux de la volition qui ne veut poindre, passage pianistique, la seule arme qu’une  âme romantique  puisse retourner contre elle-même est l’ironie, c’est l’unique grimace qui puisse revigorer les forces éparses, les réunir en un faisceau opératif, le chant laisse place à l’appel, les forces se rassemblent, reprises en main dans les rousseurs automnales, rien n’est impossible à celui qui bande l’arc du vouloir-vivre, la musique se fait festive, elle triomphe, quelque chose surviendra, une cohorte d’anges personnels vient à votre secours, c’est le chant de votre âme que vous entendez…

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    Qu’une main strie la nuit : retour à l’étrave du corps de l’amante, nous pensons aux Amers de Saint John Perse,  l’ivresse et le délaissement, les vertigineuses flambées d’éros et les lassitudes des chairs mortelles, il parle à elle, il éructe contre lui-même, les plus grandes effulgences, ces moments culminants où l’on a cru entrouvrir le ciel de l’éternité, et puis l’extase qui se dilue, qui vous abandonne sur la rive que vous avez crue, quittée pour toujours, le désir est un sel amer qui se corrompt à son propre embrasement, les guitares vous laissent le temps de respirer, de vous reprendre, de vous retrouver, la batterie frappe trop fort, souviens-toi que celle qui t’a fait roi est celle avec qui s’est ordonnée la déchéance partagée des exaltations des humaines exultations. Bleu flambant : bleu rampant plutôt, décélération, parfois il vaut mieux ne pas trop penser, ne pas analyser ses échecs comme constitutifs de la nature humaine, beaucoup de nostalgie et beaucoup de colère, nous mourrons lentement, à petit- feux, nous sommes condamnés à mort, le vocal opte pour la hargne, la rage, ce bleu mortel flambe de toutes ses pores, jusqu’à la haine. Mais une sagesse apaisante, pose sa main sur notre front. Rien n’est de notre faute. Acceptance.  Des regards accueillis et des mains excavées : un son de guitare aux petits goûts sixties est-ce pour nous rappeler les jours heureux, évocation des grandes brûlures de la jointure des amants, le vocal se fait lyrique, la musique plus ample, davantage nostalgique, hélas la déception ne détruit pas le souvenir des ardences les plus vives, ce feu partagé qui s’est déclaré, qui nous a consumés et qui s’est éloigné, qui nous a laissé désunis, démunis, chacun au bord de l’autre, allongé du côté des choses mortes, qui se sont retirées, le piano flambe et brille comme le souvenir le plus doux. Souvenirs périmés dont on ne peut se passer, n’est-ce pas l’ultime manière qui nous aide à suspendre le vol lamartinien du temps… magnificat, chœurs angéliques et la guitare qui revient au riff sixties des temps de l’innocence. Charnelle. Et rock’n’roll. Des regards accueillis et des mains excavées II : balancement, le moment des décisions, pas les grandes, les raisonnables, lorsque l’on ne peut atteindre l’absolu, il faut savoir se contenter de saisir l’essentiel et peut-être même moins, faire comme si, la fusion intime est impossible mais quelques rapprochements ne sont pas négligeables, sont deux à hurler, est-ce pour se donner du courage, pour effacer la honte de cette acceptance, faire comme si, ce qui n’équivaut pas vraiment à faire semblant, le violoncelle nous passe la lugubre pommade symphonique, l’éros est un oiseau qui se sert de ses ailes pour s’enfuir. Brusque coupure terminale. Comment est-ce la nuit : instrumental. Non, ce n’est pas pour faire joli. C’est qu’il n’y a plus rien à dire. Tout ajout relèverait de l’inutile. L’on ne va pas pleurer comme un enfant qui s’aperçoit que l’on ne recolle pas les morceaux d’un vase brisé. Le piano permet de réfléchir. Au sens du titre. Comment est-ce la nuit ? Au final très décevante. Elle vous promet la lune. Une fois que vous l’avez saisie dans vos bras. Elle s’enfuit. La faute à personne.  Ni à vous, ni à l’autre. C’est ainsi. La loi de la nature en quelque sorte. L’on vous tend le hochet de la magnificence existentielle. Mais vous avez oublié que vous êtes circonscrit dans votre condition de pauvre mortel.

             Comment est-ce la nuit ? Drôle de questionnement. En philosophie disait Heidegger les réponses importent peu. Ce qui est important c’est uniquement la question. Avez-vous besoin de répondre à la question posée par le titre d’un de ses ouvrages : Qu’est-ce que la métaphysique ? Toute réponse que vous formulerez entraînera des ratiocinations sans fin. C’est pire que soulever le couvercle de la boîte de Pandore c’est ouvrir, la chaîne infinie des causalités, un serpent interminable dont la queue ne vous ramène jamais à la tête initiale du reptile.  D’ailleurs qu’est-ce que la nuit, débute-t-elle ou s’achève-t-elle lorsque l’on s’approche ou lorsque l’on s’éloigne du corps de l’autre.  C’est du moins ainsi que la pose le groupe Hécate. Ce qui est marrant (tout est relatif) c’est que vous pouvez utiliser une identique méthode pour répondre   à la question heideggerienne.

             C’était bien parti, pour une fois Hécate n’aboyait pas sans fin au premier carrefour. Elle modulait. Sa voix emphatique était celle d’une sirène. De celles qui ont charmé Ulysse. Elle s’est vêtue de ses plus beaux atours musicaux. Oui mais maintenant vous avez compris qu’un groupe ne se prénomme Hécate par hasard. Ça ne pouvait que mal se terminer.

             Oui, mais l’on s’en moque, ce disque est fabuleux !

    Damie Chad.

            

     

    *

             C’est une course.  Ces derniers jours, j’avais décidé, une idée depuis plusieurs années sans cesse remise comme tant d’autres, de jeter un coup d’œil sur la discographie de Noël Deschamps, j’ai toujours adoré ce gars, de tous les grands rockers français, il m’a donné l’impression d’être le seul à chanter en français. Oui, ils chantent tous en français, mais le phrasé est américain, plus rarement anglais bien entendu, Noël n’a pas trituré la langue française pour la faire sonner rock’n’roll, l’a gardé les authentiques intonations intrinsèques sans rien changer, par quel miracle a-t-il réussi à sonner rock’n’roll, je n’en sais rien, sans doute avait-il le rock’n’roll chevillé à l’âme et au corps… Bref je m’étais dit, je vais commencer par sa période RCA. Parfait voici quelques jours j’ai recopié la discographie adéquate, ne  me reste plus qu’à aller vérifier sa date de naissance sur sa fiche wikipédia d’une pauvreté désolante, je pensais la connaître, le 22 juin 1942, mais parfois la mémoire est trompeuse, j’étais content, le ciboulot fonctionne au quart de tour, c’est la suivante que je ne connaissais pas, c’est écrit : mort le 21 juin 1926… C’est toujours la mort qui gagne la course.

    NOËL DESCHAMPS (1)

    (Période RCA)

    1964

    Noël n’est pas à son avantage sur cette photo d’André Berg, l’a vingt-deux ans, il ressemble à un gafet.  André Berg sera souvent présent sur les pochettes de Noël, notamment d’artistes RCA. L’on retrouve des photos d’André Berg sur les disques de la génération Yé-Yé : Ronnie Bird, Chaussettes Noires, Pétula Clark, Dutronc, France Gall et bien d’autres. Son père meurt lorsqu’il a deux ans, il survivra en plaçant des photos d’artistes jazz, puis ‘’rock’’ auprès des industries phonographiques.  Remarqué par Jean-Marie Périer il participera à l’aventure Salut Les Copains… Il abandonnera ces travaux alimentaires et commencera une longue mutation artistique qui le mènera des catalogues de mode à des sujets érotiques, il publiera dans Lui et Penthouse, quelques-unes de ses expositions, cuir, caoutchouc, transsexualisme, le rendront célèbres, il travaillera sur la photo couleur en relief…

    Sur le premier morceau de ce premier EP apparaît le nom de Jacques Chaumelle (1931-2013), il a composé et écrit pour toutes sortes de chanteurs, je ne cite que quelques noms en rapport avec le rock français : les Missiles, Ralph Bernet, Eddy Mitchel (J’avais deux amis), Johnny Hallyday, les Sharks, Ronnie Bifd, Bashung, je rajoute Nino de Murcia que mon père adorait.

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    Un deuxième nom très important : Gérard Hugé, c’est lui qui définira le son si particulier de Noël. Il provient d’un des meilleurs groupes de rock national Les Pingouins qui comptait parmi ses membres : Dominique Blanc-Francard qui deviendra ingénieur du son du Château d’Hérouville et Thierry Vincent qui disparaîtra trop tôt… il produira Locomotive d’Or de Nougaro.  Thierry Vincent et Gérard Hugé disparaîtront au tout début des années 90.

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    Ce n’est jamais assez : ce n’est pas suffisant, trop de cuivres, un mid-tempo qui ne vous emporte ni au paradis, ni en enfer. N’y a que le tremblé si particulier qui retient l’attention. Par contre vous avez vidéo, un extrait d’une émission de télé sans doute. Noël navigue entre trois mannequins de cire. Leur cause, les touche, comme s’il s’adressait à des copines rencontrées dans la rue. Une mise en scène rudimentaire, qui n’a pas dû coûter cher, mais qui donne beaucoup plus d’épaisseur au texte. Essayez de la regarder en coupant le son, Noël, avec sa gueule de prolo et ses indubitables talents d’acteur aurait pu faire du cinéma…

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    Que tu es naïve : rythmique heurtée, est-ce Gérard Hugé qui tient la batterie, Noël est beaucoup à l’aise ? et pour la première fois il monte, pas très haut, l’escalier des octaves, à ce détail insolite cette fois on le retient, cet inconnu, n’est pas tout-à-fait, comme les autres. Pourquoi pleurer : le slow qui tue, enfin pas trop, vous y survivez facilement, bien sûr vous avez la voix de Noël qui change de couleur sans prévenir comme un caméléon qui gambaderait sur un arc-en-ciel. Et puis le petit plus : l’instrumentation et ses timbres un tantinet bizaroïdement cristallins qui vous chatouillent si agréablement les oreilles. Ne prends pas cet air-là : une cavalcade de cuivres, et un orgue qui serpente, l’ensemble sonne un peu comme de la vieille quincaillerie, mais le vocal de Noël emporte la meilleure part du gâteau, avec la cerise. Et le cerisier. En fleurs !

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    Question textes, ce n’est pas Aristote, Noël a toujours aimé les filles, sur les trois premiers morceaux aujourd’hui il serait accusé de masculinisme outrancier, sur le dernier il se rattrape, il en fait trop, on n’y croit pas. Un  adage que l’on entendait souvent dans les années soixante résume parfaitement la situation : Les filles c’est comme les cigarettes, ça se fume et ça se jette. A notre époque de grande décadence il est interdit de fumer dans les bars…

    Pour un coup d’essai, ce n’était pas mal, mais point percutant, reste maintenant à sauter le pas. Dans la marmite des cannibales. Ces tribus barbares ne gîtent pas très loin, de l’autre côté de la Manche. Noël ne va pas se gêner pour leur faucher un morceau de barbaque et le faire cuire à notre façon.

    Damie Chad.

    (A suivre).